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Full text of "Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales .."

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HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVBC 

LES  PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860-1902 


A  LA  MEME  LIBRAIRIE 


CORDIER  (H.),  professeur  à  FÉcole  des  langues  orientales  vivantes.  — 

Histoire  des  relations  de  la  Chine  avec  les  puissances  occi- 
dentales (1860-1903)  : 

Tome  I  (1861-75),  i  vol.  in-8  avec  carte 10  fr. 

ToMB  II  (1875-1887),  1  vol.  in-8  a> ce  cartes 10  fr. 

Tome  III  (1888-1902),  i  vol.  in-8  avec  caries  et  index.  ...       10  fr. 


CHARTRES.  —   IMPRIMERIE   DURAND,  RUE   FULBERT. 


HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC 

LES   PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860- 1902 

L'EMPEREUR  KOUANG-SIU 

DEUXIÈME    PARTIE  :    iSSS-IQOS 
PAR 

Henri  CORDIER 

Professeur  à  TËcole  des  langues  orientales  vivantes, 
Vice-Président  de  la  Société  de  Géographie 


PARIS 

FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 

ANCIENNE  LIBRAIRIE  GERMER   BAILLIÈRE   ET  O 

108,     BOULEVARD     S  A  I  ?(  T  >  G  KR  H  A  1  ?(,     I08 

1903 

Tous  droits  réservés 


1  - 


214204 


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LES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC    LES    PUISSANCES    OCCIDENTALES 

1860- 1901 


CHAPITRE  I 

MORT  DE  SIR  HARRT  PAREES.  —  OCCUPATION  DE  PORT 
HAMILTON.  -  SIR  ROBERT  HART,  MINISTRE  D'ANGLE- 
TERRE. -  CONSULS  DE  FRANCE  A  CANTON.  —  OPIUM.  — 
COMMISSION  DE  DÉLIMITATION  DU  T0N6-KIN6.  —  ÉDIT 
EN  FAVEUR  DES  CHRÉTIENS.  —  MINISTÈRE  CHINOIS  DE 
LA  MARINE. 

MOKT    DE   SIII    IIAUHY    S.    PARKES,     22    MARS    l885 

Sir  Harry  Parkes,  ministre  d'Angleterre,  mourut  à  Pc- 
King,  le  dimanche  matin,  22  mars  i885:  la  disparition  de 
cet*  agent  expérimenté  laissait  une  place  difficile  h  remplir. 
Parkes  représentait  une  tradition  ancienne  et  glorieuse  de 
l'Angleterre  en  Chine  et  Albion  comptait  encore,  peut-être  à 
tort  dans  les  circonstances  nouvelles,  sur  ce  fils  énergique. 

Quel  serait  le  successeur*  d'un  diplomate  qui  laissait  derrière 
lui  de  si  grands  regrets  ?  M.  llugh  Fraser?  L'Hon.  T.G.Gros- 
venor?  Ce  dernier,  secrétaire  de  l'ambassade  anglaise  à  Saint- 
Pétersbourg,  où  il  mourut  le  8  octobre  1886,  avait  été  chargé 
d'affaires  à  Pé-King  en  1882  et  i883,  avant  l'arrivée  de  Sir 
Harry  Parkes,  et  il  avait  laissé  de  bons  souvenirs  de  sa 
gérance.  On  parlait  môme  du  D""  Halliday  Macartncy,  mais 
celui-ci  n'avait  aucune  chance,  depuis  les  résultats  funestes 

I.  M.  O'Conor  fut  chargé  d'aflPaircs  à  la  mort  do  Parkes;  il  préluda  à 
ses  erreurs  comme  ministre,  par  quelques  bourdes,  notamment  au  sujet 
de  la  cour  mixte  de  Chang-Haï  et  le  déplacement  de  Tasscsscur  anglais, 
H. -A.  Giles. 

CORDIER.  111.    —    I 


2  i/anmck   i885 

do  SCS  conseils  au  marquis  TsVng.  Le  cabinet  île  SainI- James 
fit  choix  trini  représentant  non  moins  au  courant  des  alVaires 
de  Chine  (|ue  Parkes,  et  lors(|uc  Sir  Hohert  Ilart  fulnonmié, 
le  2  mai  i885,  envo\é  extraordinaire  et  ministre  plénipolen- 
tiairc  en  Chine  et  en  Corée,  après  un  moment  de  surprise  \ 
les  colonies  anglaises  de  rKxlreme-Orienl  furent  obligées  de 
reconnaître  que  Ton  ne  pouvait  faire  un  meilleur  choix,  tout 
en  pensant  que  le  passé  chinois  de  Tlnspecteur  général  des 
Douanes  pourrait  parfois  gêner  le  nouveau  représentant  de  la 
Grande-Bretagne  à  Pé-King.  Mais  uneautn»  ditliculté  surgis- 
sait. Si  Ton  avait  eu  quelque  j)einc  a  trouver  un  successeur  à 
Sir  Ihury  Parkes,  laU\che  de  doimerun  héritier  a  Sir  Hobert 
Hart  était  autrement  ardue.  Li  lloung  Ichang  patronnait  le 
juge  américain  Denny,  (pii  lut  écarté  par  le  Tsoung  li 
^amen,  et  le  conmiissaire  des  Douanes,  Delring.  Le  candidat 
du  Yamenélait  le  D**  américain  AVilliam  A.  P.  Martin',  pré- 
sident du1\)ungA\  en  kouan.  On  parlait  aussi  de  AL  W.Carl- 
Avright  \  des  Douanes,  el  Ton  suggérait  uïéme  <pie  Sir  Thomas 
\\  ade  pourrai!  rexenir  en  Chine  pour  occuper  le  posie  dTfis- 
p(HMeur  général  !  On  indi(piail  également  le  marquis  Ts'éng 
comme  un  chef  possible  des  Douanes.  De  tous  ces  noms,  celui 
du  D*"  Martin  élait  celui  qui  avait  le  plus  de  chances  délre 
accepté  par  les  Ministres  de  l*é-king.  Mais  on  conq>lait  sans 
Sir  l{obert,  qui  avait  son  propre  candidat,  lequel  n'était  autre 
que  son  propre  frère,  James  IL  Ilart,  lui-même  conmiissaire*, 
dont  |)ersonne  ne  voulait,  et  qui  lui  aurait  servi  d'homnuî  de 
paille  pour  administrer  les  Douanes  sous  son  nom.  I^a  situa- 
tion pouvait  rester  incertaine,  puisque  Sir  Robert  nVnvoyail 


I.  Tout  d'almnl,  on  avait  cru,  à  (^linrig-IIaï.  quo  Sir  UoIktI  «'lait 
nomnio  ininislrc  <lc  C/tine,  ù  Londres,  ù  la  place  «le  IVt^ng. 

M.    Tinf^  \\'oi-lian}*y  en  chinois. 

3.  Entré  dans  les  Douanes  cbinoises  en  nov.  i803;  Chinesc  Secrelary 
(inl<T|»rèle)  ;  commissaire  en  janvier  1873. 

!\.    Drjuiis  oclol)n*  1872;  entré  dans  les  Douanes  en  août  18G7 


OCCUPATION    DE    POHT    IIAMILTON 


])as  sa  démission  d'Insperlonr;  enfin  le  iT)  anAl,  il  adressait 
une  leUre  d'adieu  aux  fonctionnaires  des  Douanes  et  leur 
recommandait  de  servir  son  successeur  connue  ils  Favaient 
fait  |)Our  lui-même;  mais,  coup  de  théâtre,  le  :>()  août,  il 
donnait  sa  démission  de  minisire  d'Angleterre,  et  frardait  sa 
place  d'Ins])ectcur  général  des  Douanes.  >i\'ïYant  pu  faire 
prévaloir  ses  vues,  il  préférait  rester  à  son  ])Ostc  plutôt  (pic  de 
rabandoimer  à  un  successeur  qu'il  n'aurait  pas  désigné. 

OCCIPATION    DE    POIIT  HAMILTON 

Le  12  mai  i885,  le  vice-amiral  Sir  \V.  Dowell  avait 
occupé  Port  Hamillon  (Tcliii  Wén),  au  N.-E.  de  Quelpaerl, 
sur  lac<*»te  de  Corée',  sous  |)réle\te  de  répondre  à  unc^  len- 
lativc  des  Russes  sur  Port  Laziirev  :  celait  avant  notre  aban- 
don des  îles  Pescadores,  mais  après  la  signalure  des  prélimi- 
naires de  paix,  en  sorte  que  nous  aurions  pu  tirer  prélexle 
de  Toccupation  de  Port  llamilton  pour  garder  ces  îles.  On 
prétendait  que  Port  Hamillon  avait  élé  cédé  a  MM.  Jardine, 
Matlieson  et  C'°  par  les  Chinois  en  paiementdessonmies  avan- 
cc»cs  par  eux  pendant  la  guerre  du  Tong  king  et  que  cette 
maison  anglaise  l'avait  rétrocédé  au  gouvernement  brilanniquc. 
En  réalité,  les  Chinois  avaient  protesté  contre  l'occupation  de 
Port-Hamilton,  mais  le  marquis  Ts'éng  avait  fait  écarter  la  pro- 
testation. Dès  le  mois  de  mai,  Port  Hamillon  fut  relié  par  cable 
télég^raphique  aux  «  Saddle  Islands  ».  La  [)ose  de  ce  c«\ble 
avait  été  effectuée  pour  le  comi)te  du  Gouvernement  britan- 
nique par  la  Compagnie  anglaise  de  YE(uiern  Extension  Tcle- 
fjraph  avec  l'assistance  du  (jouvernement  chinois  en  secret. 
La  création  de  ce  nouveau  réseau  constiluait  une  violation 
des  engagements  contractés  en  i(S83  vis-à-vis  de  la  Conq)a- 


I.   Par  34®  lat.   N.,   ot  125'  long.  E.    Les  principales  îles  du   groupe 
auquel  appartient  Port  llamilton,  sont  Ivio-nioun  to  el  Kou-tjouk  lo. 


/i  l'année  i885 

gnie  danoise,  la  Great  IS'orlhern  Co.,  qui  inlordisaiont  an 
Gouvernement  chinois,  ])endant  une  période  de  vingt  ans,  de 
s'adresser  à  aucune  autre  Compagnie  étrangère  ])our  réta- 
blissement de  lignes  télégraphiques  sur  son  territoire.  Le 
3i  octobre  1886,  le  Tsoung-li  Yamen  invita  l'Angleterre  à 
terminer  son  occupation  qui  ne  devait  être  rpie  tem[)oraire, 
les  Russes  s'étant  eng«agés  à  ne  pas  occuper  Port  Ilamilton, 
ni  d'autres  points  de  la  cote  de  Corée  ;  en  conséquence  de  ces 
assurances,  le  2  décembre  188C,  Sir  John  Walsham  annonça 
que  l'occupation  allait  cesser. 

Les  Anglais  évacuèrent  Port  Hamilton  le  27  février  1887. 
Il  est  probable  que  le  port  ayant  été  reconnu  comme  peu 
si^r,  particulièrement  jî  Tépoque  des  typhons,  on  se  décida 
facilement  à  l'abandonner'. 

\u  mois  d'août  i885,  la  Hcpuhliqnc  française  publiait  la 
nouvelle  cpie  les  bases  d'une  alliance  olîensive  et  éventuelle 
entre  l'Angleterre  et  la  Chine  avaient  été  réglées  à  Pé-King 
par  Sir  Robert  llart  en  même  temps  (pie  se  signait  à  Tien- 
Tsin  le  traité  de  paix  du  <)  juin  entre  la  France  et  le  Céleste 
Empire. 

SIR   ROBERT  IIART,    Ml^ilSTRE   d' ANGLETERRE 

La  lettre  suivante  nous  donne  la  clef  de  ces  événements  : 

Sir  Robert  Ilnrt*,  écrit  un  diplomat(»  de  Pé-King,  le  ."^i  «loùt 
188;"),  aurait  réussi  £i  |K»rsuader  à  la  Chine  que,  menacée  au 
Nord  par  la  Russie  et  au  Sud  jmr  la  France,  elle  n'avait 
chance  d'échapjM'r  à  de  nouveaux  empiétements  qu'en  s'assuraiit 
le  concours  de  l'Angleterre,  concours  qui  ne  pouvait  devenir 
efficace  qu'autant  que  les  flottes  britaimiques  disposeraient  d'un 

I.  China,  n»  1  (1887).  —  Correspondence  respectin^  the  tempo- 
rary  occupation  of  Port  Hamilton  by  iler  Majesly's  Gos'crnmont. 
Prescntod  ..  Mardi  1887.  London.  in-fol.  [C  —  4991]. 

a.  Le  rôve  de  rAiiglcterrc  était  une  coalition  avec  la(4hinc,  icSiainet. 
si  pos*iihle,  aM>c  le  Jap<^n.  contre  la  France  et  la  Itussie. 


CONSULS  DE  FRANCK  A  CANTO.N  O 

point  de  ravitaillement  du  côte  de  la  (lOrée.  L'occupation  de 
Port  Ilamilton  aurait  élé  présentée  par  suite  comme  le  plus  sûr 
moven  de  déjouer  les  projets  d'annexion  que  la  Russie  |)eut 
entretenir  dans  cc»s  parages.  La  nomination  de  Sir  Robert  Hart 
comme  Ministre  d'Angleterre  à  Pé-King devait  être  le  couronne- 
ment de  cette  négociation...  En  acceptant  le  [)Osle  de  Représen- 
tant de  la  Reine  à  Pé-Ring,  Sir  Robert  Hart  s'était  llatté  de 
faire  passer  la  direction  des  Douanes  entre  les  mains  de  son  frère 
ou  tout  au  moins  d'une  de  ses  créatures,  ce  (pii  lui  eut  permis 
de  conserver  une  sorte  de  contrôle  sur  l'administration  cpi'il 
avait  si  longtemps  présida.  Cette  prétention  n'était  pas  sans  éveil- 
ler les  défiances  du  Tsoung-li  Yameii.  Elle  fut  dès  Ic^  début  com- 
battue énergiquement  p«ir  Li  Iloung-tcliang...  Le  Tsoung-li 
Yamen.  usant  d'une  tactique  qui  lui  est  familière,  traîna  les 
cliosc»s  en  longueur  et  ne  prit  aucune  détermination.  A  ceux  qui 
s'étonnaient  de  ne  pas  lui  voir  prendre  possession  de  son  nouveau 
|)oste,  l'Inspecteur  Général  des  Douanes  répondait  qu'il  attendait 
ses  lettres  de  créance.  Les  lettres  en  question  arrivèrent  au  com- 
mencement de  ce  mois.  Vers  la  même  époque.  Sir  Robert  Hart 
\int  visiter  la  Légation  d'Angleterre  et  annonça  au  Cbargé  d'Af- 
faires qu'il  procéderait  sous  [)eu  à  son  installation.  Quinze  jours 
se  passèrent  encore  sans  amener  aucun  cbangement  dans  la 
situation.  Pressé  de  désigner  le  successeur  de  Sir  Robert  Hart.  le 
Tsoung-li  Yamen  qui  avait  songé  tout  d'al)ord  à  mettre  un  (Illi- 
nois à  la  tétc  de  ce  .service,  paraissait  s'être  délinitivemeiit  rallié 
à  la  candidature  du  Docteur  Martin,  ex-missionnaire  américain, 
qui  dirige  depuis  près  de  ao  ans  le  Collège  de  Pé-King.  Sir 
Robert  s'étanl  convaincu  de  l'impuissance  où  il  était  d'amener  le 
Gouvernement  Cliinois  à  ses  vues,  lit  savoir  tout-à-coup  qu'il 
renonçait  au  poste  de  Ministre  d'Angleterre  «  ]>our  ne  pas  dést^r- 
ganiserle  service  des  Douanes  ». 


CO^ISULS  DE  FRANCE  A  CANTON 

l  lie  de  nos  grandes  difficultés  après  le  traité  de  paix  du  9 
juin  i885,  fut  le  rétablissement  de  nos  relations  avec  les 
aiitoritcs  de  Canton.  Notre  consul,  M.  Scberzcr,  avait  été 
obligé  de  retarder  son  retour  a  Canton,  et  de  rester  près  de 
deux  mois  ù  Hong-Kong,  après  la  signature  du  traité.    Li 


G  i/.\nm;k   i885 

avait  on  effet  exprimé  le  désir  que  nos  a^^enls  de  Canton  et 
de  Fou-lchéon  ne  rejoignent  leurs  postes  (|u\n[prés  ce  délai. 
La  cliose  élait  facile  pour  Fou  Icliéou,  ou  il  y  avait  un  vice- 
consul  russe,  mais  il  n'y  avait  ])as  d'agent  russe  à  (lanlon, 
et,  cependant,  il  élait  import^inl,  à  cause  de  nos  négociations 
et  de  nos  missionnaires,  rpie  notre  consul  y  retournât  promp- 
temenl.  M.  Palenotre,  dès  son  arrivée  à  Pé-king,  avisa  le 
Tsoung-li  Yamen,qui  lui  répondit  oITiciellement,  le  k'^  juillet, 
que  des  ordres  avaient  été  expédiés  au  vice-roi  des  Deux 
Kouang,  Tchang  Tchi-loung.  Six  semaines  après  son  retour 
?i  Canton,  M.  Scherzer  n'avait  pu  obtenir  une  audience  de 
Tchang,  qui  témoignait  de  son  aversion  pour  tous  les  étran- 
gers. A  Canton,  les  affaires  sans  gra\ité  étaient  traitées  depuis 
1881  parles  consuls  avec  le  Conuuissaire  des  (irains  pour 
alléger  la  tache  du  vice-roi.  Kn  i88r>,  le  Commissaire  des 
Sels  fut  désigné  par  le  Tsoung  li  ^amen,  ])our  régler  les 
affaires  a>ec  les  consuls.  Cette  mesure  avait  pour  but  de  hàler 
le  règlement  des  affaires,  mais  le  vice-roi  ])ouvail  la  consi- 
dérer conmie  lui  donnant  le  prétexte  de  ne  jiunais  recevoir 
les  consuls;  aussi,  le /|  août,  M.  l*alenolre  adressait-il  la  note 
suivante  au  Yanien  : 

M.    PATt:>'OTKr   AIX    MI.MSTRES   Or    YAMKV 

lV*-King,  le  1/4  août  i885. 
M{)>SEi(;NKru,  Kx(:f.ij.k>ci:s, 

Vous  m'avez  fait  l'honruMir  de  m'écrire,  à  la  date  du  8  jnillcl. 
pour  m'annoncer  (pi Vu  vrrtu  d'un  Décret  Impérial  rendu  snr  la 
pro|M)sirK)n  du  \  ice-Hoi  des  Deux  Kouang,  le  Coniniissaire  i\vs 
Sels  à  Canton  \enait  d'élre  dési«^né  pour  régler,  de  concert  awc 
les  Consnis  étrangers,  toutes  les  questions  internai ionalos  de 
(pielcpie  iinporlîuirc  (jui  |)onrraient  se  présenter  dans  ce  porl. 
V.  A.  et  \  \  .  VA'].  ine[MMineltront  de  leur  demander  à  cet  éi'jud 
certains  éclaircissenuMits  (pii  me  paraisscMit  indispensables  pour 
éviter  dans  l'avenir  de  fâcheux  malentendus. 


M.     PATENOTHK    \V\    MIMSIHKS    f)!      YAMKN  "J 

Lorsqu'on  1881,  mon  prédrcessLMn*,  M.  BouriV,  fui  avis('^  que 
If  Coniniissaire  des  (irains  serait  désormais  charge  de  Texpédilion 
des  alTaires  secondaires,  le  Tsoung-li  Yamen  voulut  bien  lui 
renouveler  l'assurance  (jue  ce  mode  de  procéder  ru*  porterait 
aucune  alleinle  au  droit  (ju'oiit  toujours  eu  les  Consuls  étran- 
gers de  s'adresser  direclernent  à  la  plus  haute  autorité  de  la 
province,  (^ette  prérogative  —  vous  n(^  l'ignorez  pas,  —  nVullc 
en  elï'et,  de  l'article  Vde  notre  traité  de  i8;")8.  Elh^  se  trouve,  de 
plus,  confirmée  de  la  iaçon  la  plus  explicite  dans  le  Mémo- 
randum transmis  par  le  Tsoung-li  Yamen  aux  Légations  étran- 
gères, le  10  décembre  1880. 

L'innovation  projiosée  par  le  Vice-Boi  des  Deux  Kounng  me 
fait  craindre  cpie  ce  Haut  fonctionnaire  n'ait  un  peu  perdu  de 
>ne  les  stipulations  auxquelles  je >iens  de  faire  allusion.  Je  serais 
heureux  que  V.  \.  et  W.  KK.  voulussent  bien  dissi|)er  sur  ce 
point  mes  appréhensions  en  m'assurant  (pie  rien  ne  sera  changé 
aux  usages  existants  et  que  notre  (ionsulà  (Canton  restera,  comme 
par  le  passé,  maitn;  de  rwourir  directement  au  Gouverneur- 
Général,  toutes  les  fois  qu'il  le  jugera  opportun. 

Signé  :  Patknotue. 

Le  3  scj)tcnibro  188;"),  Tcliang  Tclii  toung  écrivait  à 
M.  Schorzer  une  lettre  plus  qu'impertinente,  lorscpie  celui  ci 
lui  demanda  l'expulsion  des  individus  qui  occupaient  indù- 
inont  la  c^illiédrale  et  les  balinierils  de  la  nïission.  Notre 
consul,  nomme  membre  de  la  commission  de  délimitation 
4I11  Tong-king,  quitta  Canton  sans  être  reçu  :  il  fut  remplacé 
par  M.  Frandin.  Tcbang  ne  se  bornait  pas  a  des  imperti- 
nences. Au  mois  de  février  i88(),  quatre  na\ires  de  gu(*rreet 
six  bateauv  h  voile  appartenant  a  la  provinces  de  Canton 
furent  envoyés  aux  îles  Ciowtow  dépendant  de  la  préfecture 
long  kinoise  de  Tien-Yen  et  les  officiers  et  soldats  en  prirent 
])osscssi(m.  Le  Tsoung-li  Yamen  télégraphia  immédiatement 
à  Tchang  Tcbi  lonng  de  rappeler  ses  navires  et  ses  hommes. 
Le  3  février,  Tchang  exposa  dans  un  mémoire  la  nécessité  de 
recourir  aux  mélbodes  étrangères  dans  Tapplication  de  la 
vapeur,    des    télégraphes,    etc.    Il  compare   les  qualités  des 


8  i/annkk   i885 

canons  et  des  fusils  et  annonce  que  ses  préférences  sont  pour 
Krupp.  Il  déclare  enfin  que  la  Chine  ne  doit  prendre  comme 
instructeurs  que  des  Danois,  des  Allemands  et  des  Améri- 
cains (pour  les  torpilles),  les  autres  ciani  vantards^  indociles 
et  traîtres. 

M.  Frandin,  pas  plus  que  son  prédécesseur,  malgré  une 
réclamation  de  M.  Cogordan  au  Tsoung  li  Yamen,  le  1 9  décem- 
bre i885,nefutre(:uparleYice-lloi.  Envoyéàllan-Kéou,  ilfut 
remplacé  à  Canton,  le  G  avril  188G,  par  M.deBezaure.  Après 
de  nouvelles  et  longues  négociations,  le  Tsoung-li  Yamen  dé- 
clara ( i*"" octobre  1 886)  à  M.  Constans  que  le  Yice-Roi  de  Can- 
ton recevrait  M.  de  Bezaure,  dès  que  celui-ci  en  exprimerait 
le  désir.  La  réception  de  notre  consul  eut  enfin  lieu  le  9  oc 
lobre;  elle  fut  courtoise. 

Toutefois,  malgré  la  réception  de  M.  de  Bezaure,  Tchang 
Tchi-toung,  toujours  hostile,  interdit  à  la  garde  placée 
depuis  vingt  ans  au  consulat  de  France,  d'escorter  le  consul 
h  l'avenir  ;  la  position  de  notre  agent  devenait  difficile,  car 
les  fonctionnaires  subalternes  imit^iient  rexemple  de  leurs 
chefs. 

AHTICLE   RELATIF   A  l/oiMlM,     l8  JllLLKT    l885 

Le  18  juillet  i885,  lord  Salisbury  et  le  marquis  Ts'riig 
signèrent  à  Londres  un  article  additionnel  à  la  Convention 
de  Telle- fou  de  187G  pour  établir  un  règlement  elTectif  du 
commerce  de  Topium  *. 

COMMISSION   DE   DÉIJMITATIO.N    Dl'   T0>'G-K1>(; 

Le  18  août  i885,  le  Ministère  télégraphiait  à  M.  Patenotre 
la  composition  de  la  commission   de  délimitation  du  Ton 


ir  . 


I.  China,  n"  3  (188O)...  [C.  —  4735). 


COMMISSION    DK    DKMMITVTION    Dl     TO.>ifi-KI>G  f) 

King,  nommée  le  i4  par  décret  du  Présideiildela  Ilépiihliqne 
en  conformité  de  Tarlicle  3  du  traite  signé  le  9  juin  précédent 
entre  la  France  et  la  Chine.  La  liste  des  membres  delà  com- 
mission C(jmmuniquée  au  Tsoung-li  \amen  par  notre  repré- 
sentant dans  sa  lettre  du  '2'2  août,  comprenait  les  noms  sui- 
vants :  M.  Bourcler  Saint-dhaffray,  ancien  sous  directeur  au 
ministère  des  Affaires  étrangères,  président;  M.  l\  Srlu'r:cr, 
consul  de  France  à  (lanton;  M.  Paul  Aci.sv,  connu  par  ses 
voyages  en  Annam  ;  le  connnandant  Tlsscyrc;  le  capitaine 
d'infanterie  de  marine  Ihuinuis  :  M.  Pallu  de  la  Ikirricrc, 
membre  suppléant.  Les  délégués  français  devaient  être  ren- 
dus le  9  novembre  a  Hanoï,  où  ils  se  tiendraient  à  la  dispo- 
sition des  délégués  chinois. 

De  leur  coté,  les  Chinois  désignaient  leurs  conunissaires 
dans  la  dépêche  suivante  : 

Le  3  r  jour  de  la  7*^  lune  de  la  11"  année  * 
Kouang-Siu  (3o  août  1885). 

(hmmnmcalum  ofjicielle  : 

Nous  avons  re<;u,  le  i3*jonr  de  la  7'*  lune  de  la  i  1'  année 
Kouang-Siu  (le  33  août  i885),  la  Dépêche  dans  lîujuelle  V .  Iv\e. 
nous  a  envové  la  liste  des  (iOnnnissaires  désignés  par  NOlre  hono- 
rable Pays  [Miur  la  délimitation  des  frontières.  ^  ous  nous  deman- 
diez, en  même  temps,  de  \ous  faire  connaître  les  noms  des  délé- 
gués chinois. 

Notre  \anien  a  présiMilé,  le  20  de  la  7'  lune  (:<<)  août  i885), 
un  Rapport  spécial  au  Tronc  sur  ce  sujet,  et  le  ujêine  jour,  le 
Décret  impérial  suivant  a  été  rendu  : 

«  Nous  ordonnons  à  Tclieou  To-joun\  Docleiu*  au  (îrand 
StKTclariat  d'Klat,  de  se  rendre  sans  délai,  par  la  route  postale, 
dans  le  Yun-Nan,  pour  y  régler,  de  concert  a\ec  Ts\'n  )  if-Yunj^ 

I.  Dcpéctie  des  Membres  du  Tsounp  li  Vaincu,  prince  K'ing.  Yen,  Si, 
Fou,  Hiu,  Soiicn,  Siu,  Leao,  Clicii,  Siuct  Tcnp,  à  M.  I*alonolrc,  iiiiiiistrc 
de  France  en  Cliine. 

3.  Etait  meinl)rc  du  Tsoung-li  Vanicn  en  i8S.\. 

3.  Vice-Roi  du  Yun-Man. 


et  Tcliatuj  Kni-sonij^  les  (|ii<\stion.s  rclalivos  à  la  iléiimitntioii  t\o 
la  froiiliorc  entre  la  Chine  et  TAnnani. 

Nous  ordonnons.  (mi  même  leinps,  à  Tamj  luiuj-soiuj'^,  Direc- 
leur  lionoraire  du  5"  ranij;  d'une  ilos  Cinq  Cours  seconilaires  à 
Pé-Kinj;  el  Secrétaire  auxiliaire  de  !i"  classe  au  Ministère  de  l'In- 
Icrieur,  ainsi  qu'à  Yc  Timj  KiminK  Tao-l'aï  sla-^iaire  d(î  la  Pro- 
vince du  Krianf^-Sou.  d'assisler  Tchcou  Tn-jnnn  dans  sa  mission. 
Qu'ils  partent,  par  la  roule;  postale  a\ec  les  attachés  cpii  doivent 
accompagner  ce  dernier  ». 

Ifespcct  ()  ceci  ! 

l'n  autre  Décret  lui  également  rendu.  Kn  voici  la  lenenr  ; 

«  Nous  ordonnons  à  Trmj  TcfCcmj  Sicou*,  Directeur  de»  la 
Cour  dn  (Cérémonial  d'Klat,  dv  sv  rendre  sans  délai  par  la  roule 
postale,  dans  le  Kouan«j:-Si,  pourv  ré«;ler,  de  concert  a>ec  Trhuiuj 
TcWi-knmtj-\  Si  UV/i-va*"*  et  IJ  Pimj-hciuj',  les  questions 
relatives  à  la  délimitation  de;  la  Iront ière  (Mitre  la  Chine  et 
l'Annam. 

Nous  ordonnons  en  même  temps  à  WniKj  Tclie-lcliimen^,  tat)- 
Taï  des  forains  dans  la  prov^ice  d(>  Canton,  et  à  Li  Uinij-jimri'\ 
tao-l'aï  en  expectative  dv  la  province  du  Tché-li,  d'assister  Tcinj 
Tch* eiuj-sicon  diuis  sa  mission. 

Qu'ils  partent,  par  la  route  postale,  avec  les  attachés  cpii  doi- 
vent acconq)agner  cv.  dernier. 

Respect  a  ceci  ! 

Nous  avons  l'honneur  de  dormer  à  N  .  Kxc.  conununiialiou  drs 


1.  Convcrncur  du  Yuii-.Nan. 

2.  Miuularin  civil  cpii  coininanrlail  un  corps  de  imnpos  au  sir^'r  do 
Tuy«n-Qiiaiig.  llécoinjMîiisé  par  dicrct  iiiqiérial  pour  laits  mililairi's  au 
Tong-King. 

3.  Reçu  cil  audience  iin[)énalo  le  même  jour.  L'n  décret  iiisrré  «lans 
la  Gnzctie  ordonne  au  Grand  Conseil  de  TEnqjire  de  preiidre  noie  de 
son  nom. 

4.  Cantonnais  ;  mend)re  du  Tsoung-li  Yanieii  ;  l'un  des  signataires  du 
traité  franco-rliinois  du  9  juin  i885. 

5.  Viccdioi  des  deu\  Kouang. 

<).  (louvcrneur  du  kouang-Toung. 

7.  (iouverneur  du  Kouang-Si  ([wr  intérim). 

8.  (iliargé  des  nipprtrli»  avec  les  (ilonsuls  étrangers  à  CanU»n.  p.^ur  les 
afTaires  d'importance  secondaire. 

9.  \  été  Uirecteur  de  TArsonal  de  Chang-llaï  (i883-3). 


COMMISSION    DE    DKLIMIT VTIO.N    I>î:    TONC-KING  1! 

Décrets  ci-dossus,  afin  (ju'ellc  cripiTimc  connais-saiicc  c*t  les  Iraiis- 
nielte  à  qui  fie  droit*. 

La  mission  roiîfi«*e  à  M.  Saiiit-CliaiTrav  rraNail  aucun 
raractère  politique;  elle  avait  pour  <»hjet  des  constatations 
d'un  caractère  i>lus  [)articulièreiucnl  technique,  dont  les 
résultâtes  demeuraient  exclusivement  réservés  à  rai>précialion 
des  deux  gouvernements  intéressés.  Kn  conséquence,  le  pré- 
sident de  la  Commission  et  ses  collaborateurs,  bien  qu'il  leur 
eut  été  naturellement  recommandé  de  tenir  le  plus  grand 
compte  des  avis  utiles  à  leurs  travaux  qui  pourraient  émaner 
soit  du  général  de  Courcy,  soit  de  M.  Cogordan",  devaient 
être  considérés  comme  ne  relevant  pas  j)lus  de  la  Résidence 
générale  de  Ilué  que  de  la  Légation  de  France  à  Pé-King. 
M.  Sa  int-Cbaiïrav  devait  donc  s'en  tendre  directement  avec  ses 
collègues  chinois '. 

Suivant  le  ministère  de  la  guerre,  la  réunion  delà  commis- 
sion à  Hanoï  était  impossible;  il  l'allait  qu'elle  partit  d'un 
point  du  territoire  chinois  ;  on  télégraphia  le  'iG  octobre  à 
M.  Cogordan  de  transférer  le  lieu  de  rendez  vous  des  commis- 
saires à  Pakhoï  au  lieu  de  Hanoï,  mais  le  changement  était 
trop  tiirdif;  les  commissaires  chinois  ét^iient  déjà  j)artis  pour 
Loung-tchéou  etMong-tseu  ;  les  nôtres  devaient  aller  à  Lang- 
so'n  et  Lcio-  kay.  Malgré  les  dillicultés  soulevées  par  le  géné- 
ral de  Courcy  qui  prétendait  que  la  route  n'était  pas  sure, 
^L  Saint-CihalTray  se  mit  en  route  par  terre  pour  le  Kouang- 
Si  et  il  arriva  à  Lang  so'n  à  la  lin  de  décembre. 

Le  commissaire  Tcheou  était  arrivé  le  ii?  de  la  lo*"  lune 
(i8  novembre)  au  délilé  P'o-ngai  du  ^  un-Nan  et  se  propo- 
sât de  partir  de  suite  pour  Mong-tseu  ;  l'autre  commissaire. 


I.    Pour  Irad.  coiiforino  (sip.)  :  A.  Vissikiik. 

•«.    M.  Palonnirc  f|iiiltii  (iliang-llnï,  le   i(i  oclol»rc    iS85,    M    (lop^orrlan 
V  était  arrive  le  l 'i. 

3.   M.  <lc  Freycincl,  f)  octobre  i885,  à  M.  Coçordau. 


12  i.'\>m':k   \SK) 

Ton«r,  avait  qiiiMc  [^^Kin^^  le  15  scplcnibre  ;  il  élail  arrive» 
le  '21  (le  la  lo''  Iniio  Ç'.i-j  novembre)  à  Lrning-tchéoii,  trou  il 
s'avan(:a  jusqu'à  Don^jf  Daiiff,  a»  devant  de  M.  Saint  (Ihaf 
fVav. 

Kn   janvier    i88(),  les    commissaires   chinois   domandont 
(|iron   leur  cède   la  partie  du    territoire   com[>rise  dans  une 
ligne  passant  au  Sud  de  I^ang-so'n  et  au  Sud  Ouest  du  pa\s 
de  Ciao  hang,  |)our  remonter  jnscprà  la  limite  du  Yun  Nan  ; 
])uis  Teng  ahandomie  Lani:  so'n,  mais   réclame   Thaï  ké  et 
Cao  Hang;    Laug  so'n    et  That  ké,     ra|)|)elons  le,   sont    les 
ciels   du  Tong  King;    Teng    cIhm'cIic    à    se  l'aire  pardonner 
d'avoir  signé  le  traité  du  ()  jnin.  Devant  Tattitude  menaçante 
de  la  France,  Teng  est    invité  par  décret   (lévrier  icSiSO)   à 
reconnaître  la  frontière  actuelle  aNant  de  songer  à  des  recti 
fications.  Mais  devant  la  mainaise  volonté  et  les  prétentions 
des  (lhin(»is,  NI.  Saint-CilialVrav  remet  la  déclaration  de  sn> 
pension  des  travaux  aux  connnissaires  (IcNrier  iSSC)).  deux 
ci  (mars  i(SS6)  en>oienl  à    Pé-King  «  un  rap|)ort  ex|)osant 
Tétat  grave  de  leur  santé    et   sollicitent  un  congé  »   (pii  lem* 
est  refusé  par  la  (lour  ;  ils   sont  en  même  tem[)s    hiamés  et 
in>ités  h  nou>eau  à  reconnaîtn*  la   frontière.  Knlin,  rendr/; 
vous  est  |>ris  pour  le  •>.')  mars  à  la  porte  de  NanK(uan  a  lin  de 
se    rendre  à    la     ri\ière   de  (axo  Bang    cl    d'y  connnencer 
une  reconnaissance      partielle.    \i»uveau    contre  temp>     le 
mois  suiNanl  (avril  i8S())  :1e  Iravail  commencé  nKMiaccdétre 
entraxe  par  la  présence  des  brigands  entre  la  rixièredeCao  Bang 
elle  Song-Ki  Kong,  et  par  la  mauvaise  volonté  du  gouverneur 
du  Kouang  Si,  soutenu  par  le  Tsoung  li  Yam(»n,  (|ui  interdit 
aux  commissaires  français  de  |>énétrer  sur  le  sol  chinois. 

M.  Charles  Dillon ',  résident  supérieur  à  llué  (3i  janvier 

I.  Dillon,  Charlrs,  no  lo  i[\  jiiillol  i8'i3;  rlcvc-inlor|»n'tri  pour  la 
langue  cliiiioiso.  i*  rléc*.  iS(m,  à  IWKiii^;  drUcliô  à  (]liai)|^'ll»ï,  roninic 
élève  cniisiil.  au  coinnicncenionl  »!«•  iSl).*).  jus(|u'au  a(»  février  iN7o:a^ent 
vice  consul  ù  Mucuo,  et  chargé  de  la  gérance  du  con>ulat  de  Hong-Kong 


COMMISSION    DE    DÉLIMITATION    Di:    TONG-KING  \[\ 

i88C),  remplaça  le  3 1  juillet,  M.  Saint  ChalTray  comme  pré- 
sidenl  de  la  (.lélégalion  française  i\  la  c(mimission  de  délimi- 
tation; il  devait  rencontrer  les  plus  vi>es  dillicullés  dans  sa 
tAche.  Les  Chinois  avaient  constmit  des  forts  et  s'étaient 
étiîblis  militairement  daps  les  parties  du  territoire  annamite 
avoisinant  le  cap  Pak-loung.  Notre  malheureux  agent  à  Mon- 
kay,  M.  IIaïtcc\  fut  massacré  le  27  novembre  188G,  malgré 
une  défense  héroïcpie;  il  avait  été  supprimé  |K>ur  retarder  les 
travaux  de  délimit4ition  et  empêcher  ses  protestations.  A 
l'exception  d'un  légionnaire,  tous  l(\s  légionnaires  et  tirailleurs 
du  poste  (18  hommes  en  tout)  avaient  été  massacrés  et  tor- 
turés avec  Ilaïtcc.  «M.  Ilaïlce  tomba  à  peu  prés  mort  entre 
les  mains  des  Cliinois,  qui  le  traînèrent  dans  la  maison  d'un 
boucher  de  Monkay.  On  m'a  allirmé  (pill  s'était  passé  une 
horrible  scène  de  cannibalisme  et  que  ces  forcenés  avaient 
mangé  le  cœur  et  le  foie  de  notre  infortuné  compatriote*.  » 
M.  Dillon  éprou\a  également  des  dillicultés  à  Lao-Kay 
Qanvier  1887);  les  commissaires  impériaux,  après  avoir 
insisté  pour  que  la  délégation  reprit  au  plus  tôt  ses  séances, 
n^arrivèrent  au  rendez  vous  (pi'après  de  longs  retards  et 
employèrent  tous  leurs  efTorts  à  faire  échouer  leurs  négocia- 
lions.  Plus  tard,  les  membres  français,  ou  leurs  escortes, 
furent  attaqués,  tant,  dans  leurs  reconnaissances,  que  dans 

le  2O  frvricr  1870;  ctiargé  du  consulat  i\o  Ticn-Tsiii  \o  1*3  jaiivi(?r  iS-ji  ; 
coiiMi!  (Je  3 «*  classe  au  même  |m»sIo,  20  frv.  1873;  consul  do  i""*  classe, 
25  f€'\.  1880;  consul  à  Melbourne,  i»*""  mai  i88'i  ;  consul  f^éiiéral,  (] 
juillet  l885;  résident  supérieur  à  IIu»'»,  Hi  janvier  i88();  ministre  plé- 
iii|>olentiaire  de  j'"  classe,  3o  juin  i88()  ;  de  i"*^'  classe,  3o  janvier  1881)  ; 
-{-  à  Neuilly,  le  29  avril  1889. 

!••  llaïtce,  Jcan-Sé\'rrint  né  le  11  février  iS."»).  à  Biilaclie  (Hasses- 
I*\ rénées);  diplômé  de  rKcolc  des  Langues  ofi(>ntales.  8 janvier  1881. 

a.  La  région  du  Tonkin  limitrophe  de  la  (^liine.  /iull.  Soc.  fiCOf;. 
commerciale,  XI,  n»  .'4,  p.  598.  —  Lieul.-col.  Bouinais.  —  De  Uanoï\v 
Pékin,  Paris,  1892,  in-12.  — Après  la  morl  de  Ilaïlce,  le  colonel  Du- 
gcnnc  commanda  à  Mon-Kav;  cet  oflicii'r,  coiniu  par  Tailaire  de  Bac-Lé, 
Cîit  morl  au  Tong-King,  2  déc.  1887. 


i/i  i/ax^ke   i885 

leur  voy«igc  de  retour,  h  rinsligalion,  sans  aucun  doule,  du 
viceroi  du^un-Nan. 

Les  procès- verbaux  de  clôture  des  travaux  de  la  Conuuis 
sion  de  déliniilation  furent  signés  a  Mon-kay   le    iC    mars 
1887,  et  trois  mois  plus  tard  une  convention  de  délimitation 
de  la  frontière  entre  le  Tong-King  et  la  Chine  était  signée  à 
Pé-King   par    M.    Const<ins';   dès  le   25    ncnembre   1887, 
M.  Dillon  était  d'avis  d'entreprendre  dès  Tliivcr  Tahorne- 
ment  des  frontières  du  Tong-king,  en  commençant  sinuil 
lanément  les  opérations  par  les  régions  comprises  :  1°  entre 
Lang-so'n    et    Mon-kay  ;   2"  entre   le   Fleuve    Rouge   et   la 
rivière  Noire.  Nous  verrons  (pie  cet  ahornement  ne  fut   t<n' 
miné  rpTen  1897. 

l':i)IT   EN   FAVEIU    DES   CIIRÉTIE.NS 

A  la  suite  d'une  lettre  du  i5  septembre  1 885,  adressée  |>ar 
M.  Patenotre  au  Vamen,  celui-ci  répondait  à  neutre  minisire 
(ii^jour,  8' lune,  11''  année  Kouaug  Siu  =  19  septembre 
i885): 

Le  but  des  missions  catholiques  est  de  faire  le  bien.  La  reli- 
gion chrétienne  est  suivie  par  tous  les  Occidentaux;  ujais,  >ula 
dilTéreuce  des  mœurs,  les  (Chinois  sont  partagés,  à  son  é^ard, 
entre  la  croyance  et  le  doute.  De  plus,  il  existe  entre  les  Chré- 
tiens des  bons  et  des  méchants;  il  est  beaucoup  d'entre  eux  ([ui 
ne  font  |)as  leur  devoir  et  (pii  molestent  les  bonnettes  gens  ;  les 
missionnaires,  trompés,  écoutent  leurs  paroles,  parfois  même  leur 
prêtent  leur  protection  et  les  haines  s'accunmlenl  cha(pu»  jour 
dans  le  peuple  contre  eux. 

L'année  dernière,  le  conflit  qui  a  éclaté  entre  nos  deux  pays  a 
produit  parmi  la  popidation  une  vive  eirervescence,  (pi'il  a  été 
impossible  de  contenir.  Un  Décret  Impérial  fut  heureusement 
rendu,  qui  prescrivit  de  protéger  uniformément  (tous  les  Chré- 
tiens). A  cette  é|)0(|ue,  au  moment  où  la   haine  de  la  foule  était 

1.   Noir  II,  p.  5(*Mj. 


DÉCHET    DE    S.    M.     l/l\IPÉHATniCE    DOUAIRIKHE  l5 

docliaîn(T,  les  niilorités  locales,  en  faisanl  lous  leurs  efforts  pour 
les  sauvegarder,  onl  eu  une  tache  très  dillicile.  Dans  les  régions 
éloignées,  où  le  peuple  a  des  inceurs  violenl<*s,  des  troubles  se 
sont  produits  inopinément,  (pi'il  était  impossible  de  prévenir  et 
dVmpécber.  Nous  ne  doutons  pas  cpieV.  E.  ne  soit  parfaitement 
au  courant  de  cet  état  de  choses. 

Aujourd'hui,  la  paix  et  ramitic  étant  rétablies  entre  nous,  le 
calme  revient  peu  à  peu  dans  les  esprits.  Puisqu'un  Décret  a  été 
promulgué,  l'année  dernière,  pour  assurer  la  |)roleclion  (des 
Chrétiens),  il  devra  naturellement  être  obser\é  à  jamais.  Notre 
Conseil  se  pro|>ose  d'en\oyer  de  nouveau  des  Dé|MVhes  dans  toutes 
les  pro\inces  |>our  exposer  nettement  (les  stipulaiions  du)  Décret 
lm|M''rial  du  afiaoùt  i884  et  pour  que  des  proclamations  soient 
lancées  dans  toutes  les  localités  où  des  missions  sont  établies, 
afm  de  l'aire  savoir  au  peiq)le  «  (|ue  l(»s  Missions  Catholitpiesont 
|>our  but  d'exhorter  les  hommes  à  faire  le  bien  et  ne  se  mêlent 
|)as  d'autre  chose;  que  les  gens  (jui  professent  celte  religion  n'en 
r<»stent  pas  moins  des  (chinois,  et  (pie  les  uns  et  les  autres  doivent 
faire  tranquillement  leur  devoir,  sans  conserver  enlre  eux  de 
défiances  ou  de  baines  ;  que.  si  des  procès  s'élèvent,  ils  devront 
élre  jugés  et  réglés  par  les  autorités  locales,  conforméujent  a  la 
justice,  en  ne  distinguant  qu'entre  ceux  ([ui  ont  raison  et  ceux 
qui  ont  tort  et  non  pas  entre  les  Chrétiens  et  les  non  Chréliens: 
qu'une  pronqite  solution  devra  élre  donnée  à  ces  affaires;  que 
>i,  sans  motifs,  des  xexations  sont  connnis4»s,  les  auteurs  en  seront 
immédiatement  saisis  et  rigoureusement  punis,  pour  prévenir  le 
retour  de  faits  analogues  ». 

Lors<pic  des  proclamations  auront  été  nettement  rédigées  et 
]>romulgué»es  dans  ce  sens,  nouscrovons  (pie  la  bonne  intelligence 
jKiurra  ré'gner  et  qu'il  ne  s'élèvera  plus  de  (h'sordn^s  '. 

MINISTÈRE   DE   LA    MARINE  (il  \I-I»()i:),    12  OCTOBIlE   l885 

1^0  résultat  le  plus  appn'ciahie  d'un  vovage  que  fit  Li 
Iloung  tcliangà  Pc  King'  fut  la  nvalion  cFune  Amirauté  ou 
«Tun  ministère  de  la  Marine,  If  aï- Pou,  h  la  li**le  du(piel  fut 


1.  Pour  Iracl.  conforme  (sig.)  :  A.  Vissii.KK, 

2.  II,  ]».  555. 


iG  i/axm':k   i885 

planWomnio  uno  sorlc   de  grand  amiral,  Trirouen,  le  sep 
lienie   jiriiKv,  père   de   T Empereur,   qui   devait  reee\oir  le 
roncours  du  prince  K'ing  et  de  I.i  Ilounfi:  l(lian|<,  assistés  de 
Clian-K'ing  et  du  marquis  Ts'èng. 

DÉCHET    DE    S.     M.     l/iMPÉUATRICE    DOUAIRIERE* 

En  raison  de  la  grand*»   ini))orlan(*e  qui  s'allaclie  à  toules  les 
(piestions    relatives    au    perrectioimcnienl    de    notre  s\stènie  de 
défense  des  cotes.  Nous  a\ons  précédiMuinent  ord(»nné  aux  surin- 
tendants des  ports  du  Nord  et  du  Sud  et  à  d'autres  ronctiouniun's 
d'étudier  res  questions  et  de  uous   l'aire  connaîtn^  leur  a\is.  (les 
hauts  dignitaires  nous  ont  |)résenté  sucoessivrnient  iloii.  Rapports 
dans  les(pi(»ls  ils  nous  ont  dé>eloppé  leurs  >ues.  Depuis  lors,  Nous 
a\onsenjointau\  Mend)res  du  Grand  (lonseil  de   J'Enq)ire,  ainsi 
(|u*au  Princes  et  au\  Ministres  eoinposant  not re  Conseil  des  A tï'a ires 
Etraui^ères  de    se    concerter  a\c»c   Li   ]|()un^-tclian<;  et  de  nous 
adr<»sser  un  nou\eau  rajiport  sur  ce  sujet.  Nous  commandions 
en  même  temps  à  \i-liouan,  l*rince  Tcirouen,  de  prendre  j)art  à 
ces  délibérations. 

Ce   ra|)|M)rt  contient  le  passage  suivant   :    «    Envisageant    la 

question  dans   .son   ensemble,  nous  axons   pris    la  résolution   de 

prier  Nos  Majestés  de  procéder  en  premier  lieu  |)ar  Torganisation 

sérieuse  d'une  des  (li\isions  de  notre  marine,  celle  des  ports  du 

Nord  (/V-ya/ir/),   puis  dv  continuer  ct»lte  (euvre  graduellenuMit, 

et  d'année  en  année,  en  ce  (pii  concerne  les   autres  dixisions.  » 

Cette  |)roposition  répond  partailement  aux  liesoinsdela  situation. 

Nous  chargeons,  en   consécjuence,    Yi-houan,  prince  Tch'ouen, 

de  la  Direction  générale  de  nos  armées  de  mer.  C'est   à  lui  cpi'il 

appartiendra  désormais  de  conunander  à  nos    forces   navales  sur 

tout  le  littoral  de  rEnq)ire  et  d'en  diriger  les  mou>ements.  Nous 

dé'signt)ns  connue  devant  agir  de  concert  a\ec  lui,  \i-k'ouang, 

prince    K'ing^  et  Li   lîoung-tchang.   (irand  Secrétaire  d'Etat   et 

\\cv  Hoi  du  Tché-li.  Ils  s<Monl  assistés  de  Chan-K'ing,  conunan- 

dant  le  contingent  chinois  de  la  Bannière  rouge  unie  et  deTs'éng 

ki-t.*ieu^,  \ice-président  de  droite  au  Ministère  dv  la  guerre. 

I.   Gazette  de  Pé-Kin}iy  u  octobre  i8î<5. 
a.   Prt'RÎdent  du  'JVuiiij^-li  Vaineii. 
3.  Nom  du  iiian|ui!»  Ts'êiig. 


DÉCRET    DE    S.    M.    L*IMPÉRATRICE   DOUAIRIÈRE  I7 

Devant  procéder  d'abord  à  rorganisalion  de  l'armée  navale  des 
ports  du  Mord,  nous  chargeons  Li  Iloung-lchang  de  s*en  occuper 
seul. 

Quant  aux  créations  qu'il  y  aura  lieu  de  faire  et  aux  diverses 
propositions  qui  devront  nous  être  soumises,  elh^s  feront  l'objet 
d'une  élude  délailléc  et  attentive  de  la  part  des  Princes  et  des 
hauts  dignitaires  mentionnés  ci-dessus,  (pii  auront  à  nous  pré- 
senter un  projet  de  Règlement  en  vue  de  la  poursuite  graduelle 
de  cette  couvre . 

Resp<»cl  h  ceci  '  î 

1.   Pour  trad.  coiiformo,  sig.  :  A.  Vissière. 


COBDUH.  III.    —    2 


CHAPITRE  II 

ANNEXION  DE  LA  BIRMANIE.  —  CONVENTION  ANGLO-CHI- 
NOISE. —  VOYAGE  DU  SEPTIÈME  PRINCE.  —  BANQUET 
DIPLOMATIQUE.  —  TROUBLES  A  TCHOUNG-KING.  -  MA- 
JORITÉ DE  L'EMPEREUR.  —  M.  LEMAIRE.  —  TRAITÉ 
PORTUGAIS. 

ANNEXION    DE    L\    BIRMANIE    A   lVnGLETERRE,     I**"  JANVIER    1886 

Le  i®**  décembre  i885,  le  conilc  de  Duflerin,  vice-roi  de 
rinde,  qui  avait  remplacé  en  188/4  lo  marquis  de  Ripon, 
adressait  d'Agra  an  très  honorable  lord  Randolpli  Cliurchill, 
secrétaire  d'Ktal  de  Tlnde,  une  lettre  dans  laquelle  il  man- 
dait que  Tattitude  hostile  du  roi  Thibau  lui  faisait  donner 
Tordre  au  commissaire  anglais  en  Rirmanie,  C.  Rernard, 
de  transmettre  les  trois  demandes  suivantes  :  i**  qu'un  en- 
voyé du  vice  roi  et  gouverneur  général  fut  reçu  convenable- 
ment à  Mandalay  et  que  les  dillicultés  présentes  fussent 
réglées  par  son  intermédiaire;  2°  c(ue  tout  procès  contre  la 
Compagnie  de  commerce  fut  arrêté  jusqu'à  l'arrivée  de  l'en- 
voyé; 3"  qu'à  l'avenir,  un  agent  diplomatique  du  vice-roi 
eut  la  permission  de  résider  à  Mandalay,  avec  des  garanties 
sullisantes  i)our  sa  sécurité  et  que  le  gouvernement  birman 
le  IrailAt  suivant  son  rang. 

Les  réponses  du  roi  furent  considérées  comme  insuffisan- 
tes ;  en  conséquence,  le  major  général  Sir  Ilarry  Prender- 
gast  reçut  les  instructions  nécessaires  pour  franchir  la  fron- 
tière birmane  et   marcher  sur  Mandalay.  Cette  campagne, 


CONVENTION    RELATIVE    AU    TIBET    ET    A    LA    BIRMANIE  IQ 

commencée  en  novembre  i885,  élait  terminée  en  quelques 
semaines.  Mandalay  était  pris  le  28  novembre,  le  roi  Thi- 
bau,  fait  prisonnier,  était  envoyé  aux  Indes.  Le  i"**  janvier 
i88(),  lord  Duflerin  lançait  la  proclamation  suivante  que 
je  traduis  littéralement:  «  Par  commandement  de  Tlmpéra- 
Iricivlleine,  il  est  donné  notice  par  la  présenle,  que  les  ter 
riloires  jadis  gouvernés  par  le  roi  Tbibau  ne  seront  j)lus 
désormais  gouvernés  sous  son  autorité,  mais  sont  devenus 
|>ortion  des  [jossessions  de  Sa  Majesté;  et  seront  suivant  le 
bon  plaisir  de  Sa  Majesté,  administrés  j)ar  les  olliciers  rpie  le 
vice  roi  et  gou\rrneur  général  de  l'Inde  pourra  nc^nmier  de 
lenqis  en  temps.    » 

Il  n'v  avait  plus  de  Birmanie  indépendante'. 

Les  (Illinois  protestèrent  conire  l'occupation  d(»  la  Birma- 
nie, mais  n'allèrent  j)as  plus  loin;  les  Anglais  promirent  de 
ne  pjrler  aucune  atteinte  aux  droits  de  suzeraineté  de  la 
Chine,  mais  ce  qui  était  en  contradiction  a>ec  celte  assu- 
rance, ils  expédièrent  le  roi  Tbibau  à  Calcutta. 

CONVENTION    RELATIVE    AL     TIBET    ET    A    LA    BIRMANIE 

2/4    JUILLET     l88G^ 

Le  2^1  juillet  1886  (23*  jour.  G**  lune,  12°  année  Kouang- 
Siu),  M.  N.  U.  O'Conor  pour  la  Grande  Bretagne,  le  prince 
K'ing,  président  du  'rsoung-li  Vamen,  et  Souen  Yii-wen, 
Tun  des  ministres,  pour  la  Chine,  signèrent  une  convention 
relative  à  la  Birmanie  et  au  Tibet,  en  cinq  articles  ^  : 

Article  premier.  —  Alleiuiii  qu'il  a  été  d'usage  de  la  part  de 
la  Birmanie  dVnvoyer  des  missions  (lécenindes  pour  préscMiter 
des  articles  de  la  production  locale,  rAugletern»  convient  (arjrecs) 

1.  Henri  Cordicr,  /listoriqup  des  Relations  de  la  (ira nde- Bre- 
tagne avec  la  Birmanie. 

2.  China,  n»  5  (1886) fC.  — /|8Gi]. 

3.  Traduction. 


30  U:S    ANMCKS     188G-1887 

que  la  plus  hanle  anlorilo  de  Hinnanio  enverra  les  missions 
décennales  habilu(?lles;  les  membres  des  missions  seront  de  race 
birmane. 

AuT.  a.  —  La  (^bine  convient  que,  dans  toutes  les  questions, 
quelles  qu'elles  soient,  se  rattacbant  à  l'autorilé  et  au  gouver- 
nement ([ue  r.Vn^delerre  exerce  acluellement  en  Birmanie,  TAn- 
gielerresera  libre  de  l'aire  (oui  ce  qu'elle  jugera  bon  et  convenable. 

AuT.  3.  —  La  l'ronlière  enlre  la  Birmanie  et  la  (îbinc  sera 
tracée  par  une  commission  de  délimitation,  et  les  conditions  du 
connnerce  sur  la  frontière  s<Mont  réglées  par  une  commission  de 
connnerce  d(;  frontière,  les  deux  pavs  convenant  de  protéger  et 
encourager  le  connnerce  entre  la  (Ibine  et  la  Birmanie. 

AitT.  f\.  —  Attendu  qu'ime  cMupiète  faite  à  ce  sujet  par  le 
g()u>ernemeiil  cbinois  a  démontré  cpi'il  existe  de  nombreux 
obstacles  à  IVinoi  d'une  mission  dans  le  Tbibet  prévu  dans  un 
article  séparé  delà  cornenlion  de  Tcbé-fou,  l'Angleterre  consent 
à  cont remander  la  mission. 

Uelati\emenl  au  désir  du  gouvernement  britannique  d'étu- 
dier des  arraiigen»ents  pour  le  connnerce  de  frontière  entre 
l'Inde  et  le  Tbibet.  ce  sera  le  devoir  du  gouvernement  cbinois. 
après  une»  encpiète  attentive  au  sujet  dc*s  faits,  d'adopter  des 
nu^sures  pour  eviiorter  et  encourager  la  population  dans  le  but 
de  fa>oris(»r  et  dé\eloj)j>er  le  commerce.  Si  la  cbose  se  trouve  être 
[)raticable,  le  gouxerncMuent  cbinois  s'occupera  alors  d'étudier 
soigneusement  l'établissement  de  règlements  connnerciaux  ;  mais 
si  on  recomiait  l'existence  d'obstacles  insurmontables,  le  gouver- 
nement britanni([ue  n'insistera  pas  indûment  à  ce  sujet. 

AiiT.  f).  -  -  La  présente  conxention  S(»ra  ratiliée,  et  les  ratifi- 
cations seront  écbangées  à  Londres  aussitôt  que  possible,  après 
la  date  de»  la  signature  de  ce  document. 

Force  (les  li(Mis  de  suzcTaineté  de  la  Chine  avec  les  états 
\()i>ins,  nous  verrons,  en  décend)re  1887,  apporter  le  Iribiit 
il  Pé  King,  inie  and)assa(le  du  Népaul  I  Kl  ce  pays  a  été  con- 
(piis  en  181G  [)ar  TAngleterre  î 

VOYAGE    T\\      SEI'TiKMK    PRINCE 

A  la  suite  de  la  nomination  du  septième  prince  comme 
chef  de  rAmirauté,  il  était  nécessaire  que  le  père  de  l'Empe- 


VOYAGK    DU    SEPTIEME    PRINCE  21 

reur  fît  son  a pprcn lissage  et  \isili\t  quolqnos  ports  de  mer. 
Le  i/|  mai  188G,  Tclfoucn  qnillail  Pc  Kin^'  cl  arrivait  à 
Tion-Tsin  le  16.  Le  lenclomain  de  son  arrivée  dans  cette 
ville,  le  prince  Tclfonen  recevait  M.  von  Hrandt,  ministre 
d'Allemagne,  qui  devait  lui  présenter  le  syndical  allemand; 
M.  Rislelhueber  fut  également  reçu  en  qualité  de  doyen  du 
corps  consulaire  de  Tien-Tsin.  Le  prince  se  rendit  ensuite 
à  Port- Vrthur,  à  \N  ei  Haï  wei  et  arriva  à  Tclié  fou  le  2'2  mai 
dans  Taprès-midi '.  l/amiral  Ili(umier,  conmiandant  Tes- 
cadre  française,  lui  rendit  visite  dans  ce  |)ort  le  même  jour  a 
5  heures  du  soir,  à  bord  du  vapeur  de  la  (Compagnie  chinoise 
Ilaean,  accompagné  des  étals  major  du  cuirassé  Turcnne, 
vaisseau  amiral,  des  cnûseurs  llobind  et  Priniautjurt,  et  des 
canonnières  la  Vipère  et  le  StKjiUnirc.  Le  |)rince  Tclrouen 
était  debout,  ayant  à  sa  droite  le  grand  maréchal  tarlarc 
Chan-R'ing,  et  à  gauche  Li  lloung  tchang,  jXMlant  tous  les 
trois  la  jaquette  jaune,  M.  Dclring  et  Lo  Foung  lo  ser>aient 
d'interprètes. 

Le  prince  dit  à  Tamiral  : 

«  Puisque  j'ai  de>anl  Uïoi  le  plus  haut  représcnlaiil  de  la 
France,  je  le  prie  de  lélégra|>lucr  au  Présidciil  de  la  U('>|)nl)li(pie 
Française»  les  ><piix  que  je  fais  pour  sa  personne  et  de  l'assurer 
que  les  relations  des  deux  nations  seront  toujours  amicales.   » 

Il  ajouta  : 

a  J'aurais  désiré  nous  faire  tous  |)hotoi;ra|)l)i(T.  en  souxcMiir 
de  O'tte  visite,  connue  je  lai  fait  à  Porl-Arthur.  (pianci  j'ai  reçu 
l'aniiral  anglais.  Je  rci^rcll(î  hcancoup  cjne  les  cireonslanet^s  vi 
le  temps  ne  s'y  prêtent  j)as  (il  était  (i  lienn's  du  soir),  mais  je 
\ous  prie  de  vouloir  bien  me  donner  voire  jiliolograpliie.   » 

I.  M.  \  issièro  a  tlonnô  en  iqoo,  <lan«i  le  T'oitn^  Pan,  mw  cxcelloiilc 
traiiudioii  des  imjtrcssions  du  prince  Tcirmien.  au  cours  de  ses  |»érégri- 
nations  :  L'odyssée  d  un  Prince  chinois,  llang  h.ii  >iii  Is'ao.  Ilssnis 
poétiques  sur  un  K'ornge  en  mer,  par  le  Sc[>liènie  i^rince,  père  de 
l'Empereur  Kouaiig-Siu. 


a a  LES  ANNÉES   I 886-1 887 

Le  lendemain,  Li  Houng-lchang  el  le  maréchal  tartare 
rendirent  la  visite  du  prince  aux  deux  vaisseaux  amiraux  sur 
rade,  VAudacious  et  le  Turenne. 

CORPS    niPLOMATIQlE 

Sir  John  Walsham  avait  été  nommé,  le  2^  novembre  i885, 
ministre  d'Angleterre  à  Pé  King  à  la  place  de  Sir  Robert 
Ilart;  il  venait  de  Paris;  le  i5  octobre  1873,  il  avait  été 
nommé  secrétaire  de  la  légation  de  Pé  King,  mais  ne  s'él^iit 
pas  rendu  à  son  poste.  Il  arriva  avec  sa  famille  à  Chang  Haï 
le  19  mai  et  à  Pé-King  le  i3  juin  188G;  il  fut  re(;u  pour  la 
première  fois  au  Yamen  le  vendredi  18  juin  i88(). 

M.  Cogordan  (piilla  (ihang-IIaï  le  19  juin;  la  veille,  il 
remit  le  service  de  la  légation  de  France  à  M.  Kraetzer*, 
consul  général  à  Chang-llaï,  qui  confia  la  gérance  de  son 
jK)sle  à  M.  E.  Thiébaut^.  M.  Constans,  nommé  ministre  à 
Pé-King,  devait  quitter  la  France  en  juillet. 

Enfin,  M.  Coumani',  ministre  de  Russie,  successeur  de 
M.  S.  Popov,  arriva  à  Chang-llaï  le  '1  novembre  i88(>. 

1.  Kracizor,  /ùuile-fJésirc,  nv  à  Paris  le  3o  juillet  i83(j;  mort  clans 
celte  ville  le;  23  oct.  1887;  commis  de  chancellerie  à  Saint-Pélcrsl)ourp, 
3u  mars  1861  ;  chancelier  à  Ki(?l,  28  mars  1868,  à  Hambourg  (/>.  1.)  le 
i/i  juillet  i8G();  chancelier  de  3^'  classe,  le  n'i  déc.  1869;  chef  interprète 
de  la  llolle  du  Nord  le  aS  juillet  1870;  chancelier  à  Yokohama,  28  mars 
187a;  chancelier  de  2«  classe  le  2  aoiU  1873;  g:<^rant  du  consulat  de 
Yokohama,  20  février  1875  jusqu'au  3i  mars  1877,  chancelier  do 
!«•"  classe,  12  déc.  1877;  consul  de  3*^  classe  chargé  du  vice-consulat  de 
St-Jean  de  Terre-Neuve,  le  9  nov.  1878;  consul  à  Livournele  2^  oct.  1881  ; 
sous  directeur  du  Nord  à  la  direction  des  afTaires  commerciales,  29  déc. 
1881  ;  consul  de  i^^  classe  à  Païenne,  i.'i  fcv.  i88t;  consul-général  à 
Calcutta,  G  nov.  i883;  à  Chang-llaï,  20  juin  i885. 

2.  Thiéhaut,  Napoléon-Eugcne-Lmilct  né  le  3i  mars  i85G;  il  était 
chargé  des  fonctions  de  consul  suppléant  à  (^hang-Haï,  depuis  le  5  aoiH 
i885  ;  il  fut  nonuné  vic<^-consul  à  Charleston,  le  3i  décembre  1887. 

3.  Deuxième  secrétaire  à  Athènes,  18G1;  à  Constantinoplc,  i8G2-G3  ; 
premier  secrétaire  à  (Constantinoplc,  i8G^-G9  ;  consul  général  à  Paris, 
187G  ;  à  Marseille,  i883;  ministre  à  Pé-King,  188G. 


BAT^QUET    DIPLOMATIQUE  2 3 

Le  marquis  Ts'cng  rcnlra  d'Europe  à  Chang-IIaï  le  i8 
novembre  1886  et,  après  une  visite  à  son  oncle,  le  vieux 
TsVng  Kouo-ts'iuan,  à  \an  King,  il  remonta  à  Pé-King, 
fui  re<:u  en  audience  le  i3  décembre  188C  et  nommé  mem- 
bre du  Tsoung-li  Yamen. 

ba>qi:et  diplomatique 

Comme  corollaire  aux  visites  faites  au  prince  Tcli'ouen 
par  les  fonctionnaires  étrangers,  un  grand  dîner,  chose  sans 
précédent,  réunit  au  ïsoung  li  Yamen,  le  4  «oùt  1886,  tout 
le  corps  diplomaticpie  étranger  : 

Mo.NSIElU    LE    MlMSTUE*, 

Lo  Prince  Tch'oucn,  |H»re  de  rEm|>eroiir,  avant  été  chargé,  il 
V  a  d<Hix.  mois,  par  im  décret  de  l'Impératrice,  d'inspecter  les 
ports  lut  amené  sous  l'inspiration  de  S.  E.  Li  Iloung-tchang,  à 
r(»cevoir  les  Consuls  à  Ticn-Tsin  et  les  amiraux  français  et  an- 
glais à  Port-Arlhur  et  à  ïché-fou. 

M.  de  Brandt,  Ministre  d'Allemagne  et  Doyen  du  Corps  di- 
plomaticpie,  lit  alors  des  démarches  poiu*  être  reçu  par  le 
Prince;  mais  ces  démarches  échouèrent.  Il  lit  alors ime  demande 
plus  régulière,  hien  qu'il  la  lit  sans  prendre  conseil  de  ses  collè- 
gues et  demanda  à  ce  que  le  corps  diploniati(pie  fut  reçu  à  Pé- 
King  par  le  Prince  comme  il  avait  reçu  le  corps  considaire  à 
lien-lsui. 

S.  E.  Li  lioung-tchang  appuva  sérieusement  cette  demande, 
y  \oyanl  é\idemment  une  occasion  unique  pour  lui  de  se  couvrir 
vis-à-vis  de  ses  ennemis  et  du  peiq)le  chinois  en  général.  En 
elTet,  si  le  père  de  rEnq)ereur  consentait  à  voir  le  corps  diplo- 
matique élranger,  il  devenait  inq)ossil)le  de  l'accuser,  lui.  de 
pictiser  a>ec  les  Barbares  ol  de  miner  sa  situation  pour  ce  motif; 
car,  en  l'attaquant,  on  attaquait  désormais  le  père  de  rEnq)c- 
reur  lui-même.  Il  fut  donc  décidé  que  h»  Tsoung-li  Yamen  don- 
nerait un  dîner  au  Corps  diplomatique,  aucpiel  assisterait  le 
prince  ïch'ouen. 

I.   [-.dire  <le   M.    Kraelzor  U    M.  de  Frcvciiict,    miiiislrc  des  alTaîrcs 
étrangères,  Pc- King,  4  août  1886. 


Est. 


S.A.  I.le  Prince 
Tch'ouen. 


U 
O 


Allemagne.  S.  E.  M.  de 

Brandi. 
États-Unis.  S.  E.  le  col. 

Dcnbj. 
Japon.  S.  E.  M.  Shioda 

Sabouro. 
Grande- Bretagne.  S.  E. 

Sir  J.  WaUham. 
Belgique.  S.  E.  jM.  Vor- 

hapghc  do  Napyrr. 
Russie.  M.  Ladvgcn»kv. 
France.  M.  KracUcr. 
Pays-Bas.  M.  Rhcin. 


M.  Tci. 


M.  Koixoumi. 


M.  Slronge. 


M.  liaiier. 


111 


5 


M.  Paderin. 


4  6 


LcH  placei»  laiHM*cs 

vides 

seront  occupées 

par 

les  Socrélaires  du 

Yainen. 


t 

« 
u 


S.  \.  le  Prince  K'ing. 

Fou  Tchoung-t^ang. 

Chi  Chcn. 

8iu  King-chèn. 

licao  (ihen-heng. 

8<)un  Yu-wcn. 

Siti  Young-i. 

Siu  Tch'ang. 

Chcn  Ping-tch*ang. 


t,  «t, 

**  u 

u    *• 

o  a 
a- ,4» 

n 


M.  Col  lin  de 
Planc^. 


M.Kojijauia. 


M.  Mijosakv.       3 


5 


6 

4 

IV 

M.Nakashima. 
M.  Dcnbjf. 

1 

I 

5 
6 

3 

M.  Cheshire. 

h 

M.  Iluart. 

II 

M.  le  Prince 
Ijobanov  de 
l\o(ttuv. 

3 

I 

M.  '»on  Ket- 
tcler. 

M.  Arendl. 

5 

3 

1 

ai 

e 


Ouest. 


TROUBLES    A    TCHOUNG-KINr.  25 

A  ce  moment,  j'étais  à  Chang-llaï  et  le  Prince  voulut  bien 
relarder  l'époque  de  Tenlrevue,  alin  de  me  permettre  d'v  assis- 
ter. \  mon  passage  à  Tien-Tsin,  S.  E.  Li  insista  beaucoup  auprès 
de  moi  pour  (pie  je  ne  fisse  aucime  objection  à  cette  enln^vue 
que  Sir  John  Walsham  semblait  vouloir  faire  échouer. 

Dans  une  réunion  que  nous  eùmc^s  chez  \v  Doyen.  Sir  John 
abandonna  st»s  objections,  dont  le  vrai  niotil"  était  la  manière 
d'agir  irrégulière  de  M.  de  Brandt  et  le  dnier  fut  fixé  junir  le 
/i  août.  Il  a  eu  lieu  aujourd'hui  à  deux  heures  et  j'ai  l'hoiuïeur 
de  \ous  envoyer  ci-joint  le  plan  de  la  salle,  avec  les  places  attri- 
buées à  chacun  selon  son  grade  et  son  ancienneté.  Li*s  alhxMi- 
tion  du  Doyen  et  du  l^rince  ont  été  d'une  banalité  typique.  Le 
Prince  a  eu  ensuite  l'idée  de  demander  à  chacun  de  nous  (pielle 
était  noire  idiV  sur  la  meilleure  manière  de  servir  notre  pa>s... 

Enfin,  à  4  heures,  le  Prince  Tch'ouen,  <pii  était  un  invité, 
s't»st  retiré... 


TROIIU.KS    A    TCIIOLXi-KIX; 

Le  i*^*"  juillet  1886  (3o  de  la  5''  lune),  des  troubles  écla- 
tèrent à  Tchoung  King,  dans  le  Se  tch'ouen.  Des  étudiants 
militaires  incendièrent  la  mission  américaine,  et  rémeuto 
grandissant,  les  autres  missions,  proteslanles  et  catholi(pies, 
furent  attaquées  à  leur  tour  ainsi  que  les  chrétiens  imligènes. 
Après  quelques  jours  de  désordres  et  de  pillage,  le  7  la  tran- 
quillité était  rétiiblie  et  un  millier  de  soldats  furent  envoyés 
sur  les  lieux. 

Un  arrangement,  en  16  articles,  fut  signé  a  Ilan  kéou  le 
20  décembre  188G  devant  notre  vice-consul,  M.  Fraiulin, 
par  M*""  Coupât  \  vicaire  apostolique  du  Se  IchOurn  oriental 
et  d'autres   missionnaires,    par    Kiaclié,    ancien    lao-laï   de 

I.  Goii|»at,  /'/ïM/-^//^'tv*r,  IIP  le  8  juin  i8'i2,h  K^'lis(j-\o!ivc-ilc;s-Liîinls 
(Puy-dc-Dùmc)  ;  entré,  le  3o  aoiU  i8()'i,  au  scminairo  des  Missions  «Hran- 
gères;  parti  j)our  la  Chinp,  en  1867  ;  évoque  de  Tajrasle  et  coadjuleur 
de  Mf?'  Desflèches  (qui  s'embarqua  à  (Ihang-llaï  pour  l'Europe  le  3ojuin 
1878),  i5  septembre  i88a  ;  vie.  ap.  du  Se-lch'ouen  oriental,  20  février 
i883  ;  mort  a5  janvier  1890. 


36  LES    ANNÉES    1 886-1 887 

ïchouan  Tong-lao,  le  préfet  de  Ïchoung-King,  etc.  L'in- 
demnité due  pour  les  donnniages  causés  à  la  mission  fut  fixée  à 
220000  taels,  dont  60000  furent  versés,  en  janvier  1887,  ^^ 
vice-consulat  de  Ilan  kéou;  le  reste,  soit  160000  taels,  devait 
être  versé  en  quatre  annuités  (1887-1890)  de  4oooo  tacls. 

MAJORITÉ    DE    l'eMPERELR 

Le  11  juillet  1886,  la  Gazette  fie  Pé  Kiwj  renfermait  un 
décret  de  Tlmpéralriceau  sujet  de  la  majorilé  de  TEmpereur. 

M'étant  entendue  aujourd'hui  a>ec  le  Prince  Tch'ouen  et  le 
Prince  Li,  Membre  du  Conseil  Privé,  j'ordonne  qu'à  partir  du 
Grand  Sacrifice  au  (liel  qui  a  lieu  au  solstice  d'hiver.  l'Knqjcreur 
ira  désormais  accomplir  dans  les  tenq)les  les  cérémonies  usuelles 
et  je  charfçe  rOhservaloire  iui[)érial  de  faire  choix  d'im  jour  heu- 
reux et  propice  |K)ur  que,  l'année  prochaine,  l'Empereur  com- 
mence à  régner  par  lui-même. 

Un  autre  décret  du  i5  juillet  marque  que,  sur  les  ins- 
tances des  princes  Tcirouen,  Li  et  P()\  rimpératrice,  quand 
TEmpereur  régnera  par  lui  même  «  lui  donnera  son  aide 
suivant  que  les  circonstances  Texigeronl,  et  lui  rappellera  ce 
qu'il  a  appris  à  mesure  que  les  afl'aires  se  présenteront  ».  En 
conformité  avec  le  rapport  de  TObservatoire  impérial,  le 
régne  conmiencera  le  i5'  jour  du  i*^""  mois  de  Tannée  pro- 
cliaine  (7  février  1887).  Enfin,  par  un  troisième  décret  paru 
dans  la  (]a:ette,  19  juillet  1886,  rinq)ératrice,  cédant  faci- 
lement à  une  douce  violence,  accepte  d'être  conseillère  de 
TEmpereur  pendant  plusieurs  années. 

M.     LEMAIRE 

M.  Constans^  quitta  Pé-King  au  commencement  du  mois 

1.  Fils  de  Sc^ng-ko•lin-sin. 

2.  Conslans,  Jean-Anloine-Ernest^  né  le  4  roai  i833  ;  avocat,  docteur 


M.     LRMAIRR  37 

d'août  et  arriva  à  Tien-Tsin  le  i3  cl  à  Cliang-Ilaï,  le  'jS, 
d'où  il  s'embarqua  le  26,  pour  le  Japon  ;  au  rei^u  d'un  lélc- 
grannnie  du  ministère  des  Affaires  étrangères,  M.  Souharl*, 
secrétaire  d'ambassade  à  Pé-King,  prit  le  service  de  la  léga- 
tion le  23  août.  M.  Gabriel  Lemaire*  avait  élé  nonuué  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Pé  King  le  10 
juillet  1887.  En  passant  h  Hong- Kong,  il  ne  vit  pas  M.  Cons- 
tans,  qui  était  au  Tong-King.  M.  Souhart  remit  le  service 
de  la  légation  à  M.  Lemaire  le  i/i  novembre  1887,  arrivé  la 
veille  dans  la  capitale. 

M.  Lemaire,  en  arrivant  à  Pé  King,  demanda  au  Tsoung- 

cn  droit;  professeur  agrégé  des  Facultés  de  droit  (i8t)7)  à  Douai  cl  à 
Toulouse  (iî<7o);  député  de  Toulouse,  1875-1891  ;  sous-secrétaire  d'Klat 
au  ministère  de  l'intérieur  et  des  cultes,  28  janvier  1879;  ro""^lrc  de 
rintéricur  et  des  cultes,  16  mai  i88o-fé\rier  i88a  ;  envové  exlraordi- 
nairc  et  ministre  plénipotentiaire  en  Cliine,  10  juin  i886-i'i  juillet  1887  ; 
gouvcnieur  générai  de  l'Indo-Cliine,  octobre  1887  ;  depuis  andmssadeur 
à  Constantinoplo. 

I.  Souhart,  Fernand-Arthur,  ne  le  18  janvier  185/4;  licencié  en 
droit  ;  élève  diplômé  de  l'Ecole  des  ScicMices  poliliipies  ;  attaché  à  la  di- 
rection des  consulats,  39  juillet  i87(»  ;  élève  consul,  9  juin  1878  ;  à  Yoko- 
hama, 1^  août  1878;  commis  principal  à  la  direction  des  affaires  com- 
merciales, i**""  février  1881);  secrétaire  de  seconde  classe  à  Téhéran, 
i5  février  1883  ;  secrétaire  de  première  classe  à  Pé-King,  30  juin  188G; 
secrétaire  à  Belgrade,  ao  mars  1889. 

3.  Lemaire,  VicLor-Gabrlel,  né  le  3  jan\ier  1889;  chargé  des  fonc- 
tions d'interprète  à  (ihang-llaï,  i^""  janvier  i855;  nonuné  interprèle  à 
cette  résidence  le  ^  novembre  1867  ♦  interprète  à  Canton,  t  février  1809; 
a  rempli  les  fonctions  d'interprète  auprès  du  général  commandant  en  chef 
de  l'expédition  française  en  Chine,  1860;  premier  interprèle  à  Pé-King, 
le  8  mars  i865;  consul  de  seconde  classe  à  Fou-tchéou,  3t)  août  1873; 
à  Canton,  19  février  1878;  chargé  de  la  gestion  intérimaire  du  consulat 
général  à  Chang-Haï,  35  janvier  1878  ;  consul  de  première  classe,  1 1  fé- 
vrier 1879;  ^  Hong-Kong,  i'-""  avril  1881  ;  consul  général  à  Çalciitla, 
H»  mars  1883  ;  à  Chang-Haï,  G  novembre  i883  ;  ministre  plénipoten- 
tiaire de  seconde  classe,  résident  général  à  Hué,  r""  sc^plembre  i88/|  ; 
chargé  de  travaux  particuliers,  i3  février  1886;  délégué  du  gouverne- 
ineiit  français  à  la  commission  de  délimitation  des  Elats  du  Sultan  de 
Zanzibar,  i*-'»"  avril  1886;  en  disponibilité,  r'"*  janvier  1887;  envové 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Pé-King,  10  juillet  1887. 


38  LES   ANNEES    I 886-1 887 

li  Yamen  (i5  novembre  1887),  ayant  pris  la  direction  de 
la  légation  le  i/i,  de  lui  faire  connaître  le  jour  où  l'Empe- 
reur voudrait  bien  le  recevoir  pour  la  remise  des  leltrcs  de 
créance  qui  Taccrédilaient  à  la  Cour  impériale  et  des  lettres 
de  rappel  de  M.  Constans  dont  il  faisait  parvenir  les  copies 
au  prince  K'ing  et  à  ses  collègues;  la  majorité  de  TEmpe- 
reur  avait  été  proclamée  le  7  février  précédent,  mais  Tlmpé- 
ratrice-douairière  continuait  à  exercer  le  pouvoir;  ce  fait 
pouvait  servir  d'excuse  pour  ne  pas  recevoir  M.  Lemaire, 
mais  le  Yamen  préféra  en  invoquer  une  autre  : 

Le  f\^  jour  de  la  10*  hiiic  de  la  i3^  aunéo,  année 
Konang-Siu       18  novembre  1887. 

Réponse- onicicllc. 

Le  i**"  de  la  10**  lune  de  la  i3®  année  Kouanfj;-Siu  (i3  no- 
vembre 1887),  nous  avons  reçu  la  dépécbc  dans  laquelle  V.  E. 
nous  dit  qu*EIIe  est  arrivée  h  Pé-King  et  qu'EIlc  a  pris  le  service 
h  la  date  du  i^  novembre.  Vous  nous  parlez  aussi  de  la  cordia- 
lité qui  régnera  dans  les  rapports  que  nous  aurons  à  entretenir 
avec  V.  E.  au  sujet  des  relations  de  nos  deux  Pays,  afin  d'assu- 
rer un  résultat  satisfaisant,  et  vous  ajoutez  ([ue  vous  êtes  porteur 
de  Lettres  de  créance  destinées  à  être  remises  jxîrsonnellcment 
en  Audience  Impériale. 

Nous  avons  tous  pris  connaissance  de  celle  communication  et 
notre  vif  désir  est  (pie  nos  rapports  avec  V.  E.  soient  inspirés 
par  im  esprit  conciliant  et  par  ime  aide  réciprocpie,  (pie  les  af- 
fain»s  (pie  nousaur(ms  à  traiter  le  soient  conformément  à  récjuité 
et  que  nous  affermissions  à  jamais  nos  relations  de  concorde.  En 
ce  (pii  concerne  la  ([uestion,  dont  vous  nous  parliez,  de  la  remise 
de  vos  lettres  de  créance  entre  les  mains  de  S.  M.,  nous  devons 
vous  faire  remarquer  que  les  Représentants  actuels  d(»s  autres 
Puissances  n'ont  pas  demandé,  h  leur  arrivée  à  Pé-Kini^:,  à  être 
reçus  en  Audience  Impériale.  De  plus,  lorsque  S.  E.  M.  (Cons- 
tans, R(»présentanl  de  la  France,  est  arrivé  ici,  l'année  dernitTc. 
il  a  aussi  remis  personnellement  à  notre  Yamen  les  Lettres  de 
créance»  dont  il  était  porteur,  [K)urque  nous  adr(»ssionsà  sa  place 
im  Rapport  au  Trône  à  ce  sujet.  11  convient  donc  naturellement 
d'agir  de  m(*Mne  *. 

I.  Pour  trad.  conforme  (sig.)  :  A.  Vissiere. 


M.     LR\fAinE  a() 

M.  Lcmairc  (19  novembre)  put  farilcinenl  n'iorqnor  au 
Yamcn  : 

Les  circonstances  acliieHes  sont  1res  difTéreiiles  de  celles  aux- 
(iiielles  V.  A.  cl  VV.  EE.  lonl  allusion.  Les  I\e|)résenlanls 
Llranjjers,  acluelleinenl  h  Pé-Kirif:,  v  sont  arrivés  en  eiïel  à  nnc 
éjKKpie  on  S.  \L  l'Eniperenr  iravail  pas  encore  assnnié  person- 
nellement la  direction  des  alTaires,  et  les  contnnies  traditionnelles 
d;»  la  (]hine  lenr  ont  paru  un  obstacle  snilisnnt  pour  enipiVlier 
leur  admission  au  Palais  en  présence  de  S.  M.  l'Impératrice 
Régente. 

M.  (lonstans  est  arrivé,  Tamiée  dernière,  en  Chine  dans  des 
conditions  pnicisémenl  les  mêmes,  et  il  a  pu  lui  |)araitre  conve- 
nable de  remettre  au  Tsoinïg-li  ^amen.  non  |kis  le  texte  orij^inal 
de  st»s  Lettres  de  créance,  comme  \  .  A.  et  VN  .  KK.  sendjlent  le 
croire,  mais  seulement  la  copie  de  ces  Lettres. 

Le  cas  dans  leipiel  je  me  trouve,  ne  laisse  pas  cpie  d'être  tout- 
ii-fait  o|)|)OS(''  il  ces  précétlenls. 

Ln  Décret  a  annoncé,  en  elTet,  à  tout  l'Empire  (pie  S.  M. 
l'Empereur  régnerait  elleclivement  à  dater  du  7  février  de  cette 
année.  Je  me  trouve  donc  dans  la  situation  où  se  lrou>aient,  en 
187/1,  MM.  Hutzov  et  Serru\s  (pii,  arrivés  à  Pé-King  pendant  le 
règne  de  rEm|M»reur  T'oung-Tclié,  ont  été  admis  sé|)aréni(»nt  à 
lui  présenter  les  lettres  par  lescpielles  leurs  gouvernements  les 
accréditaient  près  la  Cour  de  Chine. 

Le  \ainen  répondit  (22  novcndjre  1887)  : 

Vous  nous  priez  de  vous  l'aire  savoir  quel  autre  motif  peut 
s'o|)|)oser  à  ce  (pic  Vous  soy(?z  rc^ti,  jK)ur  le  moment,  par  S.  M. 
rEm|)ercur.  Or,  notre  (Conseil  vous  fera  remanpier  cpie  bien 
(pie  nous  so\ons  actuellement  en  temps  de  rc'gne  elVectif  de 
S.  M.  rEin|X'reur,  cependant  S.  M.  rim|)ératrice  Douairière 
continue  de  a  donner  »  ses  inslrwtutns  pour  le  (louvcrnemcnl. 
Cet  étal  de  choses  est  difTérent  de  celui  qui  existait  en  187^1.  Il 
convient  donc  de  dilTérer  provisoirement  ré|)0([ue  de  l'Audience 
Impériale.  Quant  aux  Icttnrs  de  enfance  dont  vous  ét(»s  porteur, 
M.  le  Ministre,  c'est  encore  notre  Yamen  qui  pn'sentera,  pour 
vous,  au  Trône,  un  rapport  à  leur  sujet'. 

1.  Trad.  d*A.  Vissikre. 


3o  LES    ANNÉES     I 886-1 887 

M.  Lemairc  répliqua  : 

Lo  motif  invoqué  par  V.  A.  et  VV.  EE.  me  semble  participer 
dans  une  certaine  mesure  des  considérations  qui  ont  inspiré  les 
Représentants  Etrangers  actuellement  h  Pé-Ring,  et  M.  Cons- 
tans,  lorsqu'ils  ont  rcîsolu  de  ne  pas  insister  auprès  de  vous  pour 
présenter  personnellement  leurs  Lettres  de  créance  à  S.  M.  l'Em- 
pereur de  Chine.  Je  crois  donc  pouvoir  admettre  qu'il  y  ait  lieu 
j)Our  moi,  quant  h  présent,  d'agir  de  môme,  et  je  vous  serai 
obligé  d'informer  Votre  Auguste  Souverain,  par  un  rapjwrt  spé- 
cial, de  la  remise  que  je  vous  ai  faite  de  la  copie  de  mes  Lettres 
de  créance...  La  résolution  prise  |)ar  moi  aujourd'hui  est  donc 
toule  t<Mn[)oraire,  et  je  me  réserve  de  renouveler  auprès  de  vous 
ma  demande  d'Audience  aussitôt  que  la  situation  transitoire 
existant  actuellement  aura  pris  lin... 

TRAITÉ    POHTLGAIS,     l'*''    DÉCEMBRE     1887 

A  la  suite  d'un  protocole  préparé  à  Lisbonne,  le  27  mars 
1887,  par  M.  J.-D.  Campbell,  le  i*""  décembre  1887,  M.  Tho- 
mas de  Souza  Roza\  pour  le  Portugal,  le  prince  K'ing  et 
Souen,  président  et  membre  du  Tsoung-li  Yamcn,  signèrent "* 
le  traité  en  suspens  depuis  la  non-ratification  de  celui  de 
1862^  Il  fut  ratifié  par  M.  de  Souza  Roza  et  Li  Houng- 
Icliang,  à  Tien-Tsin,  le  28  avril  1888. 

Le  traité  portugais  se  compose  de  5.^i  articles  ;  beaucoup 
de  ces  articles  sont  identiques  à  ceux  du  traité  non  ratifie 
du  i3  août  1862.  Je  note  les  articles  relatifs  a  Macao,  dont 
les  Chinois  reconnaissent  la  possession  au  Portugal  : 

AuT.  3.  —  La  Chine  donne  de  nouveau  son  adhésion  à  l'art.  2 
de  la  (Convention  Préliminaire  de  Lisbonne  portant  que  le  Por- 
tugal occupera  et  administrera  délinilivement  Macao.  Toutefois, 
il  est  dès  à  présent  convenu  et  arrêté  que  les  deux  Pays  noinme- 

1.  Il  arriva  à  Cliang-liaï,  sur  le  ;!/«/«•«,  3  juillet  1887. 

2.  En  six  exemplaires  dont  deux  dans  chaque  langue  :  chinoise,  por- 
tugaise et  anglaise. 

3.  L  p.  i4i' 


M.    LEMAinE  3l 

ronl  des  doh^gurs  pour  dcHerminor  oxaclomonl  ol  d'un  conimun 
accord  les  limites  du  territoire  et  que  cet  accord  fera  Tohjet 
d'une  Convention  spéciale;  mais,  tant  que  cette  délimitation 
n'aura  pas  été  cITectuée,  l'état  actuel  sera  maintenu  sans  chan- 
gement; il  n'y  aura  lieu  pour  aucune  des  parties  d'y  apporter 
aucune  modification,  agrandissement  ou  diminution. 

Aut.  3.  —  Le  Portugal  donne  de  nouveau  son  adhésion  h 
l'art.  3  de  la  Convention  de  Lisbonne  portant  que  le  Portugal 
s'engage  à  ne  jamais  céder  Macao  à  une  autre  Puissance  sans 
avoir  obtenu,  au  préalable,  l'assentiment  de  la  (^liine. 

\rt.  f\.  —  Le  Portugal  s'engage  formellement  à  prêter  son 
concours  à  la  Chine  pour  percevoir  les  droits  de  douane  et  de 
likin  sur  l'opium  exporté  de  Macao  \ers  im  port  de  Chine,  (^e 
concours,  quant  à  la  manière  de  le  prêter,  et  quant  à  sa  durée, 
sera  le  môme  que  le  concours  donné  par  l'Angleterre  à  la  CJiine 
|X)ur  percevoir  les  droits  de  douane  et  de  likin  sur  l'opium  ex- 
porté de  Hong-Kong  vers  un  point  de  Chine.  In  règlement, 
fixant  dans  ses  grandes  lignes  la  façon  dont  ce  concours  sera 
prêté  par  le  l^orlugal,  fait,  dès  maintenant,  l'objet  d'une  Con- 
vention s[>éciale  annexée  au  présent  traité  et  ayant  la  même 
valeur  que  le  traité  lui-même. 

Art.  5.  —  S.  M.  le  Roi  de  Portugal  [X)urra  envoyer  à  Pé- 
king,  pour  y  résider,  un  Ministre  et  des  Agents  diplomaticjues 
de  tout  rang.  Os  agents,  ainsi  que  les  personnes  de  leur  suite 
et  de  leurs  familles,  |K)urronl,  soit  résider  à  demeure  fixe,  soit 
se  rendre  éNentuellement  à  Pé-King,  ainsi  que  dans  toute  autre 
localité  où  les  Ministres  des  autres  Puissances  seraient  autorisés 
à  résider  :  ils  se  conformeront,  sous  ce  rapport,  aux  ordres  du 
gouvernement. 

La  Chine  pourra  de  même  envoyer  un  Ministre  résider  à  Lis- 
bonne; il  sera  loisible  à  cet  agent  de  ne  s'y  rendre  qu'évenluel  - 
lenïent  :  sous  ce  rapport,  il  se  conformera  aux  ordres  de  son 
Gouvernement. 

La  rédaction  de  rarticle  suivant  est  presque  identi(|ue  à 
celle  de  l'article  8  du  traité  anglais  de  i85S,  mais  elle  ne 
concerne  que  les  catholiques  : 

Art.  02.  —  Le  but  de  la  religion  catholique  étant  d'exhorter 
les  hommes  à  faire  le  bien,  ceux  qui  l'enseigneront  ou  la  prati- 


Sa  LES  ANNÉES  1 886-1 887 

qucront  obtiendront  toute  protection  et  les  autorités  chinoises 
ne  pourront  infliger  aucun  mauvais  traitement  ou  empêchement 
aux  catholiques  qui  se  conduisent  paisiblement  et  ne  seront 
coupables  d'aucune  faute. 

Il  n'est  pas  question  de  protectorat. 

La  convention  spéciale  comprend  trois  articles  : 

A HTicLE  PREMIER.  —  Lc  Gouvemement  portugais  s'engage  à 
promulguer  une  loi  prescrivant  aux  marchands  d'opium  de  Ma- 
cao  de  se  conformer  aux  règlemenls  suivants  : 

r»  H  sera  interdit  d'introduire  à  Macao  l'opium  étranger  par 
petiles  (piantités  et  autrement  qu'(»n  caisses  pleines. 

2**  Le  Portugal  enverra  à  Macao  un  fonctionnaire  qui  sera 
chargé  de  surveiller  l'opium  étranger  inqxirté  ou  exporté  et  d'en 
elTectuer  la  confiscation,  s'il  y  a  lieu.  Tout  l'opium  étranger  im- 
porté à  Macao  devra  aussitôt  faire  l'objet  d'une  déclaration  à 
l'administration  de  ce  fonctionnaire  ou  «  Directeur  », 

3**  Toutes  les  fois  que  l'opium  étranger  sera  importé  à  Macao 
et  que  cet  opium  devra  être  transbordé  d'un  bateau  dans  un 
autre,  ou  être  débarqué,  ou  être  trans[)orté  dans  un  magasin, 
ou  transféré  d'im  magasin  dans  un  autre,  ou  réexporté,  un  |)€r- 
mis  devra  préalablement  être  obtenu  de  l'Administration  du 
«  Directeur  »,  autorisant  le  transport. 

/i®  Les  commerçants  de  Macao  qui  exporteront  ou  importeront 
de  l'opium  étranger  devront  tenir  un  registre  dont  le  modèle 
leur  sera  fourni  par  l'autorité.  Ils  seront  tenus  de  se  conformer 
au  modèle  délivré  par  l'Administration  et  de  mentionner,  d'une 
façon  sincère  et  détaillée,  sur  leur  registre,  la  quantité  de  caisses 
d'opium  in'q>ortées  à  Macao,  vendues  par  eux,  les  noms  des  ache- 
teurs, le  lieu  de  destination,  et  la  quantité  de  caisses  restant  en 
magasin. 

5"  Personne,  sauf  les  Conunerçants  d'opium  reconnus  de 
Macao  et  ceux  qui  auraient  obtenu  une  patente  pour  vendre 
l'opium  au  détail,  ne  |W)urra  recevoir,  ni  garder  l'opium  étran- 
ger en  une  (|uantité  insuilisante  pour  remplir  une  caisse. 

()•*  Après  la  promulgation  de  la  loi,  il  sera  fait  un  règlement 
minutieux  au([uel  tous  les  habitants  de  Macao  devront  se  con- 
former. Ce  règlement  devra  être  semblable  à  celui  régissant  la 
matière  en  vigueur  à  Hong-Kong. 


M.    LEMAIRE  33 

Art.  2.  —  Pour  exporter  de  l'opium  de  Macao  (»t  FonvoYor 
dans  un  des  porls  de  Chine,  un  cerlificiil  devra  ôlre  obtenu  de  la 
Direction  de  l'opium.  Le  Direcleur  donnera  immédiatement  avis 
de  la  délivrance  de  ce  permis  d'ex |X)rlat ion  au  commissaire  de  la 
Douane  (chinoise)  de  Kong-Pei  |X)ur  cpi'il  fasse  le  nécessaire. 

Art.  3.  —  Si  l'ime  ou  l'autre  des  deux  parties  coni raclantes 
désire,  dans  la  suit(\  ap|)orler  des  modifications  à  la  présente 
Convention,  il  sera  né^cessaire  qu'il  y  ait  de  part  et  d'autre  accord 
après  négociations,  a\ant  d'y  iaire  des  changements  ou  des  sup- 
pressions. 

Le  soir  même,  i"  décembre  1887,  de  la  signature  du 
traité,  M.  de  Souza  Uoza  quittait  Pé  King. 


COBDIBS.  IIL   —  3 


CHAPITRE  m 

AUDIENCE  DE  M.  LEMAIRE.  —  MARIAGE  DE  L'EMPEREUR.  — 
CHEMIN  DE  FER  CENTRAL.  —  SIÉ  F0U-TCH'EN6.  -  SYN- 
DICAT FRANÇAIS. 


AUDIENCE  DE    M.    LEMAIRE 

M.  Lcmairc,  en  uniforme  et  accompagné  du  personnel  de 
la  légation,  remit  le  i5  mars  1888,  au  Yamen,  la  lettre  par 
laquelle  M.  Carnot  notifiait  à  Tempereur  de  Chine  son  acx^es- 
sion  au  pouvoir;  le  Yamen  ne  la  remit  au  souverain  que  le 
i5  mai.  Lieon,  minisire  à  Paris,  fut  chargé  de  remettre  Fac- 
cusé  de  réception  de  son  gouvernement*. 

Sur  une  demande  de  M.  Lemaire  sur  la  cause  du  retard 
apporté  à  la  remise  de  la  lettre  de  M.  Carnot,  le  Yamen  ré- 
pondit (25  juin  1888): 

Toutes  les  fois  que  des  nations  étrang^^cs  font  parvenir  à  la 
Chine  des  lettres  de  leurs  souverains  ou  chefs  d*États,  il  est 
nécessaire,  tout  d'ahord,  que  notre  Yamen  recherche  les  précé- 
dents dans  ses  archives,  puis  qu'il  nnlige  un  projet  de  réponse, 
qu'il  en  avise  ofTiciellement,  en  même  temps,  le  Grand  Conseil  de 
l'Empire  (A7M/i-Ai-/c/t*ou)  et  adresse  une  dépêche  au  Ministère 
des  Travaux  puhlics,  afin  que  celui-ci  lui  procure  le  papier 
Impérial  jaune.  Lorsque  tout  est  préparé,  nous  présentons  à 
Sa  Majesté,  la  Lettre  reçue  et  la  Réponse  et  nous  attendons  res- 
pectueusement ses  ordres.    Aussitôt  après,  le  texte  définitif  est 

I.  Voir,  II,  p.  i43. 


CORPS    DIPLOMATIQUE  35 

transcrit  cl  un  jour  est  Cixé  pour  faire  demander,  par  le  Palais, 
l'apposition  du  Sceau  Impérial,  qui  est  frappé  sur  le  document 
par  un  fonctionnaire  désigné  à  cet  effet.  Celui-ci  le  ferme»  et  le 
transmet.  —  Ainsi  sont  assurés  le  soin  et  l'importance  dus  en 
pareil  cas. 

Telles  sont  les  formalités  iLsitéçs  jusqu'à  ce  jour.  Elles  ne 
sauraient  manquer  de  nécessiter  un  certain  temps.  C'est  ainsi 
que,  lorscjue  M  Cogordan.  ministre  de  France,  nous  eut  remis 
le  31  de  la  2*  lune  de  la  la*"  année  Rouang-Siu  (aO  mars  188G), 
une  Lettre  Présidentielle,  notre  Yamen  demanda  au  Trône  qu'une 
Réponse  fut  faite  et  celle-ci  ne  fut  expédiée  que  pendant  la 
7*  lune  (août),  à  notre  ministre  Siu,  pour  qu'il  en  fil  la 
remise  * . 


DÉMISSION    DÉMENTIE   DE    SIR    ROBERT    IIART 

On  annonça  que  sir  Robert  Hart  avait  donné  sa  démis- 
sion le  27  avril  1888,  probablement  par  suite  de  dilTicultés 
avec  le  Tsoung-li  Yamen,  suscitées  par  le  vice-roi  de  Canton, 
à  propos  des  taxes  sur  Topium  qui  avaient  été  transportées 
Tannée  précédente  des  douanes  indigènes  aux  douanes  mari- 
times. On  parlait  du  marquis  Ts'éng,  assisté  de  deux  étran- 
gers, comme  son  successeur. 

CORPS    DIPLOMATIQUE 

Le  2  mai  1888,  M.  Lemaire  adressait  à  Paris  un  long 
rapport  sur  la  position  délicate  ou  se  trouvait  le  corps  diplo- 
matique à  Pé-King  et  sur  l'utilité  qu'il  y  aurait  à  ce  que  les 
gouvernements  qui  y  sont  représentés  se  concertassent  pour 
exercer  une  pression  sur  le  Céleste  Empire  en  vue  de  remé- 
dier à  cet  état  de  choses.  Copie  de  ce  rapport  fut  envoyé  par 
le  gouvernement  à  nos  ambassadeurs  avec  la  copie  des  ins- 
tructions envoyées  à  notre  représentant  en  Chine,  l'invitant 

I.  Trad.  d'A.  Vissière. 


36  LES   ANNÉES    1 888-1 889 

à  s'abstenir  de  toute  initicitive  qui  serait  de  ns^ture  à  nous 
attirer  les  rancunes  du  Gouvernement  impérial.  M.  Goblet, 
ministre  des  Affaires  étrangères,  prescrivait  h  M.  Lemaire 
de  se  borner  h  s'associer  aux  mesures  tendant  à  amener  la 
Chine  à  accorder  au  corps  diplomatique  de  Pé-King  les  pré- 
rogatives que  le  droit  des  gens  lui  assure  en  Europe  et  en 
Amérique. 


MARIAGE    DE    l/ EMPEREUR  * 


Deux  décrets  annoncèrent  que  la  participation  de  l'Im- 
pératrice Douairière  aux  affaires  cesserait  aussitôt  après  le 
mariage  de  TEnipereur  (ixé  au  mois  de  février. 

I 

DÉCRET    IMPÉRI \L 

Do])uis  répocpie  où,  1res  joiino,  iNoiis  avons  été  appelé  à  suc- 
céder au  Trùne,  Sa  Majesté  rinipératrice  Douairière,  Ts'eu-hi 
Touan->oou  K'anf;-\i  Tcliao-Mi  Tcliouang-tchVng,  nous  a  fait 
la  frrAco,  cachée  d(»rrière  lui  rideau,  de  prendre  part  au  Gouver- 
nement (en  (pialité  de  Régente).  Son  zèle  et  son  ardeur  dans 
ces  travaux  ont  été  iniinenses,  de  nature  à  effacer  le  passé  |X)ur 
ne  nous  laisser  voir  que  l'éclat  du  présent.  Jour  et  nuit  appli- 
cpiée  aux  alfaires.  Elle  a  vu  passiT  conuiK»  un  s<'ul  jour  plusieurs 
dizaines  (rannées. 

IViulant  la  G"  hine  de  la  12'  année  de  notre  règne  (juil- 
let 1880).  Elle  nous  avait  commandé  de  prendre  personnelle- 
ment en  main  le  Gouvernement  de  l'Etat  ;  mais,  par  un  nouvel 
elFet  d(»  son  affectueusi»  honte  envers  nous,  Elle  consentit  encore 
à  agréer  la  prière  que  nous  Lui  adressAmes  de  continuer  à  guider 
de  ses  conseils  notre  Gouvernement.  C'est  ainsi  que,  |)endant  ces 
deux  dernières  années,  les  affaires  publiques  ont  été  l'objet  de 
ses  soins.  Nous  venons  actuellement  de  recevoir  ses  Bienveillants 
Commandements   décidant   qu'ElIe   nous   remettra    le   pouvoir 

I.  Gazette  de  Pê-King.  27  juillet  1888,  19^' jour.  (>•■  lune,  i^"  année 
Kouang-Siu. 


.«j 


MARIAGR    I>K    l'kMPEREI  R  87 

pendant  la  2*  lune  de  l'an  prochain  (Mars  1889).  Nous  inspi- 
rant avec  respect  de  la  |Xînsée  première  de  notre  clonienle  Mère. 
—  pensée  de  déférence,  de  sollicitude,  de  nio<lestie  et  de  rete- 
nue ;  —  prenant,  en  outre,  révérencieiiseinent  en  considération 
ce  fait  que,  durant  trente  années,  notre  Au«çusle  Mère  s'est 
infligé,  dans  l'intérêt  du  Monde  de  l'Empire,  soucis  et  peines  au 
[)oint  de  s'en  rendre  presque  malade,  et  de  n'avoir,  pour  ainsi 
dire  pas  un  quart  d'heure  qu'Elle  put  consacrer  au  repos.  Nous 
avons  interrogé  notre  cœur  et  fait  un  examen  de  nous-mème. 
La  ri»con naissance  et  la  crainte  nous  possèdent  également.  De 
nouveau.  Elle  nous  adresse  maintenant  de  douces  paroles,  par 
lesquelles  Elle  nous  réitère  ses  ordres  précédents.  Os<m' ions-no  us, 
par  suite,  ne  pas  nous  conformer  avec  respect  à  s(»s  instructions 
maternelles?  Nous  appliquerons  tout  notre  esprit,  avec  une 
crainte  et  un  soin  constants,  à  la  direction  des  grav(»s  alTaires  de 
l'État,  notre  p<însée  étant  de  reconnaître  ainsi  les  grands  hienfaits 
de  l'Auguste  Mère  qui  nous  a  élevé  et  instruit  avec  une  bonté 
qui  s'est  accrue  de  jour  en  jour. 

Les  affaires,  sont,  au  tenq)s  présent,  graves  et  dillicile^  :  Notre 
charge  n'en  sera  désormais  (pic  plus  pesante.  Vous,  fonction- 
naires grands  et  petits,  tant  à  Pé-K.ing  que  dans  les  provinces, 
devrez  d'autant  plus  vous  inspirer  du  sentiment  sincère  de  r(^s- 
pcclucuse  appréhension  qui  nous  anime  jour  et  nuit.  Que 
chacun  proie  le  sermcînt  de  lidélilé  puhlicpie  et  apporte  son  con- 
cours au  Gouvernement  de  l'État  :  telle  est  notre  >ive  et  réelle 
espérance. 

Quant  aux  actes  et  formalités  auxquels  il  v  aura  lieu  de  pro- 
céder, lorstpie  sera  veim  le  moment  de  notre  prise  de  possession 
du  pou\oir.  Nous  enjoignons  aux  ditférentes  administrations 
compétentes  d'en  délibérer  avec  le  soin  et  le  respect  dûs,  et  de 
nous  présenter  leurs  rapports  à  ce  sujet  ». 

Respect  à  ceci  ! 

U 

Décret  ou  Biesveuxants  Commandements  de  S.  M.  l'Impéra- 
trice Douairière ïs'eu-hiïouan-veou  K'ani^-vi  Tchao-vuTchouan;^- 
tch'eng. 

J^récédemment.  —  l'Empereur  venant  à  peine  d'assumer  la 
direction  |Xîrsonnellc  du  gou\ernenient,  —  lorsqu'il  s'est  agi  de 
prendre  une  décision  ou  de  trouver  la  solution   d'une  alfeire. 


38  I.KS    ANNÉES     l888-l88f) 

Nous  n'avons  pu  nous  dispenser  de  lui  donner  nos  conseils;  c'est 
pourquoi  nous  nous  sommes  imposé  d'acquiescer  à  la  demande 
de  nos  l'onclionnaires,  (»l,  pendant  plusieurs  années  de  guider  le 
GouAcrnenienl  de  nos  avis.  Depuis  deux  ans,  l'EmpiTeur  a  con- 
sacré à  l'élude  tous  les  moments  de  loisir  que  lui  ont  laissés  les 
aflaires.  et  il  a  fait  des  progrès  d'autant  plus  remarquables.  Il  a 
su,  le  cas  échéant,  prendre  des  délerminalions  dans  hîs  questions 
militaires  de  tout  ordre  intéressant  l'Empire,  et  les  dis|X)sitions 
aux(pielles  il  s'est  arrêté  ont  été  ce  qu'elles  devaient  être.  Notre 
salislaclion  est  grande. 

11  con>iendra  donc  que,  l'année  prochaine,  lorsque  la  célébra- 
lion  de  son  mariage,  fixé  à  la  première  lune,  sera  accomplie,  il 
prenne  personnellement  la  direction  du  Gouvernement,  alm  de 
ré|M)ii(lre  aux  es|)érances  de  nos  Ministres  et  de  notre  j>euple. 

INous  ordonnons  au  Bureau  Aslronomi<pie  de  faire  avec  soin 
et  respect,  choix  d'un  jour  heureux,  pendant  la  deuxième  lune 
de  l'année  prochaine  (Mars  i88())  pour  la  transmission  du  pou- 
Aoir,  et  de  nous  présenter  un  rapport. 

Respect  à  ceci  !  ' 

La  Gazette  du  3o  juillet  contenait  un  nouveau  décret  de 
rinipératrice  fixant,  sur  le  rapport  du  Bureau  Astronomique, 
la  date  de  la  remise  du  jmuvoir  entre  les  mains  de  TEmpe- 
reur  au  S'^jour  de  la  2°  lune,  c'est-à-dire  au  4  mars  1889. 


FL'Tl  nE    IMPÉRATIUCE    ET    CO>'(:i"BINES* 

BiK.NVFU.LANTs  (loMM vxDKMKNTs  (Ic  Sa  Majcsté  l'ImpératHce 
Douairière  Ts'eu-hi  Touan-M*ou  K'ang-vi  Tch'ao-vu  Tchouang- 
Ich'eng  : 

«  Depuis  son  accession  au  TrcNne,  l'Empereur  est  parvenu 
graduellement  à  la  force  de  l'âge,  aussi  convient-il  que  \ous 
fassions  choix  d'une  personne  sage  pour  lui  servir  de  conq)agne, 
l'aider  dans  l'adminislration  intérieure  du  Palais,  remplir  auprès 
de  Lui  les  devoirs  dévolus  à  la  femme  el  l'assister  dans  ses 
bienfaits  de  souverain.    Nous   choisissons,    en    conséquence,    la 

1.   Pour  Irad.  conforme  (sig.)  :  A.  Vissikre. 
a.   Gazette  de  Pè-King^  8  novembre  1888. 


CHEMIN    DE    FER    CENTRAL  3f^ 

fille  du  Heiilenanl-goiioral  larlarc  Rouei-siang  * ,  apparlonant  à 
la  famille  Yc-ho-na-la,  d'un  caracItTe  droit,  réserve  et  sage, 
autant  que  belle  et  intelligente.  Nous  ordonnons  qu'elle  soit 
Impératrice.  » 

«  Ordre  spécial  ». 

Bienveillants  Comm\ndements  de  S.  M.  l'Impératrice  Douai- 
rière Ts'eu-lii,  etc.,  etc.  : 

a  Nous  ordonnons  que  la  fille  de  Tch'ang-Siu  (ancien  >ic(î- 
président  de  Ministère)  âgée  de  ({uin/e  ans,  de  la  famille  T'a- 
T'a-la,  n»çoive  l'investiture  de  Kin  fiin  ou  Première  Concidnne 
Impériale  (litt.  :  (loncubin(»-pierre-l)rillaute). 

Nous  ordonnons,  en  outre,  que  la  fille  de  Tch'ang-Siu,  âgée 
de  treize  ans,  de  la  famille  T'n-Ca-la,  revoive  l'investiture  de 
Tchen-p'in  ou  Deuxième  (ioncubine  Impériale  (lit.  :  Concubine- 
perle)  ». 

Respect  à  ceci  ^  ! 


CHEMIN    DE    FER    CENTRAL 

A  la  suite  d'un  décret  de  rimpéralricc  régente  du  i  \  fé- 
vrier 1889,  Tchang  Tchi-toung  fit  un  rapport  par  lequel  il 
demandait  que  Ton  difTénU  la  construction  du  chemin  de  fer 
entre  Ticn-Tsin  et  T'oung-tcliéou  et  qu'on  établît  une 
voie  principale  dans  les  provinces  du  centre.  La  Gazette  do 
Pé-King,  du  8  août  1889,  renfermait  un  décret  impérial 
nommant  Tchang  Tchi-toung,  vice  roi  du  IIou-Kouang 
Cette  décision  du  gouvernement  chinois  se  ratUichait  à  la 
création  du  chemin  de  fer  reliant  Pé-King  à  llan-kéoUydont 
Tchang  s'était  montré  partisan  dans  un  rapport  spécial 
adresse  au  tronc.  Le  cinquième  prince,  Toun,  s'éUiit  mis  à 
la  tète  d'un  mouvement  [)our  contraindre  l'Impératrice  à  dif- 
férer Texécution  du  chemin  de  fer  projeté  entre  Tien-Tsin 


I.  La  future  impératrice  était  la  nièce  de  la  régente  ;  son  pi^TC  était  un 
frère  cadet  de  Ts'eu-Uietde  la  propre  mère  de  rem|)urcur.  Le  mariage 
eut  lieu  le  26  février  1889. 

3.  Trad.  d'A.  Vissière, 


/lO  LES    ANNKRS     1 888-1 889 

el  T\)ung  Ichéou  ;  il  mourut  d'apoplexie   dans    la  nuil  du 
18  février  1889. 

A  roccasiou  dv.  ri'tablissemcnt  du  chemin  de  fer  *  décrélc 
entre  Pé-King  et  Ilaii-Kéou,  la  Cour  s'est  fait  présenter  par  les 
six  Minisires  un  état  des  ressourc(*s,  que  le  |)aienient  des  împols 
et  taxées  uiet  à  sa  disposition,  déduction  faite  des  sommes  qui 
sonl,  d'après  les  règles  établies,  préleviVs  sur  les  revenus  pour 
être  employées  par  ïvs  autorités  locales  dans  les  18  provinces. 

Voici  le  compte  des  sonunes  (pii  ont  été  transmises  Tannée 
dernière  au  Trésor  impérial  de  Pé-King  : 

TAKLS 

l*roduit  des  douaues  maritimes 1 5  800  000 

Revenu    de  l'opium 7900000 

Douanes   intérieures /l  600  000 

Pé-King  (taxes  extraordinaires) laSîVoooo 

Sel 12880000 

Impôt  foncier.      .      . 10760000 

Taxe  sur  le  thé 1  800000 

Taxe  sur  les  hiens  des  fermiers  du  sel i  3ooooo 

Monts  de  piété 734000 

Droits  divers 1 5  800  000 

Suppression  de  certaines  pensions 5a8ooo 

Total.  84  9«^2  000 

Soit  en  francs,  au  change  de  6  l'r.  35  cent.,  552  o58ooo  francs. 

maiua(;e  uk  i/emi>eheik 

Le  126  février  1889,  1  Kmpcreur  épousait  Yc-ho  na  la-chc, 
fille  de  Kouei-siang,  el  nièce  de  Tlmpératrice  douairière.  On 
ne  peut  dire  que  ce  fût  un  mariage  d'inclination  ;  les  deux 
cunjoinisse  délestaient  c<»rdialement  el  leur  union  fut  Tanivrc 
de  ri mpéralrice  désireuse  de  ronserNer  son  influence  et  son 
pouvoir.  «  Des  [irésages  fâcheux  sont  >enus  elVrayer  la 
Cour  et  la  ville  :  une  des  principales  portes  du  Palais,  sous 

I.  M.  Loiiiairc  au  Ministre  des  afTaircs  clrangèrcs.  Pc-King,  |8  no- 
vembre iSSij. 


ft* 


*i* 


I>KPI%(:ilK    DU    TSOU.NC;-LI    Y\MK>    A    M.    LKMVIKK  /|  I 

laquelle  devait  [>asscr  la  nouvelle  Inipéralrire  la  nuit  du  nia- 
rtage,  monument  remarquable  de  la  dynastie  des  Ming,  a 
été  détniile  par  un  incendie*  ». 

Cinq  jours  auparavant,  Sir  Hobert  llart  et  les  mend)res  du 
corps  diplomatique  avaient  été  Tobjel  de  marques  de  distinc- 
tion de  la  part  de  la  (Hour;  la  récompense  de  Sir  Hobert, 
anoblissement  de  trois  générations  de  ses  ancêtres,  est  inté- 
ressante : 

Dkcret  de  S.  M.  rinipératrice  DonairitMc  TsVu-lii  Touan- 
ycou  K*ang-vi  Tchao-yu  Tclionang-lcirciig-  : 

Le  Commissiiire  (--  lns|K'cUMir  général)  des  Douanes,  décoré 
du  tx>uton  de  premier  rang  et  de  la  plume  de  paon,  llart,  diri^'c 
depuis  longlenjps  lu  Douane  maritime  avec  habileté  et  sûreté, 
montrant  dans  toutes  les  aflaires  un  soin  extrême.  L(*s  rec(>ttes 
ont  été  en  augmentant  animellement,  depuis  plusieurs  années, 
ce  qui  témoigne  avec  certitude  de  ses  brillants  services. 

L'époque  de  la  remis*^  du  |)ouvoir  entre  les  mains  de  l'Kmpe- 
reur  étant  prochaine,  il  convient  que  nous  donnions  (à  llart) 
une  marque  spéciale  de  notre  satisfaction,  connue  encoura^'cinent 
à  des  mérites  consommés.  Nous  ordonnons  que  llart  soit,  par 
suite,  récompensé  en  coniéranl  à  ses  ancêtres  des  tmis  i^énéra- 
tions  qui  Tout  précédé  les  titres  honoriii([ues  des  ionctioiuiaires 
du  i*^*"  rang,  i''-  classe  ». 

Kcspecl  à  c(*ci  ^  ! 

DÉPÊCHE  DU   TSOING-LI  YAME.N    A    M.  LKMAIRK,    l'X    FKVUIEU    I  ^^Sc) 

3 S*"  jour,   i'*'  lune,  lo"  année  Kouani;-Siu  (aa  février  1889). 

Communication  oJJîvieUe. 

Le  32  de  la  i''*'  lune  de  la  i3"  année  Kouang-Siu  (31  Février 
i8S()),  a  été  reçu  avec  respect  le  Décret  suivant  de  S.  M. 
l'hupératricc  Douairière  ïs*eu-hi  Touan-yeou  R'ang->i  Tciuio- 
yu  Tchouang-lch'enf;  : 

1.  y\.  Lcmaire,  27  février  1889. 

2.  Cazetle  de  Pé-King  (vd.  maiiuscrilc).  21  f<'\rior  i8S()  (22'^' jour, 
!•'•  lune,  lô'  aniicû  Kouan^'-Siii). 

3.  l^our  trad.  cuiiformc,  sig.  :  A.  \  issilkk. 


/|a  LES    ANNÉES     1 888-1 889 

«  IViidaiil  la  !'*"  lune  do  cette  année  doit  être  célébrée  la 
cérémonie  du  Mariage  de  rKni|KM*eur,  et,  pendant  la  a*"  liin(s 
doit  avoir  lieu  la  remise  solennelle  du  pouvoir  entre  ses  mains. 
L*univers  entier  applaudit  et  danse  en  témoignage  de  sa  joie. 
Pendant  (pie,  lorscpie  l'Empire  a  un  semblable  sujet  de  grande 
félicité,  celle-ci  est  partagée  par  la  Chine  et  par  TEtranger  ;  que, 
depuis  la  conclusion  des  traités  et  rétablissement  de  relations 
d'amitié  avec  les  diirérents  |>ays.  les  rapports  de  confiance  et  de 
concorde  n'oiil  l'ail  «jue  se  manifesler  davantage  avec  le  temps; 
([ue  les  Minislr(»s,  (»nvovés  île  ces  dilTérents  états,  en  résidence  k 
IV)-King,  ont  tous  su  montrer  leur  inlelligence  profonde  des 
intérêts  généraux  et  s'appli(pier  à  alTermir  les  liens  internatio- 
naux :  —  aujourd'hui  ([u'ils  se  trouvent  être  témoins  de  Tac- 
complisseiiient  de  ces  actes  solennels.  Nous  estimons  qu'il 
convient  de  leur  faire  sentir  aussi  les  elfets  de  notre  félicité. 

En  ce  qui  concerne  ceux  d'entre  eux  qui  sont  actuellement  à 
IV-Riii":,  Brandt,  Denhy.  Shioda  Sabouro,  Walsham,  Koumanv, 
Hodriguez.  Lemaire.  et  Verbaegbe,  Nous  commandons  à  Yi- 
K'ouang,  prince  du  second  rang  fCimj,  et  autres  composant 
notre  conseil  des  AITaires  Etrangères,  de  faire  choix  d'un  jour  de 
la  '2"  lune,  de  pré|)arer.  dans  leur  Yamen,un  bampiet  pour  les 
V  traiter,  et  de  leur  transmettre,  en  outre,  comme  dons  Imix'»- 
riaux,  des  sceptres  de  congratulation,  des  pièces  de  satin  et 
d'autres  objets. 

Quant  à  Luca  et  Eerguson,  qui  ne  sont  pas  présentement  à 
Pé-Kiug.  ïious  ordomions  que  les  mêmes  dons  Im|)ériaux  leur 
soient  également  adressés. 

Nous  voulons  moïilrer  ainsi  la  volonté  suprême  de  la  (iOur, 
en  accomplissant  ces  actes  de  félicité,  de  témoigner,  en  même 
temps,  de  sa  concorde  \is-ji-vis  de  nos  voisins. 

Que  le  dit  Yamen  mette  aussitôt  Nos  ortlres  à  exécution. 

Uespect  à  ceci  !    » 

Nous  crovons  devoir  porter  le  Décret  ci-dessus  respectueuse- 
ment copié  par  Nous,  à  la  connaissance  de  Notre  Excellence*. 

HANQIET,     7    M  vus     1 889 

Le  7  mars  1889,  à  midi,  suivant  Tordre  do  rimpéralricc 
I.  Pour  Irad,  conforme,  sig.  :  A.  Yissn'.RE. 


REMISK    DU    POUVOm    A    i/eMPEKKUU  /jS 

douairière,  le  prince  K'ing  convia  le  corps  diplomalifuic  a  un 
banquet,  qui  eut  lieu  dans  un  pavillon  de  larges  dimensions 
qui  avait  ctc  élevé  dans  la  plus  vaste  cour  du  Tsoung  li 
Yamen  et  très  convenablement  décoré. 

«  La  salle  dans  laquelle  le  Prince  lv*ing  reçoit  ordinairement 
les  Ministres  étrangers,  lorsrpi'ils  se  présentent  en  corps  dans  los 
occasions  telles  (juc  la  Nisile  du  premier  de  Fan,  avait  été  dis[)o- 
sée  [)Our  l'exposition  des  présents  que  le  Prince  nous  a  olFcrts  de 
la  part  de  S.  M.  1.  Le  Prince  K*ing  nous  a  fait  l'accueil  le  plus 
aimable  ;  il  était  entouré  de  tous  les  Membres  ri  fonctionnaires 
du  Yamen  revêtus  comme  lui  de  leurs  habits  de  cour  :  les  mi- 
nistres étrangers  étaient  en  uniforme.  .\près  une  première  station 
dans  la  salle  où  étaient  exposés  les  présents  ([ui  nous  étaient 
destinés,  le  Prince  nous  a  introduits  dans  la  salle  du  baïupiet. 
Trois  grandes  tables  y  étaient  dis|X)sées.  A  la  première  se  sont 
assis  le  Prince,  les  Ministres  étrangers  et  leurs  inter[)rètes,  ainsi 
que  \vs  Membres  du  Yamen  ;  à  la  seconde,  les  secrétaires  des 
Légations  et  les  Directeurs  chinois;  à  la  troisième,  les  autres 
fonctionnaires  des  Légations  et  les  Sons-Directeurs  dn  Yamen. 
Les  convives  étaient  au  nombre  de  quatre-\ingts  environ.  Le 
repas  a  été  ser\i  à  la  chinoise,  avec  la  seule  exception  que  des 
couverts  européens  accompagnaient  les  bâtonnets  d'ivoire  dont 
peu  d'Européens  savent  se  servir  a\ec  une  dextérité  sudisanle'. 

Le  prince  K'ing  prononça  une  allocution  à  laquelle  ré- 
pondit M.  von  Brandt,  doyen  du  corps  diplomatique. 

REMISE    I>i;    POtVOIR    A   i/eMPERELR,    ^    MARS     lSS() 

Le  Tsoung-li  Yamen  h  M.  Lemairc. 
1*'  jour,  a**  lune,   i5''  année  Rouang-Siu  (a  mars  i88()). 

Communication  officielle  : 

Le  19*^  jour  de  la  6''  lune  de  la  iV  année  Kouang-Siu 
(37  juillet  1888)  a  été  reçu  respectivement  le  Décret  suivant  de 
S.  M.  l'Impératrice  Douairière  Ts'eu-hi  Touan->eou  K*ang-yi 
Tcbao-yu  Tchouang-tch'eng  : 

I .  M .  Lemairc  au  Ministre  des  alTaircs  clrangcres,  Pc-  King,  q  raars  1 88(j. 


4'l  i.Ks  anm^:ks   1 888-1 889 

«  IVécédeniinoiil,  l'Ein|K»rciir  venant  à  peine  d'assumer  la 
direction  |K»rs()nnelle  du  Gouvernenienl,  lorsqu'il  s'est  agi  de 
prendre  une  décision  ou  de  trouver  la  solution  d'une  afîaire, 
INous  n'avons  pu  Nous  dis[)enser  de  lui  donner  nos  conseils,  c'est 
poiu*(pioi  Nous  Nous  sommes  alors  im[)osé  d'acquiescer  à  la 
demande  de  nos  fonclioimaires  el.  |)endant  plusieurs  amuVs  de 
guider  le  Gouvernement  à  l'aide  de  Nos  avis.  Depuis  deux  ans, 
l'Kmpereur  a  consacré  à  l'élude  tous  les  moments  de  loisir  que 
lui  ont  laissés  les  alTaires  et  il  a  l'ait  des  profi;rès  d*autant  plus 
remarquables.  Il  a  su,  le  cas  échéant,  prendre  îles  détermina- 
tions dîuis  les  questions  militaires,  plus  ou  moins  im[>ortantes, 
intéressant  rKnq)ire,  et  l(*s  dispositions  auxipielles  il  s*(»st  arrêté 
ont  été  ce  (pi'elles  devaient  être.  Notre  satisfaction  en  est  grande. 
11  conviendra  donc  <pie,  l'année  prochaine,  lors<]ue  la  célébra- 
tion de  son  mariage,  fixé  à  la  i'''  lune,  sera  accomplie,  il  prenne 
personnel lem(»nl  la  dir(>ctiondu  gouvernement,  alin  de  réjwndrc 
aux  espérances  de  nos  ministres  et  de  notre  peuple.  » 

«  Nousonlomionsau  liureau  Astronomique  de  faire,  avec  un 
soin  respectueux,  choix  d'un  jour  heureux,  pendant  la  3'"  lune 
tie  l'année  prochaine  (mars  i88<))  pour  la  remise  du  |K)uvoir,  et 
de  nous  présenter  un  Uapport  ». 

U(»spect  à  ceci  !  » 

Kn  outre,  le  aa  de  la  ()"'  lune  (3o  juillet  1888)  a  été  res[K*c- 
tueu.semcnt  reçu  le  Décret  >uivaiit  de  S.  M.  rinijKTatrice 
Douairière  : 

«  Le  Bureau  d'Astronomie  Nous  a  présenté  un  Rapport  pour 
Nous  faire  Navoir  cpie.  conformément  à  Notre  précédent  Décret, 
il  a  fait  choix  d'un  jour  heureux  et  attend  respectueusement 
Notre  décision.  » 

«  Nous  ordonnons  que  la  remise  du  pouvoir  aura  lieu  le  3 
de  la  'i*^  lune  de  l'année  |)rochaine  (^1  mars  i88(j). 

hes[)ecl  il  ceci  I  » 

Nous  avons  cru  devoir  copier  respectueusement  les  Décrets 
qui  précèch'nt  pour  les  porter  à  la  coimaissance  de  \  .  K.  '. 

SIK    For  TClfF.NG,     Ml.MSTUE    A    l'AiUS 

M.    Lcmairo    annonce  le  9  juin    1889,   au   ministre   des 

I.   l*onr  Irad.  conforme,  sig.  :  A.  \  issilke. 


SIÉ    FOU-TCirENG,    MINISTRE    A    PARIS  ^f) 

Affaires  étrangères,  la  nomination  de  Sié  Fou-tclfeng  comme 
ministre  à  Paris  : 

Le  Gouvernement  chinois  avait  fait  dernièrement  *  choix  du 
juge  provincial  et  ancien  secrétaire  du  Tsoung-li  Yanien,  Tcircn 
K'in-ming.  pour  succéder  h  S.  E.  Licou  comme  Minislr<»  de 
Chine  h  Paris,  à  Londres,  à  Bruxelles  et  à  Home.  Le  nouveau 
titulaire  se  trouvait  en  congé  dans  sa  province  natale  *,  pour 
cause  de  maladie,  lorsque  fut  rendu  le  Décret  le  concernant^,  et 
son  état  de  santé  e.'^t  assez  grave  pour  (ju'il  ait  aussitôt  prié  la 
Cour  de  rapporter  cette  décision  et  de  le  relever  de  toutes  ses 
fonctions.  A  la  suite  de  cette  démarche,  le  Tsounî»;-li  Yamen  m'a 
annoncé  olïiciellemenl,  le  24  du  mois  dernier,  (pie  S.  K.  Tcirén 
venait  d'être  à  son  tour,  aux  termes  d'un  décret  spécial,  rem- 
placé par  un  «  fonctionnaire  décoré  du  houtondu  second  rang, 
directeur  du  troisième  rang  en  expectative  d'une  des  cours  secon- 
daires de  la  capitale  »,  nommé  Sié  Fou-tch'eng. 

Le  nouveau  Ministre  a  exercé  |K*ndant  plusieurs  années  la 
charge  de  Tao-taï  de  la  douane  de  ^ing-Po.  Il  s'est  donc  trouvé 
déjà  en  rapports  d'aflaires  avec  les  étrangers...  S.  E.  Sié  doit 
aller  passer  deux  mois  de  congé  dans  sa  ville  natale,  —  AA  ou-Si, 
près  de  Chang-flaï,  —  avant  de  s'emharcpicr  |X)ur  Marseille,  où 
il  ne  compte  arriver  qu'en  octohre. 

Sié  Fou-tcireng  était  originaire  de  Wou-si  ;  sa  famille  se 
composait  de  quatre  frères  dont  Taîné,  mort  à  lV»-King  où  il 
s'était  marié  dans  une  famille  tarlare,  était  médecin  de  Tim- 
péralrice  douairière.  Sié  Fou-lcireng,  Fun  des  cadets,  avait 
deux  fils,  dont  Fun,  Sié  Nan-bing,  i\gé  de  trente  ans,  Iclié- 
hien  dans  le  Ilou-Pé,  lors  des  troubles  de  liSgi,  lit  alficber 
dans  la  nuit  du  8  au  9  juin,  à  Wou-si,  un  violent  placard 
contre  les  étrangers;  le  11  juin,  il  lit  avec  ostentation  un 
promenade  à  cheval  autour  des  ruines  de  la  mission  catholique. 


I.   Par  décret  du  3i  mars, 
a.  Fou-Kicn. 

3.   A  la  m^me  éjwqiic  (avril  1889),  Ts'ouoi  Kouo-yin  est  accrédité  aux 
États-Unis,  Ës|iagnc  et  Pérou. 


46  LES    AINNÉES    1 888-1 889 


SYNDICAT    FRANÇAIS 

On  peut  dire  que  la  période  de   trois  ans  qui  s'étend  de 
1886  à  1889  est  celle  des  syndicats.  En  juillet  1886,  M.  von 
Brandi  avait  fait  des  démarches  près  de  Li,  auquel  il  pré- 
senta un  niomoranduni  sur  les  chemins  de  fer,  en  faveur  du 
syndicat    allemand.    En  octobre  1887,  les  Chinois  avaient 
rompu  avec  le  syndicat  américain  dirigé  par  le  comte  polonais 
Mitkiewicz.  Un  syndical  de  la  Mission  de  Tlndustrie  française 
en  Chine,    sous    la   direction  du  Comptoir  d'Escompte  de 
Paris,  dont  le  siège  social  était  à  Paris,  i4,  rue  Bergère,  et 
comprenant  les  intérêts  des  maisons  ou  compagnies  :  Marcel 
frères,    Eives-Lille,  Anciens  Etablissements  Cail,  Forges  et 
Chantiers  de  la  Médilerrannée,  Aciéries  de  la  marine  el  des 
chemins  de  fer  à  Sainl-Chamond,  Ateliers  el  Chantiers  de  la 
Loire,  Chantiers  de  la  BuireaLyon, — futcréé  en  1886,  avec 
M.  Parran,  ingénieur  en  chef  des  mines,  comme  président, 
el  M.  Thévenel,  ingénieur  en  chef  des  ponts  el  chaussées, 
comme    chef,  qui  arriva  à  Chang-IIaï,  le   12   mars    1886. 
M.  Thévenel  exécuta  de  la  manière  la  plus  satisfaisante  les 
grands  travaux  de   Port-Arthur.  Au  commencement  de  no- 
vembre 1890,  Li  Houng-tchang  désigna  le  grand  juge  de  la 
province  de  Tché-li,  Tcheou-fou,  et  le  lao-taï  des  douanes, 
pour  i)rendre  livraison  des  travaux  de  Port-Arthur,  heureu- 
sement   achevés    malgré   des  dillicultés  de   toute   sorte   et 
relTondrenienl  du  Com[)loir  crEscompte.  M.  Thévenel  rentra 
en  France  en   1889,   laissant  M.   Griffon,    ingénieur,  à   sa 
place.  /V  la  place  du  syndical,  en  aoiil  1889,  on  poursuivit  la 
constitution  d'un  groupe  financier  el  industriel  pour  répon- 
dre aux  demandes  éventuelles  de  la  Chine.  Le  Comptoir 
d'Escompte  el  le  Creuzot   déclinaient  toute  initiative  dans 
cet  ordre  d'affaires.  MM.  Demachy  el  Seillière,  après  avoir 


MORT    DU    CHARGÉ    d'aFFAIRES    D*KSPAGNE  ^7 

coopéré  avec  la  Banque  de  Paris,  acceptèrent  d'examiner  les 
projets  attribués  au  gouvernement  chinois. 

Toutefois,  le  syndicat  français  ne  put  survivre  à  la  crise 
du  Comptoir  d'Escompte;  des  difficultés  s'élevèrent  entre 
l'ancien  et  le  nouveau  Comptoir  d'Escompte  et  l'ancien  et 
nouveau  syndicat  représenté  par  M.  F.  Gardissal,  avocat.  La 
Banque  de  Paris  et  des  Pays-Bas  renonça  (déc.  1890)  à 
fonder  une  agence  à  Tien-Tsin,  et  dans  les  locaux  mêmes 
du  Comptoir  d'Escompte,  la  Deutsche  Asiatisclir  Bank  ins- 
talla ses  bureaux. 

MORT    DU    CHARGÉ    d' AFFAIRES    d'eSPAGNE 

Le  chargé  d'affaires  d'Espagne,  le  chevalier  Luis  Carlos 
de  Onis,  mourut  fort  âgé  à  Pé-King,  le  17  octobre  1889,  et 
un  service  religieux  fut  célébré  pour  lui  au  Toung-Ï'ang  ; 
le  secrétaire  de  l'ambassade,  le  comte  de  LIorente,  prit 
charge  de  la  Légation  d'Espagne,  par  ordre  de  son  gou- 
vernement. M.  de  Onis  avait  remplacé  le  ministre,  M.  Hodri- 
guez  y  Muîioz,"  parti  de  Pé-King  le  8  avril  1889. 


CHAPITRE  ÏV 

MORT  DE  M^^  TÂ6LIÂBUE,  DU  MARQUIS  TSENG,  etc.  — 
CONVENTION  DU  SIKKIM.  —  CORPS  DIPLOMATIQUE.  - 
AUDIENCE  IMPÉRIALE.  -  ÉMEUTES.  —  LE  COMTE  CASSINI. 
—  TCH'EN  KI-T'ONG. 

MORT    DE    M^'    TAGLIABUE,    DU    MARQUIS  TS'ê^îG, 
DU    PRIXCE   TCh'oUEN 

L'année  1890  fut  marquée  par  la  mort  de  personnages 
importants.  L'évêque  de  Pé-King,  M^*"  Tagliabuc,  mourut 
le  i3  mars,  recommandant  M.  Favier  pour  son  successeur  ; 
M.  Lemaire,  toutes  considérations  gardées,  croyait,  à  cette 
époque,  coite  nomination  désirable,  mais  on  n'avait  pas  oublié 
à  Paris  Tattitude  de  M.  Favier  lors  du  transfert  du  Pé-T'ang. 
Pour  la  nomination  des  évêques,  le  supérieur  général  de  la 
Congrégation  présente  une  liste  de  trois  noms  à  la  Propa- 
gande. Le  supérieur  des  Missions  étrangères  a  l'habitude  de 
consulter  au  préalable  les  chefs  des  missions  voisines. 
M.  Favier  ne  figura  pas  sur  la  liste  présentée  par  M.  Fiat, 
supérieur  général  des  l^azaristes,  à  la  Propagande.  On  trans- 
féra du  Pé  Tché-li  occidental  au  Pé  Tché-li  septentrional 
(Pé-King),  M^*"  Jean-Baptiste-IIippolyte  Sartiiou,  évêque  de 
Miriophyte. 

Le  marquis  Ts'éng  mourut  de  la  fièvre  typhoïde  le  12  avril 
1890  ;  notre  ancien  adversaire,  depuis  son  retour  à  Pé-King, 
avait  noué  des  relations  amicales,  presque  intimes,  avec  la 
Légation  de  France,  dont  le  médecin,  le  D""  Mirabel,  le  soi- 
gna dans  la   maladie  qui  devait   l'emporter;    M.    Frandin, 


COriVCNTION    ANGLO-CHINOISE    DU    SIRKIM  ^Q 

auquel  il  était  attache  par  les  liens  d'une  sincère  amitié, 
assistait  à  ses  derniers  moments.  Ts'ông  Ki-tseu  laissait  deux 
fils,  Ts'êng  Kouang-louan  etTs'ông  Koiinng-ts'iuan,  ce  der- 
nier adopté.  Un  décret  en  riionneur  du  marquis  Ts'éng  parut 
dans  la  Gazette  de  Pé-Kimj,  du  i/|  avril  1890.  L'oncle  du 
marquis  Ts'ong,  le  vieux  Ts'rng  Kouo-ls'iuan,  vice-roi  de 
Nan-King,  frère 'du  grand  Ts'éng  Kouo-fan,  survécut  peu  de 
temps  à  son  neveu  ;  il  mourut  le  i3  novend)re  1890,  ne  lais- 
santque  des  petits-enfants  ;  ses  deux  fils  étant  m')rts  avant  lui. 
Le  Septième  Prince,  père  de  Tempereur,  fut  frapjïé  de 
paralysie  du  côté  droit  au  mois  d'aoûl  1890;  il  i)erdit 
Tusage  de  la  vue  et  de  la  parole  et,  après  avoir  langui  quel- 
que lemps,  il  mourut  le  i'^'' janvier  189 1.  En  vue  de  cette 
fin  prochaine,  en  septcndjre  1890,  on  avait  fail  des  ouver- 
tures au  prince  Koung  qui  mit  dix  conditions  stne  qua  non 
pour  sortir  de  sa  retraite  et  reprendre  le  pouvoir;  on  songea, 
en  cas  de  Ijesoin,  à  se  rabattre  soit  sur  le  Po-wang,  fils  de 
Sèng-ko-lin-sin,  soit  sur  le  prince  K'ing. 

COJiVFNTION    AlSGrO-CIlINOISE    DU    SIKKIM 

Le  17  mars  1890,  une  convention  en  8  articles  fut  signée 
à  Calcutta,  par  laquelle  la  Chine  reconnaissait  lei)rotectorat 
(le  l'Angleterre  sur  le  Sikkim  et  fixait  les  frontières  entre 
ce  pays  et  le  Tibet  :  Taréle  de  la  chaîne  de  montagnes 
séparant  les  eaux  coulant  dans  la  Tisia  du  Sikkim  et  ses 
affluents,  des  eaux  coulant  dans  le  M*ichp  tibétain  et  vers  le 
Nord  dans  les  autres  rivières  du  Tibet  ;  la  ligne  commence 
au  mont  Gipmochi  sur  la  frontière  du  Bhutan  et  suit  l'arête 
montagneuse  indiquée  ci-dessus  jusqu'au  point  où  elle  ren- 
contre le  territoire  du  Népal. 

Cette  convention  fut  complétée  par  des  règlements'  signés 

I.  Hertslet,  p.  96. 

G0RDIE&.  111.  —  4 


5o  LES    ANNÉES    189O-189I 

à  Darjecling  Ifi  5  décembre  1898  (28*  jour,  10®  lune,  19" 
année  Kouang  Siu)  par  A.  W .  Paul,  commissaire  britanni- 
que et  IIo  Chang-jung  et  James  H.  Hart,  commissaires  chi- 
nois, par  lesquels  Yatung,  situé  sur  la  frontière,  sur  terri- 
toire tibétain,  serait  ouvert  à  partir  du  i**"  mai  1894. 

Le  Uan-lin  Siu  King-lch'eng,  qui  n'avait  pu  se  rendre 
quelques  années  auparavant  en  France  où  iV  avait  été  nommé 
ministre,  a  cause  de  la  mort  de  sa  m'cre,  fut,  par  décret  du 

9  septembre  1890,  nommé  ministre  en  Russie,  Allemagne, 
Autriche  et  Hollande.  Li  King-fang  \  fds  adoptif  de  Li- 
lloung-tchang,  lao  laï  honoraire,  ancien  secrétaire  de  la  léga- 
tion de  Chine  à  Londres,  fut  nommé  ministre  au  Japon  par 
le  même  décret. 

Le  4  octobre  1890,  le  ministre  de  France,  M.  Lemaire, 
remit  le  service  de  la  légation  h  M.  Ristelhueber,  consul 
général  à  Tien-Tsin  et  le  G,  il  quittait  Pé-King  pour  prendre 
un  congé  en  France.  Le  9  septembre,  M.  Frandin,  consul  et 
commissaire  du  gouvernement  à  Séoul,  était  nommé  prési- 
dent de  la  commission  de  délimitation  du  Tong-King. 

Le  capitaine  Lang,  qui  avait  accepté,  en  1882,  les  fonc- 
tions d'amiral  et  de  commandant  en  chef  de  la  marine  chi- 
ni/ise,  donna  sa  clémissi<^)n  en  1890,  dégoûté  des  avanies 
qu'il  était  obligé  de  subir;  on  lui  faisait  sentir  qu'il  n'était 
qu'un  conseiller  technique  et  que  le  véritable  amiral  était  le 
chinois  Ting  ;  le  capitaine  Rodgers  qui  dirigeait  Tarsenal  de 
torpilleurs  de  Port  Arthur,  suivit  Tamiral  Lang  dans  sa 
retraite. 

Au  grand  étonnement  du  corps  diplomatique,  le  i4  dé- 
cembre 1890,  les  légations  reçurent  du  Tsoung-li  Yamen 
d'une  manière  imprévue  le  décret  suivant.  Etait-ce  la  venue 

I.  Son  pbro  c^'lait  lo  sixième  frère  do  Li  tloung-lchang  ;  sa  mèro  mou- 
rut le  19  juillet  i8()i,  (iaiis  le  Ngan-lioiici,  et  il  fut  remplacé  pendant  sa 
période  de  deuil  par  Wan  Foung-lsao,  Han-lin,  ancien  premier  secrétaire 
do  la  légation  âc  Berlin. 


AUDIENCE    IMPÉRIALE  5l 

prochaine  du  tsarévitch  qui  aurait  déterminé  Li  Houng- 
tchang  à  agir  sur  Tesprit  de  l'impéralrice  douairière?  La 
promesse  de  réceptions  annuelles  donnait  une  grande  impor- 
tance au  décret. 


AUDIENCE    IMPÉRIALE 

Décret  Impérial. 

Kouang-Siu,  iG*  année,  ii*  lune,  i"  jour. —  13  Décembre 
1890». 

Depuis  (jue  les  difTércntes  nations  ont  conclu  avec  nous  dei> 
traités,  des  lettres  révolues  du  sceau  de  l'Étal  ont  été  échangées 
d'une  façon  ininlerronipuc  pour  s'enquérir  les  uns  des  autres,  et 
les  sentiinenls  de  concorde  et  d'amitié  n'ont  cessé  de  s'aflermir 
davantage,  avec  le  cours  du  tenq>s.  Les  Knvoyés  des  dilTérenls 
Pays  résidant  à  Pé-King  ont  tous  su  montrer  leur  sincérité  dans 
leurs  discours,  cultiver  avec  nous  la  bonne  intelligence,  et  entre- 
tenir les  bonnes  relations  internationales:  ce  qui  est  bien  digne 
de  Votre  satisfaction  et  de  Nos  louanges. 

L'année  dernière,  pendant  la  i"""  et  la  3*  lunes,  des  fêtes 
Impériales  ayant  eu  lieu,  à  plusieurs  reprises.  Nous  avons  reçu 
avec  respect  les  Bienveillants  (iiommandements  de  S.  M.  l'Impé- 
ratrice Douairière,  prescrivant  au  Tsoung-li  Yamen  de  prépareV 
un  festin  et  d'y  traiter  (les  Représentants  Étrangers).  La 
communauté  de  sentiments  régnant,  en  celle  occasion,  entre  les 
diverses  nations  du  monde,  en  a  fait  une  véritable  solennité. 

Nous  avons  pris  personnellement  la  direction  Souveraine  du 
Gouvernement  depuis  deux  ans.  Les  bons  rap|)orls  existants 
veulent  que  nous  recevions  en  Audience  Impériale  les  Envoyés 
des  Pays  Étrangers  présents  à  Pé-Ring.  il  convient  certainement 
d'imiter  le  précédent  créé  pendant  la  13'-  année  T'oung- 
Tcbé  (iSyS),  et  aussi  de  lixer  des  époques  pour  des  audiences 
annuelles,  en  témoignage  de  la  courtoisie  toute  particulière  que 
Nous  voulons  montrer.  Nous  ordonnons  que,  pendant  la  i'''-lune 
de  Pan  prochain,  le  Tsoung-Ii  Yamen  nous  prie,  par  un  rapport, 
de  fixer  la  date  à  laquelle  Nous  recevrons  en  audience  les  Uepré- 

I.  Gazette  de  Pé-King. 


5a  LES    ANNÉES    iSqO-iSqI 

tanls  (les  dilToronlspavs  résidant  à  Pc-king,  Ministres  ou  Charges 
crAITaires,  et  de  les  traiter,  le  lendemain,  daiis  nn  feslin  pré|wré 
dans  les  locaux  audit  Yamen. 

Dans  la  suite,  on  agira  de  môme  pendant  la  première  lune  de 
chaque  année  ;  les  Envoyés  qui  viendront  successivement  après, 
seront  reçus  h  l'audience  Impériale  de  chaque  année. 

Quant  aux  grandes  fêtes  impériales  qui  seront  j>onr  la  Chine 
et  rKtranger  des  occ<isions  de  réjouissance,  Nous  ordonnons  aussi 
au  Yamen  précité  de  nous  adresser,  en  temps  utile,  une  demande, 
pour  que  des  festins  soient  donnés,  afin  de  montrer  le  désir  ' 
extrême  de  la  Cour  d'entretenir  l'amitié  et  de  s'accorder  avec  ses 
voisins  d'une  façon  sans  cesse  plus  accentuée. 

Quant  au  Cérémonial  qui  devra  être  suivi,  nous  ordonnons 
audit  Yamen  de  Nous  adresser  d'a\ance  un  rapport  h  ce  sujet. 

Hespecl  à  ceci  '  ! 

Dans  une  réunion  de  tons  les  interprètes  tenue  le  17  dé- 
cembre 1890  à  la  légation  d'Allemagne,  la  salle  Tai-ho 
Tien,  ou,  à  son  défaut,  le  palais  A"/Vn-/.vVm/  Kontj,  fut  désigne 
comnio  le  lieu  convenable  où  les  représentants  devaient  être 
reçus  ;  si  la  salle  T'ai  bo  Tien  était  adoptre,  on  passerait  par 
la  poric  Ta  tsim/  mon,  sinon  parla  porte  Tomj-tcli*anf/-ngan 
mcn  ;  dans  le  cas  où  TaudiencT  aurait  lieu  dans  le  K'icn- 
tsiiKj  Kon;/^  on  passerait  par  les  portes  Tong  hoiia  men  et 
Kinff-yun-nicn. 

L'audience  eut  lieu,  après  ch*  nond)reu\  pourparlers,  le 
jeudi  5  mars  iScji,  dans  le  Tac  Kuiuiinj  Ko  où  les  ministres 
étrangers  avaient  été  reçus  en  1870  par  T'oung  Tcbé;  c'était 
une  véritable  reculade  due  au  doyen  du  corps  diplonnali- 
que,  qui  avait  sacrifié  les  intérêts  généraux  \\  ceux  de  son 
pays,  \oici  (juel(pi(\s  détails  sur  cette  audience,  d'après  le 
correspondant  du  Tcmps^  : 

Si  la  salle  reste  la  même,    l'audience  actuelle  a  différé,  néan- 


1.  Pour  traduction  conforme,  sig.  A.  Vissikue. 

2.  Pé-King,  7  mars;  Le  Temps,  28  avril  1891. 


AUDIKNCE    IMPÉRIALE  53 

moins,  sur  quelques  poiiils  imporlanls,  decelle  de  1873,  comme 
aussi  des  audiences  individuelles  qui  furent  accordées  en  iSy^t 
avant  la  mort  de  S.  M.  Ïoung-Tché,  à  plusieurs  ministres  étran- 
gers nouvellement  arrivés  à  Péking.  En  1873,  les  ministres 
présents,  au  nombre  de  six.  n'étaient  accompa'^nés  que  d'un 
seul  interprète,  et  les  chargés  d'affaires  qui  n'avaient  pas  de 
lettres  de  créance  à  remettre  n'assistaient  pas  à  l'audience.  Celte 
fois,  au  contraire,  les  chargés  d'alTaires  ont  été  reçus  aussi  bien 
que  les  ministres,  et  les  uns  et  les  autres  étaient  accompagnés  du 
personnel  de  leurs  légations:  secrétaires,  attachés  et  interprètes. 
De  plus,  chacun  des  ministres  a  été  admis  à  présenter  indivi- 
duellement ses  lettres  de  créance  et  à  adresser  un  discours  k 
l'empereur,  ce  qui  n'avait  pas  eu  lieu  non  plus  en  1873. 

Le  Yamen  a  admis,  en  outre,  que  des  audiences  j)ourraient 
être  accordées  aux  ministres  fi  leur  arrivée  et  h  leur  départ, 
comme  aussi  pour  la  notification  du  décès  ou  de  l'avènement 
d'un  souverain. 

Somme  toute,  les  concessions  du  Tsoung-li- Yamen  ont  été 
beaucoup  plus  apparentes  (pie  réelles  ;  elles  ont  porté  sur  des 
questions  de  forme,  sur  des  points  secondaires  pour  lesquels  on 
a  sacrifié  le  point  principal  qu'il  s'agissait  d'obtenir  :  l'admission 
dans  le  palais. 

L'événement  avait  été  annoncé  la  veille,  dans  le  journal  oiïiciel 
de  l'empire  (\q  Kituj-Pao,  plus  connu  sous  le  nom  de  (iazellc  de 
Péking)  en  ces  termes  laconiques:  a  Demain,  à  midi,  l'empereur 
ira  au  Tse-Konang-Koy  où  il  a  appelé  en  audience  (sic)  les  dilTé- 
rcnts  pays.  »  Pour  les  sinologues:  Tchao-Kien-Ko-Kouo. 

Les  chefs  des  diverses  légations  accompagnés  de  leur  personnel 
et  conduits  par  de  petits  mandarins  de  la  garde  s(î  sont  rendus, 
chacun  de  leur  côté,  au  petit  pavillon  désigné  connue  lieu  de 
réunion,  qui  se  trouve  à  une  petite  distance  de  la  salle  d'audience. 
Tout  le  inonde  (il  y  avait  en  tout  trente  et  une  persoimes)  était 
en  chaise  verte,  ce  qui  a  singulièrement  étonné  les  (^.hinois,  la 
chaise  verte  et  même  la  chaise  bleue  étant  réservée  aux  très  hauts 
dignitaires,  princes,  présidents  de  nunistères,  etc.,  les  autres 
fonctionnaires  se  servant  en  toute  occasion  de  la  charrette.  Il 
eut  été  plus  correct  et  d'un  meilleur  elVet  sur  le  public  de 
réserver  la  chaise  verte  pour  les  ministres  et  chargés  d'alTaires,  la 
chaise  bleue  pour  les  pnMuiers  secrétaires,  et  de  mettre  en 
charrette  le  reste  du  personnel.  Je  ne  sais  qui  est  responsable  de 
cette  absurde  violation  de  l'cticpictte.  et  je  ne  veux  blâmer  pcr- 


54  LES    ANNÉES    189O-189I 

sonne  ;  mais  vous  ne  pouvez  vous  figurer  reflet  fâcheux  qu'elle  a 
produit. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  minisires  et  leurs  suites  sont  descendus 
de  chaise  à  Tcntrce  des  jardins  et  se  sont  rendus  à  pied  au  petit 
pa>'illon  que  j'ai  déjà  mentionné,  où  les  attendaient  quelques 
mandarins,  et  une  collation  a  été  servie  qui  a  duré  environ  une 
heure.  Les  représentants  et  leur  suite  furent  conduits  ensuite 
dans  trois  tentes  élevées  tout  près  du  Tse-Kouang-Ko,  Tune  pour 
les  ministres  et  chargés  d'aflaires,  une  autre  pour  les  secrétaires 
et  attachés  et  la  troisième  pour  les  interprètes.  Là,  on  a  du  attendre 
une  demi -heure  l'arrivée  de  l'empereur. 

Lorsque  le  souverain  fut  entré  au  Tse-Kouang-Ko,  le  doyen  du 
corps  diplomatique,  M.  de  Brandt.  ministre  d'Allemagne,  accom- 
pagné de  son  interprète,  le  haron  von  der  Goltz,  fut  admis  le 
premier  en  sa  présence  et  remit  ses  lettres  de  créance  avec  les 
compliments  d'usage.  Les  autres  ministres  furent  admis  de 
même,  par  tour  d'ancienneté. 

La  remise  des  lettres  de  créance  terminée,  les  chargés  d'aflaires. 
accompagnés  de  leur  pcrsoimel,  furent  reçus  à  leur  tour.  Les 
ministres  étaient  également  présents  avec  leur  [Xîrsonnel.  M.  de 
Brandt,  après  avoir  présenté  personnellement  les  chargés  d'aflaires 
(au  nomhre  de  quatre  :  France,  Russie,  F]spagne  et  Belgique), 
prononça  en  anglais  —  il  y  a  beau  temps  <|ue  le  doyen  a  sup- 
primé ici  le  français  comme  langue  diplomatique  —  un  court 
discours,  qui  fut  traduit  en  chinois  [>ar  M.  Pojkjv.  doyen  des 
interprètes,  el  rap|)orté  à  rem|)ereur  en  mandchou  |)ar  le  prince 
K'ing,  à  genoux  pour  la  circonstance.  L'empereur  ré|)ondit  quel- 
ques mots  (|ui  parvinrent  aux  représentants  par  le  même  canal 
compliqué  et  les  envoyés  et  leur  suite,  marchant  à  reculons  et 
saluant  trois  fois,  connue  ils  ra> aient  fait  eu  entrant,  quittèrent 
la  salle  d'audience. 

L'empereur  qui,  de  l'avis  de  tous,  parait  fort  intelligent,  et 
dont  les  traits  beaux  et  sympathiques  indiquent  un  mélange 
d'énergie  et  de  douceur,  était  vctu  d'une  robe  bleu  sombre,  à 
cause  (lu  <lemi-deuil  qu'il  |)orte  encore  pour  son  [xtc.  11  était 
assis  sur  un  trône  élevé  de  quelques  marches  seulement,  et  une 
table  étail  placée  devant  lui.  Deux  hauts  fonctionnaires,  le  Pao- 
Wang  el  le  Ko-Wang,  se  tenaient  debout  derrière  lui,  et  à  sa 
gauche  se  trouvait  le  prince  K  iiig.  Les  ministres  n'étaient  guère 
éloignés  de  lui  que  de  cinq  à  six  mètres.  Ils  étaient  placés  sur 
une  ligne  avec  les  chargés  d'aflaires  ;  sur  un  autre  rang  derrière 


ATTAQUES    CONTRE    LES    MISSIONS    CllIlÉTIENNES  55 

eux,  les  secrétaires  et  allacliés,  et  sur  un  troisième,  les  inter- 
prètes. 

La  salle  n*est  pas  très  grande  ;  elle  est  décorée  de  peintures 
représentant  des  batailles  de  Tempereur  Rien-Loung  et  sufli- 
samnieni  bien  ornée.  Devant  le  trône  se  trouvaient  des  brûle- 
parfums  en  cloisonnés  anciens  cjui  ont  fait  l'admiration  des 
ministres  étrangers,  tous  plus  ou  moins  collectionneurs.  La 
décoration  ne  répondait  nullement,  pourtant,  paraît-il,  aux  idées 
de  splendeur  orientale  que  Ton  associe  volontiers  en  Europe  à 
une  réception  du  Fils  du  (]iel. 

Le  lendemain  de  l'audience  a  eu  lieu  au  Tsoung-li-Yamcn  un 
banquet  oiîert  aux  représentants,  qui  a  été  très  brillant. 

ATTAQUES    CONTRE    LES    MISSIONS    CHRETIENNES 

Au  mois  de  mai  1891,  des  attaques  contre  les  diverses 
missions  du  Kiang-Nan  furent  dirigées  à  Tinstigation  des 
sociétés  secrètes  désireuses  de  causer  des  dilTîcultés  au  gou- 
vernement iiïifiérial,  ainsi  que  de  satisfaire  leur  hainecontre  les 
missionnaires  et  les  étrangers.  La  mission  des  jésuites  de  Wou- 
Hou,  dans  le  Ngan  houei,  fut  particulièrement  éprouvée  ;  les 
biiliments  importants  de  cette  mission  florissante  furent  incen- 
diés le  i3  mai  et  les  pères  Henri  Havret  et  Debrix  étaient 
obligés  de  fuir.  Des  placards  incendiaires  avaient  été  aflichés 
partout  ;  Tun  d'eux,  représentant  un  cochon  portant  le  nom 
de  Ye-sou  (Jésus)  en  croix,  était  adoré  par  une  foule  à 
genoux  ;  au-dessous  étaient  représentés  des  couples  d'Kuro- 
péens  et  de  Chinoises  amoureusement  enlacos  ;  une  autre 
afliche  a  pour  illustration  la  destruction  de  livres  européens 
dans  un  brasier,  tandis  que  les  assistants  se  bouchent  le  nez 
pour  ne  pas  respirer  des  vapeurs  inqiures.  L'alTairedeW  ou- 
Hou  aurait  pu  être  é>itée,  si  le  tao-taï  avait  montré  plus 
d'activité,  de  prévoyance  et  d'énergie  ;  on  se  loua  au  con- 
traire du  tché-hien  (sous-préfet),  qui,  avec  le  commandant  des 
troupes,  avait  pris  position  devant  la  porte  principale  de  la 
maison  des  missionnaires  ;    les  émeutiers  pénétrèrent  dans 


56  LES    ANNÉES    189O-189I 

rétablissement  par  une  porte  latérale.  Les  troubles  s'étendi- 
rent dans  la  vallée  du  Kiang  jusqu'au  Hou-Pé;  Touverture 
de  Ïchoung-King  au  commerce  étranger  et  l'essai  d'intro- 
duction de  la  navigation  à  vapeur  sur  le  haut  Yang-tseu  ne 
furent  pas  étrangers  à  ces  émeutes. 

OUVERTURE    DE    TCHOUNG-KING 

• 

Un  article  additionnel  à  la  convention  de  Tché-fou  de  1876, 
dont  il  devait  être  considéré  comme  faisant  partie  intégrale, 
avait  été  signé  en  six  paragraphes  à  Pé-king  par  sir  John 
Walsham,  le  3i  mars  1890  (11"  jour,  2°  lune,  i6*  année 
Kouang  Siu).  Par  Tartidc  I,  il  élait  décidé  que  «  ïchoung- 
king  serait  immédiatement  déclaré  ouvert  au  commerce  dans 
les  mêmes  conditions  que  les  autres  ports  à  traité  ».  Les 
ratifications  de  cette  convonlion  supplémentaire  furent  échan- 
gées à  Pé-king  le  18  janvier  189 1. 

ïchoung-king,  dans  le  Se-tch'ouen,  au  confluent  du  Kia- 
lingetdu  Yang-tseu,  ne  vit  commencer  son  commerce  étranger 
que  le  18  juin  1891,  quoique  son  port  ail  été  déclaré  ouvert 
le  2  mars  ;  les  bureaux  des  douanes  maritimes  furent  ouverts 
en  novembre  1890. 

RECLAMATIONS 

Le  20  mai  189 1,  une  note  collective  fut  remise  auTsoung- 
li  Yamen  par  tout  le  corps  diplomatique*  à  Pé-king,  pour 
protester  contre  la  distribution  et  ralïichage  des  placards 
hostiles,  les  attaques  contre  les  étrangers,  etc.  Une  nouvelle 
note  collective  fut  remise  le  8  juin,  et  le  i3  parut  un  décret 
impérial  en  fa>eurdes  missions. 

I.  M.  V.  Brandt  (Xlleinaf^'iic),  Ch.  Donhy  CEtals-Unis),  Sir  J.  Wals- 
ham ((jraR{ic-Brclaf:iic),  k.  Olori  (Japon),  l'ansa  (Italie).  I^'crguson 
(Pays-Bas),  IJribarri  (Kspagne),  Rlciincnov  (llussic),  P.  Uistelhucber 
(France). 


DÉCBET   IMPÉRIAL  b'] 

Le  colonel  Denby  sVtait  d'abord  abstenu,  mais  ayant  reçu 
de  nouvelles  instructions  de  son  pouvcrneinent,  il  se  joignit 
h  ses  collègues  dans  leurs  déinarcbes  ;  la  pièce  suivante  jette 
un  jour  intéressant  sur  la  diplomatie  américaine. 

Le  ministre  de  Cbine  aux  Etais  Unis,  TsVniei  Kouo  yin, 
adressa  à  la  fin  de  1891  une  requête^  à  l'empereur  dans 
lacpielle  nous  relevons  le  passage  suivant  :  «  Depuis  la  sep- 
tième jusqu'à  la  onzième  lune,  j'eus  cinq  entrevues  avec  le 
ministre  des  aflaires  étrangères  au  sujet  de  cette  alTaire.  Le 
ministre  des  alTaires  étrangères  me  dit  alors  qu'il  n'entrerait 
pas  dans  la  coalition  ;  en  outre  il  m'informa  qu'il  avait  télé- 
grapbié  à  M.  Denby,  ministre  des  Ktats-Unis  en  Cbine,  jK)ur 
qu'il  ne  se  joignît  point  aux  alliés  ;  de  plus  il  me  dit  qu'il 
avait  envoyé  [)ar  écrit  h  M.  Denby  des  ordres  répétés  pour 
qu'il  ne  fît  pas  cause  commune  a\ec  l'Angleterre  et  la  France 
pour  créer  des  difficultés  à  la  Cbine.  Tout  cela  fut  du  a  l'ins- 
piration donnée  par  le  Tsoung-li  Yamen  ;  c'est  ainsi  que 
l'union  fut  rompue  et  qu'on  einpccba  les  enqûètements.  » 

DÉCHET    IMPÉRIAL,     l3    Jl  IN     1 89 1 

Notre  Conseil  des  AlTaires  étrangères  Nois  a  [)réscnté  un 
rapport  dans  lequel  il  Nols  expose  que  dos  alfairc^  concernant 
les  missions  religieuses  se  sont  produitos,  d'une  façon  ré[)élée, 
dans  les  dilTérentes  provinces,  et  il  Nous  prie  de  donner  des 
ordres  formels  aux  vice-rois  et  gouverneurs  pour  (pi'ils  a\isent 
proiiiplenicntàla  solution  qu'il  convient  de  donner  à  ces  alTaires. 

Il  est  dit,  dans  ce  rapjK)rl,  que,  pendant  la  cpialrième  lune  de 
cette  année  (mai-juin  1891),  la  mission  religieuse  de  Wou-bou, 
dans  le  Ngan-liouei,  a  été  incendiée  par  des  malfaiteurs,  (pic 
celle  de  Tan-yang-hien,  dans  le  Kiang-Sou,  et  de  Wou-hiue- 
tclien,  dans  le  Ilou-Pé,  ont  aussi  été  successivement  détruites  et 
qu'il  importe  absolument  de  rechercher  et  d'arrêter  les  coiqiahlcs 
et  de  prendre  rapidement  des  mesures  pré\entivcs  sérieuses. 

1.  Publiée  dans  le  llou-Pao^  du  3  septembre  i8(ja. 


58  LES    ANNÉES     189O-189I 

La  propagation  des  religions  étrangères  est  stipulée  dans  les 
Traités  et  des  Décrets  ont  été  rendus,  ordonnant  aux  gouverne- 
ments provinciaux,  d*assurcr,  à  cet  égard,  la  protection,  en  toute 
occasion.  Bien  des  années  se  sont  woulées  et  la  paix  a  régne 
entre  la  Chine  et  les  étrangers.  Gomment  se  fait-il  donc  que  des 
afTaires  d'incendie  et  de  destruction  de  missions  se  soient 
récemment  produites  en  même  temps  ?  Ce  fait  est  bien  digne  de 
Notre  étonnement.  11  existe  là,  manirestemcnt.  des  chefs  de  mal- 
faiteurs qui,  après  avoir  comploté  en  secret,  ont  formé  des 
aiïiliations  pour  fomenter  des  troubles,  puis  ont  semé  de  fausses 
rumeurs  et  jeté  la  défiance  dans  les  esprits,  avec  l'intention  de 
profiter  des  circonstances  pour  commettre  des  actes  de  pillage.  Il 
est  même  arrivé  que  des  gens  honnêtes,  faisant  tranquillement 
leur  devoir,  ont  été  trompés  ou  contraints  par  eux.  De  cette  agi- 
tation sont  résultées  de  graves  affaires.  Si  des  punitions  sévères 
n'étaient  pas  infligées,  comment  maintiendrait-on  la  rigueur 
des  lois  et  comment  tran<|uilliserait-on  le  pays? 

•Nous  ordonnons  aux  vice-rois  des  Deux  Kiang  et  du  Ilou- 
Kouang  et  aux  gouverneurs  du  Riang-Sou,  du  Xgan-houei  et 
du  Hou-Pé  de  donner,  sans  délai,  aux  fonctionnaires  ci\ ils  et  aux 
oflicicrs  militaires  comp<Hents,  l'ordre  de  rechercher  et  de  saisir 
les  principaux  coupables,  de  les  juger  et  de  les  décapiter  sur-le- 
champ,  afin  de  servir  de  leçon  pour  l'avenir. 

Quant  aux  religions  de  l'Occident,  leur  but  est  d'exhorter  les 
hommes  à  faire  le  bien.  Ceux  qui  suiveut  ces  religions  n'en 
demeurent  pas  moins  des  enfants  et  des  sujets  de  la  Chine  et 
restent  soumis  à  la  juridiction  des  autorités  locales.  Le  peuple  et 
les  chrétiens  peuvent  donc  vivre  en  bonne  intelligence.  C'est 
toujours  parce  que  des  misérables  inventent  des  récits  sans  fon- 
dement, |K)ur  proliter  des  occasions,  que  des  désordres  se  pro- 
duisent. De  semblables  traîtres  existent  en  bien  des  endroits. 
Nous  enjoignons  aux  maréchaux  lartares,  vice-rois  et  gouverneurs, 
dans  toutes  les  provinces,  de  publier  des  proclamations  pour  faire 
savoir  aux  habitants  qu'ils  doivent  se  garder  strictement  d'écouler 
à  la  légère  ces  rumeurs  et  de  causer,  mal  h  propos,  des  affaires. 
Si,  à  l'aide  de  placards  anonymes,  on  répand  de  faux  bruits, 
pour  semer  la  suspicion  parmi  les  masses,  les  auteurs  en  seront 
aussitôt  activement  recherchés,  saisis  et  sévèrement  punis. 

En  ce  qui  concerne  les  conunerçants  et  les  missionnaires  éJran- 

gers,   les    autorités  locales  doivent  nécessairement  prendre,   en 

toute  occasion,  des  mesures  pour  proléger  leurs  perso 

"*^es  et 


TÉLÉGRAMME    DU    T90UNG-LI    YAMEN  69 

leurs  familles,  sans  tolérer  que  des  scélérats  les  molestent.  Si  les 
mesures  de  précaution  ne  sont  pas  sérieuses  et  s'il  en  résulte 
des  affaires.  Nous  ordonnons  que  des  dénonciations  rigoureuses 
Nous  soient  aussitôt  adressées,  conformément  à  la  vérité. 

Pour  les  ancien  nés  a  (Ta  ires  demeurées  sans  conclusions  dans  les 
différentes  provinces.  Nous  enjoignons,  en  même  temps,  aux 
maréchaux  tarlares,  vice-rois  et  gouverneurs  de  les  terminer 
promptemcnt,  sans  qu'il  leur  soit  permis  de  laisser  leurs  subor- 
donnés les  faire  traîner  en  longueur  ou  les  mellre  de  côté,  par 
crainte  des  difficultés  :  cela,  en  vue  de  tirer  au  clair  les  dossiers 
accumulés. 

Que  ce  qui  précède  soit,  par  un  ordre  général,  porté  à  la 
connaissance  de  tous. 

Respect  h  ceci  *  ! 

Cet  édit  ne  fut  pour  ainsi  dire  pas  exécuté.  De  nouvelles 
notes  collectives  furent  remises  au  Yamcn  le  6  et  le  12  août; 
enfin  un  protocole  fut  signé  le  9  septembre. 

Les  deux  documents  suivants  marquent  les  compensations 
qui  furent  enfin  accordées  à  la  France. 

TÉLÉGIt\MME    REÇU     DU    TSOU?<G-IJ    WMEN    I»AH    LA    LEGATION    DE 
CIUNE    A    PARIS,    LE    17    SEPTEMBRE     189I 

I**  Pour  l'affaire  de  Wou-hiué^,  on  a  arrêté  dix  coupables  dont 
deux  ont  été  décapités  et  huit  déportés  ou  condamnés  à  des  peines 
corporelles.  On  propose  de  donner,  connue  indenmité,  une 
somme  de  65ooo  piastres. 

3°  Pour  l'affaire  de  King-kouei,  il  a  été  conveim  par  écrit  avec 
les  missionnaires  intéressés,  de  leur  doimer  comme  indemnité, 
une  somme  de  6G000  piastres. 

3"  Pour  l'affaire  de  Yang-hou,  il  a  été  convenu  par  écrit  avec 
les  missionnaires,  de  leur  donner,  comme  indemnité,  une  somme 
de  I  4oo  piastres. 

4**  I^our  l'affaire  de  Tan-yaiig,  il  a  été  convenu  par  écrit  avec 


I.   Pour  traduction  conforme,  sig.  A.  Vissn'iKE. 
3.  Au-dessus  de  Kicou-Kiang. 


6o  LES    ANNÉES    iScJO-iSqI 

les  missionnaires,  de  leur  donner,  comme  indemnité,  une  somme 
de  8400  laëls. 

5°  Pour  rafl'aire  de  Jon-kao,  on  propose  de  donner  aux  mis- 
sionnaires, couime  indemnité,  une  somme  de  9000  piastres. 

7^  Pour  l'allaire  de /*o«<//t,  on  propose  de  donner  aux  mission- 
naires, comme  indemnité,  une  somme  de  5oo  taëls. 

8**  Pour  l'aiTaire  de  Moa-s/',  on  propose  de  donner  aux  mis- 
sionnaires, comme  indemnité,  une  sonunede  7000  piastres. 

9®  Pour  l'alTaire  de  Won-hau,  on  a  décapité  deux  coupables  et 
on  reclierclie  leurs  complices.  Connue  indemnité,  on  est  convenu 
de  donner  aux  missionnaires  une  sonune  de  1 1 1  000  piastres. 
Les  prêtres  demandent  à  être  mis  en  possession  de  deux  terrains 
situés  en  dehors  de  l'église,  on  leur  a  promis  de  les  leur  accorder, 
par  un  arrangement  spécial. 

10°  indépendamment  des  réparations  précitées,  le  Gouverneur 
Général  des  deux  Iviaiig  a  fait  révoipier  cin([  (bnclionnaires  (pii 
ont  mancpïé  à  leurs  dcNoirs.  Leur  ré\ocalion  a  été  demandée  à 
l'Empereur  par  un  rapport  spécial.  De  plus,  on  a  condaumé 
3  1  coupables,  soit  à  la  déportation,  soit  à  des  |K»ines  corporelles. 

1 1**  Quant  à  la  nouvelle  alTaire  (jui  vient  d'a\oir  lieu  à 
l-tchang,  on  est  prêt  à  poursuivre  les  coupables  et  à  donner  une 
indemnité. 

Kn  prenant  les  mi^sures  de  réparations  sus-inditpiées,  le  (iou- 
vernement  chinois  croit  avoir  doimé  aux  Puissances  une  preuve 
de  son  bon  vouloir  à  h'ur  éi^ard.  Veuillez  bien  en  donner  coin- 
numicalion  au  (iou>ernemenl  auprès  du(pu*l  vous  êtes  accrédité 
et  en  provoquer  une  réponse. 

Pé-King.  le  1 G  septembre  1891. 

AI.  Leniaire  rentrait  de  congé  et  arrivait  à  Pé  Ring,  le 
10  octobre  1891  et  le  lendemain,  M.  Uisteihueberlui  remct- 
liiit  le  service. 

UÉSl  \IK  DES  niVEIlSES  CONVENTIONS  l»\SSÉES  ENTHE  LES  VC.ENTS  I)i: 
C;Ol  VEUNEMENT  CHINOIS  ET  LES  I)ÉLÉf;i  ÉS  DES  DIFFÉIŒNTES 
MISSIONS  CATIIOEIQl.ES   Ql  I    ONT    ÉTÉ    MIU  I.ÉES   OU    PILLÉES. 

WoU'hou.    —   Le    ao    oct.    1891,    il    a    été    convenu    entre 
I,   I^rcs  du  graii-l  lac,    Ta  lion,  oin irons  de  Chaiig-liai. 


RÉSUMK    DES    DIVCUSKS    CONVENTIONS  Cl 

M.  AVagiKT,  Consul  trrncral  do  Franco  à  Cliaiig-IIaï  cl  Jo  ïao- 
taï  de  celto  ville,  délègue  du  Vice-Uoi  de  Nan-King  el  du  Gou- 
verneur du  Nf,Mn-liouei  :  i"  qu'une  somme  de  cent  vingt-trois 
mille  six  cent  cinquanle-quatre  laëJs  (Cliang-llaï  laëls  123  654*) 
sera  |)avée  h  M^""  (jarnier,  aussiltM  que  la  Con>enlion  aura  reçu 
l'approbation  du  \ico-roi  de  Nau-king  et  du  (iouverneur  de  la 
Province. 

2"  Qu'un  terrain  formant  une  éminence  et  connu  sous  le  nom 
de  Pa-Kif>-ting,  situé  au  Nord-Ouest  dos  propriétés  de  la  Mission 
catholique,  sera  entouré  d'une  nniraille  solide  de  12  pieds  chi- 
nois de  hauteur  ;  mais  il  est  également  entendu  qu'on  ne  pourra 
élever  aucune  conslruclion  dans  cet  enclos  et  i\uv  personne  n'aura 
le  droit  d'y  pénétrer.  Le  |)ériinètre  de  la  surface  de  ce  lieu  fermé 
sera  ultérieurement  fixé  d'un  commun  accord  par  les  autorités 
chinoises  et  les  missionnaires. 

3"  Les  autorités  chinoises  s'engagent  à  donner  aux  mission- 
naires h  partir  de  la  signature  de  cette  convention,  toute  facilité 
et  assistance  suivant  les  traités,  pour  l'achat  des  terrains  qui  leur 
seront  nécessaires  au  nord  et  à  l'est  de  leur  propriété  actuelle. 

JoM-Avïo.  —  Le  9  octobre  dernier,  leTsoung-li  Yanien  a  en>oyé 
à  cette  Légation  copie  de  l'acte  constalant  l'arrangement  inler- 
>enu  entre  le  sous-préfet  de  Jou-kao  et  un  délégué  des  mission- 
naires catholiques  établis  (hms  celte  sous-préfecture.  Il  résulte 
de  ce  document:  1"  cpi'en  dehors  de  la  poursuite  et  de  la  puni- 
tion des  coupables,  le  (jouvernement  (Ihinois  s'engage  à  payer 
<piatre  mille  taëls  qui  devront  servir  à  la  reconstruction  des  bâti- 
ments détruits  par  les  émeuliers  el  à  l'achat  des  divers  objets  tpii 
ont  été  perdus  ou  volés  pendant  l'incendie. 

2"  Cetic  somme  de  A  000  taëls  devra  servir  h  couvrir  toutes  les 
dé[x*nses  nécessaires  à  la  reconstruction  de  la  mission,  reconslruc- 
tion  (|ui  se  fera  sur  l'enq^lacement  de  l'ancienne. 

3'*  Les  biUimenIs  attenant  à  la  mission  el  appartenant  actuel- 
lement-h  des  familles  chinoises,  seront  conformément  à  la  loueur 
des  passeports,  achetés  par  des  gens  du  peuple  et  revendus  aux 
missionnaires  à  tilre  perpétuel.  La  limilc  et  la  dimension  de  ces 
terrains  seront  spécifiés  sur  l'acte  d'achat.  La  grande  roule  (pii 
borde  cet  établissement  devra  être  changée  par  mesure  d'utilité 
publique  et  élargie  de  dix  pieds. 

I.  Tadl  do  Chang-Haï  =  5  fr.  5o, 


6a  LES    ANNÉES    189O-189I 

4°  Los  bàtlinonls  de  la  Sainte-Enfance  ayant  été  épargnes,  les 
missionnaires  n'auront  pas  à  demander  d'indemnité  pour  les 
objets  qu'ils  pourraient  considérer  comme  perdus. 

5*^  Tous  les  établissements  religieux  ou  maisons  habitées  par 
des  Chrétiens  devront  être  enregistrés  conformément  à  la  loi  et 
devront  payer  la  taxe  spéciale,  comme  s'il  s'agissait  d'achat  de 
propriété  pour  des  membres  quelconque  de  la  |X)pulation. 

Ynncj-hou.  —  Le  commissaire  impérial  des  ports  du  Sud,  le 
sous-préfet  de  Yang-hou  et  un  délégué  des  missionnaires  de 
Tch'ang-tcheou  fou  ont  signé  le  i5  août  dernier,  un  arrange- 
ment aux  termes  duquel  une  somme  totale  dei49i  dollars 
(monnaie  étrangère)  sera  versée  par  le  Gouvernement  Chinois 
entre  les  mainsdes  missionnaires  de  la  façon  suivante  :  491  dollars 
le  jour  de  la  signature  du  contrat  et  deux  billets  de  5oo  dollars 
payables  le  i3  septembre  et  le  i3  octobre.  Cet  argent  devra 
servir  à  la  reconstruction  de  l'église  catholique  de  T'ong-pei  et 
des  bâtiments  de  la  mission  qui  ont  été  brûlés  ou  détruits,  ainsi 
qu'au  rachat  des  différents  objets  mobiliers  ou  autres  qui  se 
trouvaient  dans  ces  différents  lieux  et  qui  ont  disparu. 

Kiiuj-kouei.  —  Dans  des  conditions  identiques  à  ce  qui  s'est 
passé  dans  les  missions  dont  il  vient  d'être  fait  mention,  un 
arrangement  a  été  signé  qui  permet  aux  missionnaires  de  rentrer 
dans  la  valeur  tout  au  moins  de  ce  qu'ils  possédaient.  A  cet 
effet,  une  somme;  de  60 000  piastres  sera  payée,  dont  16000  à  la 
fin  du  mois  de  s<»pteinbre  et  10 000  h  la  lin  des  cinq  mois  qui 
aui\ront  celui-ci.  En  même  temps,  le  tao-taï  s'engage  à  publier 
des  proclamations  au  peuple  et  à  envoyer  des  instructions  aux 
sous-préfets  de  façon  h  assurer  la  protection  des  chrétiens.  Tout 
ce  qui  a  été  détruit  h  San-li-R'iao,  à  Houng-clian.  à  Chi-sin- 
K'iao  et  h  R'iao-tcbouang-kin,  sera  relevé  par  les  soins  des  mis- 
sionnaires avec  cet  argent. 

n'oH-si.  —  L'acte  passé  le  lO  avril  dernier  entre  les  délégués 
du  (jouvernement  cbinois  et  les  délégués  des  missionnaires  con- 
clut au  versement  d'une  somme  de  7000  piastres  (|ui  sera  payée 
par  |K)rtions  et  mensuellement  les  a 4  août,  22  septembre  et 
22  octobre.  Elle  servira  à  relever  les  écoles  de  Si-tcbang,  de 
Yu-k'iao  et  de  \ang-kiang  et  au  rétablissement  des  sépultures 
de  Iloung-chan. 

Kiang-yin.  —  Le  Gouvernement  cbinois  a  consenti  à  payer  ici 
aux  missionnaires  une  somme  de  9  000  piastres;  3  000,  le  17  août, 
3ooo,  le  17  septembre  et  3  000,  le  20  octobre. 


AFFAIRE    M  A  SON 


63 


Tan-yang.  —  La  Convcnlion  signée  le  3i  aoûl,  porle  qu'il 
sera  payé  aux  missionnaires  une  somme  de  Sl\oo  laëls,  payables 
a^oo  le  a/i  avril  ;  3ooo,  le  aa  septembre  ;  3ooo,  le  aa  octobre 
et  cpii  serviront  à  couvrir  les  missionnaires  des  dé[Xînses  qu'ils 
vont  (>tre  dans  l'obligation  de  faire  pour  relever  l'orphelinat  de 
Tan-yang  et  les  dilïérentes  chapelles  des  environs  qui  ont  été 
brûlées  et  pillées.  Dans  un  article  particulier,  il  est  dit  que  si 
parmi  les  propriétés  collectives  de  la  mission,  dans  les  villes  ou 
dans  les  campagnes,  il  s'en  trouve  dont  les  titres  n'aient  pas 
encore  été  enregistrés,  on  veuille  bien  les  rechercher  et  les  ras- 
sembler pour  ùtre,  conformément  à  la  loi,  envoyés  à  la  sous- 
préfecture  et  y  recevoir  le  sceau,  contre  paiement  des  droits 
d'enregisi remont,  en  vue  d'assurer  h  tous  ces  établissements  le 
bénéfice  de  la  même  proleclion. 

Du  mois  de  juin  1891  au  mois  de  septembre  1892,  le 
gouvernement  chinois  nous  a  payé  à  titre  d'indemnités  aux 
différentes  missions  de  la  vallée  du  Yang-tseu  relevant  de 
notre  protectorat  : 

Affaire  de  Tanyang(Kiang-Sou).   .      .       Tacl: 

—  de  Kiang  yin  — 

—  de  VVou  si  — 

—  de  King-kouei(Ngan  liouei). 

—  de  Yanghou  — 

—  de  Jou  kao  — 

—  de  Wou  hou  — 

—  de  I-  tchang  (Hou-Pé). 

—  de  Ta  Tsou  (Sc-tcirouen).  . 

Total 

à  5  fr.  par  taël  =  2  o/JS  /|00  fr.  5o. 

Il  restait  encore  à  régler  l'indemnité  de  Kien-kiang 
(Kiang-si). 

AFFAIRE    MASON 

Que  Ton  ait  été  en  présence  d'un  complot  organisé  par  les 
sociétés  secrètes   et  surtout  par  la  Ko-lao  hoaei,  il  n'y  a 


^           8  /|oo 

9000 

7  000 

G  G  000 

I  l\^\ 

!\  000 

12G000 

1 00  000 

5()  000 

Taels        871891 


64  LES    ANNÉES    1 8901 891 

aucun  doute  ;  en  septembre  1891,  on  découvrit  à  la  douane 
de  Chang-IIaï,  trente-sept  caisses  de  fusils  envoyés  en  contre- 
bande de  Hongkong  à  destination  de  Tcben-kiang.  Le  26  sep- 
tembre, on  arrêta,  comme  complice,  à  Cbang-IIaï,  au  Cen- 
tral Hôtel,  un  employé  des  douanes  deTchen  Kiang,  Mason^, 
qui  «Hait  détenteur  de  cinq  à  dix  livres  de  dynamite.  Mason, 
traduit  devant  la  Cour  suprême  britannique  à  Cbang-IIaï, 
fut  condamné  à  neuf  mois  de  prison. 

Le  Tsoung-li  Yamen  trouva  trop  légère  cetle  peine,  et  le 
12  février  1892%  le  ministre  Sic  protesta  à  Londres  dans  des 
termes  dont  l'exagération  et  Tinexactitude  enlevaient  la 
force  : 

Le  gouvcrnomont  cliinois  csptNro  vivement  que  la  Cour  an- 
glaise punira  Masoii  d'une  manière  adéquateà  son  crime,  afin  qu'en 
le  voyant  les  autres  hommes  sachent  ce  qu'ils  ont  à  craindre.  Le 
Gouvernement  chinois  sait  que,  parmi  les  hommes  qu'il  paie 
[)our  le  ser\ice  des  douanes  maritimes,  parmi  les  adfninistrations 
consulaires  qui  sont  dans  les  ports  ouverts  et  parmi  les  gens  de  rien 
(les  maisions  de  commerce  européennes,  il  y  a  un  grand  nombre 
de  meinhros  des  sociétés  secrètes  qui  s'y  trouvent;  il  n'est  pas 
nécessaire  que  j'en  parle  plus  longuement.  Le  Gouvernement 
chinois  espère  qu'on  traitera  sévèrement  l'afTaire  Mason. 

\  la  suite  des  émeutes,  il  est  regrettable  que  M.  Tabbé 
Favier  ait  cru  devoir  faire  parvenir  au  vice-roi  Li  Iloung- 
tcliang,  par  l'intermédiaire  de  M.  Detring,  un  long  mémoire 
sur  les  troubles  actuels  et  le  moyen  de  les  arrêter.  Il  est 
plus  regrettable  encore  (jue  dans  un  projet  de  règlement  pro- 
hibitif en  dix  articles  c(mcernant  les  missions  religieuses,  il 
se  trouve  le  paragraphe  suivant^  : 

1.  Mason,  ('htirtes-Ifrnry-.'iUrn-U'eich. 

2.  La  drpf^chc  fie  Sic'  à  l^ord  Salishury  au  sujet  de  i'AlTaire  \fasona 
(lat^c  (lu  13"  jour,  i»"'-  hinc,  iS*^"  année  Kouang-Siu  (12  février  189a), 
paru  dans  le  Chen  Pao  du  /|  août  1892. 

3.  11  est  juste  de  dire  que  M.  Favier  a  nié  avoir  remis  un  mémoire  à 
Li  et  avoir  pris  part  à  la  rédaction  du  projet  de  règlement. 


LES    COUPABLES  65 

Art.  IX.  —  Les  deuxévêques  (stc)  Favier  et  Anzer  ont  précé- 
demment chargé  le  Commissaire  des  Douanes,  M.  Detring.  de 
remettre  au  Commissaire  Impérial  des  ports  du  Nord,  un  mé- 
morandum dans  lequel  il  était  dit  que  la  Chine  serait,  au  point 
de  vue  de  la  propagation  de  la  religion,  divisée  en  six  archidio- 
cèses,  dirigés  par  des  Archevêques,  que  l'on  se  proposait  de 
demander  que  ces  Archevêques  fussent  d'ahord  désignés  par  le 
Pape,  pour  exercer  leurs  fonctions,  et  que,  si  des  aiTaires  se  pro- 
duisaient, il  leur  fut  permis  de  s'entendre,  pour  les  régler  avec 
les  autorités  locales  ;  que  par  la  suite,  le  pape  enverrait  en  outre 
un  représentant  en  résidence  à  Pé-king,  et  qu'il  ne  serait  plus 
nécessaire  que  la  France  prit  soin  de  ces  questions. 

S'il  pouvait  être  donné  suite  à  cette  proposition,  on  y  trouve- 
rait avantage  *, 

Les  relevés  des  douanes  pour  le  quatrième  trimestre  de 
1891  accusent  une  diminution  notable  dans  le  mouvement 
des  affaires,  déficit  qu'il  faut  attribuer  pour  une  large  part 
à  Tagitation  qui  s'était  manifestée  dans  la  vallée  du  Yang-tseu. 


LES    COUPABLES 

Le  Rév.  D*"  Grifiîth  John*  découvrit  qu'un  certain  Tcheou 
Han,  tao-taï  en  expectative,  dans  le  Hou-Nan,  et  deux  li- 
braires de  Ïchang-Cha,  capitale  de  celte  province,  avaient, 
Tun  écrit,  les  autres  publié  bon  nombre  de  ces  pamphlets. 
M.  von  Brandt,  comme  doyen  du  corps  diplomatique, 
adressa  une  réclamation  écrite  au  Tsoung-li  Yamen  :  les 
deux  libraires  furent  condamnés  à  trois  mois  de  cangue  et 
quatre-vingts  coups  de  bambou  et  leurs  magasins  furent 
fermés  à  perpétuité.  Tcheou  Ilan,  considéré  comme  aliéné, 
fut  dégradé. 

I.  Traduction. 

a.  Missionnaire  de  la  London  Missionary  Society  ;  arrivé  à  ChangHaï 
le  a4  septembre  i855  ;  établi  à  Han-K'eou  depuis  septembre  1861. 

CORDIBR.  liï.   —   5 


66  Lr.s  ANKÉEs  1890-1 891 

La  Grande  Chancellerie  a  reçu  le  décret  suivant  *  : 

Tchang  Tchi-toung  et  autres  Nous  ayant  adressé  un  rapport 
sur  les  pamphlets  publiés  et  les  pièces  ofÔcielles  contrefaites  dans 
la  province  du  IIou-Nan,  Nous  avons  ordonné  au  Tsoung-li 
Yamcn  de  délibérer  à  ce  sujet.  Ce  Conseil,  dans  le  rapport  qu'il 
nous  présente,  propose  de  se  conformer  aux  proposkions  de 
Tchang  Tchi-toung. 

L'intendant  do  cercle,  Tcheou  Han,  n'a  pas,  à  la  vérité,  fait 
graver  et  publié  des  pamplels,  ni  contrefait  des  pièces  officielles  : 
mais,  étant  fonctionnaire,  il  a  tenu  un  langage  déréglé  et  s'est 
conduit  comme  un  insensé,  de  sorte  que  des  misérables  ont  fait 
sous  son  nom,  courir  des  calomnies  et  ont  excité  des  soupçons 
parmi  le  peuple  :  il  ne  saurait  se  disculper  de  ce  crime. 

Nous  ordonnons  que  Tcheou  Han,  Intendant  de  Cercle  en 
expectali\e  du  Chan-Si,  soit  immédiatement  dégradé  ;  qu'on  le 
recherche  et  qu'on  le  conduise  dans  sa  localité  d'origine-, 
où  il  sera  soumis  à  une  surveillance  sévère  de  la  part  des  auto- 
rités locales,  afin  qu'il  ne  puisse  s'éloigner  et  faire  naître  des  diffi- 
cultés. 

Pour  les  autres  points,  que  le  Ministère  compétent  se  con- 
forme aux  projK)silions  du  Tsoung-li  Yamcn. 

Respect  à  cela  ^  î 


LE    COMTE    CASSINl 


Le  nouveau  ministre  de  Russie,  comte  Cassini*,  arriva  à 
Chang-IIaï,  le  17  septembre  1891,  avec  M.  Lemaire,  et  h 
Pé-Kingau  comnicncement  d'octobre.  Il  venait  de  Ham- 
bourg, excellent  posle  d'observation,  où,  comme  ministre,  il 
s'était  préparé  à  la  lAclic  importante  et  difficile  de  représenter 


I.  Décret  impérial,  21  mai  189a,  Kouang-Siu,  xvirie  année,  /|*  lune, 
1 5»  jour. 

3.  Ning  hiang  hien  (llou-Nan). 

3.  Pour  traduction  conforme,  rinlcrprèto  :  Maurice  Courant. 

4.  Lo  comte  Cassini,  Arthur,  deuiièmc  secrétaire  à  la  Chancellcrio 
ministérielle,  1861  ;  premier  secrétaire,  i86j65;  premier  secrétaire  k 
Dreftde,  1866-72  :  à  Copenhague,  1873-77  ;  ministre  et  consul  général  à 
Hambourg,  1878-1891. 


MORT    DE    PAO-YUN    ET    DU    PO-WANG  67 

le  tsar  à  Pé-King.  Sous  ses  prédécesseurs,  la  légation  de 
Russie  dans  la  capitale  du  Céleste  Empire  avait  vu  dimi- 
nuer singulièrement  son  influence  :  M.  Serge  Popov  était 
trop  âgé,  M.  Koumany  se  livrait  à  des  études  de  philologie, 
M.  Kleimenov,  chargé  d'alTaires,  n'était  qu'un  reflet  de  ses 
collègues  du  corps  diplomatique.  M.  Cassini  comprit  que 
])our  regagner  le  prestige  perdu  et  pour  rélahhr  une  situa- 
tion amoindrie,  sinon  compromise,  il  était  nécessaire  que  le 
ministre  de  Russie  fiU  traité  à  Pé-king  selon  le  rang  qui  lui 
appartenait  et  que,  par  consécpicnt,  de  ses  premières  démar- 
ches dépendrait  le  succès  de  sa  gérance  ;  il  vit  que  sous 
l'apparence  d'une  aiïaire  de  simple  forme,  la  question  de 
l'audience  était  la  pierre  d'acliopp:}nK?nl  de  tous  les  diplo- 
mates en  Chine  et  qu'il  fallait  la  résoudre  si  Ton  voulait 
briser  cette  nouvelle  muraille  qui  s'élevait  entre  TEmpereur 
et  les  ministres  étrangers,  par  suite  entre  la  routine  sécu- 
laire d'un  vieil  empire  et  le  progrès  apporté  par  les  nations 
occidentales.  Nous  verrons  que  le  comte  Cassini  mit  trois 
ans  à  renverser  l'obstacle. 

MOBT    DE   PAO-YUN    ET    DV    1»0-WA>G 

L'ex-grand  secrétaire,  Pao-Yun,  qui  avait  été  disgracié 
en  188.4  en  même  temps  que  le  prince  Koung*,  et  vivait 
dans  la  retraite  entouré  de  la  considération  générale,  mourut 
à  Pé-King  en  septembre  1891.  A  la  fin  de  celte  même 
année,  le  prince  du  premier  rang,  le  Po-VV^ang  (Po  yen-na- 
mo-hou),  fils  de  Séng-ko-lin-sin,  le  fameux  général  mongol, 
succomba  d'une  façon  imprévue.  La  Gazette  de  Pé-King,  dix 
3  décembre  1891,  renfermait  un  décret  en  son  honneur;  son 
petit-fils,  A-mou-eul-ling-kouei,  succéda  à  son  titre  de 
prince;  un  de  ses  fils,  Wen-tou-sou  eut  le   litre  de  bei-lé; 

I.  Il,  p.  4)3. 


LT"-»J_ 


68  LES    ANNÉES    1890-189! 

Taulre,  Po-ti-soii,  fut  créé  duc.  Enrogislrons  encore  la  mort 
en  189T  du  général  musulman  Ma  Jou-loung  *,  qui,  après 
avoir  commandé  en  chef  les  troupes  du  Yun-Nan,  avait  été 
transféré  au  Hou-Nan  ;  il  avait  pris  sa  retraite  en  1878. 


DISGRACE    DE    TCh'eN    KT-t'^ONG 


Un  décret  du  9  août  1891  dégrada  Tch'en  Ki-t'ong  qui 
occupait  depuis  1876  une  si  grande  place  dans  la  société 
parisienne.  Le  général ^  titre  sous  lequel  on  le  désignait  en 
Europe,  a  été  diversement  jugé.  C'était  un  Chinois  du  Fou- 
Kien,  qui  avait  fait  ses  études  à  l'arsenal  de  Fou-tchéou  et  que 
Prosper  Giquel  avait  attaché  à  sa  personne  ;  il  vint  en  France, 
après  une  première  et  courte  visite,  en  1876,  avecLi  Foung- 
pao  et  Giquel  comme  secrétaire  de  leur  mission  et  pour 
achever  son  éducation  ;  il  ne  connaissait  donc  de  son  pajs 
que  ce  qu'il  avait  vu  h  Fou  tchéou  et  dans  les  environs,  car 
il  n'avait  jamais  visité  Pé  King'et  le  Nord  de  la  Chine  ou  les 
porls  du  Yang  tseu.  Il  était  remarquablement  intelligent,  de 
manières  agréables,  fort  obhgeant  et  parlait  et  écrivait  le  fran- 
çais avec  infiniment  d'esprit;  M.  Foucault  de  Mondion'  a 
revendiqué  la  paternité  des  livres  qui  ont  paru  sous  le  nom 
de  TclTcn  ;  celui  ci,  que  j'ai  beaucoup  connu,  était  cepen- 
dant fort  capable  de  les  écrire.  Après  les  affaires  du  Tong- 
king,  il  fut  nommé  attaché  mifilaireà  la  Légation  de  Chine  à 
Paris  sur  la  demande  du  gouvernement  français  ;  il  n'occu- 
pait pas  en  Chine  une  situation  équivalente  à  celle  qui   lui 


I.  î,  p.  2^0. 

a.  Il  avait  (Ué  fait  Tson^-ping  (général  de  brigade)  en  i884,  par 
décret  impérial. 

3.  Foucault  de  Mondion.  —  Quand  j'étais  mandarin,  Paris,  A. 
Savine,  1890,  in-ia. 

M.  Adalbcrt  F'oucault  de  Mondion  est  mort  à  Paris  le  16  juin  189^  ; 
il  était  né  à  Pons. 


DISGRACE    DE    TCh'eN    KI-t'oNG  69 

avait  ctc  faite  en  Europe,  oii  à  plusieurs  reprises  il  remplit 
les  fonctions  de  chargé  d'affaires.  Ses  appointements  n'étaient 
peut-être  pas  en  rapport  avec  le  poste  élevé  qu'il  occupait  ; 
il  fit  au  nom  de  sa  Légation  des  emprunts  considérables  que 
la  Chine  refusa  de  reconnaître*.  A  l'arrivée  du  ministre  Sié 
à  Paris  (janvier  1891),  Tch'en  fut  obligé  de  quitter  la 
France  et  de  retourner  dans  son  pays  rendre  compte  de  ses 
actes. 

Le  Ministère  des  Affaires  étrangères  saisit  le  Tsoung-li 
Yamen  des  réclamations  faites  contre  Tch'en  Ki-t'ong,  par 
l'intermédiaire  de  la  Légation  de  France  à  Pé-King,  et  le 
25  novembre  1891,  M.  Lemaire  se  mettait  en  rapport  avec 
le  prince  K'ing. 

Au  mois  de  juillet  1892,  les  trois  principaux  créanciers 
français  de  Tch'en  furent  désintéressés  à  Paris,  par  un 
agent  de  Li  Houng-tchang.  Li,  ennemi  du  ministre  Sié, 
couvrait  Tch'en  qu'il  fit  réintégrer  peu  après  dans  son 
grade  de  général  de  brigade  et  qu'il  essaya  même  de  faire 
rentrer  dans  le  corps  diplomatique  en  Europe  par  la  voie 
détournée  de  directeur  d'une  mission  d'instruction  en  Bel- 
giquel  Le  vice-roi  avait  trop  compté  sur  la  faiblesse  des  Occi- 
dentaux. Aujourd'hui,  Tch'en  traîne  une  vie  misérable  à 
Chang-Haï. 

La  fin  de  Tch'en  Ki-t'ong  fut  regrettable  pour  les  intérêts 
français,  car,  malgré  ses  torts,  assurément  inexcusables,  il 
nous  avait  rendu  des  services  qu'il  aurait  sans  doute  pucon- 

I.  Il  a  prétendu  que  chargé  do  négocier  un  emprunt  d*État  discute 
depuis  le  printemps  de  1889,  «  les  dettes  contractées  par  lui  avaient  été 
employées  à  préparer  les  futures  négociations.  »  North- China  Herald^ 
janvier  i5,  189a,  p.  53.  —  Il  annonçait  la  publication  d'un  ouvrage 
intitulé  :  L'Histoire  d'un  Emprunt.  Le  ministre  Sié,  dans  une  lettre 
adressée  de  Paris,  6  janvier  189a,  au  Matin^  donne  le  détail  des  sommes 
empruntées  par  Tch'en  qui  n*avaient  pas  été  remboursées.  Tch*en  quitta 
Paris,  le  17  avril  1891.  Celui-ci  répondit  dans  le  N.-C,  Herald^  35  mars 
1892.  p.  396. 


70  LES    ANNÉES    189O-189I 

linuer.  Je  n'ai  jamais  \u  un  Chinois  adopter  les  manières 
européennes  d'une  façon  aussi  complète  ;  il  est  vrai  qu'il  les 
connaissait  mieux  que  les  coutumçs  de  son  pays. 

L'affaire  de  Tch'en  Ki-t'ong  eut  pour  résultat  l'envoi  aux 
ministres  étrangers  accrédités  à  Pé-King,  par  le  Tsoung-li 
Yamen  de  la  circulaire  suivante  : 

Kouang-Siu,  xvni*  année,  1 1*  lune,  4*  jour  (4  décembre  1891). 

Communication  oflicielle. 

Précédemment,  lorsque  les  Vice-Rois  ou  Gouverneurs  des  pro- 
vinces avaient.  |>ar  suite  des  besoins  du  service,  à  contracter  des 
emprunts  auprès  des  étrangers,  ils  devaient  toujours  présenter 
au  Trône  un  rapport  à  ce  sujet  et  demander  qu'un  décret  lïit 
rendu,  avant  de  donner  suite  à  leur  projet.  D'autre  part,  le 
Tsoung-li  Yamen  en  avisait  par  Dépêche  le  ministre  étranger 
résidant  à  Pé-King,  à  titre  de  confirmation.  Mais,  depuis  peu, 
beaucoup  de  fonctionnaires  chinois,  ont,  de  leur  autorité  privée 
et  sans  en  avoir  donné  avis  au  Trône,  emprunté  directement  k 
des  négociants  étrangers  ;  ce  qui  est  très  incorrect.  Aussi,  le  Mi- 
nistère des  Finances  vient-il,  de  concert  avec  notre  Yamen, 
d'adresser  à  Sa  Majesté  un  rapport  pour  que,  désormais,  si  des 
fonctionnaires  chinois  grands  ou  j>etils,  font  des  emprunts  d'ar- 
gent à  des  commerçants  étrangers,  ils  en  fassent  informer  d'abord 
le  Ministre  étranger  résidant  à  Pé-King,  par  le  commerçant  in- 
téressé, aGn  (pie  le  Ministre  s'enquièrc,  auprès  du  Tsoung-li 
Yamen.  si  le  projet  a  déjà  été  soumis  au  Trône  et  si  les  archives 
le  constatent,  seules  conditions  auxquelles  le  prêt  puisse  cire 
effectué.  Dans  le  cas  où  des  sonuTies  seraient  prêtées  privément, 
sans  qu'il  existât  des  pièces  constatant  que  l'affaire  a  été  soumise 
au  Trône  et  approuvée,  et  si  des  diflicullés  venaient  à  se  pro- 
duire, la  Cour  ne  saurait  jamais  y  intervenir,  ni  s'occuper  de 
poursuivre  le  remboursement,  que  le  contrat  ait  été,  d'ailleurs, 
ou  non  revêtu  d'un  sceau  officiel.  Le  34  de  la  10*  lune  de  la 
17*  année  Kouang-Siu  (a5  novembre  i8()i),  notre  rapport  reçut 
l'apostille  hnpériale  suivante  en  vermillon  : 

«  Nous  donnons  Notre  consentement  à  cette  proposition  ». 

Respect  a  ceci  ! 

Cette  mesure  a  été  prise  en  vue  d'imposer  certaines  précautions 
dans  les  emprunts  d'argent  et  |>our  éviter  que  les  négociant3 


DISGRACE    DE    TCU  EN    EI-T  ONG  7  I 

«''IrangtTS  no  subissent  dos  projiidicos.  Nous  avons  le  bes<jin  d'en 
informer  officiellemenl  V.  E.  par  la  présente  l)ép6che.  afin 
qu'EHe  donne  aux  fonctionnaires  el  commerçants  de  son  hono- 
rable pays  les  instructions  nécessaires  pour  qu'ils  s'y  conforment 
toujours  *. 

Le  7  décembre  1891,  le  Tsoung-11  Yanien  communiquait 
le  décret  impérial  du  aS  novembre  à  ses  agents  à  Tétranger 
j)oiir  qu'à  leur  tour  ils  en  lissent  part  aux  gouvernements 
auprès  desquels  ils  étaient  accrédités. 

Sic  écrivit  à  lord  Salisburv  le  23  et  à  M.  Hibot,  le  26 février 
1892  ;  sa  lettre  a  été  insérée  dans  la  LonJon  Gazelle  du 
4  mars  1892. 

I.   Pour  traduction  conforme,  le   i'*"  inlcrprt'lc,  signé  :    A    Viksière. 


CHAPITRE  V 
LE  PROTECTORAT  ALLEMAND  DES  MISSIONS 

Pendant  longtemps,  l'Allemagne  chercha  à  asseoir  en 
Chine  son  influence  sur  des  bases  plus  étendues  que  celles 
que  lui  ofi'rait  son  commerce,  pourtant  fort  important  ; 
l'exemple  de  la  France  qui  jouait  un  rôle  considérable  en 
Chine,  presque  exclusivement  par  le  protectorat  qu'elle 
exerçait  sur  toutes  les  missions  catholiques,  était  bien  fait 
pour  exciter  la  jalousie  d'une  nation  ardente,  formant  de 
grandioses  projets  d'avenir,  d'accord  dans  ses  sentiments  avec 
ses  souverains  avides  de  gloire.  Une  occasion  s'offrit  à  l'Al- 
lemagne d'entrer  enfin  dans  les  affaires  religieuses  de  l'Extrême- 
Orient. 

MISSION    DE    STEYL 

Un  prêtre  du  diocèse  de  Munster,  par  conséquent  de 
Westphalie,  M.  Arnold  Janssen,  aumônier  des  Ursulines  à 
Kempen  (Prusse  rhénane),  eut  l'idée  —  blâmable  en  aucune 
façon  en  principe  —  d'imiter  l'exemple  de  la  France  et  de 
l'Italie,  et  de  créer  pour  les  gens  de  langue  allemande  un 
séminaire  de  missions  étrangères. 

Le  choix  de  Steyl  sur  la  Meuse,  près  de  Tegelen  et  Venloo, 
sur  le  chemin  de  fer  de  Maestricht  à  Nimègue,  dans  le  Lim- 
hourg  hollandais,  diocèse  de  Ruremonde,  c'est-à-dire  à 
proximité  de  Crefeld  et  de  Diisscldorf,  faisait  donc  du  nouvel 


MISSION    DK    STEYL  73 

élablissement,  malgré  son  domicile  néerlandais,  un  établisse- 
ment purement  allemand.  M.  Janssen,  qui  était  directeur 
du  Kleiner  Ilcrz  Jesu-Bote  (Petit  Messager  du  Sacré-Cœur  de 
Jésus),  commença  son  œuvre  en  187;"),  sur  le  conseil  de 
M^'  Timoléon  Raimondi,  des  missions  étrangères  de  Milan, 
vicaire  apostolique  de  Hong-Kong,  Tun  des  hommes  les 
plus  hostiles  au  protectorat  de  la  France,  malgré  les  services 
rendus  par  notre  pays  à  sa  congrégation.  Le  cardinal  Fran- 
chi, préfet  de  la  Propagande,  donna  son  appui  et  le  séminaire 
fut  inauguré  le  8  septembre  1875  par  M^*"  d'Essen. 

Restait  à  trouver  un  champ  d'action.  En  1839,  le  vicariat 
apostolique  du  Chan-Toung  avait  été  détaché  du  diocèse»  de 
Pé-King,  déjà  démembré  Tannée  précédente  par  suite  do  la 
création  d'une  nouvelle  mission  coinj)ronant  la  Mandchourie, 
la  Mongolie  et  le  Kan-Sou.  Grégoire  \V1  avait  placé  à  la 
télé  du  nouveau  vicariat  .M^^  Louis  de  Bosi,  de  Vérone,  fran- 
ciscain de  la  stricte  Observance,  provic^ire  du  Ilou-Kouang. 

Celte  province  de  Chan-Toung,  qui  est  la  patrie  de  Con- 
fucius  et  de  Mencuis,  dans  laquelle  se  trouve  le  port  deTché- 
fou,  ouvert  au  commerce  étranger  par  le  traité  de  Tien-Tsin 
de  i858,  où  pendant  que  les  troupes  anglaises  se  réunissaient 
h  Ta-lien  Wan,  les  troupes  du  général  de  Montauban  se 
concentraient  en  1860,  où  se  trouve  Kong  Kong  Tao,  dite 
île  française,  qui  servit  de  cimetière  à  nos  soldats  et  de  rési- 
dence pendant  plusieurs  années  à  un  de  nos  médecins  ou  à 
un  de  nos  commissaires  de  la  marine,  cette  province  essen- 
tiellement chinoise  par  ses  souvenirs  a  toujours  été  un  champ 
médiocre  pour  la  prédication  de  TEvangile. 

Les  excellents  franciscains  acceptèrent  volontiers  de  se 
débarrasser  au  proiit  des  Allemands  d'une  i)ortion  de  pays 
dont  ils  ignoraient  la  valeur,  quoi  que  Ton  en  ait  fait  pour 
leur  ouvrir  les  yeux.  En  1890,  les  missionnaires  de  Steyl 
demandèrent  un  agrandissement  de  leur  mission  qui,  s'il  leur 
avait  été    accordé,   leur  aurait  donné  Tché-fou.    La  Propa- 


74  LE    PROTFXTORAT    ALLEMAND    DKS    MISSIONS 

gande  refusa  leur  demande  et  le  général  des  Franciscains 
décida  de  ne  plus  envoyer  que  des  Français  au  Chan- 
Toung.  Le  vicaire  apostolique  du  Chan-Toung,  qui,  depuis 
i865,  était  Elisée  Cosi,  évêque  de  Priène,  du  diocèse  de 
Florence  (mort  le  4  janvier  i885),  nomma,  le  2  janvier 
1882,  pour  ùtre  son  provicaire  dans  la  partie  méridionale  de 
sa  province,  Jean-Baptiste  Anzer,  élève  du  séminaire  de 
Steyl. 

Dès  1882,  l'ambassade  d'Allemagne  à  Paris  déclara  à 
notre  gouvernement  que  son  pays  avait  l'intention  de  pro- 
téger à  l'avenir  ses  nationaux  en  Chine,  même  les  mission- 
naires. 

M.  Jean-Bapliste  Anzer,  né  à  Katisbonne,  fut  l'un  des 
premiers,  sinon  le  premier  des  élèves  du  séminaire  de  Steyl  ; 
ordonné  prêtre  au  bout  de  trois  ans,  il  partit  pour  la  Chine 
le  2  mars  1879,  avec  son  confrère,  Joseph  Freinademelz,  du 
diocèse  de  Brixen.  Le  caractère  purement  germanique  de  la 
nouvelle  entreprise  est  parfaitement  marqué  par  les  noms  et 
l'origine  des  prêtres  chargés  d'évangéliser  en  Chine. 

Par  décret  du  22  décembre  1880,  le  Chan-Toung  méri- 
dional fut  transformé  en  vic<iriat,  comprenant  les  préfectures 
de  Yen-Tchéou,  Ts'ao-Tchéou  et  I-Tchéou,  ainsi  que  la 
sous  préfeclurc  de  Ts'i-Ning.  Le  24  janvier  1886,  M.  Anzer 
fut  sacré  évéque  de  Téleple,  dans  la  maison  Saint-Michel, 
à  Steyl  par  M*'''"  Kremontz,  archevêque  de  Cologne,  assisté 
de  i\l^''  Korum,  évêque  de  Trêves,  et  M*""  Boermans,  coadju- 
teur  de  Buremonde,  et  sa  résidence  fixée  à  Puo-Li.  On 
remarquera  que  les  francisr^iins  observantins  italiens  occu- 
pent la  capitale  de  la  province  de  Chan-Toung,  Ts'i-Nan. 
Le  fruit  él-ait  miir  pour  rAllemagne.  Tout  d'abord,  M.  Anzer 
réclama  la  protection  française  qui  la  lui  accorda  *  naturelle- 
ment comme  aux  autres  missionnaires,  puisqu'il  était  muni 

},  Voir  II,  n.  4 18  cl  sca 


MONSEIGNEUR    ANZER    A    YEN-TCHÉOU  "jb 

d'un  passeport  français  ;  notre  intervention  en  sa  faveur  au 
Tsoung-li  Yanien  valut  ménie  à  M.  de  Semallé  la  sortie  dé- 
placée de  Tchang  Pei-Ioun  que  nous  avons  déjà  narrée  '. 

En  juillet  1886,  M.  v.  Brandt  vint  à  Tien-Tsin,  malgré  le 
mauvais  état  de  sa  santé,  pour  voir  Li  auprès  duquel,  en 
même  temps  qu'il  lui  présentait  un  mémorandum  sur  les 
chemins  de  fer  et  lui  recommandait  les  intérêts  du  syndicat 
allemand,  il  faisait  une  tentative  pour  obtenir  la  protection 
des  missions  catholiques  allemandes,  dans  les  mêmes  condi- 
tions que  nous  possédions  la  protection  des  missions  en 
général . 

M'''"  A^ZEn  A  \K>-T(;iiÉ()r 

Apres  son  sacre,  de  retour  d''Europe,  M***"  Anzer  se  rendit 
le  5  septembre  1886,  h  Yen-tchéou,  avec  Tintention  d'y 
construire  une  église  et  de  s'y  établir.  11  acheta  à  cet  eflet  la 
maison  d'un  nommé  Liu  Si-kouang,  située  dans  la  princi- 
pale rue  de  la  ville.  En  apprenant  cette  nouvelle,  les  lettrés 
Ï'ang-Kao,  Fan  Pao  Ichen  et  autres  formèrent  une  coalition 
pour  faire  annuler  le  marché  et  empêcher  l'installation  de  la 
mission.  Les  placards  les  plus  violents  furent  alTichés  contre 
la  France  et  la  religion  chrétienne,  tandis  que  les  proclama- 
lions  prescrites  par  le  Tsoung-li  ^amen  dans  toutes  les  pro- 
vinces pour  assurer  la  sécurité  des  missionnaires  et  des 
chrétiens  n'étaient  pas  |)ubliées  par  les  autorités  locales... 
Les  réclamations  de  M^'*"  Anzer  furent  vaines...  L'évêque, 
désirant  avant  tout  la  paix,  n'insista  pas  et  se  mit  en  quête 
d'un  autre  emplacement.  Il  acheta  une  maison  ayant  ap[)ar- 
tenu  à  un  certain  Tchang  Pao  kan  ;  un  chrétien  du  nom  de 
Chan  Tch'ouen-l'ang  lui  en  olTrit  une  autre,  également 
située  dans  l'intérieur  delà  ville  murée...  L'Evêque  se  dis- 

l,  Voir  II,  p.  419  et  sea. 


I  Jb 


76  LE    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

posait  donc  à  faire  réparer  les  deux  établissements  en  ques- 
tion pour  s'y  installer  lorsque  les  lettrés  T'ang,  Fan  et  autres, 
apprenant  l'arrivée  des  catéchistes  de  la  mission,  firent  en 
plein  jour  fermer  les  portes  de  la  ville  pour  les  y  enfermer 
et  s'en  emparer.  Néanmoins,  vendeurs,  catéchistes  et  entre- 
metteurs purent  s'échapper.  La  foule  ameutée  démolit,  le 
21  août  1887,  la  maison  de  Chan  Tch'ouen-t'ang,  et  com- 
mença également  la  destruction  de  celle  de  Tchang  Pao-kan. 
Celle-ci  ne  fut  sauvée  que  par  l'intervention  de  la  mère  du 
vendeur,  qui,  pour  calmer  les  agresseurs,  prétendit  que  la 
vente  s'était  faite  sans  son  autorisation.  Cette  femme  put 
s'échapper,  peu  de  temps  après,  et  vint  à  la  mission  de  Tsi- 
ning-tchéou,  près  de  M*^*"  Anzer*. 

11  fut  dès  lors  impossible  pour  les  missionnaires  de  se 
montrer  à  Ycn-tchéou  et  Tévèque  partit  pour  la  capitale 
provinciale,  où  le  gouverneur  chargea  le  tao-taï  Wang  Tso- 
fou  de  s'occu[)er  de  l'affaire. 

M*^*"    A>ZEK    ET    M.    ,.    13RANDT 

Lorsqu'il  arriva  à  Pé-King,  en  janvier  1888,  M»'  Anzer  y 
rencontra  M.  v.  Brandtqui,  pour  le  déterminer  à  lui  confier 
sa  réclamation,  lui  dit  qu'il  avait  obtenu  du  gouvernement 
chinois  l'appUcation  aux  missionnaires  allemands  du  modus 
Vivendi  adopté  par  le  Tsoung-li  Yamen  et  M.  Berthemy, 
pour  ce  qui  regarde  les  achats  de  terrains  et  d'immeubles 
faits  à  rintérieur  de  la  Chine  pour  les  besoins  des  missions  ; 
en  réalité,  cette  concession  ne  visait  que  les  missions  protes- 
tantes. M^""  Anzer  n'en  confia  pas  moins  à  la  Légation  de 
France  le  soin  de  présenter  ses  réclamations.  M.  Lemaire  les 
transmit  immédiatement  au  Tsoung-li  Yamen. 

Dans  sa   réponse    ('i8  janvier    1888)  à  M.    Lemaire,  le 

I.  Lettre  de  ^î.  Lemaire  au  Yamen,  Pé-King,  lo  janvier  1888, 


EFFORTS    DE    L  ITALIE  77 

Yamen  expliquait,  avec  juste  raison,  le  sentiment  qui  avait 
poussé  les  émeutiers  du  Clian-Toung  : 

«  Il  y  avait  d'ailleurs,  un  motif  à  ce  sentiment.  La  Chine, 
en  effet,  croit  et  suit  la  religion  du  Saint  Conlucius,  qu'elle 
vénère  au  plus  haut  point,  et  Yen-tchéou  est  le  lieu  d'origine 
de  Confucius,  le  berceau  de  la  religion  des  Lellrés.  Si  l'on  veut 
élever  une  église  dans  cette  localité,  non  seulement  on  surexci- 
tera par  là  la  colère  des  habitants,  mais  encore,  dans  tout  l'uni- 
vers, les  hommes  qui  ne  manqueront  pas  de  l'apprend ro,  en 
seront  surpris  et  alarmés.  » 

M**'*"  Anzer,  suivant  les  traités,  était  certainement  dans  son 
droit,  mais  était-  il  habile  d''en  user  dans  la  circonstance. 
Summum  jus,  Summa  injuria  ;  pourquoi  froisser  les  Chi- 
nois dans  ce  qu'ils  ont  de  plus  sacré  :  le  respect  de  Confu- 
cius ?  Notre  ministre  n'en  écrivit  pas  moins  une  nouvelle 
lettre  au  Tsoung-li  Yamen^  le  27  mars  1888.  Le  2  juin, 
notre  Ministre  des  Affaires  étrangères  faisait  à  M.  Lemaire 
les  réflexions  suivantes  pleines  de  sagesse  : 

Le  fait  d'avoir  embrassé  une  religion  diirérente  de  celles  que 
pratiquent  la  grande  majorité  de  leurs  compatriotes  ne  délie  en 
aucune  façon  les  catholiques  de  la  Chine  de  la  fidélité  qu'ils 
doivent  à  leur  souverain.  Ceux-ci  demeurent  les  sujets  de 
l'Empereur  au  même  titre  que  les  Bouddhistes,  les  Taoistes,  les 
Musulmans  et  il  n'est  jamais  entré  dans  la  pensée  de  la  France 
d'user  des  prérogatives  que  lui  ont  conférées  ses  traités  avec 
la  Chine  pour  détourner  ses  protégés  de  l'obéissance  qu'ils  doi- 
vent aux  lois  de  leur  pays  et  aux  autorités  chargées  d'en 
assurer  l'exécution.  Notre  intervention  ne  peut  avoir  d'autre 
objet  que  de  veiller  à  l'observation  des  engagements  pris  >is-à- 
\is  de  nous  et  d'obtenir  pour  les  chrétiens  indigènes  le  même 
traitement  que  celui  qui  est  accordé  aux  autres  sujets  de  l'Em- 
pire. 

EFFORTS    DE    l'iTALIE 

L'Italie,    qui  imitait  ou    suivait  rAUemagnc  dans  toute 


78  Le    PROtECTOtlAT    ALLEMAND    DES    lillSSIÔNS 

TafTaire,   négociait  également  de  son  coté  pour  obtenir  la 
protection  des  missionnaires  italiens  : 

Le  29  septembre  1888,  le  minisire  d'Italie  à  Pé-King, 
M.  Ferd.  de  Liica,  résumait  ainsi  une  conversation  qu'il 
avait  eue  la  veille  avec  le  Tsoung-li  Yamen  : 

I**  Los  missionnaires  catholiques  italiens,  munis  des  passe- 
ports à  eux  délivrés,  en  due  forme,  par  la  Légation  d*Italie  en 
Chine,  ont  la  faculté  de  se  rendre  dans  l'intérieur  de  TEmpire 
et  d'y  jouir  do  la  ni^mc  protection  et  des  mêmes  privilèges  que 
ceux  accordés  aux  missionnaires  catholiques  français,  porteurs 
do  passeports  délivrés  par  la  Légation  de  France  ; 

2**  Désormais  on  refusera  le  «  visa  »  des  Autorités  chinoises  aux 
passeports  délivrés,  par  toute  autre  Légation  étrangère  n*étant 
pas  la  Légation  d'Italie,  aux  missionnaires  catholiques  italiens, 
dont  la  nationalité  italienne  est  déclarée  dans  les  passeports. 

Le  ministre  d'Italie  proposa  que  ces  mesures  commencent 
à  être  mises  à  exécution  après  un  délai  suflisant  pour  que 
les  autorités  supérieures  de  Pé-King  puissent  donner  les 
instructions  nécessaires  aux  autorités  de  province,  par  exem- 
ple à  partir  du  i*"'  décembre. 

Le  9  octobre,  le  Yamen  confirmait  les  termes  de  cette 
conversation. 

Le  3  novembre  1888,  le  gouvernement  allemand  faisait 
savoir  à  la  France  qu'il  était  convenu  avec  le  gouvernement 
chinois  que  ce  dernier  n'accorderait  jamais  à  des  sujets  alle- 
mands, y  compris  les  ecclésiastiques,  de  visa  sur  des  passe- 
ports autres  que  des  passeports  allemands.  Le  8  novembre 
1888,  le  gouvernement  iudien  nous  faisait  une  conununica- 
tion  analogue.  Il  était  évident  que  nous  ne  pouvions  empêcher 
le  gouvernement  chinois  de  viser  les  passeports  que  lui  pré- 
senteraient, pour  des  missionnaires  italiens  et  allemands  les 
légations  d'Italie  et  d'Allemagne,  mais  d'après  les  articles  VIII 
et  \1II  du  traité  de  i858,  il  résultait  que  nous  avions  le 
droit  de  demander  au  Tsoung-li  Yamen  qu'il  continue  dans 


ARRANGEMENtS    AiXEMAÎSDà  ^9 

l'avenir,  à  viser  tous  les  passeports  délivrés  à  des  niissioo- 
naires  catholiques  par  le  ministre  de  France,  sans  que  la 
nationalité  de  ces  derniers  [)uisse  être  une  fin  de  non-reccvoir 
en  aucun  cas. 

Le  10  novembre,  le  Prince  K'ing  et  les  membres  du 
Tsoung-li  Yamen,  y  compris  le  marquis  Ts'êng  et  Siu 
Kingtcb'eng,  déclaraient  à  M.  Lemaire,  qu'en  cédant  aux 
pressantes  instances  des  Ministres  d'Allemagne  et  d'Italie, 
ils  avaient  expressément  réservé  qu'ils  continueraient  à  viser 
tous  les  passeports  de  missionnaires  qui  leur  seraient  pré- 
sentés par  la  légation  de  France,  dans  les  mêmes  conditions 
ijue  par  le  passé,  et  à  traiter  avec  nous  les  aflaires  touchant 
les  persoimes  nuinies  de  ces  passeports.  Nous  aurions  donc 
satisfaction  entière,  si  nous  obtenions  de  Home  un  avis  aux 
diverses  Congrégations  de  procéder  comme  elles  l'avaient 
fait  jusqu'alors  pour  l'obtention  des  passeports. 

Si.  écrit  un  diplomate',  au  lendemain  du  conflit  de  i88^-5, 
[le  gouvernement  chinois]  se  montrait  désireux  de  voir  notre 
protectorat  religieux  amoindri  par  un  partage  avec  d'autres 
puissances,  il  est  revenu  aujourd'hui  à  des  idées  plus  conformes 
à  ses  intérêts,  comprenant  que  plus  sera  grand  le  nombre  des 
protecteurs  des  missions,  et  plus  les  questions  religieuses  pourront 
lui  susciter  de  diflicultés  et  de  conflits,  sans  parler  du  danger 
do  voir  un  jour  les  difl*érents  protecteurs  unis  contre  lui  dans 
une  action  conunune.  En  attendant,  le  Tsoung-li  Yamen  n'a- 
il  pas  à  craindre,  tout  d'abord,  que  les  nouveaux  protecteurs, 
se  tenant  pour  obligés  de  prouver  aux  missionnaires  de  leur 
nationalité  l'eflicacilc  d'une  protection  que  ceux-ci  n'ap|)elaient 
|)as,  ne  déploient  pour  les  inlérc'ns  religieux,  —  et  à  ses  dépens, 
—  un  zèle  extraordinaire. 

ARRANGEMENTS    ALLEMANDS 

En  réalité,   il  y  eut   successivement  deux   arrangements 

I.    i3  novembre  1888. 


8o  LE    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

entre  T Allemagne  et  la  Chine  au  sujet  des  missionnaires. 
Dans  le  premier,  le  gouvernement  chinois  déclarait  que  les 
passeports  délivrés  par  les  autorités  allemandes  aux  sujets  de 
TE  m  pire  et  tout  spécialement  aux  missionnaires  catholiques 
donnaient  droit  aux  mêmes  prérogatives  que  celles  réservées  à 
la  nation  la  plus  favorisée  et  que  ces  passeports  auraient,  pour 
celui  qui  en  était  numi,  les  mêmes  avantages  que  les  passeports 
délivrés  par  les  autorités  françaises.  Dans  le  second,  le  gou- 
vernement chinois  s'obligeait  l\  ne  pas  mettre  le  visa  sur  des 
passeports  qui,  délivrés  à  des  sujets  allemands,  l'auraient  été 
par  un  autre  représentant  que  celui  de  rAllemagne. 

Ce  dernier  arrangement  paraissait  contredire  la  promesse 
faite  par  le  ^amen  à  M.  Lemaire,  de  respecter  les  engage- 
ments résultant  de  nos  traités.  Le  Yamen  confirma  à  ce  der- 
nier ses  premières  déclarations  le  1 1  décembre  verbalement 
et  le  i8  par  écrit  malgré  la  pression  exercée  au  Yamen  par  le 
représentant  de  l'Allemagne  le  1 1  et  le  i3  décembre. 

Le  1 6  de  la  11°  lune  (i8  décembre  1888),  le  Yamen 
adressait  une  lettre  à  M.  Lemaire,  dans  laquelle  il  était 
déclaré  : 

Lorscjuc  Votre  Excellence  est  venue  au  Yamen.  le  7  de  la 
dixième  lune  de  cetlc  année  (^=  to  nov.  1888).  Elle  nous  a  dit 
(|iie  les  arrangements  intervenus  entre  nous  et  les  Ministres 
d'Allemagne  et  d'Italie,  relativement  au  visa  des  passeports  qu'ils 
déli>reraienl  à  leurs  nationaux,  ne  sauraient  afl'ecter  en  aucune 
façon,  la  manière  de  procéder  en  usage  jus(|u'à  ce  jour  pour  ce 
qui  regarde  le  visa  à  apposer  par  l'autorité  chinoise  sur  les  pas- 
seports délivrés,  conformément  à  l'article  XIII  du  traité  de  i858. 
par  la  Légation  de  France,  aux  personnes  qui  se  rendent  dans 
l'intérieur  de  la  (!!hine  pour  y  prêcher  la  religion. 

Nous,  —  Prince  et  Ministres,  —  nous  avons  alors  déclaré  que 
tous  les  passeports  qui  seraient  k  l'avenir  délivrés  par  la  Léga- 
tion de  votre  honorable  pays,  dans  les  mêmes  conditions  que 
par  le  passé,  devraient  naturellement  être  visés  par  l'autorité  chi- 
noise compHentc,  à  laquelle  ils  seraient  comme  par  le  passé,  trans- 
mis par  noire  Yamen. 


ARRANGEMENTS    ALLEMANDS  8l 

Le  Tsoung-li  Yamen  n'avait  pas  de  raison  de  modifier  sa 
manière  de  procéder  avec  la  France,  car  il  estimait  que,  si 
TAIIemagne  et  l'Italie  ne  s'en  accommodaient  pas,  c'était  à 
elles  de  s'arranger  pour  que  la  France  ne  délivrât  pas  de 
passeports  à  leurs  nationaux,  soit  en  la  priant  de  ne  plus  le 
faire,  soit  en  interdisant  à  leurs  nationaux  de  s'adresser  à  elle. 

Le  Saint-Siège  demanda  à  M*^*"  Tagliabuc  un  rapport  sur 
la  question  de  l'opportunité  du  maintien  du  protectorat 
unique  des  Missions  catholiques  ;  l'évoque  de  Pé-King 
envoya  à  Rome  (décembre  1888)  un  rapport  concluant  au 
maintien  du  protectorat  de  la  France,  et  h  l'exclusion  de 
tout  autre,  et  le  même  mois  le  Saint-Siège  invita  les  mis- 
sionnaires de  Chine,  par  l'intermédiaire  des  chefs  de  Congré- 
gations résidant  à  Rome,  à  continuer,  comme  par  le  passé, 
de  s'adresser  à  la  Légation  de  France  pour  solliciter  des 
passeports,  et,  en  cas  de  besoin,  pour  demander  protection' 
contre  les  abus  de  pouvoir  des  autorités  locales. 

Le  principe  de  notre  protectorat  étant  sauvegardé,  il  était 
préférable,  en  présence  de  l'insistance  du  gouvernement  alle- 
mand dont  l'ambassadeur  à  Paris  avait  remis  le  i®*"  décembre 
une  nouvelle  note  au  gouvernement  français,  de  ne  pas  recher- 
cher des  occasions  qui  pourraient  faire  naître  des  difficultés. 

D'ailleurs,  étions-nous  bien  sûr  de  la  fermeté  du  Saint- 
Siège  ?  Ne  jouait-il  pas  avec  nous  un  double  jeu  ?  Une  lettre 
malencontreuse  du  cardinal  Simeoai  du  i5  avril  1889  avait 
amené  les  réclamations  de  la  France  auprès  du  cardinal 
Rampolla,  et  le  Préfet  de  la  Propagande  chercha  à  pallier  sa 
bévue  par  la  lettre  suivante  : 

Rome,  le  39  octobre  1889  *. 
Révérendissime  Seigneur, 
Par  la  lettre  que  je  vous  adressais  sous  la  date  du  i5  avril  der- 

I,  Le  cardinal  Simconi,  préfet  do  la  Propagande,  à  M»?"*  Anzer,  vicaire 
a^stolique  du  Chan-Toung  méridional.  Traduction. 

CORDIER.  III.   —   6 


82  LE    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

nier,  je  vous  indiquais  sommairement  la  œnduite  que  vous 
devez  suivre  à  l'égard  du  ministre  d'Allemagne  dans  la  façon  de 
traiter  les  affaires  de  votre  mission.  Maintenant,  je  crois  devoir 
vous  exposer  la  question  d'une  façon  plus  complète.  Apres  la 
conclusion  du  traité  entre  l'Empire  d'Allemagne  et  la  Chine, 
vous  avez  été  avisé,  par  l'entremise  du  Supérieur  du  Séminaire 
de  Steyl,  que  dorénavant  vous  deviez  traiter  avec  le  Ministre 
d'Allemagne  les  questions  relatives  aux  pa^eports  et  aux  affaires 
du  vicariat  en  ce  qui  touche  la  protection  à  vous  assurer. 

Mais  comme,  peu  de  temps  après,  T Ambassadeur  de  la  Répu- 
blique française  a  porté  à  la  connaissance  de  la  Sacrée  Congréga- 
tion do  la  Propagande  que  le  gouvernement  chinois,  même 
après  la  conclusion  du  traité  avec  l'Allemagne,  s'était  engagé  à 
observer  tous  les  engagements  relatifs  aux  missionnaires  qu'il 
avait  contractés,  auxtermesdes  traités  existants,  envers  les  repré- 
sentants de  la  République,  en  ce  qui  concerne  soit  les  passeports, 
soit  la  protection  des  missionnaires,  j'ai  eu  soin  de  vous  faire  sa- 
voir, par  l'entremise  du  même  Supérieur  de  Steyl,  que  vous 
pouviez  traiter  ces  mémos  affaires  auprès  de  la  Légation  de 
France,  et  continuer  à  réclamer  sa  protection  dans  vos  besoins. 
J'ai  tenu  à  vous  conlirmer  d'une  façon  plus  précise,  ces  instruc- 
tions, afin  que  vous  ne  perdiez  pas  de  vue  les  princip>es  qui 
devront  inspirer  votre  conduite  dans  les  circonstances  difficiles  au 
milieu  descjuelles  vous  vous  trouvez. 


M.    DE    LUCA    ET    LE    PRINCE    DI    CARLA.TI 

Le  ministre  d'Italie  de  son  côté  communiquait  aux  mis- 
sionnaires italiens  que  le  1 9  novembre  et  le  22  décembre  1888, 
un  accord  était  intervenu  entre  Tltalic  et  la  Chine  par  lequel 
ils  étaient  désormais  placés  sous  le  protectorat  de  la  Légation 
du  roi  Humbcrt.  A  la  communication  de  M.  de  Luca,  qui 
renfermait  une  partie  comminatoire,  les  évoques  italiens  se 
bornèrent  à  faire  connaître  au  Ministre  d'Italie  qu'ils  pren- 
draient au  sujet  de  la  mise  en  demeure  qui  leur  était  adres- 
sée, les  instructions  du  Saint-Siège. 

La  Légation  d'Italie  ne  se  tint  pas  pour  battue. 

Le  Prince  di  Cariati,  chargé  d'affaires  d'Italie  en  Chine, 


LE    PROTECTORAT    ALLEMAND  83 

adressa  de  Pé-King,  le  lo  décembre  1889,  une  nouvelle  cir- 
culaire aux  évêques  italiens  de  Chine  pour  les  avertir  que 
suivant  les  instructions  qu'il  avait  reçues  de  Rome  du  Mi- 
nistère des  Affaires  étrangères,  il  leur  envoyait  un  dernier 
avertissement  pour  qu'ils  tiennent  compte  des  désirs  du  gou- 
vernement italien. 

Quelques  évêques,  seulement,  répondirent  par  un  simple 
accusé  de  réception  et  d'autres  par  un  «  non  possumus  » 
nettement  accentué. 

La  Congrégation  de  la  Propagande  faisait,  par  une  lettre 
en  date  du  11  février  1890,  de  M«'  J.  T.  Raimondi,  vicaire 
apostolique  de  Hong  Kong,  ce  qui  dut  ôtrc  désagréable  à  ce- 
prélat,  enjoindre  aux  prélats  italiens  de  se  maintenir  «  reli- 
Qieusement  »  sous  la  protection  française  et  de  repousser  la 
protection  des  autorités  diplomatiques  et  consulaires  ita- 
liennes, môme  si  la  nôtre  venait  à  leur  manquer. 

Après  l'insuccès  de  la  circulaire  du  prince  di  Caria ti,  le 
gouvernement  italien  cessa  de  payer  la  pension  que  quelques- 
uns  des  religieux,  ses  nationaux,  touchaient  comme  ayant 
appartenu  aux  communautés  dispersées  après  le  20  sep- 
tembre 1870. 

Cependant  le  Saint-Siège  avait  fléchi  ;  il  laissa  à  M^*"  Anzer 
le  choix  de  choisir  son  protecteur.  Au  mois  de  juin  1890,  le 
ministre  allemand  appela  en  conséquence  ce  dernier  à  Pé- 
King,  l'intimida  et  l'obligea  d'accepter  six  passeports  datés 
du  21  novembre  1889  pour  des  missionnaires  allemands 
arrivés  Thiver  précédent  et  munis  de  passeports  français 
datés  du  i^''  avril  1890. 

LE    PROTECTORAT    ALLEMAND 

M'*"  Anzer  fit  visite  à  M.  Lemaire  le  22  juin  1890,  le  jour 
même  de  son  entrevue  avec  M.  de  Brandt,  et  lui  apprit  qu'il 
avait  reçu  du  cardinal  Simeoni  et  du  supérieur  général  de  sa 


84  l'R    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

mission,  Tavis  qu'il  avait  été  décidé  que  ce  serait  à  lui 
d'opter  sans  délai  et  définitivement  entre  la  protection  fran- 
çaise sous  laquelle  il  était  placé  et  demeuré  jusqu'à  ce  jour 
et  celle  de  la  légation  d'Allemagne.  Le  cardinal  Simeoni, 
préfet  de  la  Propagande,  avait  avisé  M.  de  Brandt  de  la 
liberté  donnée  à  M'^''  Anzer,  mais  il  s'élait  bien  gardé  de  pré- 
venir M.  Lemaire.  Il  y  eut  î\  cette  époque  une  singulière 
défaillance  de  notre  diplomatie.  M.  de  Brandt  agissait  avec 
la  plus  entière,  je  dirai  même  a^ecla  plus  brutale  franchise  et 
il  déclarait  que  TAllemagnc  regardait  cette  protection  comme 
une  nécessité  de  la  politicpic  qu'elle  ^oulait  suivre  en  Extrême- 
Orient,  politique  qu'il  ne  serait  permis  à  aucun  sujet  alle- 
mand de  contrarier,  aux  exigences  de  laquelle  chacun  d'eux 
devait  patriotiquement  se  prêter. 

M*'''  Anzer  en  quittant  Pé-King  écrivit  officiellement  le  aS 
juin  1890  au  ministre  de  France  :  «  Devant  les  instances 
répétées  de  mes  supérieurs,  je  suis  prêt  à  accepter  les  nou- 
veaux protecteurs,  mais  je  pars  pour  Home  afin  de  connaître 
les  derniers  ordres  du  Souverain  Pontife  et  de  mon  supérieur 
général.  »  La  lettre  portait  ([u'il  considérait  le  protectorat 
français  «  comme  le  plus  edlcace  »  et  il  laissait  entendre 
clairement  qu'il  avait  encore  espoir  de  le  conserver. 

Les  missions  allemandes  étaient  perdues  pour  nous,  et  une 
brèche,  qui  pouvait  s'agrandir,  était  irrémédiablement  ou- 
verte dans  le  protectorat  que  nous  exercions  sur  toutes  les 
missions  catholiques  de  l'Extrême-Orient. 

M*^*"  Anzer  partit  pour  l'Europe  au  commencement  de 
septembre  1890,  muni  d'une  lettre  de  Li  Iloung-tchang  pour 
le  cardinal  KampoUa  dans  laquelle  le  vice-roi  exprimait  le 
regret  que  M.  Favier  n'eut  pas  été  nommé  évêque  de  Pé- 
King  et  entretenait  le  secrétaire  d'État  de  questions  relatives 
aux  missions  en  Chine. 

Le  2Î4  novembre  1890,  M*^*"  Anzer  écrivait  de  Berlin  à 
M.  Lemaire  qui  reçut  la  lettre  à  Paris  où  il  était  en  congé: 


LK    PROTKCTORAT    ALLEMAND  85 

Votre»  Kxccllcncc  sait  Ircs  bien,  que  pendant  mon  long  sé- 
jour en  Chine,  je  n'ai  pas  seulement  recherché  la  Protection  de 
la  France,  et  des  passeports  français,  pour  moi  aussi  bien  (|uc 
pour  mes  missionnaires  ;  —  mais  que  j'ai  aussi  résisté  aux  ten- 
tatives réitérées  de  me  faire  détacher  delà  France,  surtout  dans 
les  deux  dernières  années. 

Mais  les  circonstances,  dans  les  derniers  temps,  se  sont  formées 
malheureusement  de  la  sorte,  que  j'étais  forcé  de  prendre,  du 
moins  pour  le  moment,  des  passe|K)rts  allemands  et  de  me  mettre 
sous  la  protection  de  l'Allemagne. 

A  la  fin  de  1890,  le  baron  de  SeckendorlT,  consul  à  Tien- 
Tsin,  était  invité  à  se  rendre  dans  le  Chan-Toung  pour 
demander  Tinstallation  à  Yen-lchéou  des  missionnaires 
allemands  et  mettre  ceux-ci  en  rapport  avec  les  autorités 
locales.  Il  quitta  Pé-King  le  3i  décembre  1890,  au  matin, 
pour  se  rendre  directement  à  Tsi-nan.  A  la  capitale  de 
la  province,  Tsi-nan,  le  gouverneur,  Tchang-Yao,  refuse 
deux  fois  de  le  recevoir;  M.  de  SeckendorlT  force  à  cheval  la 
porte  du  gouverneur  ;  un  passeport  lui  est  porté  sans  carte 
par  un  coolie.  De  Tsi-nan,  il  se  rend  à  Taï-ngan  tchéou, 
puisa  Yen-tchéou  où  il  arrive  le  iS  janvier  1891  (i3  de  la 
lune  chinoise)  ;  des  affiches  couvrent  les  murs  de  la  ville  : 
«  Le  i5  (de  la  lune)  que  les  gens  de  la  ville  et  des  campa- 
gnes se  réunissent  pour  metlre  à  mort  Tétranger  !  »  Le  2/1, 
il  va  à  Kiou-Fou,  visite  le  temple  de  Confucius  et  revient  à 
Yen-tchéou  à  cheval,  dans  Taprès-midi  ;  il  est  insulte  et 
rémeute  n'est  apaisée  que  par  les  efforts  des  lettrés.  Enfin 
M.  de  Seckendorfl'parvient  à  Tsi-ning  tchéou  le  soir  du  25 
janvier  1891,  après  avoir  couru  les  plus  grands  dangers. 

Le  préfet  de  Yen-tchéou  est  appelé  à  Pé-King,  entendu  et 
réinstallé  dans  son  poste,  avec  avancement,  malgré  la 
demande  de  T Allemagne  qu'il  fût  dégradé. 

Le  23  octobre  1890,  M'^'Anzer  avait  reçu  du  Pape  Favis 
officiel  qu'il  était  libre  de  choisir  sa  protection  en  Chine.  A 
la  suite  de  cette  communication,  l'évoque  fut  appelé  à  Vienne 


86  LE    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

par  le  directeur  de  la  succursale  de  sa  congrégation,  et  à 
Berlin  par  des  questions  qui  intéressaient  sa  mission,  mais 
il  prit  le  parti  de  se  rendre  tout  d'abord  à  Paris  et  se  mit  en 
route  le  24  octobre.  Notre  chargé  d'affaires  à  Rome,  M.  de 
Monbel,  lui  suggéra  de  se  mettre  en  rapport  avec  le  cardinal 
Lavigerie  et  à  lui  faire  connaître  sans  détours  toutes  les  phases 
qu'avait  subies  la  question  chinoise  depuis  son  début,  et 
surtout  les  raisons  motivées  de  la  résistance  des  missionnaires 
allemands  aux  ordres  pressants  venus  de  Rome  pour  leur 
faire  accepter  la  protection  du  ministre  de  Prusse  à  Pé-King. 

Le  Saint-Siège  expliquait  ainsi  son  attitude.  11  avait 
entendu  et  entendait,  ainsi  qu'il  ressortissait  des  indications 
fournies  par  le  cardinal  Rampolla  h  notre  ambassadeur 
(février  1891),  continuer  de  rester  passif  vis-à-vis  de  l'Alle- 
magne, ne  voulant  pas  favoriser  les  calculs  de  la  diplomatie 
prussienne,  mais  ne  croyant  pas  pouvoir  engager  à  cette 
occasion  un  conflit  avec  le  cabinet  de  Berlin. 

Au  commencement  de  janvier  1891,  le  ministre  de 
Bavière*,  le  baron  de  Cetto,  était  venu  au  nom  de  son  gou- 
vernement notifier  au  cardinal  Rampolla  le  désir  du  cabinet 
de  Munich  de  voir  les  missionnaires  allemands  placés  sous  la 
protection  du  représentant  de  l'Empire  d'Allemagne  en 
Chine. 

HIÉRARCHIE    RELIGIEUSE 

Quand  M^*"  Anzer  retourna  en  Chine,  il  élait  porteur  d'une 
lettre  du  cardinal  Rampolla  à  Li  Uoung-tchang,  portant  les 
condoléances  du  Saint-Siège  à  la  Cour  impériale  à  l'occasion 
de  la  mort  du  Septième  Prince.  Toutefois,  cette  lettre  de  cour- 
toisie cachait  un  projet  dirigé  contre  la  France  ;  son  sixième 
et  dernier  paragraphe    recommandait    vivement  h  la  plus 

I.   Mk''  Anzer  était  à  Munich  on  janvier  1891. 


niKRAnCHlR    REMGIF.L'SR.  8" 

sérieuse  attention  du  vice-roi  du  Tclié-li  une  alTaire  que 
M***  Anzer  était  chargé  de  lui  exposer.  Le  vrai  but  de  la  mis- 
sion du  prélat  allemand  auprès  de  Li  était  de  s'assurer  si  la 
mesure  que  se  proposerait  de  prendre  Léon  XIII,  au  sujet 
de  rétablissement,  en  Chine,  d'une  hiérarchie  ecclésiastique, 
serait  favorablement  accueillie  par  le  gouvernement  chinois. 
M.  Favier  serait  le  délégué  apostolique  ;  il  est  juste  de  dire, 
toutefois,  qu'il  n'était  question  dans  la  lettre  du  cardinal 
Rampolla  ni  de  nonce,  ni  de  délégué  apostolique,  ni  de  pro- 
tectorat. 

Li  remarqua  qu'il  s'agissait  d'une  affaire  purement  reli- 
gieuse ;  il  fil  observer  que  point  n'était  besoin  du  consente- 
ment de  la  Chine  pour  donner  suile  au  projet  du  Saint- 
Siège  ;  il  ajouta  que  les  archevêques  ne  pourraient  traiter  avec 
le  Tsoung-li  Yamen  et  qu'ils  auraient  avec  les  autorités 
locales  les  mêmes  relations  que  les  évoques  actuels. 

M""  Anzer,  après  son  entre\ue  h  Tien-ïsin  avec  Li,  arriva 
àPé-King,  le  1 8  juillet  1891,  et  rendit  visite  à  notre  charge 
d'affaires,  M.  Ristelhueber.  Le  2*2,  le  ministre  d'Allemagne 
conduisait  le  vicaire  apostolique  du  Chan  Toung  au  Tsoung- 
li  Yamen  et  le  présentait  au  prince  K'ing  et  à  ses  collègues  ; 
le  lendemain  M''''  Anzer  repartait  pour  Tien-Tsin. 

xMais  l'évéque  allemand  avait  trop  parlé  au  sujet  de  la  hié- 
rarchie ;  il  ne  réussit  pas  dans  sa  mission  et  n'obtint  même 
pas  une  réponse  pour  Home  de  Li  qui,  cependant,  avait  été 
le  promoteur  des  négociations,  en  proposant  au  Vatican,  à 
l'insu  de  la  France,  à  la  fin  de  1S90,  de  conclure  un  arran- 
gement destiné  à  régler  la  position  des  chrétiens  en  Chine. 
On  juge  du  mécontentement  du  Vatican  ;  le  cardinal  Ram- 
polla (août  189 1)  invita  M'''  Ferrata  h  déclarer  qu'il  n'y 
avait  aucune  négociation  entre  le  Yamen  et  le  Saint-Siège  au 
sujet  d'une  hiérarchie  et  que  «  la  chancellerie  pontificale  ne 
se  prêtera  contre  le  protectorat  religieux  de  la  France  à 
aucune  des  manœuvres  imaginées  en  vue  de  nous  nuire  » . 


88  LE    PROTECTORAT    ALLEMAND    DES    MISSIONS 

C'était  jouer  avec  les  mots  et  avec  les  faits. 

Le  Saint-Siège  qui  avait  déjà  divisé  la  Chine  en  cinq 
régions  *  pour  donner  plus  d'unité  à  la  direction  des  missions 
avait,  un  instant,  eu  l'idée  de  profiler  des  bonnes  disposi- 
tions du  vice-roi  pour  établir  immédiatement  la  hiérarchie 
religieuse  par  des  archevêques  ou  du  moins  pour  créer  deux 
provinces  ecclésiastiques  avec  Pé-King  et  Nan-King,  comme 
métropoles.  En  octobre  1891,  à  la  suite  des  émeutes  contre 
les  chrétiens,  le  Saint-Père  songea  môme  à  envoyer  à  Pé- 
King  un  délégué,  non  revêtu  du  caractère  diplomatique, 
chargé  de  porter  des  cadeaux  et  une  lettre  à  l'Empereur. 

Le  Pape  en  envoyant  à  Pé-King  un  prélat  chargé  d'une 
lettre  pour  l'Empereur  désirait  montrer  qu'il  ne  restait  pas 
insensible  aux  dangers  qui  menaçaient  les  catholiques  en 
Chine  ;  les  puissances  européennes  ne  paraissaient  pas  en 
mesure  d'assurer  la  sécurité  des  missions  ;  quant  aux  indi- 
gènes convertis  au  catholicisme  le  protectorat  de  la  France 
ne  s'étendait  pas  sur  eux  ;  la  Chine  ne  l'avait  jamais  reconnu 
et  jamais  la  France  ne  recourrait  à  la  force  pour  affirmer  ce 
protectorat.  Le  gouvernement  chinois  avait  manifesté  depuis 
longtemps  le  désir  d'entrer  avec  le  Saint-Siège  en  relation 
pour  arriver  à  un  arrangement  concernant  les  catholiques  en 
Chine  ;  l'autorité  des  évèques  serait  augmentée  ;  on  accorde- 
rait des  garanties  aux  Chinois  convertis;  enfin  le  Saint  Siège 
aurait  un  représentant  à  Pé-King  ;  le  gouvernement  chinois 
désirait  que  celte  négociation  eût  lieu  en  dehors  du  gouver- 
nement français.  Le  Saint  Siège  s'y  refusa  et  depuis  le  gou- 
vernement chinois  consentit  à  ce  que  le  Pape  entretînt  la 
France  de  ce  projet  d'arrangement.  Nous  ne  pouvions  accep- 
ter les  vues  ni  du  Saint  Siège,  ni  de  la  Chine  ;  l'envoi  d'un 


I.  Le  Pape  approuve  le  27  avril  1879  ""°  résolution  de  la  S.  Congré- 
gation de  la  Propagande,  partageant  en  cinq  régions  toutes  les  missions 
de  la  Chine. 


HIKRAnr.llIK    RKMr.lKUSR  89 

lépat  serait  cerlainomcnt  iiUcrprrU''  coiiinie  défavorahlc  au 
protectorat  de  la  France,  déjà  ébranlé  par  rAllcnia^ne. 

Enfin,  en  novembre  1N91,  le  Sainl  Père  ren<»n(;a  à  son 
projet  d'envoyer  en  Chine  un  prélat  chargé  d'nne  lettre  p(nir 
TEmperenr  et,  en  ce  qui  concernait  Tavcnir,  il  déclara  à 
notre  ambassadeur,  le  cornle  Lefebvre  de  Béhîiine,  qu'il  était 
résolu  à  ne  rien  faire  que  de  concert  avec  nous  et  à  la  suite 
d'arrangements,  qui  feraient  Tobjet  de  stipulations  écrites 
entre  le  gouvernement  de  la  Uépubliqueet  le  Saint  Siège. 

Nous  avions  paré  ce  nouveau  coup. 


CHAF^TRE  VI 
LES  TÉLÉGRAPHES 

Les  lignes  télégraphiques  maritimes^  avaient  été  établies 
par  la  Compagnie  danoise  «  Great  Northern  Telcgraph  ^  ». 
Les  Danois,  malgré  le  monopole  qui  leur  avait  été  concédé 
par  les  Chinois,  trouvèrent,  en  i883,  des  concurrenis  dans 
la  Compagnie  anglaise  «  Eastcrn  Extension  Telegraph  Co.  » 
qui  relia  les  cables  sous-marins  de  llong-kong  avec  Amoy, 
Sharp  Peak,  près  Fou-lchéou,  et  Chang-IIaï  ;  celle  der- 
nière société  posa  également  le  câble  entre  «  Saddle  Islands  » 
et  Porl  llamilton,  lorsque  ce  point  fut  occupé  en  i885  par 
l'Angleterre^.  Les  deux  Compagnies  rivales,  après  entente 
avec  le  Tsoung-li  Yamen  et  les  représentants  de  l'Angle- 
terre et  du  Danemark  à  Pé  King,  conclurent  un  acc<)rd.  Le 
II  août  1887,  une  convention  pour  seize  ans  avait  été 
signée  à  Tché-fou  entre  la  Chine  et  la  Great  Northern  Tele- 
graph Co.  ;  la  date  de  igoS  est  aussi  la  date  de  la  lin  du 
privilège  de  VEastern  Extension  Telcgraph  Co. 

CONVENTION    FRANÇAISE,     l'"*"    DÉCEMBRE     1888 

L'occupation  du  Tong-King  par  la  France  devait  amener 
le  raccorde-menl  dos  lignes  télégraphiques  de  ce   pays  avec 

I.  Voir  sur  les  lignos  terrestres.  H,  ai,  note. 
3.  Il,  p.  ai. 

3.  in,  p.  3. 


ARTICLE    ADDITIONNEL  QI 

les  lignes  télégraphiques  chinoises.  Une  convention  '  en  douze 
articles  fut  signée  à  cet  effet  par  M.  P.  Uislelhueber  et 
Cheng  Shuen-houi  à  Tché-fou,  le  i*^""  décembre  1888  Qi8^ 
jour,  10*  lune,  i^**  année  Kouang-Siu).  L'article  11  marque 
que  les  raccordements  seront  établis  : 

A.  —  Entre  la  station  française  de  Dong-dang  an  Tong-King 
et  la  station  chinoise  de  Tchcun  Nan  Rouan,  dans  la  province  de 
Kouang-Si. 

B.  —  Entre  la  station  française  de  Monkay  au  Tong-King  et 
la  station  chinoise  de  Tong-hing.  dans  la  province  de  Kouang- 
Toung. 

C.  —  Entre  la  station  française  de  Laokay  au  Tong-King 
et  la  station  chinoise  de  Mong-tscu,  dans  la  province  de  Yun- 
Nan. 

Il  élaildécidé  qu'aussitôt  que  la  présente  convention  aurait 
reçu  l'approbation  du  gouvernement  chinois,  il  serait  pro- 
cédé au  raccordement  entre  Dong-dang  et  Tcheun  Nan 
Kouan  ;  le  raccordement  entre  Monkay  et  Tong-hing d'une 
part  et  Laokay  et  Mong-tscu  d'autre  part,  serait  établi  dans 
le  délai  de  dix-huit  mois  après  que  ladite  approbation  aurait 
été  donnée. 


ARTICLE    ADDITIONNEL,     20    JUIN     iSgS 

L'article  6  de  la  Convention  complémentaire  du  20  juin 
1895  renfermait  la  clause  suivante  : 

L'article  2  de  la  Convention  télégraphique  entre  la  France  et  la 
Chine,  signée  à  Tché-fou,  le  i""  décembre  1888,  est  complété 
ainsi  qu'il  suit  : 

D.  —  Un  raccordement  sera  établi  entre  la  préfecture  secon- 
daire de  Sse-niao  et  l'Annain  par  deux  stations,  qui  seront  Sse- 


I.  Voir  le  texte  dans  le  Journal  officiel,  du  i5  mai  1890  et  dans  le 
recueil  de  Hertslet,  I,  ao^-aii. 


92  LES    TÉLÉGRAPHES 

iiiao,  en  Chine,  et  Miioiig-ha-hin  (Muong-ngay-neua),  placé  eu 
Annam  à  mi-chemin  de  Lai-chau  et  de  Luang-prabang. 

Les  tarifs  seront  fixés  conformément  à  l'article  G  de  la  Con- 
vention télégraphique  de  Tché-fou. 

M.  Bons  d^\nty,  notre  consul  à  Sse-mao,  pouvait,  le 
i5  février  1897,  prévenir  M.  Hanotaux,  ministre  des  affaires 
étrangères,  que  la  ligne  télégraphique  du  Yun-Nan  venait 
d'être  prolongée  jusqu'à  Sse-mao  et  que  les  travaux  étaient 
activement  poursuivis  vers  le  Sud,  dans  la  direction  de  la 
frontière  sino-annamite,  en  vue  de  rattacher,  conformément 
à  l'article  6  de  la  Convention  du  20  juin  1895,  le  réseau  de 
la  Chine  méridionale  au  réseau  du  Laos  français  *. 

CONVENTION    RUSSE,     l3-25    AOUT    1892 

Dès  1805,  la  Russie  avait  invité  la  Chine  à  établir  une 
ligne  télégraphique  de  Tien-Tsin  à  Kiakhta  ;  les  Chinois 
avaient  décliné  celte  offre. 

Le  comte  Cassini  profita  des  loisirs  forcés  que  lui  laissait 
la  question  de  rfiudience,  restée  en  suspens,  pour  négocier 
à  son  tour  les  conditions  du  raccordement  des  lignes  télé- 
graphiques russes  et  chinoises.  11  signa  avec  Li  Houng- 
Ichang,  a  Tien-tsin,  le  i3  août  (V  jour,  7"  lune,  18®  année 
Kouang-Siu),  25  août  1892,  une  convention  en  dix  articles, 
qui  fut  ratifiée  par  Tempereurdc  Russie  le  22  décembre  1892- 
3  janvier  1893^. 

Le  comte  Cassini,  muni  de  pouvoirs  spéciaux,  signa,  auto- 
risé par  un  décret  impérial,  cette  convention  importante  sous 
le  titre  de  :  Traité  entre  la  Russie  et  la  Chine  pour  la  jonc- 
tion des  lignes  télégraphiques  sur  leurs  frontières.  Cette  con- 


I.   lÀvre  jaune,  Chine,  iSQ'i-i^yS,  p.  3o. 

3.  Voir  le  texte  dans  le  recueil  de  llerlslet,   1,   3Gu-3(33  ;    on   anglais 
dans  le  North-China  Heratd,  'JO  nov.  1892  cl  9  déc.  1892. 


CONVENTION    RUSSE  98 

vcnlion,  conclue  pour  dix  «nns,  devait  expirer  leSi  décembre 
190'i. 

Voici,  suivant  un  résident  bien  informé  de  Tien-Tsin,  quelles 
en  étaient  les  principales  clauses  : 

L'article  3  détermine  les  points  dejonclionqui  sont  :  i^àTesl  de 
la  Mandchourie,  Iloun-tcliouen  et  Possiett  (Novokievsk)  se  reliant 
ù  Vladivostock  cl  séparés  seulement  par  une  quinzaine  de  kilo- 
mètres; 2**  au  nord  de  la  Mandchourie,  IIelam|K)  (Aïgoun)  et 
Blagovietschcnsk,  séparés  sculoment  par  le  fleuve  Amour:  3**  à 
travers  la  Mongolie,  Péking  et  Kiakbta.  (](*t  article  2  stipule,  en 
outre,  que  la  jonction  se  fera  aussi  à  tous  les  points  terminus 
que  les  deux  Puissances  trouveront  avantageux  de  relier  '. 

Art.   3.   —  La  jonction  |)ar  lloun-tcliouen   et  Possiett  sera 
faite    aussitôt  la  signature   du    traité:    celle    par    Helampo    et. 
Blagovietschcnsk,  aussitôt  que  \v  cAhIe  aura  été  mouillé  dans  le 
fleuve  Amour,  et  au  plus  tard  dans  un  délai  de  six  mois.  Un  dé- 
lai de  cinq  ans  est  fixé  pour  la  jonction  entre  Péking  et  Kiakhta. 

Art.  4.  —  Les  cAhles  sont  la  propriété  exclusive  des  deux 
Puissances  sur  le  territoire  desquelles  ils  seront  posés,  entretenus 
par  elles,  et  ne  pourront  en  aucun  cas  empiéter  sur  le  territoire 
de  l'autre  Puissance.  Le  cAhlc  fluvial  à  travers  l'Amour  sera  la 
propriété  des  deux  Puissances  et  établi  à  frais  communs. 

Art.  5.  —  Tout  ce  qui  concerne  la  transmission  et  la  récep- 
tion des  dépêches  sera  soumis  aux  règlements  de  V Union  léléyra- 
phujue,  et  ceux  actuellement  en  vigueur  pour  les  câbles  sous- 
marins  entre  la  Chine  et  la  Russie  seront  également  appliques 
aux  lignes  terrestres. 

Art.  6.  —  La  Russie  et  la  Chine  étant  possesseurs  de  leurs 
lignes  jusqu'à  la  frontière,  peuvent  établir  les  tarifs  à  leur  con- 
venance, chacune  sur  son  propre  territoire,  mais,  il  est  convenu 
que,  pendant  la  durée  du  présent  traité,  aucune  des  Parties 
contractantes  ne  pourra  modifier  le  tarif  adopté  dans  l'article  7. 

Art.  7.  —  L'article  7  fixe  le  tarif  par  mots. 

La  Russie  reçoit  par  mot  : 

—  entre  la  Russie  d'Asie  et  la  Chiner  i  fr.  78: 


I.  Un  des  points  non  désignés  parla  Convention  et  qui  devait  c^'trc  relié 
un  des  premiers  était  Kouldja  ;  la  ligne  qui  s'arrêtait  à  l'Ouest  -de  Sou- 
tchéou,  du  kan-Sou,  était  reprise  dès  1892. 


94  l'EIS    TÉLÉGRAPHES 

—  entre  la  Russie  d*Europe  (y  compris  le  Caucase)  et  la 
Chine  =  2  fr.  78  ; 

—  sur  les  télégrammes  en  transit  entre  l'Europe,  ou  au-delà 
et  les  pays  au-delà  de  la  Chine  (tels  que  le  Japon)  =  5  fr.  5o. 

La  Chine  reçoit  par  mot  : 

—  télégrammes  entre  un  point  quelconque  de  la  Chine  et  de 
la  Russie  (Russie  d'Asie  et  d'Europe)  ou  réciproquement 
=  2  francs. 

—  télégrammes  de  ou  pour  tous  les  autres  pays  d'Europe 
ou  au-delà  =  5  fr.  5o  ;  mais,  sur  cette  dernière  somme,  la 
Chine  devra  payer  la  part  afférente  aux  différentes  lignes  eu- 
ropéennes (autres  que  celles  de  Russie),  qui  auront  transmis  le 
télégramme  conformément  aux  règlements  de  l'Union  télégra- 
phique. 

Le  tarif  des  télégrammes,  par  voie  terrestre,  pour  ou  de  Hong- 
kong, Aînoy,  Fou-tchéou,  Chang-Haï  et  autres  points  où  les 
Compagnies  de  càhles  sous-marins  ont  des  hureaux,  ne  pourra 
être  inférieur  à  celui  de  la  «  Great  Northern  Co.  »  (Compagnie 
danoise). 

Si  les  compagnies  de  câhles  sous-marins  venaient  plus  tard,  à 
réduire  leurs  tarifs  entre  l'Europe  et  IIong-Kong,  Amoy,  Fou- 
tchéou.  Chang-Haï  et  autres  hureaux  maritimes,  la  Chine  pour- 
rail  immédiatomcnl  réduire  ses  tarifs  pro|>ortionneHenient  pour 
les  mornes  télégrammes.  Il  est  stipule,  en  outre,  que  ce  traité  est 
fait  honà  lide,  ce  qui  signifie  que  toute  retransmission  de  télé- 
grammes sera  considérée  comme  conlrehandc.  Ceci  vise  surtout 
la  «  Desmond  Agency  ».  qui  recevait,  soit  en  Chine,  soit  en 
Russie,  dos  télégrammes  qui  étaient  expédiés  aux  points  terminus 
russe  et  chinois  et  de  là  retransmis  par  ses  soins  sur  les  lignes  chi- 
noises ou  russes.  La  «  Dosinond  Agoncy  »  faisait  ainsi  un  service 
télégraphique  à  prix  réduit. 

Los  valeurs  rolativos  du  dollar  et  du  taël  sont  également  fixées, 
colle  du  dollar  à  francs  4.25  et  celle  du  taël  à  100  dollars  pour 
70  hong-ping  taels. 

En  résumé,  le  tarif  pour  la  voie  de  terre  est  maintenu,  sauf 
pour  la  Russie,  au  taux  des  télégrammes  expédiés  par  les  câhles 
sous-marins.  Seules,  les  localités  do  l'intérieur,  telles  que  Pé- 
King,  Tieii-Tsiii  et  autres  points  où  les  câhles  sous-marins 
n'atterrissent  pas.  jouiront  d'une  réduction  de  tarif  pro{K)rtion- 
nollo  à  co  que  coulait  la  transmission  du  télégramme  par  câhle 
intérieur  chinois  de  cette  localité  au  bureau  terminus  des  câbles 


CONVENTION    RUSSE  qS 

sous-marins.  Celte  réduction  sera  généralement  de  3o  à  /io  cents 
de  dollar,  c'est-à-dire  de  frcs.  i.5o  à  frcs.  3.00. 

La  grande  préoccupation  de  la  Russie,  dans  ce  traité,  a  été  de 
s'assurer  pour  elle  seule  un  tarif  réduit,  puisqu'elle  n'aura  à 
payer  aux  lignes  chinoises,  pour  les  télégrammes  du  Gouverne- 
ment, que  la  somme  de  fr.  2  par  mot  pour  un  télégramme  d'un 
point  quelconque  de  la  Russie  d'Europe  ou  d'Asie  à  un  point 
quelconque  de  l'Empire  chinois. 

Le  commerce  russe  y  trouvera  aussi  un  avantage  considérable 
et  exclusif:  un  télégranune  privé  échangé  entre  la  Russie  et  la 
Chine  coûtera  3  fr.  73  entre  la  Russie  d'Asie  et  /»  fr.  73  entre  la 
Russie  d'Europe  et  la  Chine,  tandis  que,  par  les  câbles  sous- 
marins,  les  mômes  télégrammes  pour  les  sujets  des  autres  Puis- 
sances coûtent  Dol.  2,  soit  8  fr.  5o,  et  qu'un  tarif  identique  sera 
maintenu  par  la  ligne  terrestre.  • 

La  Russie  a  eu  aussi  en  vue  de  protéger  d'une  façon  spéciale 
la  «  Greal  Northern  Co.  »,  ou  Compagnie  danoise,  dont  les 
câbles  vont  de  Chang-Haï  au  Japon  et  à  Vladivostock  ;  les  Cours 
de  Copenhague  et  de  Sl-Pétersbourg  ayant  des  intérêts  considé- 
rables engagés  dans  cette  compagnie  danoise,  la  Russie  n'a  pas 
voulu  lui  faire  concurrence. 

La  conclusion  définitive  de  ce  traité  est  un  succès  marqué  pour 
la  diplomatie  russe,  et  il  ne  faut  pas  s'étonner  que  le  commerce 
européen,  dont  les  intérêts  ont  été  mis  de  côté,  et  la  presse  an- 
glaise de  l'Extrôme-Orient,  qui  les  représente,  apprécient  cette 
convention  télégraphique  dans  les  termes  les  plus  sévères  et  avec 
une  irritation  qu'on  ne  prend  pas  môme  la  peine  de  dissinm- 
1er  ». 

Sir  John  Walsham,  le  Ministre  anglais,  qui  n'a  pas  le  don 
d'être  persona  grata  auprès  de  ses  nationaux,  est  môme  accusé  par 
la  presse  de  (]hang-Haï  d'avoir  refusé  d'intervenir  sous  prétexte 
que  les  intérêts  de  1*  a  Eastern  Extension  Telegraph  Co.  » 
(Compagnie  anglaise)  étaient  protégés  au  môme  titre  que  ceux 
de  la  Compagnie  danoise. 

Quant  à  la  Chine,  on  ne  voit  pas  clairement  quel  peut  être 
son  bénéfice  immédiat,  car  on  évalue  que  Oo  000  mots  seule- 
ment passeront  par  la  ligne  terrestre  russo-chinoise,  alors  que 


I.  Voir  une  lettre  signée   «  Anli-Monopoly  »   dans  le   North- China 
Herald^  du  a5  novembre  189 j. 


96  LES    TÉLÉGRAPHES 

a  millions  de  mots  seronl  encore  transmis  par  les  câbles  sous- 
marins. 

Aussi  on  dit  sans  mystère  que  Cheng  Tao-taï,  le  signataire  et 
le  protecteur  de  cette  convention,  y  trouve  des  avantages  pécu- 
niaires personnels  considérables. 


CONVENTION    ANGLAISE,    6    SEPTEMBRE    1894 

Les  Anglais,  à  leur  tour,  se  décidèrent  k  effectuer  le  rac- 
cordement entre  leurs  lignes  de  Birmanie  et  celles  de 
Chine. 

Une  convention  *  en  dix  articles  fut  signée  à  cet  effet  à 
Ticn-Tsin  le  6  septembre  iSg/J  (7®  jour,  8**  lune,  20®  année 
Kouang-Siu),  par  M.  N.  R.  O'Conor  et  Li  Houng-tchang. 
Le  raccordement  devait  être  effectué  entre  la  station  anglaise 
de  Bhamo  et  la  station  chinoise  de  Teng-yuê  (Momcin)à  un 
point  qui  serait  fl^é  aussitôt  que  possible  ,  une  station  inter- 
médiaire serait  établie  à  Manwyne  ;  sauf  accident  ou  cas  de 
force  majeure,  le  raccordement  devait  être  opéré  au  plus  tard 
le  3i  mai  1895. 

I.   Voir  le  lexto  dans  le  recueil  de  Herstlet,  H,  O99-702. 


CHAPITRE  VFI 

CORPS    DIPLOMATIQUE   (1892-1893).   —  LE  «  6EART  ACT  ». 

MISSIONNAIRES  SUÉDOIS. 


DÉPART    DE    SIK    JOHN    WALSIIAM.    M.    o'cONOR 


Le  ministre  d^Angleterre,  sir  John  Walsliani^,  quitta 
Tien-Tsin  le  5  octobre  1892,  abandonnant  la  Chine, écœuré, 
écrasé  par  les  difficultés  auxquelles,  pendant  six  années,  il 
s'était  heurté,  conspué  par  ses  compatriotes  :  «  Un  ministre 
qui  ne  fait  absolument  rien,  imprimait  le  Norlh-China 
Herald^  ;  qui  ne  sait  rien  du  pays  où  il  est  venu  pour 
représenter  les  intérêts  étrangers  les  plus  importants  et  appa- 
remment n'apprend  rien  et  qui  imite  sir  Thomas  Wade   à 


1.  WaUham,  Sir  John,  Barl.  Commis  au  Foreign  Oflice,  i'*'"  octobre 
1854  ;  attaché  à  la  légation  de  Mexico,  3  décembre  1867  ;  faisant  fonctions 
de  consul  à  Mexico,  20  juin-30  octobre  1809;  2"  attaché,  i*»"  janvier 
i8(>o,  puis  i"  attaché  à  Mexico,  la  mars  186 1  ;  secrétaire  p.  i.  à  Mexico, 
18C1-18O2  ;  2«  secrétaire,  i*""  octobre  18G2  ;  chargé  d'aflaires  à  Mexico, 
17  janvier  1 863- 4  février  1 865  ;  2**  secrétaire  à  Madrid,  26  juin  1866; 
chargé  d'affaires,  i5  novembre-2  décembre  1887  ;  transféré  à  La  Haye, 
10  aoAt  1870;  secrétaire  à  Péking,  1 5  octobre  1873.  mais  ne  se  rend 
pa.»  à  son  poste;  secrétaire  à  Madrid,  23  janvier  1876  ;  chargé  d'affaires 
p.  I.;  secrétaire  d'ambassade  à  Berlin,  6  mai  1878  ;  chargé  d'affaires  à 
diverses  reprises  ;  transférée  Paris,  i'""  juillet  i883;  ministre  plénipo- 
tentiaire; ambassadeur,  p.  i  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipo- 
tentiaire en  Chine  et  en  Corée,  2^  novembre  i885;  transféré  à  Bucha- 
rest,  I*'  avril  1892  ;  a  pris  sa  retraite,  i*'  septembre  189^. 

2.  i5  juillet  1887,  p.  63. 

CoRDiER.  111.  —  1 


f)8  LES    ANNÉES    1 892-1898 

sa  fin,  en  n'accusant  pas  réception,  en  répondant  encore 
moins  aux  lettres  qu'il  reçoit  des  Consuls  dans  les 
ports.   » 

C'était  injuste  ;  la  valeur  des  agents  diplomatiques  ne  se 
mesure  heureusement  pas  à  leur  degré  de  popularité,  sur- 
tout en  Chine.  Sir  John  Walsham  eut  pour  successeur  un 
Irlandais  catholique,  M.  O'Conor  \  sur  lequel  les  commu- 
nautés anglaises  de  rExtrème-Orient  fondaient  les  plus 
grandes  espérances,  quoique  sa  gérance  de  la  légation  bri- 
tannique de  Pé-King  après  la  mort  de  Sir  Harry  Parkes 
n'offrît  rien  de  remarquable  ;  certes,  jamais  à  aucune  épo- 
que, la  politique  anglaise  n'a  subi  en  Chine  plus  d'affronts 
que  pendant  la  durée  du  second  séjour  de  M.  O'Conor  dans 
la  capitale  ;  il  avait  d'ailleurs  trouvé  de  redoutables  rivaux 
dans  le  comte  Cassini  et  dans  M.  A.  Gérard.  M.  O^Conor 
arriva  à  Chang-llaï  le  C  et  à  Ïien-Tsin  le  i3  novembre 
1892. 

DÉPART  DE  M.  VON  BRANDT,  I^*"  AVRIL  iSgS 

Le  i/|  juillet  1892,  M.  von  Brandt  rentrait  à  Pé-King, 
annonçant  à  ses  collègues  son  prochain  mariage  avec  une 
jeune  américaine.  Lo  i*"^  avril  1893,1e  ministre  d'Allemagne 
quittait  Pé-King,  ayant  été  reçu  par  l'empereur  en  audience 
de  congé  dans  le  Tchcng  Kouang-tien  ;  à  son  passage  à 
Tien-Tsin   (niardi  f\  avril),    ses   compatriotes  lui  offrirent, 

I.  ()'(]onor,  yicholns-lioderick,  allach^,  a 8  mars  1866  ;  attaché  à 
Berlin,  12  août  1807;  3^'  secrétaire,  :ri  novembre  1870  ;  transféré  à 
Washington,  i3  février  187 1  ;  à  Miulrid,  27  octobre  1878  ;  a«  secrétaire 
il  Washington,  10  août  187/1;  transféré  à  Rio  de  Janeiro,  i*»"  septembre 
1875  ;  à  Paris,  v^  octobre  1877;  secrétaire  de  légation  à  Péking,  7  dé- 
cembre i883  ;  chargé  d'affaires,  :i3  mars  i885-3'i  juillet  1886;  transféré 
à  Washington,  i/|  décembre  i885  ;  agent  et  consul  général  en  Bulgarie, 
!«'•  janvier  1887  ;  envo^fé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  en 
Chine  et  en  Corée,  ic«*  avril  1892. 


DÉPAHT    DE    M.    VOX    BRAXDT  99 

dans  Gordon  Hall,  un  grand  banquet  auquel  Li  Houng- 
Ichang  était  présent  ;  il  se  rendit  à  Tché-fou,  Tchénnoulpo, 
enfin  Séoul  où,  le  i5  avril,  il  épousait  Miss  AugustincHeard, 
fille  du  ministre  des  États-Unis  en  Corée.  Ce  mariage,  qui 
ne  fut  pas  approuvé  par  l'empereur  allemand,  mettait  fin  h 
la  longue  mission  de  M.  von  Brandt  en  Chine  :  au  mois  de 
juillet  189.3,  son  gouvernement  lui  donnait  comme  successeur 
le  baron  Schenck  zu  Schweinsberg',  qui  venait  de  Téhéran. 
M.  von  Brandt  s'était  toujours  montré  fort  hostile  à  la 
France  à  laquelle  il  porta  un  coup  sensible  dans  son  protec- 
torat des  missions  catholiques,  poussant  la  gallophobie  jus- 
qu'à n'employer  —  contrairement  à  Tusage  et  quoiqu'il 
connût  parfaitement  le  français  —  que  la  langue  anglaise 
dans  ses  rapports  avec  ses  collègues.  Il  était  de  l'école  vio- 
lente du  prince  de  Bismarck  :  fortiier  in  re,  mais  non  sua- 
viter  in  modo  ;  il  ne  fut  d'ailleurs  pas  toujours  heureux  dans 
ses  négociations  et  je  crois  mauvaise  pour  son  pays  la  poli- 
tique brutale  qu'il  a  employée  en  Chine  ;  il  abusa  souvent  de 
sa  position  de  doyen  du  corps  diplomatique,  sacrifiant  les 
intérêts  généraux  aux  besoins  particuliers  de  la  politique  alle- 
mande. Quand  il  quitta  la  Chine,  il  était  tenu  en  suspicion 
par  le  ministre  de  Russie,  le  comte  Cassini  ;  le  ministre 
d'Angleterre,  M.  O'Conor,  lui  témoignait  une  froideur  signi- 
ficative —  et  le  ministre  de  France,  M.  Lemaire,  était  brouillé 
avec  lui  ;  M.  von  Brandt  n'attirait  plus  dans  son  orbite  que 
les  représentants  de  quelques  puissances  de  second  ordre, 
comme  M.  Loumyer,  ministre  de  Belgique,  qui  avait  épousé 
une  Anglaise  et  qui,  malgré  les  ordres  de  son  gouvernement 
et  à  l'instigation  de  son  collègue  d'Allemagne,  essaya  de 
s'ingérer  dans  les  affaires  des  missions  (novembre  1892"). 

I.  Il  fut  reçu  le  4  août  1898  par  Li  lloung-lchang,  et  il  rcparlil  le  6 
de  Tien-Tsin  pour  Pé-King. 

a.  Quand  M.  Loumyer  partit  en  congé,  il  laissa  M.  Michel,  comme 
chargé  d'affaires. 


lOO  LES    ANNÉES    I 892- I 898 

LE    «    GEARY    EXCLUSION    ACT.    »,    5    MAI     1892 

L^mmigration  chinoise  aux  Etats-Unis  avait  été  interdite 
pour  la  première  fois  dans  le  traité  entre  la  Chine  et  les  Etats- 
Unis  du  17  novembre  1880  *  (i5'  jour,  lo*  lune,  6'  année 
Kouang-Siu).  Mais  ce  ne  fut  qu'en  1882,  que  des  mesures 
furent  prises  contre  Tentrée  des  Chinois  en  Amérique;  toute- 
fois, un  acte  du  5  juillet  i884  adoucit  les  mesures  qui 
furent  d'ailleurs  aggravées  par  un  nouvel  acte  du  i^**"  octobre 
1888.  En  1886,  l'envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipo- 
tentiaire de  Chine  fut  empêché  de  débarquer  par  le  Directeur 
des  Douanes,  jus ju'à  ce  qu'il  ait  fait  voir  ses  lettres  de 
créance  pour  le  président  des  Étals-Unis!  Le  5  mai  1892, 
un  acte  on  neuf  sections  prohibant  l'entrée  aux  États-Unis 
des  Chinois  et  des  personnes  de  descendance  chinoise  *,  fut 
volé  par  le  Congrès  et  rendu  exécutoire  le  5  mai  1893.  Cet 
acte  connu  sous  le  nom  de  Geary  Exclusion  Act,  était  en  con- 
tradiction avec  les  termes  des  trailés  existants.  Le  colonel 
Denby,  minisire  dos  Élals-Unis  à  Pé  King,  donna  communi- 
cation de  l'acte  au  gouvcrnemenl  chinois  le  /|  juillet  1892; 
je  ne  puis  dire  que  le  choix  de  la  date  de  la  fêle  nationale  de 
son  pa>s  pour  la  remise  d'un  pareil  document,  fut  une 
marque  de  lacl  de  la  part  du  diplomate  américain.  Le  Tsoung- 
li  Yamen  prolesla'  dans  des  termes  très  dignes  contre  des 
mesures  qu'il  considérait  avec  juste  raison  comme  oppressi- 
ves. Le  i5  mai  i(S93,  la  Cour  suprême  de  Washington, 
malgré  Topposilion  des  juges  Hrewer  et  Field  et  du  «  Chief 
Justice  ))  Euller,  déclara  que  le  Geary  Act  était  une  mesure 

1.  Voir  II,  p.  iGi. 

2.  An  Acl  lo  |)roliibit  liic  comi ng  of  (ihiiicsc  pcrsons  into  thc  United 
S ta les 

3.  Voir  la  Iraduction   anglaise   tlo  celle  protoslalion   dans  le   Norlh- 
China  Herald,  mj  mai  189^,  p.  720-1. 


■ 


« 


*  •     * 


• 


MEURTRE    DE    MISSIOISNAIRES    SUÉDetS'-  lOI 

•     • 

constilulionnclle,  mais  que  néanmoins  clic  nc'se/ail  pas  mise 
à  exécution  «  pour  manque  de  fonds  ».  Celait  sqfnà  jdoute 
une  échappatoire  et  une  excuse  pour  sortir  de  la  faus^*  ppsi- 
lîon  dans  laquelle  se  seraient  trouvés  les  Américains  en  Chine 
si  les  clauses  de  l'acte  avaient  été  mises  à  exécution.  '-} 


•  -  - 


MEURTRE  DE    MISSIONNAIRES    SUÉDOIS,     1®**   JUH.LET     iSgS 

Une  grave  affaire  de  mission  allait  de  nouveau  mettre  en 
mouvement  le  corps  diplomatique  de  Pé-King.  Des  mission- 
naires protestants  suédois,  arrivés  d'Amérique,  étaient  venus 
s'établir  quelques  années  auparavant  sur  les  bords  du  Yang- 
tseu,  dans  la  province  de  Hou-Pé.  Ils  avaient  visité  pour  la 
première  fois  le  district  de  Soung-pou  en  1890  ;  durant Tau- 
tomne  de  1892,  deux  d'entre  eux  s'établirent  pendant  quel- 
que temps  dans  la  ville  de  Ma-tch'eng,  à  2^  ou  25  kilomètres 
de  Soung-pou,  puis  en  1893,  par  l'intermédiaire  d'un  lettré 
indigène  Li,  ils  essayèrent  d'acheter  un  terrain.  Li  et  son 
compagnon  Tchen  furent  arrêtés  par  ordre  du  magistrat  et 
chassés  de  la  ville.  Après  le  nouvel  an  chinois  de  1898, 
MM.  Wikholm  et  Lindstrom  furent  envoyés  à  Ho-kia  pou, 
près  de  Soung-pou  ;  l'hostilité  de  la  [)opulation  contre  les  nou- 
veaux venus  ne  tarda  pas  à  éclater  ;  des  placards  incendiaires 
étaient  apposés  sur  les  murs  par  deux  énergumènes  kiu  Tsi- 
ho  et  Li  Kia-tchang.  Enfin  le  i®*"  juillet  1898,  à  8  heures  du 
matin,  des  bandes  excitées  par  Li  Kia-lchang  arrivent  à  Ilo- 
kia  pou  ;  les  missionnaires  se  réfugient  dans  un  grenier,  mais 
ils  en  sont  délogés  et  pourchassés  de  maison  en  maison  ;  à 
midi,  Wikholm  tombe  épuisé  par  cinquante-cinq  blessures 
dont  six  sont  mortelles  ;  son  compagnon  Johansson  est  percé 
de  vingt-cinq  coups  dont  plusieurs  mortels.  Tout  est  iini  à 
deux  heures  de  l'après-midi. 

L'enquî^te  ouverte  sur  place  par  deux  confrères  des  mal- 
heureux missionnaires,  MM.  Archibald  et  Lund,  ne  laisse 


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lOa  .    /•••        LES    ANISÉES    1892-1893 

aucun  dotife  sur  la  culpabilité  de  Li  Kia>tchang  et  de  Koung 

Miao-tsi.*> 

•  •    • 

he%  juillet,  le  vice-roi  Tchang  Tchi-toung  télégcaphiait 
au  Yïimen  pour  lui  annoncer  le  massacre  des  deux  mission- 
.•/SfCaîres  ;  ordre  lui  était  donné  de  faire  une  enquête  et  d'agir 
'*.  en  conséquence.  Le  1 1  juillet,  M.  Cari  Bock,  Consul  général 
de  Suède  à  Chang-Haï,  arrivait  à  Wou-tch'ang,  voyait  le 
vice-roi  qui  lui  déclarait  que  le  magistrat  de  Ma- tch'eng  avait, 
à  de  nombreuses  reprises,  demandé  au  tao-tai  de  Han-keou 
de  presser  les  missionnaires  de  se  retirer  de  Soung-pou  où  la 
population  leur  était  bostile  et  que  ces  derniers  avaient  refusé 
d'obéir. 

Le  9  août  1893,  le  colonel  Denby,  comme  doyen  du 
corps  diplomatique,  réclame  du  \amen  le  châtiment  des 
meurtriers  des  deux  missionnaires  suédois  Otto  F.  Wikholra 
et  A.  D.  Johansson,  tués  le  i®*"  juillet  à  H o-kia-pou,  village 
dans  le  voisinage  de  Soung-pou,  après  avoir  été  pourchassés 
par  la  foule  de  maison  en  maison. 

Le  i4,  les  membres  du  Yamen  répondent  au  colonel 
Denby  ;  ils  disaient  que,  du  petit  au  grand,  les  fonction- 
naires du  Ilou-l^é  avaient  rempli  leur  devoir  dans  la  circon- 
stance, que  par  conséquent  ceux-ci  ne  pouvaient  être  blâmés 
et  ils  prétendaient  que  si  les  missionnaires  avaient  été  mas- 
sacrés ils  s'étaient  attiré  eux-mêmes  la  fureur  [lopulaire  en 
faisant  arrêter  par  des  gens  de  leur  escorte  et  diriger  sur  la 
ville  voisine  quatre  campagnards  qui,  le  matin  même  de 
l'attentat,  s'étaient  présentes  à  la  maison  qu'ils  habitaient  et 
avaient  demandé  à  la  visiter*.  Appréhendés  traîtreusement 
par  des  gens  d'escorte  des  deux  missionnaires,  ils  auraient  été 
entraînés  par  une  porte  de  derrière  vers  la  ville.  Quand  les 
villageois  les  réclamèrent,  on  ne  put  les  trouver,  ce  qui  fit 
penser  qu'ils  étaient  morts  ;  la  foule  devint  excitée,  commença 

I.  A  rapprocher  (lu  décrcl  impérial  du  i3  juio  1891,  p.  67. 


MEURTRE    DE    MISSIONNAIRES    SUÉDOIS  Io3 

à  jeter  des  pierres  et  massacrer  les  missionnaires.  C'était  un 
odieux  mensonge;  les  Suédois  étaient  trop  pauvres  pour  s'offrir 
le  luxe  d'une  escorte.  Le  2  septembre,  le  colonel  Denby,sans 
vouloir  se  mêler  d'une  question  qui  devait  être  traitée  par  le 
Consul  général  de  Suède  et  Norvège,  M.  Cari  Bock,  consi- 
dérant la  solidarité  des  étrangers,  réclama  à  nouveau  le  châ- 
timent des  fonctionnaires  de  Soung-pou  qui  n'avaient  pas 
rempli  leur  devoir,  ainsi  que  des  auteurs  de  l'attentat.  Le  7 
septembre,  le  Yamen  faisait  une  réponse  plus  favorable  ;  il 
parlait  d'ordres  donnés  pour  que  l'affaire  fût  suivie  avec  soin 
par  le  vice-roi  des  deux  IIou  et  n'osait  plus  prétendre,  comme 
il  l'avait  fait,  que  les  représentants  étrangers  n'ont  pas  à 
s'immiscer  dans  une  question  qui  ne  regardait  que  les  gou- 
vernements chinois  et  suédois. 

M.  Bock  avait  présenté  au  vice-roi  Tchang,  de  la  part  de 
son  gouvernement,  quatre  demandes  relativement  au  meurtre 
des  deux  missionnaires  protestants  et  accordait  quatre  mois 
pour  y  satisfaire  :  1°  le  châtiment  des  meurtriers;  2®  une 
indemnité  de  75  000  piastres  pour  les  familles  ;  3°  la  puni- 
tion du  mandarin  de  Ma  Ich'eng,  dans  la  sous-préfecture  du- 
quel est  situé  Soung-pou  ;  /|°  la  réintégration  des  mission- 
naires suédois  dans  cette  localité.  M.  Bock,  approuvé  par 
son  gouvernement,  avertit  le  colonel  Denby  qu'il  se  propo- 
sait de  se  rendre  le  20  novembre  à  Ilan-keou  pour  arranger 
l'affaire  et  que  s'il  ne  réussissait  pas,  il  la  placerait  entre  les 
mains  du  corps  diplomatique;  par  suite,  le  10  novembre, 
M.  Denby  écrivait  au  Yamen  pour  qu'il  télégraphiâta  Tchang 
Tchi-toung  de  régler  l'affaire  pendant  le  séjour  de  M.  Bock, 
à  Ilan-keou.  M.  Bock  était  d'ailleurs  disposé  à  écarter  les 
demandes  2  et  3  pour  terminer  plus  vite. 

Les  deux  missionnaires  Archibald  et  Lund,  accompagnés 
de  quatre  Chinois  non  chrétiens  de  Soung-pou,  dont  les  frais 
de  voyage  avaient  été  couverts  par  une  souscription  des 
étrangers    de    Chang-ïlaï,     arrivèrent    à    Pé-King    pour 


I04  LES    ANNÉES     iSqS-iSqS 

accuser    les     mandarins  de   Ma-lch'eng   devant    les  auto- 
rités supérieures. 

A.  la  fin  de  janvier  189^,  M.  Bock  donnait  communica- 
tion au  colonel  Denby  d'une  dépêche  du  vice-roi  Tchang,  du 
i3  décembre  1898,  ratifiant,  en  quelque  sorte,  Tenten te  inter- 
venue entre  le  consul  général  de  Suède  et  le  Tao-taï  de  Ilan- 
keou,  dans  les  conditions  suivantes  : 

1°  Deux  indigènes  sont  condamnes  à  la  peine  de  mort  par 
strangulation  :  le  premier,  Li  Kau-pan,  aurait  poursuivi 
M.  Wikholm  sur  les  toits  par  lesquels  il  cherchait  h  fuir,  l'au- 
rait précipité  sur  la  voie  publique,  cl  lui  aurait  porté,  avec  un 
instrument  de  bois,  un  premier  coup  après  lequel  le  malheureux 
missionnaire  a  été  lue  par  la  foule  :  le  deuxième,  Chu  Sien-foh, 
aurait  également  poursuivi,  de  son  côté,  sur  les  toits,  M.  Jo- 
hansson,  Ten  aurait  fait  tomber  d'un  coup  de  pied,  et  l'aurait 
ensuite  frappé  avec  la  foule,  jus(ju'à  ce  qu'il  expirât. 

2**  Deux  autres  indigènes,  Li  Foh-ya  et  Liu  Yu-cheng  sont 
condamnés  à  recevoir  cent  coups  d'un  instrument  en  bois,  à  être 
enchaînés  pendant  cinq  ans  à  une  lige  de  fer  scellée  dans  un 
socle  en  pierre  et  à  être  marqués  au  visage  de  deux  lettres  chi- 
noises caractérisant  leur  méfait,  pour  avoir  dérobé  des  objets 
dans  la  maison  incendiée  des  missionnaires  (h  laquelle,  d'après 
l'autorité  chinoise,  ceux-ci  auraient  mis  le  feu  eux-mêmes). 

3°  Cinq  indi\idus  reçoivent  quatre-vingts  coups  de  bambou  et 
sont  mis  à  la  cangue  pendant  un  mois  pour  avoir  pénétré  avec 
la  foule  dans  la  maison  dos  missionnaires,  et  avoir  été  ainsi  les 
instigateurs  de  la  bagarre. 

A"  Des  missionnaires  Suédois  pourront  retourner  à  Soung-pou 
dans  vingt  mois,  ce  délai,  dit  le  Vice-Uoi,  étant  nécessaire  aux 
Autorités  Chinoises  pour  préparer,  par  leurs  exhortations,  les  ha- 
bitants de  cette  localité  à  les  recevoir  amicalement  ;  mais  si  à 
l'expiration  des  vingt  mois,  les  dispositions  de  la  population  ne 
semblent  pas  encore  suilisammenl  favorables,  le  tao-taï  des 
Douanes  en  avisera  oniciellemcnl  (le  Consul)  et  les  mission- 
naires devront  de  nouveau  attendre  que  l'intervention  des  man- 
darins pour  leur  concilier  le  peuple  ait  fait  son  œuvre. 

5**  Une  indemnité  de  Sa  000  laëls  est  accordée  :  elle  se  décom- 
pose altisi  :  10  000  taëls  pour  la  vie  de  chacun  des  missionnaires, 


MEURTRE    DE    MISSIONNAIRES    SUÉDOIS  Io5 

et  1 2  ooo  lacis  pour  la  destruction  de  leurs  eflcts,  de  leur  mobi- 
lier, livres,  etc. 

M.  Bock,  qui  n'avait  pas  été  autorisé  à  assistera  Tintcr- 
rogatoire  dos  Chinois  incriminés,  se  déclara  satisfait  des  con- 
ditions de  cet  arrangement,  quoique  des  comparses  seule- 
ment eussent  été  exécutés.  11  avait  hâte  dVn  finir  ainsi  que 
son  gouvernement  ;  il  préféra  enterrer  TalTairc  plutôt  que 
d'avoir  recours  au  corps  diplomatique. 

Les  missionnaires  suédois,  V.  VaIw.  Lund  et  K.  V  Lind- 
strom,  adressèrent  le  'Ji  4  janvier  189^,  au  corps  diplomatique 
une  pétition  pour  protester  contre  TarrangementdeM.  Bock. 
Le  corps  diplomatique  se  réunit  pour  examiner  cette  péti- 
tion, mais  il  jugea,  avec  juste  raison,  qu'il  n'y  avait  pas  lieu 
pour  lui  de  revenir  sur  les  conditions  d'un  arrangement  accepté 
par  l'agent  suédois  et  son  gouvernement  et  qu'il  devait  môme 
s'interdire  de  formuler  à  l'égard  de  cet  arrangement  aucune 
appréciation  qui  put  parvenir  à  la  connaissance  du  public, 
mais  il  jugea  que  la  situation  subsistant  dans  le  Ilou-Kouang, 
après  les  satisfactions  très  insuflisantes  consenties  par  les 
Chinois,  lui  faisait  un  devoir  de  s'adresser  au  Tsoung-li 
Yamen  pour  le  mettre  en  demeure  de  prendre  inmiédiate- 
ment  les  mesures  nécessaires  pour  la  protection  elïicacc  des 
étrangers,  missionnaires  et  autres,  la  liberté  de  prédication 
et,  sans  s'immiscer  dans  l'aflaire  de  Soung-pou,  appeler  l'at- 
tention et  l'intérêt  des  ministres  chinois  sur  les  malheureux 
habitants  de  Soung-pou,  qui,  pour  s'être  montrés  hospita- 
liers envers  MM.  Wikhohn  et  Johanns§on  ou  même  pour  le 
seul  fait  de  ne  pas  leur  avoir  témoigné  d'hostilité,  avaient  été 
maltraités  par  les  autorités  locales,  chassés  de  leurs  foyers  et 
dé][)ouillés  de  tous  leurs  biens.  Kn  conséquence  de  celte  déli- 
bération, M.  Denbv  adressait  le  2  février  une  note  au  Yamen 
qui  y  répondit  d'une  façon  assez  satisfaisante  le  i3.  L'inci- 
dent était  clos. 


CHAPITRE  VIII 
AFFAIRES  DE  SIÂM  (1893) 

La  prise  de  possession  du  Tong-King,  ainsi  que  le  protec- 
torat de  TAnnam,  nous  rendaient  non  seulement  voisins  de 
la  Chine,  mais  aussi  du  Siam,  dont  nous  étions  déjà  limi- 
trophes par  le  Cambodge. 

RELATIONS  DE  LA  FRANCE  AVEC  LE  SL\M 

Le  1 6  août  1856,  notre  consul  à  Chang-IIaï,  M.  de  Mon- 
ligny,  signait  à  Bangkok  un  traité  de  commerce,  d'amitié  et 
de  navigation  en  2!\  articles,  suivi  de  quatre  règlements  et 
d'un  tarif,  qui  fut  ratifié  dans  la  capitale  du  Siam  le  2^  août 
iSoy.  Nous  imitions  en  cela  l'exemple  de  la  Grande-Bretagne 
et  des  Ktats-Unis,  exemple  qui  fut  suivi  par  le  Danemark  et 
l'Allemagne.  L'établissement  de  notre  protectorat  sur  le 
Cambodge  par  le  traité  d'Ou-dong  du  ii  août  i863,  allait 
modifier  notre  situation  vis-à-vis  du  Siam. 

Par  leurs  intrigues  aussi  bien  que  par  les  armes,  les  Sia- 
mois avaient  su  augmenter  considérablement  leur  zone  d'in- 
fluence ;  dans  le  Laos,  ils  avaient  formé,  de  l'ancien  royaume 
de  Vieng-Chan,  les  trois  |)elils  Etats  protégés  de Luang-Pra- 
bang,  de  Vieng-Chan  et  de  Bassac. 

Le  Cambodge  se  vit  à  son  lour  successivement  privé  :  en 
1794,  des  provinces  de  Baltambang  et  d'Angkor  ;  en  i8i/|, 
de  celles  de  Tonlé-Ropou,  de  Saac  et  de  Stung-Treng;   en 


RELATIONS    DE    LA    FRANCE    AVEC    LE    SIAM  IO7 

i8/i7,  de  celles  de  Stung-Por  et  de  Molu-Prey.  Aussi  les  Sia- 
mois voyaient-ils  d'un  très  mauvais  œil  notre  influence,  sub- 
stituée à  celle  de  l'Annam,  arrêter  leurs  entreprises  contre  le 
royaume  khmer.  Ce|>endantNorodom,  toujours  faible,  malgré 
ses  engagements  avec  la  France,  signait  un  traité  avec  le  Siam 
le  i®*^  décembre  i863,  ratifié  en  janvier  i86/|,  qui  restait 
secret  pendant  quelques  mois  et  dont  les  tendances  étaient 
clairement  indiquées  dans  une  note  remise  par  la  cour  de 
Bangkok,  le  3  juin  186I,  au  couronnement  du  roi  du  Cam- 
bodge, en  présence  du  capitaine  de  vaisseau  Desmoulins,  chef 
d'tHat-major  de  l'amiral  La  (irandière  ;  le  Siam  réservait  ses 
droits  à  la  suzeraineté  du  Cambodge  et  à  la  possession  des 
provinces  de  Battambang  et  d'Angkor  et  du  Laos  jusqu'au 
Grand-Fleuve.  Les  difficultés  avec  le  Siam  ne  furent  apla- 
nies qu'en  1867. 

Une  ambassade  siamoise  à  la  tête  de  laquelle  se  trouvait 
Phya-Sura-Wongs-Way-Waddhn,  qui  était  déjà  venu 
en  France  en  186 1,  lors  d'une  première  ambassade,  fut 
reçue  par  Napoléon  III,  le  12  mai  1867  ;  deux  mois  plus 
tard,  les  ambassadeurs  siamois  signaient  un  traité  avec  la 
France. 

Le  traité,  en  français  et  siamois,  signé  à  Paris  le  1 5  juillet. 
1867,  P^**  ^^  marquis  de  Moustier,  secrétaire  d'Etat 
au  département  des  affaires  étrangères,  pour  la  France, 
et  par  Pliya-Sura-Wongs-Way-Wat  et  Phra  Kaxa-Scna 
pour  le  Siam,  règle  «  définitivement  et  d'un  commun 
accord,  la  position  fi\ite  au  royaume  du  Cambodge  par  suite 
du  traité  conclu  à  Ou-dong,  entre  la  France  et  ce  royaume, 
le  II  août  i863  (vingt  septième  jour  de  la  lune  Assach  de 
l'année  Cor  i'i25)  »  ;  le  roi  de  Siam  reconnaît  notre  protec- 
torat sur  le  Cambodge,  déclare  nul  le  traité  qu'il  a  conclu 
avec  cette  puissance  en  décembre  i8G3,  renonce  à  recevoir 
tout  tribut  de  la  part  du  Cambodge  que  la  France  s'engage 
à  ne  pas  annexer  à  ses  possessions  de  Cochincbine  ;  les  pro- 


io8 


AFFAIRES    DE    SIAM 


vinces  de  Battambang  et  d'Angkor  (Nakhon-Siemreap)  res- 
teront au  royaume  dcSiam. 

Les  autres  clauses  de  ce  traité  en  neuf  articles  règlent  les 
relations  entre  Siamois  et  Cambodgiens,  etc. 

En  cédant  Battambang  et  Ang-kor,  nous  commettions  une 
faute  grave,  qui  n'a  pas  été  réparée  jusqpi'ici.  M.  Du  Chesne 
de  Bellecourt,  Consul  général,  envoyé  en  mission  extraordi- 
naire auprès  du  roi  de  Siam,  quittait  la  France  le  19  sep- 
tembre pour  se  rendre  à  Saigon  et  de  là,  sur  la  canonnière 
VA  larme,  à  Bangkok,  où  eut  lieu,  le  2  4  novembre,  l'échange 
des  ratifications  du  traité  du  i5  juillet  *.) 


EMÎMETEMENTS    DES    SIAMOIS 


Profilant  de  notre  indiflcrcnce,  peu  à  peu  les  Siamois 
envahirent  sous  divers  prétextes  les  possessions  de  nos  nou- 
veaux vassaux  et  en  particulier  le  Laos  annamite. 

Sous  prétexte  de  repousser  les  llos  qui  avaient  envahi  et 
ravagé  le  royaume  de  Luang-Prabang,  les  Siamois  traversè- 
rent le  Mékong,  s'avancèrent  vcrsTEst;  en  1889,  ils  étaient 
à  proximité  de  Cam  Lo,  en  plein  territoire  annamite. 

«  A  quelle  époque  remontent  ces  empiétements.^  dit 
M.  Dcvelle,  ministre  des  aflaires  étrangères,  dans  la  séance 
du  18  juillet  1893,  h  la  Chambre  des  députés,  —  je  ne  veux 
pas  le  rechercher  ;  il  est  malheureusement  certain  que  le 
silence,  l'inaction,  je  serais  presque  tenté  de  dire  l'indifférence, 
si  vous  voulez,  dont  on  avait  trop  longtemps  fait  preuve, 
avaient  enhardi  à  ce  point  les  Siamois  que  des  postes  avaient 
pu  s'installer  à  ^|0  kilomètres  de  Hué  et  que  d'autres  postes 
menaçaient  de  couper  le  ïong-king  de  l'Annam.  » 

La  situation  ne  pouvait  durer  plus  longtemps  ;  notre  rési- 

I.  Henri  CordicT,  dans  V Histoire  généraloy  do  Lavisse  cl  Rambaud, 
XI,  p.  76i-7(>2. 


EMPIÉTEMENTS    DES    SIAMOIS  lOQ 

dent  à  Luang-Prabang,  Massie,  se  suicidait  de  desespoir, 
quand  ses  cris  d'alarme  restaient  sans  écho  dans  la  métro- 
pole ;  nous  avions  à  craindre  que  les  Siamois,  enhardis  par 
notre  inaction,  s'avancent  jusqu'à  la  mer  et  nous  barrent  la 
route  mandarine  de  Hué  à  Hanoï,  ({u'ils  menaçaient  du  côté 
de  Vinh.  11  devenait  urgent  de  prendre  des  mesures  énergi- 
ques pour  arrêter  les  envahisseurs  et  les  expulser  des  terri- 
toires qu'ils  occupaient  illégitimement. 

En  exécution  des  instructions  données  par  M.  Delcassé 
à  M.  de  Lanessan,  gouverneur  général  de  Tlndo-Chine, 
M.  Bastard,  vice-résident  de  France  au  Cambodge,  accom- 
pagné du  capitaine  ïhoreux  et  d'un  détachement  d'environ 
180  hommes  de  troupes  indigènes,  fortement  encadrées  d'élé- 
ments européens,  occupa,  sans  coup  férir,  Stung-treng(I''^^vril 
1893),  où  il  laissa  une  garnison  avec  le  lieutenant  Moreau, 
et  Khône  (/|  avril).  Lors  de  la  révolte  de  Si-Votha,  frère 
du  roi  du  Cambodge,  Norodom  (188/1-1885),  nous  avions 
él<ibli  un  blockhaus  à  Stung-treng  ;  ce  poste  ayant  été  évacué 
j)eu  après,  les  Siamois  Toccupèrenl  et  y  installèrent  un  com- 
missaire royal  avec  vingt-cinq  hommes.  A  notre  arrivée,  les 
Siamois  évacuèrent  Tîle  de  Khone  ;  ils  reparurent  plus  lard 
et,  le  i5  mai,  le  capiUiine  Thoreux  fut  arrêté  traîtreusement 
à  l'ile  de  Khone  ;  il  fut  gardé  plus  de  deux  mois,  quoique 
l'ordre  de  le  remettre  en  liberté  ait  été  envoyé  de  Bangkok 
le  4  juin  ;  le  capitaine  Thoreux  fut  recueilli  sur  les  rives  du 
Grand  Lac  par  le  Colibri,  chaloupe  a  vapeur  des  Messageries 
fluviales  de  Cochinchine  et  il  arriva  à  Pnom-lVnh,  le 
23  juillet. 

Le  résident  Luce,  ancien  capitaine  d'artillerie  de  marine, 
qui  dirigeait  une  petite  colonne  partie  de  Yinh,  qui  opérait 
dans  la  région  de  Cam-mon,  désarma,  le  22  mai,  le  man- 
darin siamois  qui,  pendant  plusieurs  jours,  avait  refusé  de 
quitter  volontairement  le  poste  de  Cam-mon  et  s'obstinait  à 
maintenir  son  pavillon  hissé  en  face  du  drapeau  français.  Le 


ÎIO  AFFAIRES    DE    SIAM 

mandarin  siamois  qui  n'avait  fait  aucune  résistance  prit,  le 
25,  la  route  du  Mékong,  par  Kienkec  et  Houtène,  escorté  par 
rinspecteur  de  la  milice  indigène  G rosgurin  et  vingt  hommes  ; 
celui-ci,  malade,  dut  s'aliter  dans  le  village  de  Kien-kec  ; 
quelque  temps  après,  une  troupe  de  200  Siamois  armés  arriva 
d'Houtène.  Le  mandarin  siamois,  suivi  de  trois  officiers  de 
celle  troupe,  demanda  à  Grosgurin  un  entretien.  Les  mili- 
ciens de  Tescorle  voulurent  prendre  leurs  armes,  mais  Gros- 
gurin le  leur  défendit,  disant  que  les  Siamois  venaient,  non 
pour  sebatlre,  mais  pour  s'entretenir  avec  lui.  Cependant,  à 
peine  entré  et  après  avoir  adressé  quelques  mots  à  Grosgu- 
rin, le  mandarin,  dirigeant  son  revolver  sur  ce  dernier,  le 
tua  d'un  coupa  la  tête  *.  En  entendant  le  coup  de  revolver, 
ce  qui  était  sans  doute  le  signal  convenu,  les  Siamois  se 
jetèrent  sur  les  armes  des  miliciens  et  en  assassinèrent  dix- 
sept,  les  trois  autres  ayant  pu  s'échapper  et  regagner  le  poste 
français,  h  Cam-mon,  où  ils  rapportèrent  ces  détails  qui  con- 
cordaient pleinement,  d'ailleurs,  avec  le  récit  fait  par  les 
habitants. 

Les  Siamois  essayèrent  d'abord  de  rejeter  le  meurtre  de 
Grosgurin  sur  les  Laotiens,  puis  ils  prétendirent  que  le  mal- 
heureux Français  n'avait  ])as  été  assassiné,  mais  qu'un  combat 
régulier  avait  eu  lieu,  dans  lequel  plusieurs  hommes  avaient 
été  tués  des  deux  c<^tés. 

Par  suite,  le  ministre  de  la  Marine  donnait  au  contre- 
amiral  Ilumann,  commandant  Tescadre,  l'ordre  de  faire  route  à 
destination  des  cotes  de  Siam  avec  le  cuirassé  de  croisière 


I.  (îrosgiirin  ('lail  âgé  de  39  ans;  fils  d'un  insjioctour  des  douanes  en 
résidence  h  Jeumonl,  dans  le  Nord,  il  s'engagea  à  18  ans  et  sorlit  de 
Saint-Maixenl  en  1887  avec  le  grade  do  sous-lieutenant.  Après  avoir  àié 
incorpora  aux  tirailleurs  annamiles,  au  moment  de  la  rentrée  réglemen- 
taire, en  France,  en  1890,  il  obtint  de  rester  au  Tong-King,  avec  le  titre 
d'inspecteur  <le  la  garde  ci\ile  indigène. 

Télégramme'de  M.  de  Lanessan,  llaïphong,  25  juin. 


M.    LE    MYRE    DE    VILERS  I  f  î 


Triomphante  y  Taviso  de  i  '•  classe  Inconstant  et  la  canonnière 
Comète,  pour  appuyer,  de  la  mer,  l'action  des  canonnières 
dans  le  Mékong  dans  le  cas  où  les  hostilités  seraient  déclarées. 
Le  i3  juin,  nous  occupions  Tîle  Samit,  sur  la  rive  orien- 
tale du  golfe  de  Siam,  à  mi-chemin  à  peu  près  des  embou- 
chures du  Mékong  et  du  Ménam.  C'était  à  quelque  distance 
au  Nord  de  cette  île  que  devait  aboutir  la  frontière  siamo- 
cfimbodgiennc  telle  qu'elle  résultait  du  traité  de  1867;  ^^^^^ 
aucune  délimitation  effective  n'avait  jamais  été  failc  sur  le 
lorrain,  de  sorte  que  les  Siamois  s'étaient  crus  autorisés,  dans 
les  derniers  temps,  à  revendiquer  la  possession  de  colie  île 
et  de  Tcxcellent  mouillage  qu'elle  forme  avec  la  presqu'île 
Samit. 

Les  17  et  18  juin,  nous  occupions,  sans  incident,  les  îles 
Co-Rong  et  Rong-Salem,  dans  la  baie  de  Kompong-Som,  à 
l'Est  du  mouillage  de  Samit. 

Une  autre  colonne,  sous  les  ordres  de  M.  du  Fresnil,  vice- 
résident,  opérait  sur  la  route  de  Hué  à  Kemmarat,  sur  le 
Mékong,  par  la  route  de  Cam-Lo,  Ai-Lao  et  la  vallée  du 
Sé-Bang-llien.  Le  29  avril,  M.  du  Fresnil  occupait  IIo- 
sang,  le  poste  siamois  le  plus  avancé  de  la  région  et  les 
Siamois  se  retiraient  par  la  route  de  Muong  Dinh  au  Mékong  ; 
le  26  mai,  le  vice-résident  Dubreuil  arrivait  au  confluent  du 
Sé-Bang-Hien  et  du  Mékong,  en  face  de  Kemmarat  ;  nous 
étions  alors  maîtres  de  tous  les  postes  que  les  Siamois  occu- 
paient entre  Cam-Lo  et  Kemmarat,  sur  la  rive  gauche  du 
Mékong,  à  la  hauteur  de  Tourane. 

La  double  action  de  la  France  sur  le  bas  Mékong  par  le 
Cambodge  d'une  part,  sur  le  moyen  Mékong  par  TAnnam 
de  l'autre  avait  pleinement  réussi. 

M.    LE    MYRE    DE    VILERS 

En  juillet  1898,  voulant  profiter  d'un  voyage  que  M.  Le 


IÎ2  AFFATRES    DE    SIAM 

Myre  de  Vîlers,  député  de  la  Cochînchine  française,  se  pro- 
posait de  faire  à  Saigon  \  le  ministre  des  affaires  étrangères, 
M.  Jules  Develle,  confia  à  l'ancien  gouverneur  de  laCochin- 
chine,  le  soin  de  le  renseigner  exactement  sur  la  situation  au 
Siamet  de  poursuivre,  s'il  était  possible,  le  règlement  amiable 
des  questions  alors  pendantes.  Les  Siamois,  entre  autres  griefs 
que  nous  avions  contre  eux,  avaient,  comme  nous  Tavons  vu, 
établi  des  postes  sur  la  rive  gauche  du  Mékong,  au  mépris  des 
droils-du  Cambodge  et  de  TAnnam  ;  d'autre  part  nous  avions 
demandé  satisfaction  pour  l'insulte  faite  à  notre  drapeau,  à 
Tong-\iong-Kliam,  pour  les  mauvais  traitements  et  l'expul- 
sion dont  deux  de  nos  compatriotes,  MM.  Ksquilat  et  Cham- 
penois, avaient  été  l'objet,  en  1892,  à  lloutène,  pour  les 
vexations  infligées  à  un  autre  Français,  M.  Raraton,  pourTen- 
lèvement  par  surprise  du  capitaine  Thoreux,  enfin  pour  l'as- 
sassinat par  le  mandarin  siamois  de  Cam-mon,  de  l'inspecteur 
Cirosgurin,  suivi  du  massacre  d'un  certain  nombre  de  nos 
miliciens.  En  conséquence,  le  7  juillet,  M.  Carnot,  prési- 
dent de  la  République,  signait  des  lettres,  contresignées  par 
M.  Develle,  nommait  et  constituait  M.  Charles  Le  Myre  de 
Vilors,  député,  ministre  plénipotentiaire  de  i'"'*  classe,  grand 
Ollicier  de  l'ordre  national  de  la  Légion  d'honneur,  etc.,  pléni- 
potentiairedu  gouvernementdela  République,  afin  de  négocier, 
conclure  et  signer,  avec  le  ou  les  plénipotentiaires  du  roi  de 
Siam,  munis  de  pleins  pouvoirs,  en  bonne  forme,  tels  Traité, 
Convention,  Vrrangemenl  ou  autres  actes  quelconques  qui 
seraient  de  nature  à  amener  le  résultat  poursuivi  dans  l'in- 
térêt des  deux  pays. 

Les  instructions  remises  (8  juillet  189,3)^,  à  M.  Le  Myre 
de  Vilers,    qui  quitta  Marseille  le  10  juillet,  portaient  : 

I.  M.  Lo  Mvre  de  Vilers  a  olo  rôélu  député  de  la  Cochincliine  te 
•AO  aoiil  1898. 

•2.  Minislrrc  des  Virairos  élrangèrcs  —  Docuiiienls  diploinaliques  — 
Affaires  de  Siam.  —  l*aris,  Imp.  nat.,  1893,  in-fol. 


M.    LE    MYRE    DE    VILERS  Il3 

En  présence  des  derniers  événemenls  survenus  dans  la  vallée 
du  Mékong  el  de  l'atlilude  prise  à  notre  é«i[ard  par  le  f^ouverne- 
menl  siamois,  le  (iouvernement  de  la  Hépublicpie  a  pensé  (pi'il 
y  aurait  intérêt  à  |)roliler  du  vova^e  (pie  \ous  >ous  propose/  de 
faire  à  Saigon,  |)our  vous  confier  le  sf)in  de  |K)ursuivre,  s'il  est 
|)ossible,  le  règlement  amiable  des  questions  aciuellement  pen- 
dantes. 

Il  a,  en  conséquence,  après  en  avoir  conféré  avec  vous,  décidé 
de  \ous  envoyer  à  cet  elTet,  à  Bangkok,  en  mission  extraordi- 
naire, et  vous  trouverez  sous  ce  pli  les  lettres  qui  vous  accrédi- 
tent auprès  du  Roi  de  Siam  avec  les  |)ouvoirs  les  plus  étendus. 

Des  ordres  vont  être  donnés  pour  «prun  bAtiment  de  guerre 
vous  attende  à  Singapore,  d'où  il  \ous  conduira  immédiatement 
à  Bangkok. 

Comme  vous  le  savez,  nos  revendications  h  l'égard  du  Siam 
sont  de  deux  sortes.  D'une  part,  nous  avons  mis  le  Gouverne- 
ment siamois  en  demeure  de  retirer  les  postes  qu'il  avait  établis 
sur  la  rive  gauclie  du  Mékong  au  mé|)ris  des  droits  du  Cam- 
bodge et  de  l'Annam.  D'autre  part,  nous  avons  demandé  salis- 
faction  ]X)ur  l'insulte  faite  à  notre  drapeau  à  Tong-Xieng-Kliam, 
pour  les  mauvais  traitements  et  l'expulsion  dont  deux  de  nos 
compatriotes,  MM.  Escjuilat  et  Cliampenois,  ont  été  l'objet 
l'année  dernière  à  lïoutène,  pour  les  vexations  infligées  à  un 
autre  Français,  M.  Baraton,  pour  l'enlèvement  par  surprise  du 
capitaine  Thoreux,  enfin  pour  l'assassinat  par  le  mandarin 
siamois  de  Cam-mon  de  Tinspecteur  Grosgurin,  suivi  du  mas- 
sacre d'un  certain  nombre  de  nos  miliciens.  Les  démarcbes 
pressantes  faites  à  ce  sujet  par  notre  Représentant  au  Siam  sont 
demeurées  jus<{u'à  présent  sans  eflet,  et  nous  n'avons  pu  obtenir 
de  la  cour  de  liangkok  que  des  réponses  dilatoires. 

Vous  aurez  donc  à  réclamer  du  Gouvernement  siamois:  i"  la 
reconnaissance  de  nos  revendications  territoriales  sur  la  rive 
gauche  du  Mékong  ;  a»  les  réparations  dues  pour  les  incidents 
que  je  viens  de  rappeler,  ainsi  que  le  payement  d'une  indemnité. 

Au  cas  où  le  Gouvernement  siamois  se  refuserait  à  faire  droit 
à  ces  diverses  demandes,  vous  devriez,  à  l 'expiration  du  délai 
que  vous  auriez  fixé,  amener  le  pavillon  et  quitter  Bangkok  avec 
le  personnel  du  Consulat  général  et  les  navires  de  guerre  français 
qui  se  trouveraient  dans  le  port.  Vous  aviseriez  immédiatement 
le  Commandant  de  la  Division  Navale  qui  procéderait  sans 
retard  à  la  notification  et  à  l'établissement  du  blocus. 

CORDISR.  III.  —  8 


Il4  AFFAIRES    DE    SIAM 

Je  ni*cmprcssc,  d*aillours,  d'ajouter  que  Je  Gouvernement 
consor\o  Tespoir  qu'il  ne  sera  pas  iiéeessaire  de  recourir  à  des 
mesures  de  coercition,  et  qu'il  compte  sur  votre  tact  et  votre 
fermeté  pour  amener  la  cour  de  Bangkok  a  donner  satisfaction  à 
nos  légitimes  revendications. 

11  n'est  jamais,  vous  le  savez,  entré  dans  notre  pensée  de 
j)orler  atteinte  à  rindé|)endance  du  Siain.  Vous  pourrez,  si  vous 
le  jugez  utile,  vous  expliquer  nettement  à  cet  égard  avec  la  Cour 
de  Hangkok  et  vous  attacher  à  dissiper  les  craintes  qu'elle  aurait 
pu  concevoir  sur  nos  intentions.  J'appelle,  d'ailleurs,  votre 
attention  sur  l'intérêt  qui  s'attache  à  ce  que,  dans  les  pourpar- 
lers que  vous  aurez  à  suivre  à  Bangkok,  vous  vous  refusiez  caté- 
goriquement à  entrer  en  rap|)ort  a\ec  d'autres  |x»rsonnes  que  le 
Roi  ou  ses  Ministres  et  repoussiez  l'interxeiition  des  conseillers 
étrangers. 

Je  vous  serais  reconnaissant  de  me  tenir  très  exactement  au 
courant,  par  le  télégraphe,  de  la  marche  des  j)ourparlcrs  * . 

Le  8  juillet,  M.  Dcvelle  écrivait  à  M.  Pavie  : 

Le  Gonvernemenl  anglais  ayant  résolu  d'envoyer  plusieurs 
hâtiments  de  guern»  à  Bangkok,  en  vue  de  protéger  ses  natio- 
naux, nous  avons  décidé  de  renforcer  nos  forces  navales.  Veuillez 
annoncer  au  (jou\crnemenl  siamois  l'arrivée  de  navires  qui 
rejoindront  le  Lutin,  en  précisant  qu'il  s'agit  exclusivement 
d'une  mesure  identique  aux  disiM>sitions  dont  l'Angleterre  et 
d'autres  pays  ont  pris  l'initiative.  II  est,  d'ailleurs,  entendu 
(ju'on  ne  devra  engager  aucune  hostilité  sims  qu'il  nous  en  ait 
été  référé,  sauf  le  c^is  où  noshAtiments  seraient  attaqués  et  forcés 
ainsi  de  répondre  au  feu  de  l'ennemi. 

Le  gouvernement  siamois  répondit  (ii  juillet),  qu'il 
n'avait  reçu  du  gouvernement  anglais  aucune  notification  de 
son  intention  d'envoyer,  dans  le  Ménain,  \\ï\  autre  bAtinicnt 
que  la  canonnière  qui  s'y  trouvait  acliiellenient  dans  les 
mômes  conditions  que  le  Lutin  et  qu'il  pensait  que  la  France 
n'insisterait   pas  j)our    envoyer  un  second  navire  dans    le 

I.  Livre  j  au  HP,  p.  a. 


M.    LE    MYRE    DE    VILERS  I  l5 

fleuve.  M.  Dcvclle  répliquait  (i3  juillet)  que  la  France  se 
réservait  d'user,  à  sa  convenance,  des  droits  formels  qu'elle 
tenait  de  l'article  i5  du  traité  de  i856. 

L'article  i5  du  traitédu  i5  août  i85G, signé  avecIeSiam, 
à  Bangkok,  par  M.  de  Montigny,  porte  : 

Les  bAtiinents  de  guerre  français  pourront  pénétrer  dans  le 
fleuve  et  jeter  l'ancre  à  Paknain.  mais  ils  devront  avertir  l'auto- 
rité siamoise  pour  remonter  jusqu'à  Bangkok,  et  s'entendre  avec 
elle  relativement  h  l'endroit  où  ils  pourront  mouiller. 

Le  12  juillet,  le  gouvernement  siamois  déclarait  à  M.  Pavie 
qu'il  persistait  dans  son  refus  délaisser  remonter  nos  navires 
dans  le  Mé-Nam  et  que  dans  les  circonstances  présentes,  il 
ne  pouvait  consentir  à  ce  que  chaque  puissance  aitplusd'un 
batenu  dans  la  rivière. 

«  Fallait-il  passer  outre?  demandait  M.  Develle,  dans  la 
séance  de  la  Chambre  du  i8  juillet.  Fallait-il,  au  moment  où 
nous  pouvions  espérer  qu'il  serait  possible  d'obtenir  un  arran- 
gement de  nature  à  nous  donner  toute  satisfaction,  nous 
exposer  à  un  conflit  devant  la  ville  même  que  nous  n'avions 
pas  voulu  attaquer?  Le  gouvernement  ne  l'a  pas  pensé. 
L'amiral  Humann,  prévenu  par  M.  Pavie,  ne  l'avait  pas 
pensé  davantage.  Et  alors,  tout  en  réservant  de  la  façon  la 
plus  formelle  les  droits  que  nous  tenons  du  traité  de  i856, 
tout  en  déclarant  que  nous  entendions  nous  en  servir  à  notre 
heure  et  à  notre  convenance,  nous  avons  en  même  temps 
envoyé  des  instructions  à  nos  navires  en  leur  disant  de  ne 
pas  passer  la  barre  avant  nouvel  avis.  Les  communications 
télégraphiques  sont  si  irrégulières,  si  incertaines,  si  lentesavec 
Bangkok,  que  ces  télégrammes  ne  sont  pas  arrivés  à  temps.   » 

«  Cependant,  continuait  notre  ministre  des  Afllaires  étran- 
gères dans  cette  même  séance  de  la  Chambre,  le  gouverne- 
ment siamois  savait  —  M.  Pavie  le  lui  avait  déclaré  —  dans 
quelles  intentions  paciGques  étaient  envoyés  nos  navires  ;   il 


1l6  AFFAIRES    DE    SIAM 

savait  —  le  ministre  de  Siam  à  Paris  le  lui  avait  télégra- 
phié —  que  nous  avions  donné  Tordre  h  nos  navires  de  ne 
pas  dépasser  la  barre,  et  que,  par  conséquent,  si  le  soir  ils 
pénétraient  dans  le  fleuve,  ils  en  sortiraient  le  malin  ;  il  savait 
que  le  traité  de  i856  n'avait  pas  élé  dénoncé  et  qu'il  Tobli- 
geaità  laisser  monter  nos  bateaux  jusqu'à  Paknam.  Et  cepen- 
dant, il  a  donné  l'ordre  de  recevoir  nos  navires  à  coups  de 
canon,  et  cet  ordre  a  élé  exécuté  sans  avis  préalable  ni  som- 
mation d'aucune  sorte.  Dès  lors,  je  n'ai  pas  à  rechercher  si 
les  braves  commandants  de  nos  navires  auraient  dû  se  préoc- 
cuper des  avis  donnés  par  le  ministre  de  France  ou  s'ils  ne 
devaient  pas  exécuter  les  ordres  qu'ils  avaient  reçus  de  leurs 
chefs,  conformément  au  Irailé  de  i836.  Je  conslale  une 
chose,  c'est  qu'ils  ont  élé,  dans  cette  circonstance,  victimes 
d'un  odieux  attenta!,  victimes  d'une  violation  du  droit  des 
gens.  » 

AFFAIHE    DE    PAK-NAM,     l3    .11 ÎLLET     iSqS.    RÉCIT    OFFICIEL 

DU    MIMSTÈUE    DE    LA    MAU1>E 

Le  i3  juillet,  à  quatre  heures  et  demie  du  soir,  Vïnconslanl, 
commandé  par  le  capitaine  de  frégate  Bory*,  et  la  Comète,  com- 
mandée piir  le  lieutenant  de  vaisseau  Dartige  du  Fournet^,  arri- 
vaient devant  la  barre  du  Ménam,  où  la  Pallas,  croiseur  anglais 
commandé  par  le  capitaine  de  vaisseau  Mac  Leod,  et  un  navire 
siamois  à  roues  se  trouvaient  au  mouillage  en  dehors  de  la  barre, 
ainsi  que  le  J.-B.  Say,  petit  navire  des  Messageries  fluviales  de 
Cocliinchinc,  faisant  le  service  entre  Saigon  et  Bangkok  et  qui 
attendait  la  marée  pour  entrer. 

Pendant  que  V Inconstant  envoyait  sa  vedette  sonder  sur  la  barre 
avec  l'enseigne  de  vaisseau  Houard,  un  oflicier  de  la  Pallas  se 


I .    Victor  Rory,  capitaine  de  frégate. 

a.  Louis  liené-Charles- Marie  Dartige  du  Fournct,  lieutenant  de  vais- 
seau ;  inscrit  d'oHice  au  tableau  d*avancement  par  décision  du  aa  juillet 
1893. 


•  * 


AFFAIRE    DE    PAK-NAM  II7 

rendait  à  bord  de  ce  navire  pour  informer  le  commandant  Bory 
que  M.  Pavie,  le  ministre  de  France  au  Siam,  et  deux  ollicicrs 
du  L(i/m,  canonnière  franv^ise  mouillée  devant  Bangkok,  descen- 
daient la  rivière  et  qu'il  était  inutile  de  franchir  la  barre. 

Le  capitaine  de  port  siamois,  d'origine  européenne,  vint  |)rcs- 
queen  même  temps  faire  une  communication  identique.  Mais  sur 
le  refus  de  ce  fonctionnaire  de  lui  iudi({uer  l'heure  de  la  pleine 
mer  sur  la  barre,  le  commandant  Bory  le  congédia. 

Peu  après,  une  grande  chaloupe  à  vapeur  amena  à  bord  de 
ïlnconstant  un  enseigne  de  vaisseau  du  Lutin,  porteur  d'une 
dépèche  de  l'amiral  llumaim  prescrivant  au  commandant  Bory, 
d'après  les  instructions  reçues  de  Paris  après  son  départ  de  Saigon, 
de  franchir  la  barre  et  d'aller  mouiller  h  Paknam,  ainsi  que  le 
traite  de  i85()  nous  en  donnait  le  droit. 

A  la  vérilé,  il  avait  été  expédié  de  Paris,  ultérieurement  et 
d'après  les  assurances  pacifiques  présentées  par  la  légation  du 
Siam,  une  autre  dépêche  donnant  avis  à  nos  deux  canonnières 
de  rester  provisoirement  en  dehors  de  la  barre. 

Mais  les  irrégularités  et  les  interruptions  apportées  par  les 
Siamois  à  la  transmission  de  nos  dépèches  à  M.  Pavie  n'avaient 
pas  [lermis  à  ce  dernier  lélégramme  de  lui  parvenir  en  temps 
utile  :  c'est  ainsi  que  la  responsabilité  des  événements  du  1 3  juillet 
apiwrtient  tout  entière  au  gouvernement  du  Siam. 

Confiant  dans  son  droit,  le  commandant  Bory  se  disposa  à 
exécuter  les  ordres  qu'il  venait  de  recevoir,  sans  vouloir  croire 
que  les  Siamois  tenteraient  de  s'opposer  par  la  force  h  son  passage. 
A  l'heure  de  la  pleine  mer,  c'est-à-dire  vers  six  heures  et  demie, 
il  mit  en  marche  à  lo  nœuds  et,  suivi  de  la  Comète,  fit  route 
vers  la  barre,  l^e  J.-B.  Say  les  avait  précédés. 

A  six  heures  et  demie,  heure  du  court  crépuscule  tropical, 
comme  les  trois  navires  s'approchaient  de  la  première  lK)uée  de 
la  barre,  le  fort  de  la  pointe  Ouest  ouvrit  brusquement  le  feu  sur 
nos  canonnières  sans  autre  avertissement. 

Après  avoir  essuyé  deux  ienx  de  file  des  sept  pièces  de  ai  cen- 
timètres <pii  com[X)sent  l'armement  de  ce  fort,  le  commandant 
Bory.  qui  s'était  rapidement  mis  en  branlebas  de  combat  et 
avait  hissé  un  pavillon  en  tète  de  chaque  mAt,  lit  commencer  à 
riposter  à  celte  inqualifiable  agression. 

Aux  projectiles  du  fort,  qui  passèrent  tous  au-desSusou  à  l'ar- 
rière de  nos  bâtiments,  il  fut  répondu  par  des  obus  à  mitraille 
destinés  à  démonter  les  servants.  La  grande  distance  (4ooo  me- 


ii8 


AFFAIRRS    DE    ftlAM 


trcs  environ),  le  peu  de  visibilité  du  fort  très  peu  élevé  et  le 
rapide  déclin  du  jour  ne  permettaient  pas  un  tir  plus  effectif. 
On  a  su  depuis  que  la  garnison  du  fort  siamois  avait  été  assez 
éprouvée. 

Une  victime  aussi  inattendue  que  malheureuse  des  Siamois  fut 
le  J,-B.  Say,  auquel  un  projectile  ouvrit  une  voie  d*cau  qui 
Tobligea  à  aller  s'échouer.  Ce  petit  bâtiment,  désemparé,  vit 
déliler  à  côté  de  lui  Vlnconstant  et  la  Comète,  qui  continuaient 
leur  route  «  aussi  fiers  «jue  s'il  s'était  agi  d'une  parade  »,  a  dit 
dans  son  langage  imagé  le  capitaine  au  long  cours  Castelin, 
commandant  le  J.-B.  Say. 

Au  tournant  de  la  bouée,  nos  deux  canonnières  purent  recon- 
naître, aux  dernières  lueurs  du  jour,  la  nature  des  obstacles 
qu'ils  allaient  avoir  à  affronter.  A  la  hauleur  du  bateau-feu, 
situé  en  dedans  de  la  barre,  un  barrage  avait  été  constitué,  formé 
par  des  jonques,  de  forts  pieux  et  deux  navires  en  fer  coulés,  le 
tout  réuni  par  des  chaînes. 

Le  passage  laissé  libre,  de  quatre-vingts  mètres  environ,  était 
^arni  de  torpilles  dont  le  ])0sle  d'inflammation  se  trouvait  sur  im 
bateau  à  roues,  abrité  en  dedans  du  barrage.  De  plus,  en  amont, 
la  ilôt  le  siamoise  se  trouvait  rangée  sur  les  deux  bords  du  fleuve. 

Les  bâtiments  siamois  ou>  rirent  le  feu  dès  que  nos  navires 
furent  en  vue.  l*our  franchir  ce  redoutable  barrage,  le  comman- 
dant Bory  estima  à  juste  titre  qu'il  fallait  passer  le  plus  près 
possible  du  bateau-feu,  ce  qu'il  lit  en  le  laissant  à  quelques 
mètres  sur  sa  gauche,  tandis  qu'une  torpille  lixe  faisait  explosion 
à  une  certaine  dislance,  sur  sa  droite. 

La  Comète,  qui  suivait  à  3oo  nièlres,  passa  avec  le  même 
bonheur. 

Nos  navires  eurent  alors  affaire  avec  la  flotte  siamoise,  qui  les 
accueillit  au  passage  par  un  feu  nourri  d'artillerie  et  de  mou.sque- 
terie  ;  tous  ces  navires  avaient  reçu  des  troupes  ;  on  en  avait 
même  massé  sur  des  chalands  amenés  le  long  des  berges  et  der- 
rière des  murs  crénelés  sur  les  rives  ;  celte  mousqueterie  était 
armée  de  fusils  Manniicher  de  8  millimètres,  du  modèle  le  plus 
récent. 

Les  péripéties  de  ce  pelit  combat  na>al  furent  très  courtes  ;  le 
courant,  s'ajoulant  à  la  >ilesse  de  nos  canonnières,  leur  faisait 
rapidement  dépasser,  à  sept  heures,  les  bâtiments  siamois  dont, 
grâce  à  l'obscurité  naissante,  le  tir  fut  loin  d'être  aussi  meurtrier 
qu'on  eût  pu  s'y  attendre. 


AFFAIRE    DE    PAK-NAM  IIQ 

A  bord  de  Vlnconstant,  un  obus  de  6  centimètres  éclatant  sur 
un  bossoir  de  sa  vedette,  tua  le  maître-char|)entier  Gucguen  et 
blessa  le  gabier  Le  Gall  ;  le  fourrier  Falhun  et  le  matelot  de  pont 
Jean- Jacques  furent  également  atteints  par  des  éclats  d'obus  ou 
de  métal...  A  bord  de  la  Comète,  on  eut  à  déplorer  la  perte  de 
deux  canonniers»  Allonge  et  Jaouen,  tué  raides  à  leur  pièce  de 
balles  dans  la  tète. 

Quant  aux  dommages  éprouvés,  ils  se  sont  bornés  a  des  ava- 
ries sans  gravité  dans  le  gréement,  les  embarcations  et  Taccostil- 
lage. 

Pendant  ce  court  engagement,  V Inconstant  donna  en  passant 
un  coup  d*éperon  au  i\irbin  par  tribord  derrière  ;  l'équipage 
siamois  se  précipita  alTolé  vers  l'avant,  salué  du  feu  de  notre 
mousqneterie.  tandis  qu'un  obus  éclatait  au  milieu  du  navire, 
l'obligeant  à  aller  s'échouer  de  suite,  pour  éviter  de  sombrer. 

La  Coronation  et  le  Rnjah-Kuhman,  atteints  par  nos  projectiles  et 
menaçant  de  couler,  ont  également  du  s'échouer.  Le  Thoon 
Khranon,  navire-école,  dont  étaient  parties  les  salves  de  mousque- 
terie  qui  tuèrent  les  deux  canonniers  de  la  Comète,  reçut  aussi 
un  obus  en  plein  bois. 

Dans  ces  conditions,  le  commandant  Bory  n'hésita  pas  à 
remonter  jusqu'à  Bangkok  au  lieu  de  mouiller  sous  le  feu  des 
canons  des  forls  de  Paknam. 

A  sept  heures  et  demie,  Vlnconstant  et  la  Comète  passaient  à 
5oo  mètres  de  l'îlot  Paknam  et  essuyaient  pendant  cinq  minutes 
•le  feu  des  forts,  mais  sans  en  souffrir. 

Les  deux  navires  ont  riposté  par  un  feu  de  file  d'obus  à  la 
mclinite  qui,  bien  que  très  dillicile  à  diriger,  vu  leur  vitesse  et 
la  nuit  qui  s'était  faite,  très  sombre  et  sans  lune,  a,  paraît-il, 
produit  des  dégAts  dans  les  construclions  du  fort  de  l'Est. 

Depuis  Paknam  jusqu'à  Bangkok,  V Inconstant  et  la  Comète 
n'ont  plus  été  inquiétés  que  par  quelques  coups  de  fusils  isolés, 
tirés  des  rives  et,  à  neuf  heures  et  demie,  ils  mouillaient  auprès 
du  Lutin,  devant  la  légation  de  France. 

La  vedette  de  Vlnconstant,  que  l'action  engagée  sur  la  barre 
avait  fait  laisser  sur  rade,  regagnait  rapidement  son  navire  à 
minuit. 

Le  rapport  retrace  ensuite  les  péripHies  qui  ont  accompagne 
Péchouage  du  J.-B.  Say  *,  péripéties  racontées  par  le  rapport  du 

I.  Va|)cur  de  la  Compagnie  des   Messageries  fluviales  de  la  Cochin- 


I30  AFFAIRES    DE    SIAM 

cajiitaiuc  de  ce  bâtiment.  11  ajoute  que  Téquipage  s'est  trouvé, 
par  suite  de  ce  guct-apens,  appelé  h  prendre  part  malgré  lui  à 
une  action  militaire  accomplie  en  violation  du  droit  des  gens. 

Parmi  les  marins  qui  n'appartenaient  pas  à  la  marine  de 
guerre,  dit  le  rapport  oiïiciel,  il  faut  signaler  aussi  et  surtout  le 
capitaine  au  long  cours  Giquel,  des  Messageries  fluviales  de 
Cocliinchine,  qui  s'est  mis  s|K)ntanément  à  la  disposition  du 
commandant  liory  pour  l'aider  de  sa  coimaissance  pratique  du 
Mé-Nam.  11  n'a  pas  quitté  la  passerelle  de  V Inconstant  pendant 
toute  l'action  et  a  montré  un  sang-froid  et  un  coup  d'oeil  imper- 
turbables. On  sait  l'elTet  produit  sur  le  gouvernement  siamois 
par  ce  brillant  fait  d'armes. 


Le  Barifjkok  Times  raconte  ainsi  Tentrée  des  navires  fran- 
çais : 

Les  canonnières  siamoises  MaUixt-Rajakamor^  Morata,  ISirhin  et 
Ilaii-Halc-Snhni  stationnaient  à  la  barre,  le  matin  du  jeudi 
1 3  juillet,  attendant  l'arrivée  de  l'archiduc  François-Ferdinand 
d'Autriche  ;  mais  elles  étaient  réservées  à  un  rôle  plus  sérieux. 
A  cinq  heures  quinze,  à  un  moment  on  une  forte  pluie  gênait  la 
vision,  on  signala  deux  vaisseaux  de  guerre. 

Connue  on  attendait  l'arrivée  de  la  canonnière  anglaise  Linnet 
et  du  navire  allemand  U  o//*,  on  crut  tout  d'abord  qu'il   s'agissait  * 
de  ces  deux  navires.  Mais  on  ne  larda  pas  à  être  fixé.  L'Inconstant 
et  la  Comète  arrivaient,  pilotés  par  le  Jean-Baptiste-Say . 

Comme  ils  s'approchaient  da>antage,  le  fort  de  Chula-Chom- 
Klao,  où  commandait  le  com inodore  de  Kichelieu,  assisté  par  le 
capitaine  Von  llolck,  lira  trois  décharges  à  blanc  afin  de  les 
avertir  :  mais,  comme  ils  ne  tinrent  aucun  compte  de  cet  aver- 
tissement, le  fort  tira  dans  l'avant  de  V Inconstant,  qui,  sur  le 
moment  sembla  s'arrêter  et  hésiter. 

Mais  bientôt  l'Inconstant  et  son  compagnon  arborèrent  les  cou- 
leurs françaises  et  ré[)Iiquèrent  à  la  canonnade.  Lorsi^jue   le  fort 

chine,  qui,  en  temps  ordinaire,  faisait  le  service  entre  Saïgon  cl  Bangkok  ; 
construit  en  iî^77,  à  Nantes;  ses  dimensions  étaient  :  5o  mètres  de  lon- 
gueur, r»'»,0o  de  largeur  et  \  mètre»  de  tirant  d'eau  ;  déjilacemont  de 
968  tonnes  ;  machine  de  ^00  chevaux  ;  vitesse  10  nœuds  et  demi. 


AFFAIRE    DE    PAK-NAM  13  1 

lira  avec  tous  ses  canons  dans  l'obscurilé  ^randissanle,  les  canon- 
nières siamoises  se  mirent  aussi  à  parler.  A  ce  moment,  le  vais- 
seau pilote,  le  J.-B.  Say,  s'arrt^la  subitement  au  milieu  du 
fleuve  près  de  la  bouée  :  il  avait  été  atteint  au-dessous  de  sa 
ligne  de  flottaison. 

Le  spectacle  était  saisissant.  Les  ténèbres  commençanles  de  la 
nuit  étaient  déchirées  de  moment  en  moment  par  des  éclairs 
provenant  des  batteries  de  la  cote  et  montrant  l'ombre  beaucoup 
plus  épaisse  des  vaisseaux  ennemis,  avançant  de  leur  mieux.  Ni 
ïlnconstant  ni  la  Comète  ne  semblaient  trouver  leni\eau  du  fort, 
la  plupart  de  leurs  boulets  passant  au-dessus  ou  au-dessous. 
Lorsqu'ils  passèrent  devant  le  phare  flottant,  les  Siamois  firent 
sauter  une  mine  sous-marine;  mais  les  ennemis  étaient  encore  à 
distance. 

Nos  navires  continuèrent  leur  marche  au  milieu  des  jon(|ues 
coulées  préalablement  pour  barrer  le  passage. 

C'est  alors  que  le  Makut-Rajakumor  et  le  Morata  bavèrent  leurs 
ancres  et  s'avancèrent  sur  les  ennemis.  Le  commandant  Guldberg, 
du  Maknt-Rnjakumor,  se  comporta  vaillanunent  avec  son  vais- 
seau ;  l'ingénieur  Smart  se  signala  en  servant  les  canons  du 
Maknt\  il  fut  jeté  par-dessus  bord  par  un  màt  qui  tombait,  mais 
parvint  à  s'échapper. 

Les  destructions  opérées  par  les  canons  de  précision  modernes 
et  à  tir  rapide  des  Français  démontrent  pleinement  leur  supé- 
riorité sur  les  armes,  plus  anciemies,  des  Siamois.  Un  obus  à  la 
mélinite  traversa  les  parois  du  Makui  et  éclata  à  l'intérieur,  cau- 
sant la  mort  de  trois  hommes  et  de  nombreuses  blessures. 

Le  Moralay  commandé  par  le  capitaine  (Christ mas,  tenta  éga- 
lement de  s'opposer  à  la  marche  en  avant  des  vaisseaux  français: 
mais  il  fut  forcé  de  reculer  et  fut  atteint  par  un  obus  de  mélinite 
à  bâbord,  au-dessus  de  la  ligne  de  flottaison.  Les  canons  du 
Morata  avaient  été  mis  hors  de  service  par  leurs  propres  décharges. 
Le  capitaine  n'échappa  que  par  miracle  à  la  mort  au  moment  où 
il  se  trouvait  sur  le  |X)nt.  La  canonnade  ne  cessa  linalement 
qu'à  sept  heures  du  soir. 

Le  Commodore  de  Uichelieu  avait  donné  l'ordre  de  |M)ursuivrc 
les  vaisseaux  français  dans  le  fleuve  quand  ils  auraient  forcé  le 
passage  et  de  les  aborder  sans  se  préoccuper  des  consé([uences. 
Il  .se  rendit  à  Bant^kok  afin  d'aller  à  bord  du  Mnhnchakkri  cl  de 
prendre  part  à  cette  opération,  qui  fut  contremandée  par  la  direc- 
tion des  aflaires  étrangères. 


laa  AFFAIRES    DE    SI\M 


RÉCIT    d'un    TKM01.\    OCULAIRE 


Je  dois  ce  récit  à  l'obligeance  d'un  de  mes  amis  qui  a  pris 
part  à  Taffaire  de  Pak-nam  *. 

Il  y  tivait  déjà  longtemps  que  nous  avions  une  canonnière, 
le  Lutin,  à  Bangkok,  à  cause  de  la  cpieslion  de  la  frontière  Sia- 
moise-Cambodgienne, et  celte  question  avait  pris  un  caractère  si 
aigu,  que  le  bruit  courait  à  Saigon  que  le  Lutin  ne  pouvait  plus 
sortir  de  la  rivière  siamoise,  et  il  y  avait  même  des  gens  sérieux 
qui  le  croyaient, 

Les  Anglais'y  avaient  aussi  une  canonnière,  le  Swift,  etils  avaient 
un  croiseur,  la  /^i/Zn**,  devant  la  barre  de  l'entrée,  pour  protéger 
les  Européens  contre  une  alta([ue  des  Cliinois  :  tel  était  en  tous 
cas  le  motif  ollicic»!  dv  la  présence  de  ces  navires.  Mais  comme 
les  Anglais  se  préparaient  à  envoyer  de  nouveau  d'autres  navires, 
toujoius  dans  le  même  but,  l'amiral  Humann  |)ensa  qu'il 
serait  peut  être  bon  d'y  avoir  aussi  quelques  navires  français. 
11  ordonna  à  VInconstant  (Commandant  Ikïrv),  et  à  la  Comète 
(ConuuandanI  Darlige  du  Fournel).  de  rallier  le  Lutin  et  il 
prévint  les  Siamois  de  la  dale  de  leur  arrivée. 

Sur  la  pointe  extrême  de  la  ri>ière  droite  se  trouve  un  fort, 
armé  de  sept  canons  Armslrong  de  17  centimètres  :  sur  l'île  de 
Paknam  se  Irouvc  un  autre  fort,  armé  de  treize  pièces  dont  neuf 
canons  Armslrong  de  17  a  ii  centimètres,  et  sur  la  rive  gauclie, 
il  y  a  aussi  (pielques  petits  forts,  qui  sont  armés  d'une  vingtaine 
de  canons. 

Comme  on  le  voit  sur  la  carte,  il  y  a  très  peu  d'eau  dans  la 
rivière,  et  les  Siamois  ayant  coulé  un  tas  de  jonques  cliargées 
de  pierres  et  réunies  par  des  chaînes,  le  clienal  n'avait  plus  que 
200  mètres  de  large. 

En  dehors  de  ce  chenal  se  trouvait  une  assez  grande  quan- 
tité do  torpilles  de  fond,  et  en  dedans  la  ilolte  siamoise  com- 
|>osée  de  neuf  navires,  dont  les  plus  grands  sont  leA/a/i«/ (Capit. 
(luldherg)  et  la  Corowition  (Lient.  Chrislmas)  respectivement  de 
800  et  de  /|5o  tonneaux  et  armés  de  8  et  de  5  canons.  Les  na- 
vires siamois  n'étaient  certainement  pas  de  construction  récente, 

I.   Voir  le  croquis  ci-joint. 


mais  ils  étaicnl  9  cnntnr  a  Frantais.  Les 
foris  au  contraire  fionl  nonvcllcmcnt 
construits  et  il  faullospaïst-r  àAoo  mé- 
tros. Enfin,  les  torpilles  et  les  jonqin» 
coiik'es    formaieut  des  obsUicIcs  osifoï  ' 

Les  d«iix  navires  français  élaient  : 
L' Inconstant,    4  canonï  de   i^  cen- 
tinièlit-s;  3  canons  de  10  ccnliuièlros: 
Cca  rions  n-vol  vers; 

La  Comète,  a  canons  de  i/i  cenltiiiè- 
Irra  :  a  canons  de  ro  cen  limé  Ires  ;  A 
canons  revolvers. 

Ce  sont  d«  vieux  baleaiix  (;n  bois 
sans  aucntic  proleclion.  nanf  }es  nins- 
ques  des  raiions  ;  Hnssi  l'on  avait  prniln 
les  hamacs  verticalement  sur  les  lilièrcs 
des  tentes  pnnr  prot^^er  nu  [>eu  les 
hommes  sur  le  jioiit  contrn  le  Ton  des 
petites  armes  et  l'on  aiail  pi'udn  les 
chaînes  à  l'extérieur  par  le  travers  îles 

Nos  deux  kaleaut  arrivaient  devant 
la  barre  à  ^  heures  ,'io  du'soir.'el  la 
l'atlan  envova  aus.sitàt  un  ollîcier  à  bord 
de  VInconstnnt  pour  provenir  le  Com- 
mandant ilor)-  ipie  le  uiinistre  fran^-nis 
à  Bangkok.  M.  Pavie.  ne  voulait  pas 
(pi'il  remonlAt  ta  rivitrc,  niais  le  com- 
mandant Bory  n'avait  pas  le  teni|w  de 
recevoir  l'oiricier  anglais. 

l'eu  après,  arrivait  nu  ollicïer  du 
Lutin  avec  des  diîpôclies  de  M.  l'avie. 
mais  il  V  en  avait  une  telle  <|uanlilé 
que  le  Commandant  Uorv  hii  réiMiiidit 
qu'il  n'avait  gias  le  lom]M  de  lire  main- 
tenant toutes  ces  pa|>erasses  :  paruLÎ 
elles  se  troutait  un  onlrc^l'orinel  nu 
commandant  de  rester  en  dehors  de  la 

Ne  connaissant  pas  la  rivière,  ce  der- 


\2\  AFFXIUES    DE    SIAM 

nier  avail  coriiiiie  pilolc  l(*  capitaine  du  J.  B.  Say,  un  petit  va- 
peur, (|ui  a  fait  pendant  huit  ans  le  voyage  de  Saïfçon  à  Bangkok. 
Ce  bateau  montait  en  tète  de  la  force,  car  il  y  avait  un  second 
capitaine  à  bord  et  de  plus  un  |)ilole  de  la  rivière. 

Vers  5  heures  /j5,  on  se  mit  en  route  pour  la  barre.  Quand 
nos  deux  bateaux  furent  à  fi  milles  du  fort,  celui-ci  tira  deux 
cou|)s  à  blanc,  mais  comme  ils  n'avaient  fait  aucun  effet,  il 
envoya  un  projectile  sur  l'avant  du  ./.  li.  Say.  Un  second  obus 
éclata  sur  le  bossoir  de  V Inconstant  et  un  éclat  tua  le  maître 
charpentier. 

Voyant  alors  qu'on  était  décidé  à  défendre  le  passage,  le 
Commandant  Hory  rappela  aux  postes  de  combat  et  hissa  le 
signal  :  Suivez-moi  ;  le  petit  pavois  fut  hissé,  et  les  deux  bateaux 
continuèrent  leur  route  tout  en  ripostai nt  très  vivement  au  fort. 
Celui-ci  recevait  pas  mal  d'obus  à  la  mélinite,  malheureusement 
tous  n'éclataient  pas,  (juelques-uns,  disait-on,  étant  trop  vieux. 

Les  obus  siamois  passaient  prestjue  tous  au-dessus  de  nos 
bateaux;  l'un  d'eux  lit  un  trou  dans  la  coque  du  J.  B.  Say,  qui 
dut  se  mettre  sur  la  ri\e  gauche  [X)ur  ne  pas  couler. 

Les  navires  siamois  commencèrent  aussi  h  tirer,  mais  leurs 
canons  étant  mal  pointés,  les  Siamois  furent  obligés  de  quitter 
leurs  pièces,  à  mesure  (|ue  nos  deux  bateaux  s'approchaient,  car 
nos  canons-revolvers  balavaient  leurs  ponts. 

Quand  V Inconstant  et  la  Comète  eurent  franchi  les  jonques,  le 
Maknt  et  la  Coronation  appareillèrent,  sans  doute  pour  mieux 
servir  leurs  pièces,  mais  le  premier  fut  criblé  d'une  bordée  à 
bout  portant,  et  le  second  faillit  être  coulé  par  Vlnconsiant.  Au 
dernier  moment,  le  Conunandant  Borv  changea  d'avis,  passa  au 
ras  du  gui  de  la  Coronation  et  en  l'enlilant.  lui  envoya  (juelques 
bons  obus  à  mitraille  -  de  la  sorte,  les  deux  Siamois  ne  furent 
plus  capables  de  le  suivre. 

()uant  aux  torpilles,  il  v  en  eut  une  (pii  sauta  au  moment  du 
passage,  mais  à  une  distance  de  :i()o  mètres  de  Vlnconsiant  ;  il 
parait  ([ue  l'on  a\ait  coupé  les  conduits,  de  sorte  que  les  autres 
tor[)illes  ne  fonctionnèrent  pas.  La  nuit  ne  permettait  pas 
heureusement  au  fort  de  Paknam  de  voir  nos  bateaux  à  une 
grande  dislanci',  tandis  (pie  nous  le  voyions  très  bien,  aussi  pen- 
dan1  que  les  obus  siamois  tombaient  à  l'eau,  les  nôtres  faisaient 
un  véritable  déi^At  dans  U*  fort.  —  Je  \i(Mis  de  lire  dans  un 
journal  de  Hong  Kong  (jue  Madame  Christmas,  qui  se  trouvait 
dans  le  fort,  a  failli  être  tuée  a>ec  sa  lille. 


ULTIMATUM  I  a5 

Mais  les  timillenrs  siamois,  qui  olaienl  caclirs  dans  les  brous- 
sailles le  long  de  la  l)erp;e,  avaient  an  contraire  très  beau  jeu  : 
ils  tiraient  sur  nos  bateaux  |)res(jue  à  bout  |)ortant  et  nous 
eûmes  bientôt  à  re^^^-etter  la  perte  de  deux  canonniers  tués  à 
bord  de  la  Comète  :  Vliwonslant  eut  deux  blessés. 

Les  Siamois  a> aient  aj  tués  et  Mj  blessés,  et  deux  de  leurs 
navires  dans  un  état  pitoyable  (l'un  deux  faillit  couler  dans  la 
nuit  à  cause  d'un  grand  trou  dans  la  flottaison).  C'eut  été,  sans 
aucun  doute,  cliosc  facile  de  détruire  toute  la  flotte  et  même  les 
forts,  dont  le  front  Nord  n'est  pas  protégé,  mais  comme  le  but 
d'aller  à  Bangkok  était  atteint,  le  Commandant  Bory  continua 
tranquillement  sa  route  et  V Inconstant  et  la  Comète  mouillèrent 
en  face  de  la  Légation  de  France,  à  lo  beures. 

Le  lendemain  malin  eut  lieu  une  conférence.  Le  Comman- 
dant Bory  voulait  continuer  et  surtout  faire  couler  le  nouveau 
croiseur  siamois  Afaha  Chakkri,  qui  avait  été  tout  le  temps 
amarré  en  face  du  palais  du  roi,  paré  à  embarquer  son  trésor  et 
ses  femmes,  tandis  que  M.  Fa  vie  était  de  l'avis  qu'on  avait  déjà 
assez  fait.  Tout  le  monde  regretta  sincèrement  cette  décision, 
car  un  jour  ou  l'autre,  il  faudra  recommencer. 

Les  deux  commandants  Bory  et  Dartige  du  Fournet  ont  été 
portés  sur  le  tableau  d'avancement  et  l'on  a  promis  la  croix  au 
brave  capitaine  Giquel,  qui  a  si  bien  piloté  ï Inconstant.  Le 
For/îïi/ est  arrivé  le  i4  juillet  à  lo  b.  du  matin,  mais  il  a  dû 
rester  devant  la  barre  à  cause  de  son  grand  tirant  d'eau. 

Quand  l'ultimatum  eut  été  refusé  par  les  Siamois,  M.  Pavic 
quitta  Bangkok  le  a6  avec  les  trois  navires  et  le  blocus  fut 
déclaré  ;  l'Amiral  arriva  au  golfe  de  Siam  avec  le  reste  de  la 
division  et  encore  quelques  navires  armés  à  Saigon,  de  sorte 
que  nous  finissons  par  avoir  une  escadre  de  9  navires  et  a 
tor|)illeurs  de  seconde  classe.  En  outre  le  Papin  est  arrivé  de 
France,  sans  toutefois  rallier  l'escadre. 

Devant  ces  préparatifs,  les  Siamois  ont  dû  céder,  et  le  a  août, 
on  a  reçu  un  télégramme  de  Paris,  disant  que  l'ultimatum 
avait  été  accepté. 

L'amiral  va  probablement  arriver  ici  avec  l'escadre  vers  le  1 5  août. 


ULTIMATUM,     20   JUILLET 

M.  Deveilc  envoyait  à  M.  Pavic  la  lettre   suivante  conte- 


ISG  AFFAIRES    DE    SIAM 

nant  les  termes  de  ruilimatum  que  celui-ci  devait  remettre 
au  gouvernement  siamois  : 

Paris,  le  19  juillet  iSgS. 

Nous  sommes  aujourd'hui  en  mesure  d'apprécier  la  gravité 
des  récents  incidents  et  les  responsabilités  nouvelles  qui  sont 
venues  s'ajouter  h  celles  que  le  Gouvernement  siamois  avait 
déjà  encourues  vis-à-vis  de  nous.  Nous  étions  en  droit  de  penser 
(jue  la  Cour  de  Bangkok  serait  la  première  à  se  rendre  compte 
de  cette  situation.  Vos  dernières  dé[>éches  indiquent  au  contraire 
que  Ton  persiste  au  Siam  dans  l'attitude  dilatoire  opposée 
jusqu'ici  à  nos  légitimes  revendications  et  que  nous  ne  saurions 
tolérer  plus  longtemps. 

Veuillez  vous  rendre  immédiatement  au|)rès  du  prince 
Dcvawongse.  Vous  lui  signalerez  ime  dernière  fois  les  consé- 
quences auxquelles  son  Gouvernement  —  dont  nous  n'entendons, 
d'ailleurs,  à  aucun  degré  menacer  l'indépendance,  —  s'exposerait 
en  ne  nous  accordant  pas  immédiatement  satisfaction.  Enfin, 
vous  lui  remettrez  une  communication  ainsi  conçue  : 

«  Le  Gouvernement  français  exige  : 

1**  La  reconnaissance  formelle  par  le  Siam  des  droits  de  l'Em- 
pire d'Anriam  cl  du  Royaume  de  Cambodge  sur  la  rive  gauche 
du  Mékong,  et  sur  ses  îles  ; 

2"  L'évacuation  des  j)ostes  siamois  établis  sur  la  rive  gauche  du 
Mékong,  dans  un  délai  qui  ne  jK)urra  excéder  im  mois  ; 

3"  Les  satisfaclions  que  com[K)rtent  les  incidents  de  Tong- 
Xieng-Kham  et  de  Cam-Mon  et  les  agressions  dont  nos  navires 
et  nos  marins  onl  été  l'objet  dans  la  rivière  du  Ménam  : 

l\^  [jQ  châtiment  des  coupables  et  les  réparations  pt»cuniaires 
due^s  aux  familles  des  victimes  : 

5"  Lue  indemnité  de  deux  millions  de  francs  pour  les  divers 
dommages  causés  à  nos  nationaux  ; 

G°  Le  dépôt  immédiat  d'une  somme  de  trois  millions  de  francs 
en  piastres  j>our  garantir  ces  réparations  pécuniaires  et  ces 
indemnités,  ou.  à  défaut,  la  remise  à  titre  de  gage  de  la  percep- 
tion des  fermes  et  revenus  des  provinces  de  Battambang  et  de 
Siem-Ueap. 

Le  Gouvernement  siamois  devra  faire  connaître  dans  un 
délai  de  (juarante-huit  heures  s'il  accepte  ces  conditions.  Dans  ce 
cas,  l'accord  sera  constaté  par  un  écliangc  de  lettres  entre  le 
Prince  Devawongse  et  le  Ministre  de  France. 


ULTIMATUM  12'] 

A  défaut  do  réponse,  ou  en  cas  de  refus,  a  l'expiration  dudit 
délai,  le  Ministre  de  France  quitlera  Bangkok  et  se  retirera  à 
bord  du  Forfait. 

Le  blocus  sera  inimédiatenienl  déclaré  sur  les  côtes  du  Siam. 

Si  dans  le  trajet  de  Bangkok  à  la  barre  un  acte  bostile  se  pro- 
duit contre  nos  canonnières,  le  Gouvernement  siamois  est  avisé 
qu'il  s'expose  à  des  représailles  inunédidtes.  » 

Si  vous  n'avez  jxis  reçu  une  réponse  satisfaisante  dans  les 
formes  expresses  indiquées  |)lus  haut,  à  rex|)iration  du  délai  de 
quarante-huit  heures,  vous  rejoindrez  le  Forfait  avec  les  trois 
canonnières  après  avoir  prévenu  l'amiral  Ilumann,  qui  reçoit  de 
son  côté  les  instructions  nécessaires. 

J'ai  la  confiance  que  votre  expérience  et  votre  dévouement 
vous  permettront  de  vous  acquitter  de  votre  mission  dans  les 
conditions  les  plus  propres  à  ménager  tous  les  intérêts  (pii  se 
recommandent  à  notre  sollicitude  dans  les  circonstances  actuelles. 

J .  Dkvelle  ' . 

L'ultimatum  était  remis  le  20  juillet  parM.  Pavic.  Le  23, 
notre  ministrcà  Bangkok ,  n'ayant  pas  reçu  satisfaction,  remet- 
tait la  protection  des  intérêts  français  au  consul  général  des 
Pays-Bas,  M.Keun  de  Hoogewoerd,  amenait  son  pavillon  et 
quittait  Bangkok  le  26  juillet. 

Le  29  juillet,  le  prince  Vadhana,  ministre  de  Siam  h  Paris, 
se  présentait  le  matin  chez  M.  Devellc,  ministre  des  afiiûrcs 
étrangères  et  lui  faisait  savoir  que  le  gouvernement  du  Siam, 
en  présence  des  mesures  décidées  par  la  France,  acceptait 
sans  restrictions  ni  réserves  Tultimatum  du  20  juillet  ;  le 
même  jour,  le  prince  Vadhana  confirmait  sa  communication 
verbale  par  la  lettre  suivante  : 

Mon  Auguste  Souverain,  S.  M.  le  Roi  de  Siam,  ayant,  avec 
de  sincères  regrets,  constaté  que  la  réponse  faite  par  son  Ciouver- 
nement  à  la  Note  comminatoire  du  -jo  juillet  dernier  et  aux 
conditions  à  lui  inqx)sées  par  celle-ci  fut  considérée  conmie  ne 
donnant  pas  toutes  les  satisfactions  (}ue  le  Gouvernement  de  la 

I.  Livre  jaune ^  p.  G. 


ia8  AFFAIRES    DE    SIAM 

République  réclamait,  j'ai  été  chargé  par  mon  Gouvcrnomont  de 
porter  h  la  connaissance  do  Voire  Excellence  que  S.  M.  le  Roi  de 
Siani,  inspiré  par  les  meilleurs  sentiments  d'amitié  ])Our  la 
France,  acceptait  sans  réserve,  les  réclamations  du  Gouverne- 
ment de  la  République. 

Je  viens  confirmer  par  les  présentes,  ce  que  j'ai  eu  l'honneur 
de  communiquer  verbalement  à  Voire  Excellence  au  cours  de 
l'entrevue  qu'EUc  a  bien  voulu  m'accorder  ce  matin,  et  je  viens 
préciser,  autant  que  possible,  les  motifs  qui  avaient  amené  S.  M. 
le  Roi  à  accepter  définitivement  les  conditions  de  la  France. 
C'était  : 

i"  Pour  apaiser  el  mettre  fin  h  l'excitation,  de  jour  en  jour 
grandissante,  de  la  population  de  Bangkok,  excitation  qui 
menaçait  la  vie  et  la  propriété  des  indigènes  connue  des  étran- 
gers ;  , 

2^  Pour  le  repos  et  le  bonheur  de  son  peuple  ; 

3"   Pour  le  maintien  de  la  paix  ; 

li°  Pour  sauvegarder  les  intérêts  du  commerce  ; 

5"  Pour  renouveler  les  relations  diplomatiques  à  Bangkok 
entre  le  Siam  et  la  France,  relations  interrompues  d'une  façon 
regrettable  ; 

C}^  Pour  7'eprendre  les  traditions  d'un  amical  et  cordial  voisi- 
nage, et  dans   l'intérêt  des  deux  nations. 

Je  me  félicite  d'avoir  l'honneur  de  porter  ce  qui  précède  à  la 
connaissance  de  V  olre  Excellence,  et  je  ne  doute  ]X)int  ([ue  le 
Gouvernement  de  la  Ré])ublique.  pour  mettre,  de  son  càté,  fin 
au  dilTérend  ([ui  s'est  élevé  entre  le  Siam  et  la  France,  ne  donne 
les  conlre-ordn»s  nécessaires  en  ce  qui  concerne  le  blocus  que 
la  (lotte  française,  actuellement  dans  le  golfeUe  Siam,  se  prépa- 
rait à  établir  '. 

En  réponse  à  racceptation  ])ure  et  simple  de  rultiniatum, 
M.  Develle  adressait  la  note  suivante  au  gouvernement  sia- 
mois, note  qui  fut  lélégVaphiée  au  consul  général  de  Hollande 
à  Bangkok. 

Paris,  3o  juillet  iSgS. 
Le  relard   apporté  par   le  gouvernement  siamois   h  accepter 

I.   Livre  jaune,  |».  y. 


ULTIMATUM  I2g 

rulliinalum  qui  lui  a  élc  remis  par  le  ministre  résident  de 
France  à  Bangkok  le  ao  juillet  autorisait  le  gouvernement 
de  la  République  française  à  en  aggraver  les  conditions. 

Désireux  de  donner  une  nouvelle  preuve  des  sentiments  de 
modération  qui  Tout  constannnent  inspiré,  le  gouvernement 
français  se  contentera,  comme  garantie  indispensable  de  l'exécu- 
tion pratique  des  clauses  de  l'ultimatum,  d'occuper  la  rivière  et 
le  port  de  Cbantaboim  jusqu'à  la  complète  et  pacifique  évacua- 
tion des  postes  établis  par  les  Siamois  sur  la  rive  gauche  du 
Mékong. 

D'autre  part,  en  vue  de  garantir  les  bonnes  relations,  heureu- 
sement rétablies  entre  la  France  et  le  Siam  et  de  prévenir  tout 
conflit  dans  la  région  du  Grand-Lac  et  du  Mékong,  le  gouverne- 
ment siamois  s'engagera  à  n'entretenir  désormais  aucune  force 
militaire  à  Hattambang  et  à  Siem-Reap,  ainsi  que  dans  les  loca- 
lités situées  dans  un  rayon  de  35  kilomètres  sur  la  rive  droite 
du  Mékong  à  partir  des  frontières  du  Cambodge. 

Il  y  maintiendra  seulement  le  personnel  de  police  nécessaire 
pour  assurer  l'ordre.  En  outre,  il  s'abstiendra  d'entretenir  ou  de 
faire  circuler  des  navires  et  embarcations  armés  dans  les  eaux  du 
Grand-Lac  et  celles  du  Mékong. 

Le  gouvernement  français  se  réserve  d'établir  des  consulats  à 
M'Nan  et  à  Khorat. 

L'acceptation  par  le  Siam  de  ces  garanties  permettra  au  gou- 
vernement français  de  kver  immédiatement  le  blocus. 

Jules  Develle  *. 

Le  gouvernement  siamois  accepta  les  garanties  complé- 
mentaires ainsi  réclamées  par  le  gouvernement  français  et,  le 
I®'  août,  au  matin,  le  prince  Vadhana  se  rendait  au  minis- 
tère des  aflaircs  étrangères  pour  faire  part  à  M.  Develle  delà 
décision  de  son  gouvernement.  M.  Le  Myrc  de  Vilcrs,  qui 
attendait  à  Singaporc  le  résultat  des  négociations,  était  prie 
(i***  août),  dès  que  le  Siam  eut  accepté  les  conditions  de 
notre  ultimatum,  de  se  rendre  directement  à  Bangkok  pour 
conclure  un  arrangement  définitif  avec  les  Siamois.  M.  Le 

I.  Livre  jaune ^  p.  lo. 

GORDIER.  lïL  —  9 


l3o  AFFAIRES    DE    SlAlf 

Myre  de  Vilers  s'embarqua  sur  le  Papin  et  arriva  à  Bangkok 
le  i6  août. 

Dès  le  5  août,  le  blocus  des  côtes  du  Siam,  établi  le 
26  juillet,  à  5  heures  du  soir,  était  levé  et,  le  8  août, 
M.  Pavie*  rentrait  à  Bangkok  sans  Famiral  Humann  ;  il  fut 
salué  d'une  salve  de  treize  coups  de  canon  par  les  forts  de 
Pak-nam  ;  V Alouette  rendit  les  saluls  ;  le  drapeau  tricolore 
était  arboré  de  nouveau  sur  la  légation,  et  le  soir  même, 
M.  Pavie  faisait  une  visite  au  ministère  des  affaires  étran- 
gères. 

Le  29  septembre,  M.  Le  Myre  de  Vilers,  souffrant,  fati- 
gué des  tergiversations  et  de  la  mauvaise  foi  des  Siamois, 
remit  au  prince  Devawongse  le  texte  du  traité  qu'il  lui  pro- 
posait, en  déclarant  que  si  les  termes  n'en  étaient  pas  accep- 
tés dans  les  quarante-huit  heures,  il  partirait.  Le  ministre 
siamois,  acculé,  n'ayant  pas  le  temps  de  consulter  Londres, 
céda  et  le  traité  suivant,  signé  le  3  octobre  ',  dans  les  termes 
mômes  de  M.  Le  Myre  de  Vilers,  consacra  la  victoire  diplo- 
matique de  notre  énergique  représentant. 


I.  Pavie,  Auguste- Jean- Marie,  né  le  3i  mai  1847;  «"cicn  commis 
principal  des  postes  et  télégraphes  en  Cochinchine  ;  vice-consul  de 
seconde  classe  à  Luang-Prabang,  11  novembre  i885  ;  de  i"  classe, 
16  mars  1S88;  consul  de  seconde  classe  et  commissaire  du  Gouverne- 
ment de  la  République  pour  le  règlement  des  questions  de  frontières  en 
Indo-Chine,  3o  octobre  1889:  consul  général  chargé  d*afl*aircs  à  Bangkok, 
ai  décembre  1891  ;  chargé  des  fonctions  de  ministre  résident  à  Bangkok, 
i5  février  1892  ;  commissaire  général  du  Gouvernement  de  la  République 
au  Laos,  5  janvier  1894  ;  chargé  de  la  délimitation  de  la  frontière  avec 
la  Chine  du  fleuve  Rouge  au  Mékong  ;  commissaire  du  gouvernement 
français  à  la  commission  franco -anglaise  du  Haut-Mékong,  1892-95  ;  en 
mission,  11  juin  1896  ;  ministre  plénipotentimire  de  a^  classe,  10  janvier 
1890  ;  commandeur  de  la  Légion  d'honneur,  17  novembre  1896. 

a.  Voir  pour  ce  chapitre  et  le  suivant  :  Siam,  n"  i  (1894).  —  Cor- 
respondence  respectiug  the  Affairs  of  Siam.  Presented...  August 
189!^.  London  [C. — 7395J,  in-fol. 


TRAITÉ    DU    3    OCTOBUE     iSqS  i3i 


TR\ITÉ    DU    3    OCTOBRE     I  (SgS 

Traité  conclu  le  3  octobre  i8()3  entre  le  (mou reniement  de  la 
RépubU(]ue  française  et  le  (iouvernement  de  Sa  Majesté  le  Roi  de 
Siam. 

Le  Présidkxt  de  l\  République  française  et  Sa  Majesté  le 
Roi  de  Siam,  voiilaiil  inellrc  un  terme  aux  conlestalions  sur- 
venues dans  ces  derniers  temps  entre  les  deux  Ltats  et  consolider 
les  relations  d'amitié  ([ui  existent  depuis  des  siècles  entre  la 
France  el  le  Siam,  ont  nommé  j)our  leurs  plénipotentiaires  : 

Le  Président  de  la  République  française,  M.  Charles-Marie 
I^E  M\RE  de  V  ILEUS,  (irand-Ollicier  de  la  Léirion  d'Honneur  el 
de  TElépliant  RIanc,  Ministre  plénipotenliaire  de  première  classe, 
député, 

Et  Sa  Majesté  le  Roi  de  Siam,  Son  Altesse  Royale  le  Prince 
Devawongse  Varoprakar,  Chevalier  de  l'Ordre  de  Maha  (^hakrkri, 
Grand-Oriicier  delà  Légion  d'Honneur,  etc..  Minisire  des  AITaires 
étrangères, 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs  et  les 
avoir  reconnus  en  due  el  bonne  forme,  sont  convenus  des 
articles  suivants  : 

Article  P*".  —  Le  Gouvernement  siamois  renonce  à  toute  pré- 
tention sur  l'ensemble  des  territoires  de  la  rivef,'auchedu  Mékong 
el  sur  les  îles  du  fleuve. 

Art.  il  —  Le  (iouvernement  siamois  s'interdit  d'entretenir  ou 
de  faire  circuler  des  embarcations  ou  des  Imliments  armés  sur 
les  eaux  du  Grand  Lac,  du  Mékong  et  de  leurs  affluents  situés 
dans  les  limites  visées  i'i  l'article  suivant. 

Art.  IIL  —  Le  (Gouvernement  siamois  ne  construira  aucun 
poste  fortifié  ou  établissement  militaire  dans  les  provinces  de 
Battainbang  et  de  Siem-reap  et  dans  un  rayon  de  vingt-cinq 
kilomètres  sur  la  rive  droite  du  Mékong. 

Art.  IV.  —  Dans  les  zones  visées  par  l'article  HL  la  j>olice  sera 
exercée  selon  l'usage,  par  les  autorités  locales,  avec  les  contingents 
slriclcinent  nécessaires.  Il  n'y  sera  entretenu  aucune  force  ar- 
mée régulière  ou  irrégulière. 

Art.  V.  —  Le  Gouvernement  siamois  s'engage  à  ouvrir,  dans 
un  délai  de  six  mois,  des  négociations  avec  le  Gouvernement 
français  en  vue  du  règlement  du  régime  douanier  et  commercial 


iSa  AFFAIRES    DE    SlAM 

des  territoires  visés  h  rarticlc  III  et  de  la  revision  du  trailé 
de  i85C.  Juscjn'h  la  conclusion  de  cet  accord,  il  ne  sera  pas 
établi  de  droit  de  douane  dans  la  zone  visée  à  rarliclelll.  La  réci- 
procité continuera  à  être  accordée  par  le  Gouvernement  français 
aux  produits  de  la  dite  zone. 

Art.  VI.  —  Le  développement  de  la  navigation  du  Mékong 
pouvant  rendre  nécessaires  sur  la  rive  droite  certains  travaux  ou 
l'établissement  de  relais  de  batellerie  et  de  dépôts  de  bois  et  de 
charbon,  le  Gouvernement  siamois  s'engage  à  donner,  sur  la 
demande  du  Gouvernement  français,  toutes  les  facilités  néces- 
saires h  cet  elTet. 

Art.  vu.  —  Les  citoyens,  sujets  ou  ressortissants  français  pour- 
ront librement  circuler  et  commercer  dans  les  territoires  visés  à 
l'article  III,  munis  d'une  passe  délivrée  par  les  autorités  françaises. 
La  réciprocité  sera  accordée  aux  habitants  des  dites  zones. 

Art.  VIII.  —  Le  Gouvernement  français  se  réserve  d'établir  des 
Consuls  où  il  le  jugera  convenable,  dans  l'intérêt  de  ses  ressor- 
tissants, et  notanunenl  à  Korat  et  à  Muang-Nan. 

Art.  LV.  —  En  cas  de  difficultés  d'interprétation,  le  Texte  fran- 
çais fera  seul  foi. 

Art.  \.  —  Le  présent  traité  devra  être  ratifie  dans  un  délai 
de  quatre  mois  à  partir  du  jour  de  la  signature. 

Vax  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  respectifs  susnommés 
ont  signé  le  présent  Traité  en  duplicata  et  y  ont  apposé  leurs  ca- 
chets. 

Fait  au  Palais  de  Vallabha,  à  Bangkok,  le  3  octobre  iSqS. 

(L.  S.)  Le  Myre  de  Vilers. 
(L.  S.)  l)EVAWo>(;sE-Varoprakar. 

Convention, 

Les  Plénipolontiaires  ont  arrêté  dans  la  présente  Convention 
les  dilTérenles  mesures  el  les  dispositions  qu'entraîne  l'exiTution 
du  Traité  de  paix  signé  en  ce  jour  et  de  l'L  Itimatum  accepté  le 
5  août  dernier. 

Article  I'^  — Les  derniers  posles  militaires  siamois  de  la  rive 
gauche  du  Mékoni;  devront  être  évacu.»s  dans  le  délai  maximum 
d'un  mois  à  partir  du  5  septembre. 

Art.  il  —  Toutes  les  fort ilica lions  de  la  zone  visée  h  l'ar- 
tich»  III  du  Traité  en  date  de  ce  jour  devront  être  rasées. 

Art.  III.  — Les  auleurs  des  attentats  de  Tong-Xieng-Kham  et 


TRAITÉ  DU  3  OCTOBRE  iSqS  i33 

de  Cam-moun  seront  juges  par  les  autorités  siamoises  ;  un  repré- 
sentant de  la  France  assistera  au  jugement  et  veillera  à  Texécu- 
lion  des  peines  prononcées.  Le  Gouvernement  français  se  réserve 
le  droit  d'apprécier  si  les  condamnations  sont  suffisantes,  et,  le 
cas  échéant,  de  réclamer  un  nouveau  jugement  devant  un  tribu- 
nal mixte  dont  il  fixera  la  composition. 

Art.  IV.  —  Le  (îouvernement  siamois  devra  remettre  à  la  dis- 
position du  Ministre  de  France  à  Bangkok  ou  aux  autorités 
françaises  de  la  frontière  tous  les  sujets  français,  annamites, 
laotiens  de  la  rive  gauche  et  les  Cambodgiens  détenus  à  un 
litre  quelconque  :  il  ne  mettra  aucun  obstacle  au  retour  sur  la 
rive  gauche  des  anciens  habitants  de  cette  région. 

Art.  V.  —  Le  Bam-Bien  de  Tong-\ieng-Kham  et  sa  suite 
seront  amenés  par  un  délégué  du  Ministre  des  Aiïaires  étran- 
gères h  la  Légation  de  France,  ainsi  que  les  armes  et  le  pavillon 
français  saisis  par  les  autorités  siamoises. 

Art.  VI.  —  Le  Gouvernement  français  continuera  à  occu[)er 
Chantaboun  jusqu'à  Texécu lion  des  stipulations  de  la  présente 
Convention  et  notamment  jusqu'à  complète  évacuation  et  pacifi- 
cation tant  de  la  rive  gauche  que  des  zones  visées  à  l'article  III  du 
Traité  en  date  de  ce  jour. 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  la  pré- 
sente Convention  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  double  au  Palais  de  Vallabha,  à  Bangkok,  le  3  oc- 
tobre 1893. 

(L.  S.)  Le  Myre  de  Vilers. 

(L.  S.)  DEVAWo.NGSE-Varoprakar. 

M.  François  Delonclc,  dans  son  rapport  *  à  la  Chambre  sur 
le  traité  du  3  octobre  1893,  faisait  ainsi  ressortir  Pimpor- 
tance  des  stipulations  :  «  L'Annani  cl  le  Tong-King-  sont 
remis  en  possession  de  la  rive  gauche  du  Mékong  jusqu'à  la 
frontière  de  Chine;  la  navigation  du  fleuve  est  placée  sous 
notre  police  unique.  Seuls  nous  avons  le  droit  d'y  entretenir 
des  bâtiments  armés;  les  eaux  du  fleuve  et  du  Grand-Lac 
deviennent  exclusivement  françaises  ;  le  Siam  rasera  les  forti- 


I.  Séance  du  30  janvier  1894-  —  Le  traité  fut  ratifié  k  runaniniité. 


l34  AFFAIRES    DE    SIAM 

ficalions  el  n'installera  plus  de  poste  ni  établissement  mili- 
taire dans  les  provinces  de  Battanibang  et  de  Siemreap  et 
dans  une  zone  de  25  kilomètres  sur  la  rive  droite  du  Mékong; 
cette  zone  et  les  provinces  de  Battambang  et  de  Siemreap 
seront  affrancbies  de  tout  droit  dédouane  jusqu'à  la  conclu- 
sion d'un  nouveau  traité  de  commerce  ;  les  assassins  de  nos 
agents  et  de  nos  soldats  seront  châtiés  ;  enfin,  le  gouverne- 
ment français  continuera  à  occuper  Chantaboun  jusqu'à  l'exé- 
cution pleine  et  entière  de  tous  les  engagements  contractés 
par  le  Siam  vis-à-vis  de  nous.  » 

Le  traité  nous  offrait  «  des  garanties  suffisantes,  pourvu, 
disait  M.  Deloncle,  toutefois,  que  les  stipulations  soient  fidè- 
lement observées  par  les  autorités  siamoises.  » 


ATTITUDE    DE    l'aNGLETERRE 


Le  premier  ministre  d'Angleterre,  lord  Roseberry,  chef  du 
parti  libéral,  s'est  expliqué  en  public,  presque  avec  cynisme, 
quelques  années  plus  tard,  sur  la  situation  à  Londres,  en 
1893,  lors  de  Tincidenl  franco-siamois;  le  gouvernement 
britannique  eslimait  alors  que  l'Angleterre,  sous  peine  de 
défaillance,  était  tenue  d'affirmer  son  autorité  toute  puis- 
sante, fallût-il  avoir  recours  à  la  guerre,  que  lord  Roseberry 
ne  redoutait  pas,  que  peut-être  môme  recherchait-il.  Ce  fut 
la  reine  qui  s'y  opposa,  à  l'instigation  de  l'empereur  d'Alle- 
magne, alors  en   déplacement  de  yachting  à  Cowes\  Déjà 


1.  Un  article  public  le  17  juin  1897,  dans  VEvènemenit  cl  signe  Taci- 
Tus,  raconte  le  môinc  fail  que  je  liens  moi-incme  de  source  sûre  : 

«  Guillaume  II  élail  à  Cowes,  en  Irain  de  dîner  au  Ro^al-Yachl 
Squadron  quand  il  recul  de  1  ambassadeur  dWllemagne  à  Londres  une 
dépêche  lui  annonçant  la  décision  du  gouvernemenl  anglais  de  déclarer 
la  guerre  à  la  France. 

«  L'empereur  se  leva,  jeta  sa  servictlc  briis(]uement  sur  la  table,  en 
s'écrianl  :  «  Jamais  !  »  et  se  relira  pour  lélégrapliier  à  la  reine  Vicloria 
qu'il  ne  permettrait  pas  cette  agression,  » 


ATTITUDE    DE    l'aISGLETERRE  i35 

les  dispositions  étalent  prises  et,  si  lord  Roseberry  céda,  il 
n'en  restait  pas  moins  décidé  à  agir  éncrgiqucment  au  cas  où 
se  serait  produit  le  moindre  conflit  entre  les  flottes  des  deux 
nations.  La  France  ignorait  le  danger  qu'elle  courait  ;  elle 
l'évita  grâce  à  la  modération  de  M.  Jules  Develle,  ministre 
des  aflaires  étrangères,  dans  ses  négociations  avec  lord  Duf- 
ferin  et  à  la  prudence  de  M.  Le  Myre  de  Vilers  au  Siam. 

La  question  du  bas  Mékong  réglée,  restaient  à  établir  les 
droits  des  intéressés  dans  le  haut  fleuve.  Nous  allions  nous 
trouver  en  présence  de  TAngleterre,  ne  se  cachant  plus  der- 
rière le  Siam  pour  contrecarrer  nos  desseins,  mais  agissant 
ouvertement  comme  possesseur  de  la  Birmanie,  —  et  de  l'Em- 
pire chinois. 


CHAPITRE  IX 

DÉLIMITATION  DE  LA  FRONTIÈRE  SUD  DE  LA  CHINE. 

M.  A.  GÉRARD 

En  1886,  pendant  qu'on  discutait  le  traité  anglo-chinois 
relatif  à  la  Birmanie*,  le  marquis  Tseng,  alors  ministre  à 
Londres,  proposa  à  lord  Uoseberry  une  détermination  des 
frontières  septentrionales  de  la  Birmanie  ;  il  demandait  que 
la  rivière  Shweli  fut  prise  comme  limite  Sud  de  la  Chine, 
ce  qui  eût  donné  Bhamo  à  ce  pays,  et  lui  eût  permis  Taccès 
de  rirawadi  en  un  point  où  la  navigation  y  devient  possible. 
Lord  Roseberry  évita  de  répondre  directement  à  ces  ouver- 
tures et  fit  poursuivre  les  négociations  relatives  au  traité  par 
son  chargé  d'affaires  à  Péking,  M.  O'Conor.  Il  se  trouva 
que  le  Tsoung-li  Yamen,  par  un  manque  d'entenle  singu- 
lier, mais  assez  fréquent,  entre  lui  et  le  ministre  envoyé  à 
l'étranger,  ne  songea  pas  à  soulever  la  question  de  délimita- 
tion. 11  se  contenta  de  la  promesse  qu'une  mission  décen- 
nale de  Birmans  viendrait  apporter  le  tribut  à  l'empereur  de 
la  Chine  ;  il  obtint  en  outre  que  la  mission  de  M.  Mac^ulay 
au  Tibet,  mission  prévue  par  un  article  spécial  de  la  con- 
vention de  Tché-fou  signée  en  1876  et  ratifiée  en  1886,  serait 
différée  pour  un  temps  indéfini  ;  moyennant  ces  deux  con- 
cessions, la  souveraineté  de  l'Angleterre  fut  reconnue  sur 
toute  la  Birmanie  sans  restriction. 

I.  Voir  p.  19-ao. 


DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE  li'J 

Depuis  lors,  les  Chinois  avaient  souvent  insiste  pour  que  les 
travaux  de  délimitation  fussent  entrepris;  mais  les  Anglais 
leur  avaient  toujours  opposé  des  réponses  dilatoires.  En  tempo- 
risant ainsi,  ils  avaient  pu  étudier  la  haute  Birmanie  et  ils 
étaient  armés,  lorsque  le  moment  de  discuter  fut  venu,  de 
connaissances  topographiques  qui  faisaient  totalement  défaut 
aux  Chinois. 

En  189Ï,  la  Gazelle  de  Banfjoon  annonrait  que  la  Chine 
aurait  marqué  le  désir  de  reprendre  avec  la  Grande-Bretagne 
les  négociations  en  suspens  au  sujet  de  la  délimitation  de  la 
frontière  de  Birmanie  ;  le  Céleste  Empire  revendiquait,  disait- 
on,  comme  limite  le  cours  du  Ta-Ping,  qui  se  jette  dans 
rirawadi  à  environ  if)  milles  au  Nord  de  Bhamo. 

D'autre  part  dos  négociations  avaient  été  conduites  avec  la 
France  au  sujet  de  la  délimitation  des  frontières  du  Siam. 

Le  4  avril  1889  ',  M.  VVaddington  proposait  à  lord  Salis- 
bury  de  réserver  au  Siam  les  territoires  au  Sud  de  la  fron- 
tière chinoise  entre  la  Salouen  et  le  Mékong,  d'un  côté,  et 
entre  le  Mékong  et  le  Nam-Ilou,  de  Taiitre.  En  sortant  du 
Foreign  OlFice,  M.  Waddington  consignait  son  entretien  par 
écrit  dans  ces  termes  :  «  Comme  vous  êtes  maîtres  de  l'em- 
bouchure de  la  Salouen,  nous  proposons  que  ce  fleuve,  qui 
constitue  déjà  sur  une  partie  de  son  cours  la  frontière  entre 
vous  et  le  Siam,  le  soit  dans  toute  son  étendue  vers  le  Nord. 
D'autre  part,  comme  la  France  est  maîtresse  des  bouches  du 
Mékong,  nous  proposons  pour  frontière  orientale  du  Siam  le 
cours  de  ce  fleuve  depuis  la  limite  du  Cambodge  jusqu'à  un 
point  à  déterminer  en  aval  de  Luang-Prabang.  Cette  ville, 
avec  un  territoire  à  déterminer,  ferait  partie  du  Siam,  et  la 
frontière  suivrait  ensuite  le  cours  du  Nam-IIou  vers  le  Nord 
jusqu'à  sa  rencontre  avec  la  frontière  chinoise.  »  Ces  pre- 
miers pourparlers  n'ayant  pas  abouti,  la  négociation  ne  fut 

I.   Pcul-çlrc  une  erreur  pour  le  j  avril  ;  voir  LWre  bleu,  p.  3. 


l38  DÉLIMITATION    DE    L\    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

sérieusement  reprise  que  le  i6  février  1892  et  alors,  écrit 
M.  Waddington,  «je  proposai  pour  la  première  fois  à  lord 
Salisbury  de  prendre  pour  limite  de  nos  zones  respectives 
d'influence  le  cours  même  du  Mékong  qui  coupe  en  deux  le 
territoire  qu'il  était  question  d'attribuer  d^me  manière  géné- 
rale au  Siam  ».  Le  11  mai  1892,  lord  Salisbury  déclarait  à 
M.  Waddington  qu'il  était  personnellement  favorable  à 
l'adoption  de  la  ligne  du  Mékong,  mais  qu'il  attendait  l'avis 
du  ministre  des  Indes  *.  Il  est  vrai  que,  depuis,  lord  Roseberry 
a  fait  des  réserves  sut*  l'opinion  prêtée  à  lord  Salisbury  *, 
quoique  reconnaissant  l'exactitude  des  faits. 

Pendant  les  diflîcullés  entre  la  France  et  le  Siam  en  1898, 
l'Angleterre  comme  nous  l'avons  vu  ne  restait  pas  inactive  ; 
elle  repoussait  l'idée  d'une  frontière  commune  avec  la  France 
et  préconisait  l'établissement  entre  les  possessions  des  deux 
pays  d'une  zone  neutre  que  les  Français  désignèrent  sous  le 
nom  (ï État-tampon  et  les  Anglais  sous  celui  de  Buffer  State, 

Le  matin  du  3i  juillet,  le  marquis  de  Duflerin  se  rendait 
chez  M.  Develle  et  après  l'avoir  félicité  de  l'acceptation  par 
les  Siamois  des  termes  de  l'ultimatum  français,  il  aborda  la 
question  d'une  zone  neutre,  et  le  protocole  suivant  fut  immé- 
diatement signé  : 

PROTOCOLE,    3l    JUILLET- 2 5    NOVEMBRE     1898 

1 

En  vue  de  prévenir  les  difficultés  qui  pourraient  naître  d'un 
contact  direct  entre  elles,  les  deux  Puissances  sont  d'accord  pour 
reconnaître  la  nécessité  de  constituer,  au  moyen  de  sacrifices  et 
d'abandons  réciproques,  une  zone  neutre  entre  leurs  possessions. 

I.  Lettre  de  M.  Waddington  à  lord  Roseborrjr.  Londres,  3o  avril  1893. 
Livre  bleu,  p.  27. 

a.  Lettre  à   M.  d'Estournelles,  chargé  d'afiaircs  de  France,    la  mai 


PROTOCOLE,    3l    JUlLLET-25    NOVEMBRE    iSqS  iSq 

Les  limites  de  la  zone  neutre  seront  de  terminées  ultérieure- 
ment. 

3i  juillet  1893. 

Jules  Develle 
DuFFEUiN  and  Ava. 

Par  suite  une  commission  se  réunit  et  rédigea  le  procès- 
verbal  suivant  : 

11 

Les  soussignés,  désignés  par  leurs  gouvernements  respectifs  pour 
examiner  de  quelle  manière  pourrait  être  constituée,  au  moyen 
de  contributions  réciproques,  ime  zone  intermédiaire  entre  les 
possessions  françaises  et  anglaises  dans  la  région  du  Haut- 
Mékong, 

S'étant  trouvés  arrêtés,  au  cours  de  leurs  travaux,  par  la  difli- 
cullc  de  déterminer,  d'après  des  données  certaines,  les  limites  et 
la  configuration  géograpbique  des  diverses  provinces  situées  dans 
cette  région. 

Ont  reconnu  d'un  commun  accord  que,  pour  établir,  dans  des 
conditions  géograpliiques  normales,  et  sans  occasionner  de  mor- 
cellement, une  zone  d'une  étendue  sutlisante,  il  conviendrait  de 
faire  procéder  à  une  enquête  sur  place  par  des  agents  tecbniques 
des  deux  pays. 

Fait  à  Paris,  le  aS  novembre  1893. 

JUSSERAND.  E.  C.H.  Pnipps. 

Paul  Révoil.  il  Austin  Lee. 

A  leur  tour,  notre  ministre  des  Affaires  étrangères  et  Pam- 
bassadeur  d'Angleterre  signèrent  la  déclaration  suivante  : 

III 

Les  soussignés,  ayant  pris  connaissance  du  Protocole,  en  date 
de  ce  jour,  signé  par  les  (commissaires  français  et  anglais,  et  y  ayant 
donné  leur  approbation,  ont  reconnu  d'un  commun  accord  que 
les  agents  techniques  désignés  pour  se  rendre  sur  le  Haut- 
Mékong  ne  devront  pas  perdre  de  vue  les  points  suivants  : 

1°  L*examen  géographique  auquel  ils  devront  se  livrer  [)or- 
Içra  sur  le  cours  du  Mékong,  depuis  son  entrée  dans  le  Xienç- 


l4o  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD  DE    LA    CHINE 

Klicng  jusqu'à  son  entrée  dans  le  Luang-Prabang  ;  sur  les 
limites  de  la  province  de  Xieng-Kheng  et  sur  celles  de  la  partie 
de  Nan,  au  Nord  du  fleuve. 

3°  La  largeur  que  les  deux  Puissances  contractantes  se  propo- 
sent de  donner  à  la  zone  intermédiaire,  entre  les  Possessions 
françaises  et  anglaises,  est,  dans  la  mesure  où  la  configuration 
géographique  et  politique  du  pays  le  permettra,  de  80  kilomètres 
de  marche,  environ.  Les  agents  techniques  devront  noter  soi- 
gneusement quelles  limites  géographiques  et  politiques  attein- 
draient le  mieux  ce  but. 

3°  11  est  entendu  que  la  navigation,  le  transit  et  les  moyens 
de  communication  seront  libres  de  toute  enlrave  dans  la  zone 
ainsi  constituée,  chacune  des  Parties  contractanles  s*engagcant  à 
ne  chercher  aucun  avantage  qui  ne  soit  également  assuré  à 
l'autre. 

Fait  à  Paris,  le  a5  novembre  1893. 

Jules  Develle.  Dufferin  and  Ava*. 

A  la  suite  d'une  communication  de  lord  Dufferin  à 
M.  Develle,  le  i''  décembre  iSgS,  notre  ministre  des  Affaires 
élrangcTcs  écrivait  le  même  jour  à  Pambassadeur  d'Angle- 
terre '  : 

Paris,  le  i*'  décembre  1898. 
Cher  Lord  Dlfferin, 

Vous  avez  bien  voulu  me  faire  savoir,  par  votre  lettre  de  ce 
jour,  qu'aucun  Traité  n'a  été  signé,  juscju'ici,  entre  la  Grande- 
Bretaf^ne  et  la  (ihine,  au  sujet  de  l'Etat  de  Xieng-Houng,  et  que 
l'Angleterre  n'a  nullement  l'intention  de  chercher  à  obtenir  au- 
cun monoj)olc,  soit  pour  les  chemins  de  fer  ou  Compagnies  de 
Navigation,  soit  pour  tout  autre  moile  de  transit  ou  communi- 
cation, au  détriment  d'entreprises  commerciales    Françaises  de 

1.  Siam,  II"  1(1893).  —  Copies  of  Despatches  front  Her  Majesty's 
Ambassndnr  al  Paris  relative  to  thc  A^reemenl  beUveen  Créât  Bri- 
tain  and  France  far  constituting  a  neutral  State  between  their 
possessions  in  Indo- China.  Prcscnlcd..  ,  Dec.  1898.  Lond.  [G.  —  723iJ, 
in-fol. 

—  Ministère  des  Affaires  étrangères.  Documents  diplomatiques. 
Affaires  du  ÏIaut-Méko.ng.  Paris,  Imp.  nat.,  1893,  in-fol, 

2.  lÂvre  bleu^  p.  2x3. 


PROTOCOLE,    3l     JLILLET-25    NOVEMBRE    1898  I^I 

même  ordre.  Il  est  entendu  que  le  champ  devra  demeurer  libre, 
à  cet  égard,  pour  les  entreprises  Françaises  et  Anglaises.  Je 
m'empresse  de  vous  accuser  réce[)tion  de  cette  communication, 
dont  je  prends  acte  bien  volontiers.  Réciproquement  et  confor- 
mément à  votre  demande,  j'ai  l'honneur  de  vous  faire  savoir 
que  la  délimilation  des  possessions  Françaises,  du  coté  de  Xieng- 
Houng,  n'a  pas  encore  été  faite,  mais  que.  dans  les  négociations 
que  le  Gouvernement  de  la  République  aura  à  suivre,  à  ce  sujet, 
avec  le  Gouvernement  Chinois,  il  compte  se  guider  d'après  les 
principes  mêmes  ([ue  vous  avez  bien  voidu  énoncer  dans  votre 
lettre  de  ce  jour,  et  atixcpiels  je  ne  peux  qu'adhérer  sans  ré- 
serve. 

Agréez,  &c. 
(Signé)         J.  Devellk. 

Le  principe  détoslahle  d'un  Ktat  tampon  étant  accepté,  il 
fallait  rignorance  de  la  géographie  de  la  région  par  nos 
négociateurs  pour  permettre  de  créer  à  nos  dépens  et  h  nos 
portes  un  foyer  d'intrigues  et  de  conflits. 

On  lisait  dans  le  Standard  du  3i  juillet  1898  : 

Les  points  les  plus  dilllciles  et  les  plus  importants  à  régler  entre 
la  France  et  l'Angleterre  auront  trait  aux  fctatsshans  récemment 
attribués  au  Siam  et  à  ceux  au  sujet  desquels  un  arrangement 
avait  été,  par  le  fait,  conclu  entre  l'Angleterre  et  la  Chine.  On 
se  rapjîclle  que  la  France,  dans  son  ultimatum,  a  demandé  la 
cession  des  territoires  situés  sur  la  rive  gauche  du  Mékong  jus- 
qu'au 23*  degré  de  latitude  nord,  ce  qui  donnerait  à  la  France 
la  possession  de  la  ville  de  Sse-mao,  qui  avait  toujours  été  com- 
prise dans  la  province  chinoise  du  Yun-Nan.  Or,  par  de  récents 
arrangements,  l'État  birman  de  Xieng-Houng  a  été  attribué  à  la 
Chine,  de  sorte  que  la  frontière  de  ce  dernier  pays  dépasse  un  pou 
le  31*  degré  de  latitude  nord.  C'est  donc  sur  ce  point  que  la 
France  trouvera  la  Chine  sur  son  chemin  ;  mais  il  parait  pro- 
bable que  la  Chine  consentira  h  ce  que  la  France  remonte  le  long 
de  la  rive  gauche  du  Mékong,  pourvu  qu'elle  s'arrête  au 
21*  degré  ou  dans  le  voisinage. 

De  celte  manière,  la  France  entrerait  en  possession  de  la  ville 
de  Luang-Prabang,  vivement  convoitée,  laquelle  ville  se  trouve 
un  peu  au  sud  du  20''  degré.  De  même,  la  France  obtiendrait  la 


lia  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

rive  du  Mékong  qui  se  trouve  vis-à-vis  de  Xieng-KhongeldeXicng- 
Hsen,  deux  localités  très  importantes.  Quant  à  Luang-Prabang. 
c'est  probablement  la  position  la  plus  importante  entre  le  Toiig- 
King  et  l'irawadi  ;  les  auteurs  français  lui  assignent  un  rùle pré- 
pondérant. 

11  parait,  à  l'beure  qu'il  est,  impossible  d'écarter  la  PVance  de 
cette  ville  :  mais,  quand  celle-ci  aura  été  occupée,  on  ne  pourra 
plus  ompcThor  le  contact  enlrc  les  territoires  de  la  France  et  ceux 
de  l'Anglolcrre,  contact  que  les  doux  gouvernements  ont  dé- 
claré considérer  comme  peu  désirable,  voire  dangereux.  La  seule 
solution  possible  de  cette  didicullé  consistera  dans  la  transforma- 
tion des  Ktats  de  Xieng-IIscn  et  de  Xieng-lïoung  en  Ktals-tam- 
pons.  dont  le  premier  serait  placj  sous  le  [ïrolectorat  de  l'Angle- 
terre, et  le  second,  sous  celui  de  la  Cbine. 

D'autre  part,  lord  Laniinglon  écrivait  au  Daily  News, 
le  3i  juillet  1893  : 

Quel  avantage  pourrait-il  résulter  d'une  frontière  commune  ? 
Si  le  commerce  avec  le  Yun-Nan  est  reconnu  praticable  par  la 
vallée  du  Mékong,  il  est  à  peu  près  certain  qu'il  nesuffirail  pas  a 
satisfaire  à  la  fois  la  France  et  la  Grande-Bretagne.  La  France 
chercbera  donc  a  détruire  toutes  nos  cbances  de  commerce  avec 
la  Chine  méridionale  par  celte  voie. 

Kn  considérant:  1°  que  l'évidence  absolue  est  que  l'Annam 
n'a  aucun  droit  sur  les  terres  qui  vont  jusqu'au  Mékong  ;  3**  que 
les  tribus  qui  occupent  les  deux  côtés  des  montagnes  entre  le 
Mékong  et  le  Nam-llou  sont  de  race  distincte  ;  3°  que,  si  les 
Français  avancent  juscpi'au  rc\ers  oriental  de  ces  montagnes, 
celles-ci  constitueront  encore  une  barrière  qui  serait  la  frontière 
la  plus  efficace  et  la  moins  coûteuse  qu'on  puisse  désirer,  quel 
avantage  peu l-il  y  avoir  |)our  les  Français  h  occuper  en  outre  une 
bande  de  territoire  d'en>iron  cent  milles  de  largeur,  si  ce  n'est 
celui  de  nous  couper  une  source  possible  de  commerce  ? 

Ce  n'est  point  là  une  rais:)n  suffisante  pour  justifier  une  poli- 
tique qui  doit  imposer  aux  pavs  de  lourdes  dépenses  et  peut  les 
mener  à  un  sérieux  conllit  d'intérêts  dans  l'avenir. 


COMMISSIONS    I)K    DKMMITATIOX 

Par  suite  des  articles  II  et  111  du  protocole  du  2 5  novembre 


COMMISSIONS    DE    DÉLIMITATION  1^3 

18985  les  gouvernements  anglais  et  français  constituèrent  des 
commissions  pour  étudier  d'une  façon  technique  les  pays  du 
Haut-Mékong  pour  y  établir  une  zone  intermédiaire. 

Le  II  octobre  189/^,  M.  James  George  Scott,  chargé 
d'affaires  à  Bangkok  '  en  l'absence  du  ministre  britannique, 
le  capitaine  H. -M.  Jones*,  était  nommé  «  aux  fonctions  de 
commissaire  de  Sa  Majesté  pour  examiner  les  limites  de  la 
zone  intermédiaire  qui  doit  être  constituée  entre  les  posses- 
sions britanniques  et  françaises  dans  la  région  du  Haut- 
Mékong,  conformément  à  l'accord  intervenu  avec  le  gouver- 
nement français  et  enregistré  dans  le  protocole  et  signé  h 
Paris  le  3 1  juillet  et  le  vtb  novembre  1893.  »  Les  autres 
commissaires  étaient  MM.  William  Warry^,  conseiller  des 
affaires  chinoises  près  le  commissaire  britannique  de  Birma- 
nie, les  colonels  \V  oothorpe  et  Ryder,  officiers  du  service 
topographique,  et  du  lieutenant  Stirling,  surintendant  des 
États  Chans  du  Sud  ;  ils  étaient  accompagnés  d'une  escorte 
de  i3o  hommes  placée  sous  le  commandement  du  capitaine 
Caulfield.  La  commission  devait  se  réunir  le  i*""  janvier  1896 
à  Muong  Xieng,  capitale  du  Ken-Cheng. 

La  commission  française  était  composée  de  MM.  A.  Pavie, 
Pierre  Lefevre-Pontalis,  commissaire-adjoint,  Lugan,  chan- 
celier, Caillât,  chancelier  stagiaire,  secrétaire  particulier  de 
M.  Pavie,  avec  une  escorte  et  le  capitaine  Rivière,  le  lieute- 
nant Seauve,  tous  deux  de  l'artillerie,  et  le  D*"  Lefevre, 
médecin  de  l'hôpital  de  Haï-phong  ;  ces  derniers  quittèrent 


I.  Du  i3  novembre  1898  au  a 2  octobre  189^. 

a.  Ministre  résident  et  consul  général  h  Bangkok  depuis  le  a5  janvier 
1889  ;  nommé  avec  le  même  grade  à  I.ima,  a/t  octobre  1894.  et  à  Quito, 
1 5  juin  1895;  retraité,  !«'•' janvier  1898;  connu  par  le  surnom  à\ilina 
Jones. 

3.  Élève  interprète  en  Chine,  i5  avril  1878;  assistant  sccrclaire  chi- 
nois; employé  parle  gouvernement  indien  pour  la  mission  projetée  au 
Tibet,  et  sur  la  frontière  birmano-chinoise,  du  11  décembre  i885  au 
ler  av|.||  iggo,  éj)oque  à  laquelle  il  entra  au  service  indien. 


i 
i 


I^a  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

rive  du  Mékong  qui  se  trouve  vis-à-vis  de  Xieng-Kliong  et  de  Xieng- 
Hsen,  deux  localités  très  importantes.  Quant  à  Luang-Prabang, 
c'est  probablement  la  position  la  plus  importante  entre  le  Tong- 
King  et  Tlrawadi  ;  les  auteurs  français  lui  assignent  un  rôle  pré- 
pondérant. 

Il  parait,  à  l'heure  qu'il  esl,  impossible  d'écarter  la  France  de 
cette  ville  :  mais,  quand  celle-ci  aura  été  occupée,  on  ne  pourra 
plus  ompcclior  le  contact  entre  les  territoires  de  la  France  et  ceux 
de  rAnglelorre,  contact  que  les  deux  gouvernements  ont  dé- 
claré considérer  comme  peu  désirable,  voire  dangereux.  I.a  seule 
solution  possible  de  cette  dillicullé  consistera  dans  la  transforma- 
tion des  Ktats  de  Xieiig-llscn  et  de  Xieng-lloung  en  Ktats-tam- 
pons,  dont  le  premier  serait  plac.»  sous  le  protectorat  de  l'Angle- 
terre, et  le  second,  sous  celui  de  la  Chine. 

D'autre  part,  lord  Laminglon  écrivait  au  Daily  News, 
le  3i  juillet  i8()3  : 

Quel  avantage  pourrait-il  résulter  d'ime  frontière  commune  ? 
Si  le  commerce  avec  le  Yun-Xan  est  reconnu  praticable  par  la 
vallée  du  Mékong,  il  est  à  peu  près  certain  qu'il  nesuffirait  pas  à 
satisfaire  à  la  fois  la  France  et  la  Grande-Bretagne.  La  France 
cherchera  donc  à  détruire  toutes  nos  chances  de  commerce  avec 
la  Chine  méridionale  par  cette  voie. 

En  considérant:  i**  que  l'évidence  absolue  est  que  l'Annam 
n'a  aucun  droit  sur  les  terres  qui  vont  jus([u'au  Mékong  ;  2'*(pie 
les  tribus  cpii  occupent  les  deux  cotés  des  montagnes  entre  le 
Mékong  et  le  Nam-llou  sont  de  race  distincte  ;  3°  que,  si  les 
Français  a\ancenl  juscpi'au  revers  oriental  de  ces  montagnes, 
celles-ci  constitueront  encore  une  barrière  qui  serait  la  frontière 
la  plus  efficace  et  la  moins  coûteuse  qu'on  puisse  désirer,  quel 
avantage  |KHit-il  y  avoir  [>our  les  Français  a  occuper  en  outre  une 
bande  de  territoire  d'en\iron  cent  milles  de  largeur,  si  ce  n'est 
celui  de  nouscou|)er  une  source  possible  de  commerce  ? 

Ce  n'est  point  là  une  raisr^n  suflisante  pour  justifier  une  poli- 
tique qui  doit  imposer  aux  pays  de  lourdes  dépenses  et  peut  les 
mener  à  un  sérieux  conflit  d'intérêts  dans  l'avenir. 


COMMISSIONS    DE    DELIMITATION 

Par  suite  des  articles  II  cl  III  du  protocole  du  25  novembre 


COMMISSIONS    DE    DÉLIMITATION  1^3 

1893,  les  gouvernemenls  anglais  et  français  constituèrent  des 
commissions  pour  étudier  d'une  façon  technique  les  pays  du 
Haut-Mékong  pour  y  établir  une  zone  intermédiaire. 

Le  II  octobre  189^,  M.  James  George  Scott,  chargé 
d'affaires  à  Bangkok  '  en  l'absence  du  ministre  britannique, 
le  capitaine  11. -M.  Jones ^,  était  nommé  «  aux  fonctions  de 
commissaire  de  Sa  Majesté  pour  examiner  les  limites  de  la 
zone  intermédiaire  qui  doit  être  constituée  entre  les  posses- 
sions britanniques  el  françaises  dans  la  région  du  Haut- 
Mékong,  conformément  à  Taccord  intervenu  avec  le  gouver- 
nement français  et  enregistré  dans  le  protocole  et  signé  à 
Paris  le  3 1  juillet  et  le  •p>5  novembre  1893.  »  Les  autres 
commissaires  étaient  MM.  William  Warry^,  conseiller  des 
affaires  chinoises  près  le  commissaire  britannique  de  Birma- 
nie, les  colonels  Woothorpe  et  Ryder,  officiers  du  service 
topographique,  el  du  lieutenant  Stirling,  surintendant  des 
États  Chans  du  Sud  ;  ils  étaient  accompagnés  d'une  escorte 
de  i3o  hommes  placée  sous  le  commandement  du  capitaine 
Caulfield.  La  commission  devait  se  réunir  le  i*""  janvier  1896 
à  Muong  Xieng,  capitale  du  Ken-Cheng. 

La  commission  française  était  composée  de  MM.  A.  Pavie, 
Pierre  Lefèvre-Pontalis,  commissaire-adjoint,  Lugan,  chan- 
celier, Caillât,  chancelier  stagiaire,  secrétaire  particulier  de 
M.  Pavie,  avec  une  escorte  et  le  capitaine  Rivière,  le  lieute- 
nant Seauve,  tous  deux  de  Tartillerie,  et  le  D*"  Lefevrc, 
médecin  de  Thôpital  de  Haï-phong  ;  ces  derniers  quittèrent 


1.  Du  i3  novembre  1898  au  22  octobre  189/». 

a.  Ministre  résident  et  consul  général  à  Bangkok  depuis  le  a5  janvier 
1889  ;  nommé  avec  le  même  grade  à  Lima.  2^  octobre  1894»  et  à  Quito, 
i5  juin  1895  ;  retraité,  i*"""  janvier  1898;  connu  par  le  surnom  d\4lma 
Jones. 

3.  Élève  interprète  en  Chine,  i5  avril  1878;  assistant  sccrélaire  chi- 
nois ;  employé  par  le  gouvernement  indien  pour  la  mission  projetée  au 
Tibet,  et  sur  la  frontière  birmano-chinoise,  du  11  décembre  i885  au 
fcr  avril  1890,  é[K)que  à  laquelle  il  entra  au  service  indien. 


l44  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

Hanoï  le  1 1  octobre  189/^  ;  ils  iirrivèrent  le  2  novembre  à  Cho- 
Bo  où  ils  devaient  prendre  les  jonques  de  Deo-van-trî  pour 
remonter  la  rivière  Noire. 

La  géograpbie  devait  jouer  forcément  un  grand  rcMe  dans 
cette  question  de  délimitation.  Les  Anglais  avaient  exploré 
avec  soin  certaines  [)arties  du  Laos  et  je  ne  rappellerai  que 
les  voyages  fort  intéressants  de  \fM.  Stringer  et  Archer. 

M.  C.  E.  \V .  Stringer,  élève  interprète  de"  la  légation 
d'Angleterre  à  Bangkok,  était  parti  de  cette  ville  le  11  no- 
vembre 1887,  avec  un  négociant  cinglais  du  même  endroit, 
M.  F.  S.  Clarko,  et  se  rendit  à  Nan,  011  il  arriva  le  i3  dé- 
cembre au  soir  ;  il  y  resta  jusqu'au  27  ;  alla  ensuite  à  Phrë, 
puis  rentra  à  Bangkok  le  23  janvier  1887.  Ce  voyiige  sert 
donc  de  préface  aux  explorations  de  M.  Archer  :  M.  Stringer 
nous  conduit  à  Nan,  M.  Archer  de  Nan  h  Xieng-toung. 

En  1887,  M.  J.  W.  Archer,  profitant  d'un  congé  qui  lui 
avait  été  accordé  par  M.  E.  M.  Satow,  ministre  résident  et 
consul   général  à  Bangkok,  parcourut    en  février  et  mars, 
quelques  unes  des  cinq  provinces  dans  les  limites  de  Xieng- 
maï,  ou  Zimmé,   sur  le  Me-Ping,    siège  d'un  vice-consulat 
britannique.  Parti  de  Xieng-maï  le  2  février,    il  se   dirigea 
vers  le  Nord  et   le  Nord-Est  jusqu'à  Me  ki    sur  la  route  de 
Xieng-sen,  puis  remontant  vers  le  Nonl  jusqu'au   Me-sai, 
affluent  du  Me-khok  qui  se  jette    lui  même   dans  le  Nam- 
khay,  il  arriva  au  fort  qui  forme  là,  la  limite  Nord  de  l'occu- 
pation siamoise,  puis  il  revint  à  Xieng-sen  dans  une  plaine 
sur  la  rive  droite  du  (Cambodge  appelé  ici  Nam-khong,  près 
de  son  confluent  du   Me  Chan,  puis  au   village   de  Me-ki, 
près  du  Me-chan,  allluent  de  gauche  du  Me-kong,  d'où   il 
redescendit  à  Xieng-haï.  C'est  à  Me-ki  que  la  grande  route 
de  Xieng  haï  coupe  la  roule  de  Xieng-sen   [K)ur  continuer 
jusqu'à  Xieng-toung.   La  route  de  Xieng-maï  à  Xieng-haï 
avait  déjà  été  notée  par  M.  E.  B.  Gould,  consul  anglais  à 
Bangkok,  nous  verrons  que  M.  Archer  a  visité  Xieng-toung. 


COMMISSIONS    DE    DELIMITATION  1^5 

De  Xieng-haï,  il  se  rendit  à  Nan  qu'il  ne  connaissait  pas  et 
qui  est  à  un  quart  de  mille  sur  la  rive  droite  du  Nam-Nan  sur 
la  route  de  Luang-Prabang.  Puis,  revenant  sur  ses  pas,  il 
traversa  le  Mevom,  arriva  à  Lakhon  et  il  était  de  retour  à 
Xieng-maï  le  23  mars  après  un  voyage  de  sept  semaines. 
Xieng-sen  qui  dépendait  autrefois  de  la  Birmanie,  a  été  prise 
et  détruite  par  les  Laotiens  en  iSo'j,  aussi  est-ce  une  ville 
pauvre,  presque  sans  commerce,  qui  est  toutefois  appelée?  à 
un  meilleur  avenir. 

Xieng-haï  qui  a  été  créé  il  y  a  environ  /|5  ans  est  la  capi- 
tale d'une  province  très  montagneuse,  qui  n'est  fertile  que 
dans  la  plaine,  à  l'Est  et  au  Sud  do  la  ville.  Comme  le  fait 
remarquer  M.  Archer  :  «  La  ville  de  Xieng-haï  parait  desti- 
née il  devenir  un  important  centre  commercial,  si  le  com- 
merce du  Nord  du  Siam  prend  jamais  un  grand  développe- 
ment. Elle  est  placée  sur  le  Me-khok,  aflluent  du  Me-Lao  qui 
se  jette  lui-même  dans  le  Me  kong,  sur  la  route  directe  de 
Xieng-toung  à  Xieng-maï,  Lakhon  et  Phrë,  ou,  ce  qui  peut 
être  de  plus  grande  importance,  de  Yun-Nan  à  Siam  ;  ainsi 
que  sur  la  route  encore  peu  fréquentée  de  Xieng-maï  à 
Luang-Prabang.  La  ville  de  Nan,  plus  petite  que  Xieng-maï, 
est  murée  et  sert  principalement  de  résidence  aux  chefs  et 
aux  prêtres,  tandis  que  la  grande  partie  de  la  population 
demeure  à  environ  un  mille  au  Nord,  dans  un  faubourg, 
Mieng-kao,  jadis  la  capitale,  abandonnée  il  y  a  une  quaran- 
taine d^années.  Le  rapport  de  M.  Archer  renferme  en  outre 
un  grand  nombre  de  renseignements  sur  les  habitants  et  leur 
appellation  :  par  exemple  le  nom  de  Thaï,  libre,  des  Sia- 
mois, est  pris  également  par  différentes  branches  de  la  famille, 
que  le  nom  de  Lao  que  leur  donnent  les  Siamois  ne  paraît 
guère  les  flatter. 

M.  Stringer  qui  avait  visité  Nan  quelque  temps  aupara- 
vant dit  «  qu'au  coin  N.-E.  de  la  muraille,  il  y  a  une  rangée 
d'abris  en  bambou  de  chaque  côté  de  la  route  qui  conduit 

Gdiidier.  Ilï.  —   lO 


l46  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

vers  le  Nord.  Les  Glians  et  autres  habitants  y  vendent  des 
draps  indigènes  et  des  marchandises  européennes.  Ce  sont 
les  seules  boutiques  deNan.  Il  y  a  environ  dix  Chinois  habi- 
tant la  ville  ou  autour  et  peu  d'affaires  paraissent  leur  passer 
par  les  mains.   » 

L'année  suivante,  M.  J.  W.  Archer  visitait  Xieng-toung. 
Il  partait  le  i®*"  mai  1888  de  Xieng-mai  pour  Xicng-haï, 
puis,  presque  en  ligne  droite  vers  le  Nord,  traversait  le 
village  Me-ki,  arrivait  au  fort  siamois  (i3  mai)  sur  la  rive 
Sud  du  Me-saï  et  atteignait  Xieng-toung  le  20  mai  après 
avoir  constaté  le  peu  de  commerce  sur  la  roule  depuis  le  fort 
siamois,  l'insécurité  et  la  sauvagerie  du  pays.  De  là  il  se 
dirigeait  (a/^  mai)  vers  le  Me-Lcn,  aflluent  du  Me-kong,  et 
en  suivant  la  vallée  jusqu'à  Muong-Len,  district  le  plus  pros- 
père de  Xieng-toung.  Il  fit  la  rencontre  de  gens  de  Muong- 
Len  à  neuf  jours  N.-N.-O.  de  Xieng-toung  qui  avaient  été 
cinq  années  en  guerre  avec  Xieng-toung.  Muong-Len 
comme  Xicng-houng,  plus  au  Nord  sur  la  rive  droite  du  Me- 
kong,  payait  tribut  également  à  la  Chine  et  à  la  Birmanie, 
quoique  les  Birmans  n'y  soient  jamais  parvenus.  Puis 
M.  Archer  reprit  la  roule  dans  une  direction  Sud-Ouest,  et 
relourna  au  fort  siamois,  d'ailleurs  sans  garnison,  d'où  il 
repartit  pour  Me-ki  et  Xieng-haï,  où  il  arriva  le  9  juin,  après 
un  voyage  de  dix-sept  jours  depuis  Xieng-toung.  Xieilg- 
toung  est  une  ville  murée  au  Sud  d'un  plateau  dénudé  à 
2  700  pieds  environ  d'altitude,  entourée  de  montagnes  de 
tous  côtés  sauf  au  Nord  ;  misérable  à  côté  de  Xieng-maï  ;  la 
principale  culture  est  le  riz,  puis  le  coton,  Topium  el  le  thé 
(mièng);  on  y  importe  surtout  les  colonnades  qui  viennent 
de  Moulmoin,  le  sel,  la  soie,  etc.  ;  on  y  envoie  de  Xieng-haï 
et  de  Xieng-lchang  les  noix  de  bétel  et  de  coco  qui  n'y  pous- 
sent pas.  Il  est  bon  de  retenir  que  les  habitants  ne  paraissent 
guère  connaître  la  langue  birmane  dans  la  région. 


LKS    SIPSONG    PANXA  1^7 


LES    SIPSONG    PANNA 


Toutefois  je  ne  crois  pas  exagéré  de  dire  que  c'est  aux 
membres  de  la  mission  Pavie  et  en  particulier  à  M.  Pierre 
Lelevre-Pontalis  que  nous  devons  les  connaissances  que 
nous  possédons  sur  la  région  du  Haut-Mékong  à  la  frontière 
de  Chine  ;  je  tire  les  renseignements  suivants  des  notes  de 
ce  voyageur  distingué  que  j'ai  eu  Thonneur  de  compter 
|)endant  quelques  semaines  parmi  mes  élèves  : 

Le  territoire  ou  marche  de  Xienj^-houng,  nommé  par  les  Chi- 
nois Tchê-U,  nom  appUqiié  à  la  fois  à  la  viUe  et  à  Flïtat,  est 
aussi  désigné  sous  h*s  appellalions  de  Muoncj  *  Lu  ou  Sipsong 
punna,  cY'st-à-dirc  les  douze /)an/ia*",  six  sur  hi  rive  droite,  six  sur 
la  rive  gauche  du  Mé-kong  ;  sur  la  rive  gauche,  les  chefs  des 
panna  portent  le  lilre  purement  thaï  de  Thao-Môme,  tandis  que 
sur  la  rive  droite,  on  leur  donne  le  titre  de  Phyah-loung,  d'ori- 
gine birniano-palic  ;  les  pannas  de  la  rive  gauche,  ont,  en  effet, 
avec  la  Chine,  des  liens  heaucoup  plus  directs  que  ceux  de  la  rive 
droite.  Ils  paient  directement  un  impôt  annuel  aux  autori- 
tés de  Pou-eul^,  tandis  que  ceux  de  la  rive  droite,  ne  paient  d'im- 
pôt à  la  Chine  que  par  l'intermédiaire  du  roi  de  Xieng-houng. 
En  échange  du  tribut,  la  Chine  remet  à  chaque  chef  de  panna, 
une  veste  brochée,  de  la  valeur  de  5  hongs  ;  au  roi  de  Xieng- 
houng,  elle  fait  don  d'élolTes  de  soie,  et  d'une  veste  garnie  de 
fourrures,  d'une  valeur  de  4o  hongs.  Comme  naguère  les  rois  de 
Laosetd'Annam,  le  roi  de  Xieng-houng  possède  un  sceau  de  vas- 
salité, dont  il  se  sert,  dans  ses  relations  avec  la  Chine,  mais,  tan- 
dis que  les  deux  premiers  étaient  en  argent  doré,  et  représen- 
taient un  chameau  accroupi,  celui-ci  est  en  cuivre  et  représente 
un  lion.  Rien  n'établit  l'existence  d'un  lien  quelconque,  entre  la 
Birmanie  et  les  pannas  de  la  rive  gauche.  Le  tribut  payé  par  le 
roi  de  Xieng-houng  (peut-être  pour  tous  les  pannas,  peut-être 

I .  Le  Muong  est  une  circonscription  territoriale  en  usage  chez  les 
populations  de  race  thaïe.  (Lcfcvre-Ponialis,  Mission  Pas'iCy  p.   i/J.) 

a.  En  1739,  six  des  pannas  formèrent  ou  furent  réunis  à  la  préfec- 
ture de  Pou-eul. 


1^8  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

pour  les  pan  lias  de  la  rive  droite  seulement)  n*a  jamais  consisté 
en  argent.  Tous  les  quatre  ans,  il  se  bornait  à  envoyer  à  Ava,  un 
arbre  d*or  et  un  arbre  d'argent,  en  signe  de  vassalité.  La  contri- 
bution de  cliaque  panna  admis  à  l'hommage,  était  d'une  fleur 
d'or  et  d'une  fleur  d'argent,  adhérant  aux  arbres. 

Les  six  pannas  de  la  rive  gauche  étaient  : 

1°  Sse-mao,     ...         ==  Muong  la  thay 

2°  P'ou-teng.   ...         =  Muoiig  lliue 

'd^  Tcheng-toung. .      .  =  Xieng  Toung 

4°  Muong  Ou. ...         =  Muong  Hou 

5"  Liou  la  Ich'a  chan.         =  Spang  Shan 

0"  Kan  lan  pa..     .      .  =  Muong  La  ?  ou  Muong  Poung  ? 

Suivant  un  haut  mandarin  de  Xieng-houng,  il  y  aurait  5  pan- 
nas sur  la  rive  droite  et  7  sur  la  rive  gauche  qui  seraient  : 

1°  Muong  la  thai  (Sse-mao)  avec  M.  Vang  (r.  d.). 

2°  Muong  lline,  avec  Muong  Bang. 

3°  Xieng-loung,  avec  Long-ten. 

4°  Muong  La,  avec  Muong  Bane. 

5**  Spang  avec  Shan 

G**  Muong  llou  (neua)  avec  M.  Hou  (tai) 

7**  Muong  Poung  avec  M.  Joun. 

Les  habitants  dos  Sipsong-panna  appellent  en  thai,  son  chef- 
lieu  '  MuoiKj-Mène.  Son  territoire  s'étend  évidemment  dans  le 
Yun-\an,  sur  d'autres  centres  que  ceux  des  pannas.  Le  Nam 
Hou  n'a  pas  sa  source  dans  la  préfecture  de  Pou-eul. 

Sse-mao,  en  tant  que  panna,  est  connue  aux  Sipsong-panna, 
sous  h»  nom  de  Muong-la-lhai.  Mais  en  réalité,  c'est  une  ville 
chinoise,  à  quelcjues  kilomètres  de  laquelle  se  trouve  le  bourg 
indigène,  qui  est  le  centre  présumé  du  panna,  centre  que  les  Chi- 
nois ont  toujours  tendu  à  rapprocher  de  leurs  troupes,  et  de  leur 
sous-préfecture,  pour  le  dominer  davantage. 

Suivant  Francis  Garnier,  Muong-Ia-thai  est  la  porte  de  Chine, 
comme  Muong  khie  est  celle  de  la  Birmanie,  Muong  Long  celle 
de  \ieng-Toung,  et  Muong  Phong,  celle  de  Xieng-Mai. 

Cela  est  très-exact,  et  nous  avons  pu  le  vérifier,  quand  remon- 
tant le  Mékong,  sur  sa  rive  droite,  jusqu'au  bac  de  Pak-khong, 
nous  avons  constaté,  que  le  territoire  de  Muong  Vang,  situé  sur 
la  rive  droite  du  fleuve,  fait  partie  du  panna  de  Muong-la-thai , 

I.  De  la  préfecture  Je  Pou-eul. 


CONVENTION    ANGLO-CHINOISE  I^Q 

dont  le  chef-lieu  est  sur  la  rive  gauche.  Ce  point  de  Pak-khonga, 
d'ailleurs,  aux  yeux  des  Chinois,  la  plus  grande  importance,  lis 
surveillent,  en  toute  circonstance,  avec  le  plus  grand  soin,  le  bac 
affermé  par  leurs  soins. 

Cependant  les  Anglais  qui,  depuis  1886,  avaient  retardé  la 
délimitation  de  la  frontière  sino-birmane,  scbAtaient  de  régler 
la  situation  et  comme  conséquence  de  l'article  3  de  la  con- 
vention de  1886,  ils  signaient  «1  Londres  le  i*""  mars  1894  la 
convention  suivante  dont  les  ratirications  furent  échangées  le 
23  août  189/i  : 


CONVENTION    ANCiLO  CIllNOISF,     l'"'"    MARS     iSq/j 

Sa  Majesté  la  Heine  du  Royaume-Uni  de  la  Grande-Bretagne 
et  d'Irlande,  Imp<*ralrice  des  Indes,  et  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
Chine,  étant  sincèrement  désireux  de  consolider  les  relations 
d'amitié  et  de  bon  voisinage  qui  existent  heureusement  entre  les 
deux  Empires,  ont  résolu  de  conclure  une  Convention  en  vue  de 
donner  effet  à  l'article  III  de  la  Convention  relative  h  la  Birmanie 
et  au  Tibet,  signée  à  Pé-King  le  a4  juillet  188G,  et  ont  nomme 
leurs  pléni|)otentiaires  à  celte  intention,  c'est-à-dire: 

Sa  Majesté  la  Reine  du  Royaume-Uni  de  Grande-Bretagne  et 
d'Irlande,  Impératrice  des  Indes,  le  Très  Honorable  Comte  de 
RosEBERRY,  Clicvalier  de  l'Ordre  très  noble  de  la  Jarretière, 
Premier  Secrétaire  d'Etat  de  Sa  Majesté  Britannique  pour  les 
Affaires  Étrangères  : 

Et  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine,  Su:  Ta-jèn,  Envoyé 
extraordinaire  et  Ministre  Pléni|X)tenliaire  de  Chine  à  la  Cour 
de  St-James,  et  ^  ice-Président  de  la  Cour  impériale  des  Cen- 
seurs: 

Qui  s'étant  conmiuniqué  nuituellement  leurs  pleins  pouvoirs 
respectifs,  trouvés  en  bonne  et  due  forme,  ont  convenu  des  ar- 
ticles suivants  : 

Article  I.  —  Il  est  convenu  que  la  frontière  entre  les  deux 
Empires,  à  partir  du  a5"35  de  latitude  nord,  suivra  ainsi  qu'il 
suit  :  — 

Commençant  au  haut  pic  conique  situé  approximativement  à 


l5o  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIKRE    SUD    DE    LA    CHINE 

celle  latitude  et  au  98°!  4'  de  longitude  est  de  Greenwich  et 
18°  16'  ouest  de  Pe-King,  la  ligne  suivra?  aussi  loin  que  possible, 
la  crôte  des  collines  se  dirigeant  dans  une  direction  sud-ouest  à 
travers  Kaolong  Puni  et  le  Pic  Warong,  et  de  là  se  dirigera  à 
moitié  chemin  des  villages  de  Wanclion  et  Kaolong  —  laissant  le 
premier  à  la  Birmanie  et  le  second  h  la  Chine  —  à  Sabu  Pum. 

De  Sabu  Pum  la  frontière  suivra  légèrement  une  ligne  au  sud- 
ouest  à  travers  Shairung  Pum  à  Namienku  Pum  :  de  là.  elle 
continuera,  toujours  se  dirigeant  dans  une  direction  sud-ouest, 
le  long  de  la  crête  des  collines  jus(|u'à  ce  qu'elle  rencontre  le 
fleuve  Tazar  Kha,  le  cours  duquel  elle  suivra  de  sa  source  à  son 
confluent  avec  le  Nam  Tabet  ou  Tabak  Kha,  laissant  ainsi  Uka 
à  Test  et  Laipong  à  l'ouest. 

Du  confluent  du  fleuve  Tazar  Kha  avec  le  Tabak  Kha,  la  fron- 
tière remontera  ce  dernier  fleuve  jusc|u'à  sa  jonction  avec  le 
Lekra  Kha,  qu'elhî  suivra  jusqu'à  sa  source  près  de  Nkrang. 
De  la  source  du  Lekra  Kha,  laissant  Nkrang,  Kukum,  et  Singra 
à  Touest,  et  Si  ma  et  Mali  à  l'est,  la  ligne  suivra  le  Lésa  Kha  de  sa 
source  occidentale  à  sa  jonction  avec  le  fleuve  Mali,  et  de  là 
remontera  le  Mali  juscju'à  sa  source  près  de  Ilpunra  Shikong  ; 
puis  elle  se  dirigera  dans  une  direction  sud-ouest  le  long  du  Laisa 
Kha  depuis  sa  source  jusqu'au  point  où  il  se  jelte  dans  le  fleuve 
Mole  près  de  Kadon,  laissant  le  village  de  Kadoii  à  l'ouest  et  celui 
de  Laisa  à  l'est. 

La  ligne  suivra  alors  le  cours  du  Mole  dans  une  direction  sud- 
ouest  jusqu'à  l'endroit  on  celui-ci  reçoit  le  (ihe  Yang  Kha,  lequel 
fleuve  elle  sui\ra  jusqu'à  sa  source  dans  le  Alau  Pum.  Klle  se 
dirigera  ensuite  le  long  du  fleuve  Nampaung  depuis  sa  source 
occidentale  jusqu'à  son  entrée  dans  le  fleu>e  Taping.  * 

Ceci  termine  la  description  de  la  première  section  de  la  fron- 
tière. 

Art.  II.  --  La  seconde  section  de  la  frontière,  ou  la  portion  qui 
s'étend  du  fleuve  Taping  au  voisinage  (leMeungMao,  se  dirigera 
ainsi  qu'il  suit  : 

Partant  de  la  jonction  du  Khalong  Kha  avec  le  fleuve  Taping. 
la  frontière  suivra  le  Khalong  Kha  et  son  bras  occidental  jusqu'à 
sa  source  ;  de  là,  elle  sera  marquée  au  sud  |>our  rencontrer  le  Si|)aho 
ou  bas  Nanthabet,  à  un  endroit  inunédiatement  au  sud-ouest 
de  Ilanton,  laissant  Matin  à  la  Grande  Breta'^ne  et  Loilong-t^a- 
long,  Tieh-pi-Kwan,  et  Ilanton  à  la  Chine  ;  de  là,  elle  remontera 
le  bras  du  susdit  fleuve  qui  a  sa  source  près  de  celle  du  Mantein 


CONVENTION    ANGLO-CHINOISE  l5l 

Kha.  Elle  suivra  ensuite  les  crêtes  de  la  ligne  de  collines  courant 
dans  une  direction  sud-est  h  la  plus  méridionale  des  deux  villes 
nommées  Kadaw,  qui  est  tout  près  du  lleuve  Namwan,  laissant 
Kadaw  à  la  Chine  et  Païen  à  la  Grande  Bretagne.  Elle  suivra  le 
fleuve  Namwan  dans  une  direclion  sud-ouest  au  point  d'environ 
33®55  de  lalilude,  où  cr,  fleuve  prend  un  cours  sud-est.  De  là, 
elle  suivra  dans  une  direction  quehpie  peu  du  sud  à  Touest  au 
fleuve  Manmiak,  laissant  \amlvhai  à  la  Grande  Bretagne.  Elle 
suivra  le  fleuve  Nauunak  au  point  où  il  bifurque  à  environ 
aS"^"'  de  latitude,  et  remonlera  ensuite  le  bras  méridional  jus- 
qu'à ce  qu'elle  al  teigne  la  créle  d'une  haute  chaîne  de  collines  au 
sud  de  Mawsiu,  à  en>iron  a3"4r)  de  latitude.  Elle  suivra  alorsla 
crête  de  cette  chaîne  (qui  court  légèrement  de  l'est  au  nord)  jus- 
qu'à ce  qu'elle  atteigne  le  fleu\e  Shweli  à  sa  jonction  avec  le 
\ammak,  laissant  ainsi  à  la  Chine,  le  district  de  Mawsiu,  l'en- 
droit récemment  identifié  conune  Tien-ma-Rwan  et  les  villages 
de  Hinglon  et  Kong  movv.  situés  au  nord  de  cette  chaîne  ci- 
dessus  mentionnée. 

Elle  sui>ra  alors  le  cours  du  fleuve  Shvveli  et,  où  le  fleuve  bi- 
furque, elle  suivra  le  plus  méridional  de  ses  deux  bras,  laissant  à 
la  Chine,  l'île  formée  par  eux,  jusqu'à  ce  qu'elle  atteigne  un 
point  près  de  l'extrémité  est  de  la  boucle  formée  par  le  fleuve  de 
l'autre  côté  de  Meung  Mao,  ainsi  qu'il  est  indiqué  dans  l'article 
suivant  de  la  Convention. 

Le  Gouvernement  Chinois  consent  à  ce  que  la  plus  directe  des 
routes  entre  Bliamo  et  Namkhan,  où  elle  passe  à  travers  une 
petite  partie  de  territoire  chinois  au  sud  de  Namwan,  soit,  tout 
en  restant  entièrement  ouverte  aux  sujets  chinois  et  aux  sujets 
tribut-aires  de  la  Chine,  libre  et  ouverte  à  la  Grande  Bretagne 
pour  les  vovageurs,  le  commerce,  et  les  besoins  administratifs, 
sans  aucune  restriction.  Le  (îouvernement  de  Sa  Majesté  Britan- 
nicpie  aura  le  droit,  après  en  avoir  commimiqué  avec  les  auto- 
rités Chinoises,  d'exécuter  les  travaux  quels  qu'ils  soient,  pour  la 
route,  utiles  à  l'amélioration  ou  de  réparation,  et  de  prendre  les 
mesures  qui  seraient  nécessaires  |M)ur  la  protection  du  commerce 
ou  prévenir  la  contrebande. 

Il  est  également  con>enu  ([ue  les  troupes  britanniques  seront 
autorisées  à  passer  librement  sur  cette  route.  Mais  aucun  corps 
de  troupes  de  plus  de  aoo  hommes  n'y  sera  envoyé  sans  le  con- 
sentement des  autorités  chinoises  et  un  avis  écrit  préliminaire 
sera  donne  à  chaque  groupe  armé  de  plus  de  vingt  hommes. 


l5a  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIKnE    SUD    DE    LA    CHINE 

Art.  m.  —  La  troisième  section  de  la  fronlitTe  se  dirigera 
ainsi  qu'il  suit: 

Elle  commencera  d'un  point  sur  le  fleuve  Shweli,  près  de 
rextrémilé  est  de  la  boucle  formée  par  ce  fleuve  en  face  Meung 
Mao  ;  alors,  eu  égard  aux  aspects  naturels  et  conditions  locales 
du  pays,  elle  se  dirigera  dans  une  direction  sud-est  vers  Ma-li- 
pa,  jusqu'à  ce  qu'elle  atteigne  à  un  point  à  environ  98^7'  de  lon- 
gitude est  de  Green\\ich  (i8"33'  ouest  de  Pé-King)  et  de  23°5a' 
de  latitude,  une  chaîne  apparente  de  montagnes.  Elle  suivra  la 
crête  de  cette  chaîne  à  travers  Loiaipong  et  Loipanglom  jusqu'à 
ce  qu'elle  atteigne  le  fleuve  Saloucn,  à  aS^'ii' environ  de  latitude. 

Cette  partie  de  la  frontière  du  Shweli  au  fleuve  Salouen  devra 
être  déterminée  par  la  Commission  de  Délimitation  nommée  par 
l'Article  VI  de  la  Convention  présente,  et  de  manière  à  laisser  à 
la  Chine  au  moins  autant  de  territoire  qu'il  y  en  aurait  si  la 
frontière  était  manjuée  en  droite  ligne  de  Meung  Mao  vers  Ma- 
li-pa. 

Si  l'on  trouve  que  la  frontière  la  plus  convenable  donnera  à 
la  Chine  une  plus  grande  partie  de  territoire  qu'il  n'est  statué 
ci-dessus,  la  compensation  h  donner  à  la  Grande-Bretagne  sur 
une  autre  partie  de  la  frontière  fera  la  matière  d'un  arrangement 
subséquent. 

Du  a3"/ji'  de  latitude,  la  frontière  suivra  la  Salouen  jusqu'à  ce 
qu'elle  atteigne  la  limite  nord  du  cercle  de  Kunlong.  Elle  suivra 
cette  limite  dans  une  direction  orientale,  laissant  le  cercle  entier 
de  Kunlong,  et  le  bac  de  ce  nom,  à  la  Grande  Bretagne,  et  lais- 
sant à  la  Chine  l'Rtat  de  Kokang. 

Elle  suivra  ensuite  le  cours  du  fleuve  formant  la  limite  entre 
Somu,  qui  appartient  à  la  Grande-Bretagne,  et  Mèng  Ting,  qui 
appartient  à  la  Chine.  Elle  continuera  encore  à  suivre  la  fron- 
tière entre  ces  deux  districts,  qui  est  bien  connue  dans  le  pays, 
où  elle  quitte  le  fleuve  sus-nonmié  et  atteint  les  collines  ;  et  sui- 
vra alors  la  ligne  de  partage  des  eaux  entre  les  tributaires  des 
fleuves  Salouen  et  Mé  Kong,  depuis  environ  99°  longitude  est 
de  Green^vich  (i7''3o'  ouest  de  Pé-King)  et  33°3o'  de  latitude 
jusc|u'à  un  point  à  en\iron  99^*40'  de  longitude  est  de  Greenwich 
(lô'^ôo'  ouest  de  Pé-King)  et  33"  de  latitude,  laissant  à  la  Chine 
les  ïsawbwaships  de  Keng  Ma,  Mengtung,  et  Mengko. 

Au  dernier  point  nommé  de  longitude  et  de  latitude  la  ligne 
rencontre  une  chaîne  de  très  hautes  montagnes,  appelées  Kong 
Ming  Shan,  qu'elle  suivra  dans  une  direction  sud  à  environ 


CONVENTION    ANGLO-CHINOISE 


53 


gg^So'  de  longitude  est  de  Greenwicli  (17°  ouest  de  Pé-King)  et 
3  3°3o'  de  latitude,  laissant  à  la  Chine  le  district  de  Tchen-pien 
T*ing.  Alors,  descendant  le  versant  ouest  des  collines  au  fleuve 
Namka,  elle  suivra  le  cours  du  fleuve  j)endant  environ  10'  de 
latitude,  laissant  Muonglem  h  la  Chine,  et  Mangliïn  à  la  Grande- 
Bretagne. 

Elle  suivra  ensuite  la  limite  entre  Muonglem  et  Xieng-Toung, 
qui  est  bien  connue  dans  le  pays,  s'écartant  du  fleuve  Namka  un 
peu  au  nord  du  33**  de  latitude,  dans  une  direction  quelque  peu 
sud  de  l'est,  et  suivant  généralement  la  crtMe  des  collines  jusqu'à 
ce  qu'elle  rencontre  le  fleuve  Namlam  à  3i°45  de  latitude  envi- 
ron, et  de  100°  est  de  longitude  de  Greenwich  (i6"3o'  ouest  de 
Pé-King). 

Elle  suivra  ensuite  la  limite  entre  Xieng-Toung  et  Xieng- 
Houng,  qui  est  d'une  manière  générale  formée  par  le  fleuve 
Namlam,  à  Texceplion  d'une  mince  bande  de  territoire  apparte- 
nant à  Xieng-IIoung,  qui  est  située  à  l'ouest  de  ce  fleuve  juste 
au  sud  du  degré  de  latitude  sus-nommé.  En  atteignant  la  limite 
de  Xieng  Cheng,  à  environ  31^37'  de  latitude  et  ioo°i3'  est  de 
Greenwich  (16"  18'  ouest  de  Pé-King)  elle  suivra  la  limite 
entre  ce  district  et  Xieng-Iloung  jusqu'à  ce  qu'elle  atteigne  le 
fleuve  Mé-Kong. 

Aht.  IV.  —  Il  est  convenu  que  l'établissement  et  la  délimitation 
de  cette  partie  de  la  frontière  qui  est  située  au  nord  du  35**35' 
de  latitude  nord  seront  réservés  pour  une  future  entente  entre 
les  Hautes  Parties  Contractantes  quand  les  formes  et  la  condi- 
tion du  pays  seront  connus  dune  manière  plus  exacte. 

Art.  V.  —  En  plus  des  concessions  territoriales  dans  le 
Theinni  septentrional  et  la  cession  à  la  (ihine  de  l'Etat  de 
Kokang,  qui  résulte  de  la  frontière  décrite  ci-dessus.  Sa  Majesté 
Britanni(|ue,  en  considération  de  l'abandon  des  droits  avancés 
par  la  Chine  sur  le  territoire  situé  en  dehors  et  aboutissant  à  la 
frontière  de  la  Préfecture  de  Young  Tchang  et  la  sous-préfecture 
de  Teng  Yueh,  consent  à  renoncer  en  faveur  de  Sa  Majesté 
l'Empereur  de  Chine,  et  de  ses  héritiers  et  successeurs  f)our  tou- 
jours, aux  droits  de  suzeraiiîcté  intérieurs  et  extérieurs  sur  les 
Klats  de  Muonglem  et  \ieng-Houng  jx>ssédés  jadis  par  les  Uois 
d'Ava,  concurremment  avec  lesEmpereursdeChine.  Sa  Majesté  la 
Reine-Impératrice  renonce  ainsi  qu'il  est  dit  plus  haut  à  ces  droits 
et  autres  droits  sur  les  dits  États,  avec  les  titres,  prérogatives,  et 
privilèges  y  aflerant,  à  la  seule  condition  que  Sa  Majesté  l'Em- 


l56  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

de  Chine  en  Birmanie,  sauf  sur  la  réquisition  du  Gouvernement 
désirant  leur  importation  ;  ils  ne  seront  non  plus  vendus  qii*aux 
personnes  qui  ont  été  dûment  autorisées  parleurs  Gouvernevients 
respectifs  pour  les  acheter  : 

Canons,  boulets  et  obus,  cartouches  et  munitions  de  toute 
sorte,  armes  h  feu  et  armes  de  guerre  de  tout  genre.  Salpêtre, 
soufre,  soufre  en  canon,  j>oudre  à  canon,  dynamite,  fulmicoton 
ou  autres  explosifs. 

Art.  XI.  —  L'exportation  du  sel  de  Birmanie  en  Chine  est 
prohibée. 

L'exportation  de  sapèques,  de  riz,  de  plantées  légumineuses  et 
de  grains  de  toutes  sortes  de  Chine  en  Birmanie  est  prohibée. 

L'importation  et  rex[X)rtation  de  l'opium  et  des  liqueurs  spi- 
ritiieuses  à  travers  la  frontière  est  prohibée,  excepté  en  petites 
quantités  à  Tusage  personnel  des  voyageurs.  La  quantité  per- 
mise sera  délerminée  par  les  Règlements  des  douanes. 

Des  infractions  aux  conditions  stipulées  dans  cet  article  et 
dans  le  précédent  seront  passibles  de  la  conliscation  de  toutes  les 
marchandises  en  litige. 

Art.  \1I.  —  Le  Gouvernement  Britannique,  désireux  de 
développer  le  commerce  de  frontière  entre  les  deux  pays  en  en- 
courageaiît  les  entreprises  minières  dans  le  Yun-\an  et  dans  les 
nouvelles  ac(juisitions  territoriales  de  la  Chine  mentionnées  dans 
la  présente  convention,  consent  à  autoriser  les  vaisseaux  chinois 
portant  des  marchandises,  des  minerais  et  minéraux  de  toutes 
sortes  et  venant  de  Chine  ou  à  destination  de  Chine,  à  naviguer 
librement  sur  l'irawady  dans  les  mêmes  conditions  que  les  vais- 
seaux britanniques  quant  aux  droits  et  autres  alTaires. 

Art.  XHI.  —  Il  est  con\enu  que  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
Chine  nommera  un  consul  en  Birmanie,  pour  résidera  Rangoun: 
et  que  Sa  Majesté  lh*itanni(|ue  nonnnera  un  Consul  pour  résider 
à  Manwyne  :  et  que  les  Consuls  des  deux  Gouvernements  jouiront 
dans  chaque  teritoire  de  l'autre  des  mêmes  privilèges  et  immu- 
nités que  les  (iOnsuls  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

En  outre,  à  mesure  et  en  pro[)ortion  des  progrès  du  com- 
merce entre  la  Birmanie  et  la  (ihine.  des  Consuls  additionnels 
seront  nommés  par  consentement  mutuel,  afin  de  résider  dans 
telles  villes  en  Birmanie  et  au  Yun-Nan  que  les  besoins  du  com- 
merce paraîtront  l'exiger. 

La  correspondance  entre  les  Consuls  Britanni([ues  et  les  Con- 
suls Chinois  respectivement  et  les  autorités  principales  de  l'endroit 


CONVENTION    AN GLO-CllI NOISE  167 

OÙ  ils  résideront,  sera  échangée  dans  les  termes  d'une  égalité  par- 
faite. 

Art.  XIV.  —  Des  passe-ports,  écrits  en  Chinois  et  en  Anglais, 
et  dans  des  ternies  idenlicpics  à  ceux  délivrés  aux  étrangers  dans 
les  ports  à  Traités  en  Chine,  seront,  sur  la  demande  des  autorités 
britanniques  com|)étentes,  accordés  aux  commerçants  britanni- 
ques et  autres  désireux  de  se  rendre  de  Birmanie  en  Chine,  par 
le  Consul  Chinois  de  Hangoun  ou  par  les  autorités  chinoises  de  la 
frontière;  et  les  sujets  Chinois  désireux  de  se  rendre  de  Chine  en 
Birmanie  seront,  sur  la  demande  d'une  autorité  (juelconquc 
Chinoise  reconnue,  autorisés  à  recevoir  un  passe-port  semblable 
du  Consul  de  Sa  Majesté  Britannique  à  Manwyne  ou  autres  villes 
suivant  la  commodité  où  se  trouverait  un  otïicier  Consulaire 
Britannique. 

Art.  W.  —  Si  des  criminels,  sujets  de  l'un  des  pays,  se  ré- 
fugiaient sur  le  territoire  de  l'autre,  ils  doraient,  si  la  demande 
en  était  faite,  être  recherchés,  et  une  raisonnable  présomption 
de  leur  culpabilité  étant  établie,  être  remis  aux  autorités  deman- 
dant leur  extradition, 

La  «  réquisition  due  »  sera  considérée  comme  signifiant  la 
demande  d'un  fonctionnaire  quelconque  de  l'un  ou  l'autre 
Gouvernement  possédant  un  sceau,  et  la  demande  doit  être 
adressée  à  l'olTicier  de  la  frontière  le  plus  rapproché  du  pays  dans 
Iwjuel  le  fugitif  s'est  réfugié. 

Art.  \V1.  —  Kn  vue  d'améliorer  les  relations  entre  les  deux 
pays,  et  en  plaçant  le  Consul  chinois  à  Uangoun  en  communica- 
tion avec  les  Hautes  Autorités  Provinciales  du  Yun-Nan,  les 
Hautes  Parties  Contractantes  entreprennent  de  relier  les  svstèmes 
télégraphiques  des  deux  pays  entre  eux,  aussitôt  que  les  arrange- 
ments nécessaires  [>ourront  être  faits  ;  la  ligne,  cependant,  ne 
sera  au  début,  employée  qu'à  la  transmission  des  télégrammes 
oiliciels  et  des  messages  en  général  de  Birmanie  j)our  la  Pro- 
vince du  Yun-Nan  et  réciprgquement '. 

Art.  \VH.  —  H  est  convenu  cpie  les  sujets  des  deux  Puis- 
sances jouiront  dans  les  territoires  de  l'autre  de  tous  les  pri- 
vilèges, imnuinités  et  avantages,  qui  ont  été  ou  seront  plus  tard, 
accordés  aux  sujets  d'une  autre  nation  quelconque. 

Art.  WHI.  —  11  est  convenu  que  les  clauses  commerciales 
contenues  dans  la  présente  Convention  étant  d'une  nature  spé- 

1.  ^oi^  III,  [).  (jf). 


l58  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONT!  KRE    SUD    DE    LA    CHINE 

cialc  et  le  résultat  de  mutuelles  concessions,  consenties  en  vue  de 
les  adapter  aux  conditions  locales  et  aux  nécessités  particulières 
du  commerce  entre  la  Birmanie  et  la  Chine,  les  avantages  qui  en 
résultent  ne  pourront  pas  être  invoqués  par  les  sujets  d'autres 
Puissances  résidant  dans  d'autres  villes  que  celles  où  les  deux 
Empires  sont  limitrophes,  exc<*plé  où  les  mômes  conditions 
prévalent,  et  là  seulement  en  retour  de  semblables  avantages. 

Art.  XIX.  —  Les  arrangements  se  rap|)orlant  au  trafic  et  au 
commerce  contenus  dans  la  présente  Convention  étant  d'un  ca- 
ractère provisoire  et  expérimental,  il  est  convenu  que  si  une 
expérience  subsé([uente  de  leur  mise  en  œuvre,  ou  une  plus  in- 
time connaissance  des  besoins  du  commerce  que  celle  possédée 
maintenant  le  réclamaient,  ils  seraient  re\isés  à  la  demande  de 
Tune  des  deux  Parties  après  un  délai  de  six  ans  après 
réchange  des  ratillcalions  de  la  Convention  présente,  ou  plus  tôt 
si  les  deux  Gouvernements  le  désiraient. 

Art.  XX.  —  Les  ratifications  de  la  Convention  présente  sous 
la  signature  de  Sa  Majesté  Britannique  et  de  Sa  Majesté  l'Empe- 
reur de  Chine  seront  échangées  à  Londres  dans  six  mois  h  partir 
du  jour  de  la  signature,  ou  [)lus  tôt,  s'il  est  possible. 

La  (Convention  sera  mise  en  >igueur  immédiatement  après 
l'échange  des  ratifications. 

En  foi  de  quoi  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  cette 
Convention  en   quatre  exem[)lairos,  deux    en   Chinois  et  deux 
en  anglais. 

Fait  à  Londres  le  premier  jour  de  Mars,  mille  huit  cent  et 
quatre-vingt-cjuatorze,  correspondant  au  uV  jour  de  la  i'"'^  lune 
de  la  30''  année  do  Kouang-Siu. 

(L.   S.)  UoSKBERRY. 

(L.  S.)  SiK. 


nÉCLAIWTlON 

En  procédant  à  la  signature  aujourd'hui  de  la  Convention 
entre  la  Grande  Bretagne  et  la  Chine,  donnant  elTetà  l'article  111 
de  la  Convention  relative  à  la  Birmanie  et  au  Tibet,  signée  h 
Pé-King,  le  34  juillet,  1886  : 

Les  Plénipotentiaires  soussignés  déclarent  que,  attendu  que  la 
présente  Convention  a  été  conclue  dans  le  but  spécial  men- 
tionné dans  le  préambule,  les  clauses  qui  y  sont  contenues  ne  sont 


MlâSION    PAV1Ë  169 

applicables  que  dans  les  portions  des  Etals  de    Sa  Majesté  Bri- 
tannique cl  de  Sa  Majesté   l'Hiupereur  de  Chine  qui  sont  dési- 
gnées expressément  dans  la  dite  Convention,  et  ne  peuvent  pas 
être  interprétées  comme  applicables  autre  part. 
Fait  à  Londres  le  1*^  jour  de  Mars,  189^. 

(L.   S.)  ROSEBERRY 

(L.  S.)  SiÉ  * 

D'une  façon  générale,  la  frontière  depuis  23''4 1  '  lati- 
tude N.  suivait  la  Salouen  jusqu'à  la  limite  Mord  du  cercle 
de  Koun  long  ;  elle  suivait  cette  limite  vers  TEsl  laissant  à 
TAnglelerre  tout  le  cercle  de  Koun  long  et  à  la  Chine  TÉlat 
de  Kokang,  ensuite  la  frontière  continuait  dans  une  direction 
Sud  jusqu'au  Mékong  ;  cette  dernière  partie  devant  êlre  déli- 
mitée postérieurement. 

MISSION    PAVIE 

A  la  fin  de  mars  i8()/j,  M.  Pavie,  accompagné  de  son 
secrétaireparticulierelde  M.  Lefèvre-Pontalis, quittait  Bangkok 
au  moment  oii  la  saison  des  pluies  allait  commencer  ;  ils 
remontèrent  le  Ménam  jusqu'à  (3utaradit,  puis  ils  se  rendi- 
rent à  dos  d'éléphant  jusqu'à  Xieng-IIai,  en  passant  par 
Muong-Nan.  M.  Vacle,  commissaire  du  gouvernement,  était 
arrivé  le  3i  mars  à  Luang-Prabang*,  et  il  annonçait  l'heu- 
reux résultat  de  sa  mission  dans  le  rapport  suivant  : 

«  Sur  tout  le  parcours  du  territoire  du  Laos  que  j'ai  traversé. 
«  j'ai  trouvé  l'accueil  le  plus  empressé  cl  les  populations  ont 
«  montré  clairement  qu'elles  éprouvaient  une  grande  satisfaction 
«  à  se  voir  soumises  à  l'autorité  française. 

«  Le  premier  roi  de  Luang-Prabang,  qui  avait  envoyé  à  ma 
a  rencontre  son  fils  aine,  m'a  assuré  que  je  trouverai  auprès  de 
a  lui  tout  le  concours  sur  lequel  j'étais  en  droit  de  compter. 

«  Le  8  avril,  les  deux  rois,  les  membres  de  leurs  familles  et 

I.   Trealy  Séries,  n»  ig,  189'»  [G. — l^^']]- 

3.  Le  1^1  juin  189^1,  la  rcsidenco  de  Luang-Prabang  fut  détruite  par 
un  violent  incendie. 


iGo  DÉLIMITATION    DE    LA    KUONTIKRE    SUD    DE   LA    CUIKË 

a  tous  les  mandarins  réunis  solennellement  à  la  pagode  de  Wal- 
«  Mai*,  ont  prêté  en  ma  présence  serment  de  fidélité  et  de  dé- 
«  vouement  au  gouvernement  de  la  République  française. 


Zimui'AJ^mè/    ^m/. 


«  Dos  le  lendemain,  j*ai  commencé  à  m'occuper,  avec  les  deux 


I .  Résiclence  du  Phra  Rang. 


M.    A.    GÉRARD  iGl 

a  rois.  dc5  afTaircs  du  pays,  parliciilièrcmcnl  du  rccrulemeni  et 
a  de  rinslruclion  des  milices  locales.   » 

Quelques  incidents  marquèrent  la  mission  de  nos  commis- 
saires, en  particulier  l'occupation  de  Muong  Sing,  capitale 
delà  principauté  de  Xieng-Kheng,  sur  la  rive  gauche  du  Mé- 
kong, par  le  capitaine  Caulfield,  venu  de  Xieng-ïoung. 


M.     A.     GÉRARD 


Nous  allions  enfin  recueillir  le  fruit  des  explorations  et 
des  travaux  de  nos  vaillants  compatriotes. 

M.  Auf^uste  fîérard'  avait  été  nommé  eiivové  extraordi- 
naire  et  ministre  plénipotentiaire  en  (Ihinelc  3  octobre  i8<)3, 
à  la  place  de  M.  Gabriel  Lemaire.  Le  nouveau  ministre 
arriva  à  Pé-King  quatre  mois  avant  Touverture  de  la  guerre 
sino  japonaise ^  Outre  ce  qui  concernait  d'une  façon  parti- 
culière la  question  de  Faudience  et  les  autres  questions  d'un 
intérêt  général  et  permanent,  le  nouveau  ministre  avait  des 
instructions  parliculiércs  pour  régler  d'une  façon  définitive 
la  frontière  entre  la  Chine  et  le  Tong-King,  de  manière  à 
supprimer  toute  espèce  (Fétat-tampon  entre  nos  possessions 


1.  Gérard,  Ait  fruste,  né  le  28  mars  i85a  ;  licencié  es  lettres,  ancien 
élève  de  l'Ecole  normale  supérieure  ;  rédacteur  charge  des  fonctions  de 
chef  du  service  de  la  presse,  2  mars  1880;  secrétaire  d'amhassado  do 
seconde  classe  à  Washinj^ton,  10  novembre  1880  ;  chef  du  cabinel  du 
ministre,  18  décembre  1881  ;  secrétaire  de  première  classe,  27  janvier 
1882  ;  à  Madrid,  iG  février  1882  ;  chargé  d  alTaircs.  i""  aoiil-6  novembre 
1882;  secrétaire  de  première  classe  à  Berne,  i5  juin  i883  ;  conseiller 
d'ambassade  à  Berne,  i5  juillet  i88/i;  consenier  d'ambassade  à  Komc 
(Quirinal),  8  décembre  i885  ;  ministre  plénipotentiaire  do  deuxième 
classe,  28  décembre  1888;  chargé  d'affaires  au  Monténégro,  8  janvier 
1889;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  au  Brésil,  29 
novembre  1890;  à  Péking,  3  octobre  i8y3  ;  ministre  plénipotentiaire  de 
!••«  classe,  i5  août  1890  ;  à  Bruxelles,  29  décembre  1897. 

2.  M.  Gérard  arriva  h  Chang-llaï  le  hmdi  26  mars  1894,  cl  M.  Le- 
maire, venant  de  Tien-Tsin,  le  mercredi  28  mars. 

CoKOllR.  IH.  II 


l63  DÉLIMITATION    DE    LA    mONTIÈRE    SUD    DE    LA    CUIN'E 

et  le  Mékong  (i5  septembre  189/1).  Suivant  les  instructions 
de  M.  Hanotaux,  niinislre  des  affaires  étrangères,  basées  sur 
les  conclusions  de  la  première  mission  Pavie  (1890-1891), 
chargé,  non  d'une  mission  d'abornement  ni  de  délimitation, 
mais  d'une  mission  d'étude,  M.  Gérard,  après  avoir  vu 
M.  Pavie  et  M.  de  Lanessan  à  Saigon,  proposa  au  Tsoung- 
li  Yamen,  qui  raccepla,  une  frontière  qui  laissait  à  TAnnam 
le  territoire  gouverné  par  Deo-van-tri,  le  bassin  du  Nam-hou 
et  la  rive  gauche  du  Mékong,  jusqu'à  sa  rencontre  avec  le 
Lo-so,  sauf  rectification  sur  le  terrain'. 

Le  7  décembre  1894,  M.  Hanotaux  faisait  savoir  à  notre 
ministre  à  Pé-King  qu'il  pensait  qu'il  y  aurait  peut-être  lieu 
de  proposer  au  gouvernement  chinois  certaines  modifica- 
tions aux  arrangements  qui  régissent  nos  rapports  de  com- 
merce et  de  frontière  avec  la  Chine,  à  la  limite  du  Tong- 
King  proprement  dit  ;  par  exemple,  la  suppression  de  l'ar- 
ticle 9  de  la  Convention  commerciale  du  26  avril  1886  ; 
obtenir  du  gouvernement  chinois  la  reconnaissance  du  droit 
pour  nos  nationaux  d'exploiter  des  mines  dans  les  provinces 
limitrophes  du  Tong-King  ;  modifier  l'article  2  de  la  Con- 
vention additionnelle  du  26  juin  1887,  qui  prévoit  la  créa- 
tion d'un  vice  consulat  français  à  Man-hao,  qui  serait  transféré 
à  Ho-k'eou  ;  enfin,  rétablissement  d'un  consul  franç<iis  à 
Yun-nan  fou  et  à  Kouei-Iin,  capitale  du  Kouang-Si. 

Les  négociations  furent  poursuivies  avec  ardeur  pendant 
toute  la  durée  de  la  guerre  sino-japonaiscet,  le  20  juin,  c'est- 
à-dire  deux  mois  après  la  signature  du  traité  de  Shimonoseki 
(17  a\ril  1895),  enlrc  le  Japon  et  la  Chine,  M.  Gérard 
réussit  à  signer  les  deux  conventions  de  délimitation  et  de 
commerce,  comi)lément  des  conventions  du  26  juin  1887, 
négociées  par  M.  Constans. 


I.   Ministrrc  des   AfTaircs  étrangères.    Documents   diplomatiques.    — 
Cil  IN  F,  i89.Vi^«j^-  Paris,  Imp.  nat.,  1898,  in  fol. 


CONVENTION    DE    DÉLIMITATION  l63 


CONVENTION    DE    DELIMITATION,     20    JUIN     iSgS 

Convention  complémentaire  de  la  Convention  de  délimitation 
de  la  frontière  entre  le  Tong-Kinrj  et  la  Chine  du  26  juin 

1887. 

Les  Commissaires  nommés  par  les  deux  Gouvernements  pour 
reconnaître  la  dernière  partie  de  la  frontière  entre  la  Chine  et  le 
Tong-King  (du  Fleuve  rouge  au  Mékong)  ayant  terminé  leurs 
travaux, 

Monsieur  Auguste  Gérahd,  ministre  plénipotentiaire,  envoyé 
extraordinaire  de  la  Uépubliqne  Française  en  Chine,  oflficier  de 
la  Légion  d'honneur,  grand-croix  de  Tordre  de  l'Indépendance 
du  Monténégro,  grand-oflicier  de  Tordre  royal  de  Charles  11 1 
d'Espagne,  grand-olïicier  de  Tordre  royal  de  la  Couronne  d'Italie, 
etc.,  etc.,  etc..  d'une  part, 
et 

Son  Altesse  le  prince  K'ing,  prince  du  premier  rang,  président 
du  Tsoung-li  Yamen.  etc.,  etc..  etc.,  et 

Son  Excellence  Sit  Yong-yi,  membre  du  Tsoung-li- Yamen  et 
du  Grand  Conseil  de  l'Empire,  vice-président  de  gauche  au  mi- 
nistère de  l'intérieur,  elc,  etc..  etc.,  d'autre  part. 

Agissant  au  nom  de  leurs  Gouvernements  respectifs  et  munis 
il  cet  effet  de  pleins  |)ouvoirs  (|u'ils  ont,  après  communication, 
reconnus  être  en  bonne  et  due  forme,  ont  décidé  de  consigner 
dans  le  présent  acte  les  dispositions  suivantes  destinées  à  recti- 
fier et  compléter  la  convention  signée  à  Péking  le  26  juin  1887, 
les  procès- ver  baux  et  les  cartes  qui  ont  été  dressés  et  signés  par 
les  commissaires  français  et  chinois  étant  et  demeurant  approu- 
vés. 

I.  —  Le  tracé  de  la  frontière  entre  le  Yim-nan  et  TAimain 
(carte  de  la  deuxième  section)  du  point  Rau  [X)int  S.  est  modifié 
ainsi  qu'il  suit  : 

«  La  ligne  frontière  part  du  point  R,  se  dirige  au  nord-est 
a  jusqu'à  Man-mei,  puis  de  Man-mei,  et  suivant  la  direction 
«  ouest-est,  jusqu'à  Nan-na,  sur  le  Ts'ing-<'houei-lio,  laissant 
a  Man-mei  à  TAnnam  et  les  territoires  de  Mong-t'ong-chang- 
a  ts'ouen,  Mong-t'ong-chan,  Mong-t'ong-tchong-Ls'ouen.  Mong- 
«  t'ong-iiia-ls'ouen  à  la  Chine.  » 


l64  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD   DE    LA    CHINE 

H.  —  Le  trace  de  la  cinquicme  section  entre  Long-po-tchai  et 
la  Rivière  noire  est  modiûc  ainsi  qu'il  suit  : 

«  A  partir  de  Long-po-tchai  (cinquième  section),  la  frontière 
«  commune  du  Yun-nan  et  de  TAnnam  remonte  le  cours  du 
a  Long-po-ho  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Ilong-yai-ho.  au 
«  point  marqué  A  sur  la  carte.  Du  point  A,  elle  suit  la  direction 
a  générale  nord-nord-ouest  et  la  chaîne  de  partage  des  eaux  jus- 
«  qu'au  point  où  le  P'ing-ho  prend  sa  source. 

«  De  ce  point,  la  frontière  suit  le  cours  du  P'ing-ho,  puis 
«  celui  du  Mou-k*i-ho  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Ta-pao-ho, 
«  qu'elle  suit  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Nan-Kong-ho.  puis 
a  le  cours  du  Nan-Kong-ho  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Nan- 
«  na-ho. 

«  La  frontière  remonte  ensuite  le  cours  du  Pa-pao-ho  jusqu'à 
a  son  confluent  avec  le  Kouang-sse-ho,  puis  le  cours  du  Kouang- 
«  sse-ho  et  suit  la  chaîne  de  partage  des  eaux  jusqu'au  confluent 
a  du  Nam-la-pi  et  du  Nam-la-ho,  enfin  le  Nam-la-ho  jusqu'à 
a  son  confluent  avec  la  Rivière  noire,  puis  le  milieu  de  la  Rivière 
a  noire  jus(ju'au  Nam-nap,  ou  Nam-ma-ho.  » 

111.  —  La  frontière  commune  du  Yun-nan  et  de  l'Annam 
entre  la  Rivière  noire,  à  son  confluent  avec  le  Nam-nap,  et  le 
Mékong  est  tracée  ainsi  qu'il  suit  : 

«  A  partir  du  confluent  de  la  Rivière  noire  et  du  Nam-nap,  la 
«  frontière  suit  le  cours  du  Xam-nap  jusqu'à  sa  source,  puis, 
«  dans  la  direction  sud-ouest  et  ouest,  la  chaîne  de  partage  des 
«  eaux  jns(|u'aux  sources  du  Nam-Kang  et  du  Nam-hou. 

«  A  partir  des  sources  du  Nam-hou,  la  frontière  suit  la  chaîne 
de  partage  des  eaux  entre  le  hassin  du  Nam-hou  et  le  hassin  du 
Nam-la,  laissant  à  la  Chine,  à  l'ouest,  Ban-noi,  I-pang,  1-wou, 
les  Six  morrtagnes  à  thé.  et  à  l'Annam,  à  Test,  iVIong-wou  et 
«  Wou-te  et  la  confédéral  ion  des  llua-panh-ha-tang-hoc.  La 
«  frontière  suit  la  direction  nord-sud,  sud-est  juscju'aux  sources 
«  du  Nan-ouo-ho,  puis  elle  contourne,  par  la  chaîne  de  partage 
«  des  eaux,  dans  la  direction  ouest-nord-ouest,  les  vallées  du 
«  Nan-ouo-ho  et  des  affluents  de  gauche  du  Nam-la  juscju'au  con- 
«  fluent  du  Mékong  et  du  Nam-la,  au  nord-ouest  de  Muong- 
«  i)oung.  Le  territoire  de  Muong-mang  et  de  Muong-jouen  est 
«  laissé  à  la  Chine,  Quant  au  territoire  des  Huit  sources  salées 
«  (Pa-fa-tchai),  il  demeure  attribué  à  l'Aimam.  » 

ÏV.  —  Les  agents,  commissaires  ou  autorités  désignés  pnr  les 
deux  Gouvernements  seront  chargés  de  procéder  à  raborneinent 


CONVENTION    COMMERCIALE  l65 

conformément  aux  caries  dressées  et  signées  par  la  commission 
de  délimitation  et  au  tracé  ci-dessus. 

V.  —  Les  dispositions  concernant  la  délimitation  entre  la 
France  et  la  Chine,  non  modifiées  par  le  présent  acte,  restent  en 
pleine  vigueur. 

La  présente  Convention  complémentaire,  ainsi  que  la  Conven- 
tion de  délimitation  du  aG  juin  1887,  sera  ratifiée  des  à  présent 
par  Sa  Majesté  l'Empereuh  de  Chine,  et  après  qu'elle  aura  été 
ratifiée  par  le  Président  de  la  RÉruBLiQUE  Française,  rechange 
des  ratifications  se  fera  h  Pé-King  dans  le  plus  bref  délai  pos- 
sible. 

Fait  il  Pé-King,  en  quatre  exemplaires,  le  20  juin  mil  huit 
cent  quatre-vingl-<|uiiize,  corresjxjndant  au  vingt-huitième  jour 
de  la  cinquième  lune  de  la  vingt-el-unième  année  Kouang- 
Siu. 

(L.  S.)  Signé  :     A.  Gérard. 

(L.  S.)  Slfjnalures  du  Prince  K'ing 

et  de  Siu  Yong-yi. 


CONVENTION    COMMEIVCIVLE,     20    JUIN     iSgS. 

Convenlion  complémentaire  de  la  Convention  additionnelle 
de  commerce  du  26  juin  1887  entre  la  France  et  la 
Chine. 

Le  Président  de  L\RÉPi:nLiQUE  Française  et  Sa  Majesté TEmpe- 
REUR  DE  Chine,  désireux  de  favoriser  et  d'étendre,  sur  la  frontière 
sino-anna mite  désormais  délimitée  jus([u'au  Mékong,  le  dévelop- 
pement des  relations  commerciales  entre  les  deux  pays  et  d'assu- 
rer la  bonne  exécution  du  Traité  de  commerce  signé  à  Tien-Tsin 
le  33  avril  188G.  ainsi  (jue  de  la  Convention  additionnelle  signée 
à  Péking  le  aG  juin  1887.  ont  décidé  de  conclure  une  Convention 
complémentaire  contenant  plusieurs  dispositions  nouvelles  et  mo- 
difiant quelques-unes  des  dispositions  insérées  dans  les  précédents 
actes. 

A  cet  effet,  les  deux  Hautes  Parties  Contractantes  ont  nomme 
pour  leurs  plénipotentiaires  resjx»ctifs,  savoir  : 

Le  Président  de  la  République  Française,  Monsieur  Auguste 
Gérard,  ministre  plénipot^^'nliaire,  envoyé  extraordinaire  de  la 
République  Fran<;aise  en  Chine,  olTiciçr  de  la  Légion  d'Honneur, 


lOC  DÉLI«flTATIO:V    DE    L%    rRO!CTILRE:    Sl'D    DE    LA    CH13CE 

grand-Ooix  de  Tordre  dcrindé|ieDdance  du  Monténégro,  grand- 
officier  de  Tordre  roval  de  Cliarles  III  d'Espagne,  grand-oflicicr 
de  Tordre  royal  de  la  Txjuronne  d'Italie,  etc.,  etc.,  etc.,  ... 
et 
Sa  Majesté  l'Empereur  de  Ciii^e.  Son  Altes.^  le  prince  K*i7(g, 
prince  du  premier  rang,  président  du  Tsoung-Ii-Yamen,  etc..  etc., 

et 

Son  Excellence  Siu  Yonc-yi,  membre  du  Tsoung-H-Yamen  et 
du  Grand  Cons»<»il  de  TEmj)ire.  vice-président  de  gauche  au  mi- 
nisUVrc  de  l'intérieur,  etc.,  etc.,  etc.... 

Lesfpiels.  apn'»s  s'élre  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs,  qu'ils 
ont  reconnu»  en  l>onne  et  duc  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  : 

Article  I.  —  Il  est  convenu,  })our  assurer  la  ptilicede  la  fron- 
tière, que  le  (jouverneinenl  Français  aura  le  droit  d'entretenir 
un  agent  d'ordre  consulaire  à  Tong-hing,  en  face  de  Moncay.  sur 
la  frontière  du  Kouang-loung. 

Lu  règlement  uilérieur  délerminera  les  conditions  dans  les- 
quelles devra  s'exercer,  d'accord  entre  les  autorités  françaises  et 
chinoises,  la  police  commune  de  la  frontière  sino-annamile. 

Article  a.  —  L'article  a  de  la  Convention  additionnelle  signée 
à  IV'kiiigle  aOjuiii  iSSy  est  modifié  et  complété  ainsi  qu'il  suit  : 

Il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  Contractantes  que  la 
ville  (le  Long-lclieon,  an  Kouang-si,  et  celle  de  Mong-ts(»u,  au 
Yun-nan,  s<^)nl  ouvertes  au  commerce  franco-annamite.  H  est 
entendu  en  outre,  (pie  le  point  ouvert  au  commerce  sur  la  route 
fluviale  de  LaivKni  à  Mong-tseu  est  non  plus  h  Man-hao,  mais 
IIo-  K'eou  et  (pie  le  (louvernemeiit  Français  aura  le  droit  d'en- 
tretenir à  Ilo-K*(;on  un  agent  relevant  du  consul  deMong-tseu,  en 
UK^ine  lem[)s  (pic  le  (jouvernemenl  Chinois  y  entretiendra  un 
agent  des  douanes. 

Article  3.  —  Il  est  convenu  que  la  ville  de  Sse-mao,  au  Yun- 
nan,  sera  ouverte  au  commerce  franc(vannamite  comme  Long- 
tclieou  et  Mong-lseu  et  que  le  (îouvernement  français  aura  le  droit, 
comme  dans  les  autres  ports  ouverts,  d'y  entretenir  un  consul, 
en  nu'^me  temps  (pie  le  (jouvernement  Chinois  y  entretiendra  un 
agent  des  douanes. 

Les  autorité*»  local(»s  s'emploieront  à  faciliter  l'installation  du 
consul  de  France  dans  une  résidence  honorable. 

Les  Français  et  protégées  français  pourront  s'établir  à  Sse-mao 


CONVENTION    COMMERCIALE  167 

dans  les  conditions  prévues  par  les  articles  7.  10,  11,  13  et  autres 
du  Traité  du  a"  juin  i858,  ainsi  que  par  l'article  3  de  la  Con- 
vention du  a 5  avril  188G. 

Les  inarcliandises  à  destination  de  Chine  j>ourroiit  être  trans- 
portées parles  rivières,  noianiinent  le  Lo-so  et  le  Mé-Kong,  aussi 
bien  (pie  par  les  roules  de  terre  et  notamment  par  la  route  man- 
darinale  (pii  conduit  soit  de  Mong-lé,  soit  d'I-pang,  à  Ssc-mao 
et  P'ou-eul.  les  droits  dont  ces  marchandises  seraient  passibles 
devant  être  ac([uittés  à  Sse-mao. 

Article  l\.  —  l/article  9  de  la  (!lonvention  commerciale  du 
20  avril  188G  est  modifié  ainsi  (ju'il  suit: 

I.  —  Les  marcliandises  chinoises  transitant  de  l'une  à  l'autre 
des  quatre  villes  ouvertes  au  commerce  sur  la  frontière,  Long- 
tclieou,  Mon^-tseu,  Sse-mao  et  IIo-K'eou,  en  passant  par  l'Annam. 
paieront,  à  Li  sortie,  le  droit  réduit  des  (juatre  dixièmes.  Il  leur 
sera  délivré  un  certificat  s[>écial  constatant  le  paiement  de  ce  droit 
et  destiné  à  accompagner  la  marchandise.  Lorsque  celle-ci  sera 
parvenue  dans  l'autre  ville,  elle  sera  exemptée  du  paiement  du 
droit  d'importation. 

3.  —  Les  marchandises  chinoises  qui  seront  exportées  des 
quatre  localités  désignées  ci-dessus  et  transportées  dans  les 
ports  chinois,  maritimes  ou  lluviaux,  ouverts  au  commerce, 
acquitteront,  à  la  sortie  par  la  frontière,  le  droit  d'exportation 
réduit  des  quatre  dixièmes.  Il  leur  sera  délivré  un  certificat  s|>é- 
cial  constatant  le  ])aiemenl  de  ce  droit  et  destiné  à  accompagner 
la  marchandise.  Lorsque  celle-ci  sera  parvenue  dans  un  des  |X)rts, 
maritimes  ou  lluNiaux,  omertsau  commerce,  elle  aura  a  acxpiit- 
ter  le  demi-droit  de  réimportation,  conlormément  à  la  règle  gé- 
nérale pour  toutes  les  marchandises  semblables  dans  les  ports, 
maritimes  ou  fluNiaux.  ouverts  au  commerce. 

3.  —  Les  marchandises  chinoises  qui  seront  transportées  des 
j)orls  chinois,  maritimes  ou  lluviaux,  ouverts  au  commerce,  ])ar 
la  voie  de  l'Annam,  vers  les  rjuatre  localités  désignées  ci-dessus 
acquitteront,  à  la  sorti:\  le  droit  entier.  11  leur  sera  délivré  un 
certificat  spécial  constatant  le  paiement  de  ce  droit  et  destiné  à 
accompagner  la  inarchan(lis(\ 

Lorsrpie  celle-ci  sera  parvenue  à  l'une  des  douanes  de  la  fron- 
tière, elle  acquittera,  à  l'entrée,  un  demi-droit  de  réimportation 
basé  sur  la  réduction  de  quatre  dixièmes. 

4.  —  Les  marchandises  chinoises  sus-mentionnées  et  qu'accom- 
pagnera le  cerlilicat  spécial  prévu  plus  haut  seront,  avant  le  pas- 


lC)S  DÉLIMITATION    DE    L\    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHIKE 

sage  en  douane  a  rexportalîon,  ou  après  le  passage  en  douane 
à  la  n'importât  ion,  soumises  aux  règlements  régissant  les  mar- 
cliandises  natives  chinoises. 

Article  5.  —  11  est  entendu  que  la  Chine,  pour  rcxploitation 
de  ses  mines  dans  les  provinces  du  Yun-nan,  du  Kouang>si  et  du 
Kouang-loung,  pourra  s'adresser  d'ahord  à  des  industriels  et  ingé- 
nieurs iVançais,  Texploilation  demeurant,  d'ailleurs,  soumise  aux 
règles  édictées  par  le  Gouvernement  Impérial  en  ce  qui  concerne 
l'industrie  nationale. 

Il  est  convenu  que  les  voies  ferrées,  soit  déjà  existantes,  soit 
projetées  en  Annam  pourront,  après  entente  commune  et  dans 
des  conditions  à  délinir,  être •  prolongées  sur  le  territoire  chi- 
nois. 

Article  G.  —  l/article  a  delà  Convention  télégraphique  entre 
la  France  et  la  Chine,  signée  à  Tché-fou  le  i **'' décembre  1888  *, 
est  complété  ainsi  qu'il  suit  : 

1).  —  Un  raccordement  sera  établi  entre  la  préfecture  secon- 
daire de  Sse-mao  et  l'Annam  par  deux  stations  qui  seront  Sse- 
niao,  en  Chine,  et  Muong-ha-hin  (Muong-ngay-neua),  placé, 
en  Annam,  à  mi-chemin  de  Lai-chau  et  de  Luang-Prabang. 

Les  tarifs  seront  fixés  conformément  à  l'article  6  delà  Conven- 
tion télégraphique  de  Tché-fou, 

Article  7.  —  11  est  convenu  (pie  les  stipulations  commer- 
ciales contenues  dans  la  pn'sente  Convention  étant  d'une  nature 
spéciale  et  le  résultat  de  concessions  mutuelles  déterminées  par 
les  nécessités  des  relations  entre  Long-tchéou,  llo-K'eou,  Mong- 
tseu,  Sse-maoet  l'Annam,  les  avantages  qui  en  résultent  ne  pour- 
ront être  invo<piés  par  les  sujets  et  protégés  des  doux  Hautes 
Parties  Contractantes  que  sur  les  points,  ainsi  que  j)ar  Ivs  voies 
flu>iales  et  terrestres,  ici  déterminés  de  la  frontière. 

Article  8.  —  Les  présentes  stipulations  .seront  mises  on  \'i- 
guour  comme  si  elles  éUient  insérées  dans  le  texte  même  de  la 
Convention  additionnelle  du  aC  juin  1887. 

Article  9.  —  Les  dispo.sitions  des  anciens  traités,  accords  et 
conventions  enti-ela  France  et  la  Chine,  non  modifiées  par  le  pré- 
sent traité,  restent  en  pleine  vigueur. 

La  présente  Convention  complémentaire  sera  ratifiée,  dos  à 
présent,  par  Sa  Majesté  l*Emperei:r  de  Chine  et,  après  qu'elle 


I.  Voir  p.  91. 


nkr.LEMENT    DE    POLICE  1G9 

aura  clc  ralifiée  par  le  Président  de  la  République  Française, 
l'échange  d(*s  ralifica lions  se  fera  à  IWKing  dans  le  plus  bref 
délai  possible. 

Fait  à  Pé-King,  en  quatre  exemplaires,  le  vingt  juin  mil  huit 
cent  (luatre-vingt-quinze.  correspondant  au  vingt-builième  jour 
de  la  cinquième  lune  de  la  vingt  et  unième  année  Kouang-Siu. 

(L.  S.)  Signe  :     A  Gérard. 

(L.  S.)         S i(j natures  du  iVince  K*ing 

et  de  Siu  Yo>g-yi. 

Coninio  conséquence  tic  la  signature  de  la  convention  de 
déliniilation,  les  deux  Muong-llou  furent  occupés  le  6  sep- 
tembre sans  incident  et  par  application  Tarticle  i*''  de  la 
Convention  commerciale  du  20  juin  i8()5,  confonnéinent 
aux  instructions  du  ministre  des  affaires  étrangères  et  d'ac- 
cord avec  le  gouverneur -général  de  Tlndo-Cliine,  M.  Gérard 
présenta  un  règlement  de  police  mixte  de  la  frontière  si  no- 
annamite  au  Tsoung-li  Yamen,  cjui,  le  7  mai  1896-,  y  donna 
son  adhésion. 


RÈGLEMENT    DE    I»OI.ICE,     189G. 

lit'glemcnt  pour  Vexécution  d'une  police  mij'te  sur  la 

fronlii*rc  sino  annamite. 

I.  —  Commissions  mixtes  pour  la  police  de  la  frontière  sino- 
annamite. 

Article  i''''.  —  L'ensemble  de  la  frontière  sino-annamite  est 
di\isé,  en  ce  (jui  concerne  l'exécution  d'une  police  mixle  à  assu- 
rer par  le  Gouvernement  Cliinois  et  leCîouvernemenl  du  Protec- 
torat de  l'Annam,  en  trois  ])arlies,  savoir: 

i"^  partie  :  frontière  entre  la  pro>ince  du  Ivtuamj-Toumj  ei 
FAnnam  ; 

a"  partie  :  frontière  entre  la  province  du  Kounng-Si  et  r.4fi- 
nam  ; 

3"  partie  :  frontière  entre  la  province  du  Yun-i\an  et  rAnnam, 

Article  2.  —  Dans  chacune  des  parties  de  frontière  déter- 
minées à  l'article  précédent,  le  service  de  la  police  est  dirigé  par 


lyO  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

une  Commission  mixte  composée  de  :  un  Commissaire  français 
et  un  Commissaire  chinois. 

Article  3.  —  Le  Commissaire  français  a  autorité  sur  lesofG- 
ciers  et  fonctionnaires  de  la  région  de  FAnnam  correspondante 
à  la  partie  de  frontière  placée  sous  sa  surveillance,  en  ce  qui  con- 
cerne Texécution  du  service  de  police.  Il  relève  directement  du 
Gouverneur  Général  de  rindo-Chine. 

Le  Commissaire  chinois  a  autorité  sur  les  otTiciers  et  fonction- 
naires de  la  province  chinoise  correspondante  à  la  partie  de  fron- 
tière placée  sous  sa  surveillance,  en  ce  qui  concerne  Texécution 
du  service  de  police.  11  relève  directement  du  Vice-roi  et  du  Gou- 
verneur de  la  province  : 

Article  f\.  —  Les  lieux  de  résidence  des  Commissaires  fran- 
çais sont  les  suivants  : 

1**  partie  de  frontière  :  Monkay; 

2*  partie  de  frontière  :  Lniujson  ; 

3*  partie  de  frontière  :  iMokay. 

Les  lieux  de  résidence  des  Commissaires  chinois  sont  les  sui- 
vants : 

i*"'  partie  de  frontière  :  Tong-himj  ; 

2'   partie  de  frontière  :  P' ing-sinng  ; 

3®   partie  de  frontière  :  Iht-Keou. 

Article  5.  —  Les  résidences  des  Commissaires  français  et  chi- 
nois constituant  une  moine  Commission  mixte  seront  réunies 
par  une  ligne  téléphonique  ou  par  une  ligne  télégraphique. 

2.  —  Moyens  de  police  sur  la  frontière. 

Article  G.  —  La  police  est  exercée  sur  la  frontière  au  moyen 
de  |K)stes  militaires  doubles  formés  avec  les  troupes  régulières 
des  deux  pays. 

Article  7.  —  Chatpie  poste  militaire  double  comprend  un 
poste  français  et  un  poste  chinois,  placés  de  part  et  d'autre  de  la 
frontière,  sur  la  même  voie  de  pénétration. 

Dans  les  lieux  où  la  configuration  du  terrain  ne  permettra  pas 
rinstallation  de  cantonnements,  ceux-ci  pourront  être  établis  de 
façon  à  si\  faire  face  de  plus  loin,  sur  le  côté,  à  droite  ou  à 
gauche,  en  avant  toujours  soin  que  l'on  se  trouve,  de  part  et 
d'autre,  en  vue  et  en  communauté  d'action. 

Article  8.  —  Chaque  poste  militaire  français  ou  chinois  com- 
prend un  elfectif  minimum  de  trente  soldats  réguliers  armés.  11 
est  commandé  par  un  ollicier. 


HKGLKMENT    DE    POLICE  I7I 

Article  9.  —  Dans  cliaquc  poste  militaire  double,  le  poste 
français  el  le  poste  cliinois  seront,  aussitôt  que  possible,  réunis 
par  une  ligne  téléphonique  ou  par  une  ligne  télégraphique. 

Article  10.  —  Les  postes  militaires  doubles  sont  établis  aux 
passages  suivants  : 

1°  Monhny,  Tomj'huuj  ; 

3°  Pac'siy  Li-lsie  (Ly-iien)  ; 

3°  lfoan(j-rno,  Leng-tong  (ÏJiiifj-dong)  ; 

l\^  Chi-ma,  (]he-ma  (Chi-mn)  ; 

5**  Ditng-danq,  IKan-Konan  (.\ain-ijuan)  ; 

6^  Bi-nhi,  ring-cul  (Bi-nhi)  ; 

7"  Na-lan,  Pou-Kiu  (Ho-cup)  ; 

S"  Ta-lnng,  Clwuei  -hTeou-Kouan  (Thuy-Kau)  ; 

9"  Ly-ban,  Li-pnn  (Ly-ban)  ; 

10"  Soc-gifing,  P^ing-meng  (Binh-mnng). 

Article  11.- —  F^e  nombre  et  l'emplacement  des  postes  mili- 
taires doubles,  déterminés  à  l'article  précédent,  pourront  être 
modiliésd'un  commun  accord,  après  avis  préalable  entre  le  Gou- 
vernement français  el  le  (iouvernement  chinois.  Ils  resteront  pro- 
visoirement indéterminés  sur  la  frontière  du  Yun-Nan. 

3.  —  Exécution  du  service  de  police  sur  la  frontière. 

Article  13.  —  Conformément  aux  dispositions  du  traité  con- 
cln  à  Tien-Tsin,  entre  la  France  el  la  (^hiiie,  le  9  juin  i885,  les 
Français  ou  protégés  français  el  habitants  étrangers  du  Ïong-King 
qui  voudront  franchir  la  frontière  pour  s<»  rendre  en  Chine,  ne 
pourront  le  faire  qu'après  s'être  munis  préalablement  de  passeports 
délivrés  pir  les  autorités  chinoises  de  la  frontière  sur  la  demande 
des  autorités  françaises.  l*om'  les  sujets  chinois,  il  snlTira  d'une  au- 
torisation délivrée  parles  autorités  imjx'rialesde  la  frontière. 

Les  sujets  chinois  qui  voudront  se  rendre  de  Chine  au  Tong-King 
par  la  voie  de  terre  devront  être  munis  de  passeports  réguliers 
délivrés  par  les  autorités  françaises,  sur  la  demande  des  auto- 
rités impériales. 

Article  i3.  —  Les  seuls  points  de  passage  autorisés  pour  les 
ressortissants  des  deux  pavs  sont  uniformément,  jusqu'à  nouveau 
règlement,  les  dix  passages  déterminés  à  l'article  10  du  présent 
Hèglement. 

Les  autorisations  et  passeports  devront  porter  l'indication  du 
passage  par  lequel  leurs  détenteurs  sont  autorisés  à  franchir  la 
frontière. 


172  DÉLIMITATION    DE    LA    FHONTI^IRE    SUD    DE    LA    CHINE 

AnTicLE  14.  —  Les  autorisations  et  passeports  seront,  au  pas- 
sage dans  les  postes  militaires  doubles,  visés  par  le  commandant 
du  poste  français  et  examines  par  le  commandant  du  poste  chi- 
nois, auquel  ils  devront  être  présentés. 

Article  i5.  —  Par  dérogation  aux  dispositions  des  articles  12, 
i3  et  i4  du  présent  Règlement,  des  autorisations  j)ermanenles 
de  franchissement  de  la  frontière  [)ourront  être  accordées,  de 
concert  par  les  autorités  locales  des  deux  jmys  et  les  comman- 
dants des  postes  militaires  doubles,  aux  ressortissants  des  deux 
pays  et  aux  habitants  étrangers  du  Tong-King,  (pii,  par  les  besoins 
de  leur  profession,  de  leur  commerce  ou  d'une  exploitation  agri- 
cole, sont  appelés  à  séjourner  de  part  et  d'autre  de  la  frontière 
alternativement. 

Article  iG.  —  Les  autorisations  permanentes  visées  à  Tarlicle 
précédent  seront  renouvelables  annuellement,  du  i*'^  au  10  jan- 
vier de  l'année  française,  mais  avis  à  cet  effet  devra  être  donné 
un  mois  d'avance  aux  autorités  chinoises,  qui  informeront  les  in- 
téressés. 

Article  17.  —  Les  autorisations  permanentes  devront  ôtre  en- 
registrées parles  autorités  des  deux  pays  qui  les  auront  délivrées 
et  celles-ci  en  rendront  compte  au  Commissaire  de  leur  nation 
pour  (ju'il  en  garde  mention  dans  ses  archives. 

4.  Exécution  du  service  de  police  vis-à-vis  des  rassemblements 
ou  des  bandes  armées. 

Article  18.  —  Lors(pie  des  rassemblements  de  pirates  seront 
signalés  sur  le  territoire  de  l'Annam.  le  commandant  du  poste 
franç^îis  qui  en  aura  connaissance  devra,  dans  chaque  poste  mi- 
litaire double,  prévenir  immédiatement  le  conunandant  du  |M)ste 
chinois  et  le  (iOmniissaire  français  chargé  de  la  partie  de  fron- 
tière sur  laquelle  est  situé  son  poste. 

Article  19.  —  Lorsque  des  rassemblements  de  pirates  seront 
signalés  sur  le  territoire  de  la  Chine,  le  commandant  du  poste 
chinois  qui  en  aura  connaissance  devra,  dans  chaque  posle  mili- 
taire double,  prévenir  immédiatement  le  commandant  xlu  [)<)ste 
français  et  le  Commissaire  chinois  chargé  de  la  surveillance  de 
la  partie  de  frontière  sur  laquelle  est  situé  son  posle. 

Article  20.  —  Les  deux  Commissaires  donneront  après  un 
accord  commun,  chacun  en  ce  qui  le  concerne,  les  ordres  néces- 
saires au  sujet  des  mesures  de  police  à  prendre  contre  les  rassem- 
blements signalés. 

Dans  chaque  poste  militaire  double,  le  commandant  du  poste 


RÈGLEMENT    DE    POLICE  178 

français  et  le  coinmandaiil  du  poste  chinois  devront  se  conimu- 
iiiqucr  rociprocjueniont  les  instructions  ou  les  ordres  reçus  des 
membres  de  la  Commission  mixte. 

Article  ai.  —  En  cas  d'urgenc€,  le  commandant  du  poste 
franç-ais  et  le  connnandant  du  poste  chinois,  dans  chaque  poste 
militaire  double,  se  concerteront  au  sujet  des  mesures  de  |)olice 
à  prendre  et  rendront  compte  de  ces  mesures  à  leurs  Commis- 
saires respectifs. 

Article  aa.  —  Si  des  pirates,  poursuivis  par  des  troupes  fran- 
çaises en  Annam,  franchissent  la  frontière  et  passent  en  territoire 
chinois,  avis  en  sera  donné  par  le  poste  militaire  français  voisin 
au  }X)ste  militaire  chinois,  ou  par  le  commandant  des  troupes 
françaises  en  opération  au  chef  militaire  chinois  qui  se  trouvera 
à  proximité,  atin  que  la  poursuite  soit  continuée  sans  délai  par 
les  troupes  chinoises  et  que  les  pirates  soient  capturés. 

Dans  le  cas  où  des  pirates  franchiraient  la  frontière  pour  pas- 
ser de  Chine  en  Annam,  les  postes  frontières  chinois  ou  les  Com- 
mandants des  troupes  chinoises  en  opération  auraient  le  devoir 
d'en  aviser  aussitôt  les  postes  frontières  français  voisins  ou  les 
commandants  des  troupes  franç^iises  se  trouvant  à  proximité, 
alin  que  la  poursuite  puisse  être  continuée  sans  délai  par  les 
troupes  françaises  et  que  les  j)irates  puissent  être  capturés. 

Toute  négligence  ou  tout  retard  apportés  dans  la  poursuite 
qui  devra  être  ainsi  continuée  ou  dans  l'avis  à  donner  entraînera 
aussitôt  la  responsabilité  des  oUiciers  commandant  les  postes  ou 
les  troupes  et  les  rendra  passibles  de  pénalités  sévèrCvS.  La  peine 
iiilligée  sera  portée  à  la  connaissance  du  Commissaire  de  Tautre 
pays,  membre  de  la  Commission  mixte  intéressée. 

5.  —  Responsabilité  des  Commissaires  et  des  Commandants 
des  postes  militaires  doubles. 

Article  aS.  —  Les  Commissaires  français  et  chinois,  membres 
d'une  Conmiission  mixte,  qui  ne  se  seront  pas  conformés  aux 
dis[>ositions  qui  les  concernent  dans  le  présent  Règlement  seront 
l'objet  d'encjuétes  faites,  de  part  et  d'autre,  par  les  hauts  fonc- 
tionnaires des  deux  pays,  qui  détermineront  les  responsabilités 
encourues.  Lors(jue  la  peine  infligée  par  Tun  des  Gouvernements 
aura  été  portée  à  la  connaissance  de  l'autre,  chacun  agira  selon 
ses  propres  lois. 

AuiicLE  u'j.  —  Les  commandants  de  poste  français  ou  chinois, 
dans  un  poste  militaire  double,  ou  les  connnandants  de  troupes 


lyi  DÉLIMITATION    DE    L\    FRONTIKUE    SUD    DE    LA    CHINE 

françaises  ou  chinoises  qui  ne  se  seront  pas  conformés  aux  dis- 
positions qui  les  concernent  dans  le  présent  Règlement  seront 
l'objet  d'enquêtes  faites,  de  part  et  d'autre,  parles  deux  Connnis- 
saires  français  et  chinois,  membres  de  la  Commission  mixte  char- 
gée de  la  surveillance  de  la  partie  de  frontière  concernée.  Cha- 
cun prononcera  la  jK^nalité  encourue  selon  les  lois  de  son  propre 
pays  et  la  portera  à  la  connaissance  du  (Commissaire  de  l'autre 
pays,  membre  de  la  Conunission  mixte  intéressée. 

G.  —  Exécution  du  service  de  police  dans  Farchipel  du  Tong- 
King. 

Article  ao.  —  Toute  barque  ou  chaloupe  montée  par  un 
é(}uipage  composé  de  Chinois  et  naviguant  dans  leseauv  de  l'An- 
nam  devra  être  munie  d'un  permis  délivré  et  visé  par  l'autorité 
soit  administrative  soit  consulaire  française  ou  par  la  douane 
maritime  chinoise  ou  l'autorité  locale  chinoise,  du  point  de  dé- 
part. 

Ce  permis  mentionnera  la  composition  de  l'équipage,  la  na- 
ture du  chargement,  le  point  sur  lequel  rembarcation  se  dirige. 

Les  barques  des  villages  voisins  se  rendant  aux  marchés  ou 
foires,  ou  servant  de  bacs  de  passage,  qu'il  serait  dillicile  d'as- 
treindre à  faire  une  mention  exacte  des  personnes  se  trouvant  à 
leur  bord,  devront  recevoir  des  passeports  délivrés  j)ar  les  auto- 
rités locales,  sous  la  responsabilité  de  ces  dernières,  leur  permet- 
tant de  naviguer.  Les  personnes  se  trouvant  à  bord  et  les  mar- 
chandises devront  être  exemptées  de  déclarations  minutieuses  et 
par  unités. 

Article  aO.  —  Le  permis  de  navigation  devra  être  présenté  à 
toute  réquisition  d'un  bàliinenl  de  guerre  français  ou  d'un  bâ- 
timent de  la  douane  du  Protectorat. 

Article  37.  —  La  ré(|uisition  visée  à  l'article  précédent  sera 
signifiée  par  un  coup  de  fusil  ou  par  un  coup  de  canon  tiré  à 
blanc,  suivi,  si  c'est  nécessaire,  d'un  deuxième  coup. 

Toute  embarcation  qui  n'obéirait  pas  à  la  récjuisition  signifiée 
comme  il  t»sl  prescrit  ci-dessus  s'exposerait  à  être  considérée 
comme  embarcation  pirate  et  traitée  connue  telle. 

Article  38.  —  Toute  barque  ou  chaloupe  montée  par  un 
équipage  composé  de  Chinois,  se  présentant  en  un  point  du  litto- 
ral de  l'Annam,  devra  présenter  au  visa  de  l'anlorité  douanière 
ou  administrative  h^  pcrmisde  navigation  prescrit  par  l'article  ao 
du  présent  llègleinent. 


RKGLEMRINT    DE    POLICE  î-jS 

Ce  traité  nous  donnait  donc  complètement  satisfaction 
puisqu'il  reconnaissait  à  la  P'rance  la  possession  de  iluong 
Sing,  de  Muong  Hou  et  de  tout  le  territoire  de  Lai- 
Chau. 

Enfin,  pour  terminer  les  aflaires  concernant  la  frontière 
sino-annamite,  il  restait,  en  profitant  des  bonnes  dispositions 
du  gouvernement  chinois  à  notre  égard,  à  compléter  les 
dernières  opérations  d'abornement  restant  à  effectuer  entre 
la  rivière  Noire  et  le  Mékong  d'une  pari,  entre  Lao-Kay  et 
le  Kouang-si  d'autre  part.  M.  Gérard,  le  19  juin  1897,  put 
annoncer  que  tout  était  fini  ;  la  frontière  sino-annamite  était 
entièrement  abornée  par  le  colonel  Pennequin,  depuis  la  mer 
jusqu'au  Mé-kong  ;  il  n'avait  pas  fallu  moins  de  neuf  ans,  de 
i885  à  189^,  pour  achever  les  travaux  d'abornement  entre 
Mon  kay  et  les  limites  comnmnes  du  Kouang-si  et  du  Yun- 
nan*.  La  section  infiniment  plus. étendue,  comprise  entre  la 
frontière  commune  du  Kouang-si  et  du  Yun-nan  et  le  Mé- 
kong, avait  été  tout  entière  abornée  en  moins  de  dix-huit 
mois. 

Celte    frontière    du   Tong-King   n'était  rien   moins    que 


sûre  : 


A  diflorentes  reprises,  des  attaques  siir  la  route  de  Phu- 
lang-lhuong  à  Lang-son  avaient  lieu.  Le  9  juillet  1892,  le 
convoi  régulier  à  destination  de  Lang-son  tomba  dans  une 
end)uscade  chinoise,  près  de  Bac-lé,  premier  territoire  mili- 


I.  La  «h'Iiniiiation  entre  le  Tong-King  et  le  Konang-Si  avait  éi6  ter- 
minée en  juin  i8()/|,  et  le  gouverneur  général  de  l'Indo-Ghinc  availadrcssé 
le  télégramme  suivant  au  ministre  des  colonies  : 

Saigon,  22  juin. 
Mardi,  à  trois  heures,  ont  été  signés  à  Loung-Tchéou,  par  les  commis- 
saires français  et  chinois,  en  présence  du  consul  do  France  et  du  général 
Sou,  les  procès- vcrhaux  et  les  caries  de  la  commission  d'abornement  de 
la  frontière  entre  le  Tong-King  elle  Kouang-Si.  Les  travaux  sur  ce  point 
sont  complMomcni  terminés. 


178  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

retendue  de  cette  compensation,  après  avoir  rappelé  les  circons- 
tances qui  Font  rendue  nécessaire. 

En  conséquence,  Sir  Claude  Macdonald,  ministre  d'An- 
gleterre à  Pé-King,  et  Li  signaient,  à  Pé-King,  le  4  février 
1897,  un  airangement  ratifié  le  5  juin  suivant,  qui  modi- 
fiait la  convention  du  i*"*  mars  189^  : 

ARRANGEMENT    ANGLO-CHINOIS,    4    FÉVRIER    1897. 

En  considération  du  Gouvernement  de  la  Grande-Bretagne, 
consentant  à  se  désister  de  ses  objections  à  l'aliénation  par  la 
Chine,  en  vertu  delà  Convention  avec  la  France  du  20 juin  1895. 
du  territoire  formant  une  partie  de  Xieng-Houng.  en  dérogation 
aux  clauses  de  la  Convention  entre  la  Grande-Bretagne  et  la 
Chine  du  i**"  mars  189^»  il  a  été  convenu  entre  les  Gouverne- 
ments de  la  Grande-Bretagne  et  de  la  Chine  que  les  additions 
et  changements  suivante  seront  faits  dans  cette  dernière  Con- 
vention : 

Art.  1.  —  II  est  convenu  que  la  frontière  entre  les  deux 
Empires  à  partir  du  25°35'  de  latitude  nord  suivra  ainsi  qu'il 
suit  : 

Commen(;ant  au  haut  pic  situé  approximativement  dans  cette 
latitude  et  on  longitude  à  98"i4'cst  dcGreenwich  et  1 8'' 1 6  ouest 
de  Pé-iving,  la  ligne  suivra,  aussi  loin  que  possible,  la  crôte  des 
collines  s'étendanl  dans  une  direction  sud-ouest  h  Warung  Peak 
(Raulyang)  et  s'étendra  de  là  à  Sahu  Pum, 

De  Sahu  Pum  la  frontière  courra  dans  une  ligne  longeant  le 
versant  légèrement  de  l'Ouest  au  Sud  à  travers  Shatrung  Puma 
Namienku  Pum. 

De  là  elle  suivra  une  ligne  qui  sera  fixée  avec  une  enquête 
locale,  séparant  le  Szis  et  le  Kumsas  aussi  loin  que  le  ïabak 
Kha  ;  ensuite  le  Tabak  Kha  au  Nanitabet  ;  puis  le  Namlabet  au 
Paknoi  Kha  ;  de  là  le  Paknoi  Kha  jusqu'à  sa  source  près  de  Talang 
Pum  :  de  là  le  sommet  de  Talang  i\un  jus(ju'à  Bumra  Shikong. 

De  Buiura  Shikong  la  IVontière  suivra  une  ligne  courant  dans 
une  direction  sud-ouest  jusqu'au  Laisa  Kha  ;  puis  le  Laisa  Kha 
au  fleuve  Mole,  entre  Kadon  et  Laisa  ;  puis  le  Mole  jusqu'à  son 
confluent  avec  le  (!llieyang  Kha  :  ensuite  le  Cheyang  Kha  jus- 
qu'à Alaw  Pum,  puis  le    ruisseau  Nampaung  jusqu'au  Taping 


ARRANGEMKNT    ANGLO-CHINOIS  I79 

Art.  11.  —  (Le  Ta  Ping  jusqu'au  fleuve  Shweli).  De  la  jonc- 
tion des  cours  d*eau  Taping  et  Nampaung,  la  frontière  suivra  le 
Taping  dans  le  voisinage  du  sommet  Lwalaing  ;  ensuite  une 
ligne  suivant  approximativement  le  long  du  sommet  Lwalaing 
et  du  cours  d'eau  Lwalaing  jusqu'au  Namwan  ;  ensuite  leNamwan 
juscpi'à  sa  jonction  avec  le  Sliwcli. 

La  Grande-Bretagne  s'engage  à  reconnaître  comme  apparte- 
nant à  la  Chine  la  région  au  Sud  du  fleuve  Namwan,  près  de 
Namkhai.  qui  est  formée  à  l'ouest  par  un  bras  du  fleuve  Nam 
Mak  et  la  chaîne  de  collines  Mawsiu  jusqu'au  Pic  Loi  Chow,  et 
de  là  |>ar  la  chaîne  courant  dans  une  direction  nord-est  au  fleuve 
Shweli. 

Dans  toute  cette  région,  la  Chine  ne  devra  exercer  aucune 
juridiction  ni  autorité  quelconque.  L'administration  et  le  con- 
trôle seront  entièrement  conduits  par  le  Gouvernement  britan- 
nique qui  la  louera  à  bail  perpétuel  de  la  Chine,  en  lui  payant 
une  rente  pour  cela  ;  le  prix  en  sera  fixé  ultérieurement. 

Art.  111.  —  (Du  Shweli  au  Mékong).  Du  confluent  du  Nam- 
wan et  du  Shweli,  la  frontière  suivra  la  limite  septentrionale  de 
l'État  du  llsinwi  Nord,  ainsi  qu'il  est  constitué  à  présent,  à  la 
Salouen,  laissant  à  la  Chine  la  boucle  du  fleuve  Shweli,  et 
presque  la  totalité  de  Wanting,  Mong  Ko,  et  Mong  Ka. 

Partant  du  point  où  le  Shweli  tourne  au  Nord  près  de  Nams- 
wan  ;  c'est-à-dire  de  sa  jonction  avec  le  Namyang,  la  frontière 
remontera  ce  dernier  cours  d'eau  jusqu'à  sa  source  dans  les  col- 
lines de  Mong  Ko,  à  environ  il\'*']'  latitude  et  98^1 5'  longitude, 
puis  continuera  le  long  d'un  éperon  boisé  jusqu'à  la  Salouen  à 
sa  jonction  avec  le  cours  d'eau  Namoi.  La  ligne  remontera  en- 
suite la  Salouen  jusqu'à  ce  qu'elle  rencontre  la  limite  nord-ouest 
de  Kokang,  et  continuera  le  long  de  la  frontière  est  de  Kokang, 
jusqu'à  ce  qu'elle  rencontre  le  cercle  de  Kounlong,  laissant  le 
cercle  de  Kounlong  en  entier  à  la  Grande-Bretagne. 

La  frontière  suivra  alors  le  cours  du  fleuve  formant  la  limite 
entre  Somu,  qui  appartient  à  la  Grande-Bretagne,  et  Mèng 
Ting.  qui  appartient  à  la  Chine.  Elle  continuera  encore  à  suivre 
la  frontière  entre  ces  deux  districts,  qui  est  bien  connue  locale- 
ment, là  où  elle  quitte  le  fleuve  susdit  et  gravit  les  collines,  et 
suivra  alors  la  ligne  de  partage  des  eaux  entre  les  tributaires  de 
la  Salouen  et  du  Mé-Kong,  à  environ  99*^  longitude  est  de 
Greenwich  (i7"3o'  ouest  de  Pé-King)  et  aS^ao'  latitude,  jus- 
qu'à un  point  à  environ  99**4o'  longitude  est  de  Greenwich  (iC'^So 


l8o  DÉLIMITATION    PE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

ouest    de   Pé-Ring)   et    23"  latitude,   laissant  à    la  Chine  les 
Tsawbwaships  de  Kèng  Ma,  Mengtung,  et  Meng  Ko. 

Au  point  dernièrement  nommé  de  longitude  et  latitude,  la 
ligne  rencontre  une  chaîne  de  montagnes  fort  hautes,  appelée 
Kong-Ming-Shan,  qu'elle  suivra  dans  une  direction  méridionale 
jusqu'à  environ  QQ^So'  est  de  Greenwich  (17°  ouest  de  Pc-King) 
et  2  3"3o'  de  latitude,  laissant  le  district  de  Chen-picn  T'ing  à 
la  Chine.  Alors,  descendant  le  versant  ouest  des  collines  jusqu'au 
fleuve  Namka,  elle  suivra  le  courant  de  ce  fleuve  pendant  en- 
viron 10  de  latitude,  laissant  Muonglem  à  la  Chine  et  Manglûn 
à  la  Grande-Bretagne. 

La  frontière  suivra  alors  la  limite  entre  Muonglem  et  Xicng- 
Toung,  (jui  est  bien  connue  localement,  s'ccartant  du  fleuve 
Namka  un  peu  au  nord  du  22°  de  latitude,  dans  une  direction 
quelque  peu  sud-est,  et  suivant  d'une  manière  générale  la  crête 
des  collines  jusqu'à  ce  qu'elle  rencontre  le  fleuve  Namlam  à 
environ  3i°A5'  de  latitude  et  100**  de  longitude  est  de  Greenwich 
(i6o3o'  ouest  de  Pé-King). 

Elle  suivra  alors  la  limite  entre  Xieng-Toung  et  Xieng-lloung, 
qui  est  d'une  manière  générale  formée  par  le  fleuve  Namlam,  à 
l'exception  d'une  mince  bande  de  territoire  appartenant  à  Xieng- 
lîoung,  qui  est  situé  à  l'ouest  de  ce  fleuve,  juste  au  sud  du  pa- 
rallèle de  latitude  dernièrement  cité.  En  atteignant  la  limite 
du  Kyaing  Chaing  occidental  î\  environ  21^27'  de  latitude  et 
lOO'Ma  de  longitude  est  de(jîrcenwich  (i()°i8' ouest  de  Pé-king), 
la  frontière  suivra  la  limite  entre  ce  district  et  Xieng-lloung 
jusqu'à  ce  qu'elle  atteigne  le  fleuve  Mé-Rong. 

Aht.  iV.  —  [Pas  d'addition  à  la  (iOnvention  originale!. 

Art.  V.  —  11  est  convenu  que  la  Chine  ne  cédera  à  aucune 
autre  nation  ni  Muong  lem  ni  aucune  partie  de  Xieng-lloung. 
sur  la  rive  droite  du  Mé-Rong,  ni  aucune  partie  de  Xieng-Houng 
atucellement  en  sa  possession  sur  la  rive  gauche  de  ce  fleuve, 
sans  s'être  préalablement  entendue  avec  la  Grande-Bretagne. 

Aht.  m.  —  L'art.  VI  de  la  Convention  originale  sera  modifié 
ainsi  (pi'il  suit  :  — 

H  est  convenu  que,  pour  éviter  toute  contestation  locale,  les 
alignements  de  la  frontière  décrits  dans  la  présente  convention 
seront  vérifiés  et  marqués,  et  dans  le  cas  où  ils  seraient  trouvés 
défectueux  en  quoi  que  ce  soit,  rectifiés  par  une  Commission 
mixte  nomméo  par  les  Gouvernements  de  Grande-Bretagne  et  de 
Chine,  et  que  la  dite  Commission  ne  devra  pas  se  réunir,  à  un 


ARRANGEMENT    ANGLO-CHINOIS  l8l 

endroit  déterminé  ullérieurement  par  les  deux  Gouvernements, 
plus  tard  que  douze  mois  après  la  date  de  la  signature  de  la  pré- 
sente Convention  et  ne  devra  pas  terminer  ses  travaux  en  plus  de 
trois  ans  après  la  date  de  sa  première  réunion. 

Si  une  stricte  observation  de  la  ligne  décrite  devait  partager 
quelcpie  district,  territoire  de  tribus,  villes,  ou  villages,  la  Com- 
mission de  délimilalion  aura  pleins  pouvoirs  de  modifier  la 
ligne  sur  les  bases  de  concessions  mutuelles.  Si  les  membres  de 
la  Commission  étaient  incapables  de  s'entendre  sur  un  point  quel- 
conque, le  sujet  de  litige  serait  soumis  ensuite  à  leurs  gouverne- 
ments respectifs. 

Art.    VII.  —  [Aucune  addition  a  la  Convention  originale]. 

Art.  VIII.  —  (Aucune addition  à  la  Convention  originale]. 

Art.      IX.  —  Ajouter  ainsi  qu'il  suit:  — 

Comme  addition  aux  roules  de  Manwvne  et  de  Sansi  a|>- 
prouvées  par  la  ConvcMition  de  189/1,  les  Gouvernements  de 
Grande-Hrctagne  et  de  Chine  conviennent  que  n'importe  quelles 
autres  routes  dont  l'ouverture  pourrait  ôlre  trouvée  utile  aux  in- 
térêts commerciaux  par  la  Commission  de  délimitation,  seront 
approuvées  dans  les  mêmes  termes  que  celles  mentionnées  plus 
haut. 

Art.     X.  —  (Aucune  addition  h  la  Convention  originale]. 

Art.    XI.  —  [Aucune  addition  à  la  Clonvention  originale]. 

Art.  XI Î.  —  Ajouter  ainsi  qu'il  suit  : 

Le  Gouvernement  chinois  consent  dorénavant  de  considérer  si 
les  conditions  du  commerce  justifient  la  construction  de  che- 
mins de  fer  dans  le  Yun-Nan,  et  dans  le  cas  de  leur  construction, 
consent  de  les  rattacher  aux  lignes  birmanes. 

Art.  Xlll.  —  Attendu  que  par  la  Convention  originale  il  était 
convenu  que  la  Chine  nommerait  un  Consul  en  Birmanie,  pour 
résider  à  llangoun  :  et  que  la  Grande-Bretagne  nommerait  un 
Consul  pour  résider  à  Manwvne  ;  et  que  les  (!)onsu1s  des  deux 
Gouvernements  jouiraient  chacun  sur  le  territoire  de  l'autre  des 
mômes  privilèges  et  innnunités  que  les  C^onsuls  des  nations  les 
plus  favorisées,  et  que,  en  outre,  en  proportion  des  progrès  du 
commerce  entre  la  Birmanie  et  la  Chine,  des  (!lonsuls  addi- 
tionnels seraient  nommés  par  consentement  mutuel  pour  résider 
en  tels  endroits  de  Birmanie  et  du  Yun-nan  que  les  besoins  du 
commerce  paraîtraient  le  réclamer. 

Il  a  été  convenu  maintenant  que  le  Gouvernement  de  la 
Grande-Bretagne  installerait  un  Cpiisul  à  Momein  ou  Chun-ning 


l83  DÉLIMITATION    DE    LA    FRONTIÈRE    SUD    DE    LA    CHINE 

fou,  comme  le  préférera  le  Gouvernement  de  la  Grande-Bretagne, 
au  lieu  de  Manwyne,  ainsi  qu'il  était  stipulé  dans  la  Convention 
originale,  et  placerait  également  un  Consul  à  Sse-mao. 

Les  sujets  britanniques  et  les  personnes  sous  la  protection  bri- 
tannique, pourront  s'établir  eux-mêmes,  et  faire  le  commerce 
dans  ces  villes,  aux  mêmes  conditions  que  dans  les  ports  à  traités 
en  Chine. 

Les  Consuls  nommtîs  ainsi  qu'il  vient  d'être  stipulé  seront  sur 
le  même  pied  pour  la  correspondance  et  les  relations  avec  les  fonc- 
tionnaires chinois  (jue  les  Consuls  anglais  dans  les  ports  à  traités. 

Art.  XIV.  —  Au  lieu  de  «  Consul  de  Sa  Majesté  Britannique 
à  Manwyne  »  dans  la  Convention  originale,  lisez  a  Consul  de  Sa 
Majesté  Britannique  à  Chun-ning  ou  Momein  »,  d'accord  avec 
le  changement  apporté  à  l'article  XIII. 

Art.       XV.  —  [Aucune  addition  à  la  Convention  originale]. 

Art.      XVI.  —  [  —  —  ] 

Art.     XVII.  —  [  —  —  ) 

Art.  XVIII.  —  [  —  _  ] 

Art.  XIX.  —  Ajouter  ainsi  qu  il  suit  :  Faute  de  Convention 
quant  aux  termes  de  la  revision,  les  présents  arrangements  res- 
teront en  force. 

Article  spécial.  —  Attendu  que  le  20  janvier  1896,  le  Tsoung 
li  Yamen  avait  adressé  une  déj)êche  oflicielle  au  Chargé  d'Af- 
faires de  Sa  Majesté  à  Pé-Ring.  l'informant  que  le  3o*  jour 
de  décembre,  1895,  ils  avaient  soumis  un  Mémoire  concernant 
l'ouverture  de  ports  sur  le  fleuve  de  l'Ouest  au  commerce  étranger 
et  reçu  un  décret  impérial  l'approuvant,  duquel  ils  lui  cominu- 
niquaiont  oflicicllemenl  une  copie. 

Il  est  convenu  maintenant  que  les  villes  suivantes,  c'est-à-dire 
Wou-lchéou  fou,  dans  le  Kouang-si,  et  la  ville  de  Sam-choui  et  le 
marché  de  Kong  Koun  dans  le  Kouang-toung,  seront  ouverts 
comme  ports  à  traités  et  stations  consulaires,  avec  la  liberté  de 
navigation  pour  les  bateaux  à  vapeur  entre  Sam-choui  et  Wou- 
tchéou  et  Ilong-Koiig  et  Canton,  par  une  route  de  chacun  de  ces 
derniers  j)oints,  devant  être  choisie  et  notifiée  par  avance  par  les 
Douanes  Impériales  Maritimes,  et  que  les  quatre  places  suivantes 
seraient  établies  comme  ports  d'escale  pour  les  marchandises  et 
les  passagers,  suivant  les  mêmes  règlements  que  les  ports  d'es- 
cale sur  le  Yang-!seu,  c'est-à-dire  Kong  mouii,  Komtchouk, 
Chiu-hing  et  Ta-Khi ng. 

Il  est  convenu  que  la  présente  convention,  avec  l'Article  spé- 


ARRANGEMENT    ANGLO-CHINOIS  l83 

cial,  sera  mise  en  vigueur  dans  les  quatre  mois  de  la  signature, 
et  que  les  ratifications  en  seront  échangées  à  Pé-King  aussitôt 
que  possible  ;  en  foi  de  quoi  le^  soussignés,  dûment  autorisés 
par  leurs  Gouvernements  respectifs,  ont  signé  la  présente  Con- 
vention. 

Fait  à  Pé-King,  en  triplicata  —  trois  copies  en  anglais  et  trois 
en  chinois  —  le  4*  jour  de  Février,  en  l'an  de  N.  S.  1897. 

(Sceau)         (Signé)  Claude  M.  Macdonald 
(Sceau)         Signature  chinoise  de  Son  Ex- 
cellence Li*. 

En  vertu  des  trois  premiers  articles  du  nouvel  accord,  la 
frontière  sino-birmanc  du  Mékong  à  Koun-Long  (premier 
des  points  où  elle  toucbc  la  Salouen)  reste  telle  qu'en  1894  : 
mais  de  Koun-Long,  au  lieu  de  suivre  le  tbalwcg  de  la 
Salouen,  elle  s'infléchit  presque  immédiatement  vers  le  nord- 
est,  attribuant  à  la  Birmanie  le  district  de  Ko-Kang  et  une 
partie  du  Wan-Ting  —  soit  un  territoire  d'environ  96  kilo- 
mètres en  longueur  sur  4o  dans  sa  plus  grande  largeur. 

Entre  la  rivière  Sliweli  et  le  point  termimis  de  la  frontière 
au  Nord,  il  y  a  trois  autres  concessions  de  moindre  étendue, 
dont  la  plus  petite,  située  entre  le  Nam-VVan  et  le  Nam-Mak  est 
cédée  à  l'Angleterre,  seulement  à  litre  d'usufruit,  par  une  loca- 
tion perpétuelle  (On  voit  ici  reparaître  ce  fameux  néologisme 
diplomatique  de  la  a  cession  à  bail  »,  qui  ne  fit  pas  préci- 
sément fortune  depuis  l'époque  de  l'accord  anglo-congolais). 
La  Chine  perd,  sur  ce  territoire  de  forme  triangulaire,  toute 
juridiction  et  toute  autorité  ;  elle  le  «  loue  »  à  perpétuité  à 
l'Angleterre,  qui  y  exercera  tout  contrôle  et  toute  adminis- 
tration, moyennant  le  payement  d'une  rente  dont  le  taux 
reste  à  fixer. 

Ces  quatre  cessions  de  territoires  constituaient  une  des 
compensations  obtenues  de  la  Chine  par  l'Angleterre.  Cette 
puissance  a,  de  plus,  fait  modifier  et  préciser,  dans  le  nouvel 

l.  Treaty  Séries^  n»  7,  1897  [G.  — 8654]- 


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l86  DÉLIMITATION    DE    LA    FHONTIÈRE    SUD    DE   LA    CHINE 

accord,  le  lexte  de  l'article  5  de  la  convention  de  1894, 
pour  rendre  impossibles  de  nouvelles  violations  de  cette  clause 
importante. 

Voici  comment  le  Globe  accueillit  la  nouvelle  des  conces- 
sions chinoises  à  TAngleterre  : 

Les  rectifications  que  nous  venons  d*obtcnir  et  qui  nous  assu- 
rent le  contrôle  de  la  rivière  Saloucn  compensent  et  au  delà  la 
perte  des  territoires  britanniques  donnés  par  la  Chine  à  la  France 
en  1895. 

Los  possessions  anglaises  entrent  maintenant  comme  un  coin 
dans  Tempire  chinois  et  nous  avons  la  possibilité  d*établir  une 
route  commerciale  allant  au  Yun-Nan. 


CHAPITRE  X 
L'AUDIENCE  IMPÉRIALE 

AUDIENCE    AUTRICniESNE,    2']   OCTOBHE    189I. 

Les  représentants  étrangers  n'avaient  consenti  à  être  reçus 
le  5  mars  1891  ^  dans  le  Tse  Kouang  Ko  qu'à  la  condition 
expresse  que  les  prochaines  audiences  auraient  lieu,  dans 
l'enceinte  môme  du  Palais  impérial.  L'arrivée  des  nouveaux 
ministres  d'Autriclie-Hongrie  et  de  Russie  ainsi  que  le  retour 
du  ministre  de  France  soulevèrent  de  nouveau  la  question  du 
lieu  de  l'audience.  Le  Tsoung-li  Yamcn,  malgré  les  arrange- 
ments pris,  proposa  de  nouveau  le  Tse  Kouang  Ko  qui  ne 
fut  pas  accepté  par  les  trois  diplomates  ;  les  Chinois  offrirent 
alors  le  Tchemj-Kouang  Tien,  salle  qui  a  eu  de  fâcheux  an- 
técédents et  que  les  ministres  étrangers  n'auraient  pas  dû  ac- 
cepter*. Le  ministre  d'Autriche-llongrie,  M.  de  Biegeleben, 
rappelé  à  Tokio  par  les  affaires  de  sa  légation,  accepta  ce- 
pendant d'ôtre  reçu  le  27  octobre  1891  au  Tcheng-Kouang 
Tien,  à  9  heures  du  matin,  accompagné  de  l'interprète  alle- 
mand, M.  von  der  Goltz. 

AUDIENCE    ANGLAISE,    l3  DÉCEMBRE   1892. 

Après  de  nombreux  pourparlers,  le  corps  diplomatique, 

I.  Voir  p.  52. 

a.  Voir  E.  II.  Parker,  China  /feview,  XIX,  p.  Spô-y. 


i88  l'audience  impériale 

dans  une  réunion  tenue  le  12  février  1892,  à  la  légation 
d'Allemagne,  avait  proposé  —  et  les  ministres  de  Russie  et 
de  France  s'étaient  ralliés  à  la  proposition  —  d'accepter 
pour  cette  année  le  Tcheng-Kouang  Tien,  si  le  Tsoung-li 
Yamen  prenait,  avec  l'approbation  formelle  de  l'Empereur, 
l'engagement  de  recevoir  l'année  suivante,  iSgS,  les  minis- 
tres étrangers  dans  le  Palais  proprement  dit.  La  proposition 
ne  fut  pas  accueillie  et  la  réception  impériale  de  la  première 
lune  n'eut  pas  lieu. 

Il  paraîtrait  que  les  Chinois  s'étaient  montrés  très  froissés 
du  préambule  de  la  note  remise  par  les  agents  des  Puissances 
en  Chine  et  particulièrement  de  la  phrase  suivante  :  «  At- 
tendu que  les  Souverains  d'Europe  sont  les  égaux  de  l'Em- 
pereur de  Chine...  ».  Les  membres  du  Yamen  en  lisant  ces 
mots  qu'ils  considéraient  comme  offensants  pour  leur  maî- 
tre, ne  voulurent  pas  prendre  connaissance  du  reste  de  la 
note. 

Le  ministre  d'Angleterre,  M.  O'Conor,  lenait  ses  collè- 
gues dans  l'ignorance  de  ses  démarches  ;  il  paraîtrait  qu'il 
avait  comme  instructions  d'agir  comme  son  prédécesseur  ; 
malgré  les  arrangements  pris  le  1 2  février,  il  accepta  d'être 
reçu  en  audience  le  i3  décembre  dans  le  Tcheng-Kouang 
Tien.  C'était  une  faute  grave  ;  l'audience  en  Chine  n'est  pas 
une  simple  question  de  cérémonial  ;  elle  a  une  importance 
politique  de  premier  ordre,  et  les  plus  aveugles  ont  dû  le 
reconnaître  lorsqu'elle  fut  définitivement  réglée  en  iSgi  et 
en  1895. 

AUDIENCES    ALLEMANDE    ET    BELGE,     1898. 

L'exemple  de  M.  O'Conor  fut  nialhcureuscment  suivi  par 
quelques-uns  de  ses  collègues.  Le  ministre  dWlloniagnc,  le 
Baron  Schenck,  accompagné  par  son  secrétaire,  fut  reçu  en 
audience  au  Tcheng  Kouang  Tien,  le  22  juillet   1898  ;    le 


DÉCRKT    1MPKRIAL  iSq 

8  décembre  suivant,  M.  Louiiiyer,  ministre  de  Belgique, 
fut  reçu  dans  la  morne  salle  avec  Tinlerprète  allemand  ; 
l'Impératrice  et  Tlmpératrice-Douairière  étaient  présentes 
derrière  un  rideau. 

LE    PBINCE    KOUNG    AU   POUVOIR,   iSq/J. 

La  rentrée  aux  affaires  du  Prince  Koung  et  la  guerre  sino- 
japonaise  allaient  permettre  aux  ministres  de  Russie  et  de 
France  et  au  chargé  d'aflaires  d'Espagne  qui  avait  Tordre  de 
son  gouvernement  de  les  suivre  dans  cette  alTaire,  de  re- 
prendre la  question  de  l'audience. 

Dès  la  fin  du  mois  d'août  i8()'j,  le  bruit  courait  à  Pé- 
King  du  prochain  retour  aux  affaires  du  prince  Koung  dis- 
gracié en  avril  i884'  ;  les  premiers  revers  de  la  guerre  qui 
venait  d'éclater  avec  le  Japon  avaient  fait  pAlir  l'étoile  de  Li 
Iloung-tchang  et  Tlmpératrice-Douairière,  protectrice  de  ce- 
lui ci,  voyait  son  influence,  qu'elle  en  recouvrera  qu'en  1898, 
sinon  détruite,  du  moins  singulièrement  amoindrie.  C'est 
l'année  même  du  soixantième  anniversaire  de  la  naissance 
de  Faîtière  souveraine  :  Koung,  écoutant  la  clameur  popu- 
laire, répudiant  la  responsabilité  de  fêtes  ruineuses,  réclama 
avant  de  reprendre  le  pouvoir  que  les  cérémonies  publiques 
destinées  a  célébrer  cet  événement  fussent  supprimées  et  sa- 
tisfaction lui  fut  donnée  par  un  décret  inséré  le  25  septembre 
dans  la  Gazette  de  Pé-Kin(j. 

DÉCRET  IMPÉRIAL*,  20  SEPTEMBRE  189^. 

Nous  avons  reçu  respectueusement  de  S.  M.  riinpératrice- 
Douairièro    Ts'Eu-ni    Tsan-yéou  Kang-y    Tcliao-yu    Tcliouang- 

I.  Voir  II,  p.  (\2?*. 

3.  Gazette  de  Pé-King,  aG*  jour  de  la  S*  lune  de  la  ao*  année 
Kouaiig-Siu  T=  a.")  seplonibro  î8f)'|. 


iQû  i/audience  impériale 

Icheng    Chcou-Kong    K'in-hicn    Tch'ong-hi,    les   Bienvcillanls 
Commandements  suivants  : 

ce  Des  réjouissances  publiques,  des  fôtes  et  des  cérémonies 
ce  auxquelles  chacun  prendra  part,  seront  données  à  l'occasion 
«  de  l'heureux  jour  de  mon  soixantième  anniversaire,  dans  le 
a  courant  de  la  lo'  lune  de  la  présente  année  (mois  de  Novem- 
«  bre).  Ce  jour-là,  l'Empereur,  à  la  tète  des  Hauts  dignitaires  et 
a  fonctionnaires  de  la  capitale  et  des  provinces,  se  rendra  au 
«  Wan-chéou-chan  et  Nous  offrira  ses  souhaits  de  bonheur.  Sur 
«  tout  le  parcours  qu'il  suivra,  du  Palais  au  Y-ho-yuan,  des  dé- 
«  corations  seront  faites  et  des  autels  seront  élevés  par  les  soins 
«  des  mandarins  et  du  peuple. 

ce  Des  cérémonies  imposantes  dont  l'exemple  nous  a  été  laissé 
«  ayant  eu  lieu,  à  plusieurs  reprises,  sous  les  règnes  de  K'ang-hi 
«  et  de  K'ieii-loung,  de  plus,  le  peuple  vivant  en  paix,  les  ri- 
«  chesses  étant  abondantes  et  la  tranquillité  régnant  dans  tout 
«  l'Kmpire,  —  sans  désirer  feindre  des  sentiments  que  nous 
«  n'avions  pas  — ,  Nous  avons  autorisé,  sur  sa  demande,  l'Em- 
«  poreur  à  venir  nous  présenter  ses  félicitations  au  Y-ho-yuan. 
«  Mais  qui  aurait  pu  prévoir  que  le^  Wo-jen  *,  depuis  la  iin  de 
«  la  ()•*  lune  (  i=  Juillet),  nous  auraient  suscité  des  didicultés, 
«  auraient  amené  la  révolution  dans  un  pays  tributaire  et  au- 
«  raient  en  outre  détruit  nos  bateaux.  Nous  ne  jiouvions  pas  ne 
u  pas  les  faire  chasser  par  nos  armées.  A  l'heure  actuelle,  la 
«  guerre  n'est  pas  encore  terminée  et  nos  troupes  continuent 
((  d'être  expédiées  en  grand  nombre.  Notre  pensée  de  tous  les 
«  instants  est  |)()ur  les  malheureux  des  deux  pays  qui  sont  tués 
«  en  combattant,  et  notre  compassion  est  immense.  Dernière- 
ce  ment,  songeant  aux  soulfrances  de  nos  soldats  pendant  la 
«  guerre,  Nous  leur  avons  envoyé  3  ooo  ooo  de  taels  pris  sur 
«  Notre  cassette,  afin  de  jx)urvoir  à  leur  entretien  et  à  celui  de 
«  la  cavalerie. 

<(  Le  bienheureux  jour  de  Notre  anniversaire  aj)proche,  mais 
«  comment  aurions-nous  le  cœur  d'écouler  les  souhaits  que  nous 
w   apporteront  les  Mandarins  et  le  peuple  ? 

«  Nous  ordonnons  que  les  cérémonies  en  l'honneur  de  Notre 
«  anniversaire  soient  célébrées   dans  l'intérieur  du  Palais.   Les 


I.   Les  Japonais. 


DÉCRET    IMPÉRIAL  TQI 

«  souhaits  que  Nous  devions  recevoir  au  Y-lio-yuan  ne  Nous 
«  seront  pas  présentés.  » 

Respect  à  ceci  î 

Nous,  Empereur.  Nous  avons  reçu  ces  Bienveillants  Comman- 
dements qui  ont  porté  la  tristesse  dans  Notre  cœur.  Nous  avons 
insisté  à  plusieurs  reprises  auprès  de  Sa  Majesté  Tlmpératrice 
Douairière  sans  obtenir  son  consentement.  Nous  pensons  respec- 
tueusement qu'Elle  agit  ainsi  par  bienfaisance.  Nous  n'osons  pas 
ne  pas  Nous  conformer  à  Sa  volonté.  Que  tous  les  Yamen  en 
soient  informés  et  obéissent  à  ces  commandements. 

Respect  h  ceci  *  ! 

Le  Tsoung-li  Yamen  qui  avait  notifié  aux  gouvernements 
étrangers  la  célébration  de  Tanniversaire  de  l'Impératrice- 
Douairière,  fut  obligé  à  la  suite  du  décret  de  prévenir  les  lé- 
gations que  les  cérémonies  n'auraient  aucun  caractère  public 
et  seraient  confinées  dans  Tinlérieur  du  Palais'. 

Le  3  novembre,  la  Gazette  de  Pé-King  contenait  un  décret 
marquant  que  le  7,  soixantième  anniversaire  de  ia  naissance 
de  rimpératrice-Douairière  ainsi  que  les  6  et  8  novembre 
seraient  jours  fériés. 

Le  prince  Koung  avait  été  frappé  par  un  décret  de  Ts'eu- 
hi  ;  c'est  elle  qui  devra  aussi  signer  le  décret  qui  le  réinstalle 
dans  la  puissance  et  les  honneurs,  et  le  29  septembre  189^, 
rimpératrice-Douairière  a  la  mortification  de  voir  paraître 
dans  la  Gazette  de  Pé-King  le  décret  signé  par  elle  rendant 
la  direction  des  afl'aires  à  son  ancien  ami  et  complice  devenu 
son  ennemi. 

DÉCRET    impérial' 

Nous    avons  reçu  respectueusement  de  S.  M.   Tlmpératrice- 

1.  Pour  Irad.  conforme,  le  deuxième  interprète,  sign.  H.  Leduc. 

2.  L'anniversaire  de  rimpéralricc  fut  en  effet  célébré  sans  pompe  le 
7  nov.  189/4  (10*'  jour,  10"  lune).  —  Voir  North-China  Herald^  nov. 
iG,  1894,  p.  8i/|. 

3.  Cazette  de  Pé-King^  le  i*'  jour  de  la  9®  lune  de  la  ao*'  année 
Kouang-Siu  -=  29  septembre  189'!.  ^ 


iga  l'audience  impériale 

Douairière T*sEu-ni,  Touan-yeou,  K*ang-y,  Tchao-Yu,  Tchouang- 
Ich'cng,  Chéou-Kong,  K*in-hien,  Tch'ong-hi,  les  Bienveillants 
Commandements  suivants  : 

«  Nous  ordonnons  que  Yi-Sin,  Prince  Koung,  ait  la  direction 
des  AfTaires  du  Palais.  » 

Respect  à  ceci  ! 


DÉCRET    IMPÉRIAL 


Nous  avons  reçu  respectueusement  de  S.  M.  Tlmpcratrice- 
Douairière  Ts'ru-hi...  les  Bienveillants  commandements  sui- 
vants : 

«  Nous  avons  reçu  aujourd'hui  en  audience  Yi-Sin.  Prince 
Koung,  Nous  avons  constaté  que,  bien  qu'il  ne  soit  pas  encore 
complètement  guéri,  ses  forces  ne  semblent  pas  avoir  diminué.  » 

«  Nous  le  nommons  Président  du  Conseil  des  AfTaires  étran- 
gères (Tsoung-li  Yamen),  Nous  lui  enjoignons  de  prendre  égale- 
ment la  direction  générale  des  AlTaires  de  l'Amirauté  et  de  s'oc- 
cuper d'un  commun  accord  des  AlTaires  militaires.  » 

Uespect  à  ceci  '  I 

Malgré  la  prise  de  possession  du  pouvoir  par  Koung,  le 
prince  K'ing  restait  au  Tsoung-li  Yamen  comme  une  sorte 
de  vice-président. 

DÉCRET    impérial' 

Nous  avons  reçu  respectueusement  de  S.  M.  l'Impératrice- 
Douairière  Ts'eu  m...,  les  Bienveillants  Commandements  sui- 
vants : 

«  Yi-Sin,  Prince  Koung,  n'étant  pas  complètement  guéri  et 
ne  |)ouvant  encore  marcher  avec  facilité,  est  dispensé,  par  une 
faveur  spéciale,  de  venir  faire  tous  les  joms  son  service  (à  la 
Cour).  II  fera  j)résenter  sa  tablette  lorsqu'il  aiua  des  ra|)|)orts  à 
communiquer,  et  son  nom  ne  devra  pas  figurer  sur  la  liste  des 
dignitaires  chargés  d'offrir  des  sacrifices. 

1.  Pour  traduction  conforme,  le  2*^  inlerprclc  (sig.)  :  II.  Leduc. 

2.  Gazette  do  Pé-Kitig,  le  2«  jour  de  la  9°  lune  de  la  20*^  année 
Knuang  Siu  -^  le  3o  soplembre  189/1. 


î»OUnPARLEns    AVEC    LE    Pni>CE    KOUXG  I()3 

«  Hier  nous  lui  avons  confié  la  direction  du  Palais  et  afin  de 
inonircr  toute  \olrc  sollicitude.  Nous  ordonnons  qu'il  soit  dis- 
pense d'escorter  (rEni|)ereur).  » 

Respect  à  ceci  *  I 

Parmi  ceux  que  le  prince  Koung  s'ennpressa  d'appeler 
près  de  lui  il  faut  signaler  Wang  Wôn-chao,  vice-roi  du 
Yun-Man  et  du  Kouci-lcliéou  depuis  juin  1889. 

POURPARLERS    AVEC    LE    PRINCE    KOUNG 

Lorsque  le  prince  Koung  reprit  le  pouvoir  en  septembre 
i8f)/|,  il  attendit  la  visite  des  ministres  étrangers.  Seul,  le 
ministre  crAngleterre,  M.  Nicholas  O'Conor,  se  rendit  au- 
près du  prince  dont  la  visite,  au  conlraire,  fut  attendue  par 
ses  collègues.  Le  prince  Koung,  devant  celte  abstention,  se 
décida  à  faire,  ce  qui  du  reste  n'était  que  juste,  le  premier 
pas  vis  à-vis  des  ministres  étrangers.  Les  circonstances  et  la 
position  géographique  de  la  légation  firent  que  sa  première 
visite  le  25  octobre  fut  pour  le  ministre  de  France  ;  après  les 
compliments  d'usage,  M.  Gérard  profita  de  l'occasion  pour 
exposer  au  prince  combien  était  fausse,  à  l'égard  de  la  Cour, 
sa  position  ainsi  que  celle  de  ses  collègues  de  Russie  et  d'Es- 
pagne, puisqu'ils  n'avaient  pas  encore  été  reçus  en  audience 
par  l'Empereur.  Il  le  regrettait  d'autant  plus  qu'il  se  trou- 
verait de  la  sorte  privé  d'assister  à  la  cérémonie  qui  aurait 
lieu  à  l'occasion  du  Cycle  de  l' Impératrice-Douairière  qui 
allait  en  eflct  atteindre  sa  soixantième  année.  Le  prince  ré- 
pliqua que  cette  situation  l'étonnait  fort,  qu'il  fallait  y  remé- 
dier le  plus  tôt  possible  et  il  demanda  à  notre  ministre  pour- 
quoi il  ne  voulait  pas,  comme  ses  prédécesseurs,  être  reçu 
au  Tse  Kouang  Ko.  Le  ministre  répondit  que  les  diplomates 
chinois,  accrédités  en  Europe,  étaient  reçus  dans  l'intérieur 

I.   Pour  traduction  conforme,  le  2«  interprète  (sig.):  H.  Leduc. 
COKDIEK.  III.  —  i3 


194  L*AUDIENCE    IMPÉRIALE 

(les  habitations  des  chefs  d'Élat,  que  le  Tse  Kouang  Ko  était 
séparé  de  la  ville  réservée  par  un  fossé  qu'il  était  nécessaire 
de  franchir  pour  bien  marquer  que  le  Fils  du  Ciel  ne  traitait 
pas  en  tributaires  les  pays  étrangers. 

Prévenu  par  son  collègue  français,  le  comte  Cassini  tint  le 
même  discours  au  prince  Koung. 

Quelques  jours  après,  les  deux  diplomates  se  mirent  d'ac- 
cord pour  rendre  ensemble  la  visite  au  prince  Koung  ;  ce- 
lui-ci fut  fort  étonné  de  cette  dérogation  aux  usages  ordi- 
naires qui  voulaient  que  les  ministres  fussent  reçus  séparément 
et  MM.  Gérard  et  le  comte  Cassini  furent  admis  ensemble, 
le  dimanche  28  octobre,  auprès  du  prince  Koung,  entouré 
du  prince  K'ing  et  de  trois  des  ministres.  Après  la  collation 
ordinaire,  les  ministres  engagèrent  la  conversation  sur  la 
question  de  l'audience,  et  maintinrent  au  grand  chagrin  du 
prince  Koung  leurs  précédentes  déclarations. 

Le  prince  Koung  leur  dit  tout  d'abord  qu'il  n'avait  pu 
voir  reniperour  qui,  depuis  quelques  jours,  souffrait  de  la 
fièvre.  Il  renouvela  ensuite  les  objections  opposées  jusqu'alors  : 
la  nécessité  de  respecter  les  rites,  Tacceptation  par  plusieurs 
agents  élrangers  de  la  salle  du  Tclieng-KouangTien  où  les 
ministres  de  France,  de  Russie  et  d'Espagne  n'avaient  pas 
consenti  à  se  rendre,  l'impossibilité  de  pénétrer  dans  le  Pa- 
lais sans  se  soumettre  à  la  forme  du  salut  oriental  (A''o-/cou), 
le  caractère  auguste  dont  la  présence  de  l'empereur  revêt 
tout  endroit  011  il  se  trouve.  M.  (îérard  et  le  comte  Cassini 
répondirent  en  invoquant  la  réception  faite  à  Saint-Péters- 
bourg et  à  Paris  aux  représonlantsde  Tempereur,  les  égards  dus 
aux  chefs  des  Ktals  dont  ils  étaient  les  envoyés,  le  principe  d'éga- 
Hté  et  de  réciprocité  entre  les  Cours  qui  préside  au  cérémo- 
nial diplomatique.  Les  diplomates  étrangers  «ijoulèrcnt  que 
les  témoignages  d'intérêt  offerts  a  la  Chine,  dans  les  circon- 
stances présentes  par  les  puissances  européennes,  méritaient 
un  accueil  tout  spécial,  et  que  d'ailleurs  le  prince  Koimg, 


Salles  du   palais  iq5 

qui,  le  premier,  en  1878,  avait  mis  les  ministres  étrangers  en 
présence  de  Tempcreur,  voudrait  sans  doute  compléter  son 
œuvre  en  donnant  aux  relations  entre  le  corps  diplomatique 
et  le  Palais  le  caractère  qu'elles  devaient  avoir.  L'un  des 
ministres  ayant  demandé  quelle  salle  du  Palais  intérieur  leur 
paraîtrait  le  mieux  convenir  à  la  réception  du  corps  diplo- 
matique, les  représentants  français  et  russe  répondirent  que 
toute  salle,  pourvu  qu'elle  fut  dans  Tcnceinle  mènic  du  Pa- 
lais, serait  agréée  par  eux,  et  qu'il  appartenait  à  l'empereur 
de  désigner  celle  où  il  voudrait  les  recevoir. 

Le  prince  Koung  leur  dit  alors,  sans  vouloir  s'engager, 
mais  avec  quelque  apparence  d'acquiescement,  qu'il  pren- 
drait les  bienveillants  commandements  de  l'empereur.  11 
ajouta  que  Sa  Majesté  étant  malade,  il  ne  pourrait  lui-même 
répondre  aux  deux  ministres  immédiatement  ;  il  semblait 
aussi,  d'après  les  conversations  entre  eux  des  membres  du 
Yamen,  que  l'audience  impériale,  si  elle  avait  lieu,  serait 
placée,  après  les  fêtes  du  jubilé,  c'est-à-dire  après  le  10  no- 
vembre ;  l'audience,  enfin,  serait  vraisemblablement  collec- 
tive. 

SALLES    Dti    PALAIS 

Quatre  salles  et  un  pavillon  du  palais  semblaient  se  prêter 
à  une  audience  : 

1°  Le  T*ai-ho  tien  ;  l'empereur  y  reçoit  des  félicitations  au 
premier  jour  de  l'an,  au  solstice  d'hiver,  à  son  anniversaire 
de  naissance,  ainsi  qu'à  l'occasion  des  grandes  fêtes  de 
l'Etat  ;  on  y  tient  les  grandes  réunions  de  la  cour  et  des 
banquets  y  sont  donnés  ;  l'empereur  y  donne  ses  ordres  aux 
généraux  en  leur  confiant  une  expédition  militaire  ;  il  y  fait 
passer  des  examens  aux  lettrés  et  y  reçoit  les  remerciements 
des  fonctionnaires  privés  ou  investis  de  quelque  charge  ;  on 
voit  figurer  aux   réceptions    solennelles  de  félicitations  les 


iqC  l*audience  impkhiale 

princes  vassaux,  ainsi  que  les  envoyés  tributaires,  à  la  tc^tc 
desquels  se  trouvent  les  Coréens  ;  ceux-ci  participent  égale- 
ment aux  banquets  du  Vai-ho  tien, 

2°  Le  Tchoun(j-ho  tien  ;  Tenipereur  s'y  rend  pour  exami- 
ner les  tablettes  concernant  les  siicrifices,  ainsi  que  les  cé- 
réales et  les  instruments  aratoires  qui  doivent  figurer  à  la 
cérémonie  du  labourage  ;  c'est  la  que  sont  placés  les  registres 
généalogiques  impériaux  lorsqu'ils  sont  terminés. 

3**  Le  Pao  ho  tien  ;  le  dernier  jour  de  l'année,  im  festin 
y  est  donné  aux  princes  vassaux  ;  les  nouveaux  docteurs  y 
passent  l'examen  dit  du  palais,  en  présence  de  l'empereur  ; 
les  décrets  des  précédents  empereurs  et  leur  histoire,  après 
achèvement,  y  sont  déposés  par  les  rédacteurs  impériaux  ; 
aux  banquets  de  la  lin  de  Tannée,  donnés  au  Pao-ho  tien, 
sont  spécialement  conviés  les  princes,  ducs  et  nobles  vassaux 
mongols  ou  maliométans,  les  envoyés  tributaires  étrangers, 
Coréens  en  Icle,  suivis  des  begs,  des  envoyés  de  Ilami  et  de 
Tour  fan. 

4"*  Le  K^ien-ts'infj  Konfj  ;  c'est  1;\  que  l'empereur  fait  ap- 
peler en  sa  présence  les  hauts  dignitaires  et  que  les  manda- 
rins sont  présentés  ;  un  banquet  y  est  donné  aux  princes  le 
premier  jour  de  Tan  ;  aux  banquets  du  nouvel  an  figurent  les 
princes  et  ducs  vassaux,  les  (hiidji  ou  nobles  mongols,  les 
lamas,  les  llou-l'ou-llo-tou,  puis  les  envoyés  de  Corée  et 
des  autres  pays  tributaires,  les  en\oyés  de  Ilami  et  de  Tour- 
fan. 

5°  Le  YarKj-sin  tien  qui  contient  la  chambre  à  coucher  de 
l'empereur,  sert  aussi,  comme  le  k'ien  Is'ing  Kong,  aux 
présentations  et  aux  audiences. 

.\cqiies<:ement  du  prixce  koing 

Le  prince  Koung,  le  vendredi  '2  novembre  189^1,  envoya 
deux  des  secréliiires  du  Tsonng-li  Yainen  aux  légations  de 


DÉPÊCUE    DE    M.    GÉRARD    AU    TSOUNG-Ll    TAMEN  I97 

France  cl  de  Russie,  pour  annoncer  à  M.  Gérard  et  au  comte 
Cassini  que,  conformément  à  leur  désir  et  aux  instructions 
de  leurs  gouvernements,  l'empereur  les  recevrait  dans  la  ville 
interdite,  c'est-à-dire  dans  l'enceinte  intérieure  du  palais.  Le 
prince  les  fit  prier  en  outre  de  lui  adresser  par  dépêche  oiïi- 
cielle  leur  demande  d'audience  en  y  joignant  la  copie  figurée 
de  leurs  Lettres  de  créance  et  des  lettres  spéciales  de  félici- 
tations destinées  a  l'empereur.  Déjà,  le  2  mai,  M.  Gérard 
avait  envové  au  Yanien  la  copie  figurée  de  ses  lettres  de 
créance.  Dans  sa  réponse,  en  date  du  3  novembre,  M.  Gé- 
rard prit  acte  de  la  décision  impériale  que  le  [)rince  Koung 
avait  portée  à  sa  connaissance  et  lui  demanda  à  présenter  à 
l'empereur,  en  même  temps  que  ses  lettres  de  créance,  la 
lettre  présidentielle  par  laquelle  M.  Casimir  Périer  expri- 
mait à  Tempereur  ses  sincères  félicitations  pour  le  jubilé  de 
l'Impératrice  -Mère . 

DÉPÊCHE    DE    M.    GÉRARD    AU    TSOl  NG-LI    YAMEN 

Pé-King,  le  3  Novembre  iS(jl\. 

Vos  Altesses  ot  Vos  Excellences,  en  réponse  à  ma  démarche 
du  28  octobre,  ont  bien  voulu  nie  faire  connaître  hier,  par  les 
Secrétaires  de  leur  Yamen,  la  résolution  adoptée  concernant  Tau- 
dicnce  impériale  dans  la  \ille  interdite. 

J'ai,  on  conséquence,  l'hoiuieur  de  m'adressor  officiellement 
à  VV.  A\.  et  à  VV.  KK.  pour  être  admis  à  présenter  à  Sa  Ma- 
jesté rKinpereur,  en  même  temps  que  les  Lettres  qui  m'accré- 
ditent auprès  d'KlIe  comme  Knvové  Extraordinaire  et  Ministre 
IMénipot<»ntiaire  de  la  Uépubli(pic  Française,  la  Lettre  spéciale, 
datée  du  3i  août,  par  lacpielie  M.  Casimir  Périer,  Président  de 
la  Uépublicpie,  ex|)rirne  à  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine  ses 
sincères  félicitations  pour  le  soixantième  anniversaire  de  la  nais- 
sance de  Sa  Majesté  l'hupératrice-Mère. 

J'ai  déjà,  dans  ma  dépêche  du  i*'^  Mai  1894.  envoyé  à  Votre 
Yamen  copie  de  mes  Lettres  de  créance.  Je  joins  ici  la  traduc- 
tion en  cilinois  de  la  Lettre  spéciale  de  félicitations  écrite  par  le 
Président  de  la  République  à  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine, 


iq8  l'audience  impériale 

Je  prie  W.  AA.  et  W.  EE.  de  vouloir  bien  me  faire  œn- 
naitre  la  date  et  le  cérémonial  de  Taudience  qui  me  sera  ac- 
cordée. 

Dans  la  visite  collective  que  firent,  le  3  novembre,  au 
Tsoung-li  Yamcn,  les  ministres  de  France,  d'Angleterre,  de 
Russie,  d'Allemagne  et  des  Etats-Unis,  le  prince  Koung  leur 
confirma  la  résolution  de  rompcreur  au  sujet  de  l'audience. 
Il  ajouta  qu'il  leur  ferait  connaître  la  date  fixée  par  l'empe- 
reur, le  palais  de  la  ville  interdite  où  l'audience  aurait  lieu, 
et  le  détail  du  cérémonial. 

Le  7  novembre  189/1,  M.  Gérard  recevait  du  Yamen  un 
décret  de  l'empereur  en  date  du  t\  novembre,  marquant  que 
l'audience  impériale  aurait  lieu  le  12,  dans  la  salle  du  Trône 
Wen-I loua-tien  (salle  du  Trône  de  la  Gloire  littéraire).  Ce 
palais,  compris  dans  Tcnceinte  de  la  ville  interdite,  près  de 
la  porte  Est  {Toung-hona-men)^  est  celui  où  l'empereur  se 
rend  ime  fois  par  an,  dans  la  seconde  lune,  pour  se  faire  ex- 
pliquer les  livres  sacrés  par  le  premier  des  grands  secrétaires 
d'État. 

Le  prince  Koung  avait  auparavant  demandé  aux  ministres 
de  France  et  de  Uussie  de  désigner  la  salle  dans  laquelle 
ils  désiraient  être  reçus  ;  après  s'être  consultés  ils  désignèrent 
la  salle  des  ambassadeurs,  le  T^aï  IIo  Tien.  Après  avoir 
franclii  la  porte  Sud,  Won  men,  de  la  ville  réservée,  «  on 
rencontre*  une  seconde  porte  nommée  Tnh-ho-men,  donnant 
acxrès  dans  ime  cour  magnifique  où  se  trouve  le  grand  palais 
T*al*-ho-licn,  c'est  la  salle  du  Trône,  la  salle  d'audience,  la 
première  salle  de  réception  ;  c'est  là  que  sont  reçus  les  am- 
bassadeurs, l'empereur  s'y  rend  le  jour  de  sa  naissance  et  le 
jour  de  Tan  pour  s'olTrir  aux  prostrations  et  aux  vœux  des 
princes  et  des  grands.  Aucune  salle  du  palais  n'approche  de 
celle-ci  pour  la  magnificence  ». 

I.  Favier,  Peking^  p.  34o. 


•_  1.         .  *.?^-j 


COMMUNICATION    OFFICIELLE  I99 

On  fit  remarquer  aux  ministres  de  France  et  de  Russie 
que  la  salle  des  ambassadeurs  était  encombrée  (ce  qui  était 
vrai)  par  des  banquettes  qui  servaient  aux  réceptions  des 
fonctionnaires,  qu'elle  renfermait  des  statues  de  divinités  de- 
vant lesquelles  les  ministres  étrangers  ne  voudraient  pas  se 
prosterner,  etc.  ;  et  on  leur  oiïrit  à  la  place  un  autre  pa- 
villon de  la  ville  réservée,  le  Wenhona  Tien,  «  Salle  du  Trône 
de  la  Gloire  littéraire  ».  Cette  décision  fut  gardée  secrète  par 
MM.  Gérard  et  le  comte  Cassini,  aussi  grande  fut  la  stupé- 
faction du  corps  diplomatique,  lorsqu'il  reçut  Tavis,  qu'à 
l'occasion  du  Cycle  de  l' Impératrice-Douairière,  il  serait 
admis  à  présenter  ses  compliments  à  l'Empereur  dans  le  Wen 
houa  Tien. 

Outre  leur  adresse  de  félicitations,  les  ministres  de  Hussic 
et  de  France  et  le  chargé  d'aflaires  d'Espagne  avaient  à  pré- 
senter leurs  lettres  de  créance.  Jamais  cette  formalité  n'avait 
pu  être  accomplie  par  un  de  nos  agents,  aussi  M.  Gérard 
eut-il  à  remettre  non  seulement  ses  propres  lettres,  mais 
aussi  celles  de  ses  prédécesseurs,  toutes  renfermées  séparément 
dans  des  sacs  bleus. 

Dépêche  du  Tsoung-li  Yamen  h  M.  Gérard,  Kouang-Siu, 
20"  année,  10''  lune,  10''  jour  (7  novembre  i8(j/|). 

Communication  officielle. 

Le  7  de  la  10**  lune  de  la  sjo"  année  Kouang-Siu  (le  l\  No- 
^emb^c  i8()A),  a  été  reru  le  drcret  Impérial  suivant  : 

«  A  l'occasiou  du  soixantièino  anniversaire  de  la  naissance  de 
Sa  Majesté  riinpéralricc-Douairit're,  qui  a  en  lieu  pondant  la 
dixième  lune.  Nous  ordonnons  que  tous  les  Ministres  Envoyés 
des  dilîérenlos  nations  aient  une  audience  impériale  le  i5  (12 
novembre),  dans  la  salle  du  Trône  Wen-Houa-tien.  » 

Uespect  à  ceci  ! 

Nous  croyons  devoir  copier  respectueusement  le  Décret  Impé- 
rial ci-dessus  et  lo  porter  à  la  connaissimce  de  Votre  Excellence 
par  la  présente  dépêche. 


'200  L  AUDIENCE    IMPÉRIALE 

Précis  du  cérémonial  à  observer,  le  i5  cfc  la  lo*  lune  de 
la  20*^  année  Kolang-Sil  (12  novembre  1 8g i^,  pour  la  pré- 
sentation par  les  Ministres  Étrangers  de  leurs  Lettres  d'État, 

Au  jour  indiqué,  une  lablc  à  couverture  jaune  sera  disposée 
devant  le  Trône  Impérial.  Les  Princes  Koung  et  K*ing  se  tien- 
dront d'avance  debout  du  coté  de  l'est.  Deux  des  Ministres  de 
notre  Yanien  conduiront  le  Représentant  Etranger  qui  aura  la 
première  audience,  accompagné  de  ses  secrétaires  et  interprètes 

au^nonibre  de ,  et  les  feront  passer  par  la  voie  centrale  de  la 

porte  du  milieu  dite  de  Wen-lioua,  puis  les  introduiront  par  la 
porte  centrale  de  la  salle  Wen-houa-tien.  Le  Représentant  étran- 
ger fera  une  inclinaison  de  corps  ;  il  a>ancera  de  quelques  pas. 
puis  fera  une  nou>elle  inclinaison  de  corps,  et,  parvenu  entre  les 
colonnes  ornées  de  dragons,  il  s'arrêtera,  debout,  la  face  vers  le 
baul  (^-:  fond).  Il  fera  encore  une  inclinaison  de  corps  :  Puis  le 
Re|)résentanl  Etranger  prononcera  s<in  allocution,  dont  un  inter- 
prète traduira  le  texte.  Après  quoi,  le  Représentant  Etranger 
s'avancera  jusqu'au  pied  des  degrés  du  milieu  de  l'estrade  du 
trône,  et,  tenant  à  deux  mains  ses  Lettres,  attendra  resj)ectueusc- 
ment.  Le  Prince  Koung  ou  K'ing  viendra,  descendra  les  degrés 
•de  gauche,  recevra  les  Lettres  d'Etat,  montera  les  degrés 
du  milieu  et,  s'arrétant  devant  la  table,  v  déposcM'a  ces  Lettres. 
Le  Re|)résentant  Etranger  fera  une  inclinaison  de  corps.  S.  M. 
l'Empereur  réj>ondra  par  un  accpiiescement  delà  tète,  montrant 
par  là  qu'Elle  a  re^u  les  Lettres  d'Etat.  Le  Représentant  Etran- 
ger reculera  jusqu'à  l'intervalle  compris  entre  les  colonnes  à  dra- 
gons, où  il  se  tenait  |)rimitivemenl  debout.  Le  Prince  koung  ou 
K'ing  s'agenonilh'ra  à  ganclie  (Orient)  de  la  table  |){)ur  écouler. 
S.  M.  l'Empereur  rendra  ses  ordres  dans  la  langue  d'État 
(::=  en  mandcliou),  s'en([uérant  avec  conq)laisance.  I^e  Prince 
Koung  ou  K'ing  descendra  par  les  degrés  de  gauche  (Orient)  et, 
parvenu  à  l'endroit  où  le  Représentant  Etranger  se  ti<'ndra  de- 
bout, transmettra  ces  paroles  en  faisîiiit  usage  de  la  langue  chi- 
noise. Lorsque  le  Représentant  Etranger  aura  tout  entendu,  il 
fera  une  inclinaison  de  corps.  L'Empereur  y  répondra  par  un 
aquiescement  de  tète.  Puis  les  Ministres  de  notre  \amen  condui- 
ront le  Représentant  Etranger,  (pii  reculera  de  (piehpies  pas,  fera 
une  inclinaison  de  cor|)S,  reculera  jusqu'à  la  porte  de  gauche 
(Orient)  de  la  Salle  du  Trône.   Il  fera  une  nouvelle  inclinaison 


NOTE    SUll    L  AUDIENCE    IMPERIALE  SOI 

de  corps,  et  sera  reconduit  par  la  porte  de  gauclic  (Orient), 
pour  descendre  les  degrés  de  gauclie  situés  en  dehors  de  la  salle 
du  Trône  et  sortir  par  la  porte  de  gauche  dite  de  Wen-IIoua. 

Four  la  seconde  audience  et  les  suivantes,  on  se  conformera  au 
cérémonial  ci-dessus  * . 

Note  sur  raudience  impériale  du  12  novembre  1894  au 
Wen-houa-tien'^, 

A  la  suite  des  négociations  entamées  par  les  Ministres  de  France 
et  de  Uussie  avec  le  Tsoung-li  Y  amen,  deux  des  Secrétaires  gé- 
néraux chinois  s'étaient  présentés  à  la  Légation  de  France,  le 
2  Novemhre  1894.  de  la  part  du  Prince  Koimg,  et  avaient  an- 
noncé que  rKni[)ereur  de  Chine,  désireux  de  donner  aux  Hepré- 
sentjuils  des  Nalions  étrangères  un  témoignage  de  hienveillance par- 
ticulière, avait  décidé  de  les  rece>oir  prochainement  en  audience 
dans  l'Intérieur  de  la  Ville  Interdite.  Le  Ministre  de  France  était 
prié  de  demander  celle  audience  par  lettre  odicielle  au  Yamen. 

La  même  démarche  était  faite,  le  même  jour,  auprès  de  la 
Légation  de  Russie, 

Le  3  novembre,  M.  Gérard  faisait  remettre  au  Yamen  une  dé- 
pèche par  laquelle,  en  prenant  acte  de  la  déclaration  des  secré- 
taires chinois,  il  priait  les  Princes  KoungetK'ing  et  les  Ministres 
du  Yamen  de  lui  faire  connaître  la  date  à  la(pielle  il  serait 
admis  à  présentera  Sa  Majesté  ses  lettres  de  créance  et  les  lettres 
de  félicitations  du  Président  de  la  Répubrujue  française  à  Pocca- 
sion  du  Go"  anni>ersiiire  de  S.  M.  l'Impératrice-Douairièrc  de 
Chine.  11  demandait  aussi  que  le  cérémonial  à  suivre  pendant 
cette  audience  lui  fût  conununiqué. 

Un  décret  Im|XM'ial  rendu  le  /|,  mais  qui  ne  fut  notifié  aux  Lé- 
gations que  le  7  par  Lettres  olïicielles,  ordonna  que,  à  l'occasion 
du  jubilé  de  l'Impératrice-Douairière,  les  Ue[)résentants  des  na- 
tions étrangères  seraient  reçus  en  audience  Impériale  le  i5  de  la 
lo'  lune  (i3  iiov.)  dans  la  salle  du  Trône  Wen-houa-tien. 

Le  (j,  les  Ministres  chinois  avisèrent,  par  lettres  semi-olïicielles, 

1.  Pour  trac! .  conforme  (sig.)  :  A.  Vissière. 

2.  Celte  note  si  inléressanle  est  duo  à  M.  \.  Vissière,  alors  premier 
inlcrprèle  tie  la  Légation  de  France,  aujourd'hui  professeur  à  l'Ecole  des 
Langues  Orientales  vivantes. 


303  L  AUDIENCE    IMPERIALE 

les  diiïcrcntcs  Légations  des  mesures  qui  scniient  prises  k  celle 
occasion  :  envoi,  entre  9  et  1 1  heures  du  matin,  d*ofQciers  chinois 
chargés  de  conduire  au  Palais  les  diplomates  étrangers,  récep- 
tion de  ceux-ci  par  les  ministres  chinois  au-delk  de  la  porte 
Toung-houa-men  (porte  orientale  de  Tenceinte  fortifiée  de  la 
Ville  Inlerdile),  station  dans  une  sidle  d'attente  et  fixation  de 
l'audience  entre  11  h.  du  matin  et  i  h.  de  l'après-midi. 

Dans  la  pensée  desMembrcsdu  Yamen,  exprimée  verbalement 
et  par  écrit,  les  Ministres  de  Russie  et  de  France,  ayant  à 
remettre  à  l'Empereur  leurs  lettres  de  créance  et  aussi  des  féli- 
citations ou  lettres  de  Kmus  Gouvernements  à  l'occasion  du  ju- 
bilé de  l'Impératrice  Ïs'eu-Ili,  devaient  dans  le  principe,  être 
reçus  en  audiences  séparées,  aux(pielles  devait  succéder  une  au- 
dience générale,  au  cours  de  laquelle  le  Doyen  du  Corps  diplo- 
matique prendrait  seul  la  parole  et  où  figureraient  tous  les  Mi- 
nistres ou  Chargés  d'  Viïaires  simplement  nuuiis  de  messages  de 
félicitation.  Des  objections  furent  faites  à  cette  manière  de  pro- 
céder, nolanunent  par  le  Ministre  de  la  Grande-Bretagne,  et  le 
Tsoung-H-Yamen  y  renonça.  Il  fut  convenu  (jue  chaque  Envoyé 
aurait  ime  audience  spéciale  et  serait  introduit  auprès  de  Sa  Ma- 
jesté par  ordre  de  grade  et  d'ancienneté. 

Un  des  secrétaires  généraux  du  Yainen  se  rendit,  le  îo,  auprès 
des  interprètes  des  Légations  pour  leur  remettre  un  texte  im- 
primé du  Cérémonial  et  les  entretenir  des  mo<lifications  appor- 
tées à  la  pratique  suivie  jusqu'alors.  Par  un  acte  de  déférence,  la 
Cour  a>ait  prescrit  <pie,  tant  que  les  Ministres  Etrangers  auraient 
en  mains  leurs  Lettres  d'Klat,  ils  passeraient  par  la  chaussée  Im- 
périale, l'ouverture  centrale  de  la  porte  Wen-houa-men  et  la 
|)orte  centrale  de  la  salle  du  Trùne,  et  que  le  prince  chinois 
chargé  de  recevoir  ces  Lettres,  irait  l<»s  déposer  devant  l'Empe- 
reur en  passant  par  les  degrés  du  milieu  de  l'estrade  du  Trône. 

D'autre  part,  l'état  précaire  de  la  santé  du  prince  Koung  ne 
lui  permettrait  pas  de  s'acquitter  de  ces  fonctions  pendant  toutes 
les  audiences,  mais  le  prince  K'ing,  dont  le  rang  nobiliaire  était 
égal  au  sien  et  (pii  partageait  avec  lui  la  présidence  du  Tsoung-li 
Yamen  le  suppléerait,  au  besoin. 

Aucune  objection  ne  s'éleva  au  sujet  du  cérémonial,  qui  fut 
suivi  |)oiictuellement  et  sans  incident,  pendant  la  journée  du  12. 
Dès  9  h.  du  matin,  deux  olliciers  montés  se  présentèrent  à  la 
Légation  de  France  au  nom  du  Prince  et  accompagnèrent  lecor- 
tège,  lorsqu'il  se  mit  en  route  à  10  h.  i/4*  H  se  composait  de 


NOTE    SUR    l'aL'DIKNCE    IMPÉRIALE  203 

cinq  chaises  officielles,  vertes,  suivies  par  les  cavaliers  chinois  de 
la  Lt^galion.  Le  personnel  français  devant  être  reçu  par  l'Empe- 
reur comprenait  : 

S.  E.  M.  Gérard,  MM.  de  Fleurac,  attaché  militaire,  et  le  doc- 
teur Dépasse,  Médecin  de  la  Lé«^ation  (désignés  comme  secré- 
taires à  la  demande  du  Yamen),  et  MM.  Vissièrc  et  Leduc,  i*"* 
et  a*  interprètes.  Les  Ministres  chinois  avaient  demandé  que  ce 
nomhre  ne  fut  pas  dépassé,  hien  que  le  [)ersonnel  de  la  Légation 
comportât  deux  membres  de  plus. 

Extérieurement  au  fossé  de  la  ville  interdite,  que  franchit  un 
large  pont,  la  rue  se  trouNc  barrée  par  une  palissade  ou  teha-lan, 
que  ne  dépassent  jamais  les  charrettes.  Les  cliaises  seules  sont 
autorisées  à  s'arrêter  au  delà,  I^es  nôtres  furent  conduites  jus- 
qu'au seuil  même,  pres(jue  sous  la  voûte  de  l'ouverture  Nord  de 
la  porte  Toung-houa-men,  qui  en  compte  trois.  Celle  du  milieu 
réservée  à  rEnq)ereur,  et  celle  du  Sud  n^stèrent  fermées.  Le 
Ministre  de  France  et  les  (piatre  foncliomiaires  de  la  Légation 
mirent  pied  à  terre  et  furent  accueillis  sous  la  voûte  par  plu- 
sieurs secrétaires  du  Yamen.  Les  domestiques  chinois  durent  res- 
ter en  dehors  du  Palais.  Au  delà  de  la  j)orte  s'ouvre  une  cour 
très  vaste  et  irrégulière  (jui  se  trouvait  bordée,  dans  diverses  di- 
rections, par  des  gardes  en  costume  ofliciel  armés  du  sabre,  des 
mandarins,  des  serviteurs.  Après  avoir  |)assé  un  étroit  canal  sur 
un  pont  situé  à  (pielque  dislance  de  la  porte,  la  direction  du 
Nord-Ouest  fut  suivie,  et  les  Ministres  du  Yamen  Souen  Yu- 
wen.  King-sin,  Siu  Yong-yi  et  Wang  Min-louan,  vinrent  à  la 
rencontre  du  Ministre  de  France  juscpi'à  mi-chemin  environ. 
Procédant  toujours  dans  la  même  direction,  on  pénétra,  par  une 
porte  simple,  dans  une  cour  intérieure,  au  Nord  de  laquelle  des 
appartements,  fraîchement  tapissés  et  ré])arés,  servirent  de 
premières  salles  d'attente.  Ils  se  composent  de  trois  |)ièces  gar- 
nies de  divans,  dé|X'ndant  du  Tch'ouan-sin -tien,  et  {)ortanl  au 
fronton  de  leur  porte  uni(pie  la  désignation  Kiinj-liiny-men,  Le 
thé  y  fut  servi  vi  c'est  là  (pie  se  réunirent  les  Représentants  étran- 
gers, leurs  secrétaires  et  interprètes.  Les  Princes  koung  et  Ring, 
retenus  par  leurs  fonctions  auprès  de  l'Enqjereur,  n'y  tirent 
qu'une  courte  apparition. 

Vers  II  h.,  lorscpie  tous  furent  arrivés,  on  se  [K)rla  vers  des 
tentes  assez  basses,  formées  de  toile  bleue  clouée  sur  des  châssis 
en  bois,  pour  y  attendre  le  moment  d'être  introduit  auprès  de 
l'Empereur.   Ces  tentes,  formant  quatre  chambres   tapissées  à 


ao4  l'audience  impériale 

rinlérîcur  et  rangées  sur  deux  lignes  le  long  du  mur  oriental  du 
Wcn-lioua-tien,  se  trouvaient  à  nii-<listance  environ  entre  les 
premières  salles  d'attente  et  la  jx)rte  Wen-lioua-nien,  qui  faitfac^ 
au  Sud.  Les  audiences  eurent  lieu  successivement,  les  Secré- 
taires du  Yamen,  puis  les  Ministres  chinois  conduisant  les  di- 
plomates étrangers,  qui  furent  introduits  dans  Tordre  suivant  : 

1.  —  M.  le  Colonel  Denby*,  Minisire  des  États-Unis  et 
Doyen,  accompagné  de  MM.  Gh.  Denby,  secrétaire,  et  Gheshire, 
interprète. 

2.  —  M.  le  Gomte  Gassini,  Ministre  de  Russie,  pourvu  de 
lettres  de  créance,  accompagné  de  MM.  Pavlov,  secrétaire,  Koles- 
sov.  Grosse  et  Rojdestvensky.  interprètes. 

3.  —  M.  O'Gonor,  Ministre  delà  Grande  Bretagne,  accomjw- 
gné  de  MM.  li<\iuclerk  et  Mac  Grant-DuH\  secrétaires,  de 
MM.  Fuli'ord,  secrélaire-inlerprèfe  p.  t.,  Gockburn,  asssistant 
secrétaire-interprète  p.  i.,  et  Ker,  économe. 

4.  —  M.  le  Baron  Sclienck  zu  Scliwoinsberg,  ministre  d'Alle- 
magne, accompagné  de  M.  le  baron  von  der  Goltz,  secrélaire- 
interprète,  et  de  M.  le  docteur  Francke,  second  interprète. 

5.  —  M.  Gérard,  ministre  de  France,  et  MM.  le  capitaine  de 
Fleurac,  Dépasse,  Vissière  et  Fieduc. 

6.  —  M.  Loumyer,  ministre  de  Belgi([ue,  assisté  de  M.  le 
D»*  Francke,  a*  inlerprèle  de  la  Légation  d'Allemagne. 

7.  —  M.  Bock,  Gousul-Général  de  Suède  el  Norvège  à  Gliang- 
Ilaï,  chargé  en  qualité  de  Minisire  plénipotenliaire  d'une  mission 
spéciale  de  félicitation,  assisté  de  M.  Gheshire,  interprète  du 
Doyen  du  Gorps  diplomatique. 

Les  Ministres  d'Italie  et  des  Pavs-Bas  étaient  absents  de  Pé- 
Ring. 

Les  audiences  se  succédèrent  rapitlement.  Lors(]ue  arriva,  vers 
11  heures  et  demie,  le  tour  de  la  Légation  de  Fiance,  M.  Gérard 
et  les  personnes  de  sa  suite  Curent  invités  par  les  secrétaires  chi- 
nois, puis,  à  (juelques  mètres  plus  loin,  par  les  Ministres,  à  les 
suivre,  et  se  dirigèrent  vers  le  Sud  puis  l'Ouest,  entre  deux  haies 
de  mandarins,  de  gardes  et  de  serviteurs,  jus(ju'à  la  voie  réservée 
à  rEnqwreur,  marquée  par  un  hm^^  tapis  de  l'eutre,  qui,  montant 
en  plan  incliné,  s'engage  sous  l'ouverture  centrale  de  la  porte 

I.  Dcnby,  Charlvs^  (rindiana;  né  en  Virginie;  nommé  envoyé  ex- 
traordinaire et  ministre  plénipotenliaire,  39  mai  iSS5  ;  arriva  à  son  poste 
le  3o  sept.  i885. 


NOTE  Sun  l'audience  impériale  3o5 

Wen-lioua-inen.  Dès  ce  moincnl  on  apercevait  rEinpereur,  assis 
sur  un  trône  placé  sur  l'estrade,  élevée  d'un  nièlrc  environ,  au 
fond  du  pavillon  Wen-houa-tien,  dont  toutes  les  portes  étaient 
ouvertes.  Devant,  l'Enipereur,  à  hauteur  du  buste,  était  dispo- 
sée une  table  rectangulaire,  revêtue  d*un  tapis  de  soie  jaune.  A 
droite  et  à  gauche  dans  la  pièce,  sans  grande  étendue,  des  gardes 
du  corps  étaient  rangés  obliquement  de  façon  à  former  deux 
ailes.  Outre  le  prince  Koung,  trois  personnes  se  tenaient  sur  l'es- 
trade à  cùté  de  l'Empereur.  L'une  d'elles  était  le  prince  Li,  di- 
recteur du  Grand  Conseil  de  la  Guerre  ÇKiun-ki-tcli*on).  Suivant 
la  voie  centrale  et  le  tapis  de  feutre,  entre  une  double  haie  de 
gardes  du  corps,  armés  du  sabre  ou  de  la  lance  à  queue  de  pan- 
thère, le  Ministre  de  France,  portant  ses  lettres  dans  une  envc- 
lop|w  de  velours  bleu  à  glands  d'or,  au  chillVe  delà  République, 
parvint  h  la  porte  centrale  du  pavillon  Wen-houa-tien,  dont  il 
franchit  le  seuil,  à  une  dizaine  de  mètres  de  rEm|)ereur,  et  s'in- 
clina. Quelques  pas  plus  loin,  nouvelle  inclinaison  du  corps, 
puis  une  troisième,  au  moment  où  il  s'arrêta  entre  les  deux  co- 
lonnes situées  à  droite  et  à  gauche,  dans  la  partie  médiane  delà 
salle.  M.  Gérard  prononça  son  allocution  à  l'Empereur,  qui  fut 
lue,  en  chinois,  par  M.  Vissière.  Cette  traduction  terminée,  le 
Ministre  de  France,  présentant  ses  lettres,  s'avança  jusqu'au  pied 
des  degrés  du  milieu  de  l'estrade  du  trône,  réservés  à  Sa  Majesté, 
s'inclina,  et  le  prince  Roung,  qui,  dès  le  commencement  de 
l'audience  avait  quitté  la  place  (|u'il  occupait  près  de  la  table 
située  devant  l'Empereur,  et,  par  les  degrés  de  l'est,  était  des- 
cendu près  du  Ministre  de  France,  prit  les  lettres  à  deux  mains 
et  lentement  monta  les  degrés  du  milieu.  Le  prince  s'arrêta  de- 
vant la  table  couverte  d'un  tapis  jaimeet  y  dé|X)sa,  devant  l'Em- 
pereur, l'étui  de  velours  contenant  les  lettres,  puis  se  retira  vers 
rOrient.  Sa  Majesté,  le  regard  tourné  vers  le  Ministre  de  France, 
fit  un  mou\ement  de  tète,  signifiant  qu'il  recevait  les  lettres.  A 
ce  moment,  M.  Gérard  se  retira  à  reculons  jusqu'à  l'intervalle 
existant  entre  les  deux  colonnes.  Le  Prince  Roung,  parvenu  au 
côté  Est  du  Trône,  s'agenouilla,  et,  les  yeux  baissés,  écouta  la 
réponse  que  l'Empereur  lui  lit  en  langue  mandchoue.  Il  se  releva, 
puis  descendit  par  les  degrés  orientaux,  et,  s'arrôtant  près  de 
M.  Gérard,  dit,  en  langue  chinoise,  que  Sa  Majesté  s'enquérait 
de  la  santé  du  Président  de  la  République,  qu'EUe  avait  reçu  les 
lettres  de  créance  et  les  lettres  de  félicitation,  —  qu'EUe  était 
heureuse  de  la  venue  de  M.  Gérard  en  Chine  et  qu'EUe  ne  dou- 


aoG 


L  AUDIENCE    IMPERIALE 


lait  pas  que  son  séjour  n'eût  pour  effet  de  consolider  les  relalions 
amicales  entre  les  deux  pays. 

Lorsque  ces  paroles  eurent  été  traduites  en  français  par  le  pre- 
mier interprète  qui  se  trouvait  à  la  droite  de  M.  Gérard,  TEm- 
pereur  fil  un  nouvel  a«*quiescement  de  la  tôle,  mettant  fin  à  Tau- 
dience  ;    M.  Gérard  s'inclina,   recula  de  quelques  pas,   s'inclina 

PLAN  DE  LA  SALLE  DU  TRONE  WEN  HOUA  TIEN 


ColonMi 


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II 


1 


•■•^••"^       Marche  de»  rcprcAcntants  étrangers. 

••••*••-•••••       Marche  de»  princes  chinois. 

^^     2^1^       lucliiiaisoiiv  de  corpn  du  Représentant  étranger. 


encore  et  se  relira  à  reculons  jusqu'à  la  porte  orientale  de  la  salle 
du  Trône,  où  il  fit  ainsi  que  les  personnes  qui  l'acconipaj^^naient, 
un  dernier  salut.  Le  retour  se  fit  par  la  voie  Est  dans  la  cour  et 
l'ouverture  Est  de  la  porte  Toung-lioua-men. 

Des  secrétaires  chinois  reconduisirent  le  Ministre  et  le  person- 
nel de  la  Légation  jus(ju'aux  lentes  en  toile  bleue,  puis  aux  salles 
d'atlcfitc  de  la  cour  intérieure,  où  le  thé  fut  servi. 


DISCOURS    DE    M.    GÉRARD  2O7 

Lorsque  tous  les  Ministres  et  le  personnel  des  Légations  se 
trouvèrent  de  nouveau  réunis,  les  Princes  et  les  Minisires  chi- 
nois s'entretinrent  avec  eux  quelques  instants,  puis  on  prit  congé 
cl  chacun  regagna  sa  chaise  en  compagnie  des  secrétaires  du 
Yamen.  Il  était  midi  et  demi. 

Le  i"  Interprète  de  la  Légation 

(Sig.)  A.  VissiÈRE. 


DISCOURS    DE    M.    GERARD 

Voici  le  discours  adressé  à  l'Empereur  par  notre  ministre  : 

Sire, 

J'ai  l'honneur  de  remettre  entre  les  mains  de  Votre  Majesté 
les  Lettres  m'accréditant  auprès  d'Elle  en  qualité  d'Envoyé  Extra- 
ordinaire et  de  Ministre  Plénipotentiaire  de  la  République  fran- 
çaise. 

J'y  joins  les  Lettres  par  lesquelles  le  Président  de  la  République 
exprime  à  Votre  Majesté  ses  sincères  félicitations  pour  le  soixan- 
tième anniversaire  de  la  naissance  de  Sa  Majesté  l'impératrice- 
Douairière. 

Le  Gouvernement  de  la  République,  en  me  confiant  la  haute 
mission  de  le  représenter  auprès  de  Votre  Majesté,  m'a  recom- 
mandé, comme  ma  principale  tâche,  avec  l'exécution  loyale  des 
traités,  le  maintien  et  le  développement  des  relations  de  bon  voi- 
sinage et  d'amitié  qui  régnent  si  heureusement  entre  nos  deux 
pays. 

Le  Président  de  la  République  m'a  en  outre  chargé  de  témoi- 
gner à  Votre  Majesté,  avec  la  part  qu'il  prend  à  tout  ce  qui 
touche  Votre  Impériale  Maison,  les  vœux  qu'il  forme  pour  le 
bonheur  de  Votre  Majesté,  la  prospérité  de  l'Empire  et  la  paix 
de  son  peuple. 

Les  diplomates  remarquèrent  que  l'empereur,  âgé  alors  de 
vingt-deux  ans,  avait  Papparcncc  d'un  enfant.  Chétif,  d'une 
extrême  pAleur,  presque  exsangue,  il  avait  une  charmante 
expression  de  visage  et  un  regard  de  velours  dans  des  yeux 
noirs  et  profonds.  11  .paraissait  prendre  le  plus  vif  intérêt  à 


aoG 


L  AUDIENCE    IMPÉRIALE 


lait  pas  que  son  séjour  n'eût  pour  erfet  de  consolider  les  relations 
amicales  entre  les  deux  pays. 

Lorsque  ces  paroles  curent  été  traduites  en  français  par  le  pre- 
mier inlerprète  qui  se  trouvait  à  la  droile  de  M.  Gérard,  TEm- 
pereur  fit  un  nouvel  ai^quiescement  de  la  tête,  mettant  fin  à  Tau- 
dience  ;    M.  Gérard  s'inclina,   recula  de  quelques  pas,   s'inclina 

PLAN  DE  LA  SALLE  DU  TRONE  WEN  HOUA  TIEN 


CokaiMi 


'îk 


^Coknne 


v^. , 


I 

'il 


1 


•■•^••"^       Marche  de»  représentanlH  ctrangcri. 
.•••«......M       Marchn  de»  prince»  chinois. 

^^     ^Êéf^       Inclinaisons  de  corps  du  Représentant  étranger. 


encore  et  se  retira  à  reculons  jusqu'à  la  porte  orientale  de  la  salle 
du  Trône,  où  il  fit  ainsi  que  les  personnes  qui  l'accompagnaient, 
un  dernier  salut.  Le  retour  se  fit  par  la  voie  Est  dans  la  cour  et 
l'ouverture  Est  de  la  porte  Toung-houa-men. 

Des  secrétaires  chinois  reconduisirent  le  Ministre  et  le  person- 
nel de  la  Légation  jusqu'aux  tentes  en  toile  bleue,  puis  aux  salles 
d'attente  de  la  cour  intérieure,  où  le  thé  fut  servi. 


DISCOURS    DE    M.    GÉRARD  20* 

Lorsque  Ions  les  Minisircs  et  le  personnel  des  Légations  se 
trouvèrent  de  nouveau  réunis,  les  IVinces  et  les  Ministres  chi- 
nois s'entretinrent  avec  eux  quelques  instants,  puis  on  prit  congé 
et  chacun  regagna  sa  cliaisc  en  coni|)agnie  des  secrétaires  du 
Yamen.  11  était  midi  et  demi. 

Le  i**"  Interprète  de  la  Légation 

(Sig.)  A.  VissiÈRE. 


DISCOURS    DE    M.    GERARD 

Voici  le  discours  adressé  à  rEmpereur  jwr  notre  ministre  : 

Sire, 

J'ai  l'honneur  de  remettre  entre  les  mains  de  Votre  Majesté 
les  Lettres  m'accréditanl  auprès  d'EJle  en  qualité  d'Envoyé  Extra- 
ordinaire et  de  Ministre  IMénipotenliaire  de  la  République  fran- 
çaise. 

J'y  joins  les  Lettres  par  les(|uelles  le  Président  de  la  République 
exprime  à  Votre  Majesté  sens  sincères  félicitations  pour  le  soixan- 
tième anniversaire  de  la  naissance  de  Sa  Majesté  l'impéralrice- 
Douairière. 

Le  Gouvernement  de  la  République,  en  me  confiant  la  haute 
mission  de  le  représenter  auprès  de  Votre  Majesté,  m'a  recom- 
mandé, comme  ma  principale  tAche,  avec  l'exécution  loyale  des 
traités,  le  maintien  et  le  développement  des  relations  de  bon  voi- 
sinage et  d'amitié  qui  régnent  si  heureusement  entre  nos  deux 
pays. 

Le  Président  de  la  République  m'a  en  outre  chargé  de  témoi- 
gner à  Voire  Majesté,  avec  la  |)art  qu'il  prend  à  tout  ce  qui 
louche  Votre  ImpTiale  Maison,  les  vœux  qu'il  forme  pour  le 
bonheur  de  Votre  Majesté,  la  prospérité  de  l'Empire  et  la  paix 
de  son  peuple. 

Les  diplomates  remarquèrent  que  rempcreiir,  âgé  alors  de 
vingt-deux  ans,  avait  r^ipparcnce  d'un  enfant.  Chétif,  d'une 
extrême  pâleur,  presque  exsangue,  il  avait  une  charmante 
expression  de  visage  et  un  regard  de  velours  dans  des  yeux 
noirs  et  profonds.  Il  .paraissait  prendre  le  plus  vif  intérc^t  à 


2o8  L*AUDIENCE    iMPÉniALE 

la  cérémonie  de  raudicnce.  Ce  portrait  est  à  rapprocher  de 
celui  fait  en  1891  par  le  correspondant  du  TempsK 

COPIE  RESPECTUEUSE  DE  LA  RÉPONSE  FAITE  PAR  SA  MAJESTÉ 
l'empereur  pendant  l'aUDÎENCE  du  i5  (=  12  NOVEMBRE 
1894).     TRADUCTION. 

Le  Président  de  la  République  de  Voire  honorable  Pays  vous 
a  charge  spécialenienl,  Monsieur  l'Envoyé,  de  venir  résider  en 
Chine  et  de  Nous  y  remettre  vos  Lettres  de  créance.  Il  Nous  a 
adressé,  en  outre,  une  Lettre  de  félicitation  à  l'occasion  du  Go' 
anniversaire  de  Sa  Majesté  l'Impératricc-Douairiére.  (]e  sont  là 
des  témoignages  du  désir  qu'a  le  Président  de  la  Répnblique  de 
Votre  honorable  Pays  d'entretenir  avec  nous  des  rapports  de  con- 
corde et  de  bonne  amitié.  Notre  souhait.  Monsieur  l'Knvoyé,  est 
que  Vous 'traitiez  dans  un  esprit  de  conciliation  toutes  les  affaires 
qui  se  présenteront,  que  les  relations  d'Etat  outre  nos  deux  Pays 
s'a  (Ter  missent  à  jamais,  et  qu'ils  jouissent  ensemble  de  la  paix. 
Telle  est  la  ferme  espérance  de  Notre  cœur. 

RÉSULTATS 

L'audience  du  ip.  novembre  189/1  marque  une  date  impor- 
tante dans  rhistoire  des  relations  de  l'Occident  avec  la  Chine. 
Pour  la  première  fois  a  été  franchie  par  les  représentants  des 
puissances  étrangères  la  porte  de  la  ville  interdite,  c'est-à-dire  du 
temple  où  réside  l'idole  impériale.  Les  audiences  précédentes, 
soit  en  1878,  soit  en  1891,  s'étaient  arrêtées  sur  le  seuil.  La 
ténacité  des  ministres  de  France,  de  Russie  et  d'Espagne,  la 
visite  de  MM.  Gérard  et  Cassini  au  Tsoung-li  Yamen,  ainsi 
que  les  circonstances  dans  lesquelles  se  trouvait  la  Chine, 
préparèrent  ce  grand  succès  diplomatique  retardé  jadis  i)ar 
l'influence  fAcheusc  de  M.  de  Brandt  et  les  impatiences  de 
M.  N.  O'Conor. 

I.  Voir  p.  5/|. 


AUDIENCE,     l4    FÉVRIER    iSqB  SOQ 

Il  fut  reconnu,  avec  plus  ou  moins  de  bonne  grâce,  que 
ce  résultat  était  dû  à  Tattitudedes  gouvernements  et  légations 
de  France  et  de  Russie,  qui,  en  maintenant  patiemment  le 
principe  de  Tégalité  et  de  la  réciprocité  entre  les  cours,  ont 
ménagé  et  préparé  rétablissement,  entre  la  cour  de  Pé-King 
et  le  corps  dipIomatique,'de  rapports  conformes  à  la  dignité 
des  gouvernements  étrangers. 

AUDIENCE,    l4    FÉVRIER    iSgG. 

La  question  de  Taudience  impériale  à  l'intérieur  même  de 
la  «  Ville  interdite  »  reçut  le  12  novembre  1894  la  solution 
désirable  et  nécessaire  ;  il  restait,  pour  consacrer  le  résultat 
acquis,  à  introduire  de  plus  en  plus  dans  les  rites  de  la  cour 
de  Pé-King  l'étiquette  des  autres  cours.  Il  importait  tout 
d'abord,  que  la  réception  du  Corps  Diplomatique  par  l'Empe- 
reur, à  l'occasion  de  la  nouvelle  année,  devînt  un  usage,  une 
tradition  régulière. 

Tous  les  ministres  accrédités  à  Pé-King  reconnurent  la 
convenance  de  ne  pas  laisser  s'ouvrir  l'année  chinoise  sans 
fixer  pour  l'avenir  cet  article  du  cérémonial.  Les  dispositions 
du  Tsoung-li  Yamen  étaient,  d'ailleurs,  favorables  et  pro- 
pices, ainsi  que  les  ministres  étrangers  avaient  pu  s'en  assurer 
lors  de  la  visite  que  leur  rendirent,  le  9  janvier  1896,  à 
l'occasion  de  la  nouvelle  année  européenne,  les  princes,  les 
membres  du  conseil  des  affaires  étrangères  et  le&  hauts  fonc- 
tionnaires des  différents  ministères  de  Pé-King. 

Le  début  de  Tannée  chinoise  coïncidant  avec  le  26  jan- 
vier des  Occidentaux,  le  colonel  Denby,  doyen  du  corps 
diplomatique,  adressa,  le  11  janvier,  aux  princes  et  aux 
ministres,  une  dépêche  officielle  pour  leur  exprimer  le  désir 
du  Corps  Diplomatique  de  présenter  à  TEmpereur,  pendant 
la  première  lune,  ses  félicitations  de  nouvel  an.  Le  Tsoung-li 
Yamen  soumit  à  ce  sujet,  le  21  janvier,  un  rapport  au  Trône 
GoRDiKR.  m.  —  i4 


SIO  L* AUDIENCE    IMPÉRIALE 

pour  prendre  les  commandements  de  l'empereur  ;  le  même 
jour,  ainsi  que  le  Tsoung-li  Yamen  prit  le  soin  d'en  avertir 
chacun  des  ministres  étrangers,  par  une  dépêche  circulaire 
en  date  du  26  janvier,  le  rapport  reçut  de  l'empereur  l'apos- 
tille suivante  en  vermillon  : 

a  Nous  ordonnons  que  raudicncc  ait  lieu  le  20  de  la  première 
lune  (i 4  février)  dans  la  salle  Wen-houa-tien.  » 
Respect  à  ceci. 

Le  corps  diplomatique  fut  donc  reçu  par  l'empereur  le 
i4  février  1896  dans  la  salle  du  trône  Wen-houa-tien,  pour 
présenter  au  souverain  de  la  Chine  les  félicitations  du  nouvel 
an.  Celte  fois  encore,  les  représentants  étrangers  durent,  avant 
de  franchir  de  nouveau  l'enceinte  de  la  ville  interdite,  vain- 
cre une  dernière  difficulté  de  cérémonial.  Le  Tsoung-li  Ya- 
men, ou  plutôt  le  prince  Koung,  dans  la  visite  de  courtoisie 
que  les  représentants  des  Puissances  lui  firent  en  corps  le 
6  février  pour  les  fêtes  de  la  première  lune,  les  avait  en  effet 
avisés  que,  lors  de  Taudience  du  i4,  ils  entreraient  dans  la 
salle  du  trône  non  pas,  comme  le  12  novembre  1894,  par  la 
porte  du  milieu,  réservée  à  la  personne  impériale,  mais  par 
la  porte  latérale  de  TEst.  Le  motif  de  cette  différence  était 
que,  le  12  novembre,  les  ministres  étrangers  étaient  porteurs 
de  Lettres  d'Etat  autographes,  tandis  que  dans  l'audience  du 
i4  février  ils  n'avaient  à  présenter  au  trône  que  des  félicita- 
tions verbales.  Les  Lettres  autographes,  disait  le  prince,  étant 
l'émanation  directe  des  souverains  et  chefs  d'État,  ouvraient 
la  porte  môme  de  l'empereur  aux  représentants  traités  dans 
cette  circonstance  solennelle  comme  les  personnes  souve- 
raines dont  ils  transmettaient  le  message.  Le  prince  ajoutait 
que  dans  les  autres  réceptions  les  diplomates  n'avaient  accès 
auprès  du  Trône  que  par  la  porte  latérale  de  TEst,  rituellement 
destinée  aux  ministres  étrangers  et  aux  princes  de  la  famille 
impériale. 


AUDIENCE,     l4    FÉVRIER    l8g5  311 

Les  minisires  étrangers  ne  crurent  pas  devoir  accepter  cette 
distinction.  Au  cours  d'une  réunion  du  corps  diplomatique 
tenue  le  8  février  sous  la  présidence  du  doyen,  il  fut  unani- 
mement reconnu  que  dans  toutes  les  réceptions,  porteurs  ou 
non  de  Lettres  autographes,  les  ministres  étrangers  devaient 
être  traités  comme  les  représentants  de  personnes  souveraines 
et  être  introduits  dans  la  salle  du  Trône  par  la  porte  impé- 
riale. Les  ministres  de  France  et  d'Allemagne  furent  en  outre 
expressément  délégués  auprès  du  Tsoung-li  Yamen  pour  lui 
donner  connaissance  de  cette  décision.  Le  9  février,  ceux-ci 
se  rendirent  au  Tsoung-li  Yamen  où  les  attendaient  le  prince 
K'ing  et  plusieurs  ministres  chinois.  La  discussion  ne  fut  ni 
longue,  ni  difficile.  Le  prince  K'ing  était  d'avance  résolu  à 
donner  satisfaction  à  la  demande.  Il  se  contenta,  pour  la  forme, 
de  rapj>eler  les  protocoles  de  1 89 1  dans  lesquels  le  corps  di- 
plomatique avait  accepté  l'entrée  par  la  porte  latérale.  Le 
ministre  de  France  se  borna  de  son  côté  à  répondre  que  les 
règlements  adoptés  à  une  époque  où  les  audiences  avaient  lieu 
hors  de  la  ville  interdite  ne  pouvaient  être  considérés  comme 
applicables  aux  récc|)tions  dans  Fintérieur  même  du  palais  ; 
le  baron  Schenck,  de  son  côté,  démontra  comment  ces  règle- 
ments préparés  par  son  prédécesseur,  M.  de  Brandt,  avaient 
cessé  d'être  en  vigueur.  Le  prince  K'ing  se  rendit  aisément 
aux  raisons  des  deux  diplomates  ;  il  exprima  seulement  en 
conclusion  le  désir  que  le  corps  diplomatique  voulut  bien, 
par  une  dépêche  officielle  adressée  au  Tsoung-li  Yamen,  dé- 
clarer que  les  félicitations  portées  à  Tempereur  pour  la  nou- 
velle année  l'étaient  au  nom  des  souverains  et  chefs  d'État. 

Le  corps  diplomatique  n'éprouva  aucune  difficulté  à  dé- 
férer à  ce  désir.  La  lettre  du  doyen,  dont  la  rédaction  fut 
confiée  au  ministre  de  France,  eut  surtout  pour  but  de 
marquer  que  le  même  cérémonial  fixé  déjà  pour  l'audience 
du  12  novembre  précédent  devait  être  adopté  pour  toutes 
les  réceptions  des  représentants  étrangers,  soit  lorsqu'ils  re- 


>.nr  zr^^irt  jti^  :•  :  m  iTTiirrtâaneia^  if  Fanyeiwir:  le  même 
•  tu:  •iji:?i  ™  i:  ri»:iixLr— i  lliiUrîîi  prît  le  soin  d'en  avertir 
l'-iinTLi  iiir-  -nfT  ■■■<:■"*>  tcruiçto-  j^tr  oœ  dépiîcbe  circulaire 
tcL  i^Lïtt  UL  i :    iLiTj^.  ji  nvçt-cî  m.:u(  de  rempeieur lapos- 

I   V  lis.  :r3:c-ii.iis>  rie  ZifDEtrax  ih  &a  le  lo  de  la  première 


Lrf    r.cTS  iirù;czii:J73*   f::t   >i:oc  reçn  par  rempereur  le 
:  i  ïÎH— .fir  :  S;;^.  ii:i^  ^  silji»  ii  tr'œ  Wen-houa-tien,  pour 
-.c:'5*iîi**cr  11  s  •^•■friiz  i»  Ik  •Ihioe  le*  félicitations  du  nouvel 
Lz   •  V-T^f  5:cf  f  C'.rrî- 1-^  r?fo?s?aîAnt>  étrangers  durent,  avant 
i;  iri-jrc_ir  i;  ZF.'c^-ftiu  l'eo-'wnîe  de  la  ville  interdite,  vain- 
:-^:  i.Z'i  ini'f'^-   :"^-Tihé  de  okènK*nial.  Le  Tsoung-lî  Ya- 
'^kz.  :•-  riu:'*:  Ir  prlro*  k-i-onr,  dan>  U  visite  de  courtoisie 
:--«T  l->  rfi  rrxcu:::*  A*  Puissances  lui  firent  en  corps  le 
r   l'.^r.iz  :•  -ur  l-f  :^:c>  Je  la  première  lune,  les  avait  en  effet 
.«'k.>:'s  r:»^.  i-s^  i-e  i'iudience  du  14,  ib  entreraient  dans  la 
>d  !;  i.:  ::'rr:  r.-. :i  {vis.  o>mine  le  12  novembre  1894,  par  la 
;•  ::-:  ,:.:  :i::l.-rii.  ivser*êe  d  h  personne  impériale,  mais  par 
L«.  ly  r:-:  ^itaI-:  de  l'Est.  Le  motif  de  cette  différence  était 
•  :- .  '.•:  I  j  r.:^'::r.bre,  les  ministres  étranger?  étaient  porteurs 
,:^-  LrTiiris  .î* Km:  Auî -graphes,  tandis  que  dans  Taudiencedu 
i  i  !-:^r;':r  iis  r/a^ aient  à  présenter  au  trône  que  des  félicita- 
:.,  :i>  ^trl\àlo>.  Les  Lettres  auti^graphes,  disait  le  prince,  étant 
■ -::::,î::.i:i;:i  dîrtvte  des  souverains  et  chefs  d*Etat,  ouvraient 
ia  jvrte  nitino  Je  l'empereur  aux  représentants  traités  dans 
v"oî:o  v'ircoiistanoe  solennelle   comme  les  personnes  souve- 
raiiu  s  dont  ils  transmettaient  le  message.  Le  prince  ajoutait 
i|uo  dans  les  autres  révx^plions  les  diplomates  n^avaicnt  accès 
aupK's  du  TrO>ne  que  p;ir  la  |x>rle  latérale  de  l'Est,  rituellement 
dostinôo  aux  ministres  étrangers  et  aux  princes  de  la  famille 
iui^vrialo. 


AUDIENCE,  i4  FÉVRIER  i8g5  ait 

Les  ministres  étrangers  ne  crurent  pas  devoir  accepter  cette 
distinction.  Au  cours  d'une  réunion  du  corps  diplomatique 
tenue  le  8  février  sous  la  présidence  du  doyen,  il  fut  unani- 
mement reconnu  que  dans  toutes  les  réceptions,  porteurs  ou 
non  de  Lettres  autographes,  les  ministres  étrangers  devaient 
être  traités  comme  les  représentants  de  personnes  souveraines 
et  être  introduits  dans  la  salle  du  Trône  par  la  porte  impé- 
riale. Les  ministres  de  France  et  d'Allemagne  furent  en  outre 
expressément  délégués  auprès  du  Tsoung-li  Yamen  pour  lui 
donner  connaissance  de  cette  décision.  Le  9  février,  ceux-ci 
se  rendirent  au  Tsoung-li  Yamen  où  les  attendaient  le  prince 
K*ing  et  plusieurs  ministres  chinois.  La  discussion  ne  fut  ni 
longue,  ni  difficile.  Le  prince  K'ing  était  d'avance  résolu  à 
donner  satisfaction  à  la  demande.  Il  se  contenta,  pour  la  forme, 
de  rapjxîler  les  protocoles  de  1 89 1  dans  lesquels  le  corps  di- 
plomatique avait  accepté  l'entrée  par  la  porte  latérale.  Le 
ministre  de  France  se  borna  de  son  côté  à  répondre  que  les 
règlements  adoptés  à  une  époque  où  les  audiences  avaient  lieu 
hors  de  la  ville  interdite  ne  pouvaient  être  considérés  comme 
applicables  aux  réceptions  dans  Tintérieur  même  du  palais  ; 
le  baron  Schenck,  de  son  coté,  démontra  comment  ces  règle- 
ments préparés  par  son  prédécesseur,  M.  de  Brandt,  avaient 
cessé  d'être  en  vigueur.  Le  prince  K'ing  se  rendit  aisément 
aux  raisons  des  deux  diplomates  ;  il  exprima  seulement  en 
conclusion  le  désir  que  le  a>rps  diplomatique  voulut  bien, 
par  une  dépêche  oQicielle  adressée  au  Tsoung-li  Yamen.  dé- 
clarer que  les  féhcitations  portées  à  l'empereur  pour  la  nou- 
velle  année  l'étaient  au  nom  des  souverains  et  chefs  d'Etat. 

Le  corps  diplomatique  n'éprouva  aucune  difficulté  à  dé- 
férer à  ce  désir.  La  lettre  du  doyen,  dont  la  rédaction  fut 
confiée  au  ministre  de  France,  eut  surtout  pour  but  de 
marquer  que  le  même  cérémonial  fixé  déjà  pour  l'audience 
du  12  novembre  précédent  devait  être  adopté  pour  toutes 
les  réceptions  des  représentants  étrangers,  soit  lorsquHls  re- 


213  l'aUDIE?(CE    impériale 

mettent  leurs  lettres  de  créance,  soit  lorsqu'ils  présentent 
au  trône  des  lettres  autographes  des  souverains  ou  chefs 
d'État,  soit  lorsqu'ils  portent  eux-mêmes  à  Tempereur  les 
félicitations,  les  vœux  ou  quelque  autre  communication  que 
ce  soit,  de  leurs  gouvernements.  Ainsi  fut  déterminée  d'une 
façon  uniforme  et  durable,  en  harmonie  avec  les  usages  in- 
ternationaux et  sauf  amendements  ultérieurs,  l'étiquette  des- 
tinée à  régler  les  rapports  entre  le  corps  diplomatique  et  la 
cour  de  Pé-King. 

L'audience  eut  lieu  le  i4  février,  à  onze  heures  du  matin, 
selon  le  cérémonial  usité  le  12  novembre.  Tous  les  minis- 
tres étrangers  y  assistaient  avec  le  personnel  complet  de 
leurs  légations.  Un  discours  en  français  fut  prononcé  par  le 
doyen  du  corps  diplomatique,  le  colonel  Denby,  ministre 
des  États-Unis.  L'empereur  y  répondit  par  quelques  phrases 
en  langue  mandchoue,  dont  le  prince  koung  donna  la  tra- 
duction en  chinois. 

AUDIENCE,    3    MABS    1896. 

Le  Corps  diplomatique,  selon  le  cérémonial  adopté,  sous 
les  auspices  des  légations  de  France  et  de  Russie,  au  mois  de 
novembre  189^,  puis  au  mois  de  février  iSgG,  fut  le  3  mars 
1896,  reçu  par  l'emi^îreur  dans  la  salle  du  trône  Wen  houa- 
tien,  à  l'occasion  de  la  nouvelle  année.  L'audience  impé- 
riale, h  laquelle  avaient  assisté  tous  les  chefs  de  mission 
avec  le  personnel  des  différentes  légations,  garda  le  caractère 
qu'avait  déjà  revêtu  l'audience  du  i4  février  1896.  Le  sur^ 
lendemain,  5  mars,  les  princes  et  ministres  du  Tsoung-li 
Yamen,  par  ordre  impérial,  invitèrent  le  corps  diplomatique 
à  un  banquet  pendant  lequel,  selon  la  mode  européenne, 
furent  portées  par  le  doyen  du  corps  diplomatique  et  le  prince 
K^ing  les  santés  de  l'Empereur  de  Chine,  ainsi  que  des  Sou- 
verains et  chefs  d'Étal  représentés  à  Pé-King. 


CHAPITRE  XI 


LA  GUERRE  SINO-JAPONAISE 


Quelles  que  soient  les  causes  immédiates  de  la  guerre  qui 
a  éclaté  en  1894  entre  la  Chine  et  le  Japon,  elles  ne  sont 
qu'accidentelles;  d'autres  faits  auraient  pu  tout  aussi  bien 
rendre  inévitable  le  conflit  entre  les  deux  pays.  La  Chine, 
suivant  sa  tradition  séculaire,  confiante  dans  une  force  qui, 
si  elle  avait  été  entamée  par  les  Occidentaux,  n'avait  pas  en- 
core vu  son  prestige  diminuer  aux  yeux  de  ses  voisins,  pleine 
de  condescendance,  même  de  mépris  pour  ces  Wo-jen  (Ja- 
ponais) qui  pour  elle  n'étaient  que  des  bandits  venus,  dans 
les  siècles  passés,  rançonner  ses  côtes  en  pirates,  conservait 
toutes  ses  illusions  et,  malgré  les  traités,  continuait  à  exer- 
cer une  suzeraineté  qui,  pour  être  parfois  occulte,  n'était 
pas  moins  réelle  sur  la  Corée,  quoique  celle-ci  fût  libre*. 

Le  Japon,  fier  de  sa  révolution,  de  la  transformation  qui 
lui  a  fait  croire  qu'il  égalait  les  nations  occidentales,  plein 
de  cette  fougue  qui  a  fait  parfois  sa  gloire  et  l'a  empêché,  en 
même  temps  que  sa  versatilité,  d'établir  une  civilisation  per- 
sonnelle et  durable  à  l'exemple  de  son  antique  rivale,  dési- 
rait mesurer  ses  forces  avec  celles  du  colosse  chinois  dont  il 
apercevait  les  pieds  d'argile,  et  tout  en  voulant  faire  croire 
que  la  vieille  âme  japonaise,  Yamato  Daishi,  avait  fait  place 
à  des  sentiments  utilitaires,  ce  qu'il  désirait  avant  tout,  c'é- 

I.  Voir  la  lettre  de  Li  lloung-tchang,  infia. 


.  -  Ji .  ^  -••  -  "viu  i=-  jwrtar  ^p-tij'ith*^  t  TtanptrtaT  les 
tfj.r'Ot:.  c=-  z^  *c^zz.  ■"«.  tmstaiÈi  aorr;  r^'flZïimEîkatictD  que 
■*  -.  -*.  -S  T-i:^  ^  i'rint-iifcîmc-  ^jnsL  iic  ifserimaêe  d'une 
1»     r    UTu  TTîr  -*    nirtiiM-.  -a  lèirxujixii*  f^s:  i**  Tis&^es  in- 

•-:.•:*-   .   '--iT:;'"  r-^  Tun^iri-  ^nr^  .t?  rjcTi?  âçi»:ciit>qTie  et  la 

.    KiJi^y.-^    •:-.     ir*l    r    .^   ê'TKr    1  .TEK  MC*<  lu  mâtin. 

^.,.   r     r     -*^;:-.  ^;ii    i>iif  t     :  a.«v*niijrf .  T:«2>  k<  niini^- 

: —    •rvi.^'^       -'î-sî*iit:»ii    v'^:    #f   7«>vaxwr   rv:«jf4et  de 

:  ..^  ■:fer-^:-':>    -  2  *iî^\ur^  :a  na^na^  ia  jr:o-:oof  pir  le 

.■...•:    *r.     ' '.TT!-  «uih  •u^HiUTif .    t:   r;»  aifv  Ite.tT.  ministre 

.r-^  :  ^^>  -,  :>   -  -•iii!*-"-ir  ;  -*îs*.iiiâi:  pur  jMtpe^phriM^ 

:-.^tr.A''j*.  ut     a  m    e  jrni.^  k.ixsïf  d:<mi  U  tra- 


4.-- 


.  1  .      »;' 


•  >  .:,:v  in^mnif    ^'-cu   e  .-^jrîaDJffiiI  *i:f4ê.  sous 
--.  .•>-  -ixt»:-  »i>  :»:  yr^fl»-^  i^  ^  R:»*«,  àu  mois  de 
'K,...    :vu>  iu  11».  li-  iK  -t*'^vî^  iN»5.  fut  ie  3  mars 
X,..  -.  •;    ■*.-      .i,,;^iri-*ir  aïOîs  il  siik  iï  :r:oi»  \^en-boua- 
•,--.>**  A    A.    a    icu-^-iIk  loaw    L'iuiieooe  impê- 
,    t  i,     :  ,:.f.ii    i>!>i>u.-    i-ll^^  i^^  v-ftefe  de  mission 
.  ->.  ,uiK*  ^t.>  iiiltrrîiitr^  jeîTio.as.  ;vdi  le  caractère 
-.  î.îi     j-iut-ac?  iu  :i  »f*r«r  iN>5.  Le  sur^ 
iu:«^    •>  jrjiOTS  fs  2:i3fi54nf<  du  Tsounjr-ii 
,-.!-    ifi»-**«.-iii-  jf>v*.'r^tt:  if  cc*p^  dif4omatique 
'.  .,,  .-    :*  ïUiuf'    tyj-iii    î^fvot  kft  SKdf  euiv^nne, 
.  -^  ,c.    t.  *-  '^'1  .'^i  vrw  ifi:Qfci6îqttf  elle  prince 
^  ;».      :  f  :--vî-:u.-  ie  t  iujse*  jiasi  que  des  Sou- 


V     ^     ^ 


•ÎV.N 


CHAPITRE  XI 


LA  GUERRE  SINO-JAPONAISE 


Quelles  que  soient  les  causes  immédiates  de  la  guerre  qui 
a  éclaté  en  189/1  entre  la  Chine  et  le  Japon,  elles  ne  sont 
qu'accidentelles;  d'autres  faits  auraient  pu  tout  aussi  bien 
rendre  inévitable  le  conflit  entre  les  deux  pays.  La  Chine, 
suivant  sa  tradition  séculaire,  confiante  dans  une  force  qui, 
si  elle  avait  été  ent*amée  par  les  Occidentaux,  n'avait  pas  en- 
core vu  son  prestige  diminuer  aux  yeux  de  ses  voisins,  pleine 
de  condescendance,  même  de  mépris  pour  ces  Wo-jen  (Ja- 
ponais) qui  pour  elle  n'étaient  que  des  bandits  venus,  dans 
les  siècles  passés,  rançonner  ses  côtes  en  pirates,  conservait 
toutes  ses  illusions  et,  malgré  les  traités,  continuait  à  exer- 
cer une  suzeraineté  qui,  pour  être  parfois  occulte,  n'était 
pas  moins  réelle  sur  la  Corée,  quoique  celle-ci  fût  libre*. 

Le  Japon,  fier  de  sa  révolution,  de  la  transformation  qui 
lui  a  fait  croire  qu'il  égalait  les  nations  occidentales,  plein 
de  cette  fougue  qui  a  fait  parfois  sa  gloire  et  l'a  empêché,  en 
même  temps  que  sa  versatilité,  d'établir  une  civilisation  per- 
sonnelle et  durable  à  l'exemple  de  son  antique  rivale,  dési- 
rait mesurer  ses  forces  avec  celles  du  colosse  chinois  dont  il 
apercevait  les  pieds  d'argile,  et  tout  en  voulant  faire  croire 
que  la  vieille  Ame  j«iponaise,  Yamatn  Daishi,  avait  fait  place 
à  des  sentiments  utilitaires,  ce  qu'il  désirait  avant  tout,  c'é- 

I.  Voir  la  lettre  de  Li  lloung-tchang,  infia. 


ai4  LA    GUERRE    SITiO-JAPONAISE 

tait  une  guerre  héroïque  et  brillante.  La  Corée,  sa  voisine,  par 
l'intermédiaire  de  laquelle  il  avait  reçu  le  souille  éducateur 
de  la  Chine,  était  un  champ  indiqué  pour  Tcxpansion  de  sa 
population  entreprenante;  il  y  rencontrait  la  Chine  qui, 
malgré  ses  fautes,  représente  une  des  plus  grandes  et  des 
plus  anciennes  civilisations  de  l'humanité.  Le  Japon  allait  se 
mesurer  avec  elle  et  pouvoir  renouveler  les  exploits  de  Hi- 
deyoshi  à  la  fin  du  xvi"  siècle. 

J'ai  déjà  fait  '  allusion  à  la  lettre  qu'adressait  Li  Houng- 
tchang  (23  oct.  1879)  ^  ^^  ^*^"*^  fonctionnaire  coréen;  je 
crois  devoir  la  reproduire  en  entier  malgré  sa  longueur,  car 
mieux  que  tout  autre  document,  elle  montre  bien  les  senti- 
ments de  la  Chine  et  dévoile  les  idées  politiques  du  grand 
vice-roi  du  Tché-li  : 

LETTRE  DE  Ll  HOUNG-TCHAKG,  23  OCTOBRE  1879 

23  Octobre  1879. 

A  mon  vénérable  frère  Sou  chan,  gardien  du  trône  de  première 
classe. 

A  la  fin  de  la  première  lune  (du  1 1  au  3o  février  1879)  je  vous 
avais  déjà  écrit  quelques  lignes  pour  m'iiifornier  de  vos  nouvelles, 
lorsque  dans  le  courant  de  la  a*  lune  (du  i^*"  février  au 
22  mars  1879)  m*est  arrivée  votre  bien  obligeante  lettre  du  7  jan- 
vier dans  laquelle  vous  me  questionnez  au  sujet  des  relations 
internationales.  Tout  en  examinant  avec  une  grande  largeur  de 
vues  les  avantages  et  les  inconvénients  qui,  selon  vous,  peuvent 
en  résulter,  j'ai  infiniment  apprécié  les  opinions  que  vous  m'ex- 
primez et  je  continue  de  faire  des  vœux  pour  que  votre  santé 
vous  permette  de  diriger  longtemps  encore,  comme  ministre, 
(les  affaires  de  votre  gouvernement). 

Je  vous  félicite  d'avoir  aussi  bien  réussi  dans  l'administration 
intérieure  du  pays  que  dans  la  tâche,  qui  vous  incombait,  de  le 
défendre  contre  les  agressions  injurieuses  qui  lui  viennent  de 
l'extérieur. 

I.  II,  p.  583. 


LETTRE    DE    LI    HOUNG-TCHANG  2l5 

Vous  m'entretenez  des  relations  de  votre  Gouvernement  avec 
le  Japon  ;  les  Japonais  sont  orgueilleux  et  d'instinct  dominateur  ; 
démesurément  ambitieux  et  rusés,  ils  avancent  pas  à  pas  et  la 
nécessité  où  se  trouve  votre  gouvernement  de  les  satisfaire  selon 
que  les  circonstances  l'exigent  rend,  je  le  reconnais,  votre  tâche 
bien  ardue.  Lorsque  Tan  dernier  je  me  suis  trouvé  avec  l'envoyé 
de  Corée,  j'avais  déjà  lu  la  lettre  dans  laquelle  vous  me  répétiez 
à  différentes  reprises  que  les  Japonais  vous  priaient  de  vous  faire 
l'interprète  de  leur  désir  de  vivre  en  bonne  intelligence  avec  nous 
et  d'exprimer  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  d'être  inquiet,  car  ils  n'usaient 
d'aucun  artifice. 

Je  pense,  dans  mon  ignorance,  que,  depuis  l'antiquité,  les  rela- 
tions entre  voisins  ont  leur  raison  d'être  :  en  voulant  tirer  avan- 
tage l'une  de  l'autre,  deux  nations,  d'ennemies  qu'elles  étaient, 
trouvent  un  intérêt  commun  à  s'assister.  N'ayant  au  contraire 
aucun  avantage  à  tirer  l'une  de  l'autre,  elles  cesseraient  bientôt 
de  s'entendre  pour  devenir  ennemies.  Il  est  d'une  bonne  politi- 
que de  dissimuler  aux  Japonais  ce  qu'on  sait  de  leur  peu  de  sin- 
cérité ;  mieux  vaut  se  tenir  sur  ses  gardes,  éviter  tout  sujet  de 
querelle  et  maintenir  ainsi  de  bonnes  relations  mutuelles.  Telle 
est  la  raison  pour  laquelle,  dans  ma  lettre  précédente,  je  vous 
conseillais  de  ne  pas  laisser  poindre  votre  défiance  ;  cela  aurait 
pour  conséquence  de  leur  fournir  des  arguments  contre  vous. 

J'ai  eu  lieu  de  constater  récemment  *  combien  les  Japonais 
procèdent  par  biais  et  par  détours,  et  combien  aussi  ils  sont  im- 
pénétrables :  comme  il  importe  de  se  tenir  longtemps  à  l'avance 
sur  ses  gardes,  je  ne  puis  me  dispenser  de  vous  parler  confiden- 
tiellement de  certaines  choses. 

D'années  en  années  les  Japonais  ont  de  plus  en  plus  recours 
aux  sciences  occidentales  ;  ils  construisent  des  engins  de  toutes 
sortes. C'est,  disent-ils,  |)Our  leur  bien-être  et  devenir  puissants; 
il  en  résulte  que  leurs  finances  sont  épuisées  et  que  les  dettes 
contractées  par  leur  gouvernement  sont  telles  qu'il  doit  fatale- 
ment chercher  aux  quatre  points  cardinaux  des  combinaisons  lui 
permettant  de  rentrer  dans  ses  débours.  Les  pays  sur  lesquels  ils 
jettent  plus  volontiers  un  regard  de  convoitise  sont  :  au  nord, 
la  Corée  ;  au  sud,  l'ile  chinoise  de  Formose  ;  Liéou-Riéou  est  un 
royaume  existant  depuis  plusieurs  siècles,  contre  lequel  les  Ja|)o- 

I.  Allusion  aui  afTaircs  de  Liéou  Kicou. 


2l6  LA    GUERRE    SINO- JAPONAISE 

nais  n'avaient  aucun  grief  ;  néanmoins,  au  printemps  dernier, 
ils  ont  inopinément  envoyé  des  navires  de  guerre  pour  dépouiller 
et  supprimer  le  gouvernement  des  îles  et  en  dévorer  les  meilleurs 
territoires. 

On  ne  pourrait  assurer  qu'à  l'avenir  nos  deux  pays  seront  à 
l'abri  des  tentatives  eflFrontées  du  Ja[x>n  prêt  à  profiter  de  toutes 
les  occasions  qui  lui  paraîtraient  propices.  Les  forces  militaires  et 
les  ressources  financières  de  la  Chine  sont  dix  fois  supérieures  à 
celles  du  Japon  et  je  pense  donc  qu'il  n'y  a  pas  encore  pour  nous 
péril  en  la  demeure  ;  mais  si  j'étais  à  la  place  de  votre  gouver- 
nement je  m'inspirerais  des  circonstances  et  je  ferais,  dès  main- 
tenant et  en  secret,  des  préparatifs  militaires  ;  et  je  m'eflForcerab 
de  réunir  des  ressources  et  d'exercer  mes  troupes  afin  de  m'afler- 
mif.  D'ici  là,  restez  impassibles  pour  mieux  les  dominer  et  en 
toute  aflFairc  exécutez  scrupuleusement  les  traitée  afin  de  ne 
donner  aucune  prise  (contre  vous).  De  la  sorte  vous  serez  sûrs 
au  moins,  que  si  malgré  ces  mesures  de  prudence,  il  arrive  quel- 
que chose,  la  raison  sera  encore  de  votre  côté. 

Votre  royaume,  où  les  lettres  ont  toujours  été  en  honneur, 
n'est  ni  assez  riche,  ni  assez  fort.  Vous  devez  désormais  vous  hàt^r 
d'y  remédier  ;   ce  n'est  pas  en  un  jour  que  vous  y  parviendrez. 

J'apprends  que  deux  grands  vaisseaux,  le  Feung-chan  et  le 
Géia,  expédiés  du  Japon,  stationnent  depuis  longtemps  à'I'entrée 
de  Fou-chan  *  et  s'exercent  au  tir  de  leur  grosse  artillerie.  Je  ne 
sais  quel  est  leur  projet  ;  dans  le  cas  où  ils  trahiraient  de  mauvais 
desseins,  la  Chine  s'efforcerait  de  vous  assister,  mais  n'est-il  pas 
à  craindre  que  vu  la  distance  et  la  longueur  de  la  route  nous 
ne  puissions  pas  arriver  en  temps  utile.  11  y  a  en  outre  à  consi- 
dérer : 

1°  Que  le  Japon  attire  à  lui  les  Occidentaux  pour  former  ses. 
troupes  de  terre  et  de  mer  ;  et  que  bien  que  les  navires  et  l'arme- 
ment des  Japonais,  si  bons  qu'ils  soient,  ne  valent  pas  ceux  dont 
se  servent  les  Occidentaux,  il  est  à  craindre  (\uc  votre  pays  ne 
puisse  se  mesurer  avec  le  leur  ; 

2°  Que  les  Japonais  cajolent  les  États  occidentaux  dans  le  seul 
but  de  leur  emprunter  de  leur  prestige  et  de  leur  force  pour 
s'approprier,  sans  dire  gare,  les  états  voisins  ou  les  humilier. 

3**  Que  les  Occidentaux  ne  réussissent  pas  à  dissimuler  le  res- 

I .   Port  ouvert  au  commerce  japonais. 


LETTRE    DE    Ll    IIOUNG-TCHANG  217 

sentiment  qu'ils  gardent  d'avoir  éiv  (^cariés,  lorsque  Tan  dernier 
(1878).  ils  ont  voulu  se  rendre  dans  votre  pays  dans  un  but  com- 
mercial. 

4°  Qu'il  est  probable  que  le  Japon  a  secrètement  converti  l'An- 
gleterre, la  France  et  les  Klats-Ûnis  à  l'idée  qu'il  y  a  tout  avan- 
tage pour  eux  h  ce  que  des  ports  lui  soient  ouverts. 

5"  Que  peut-iMre  aussi  le  Japon  s'entend  avec  la  Russie  dans 
une  œuvre  d'envahissement  et  que  dans  cette  hypothèse  voire 
royaume  sérail  bientôt  réduit  à  l'extrémité,  c'est  du  moins  ce  que 
j'appréhende  avec  un  sentiment  indicible  de  tristesse. 

Les  hommes  [)olitiques  de  la  Chine  sonl  unanimement  d'avis 
que  mieux  vaut  prévenir  les  événements  que  d'avoir  à  y  remé- 
dier. 

Comme  moyen  de  couper  court  aux  complications  et  de  se  ras- 
surer, le  plus  simple  n'est-il  pas,  direz-vous,  de  s'enfermer  chez 
soi  et  de  se  garder  ?  11  ne  ])eul  malheureusement  être  question 
d'un  tel  système  quand  il  s'agit  des  Occidentaux. 

S'en  remettant  à  eux-ménjes  pour  la  proleclion  de  leur  per- 
sonne, hardis  el  entreprenants,  il  n'est  pas  un  lieu  du  globe  ter- 
restre qu'ils  ne  fréquentent.  Jamais  pareille  chose  ne  s'est  vue 
depuis  que  le  monde  est  monde,  il  ne  faut  s'en  prendre  qu'au 
cours  naturel  des  choses.  Il  n'y  a  donc  pas  de  force  humaine  qui 
puisse  entraver  ce  mouvement  :  votre  gouvernement  lui-même 
n'a-t-il  pas  du  conclure  un  traité  de  commerce  avec  le  Japon  et 
inaugurer  ainsi  une  ère  nouvelle?  D'une  part,  ce  précédent 
excite,  certainement,  davantage  les  désirs  des  autres  puissances, 
tandis  que,  d'autre  part,  le  Ja[x>n,  sans  concurrent  aujourd'hui, 
considère  la  Corée  comme  une  marchandise  dont  il  a  le  privilège 
exclusif. 

Dans  les  conjonctures  actuelles,  il  convient,  ne  semble-t-il  pas, 
de  neutraliser  l'action  du  venin  par  le  venin  et,  s'il  s'agit  d'en- 
nemis, de  pouvoir  les  opposer  les  uns  aux  autres.  11  importerait 
de  profiler  de  toute  occasion  qui  se  présenterait  de  vous  lier  suc- 
cessivement par  des  traités  avec  tous  les  Rtats  occidentaux,  vous 
vous  serviriez  d'eux  |K)ur  contenir  le  Japon. 

Les  Japonais,  confiants  en  leur  force  et  en  leur  ruse,  ont  révélé 
chez  eux,  dans  l'alTaire  de  Liéou-Kiéou,  la  gloutonnerie  du  pois- 
son et  l'instinct  rongeur  du  ver  a  soie  ;  votre  gouvernement  ne 
peut  se  dispenser  de  prendre  ses  précautions  à  leur  égard  ;  le 
Ja[)on  ne  redoute  ou  n'écoute  que  les  Occidentaux,  la  Corée 
n'aurait  pas  assez  de  ses  propres  forces  pour  maîtriser  à  elle  seule 


2l8  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

le  Japon,  tandis  que  le  faisceau  des  puissances  occidentales  avec 
lesquelles  elle  serait  en  relations  de  commerce  sudirait  amplement 
et  au  delà  à  contenir  les  Japonais. 

Il  y  a  en  Occident  un  code  {général  d'après  lequel  on  ne  peut 
sans  motif  s'emparer  des  clats  d'autrui  :  mais  ce  ne  sont  que  les 
puissances  ayant  enlre  elles  des  relations  commerciales  qui  peu- 
vent Ix^néfîcier  du  droit  des  jçens.  L*an  dernier,  la  Turquie  était 
victime  de  la  violence  des  Russes  ;  au  moment  où  elle  allait 
succomber,  TAngleteiTe  invita  les  autres  nations  à  tenir  conseil  ; 
les  Russes,  dès  lors,  ne  tardèrent  pas  à  retirer  leurs  troupes.  Ainsi 
donc  si  la  Turquie  était  restée  dans  un  isolement  semblable  au 
vôtre,  elle  serait  devenue  la  proie  de  la  Russie. 

La  Belgique  et  le  Danemark,  deux  petits  Ktats  de  l'Europe, 
ont  conclu  des  traités  avec  toutes  les  puissances  ;  personne  n'ose 
les  traiter  injustement  ni  les  oflcnser.  N'est-ce  pas  Va  un  tableau 
de  la  compensation  de  la  faiblesse  par  la  force  ? 

Vu  les  difïicultés  qu'on  rencontre  dans  l'exécution  des  projets 
sur  un  état  sépare  par  d'autres  états,  l'Angleterre,  l'Allemagne, 
la  France,  les  États-Unis  et  autres  puissances  des  mers  occiden- 
tales, situées  à  plusieurs  milliers  de  lieues  de  votre  royaume,  ne 
peuvent  avoir  d'autre  ambition  que  celle  de  faire  du  commerce 
et  de  protéger  leurs  navires  marchands. 

Il  n'en  est  pas  de  même  pour  les  Russes  qu'aucun  état  ne 
sépare  de  vous.  Ils  occupent,  en  effet,  l'ile  de  Kou-yé,  la  rivière 
Soueï-feun,  le  fleuve  Toumcn,  ils  sont  donc  vos  voisins  immé- 
diats. En  nouant  des  relations  avec  l'Angleterre,  la  France,  l'Alle- 
magne et  les  Étals-Unis,  votre  gouvernement  pourrait  non  seu- 
lement mettre  un  fr(?iii  aux  aspirations  du  Japon,  mais  encore 
fermer  la  porte  à  l'espionnage  des  Russes  :  vous  verriez  même 
la  Russie  venir  à  la  suite  des  autres  puissances  négocier  im  traité 
de  commerce  avec  \ous'.  Rendez-vous  bien  compte  des  circon- 
stances et  conformez-y  votre  politique  :  antre  temps,  autre  con- 
duite, ce  serait  chose  inutile  que  de  vouloir  user  de  discours  pour 
exercer  une  pression  quelconcpje.  Si  là,  où  vous  permettez  aux 
Japonais  de  faire  du  commerce,  \ous  laissiez  venir  d'autres  trafi- 
quants étrangers,  ce  ne  serait  que  le  commerce  des  Japonais  qui 


I.  11  y  a  tout  lien  de  croire  qu'on  vertu  d'un  raisonnement  analogue, 
la  Chine  avait  conseillé  à  VAnnam  de  nouer  des  relations  avec  l'Espagne 
et  d'autres  puissances  |)our  contrebalancer  rintluencc  de  la  France. 


LETTRE    DE    Ll    HOUNG-TCllANG  aiQ 

en  serait  diminué.  Quant  à  votre  Gouvernement,  cela  ne  lui  crée- 
rait pas  de  nouvelles  charges.  En  établissant  un  tarif  (douanier) 
vous  vous  ferez  des  revenus  qui  ne  seront  pas  à  dédaigner  ;  de 
plus  la  liberté  du  conmierce  pour  les  autres  faciliterait  pour  vous 
l'achat  des  munitions  de  guerre.  Mieux  encore,  vous  enverriez 
de  vos  fonctionnaires  dans  les  KUits  ayant  traité  avec  vous  ;  en 
temps  de  paix,  cela  vous  servirait  à  resserrer  des  liens  d'amitié  et 
dans  le  cas  où  vous  seriez  injustement  en  butte  aux  vexations  et 
aux  agressions  d'un  autre  état,  cela  vous  mettrait  à  même  de 
convier  toutes  les  puissances  avec  lesquelles  vous  seriez  en  rela- 
tions à  examiner  vos  griefs  avant  de  vous  en  remettre  au  sort  des 
armes.  De  la  sorte  le  Ja(X)n  n'oserait  plus  se  montrer  aussi  arro- 
gant et  faire  ii  des  droits  d'autrui. 

En  vous  créant  de  bonnes  relations  avec  les  nations  étrangères, 
en  suivant  leurs  affaires,  en  ne  vous  montrant  ni  trop  dur  ni  trop 
faible,  en  ce  cédant  et  ne  résistant  que  selon  que  la  raison  l'exi- 
gera, vous  auriez  ce  qui  vous  importe  le  plus,  c'est-à-dire  le  meil- 
leur moyen  de  maîtriser  le  Japon.  Vous  n'auriez  pas,  non  plus, 
de  meilleur  moyen  de  vous  garder  des  Russes. 

Souvent  les  représentants  étrangers  à  Péking  entretiennent  le 
Tsoung-li  \amen  au  sujet  des  relations  connnerciales  à  ouvrir 
avec  la  Corée.  Le  Gouvernement  de  votre  noble  royaume  est  libre, 
je  le  reconnais,  d'interdire  et  d'ordonner  comme  bon  lui  semble, 
aussi  ne  devrais-je  pas  m'immiscer  indûment  dans  ses  aiFaircs.  Si 
je  l'ai  fait,  c'est  que  la  Corée  et  la  Chine  ne  sont  qu'une  famille 
et  que  vous  êtes  lenuirqui  protège  nos  trois  provinces  orientales. 
Kirin,  Moukden,  Amour  ;  vous  êtes  à  nous  ce  que  les  lèvres  sont 
aux  dents  et  ce  (jui  serait  malheur  [>our  vous  serait  aussi  malheur 
pour  nous.  Telle  est  la  raison  jwur  laquelle  je  n'ai  pas  craint  de 
vous  faire  des  suggestions  et  de  vous  parler  sans  détour.  J'ose 
même  espérer  (jue  \ous  voudrez  bien  soumettre  a  l'examen  du. 
roi  ma  manière  de  voir  ;  rassemblez  vos  fonctionnaires  en  conseil, 
faites-leur  étudier  mûrement  et  en  secret  cette  question,  puis 
faites-moi  savoir  en  (juelques  mots,  je  vous  prie,  si  on  me  donne 
tort  ou  raison.  Notre  Tsoung-li  Yamen  désire  depuis  longtemps 
déjà  savoir  s'il  ])eut  ré|X)ndre  aux  gouvernements  étrangers  dans 
le  sens  de  ma  lettre.  Quand  les  chefs  de  Légation  feront  allusion 
à  la  Corée,  on  |)Ourrait  en  profiter  pour  laisser  échapper  quelques 
mots  (d'encouragement)  et  faire  entendre  que  vous  n'êtes  pas 
immuable  dans  vos  anciennes  dispositions. 

Les  États  occidentaux  ont  prolité  de  nos  malheurs  pour  nous 


LKTTBE    DE    Ll    HOIXC-TCIIAMG  aij) 

on  serait  diminué,  (^hianl  ù  votre  Gouvernement,  cela  ne  lui  crée- 
rait |>as  de  nou\elles  charL'es.  Kn  établissant  un  tarif  (douanier) 
\ous  \ous  ferez  des  revenus  (|ui  ne  seront  |>as  à  dédaigner  ;  de 
plus  la  liberté  du  conunerce  \ni\iT  les  autres  faciliterait  pour  vous 
Tarliat  des  nuiiiitions  de  jrucrre.  Mieux  encore,  vous  enverriez 
de  \o^  fonctioimaires  dans  les  Rtats  ayant  traité  avec  vous  ;  en 
temps  de  |>ai\.  cela  \«uis  siTvirait  à  ress4*rrer  des  liens  d'amitié  et 
dans  le  cas  où  \ous  M*rie/  injustement  en  butte  aux  \e\ations  et 
aux  adressions  d'un  autre  état,  cela  \ous  mettrait  à  même  de 
convier  toutes  les  puissances  avec  IcMpielles  \ous  seriez  en  rela- 
tions à  examiner  \ns  irriefs  a\ant  de  \ous  en  remettre  au  Mirldes 
armes.  De  la  s^rte  le  Japon  n'oserait  plus  se  montrer  aussi  arro- 
•:ant  et  faire  ti  des  droits  d'autrui. 

Kn  \ous  créant  de  l)onnes  relations  avec  les  nations  étranjrères. 
en  sui\ant  leurs  aifaires.  en  ne  \ous  montrant  ni  tropdur  ni  trop 
faible,  en  ce  cé<lant  et  ne  résistant  (pie  selon  «pie  la  raison  l'exi- 
gera, \ous  auriez  ce  qui  \ous  importe  le  plus,  c'est -à-<l ire  le  meil- 
leur moyen  de  maîtriser  le  Japtm.  Vous  n'auriez  |ias.  non  plus, 
de  meilleur  mo\en  de  vous  manier  des  Russes. 

Sou\ent  les  représentants  étranirers  à  IVking  entretiennent  le 
Tsouui^-li  ^amen  au  sujet  des  relations  commerciales  à  ouvrir 
avec  la  C.orée.  Le  (îou\ernement  de  \otre  noble  royaume  est  libn*. 
je  le  reconnais,  d'interdire  et  d'ordonner  comme  bon  lui  semble, 
aussi  ne  devrais-je  jkis  m'innniscer  indûment  dans  si^s  atFaires.  Si 
je  lai  fait,  c'est  <pie  la  Corée  et  la  Cbine  ne  sont  (pi'une  fanûlle 
et  que  vous  êtes  le  mur  qui  protège  nostrois  provinces  orient  a  les, 
Kirin.  Moukden.  Amour  :  \ous  êtes  à  nous  ce  que  les  lè\ressonl 
aux  dents  et  ce  qui  serait  mallienr  |)our  \ous  serait  aussi  malbeur 
[xnir  nous.  Telle  est  la  raison  |M>ur  latpielle  je  n'ai  pas  craint  de 
\ous  faire  des  sugueslions  et  de  \ous  parler  sans  détour.  J'ose 
mémi'  eNjMM'i'r  (pu»  nous  \oudrez  bien  soumettre  à  l'examen  du. 
roi  ma  manière  de  \oir  :  rassemblez  vos  fonctionnaires  en  conseil, 
faites-leur  étudier  nu'urment  et  en  si»cret  cette  (piestion,  puis 
faites  m«>i  saxolr  en  cpielques  mots,  je  vous  prie,  si  on  me  donne 
tort  on  raison.  Notre  Tsoung-li  ^amen  désire  depuis  longtenq)S 
déjà  sa\oir  s'il  peut  réjHmdre  aux  gouvernements  étrangers  dans 
le  sens  de  ma  lettre.  (Juand  les  chefs  de  Légation  feront  allusion 
à  la  dorée,  on  |>ourrait  en  proiiter  pour  laisser  échapper  quelques 
mois  (d'encouragement)  et  faire  entendre  que  vous  n*ètes  pas 
inmiuable  dans  \os  anciennes  dis|X)sitions. 

Les  Liais  occidentaux  ont  profité  de  nos  malheurs  pour  nous 


320  LA    GUERRE    S1NO-JAPONAISE 

imposer  leurs  volontés  les  armes  à  la  main.  En  fait  d'arguments, 
lors  de  la  conclusion  de  leurs  traités,  ils  ont  eu  recours  à  leurs 
soldats;  aussi,  depuis  lors,  l'exécution  de  ces  mêmes  traités,  vous 
ne  pouvez  l'ignorer,  est-elle  la  source  de  froissements  continuels. 
Si  votre  gouvernement  consentait  à  traiter  de  bon  gré  avant  qu'on 
en  vienne  à  la  violence,  les  pays  occidentaux  en  seraient  tellement 
surpris  qu'ils  n'oseraient  pas  se  montrer  trop  exigeants  ;  votre 
nation  maintiendrait  hautement,  sans  qu'ils  puissent  protester, 
l'interdiction  dont  vous  frappez  la  vente  de  l'opium,  la  propaga- 
tion de  la  religion  chrétienne  dans  l'intérieur  du  pays  et  autres 
éléments  de  corruption.  Nous  devons  nous  tenir  mutuellement 
au  courant  de  ce  que  nous  voyons,  cela  ne  peut  que  profiter  à 
nos  grands  intérêts  communs,  cela  ne  saurait  du  moins  leur  por- 
ter la  moindre  atteinte.  C'est  en  sachant  profiter  du  moment 
favorable  que  vous  pourrez  édifier  pour  longtemps.  Puisque  vous 
savez  combien  sont  forts  vos  adversaires,  usez  de  moyens  propres 
à  les  diviser,  usez  d'adresse,  vous  vous  montrerez  ainsi  bons  stra- 
tégistes. 

Le  missionnaire  Deguette  *  ayant  été  fait  prisonnier  par  votre 
Gouvernement,  le  représentant  de  la  France  à  Péking  a  supplié 
en  termes  courtois  de  faire  en  sorte  que  le  ministre  des  Rites 
vous  en  avisAt  afin  que  son  compatriote  soit  mis  en  liberté.  En 
agissant  comme  nous  l'avons  fait,  nous  avons  voulu  nous  mettre 
entre  vous  et  eux,  j 'espère  que  vous  aurez  fait  droit  à  notre 
demande.  Comme  vous  m'avez  écrit  à  maintes  reprises  au  sujet 
de  la  manière  de  vous  conduire  avec  vos  voisins,  je  n'ai  pas  craint 
d'être  prolixe  et  de  vous  faire  des  confidences.  En  m'informant 
de  vos  nouvelles,  je  vous  donne  l'assurance  que  dans  ma  lettre, 
si  longue  qu'elle  soit,  je  n'ai  pas  encore  épuisé  toutes  mes  pensées. 

Li  Houng-tchang,  de  la  province  de  \gan-Houei,  vous  salue 
de  nouveau  *. 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les  événements  qui  se  passè- 
rent en  Corée  en  1882  et  en  i88/j  '  et  sur  le  traité  signe  le  9 
janvier  i885  entre  la  Corée  elle  Japon.  Au  mois  d'avril  sui- 
vant un  traité  conclu  entre  le  Japon  et  la  Chine    marquait 

1.  Voir  II,  p.  583. 

2.  Pour  traduction  conforme.  Sigé  :  G.  Devéria. 

3.  II,  p.  58a  et  seq. 


TRAITÉ    ENTRE    LA    CHINE    ET   LE    JAPON  221 

le  caractère  des  relations  que  les  deux  puissances  devaient 
entretenir  avec  leur  voisine  qui  restait  libre. 

TRAITÉ    ENTRE    LA    CHINE    ET    LE    JAPON,    AVRIL    l885  *. 

.  Li,  comte  de  i*"*  classe  avec  la  désignation  Sou-yi,  vice- 
roi  du  Tché-li,  Président  du  Ministère  de  rAnnée,  Surintendant 
des  Ports  du  Nord,  Grand  Chancelier  de  la  Salle  Wen-houa,  Grand 
Gardien  de  l'Héritier  Présomptif,  désigné  spécialement  comme 
Plénipotentiaire  de  l'Empire  de  Chine. 

Itô,  Comte,  honoré  du  Mérite  de  i*"*  classe,  Ministre  de 
la  Maison  de  l'Empereur  et  Conseiller  d'État,  désigné  spéciale- 
ment comme  Plénipotentiaire  de  l'Empire  du  Japon. 

En  conformité  des  Décrets  Impériaux  reçus  par  chacun,  ont 
délibéré  en  commun  et  dressé  des  articles  spéciaux  pour  affermir 
la  concorde.  Les  dits  articles  sont  énumérés  ci-après  : 

i**  Il  est  décidé  que  la  Chine  retirera  ce  qu'elle  a  de  troupes 
résidant  en  Corée  et  que  le  Japon  retirera  les  troupes  et  olTiciers 
qui  gardent  sa  Légation  en  Corée.  A  partir  du  jour  où  les  signa- 
tures et  sceaux  sont  apposés,  un  délai  de  4  mois  est  fixé,  dans 
lequel  chacune  des  deux  Puissances  retirera  ses  troupes  en  tota- 
lité, afin  d'éviter  tout  différend  imprévu.  Les  troupes  chinoises 
partiront  par  Ma-san-hpo'^  ;  les  troupes  japonaises  partiront  par 
In-tchyen. 

2**  Les  deux  Puissances  s'engagent  à  conseiller  au  Roi  de  Corée 
d'une  part  de  faire  instruire  des  troupes  pour  suffire  à  sa  protec- 
tion personnelle  et  au  maintien  de  l'ordre,  et  de  plus  d'engager  un 
ou  plusieurs  olïiciers  de  nationalité  étrangère  autre'  à  qui  il  con- 
fiera l'instruction  des  troupes.  Désormais  ni  la  Chine  ni  le  Japon 
ne  devront  envoyer  de  fonctionnaires  en  Corée  pour  l'instruction 
des  troupes. 

3°  A  l'avenir,  si  des  troubles  graves  se  produisaient  en  Corée 
et  si  la  Chine  cl  le  Japon  h  la  fois,  ou  l'une  des  deux  Puissances, 
voulaient  y  envoyer  des  troupes,  il  y  aurait  lieu  à  avis  officiel 
préalable  et  réciproque.  Les  affaires  une  fois  réglées,    le  retrait 


1.  Voir  11,  p.  590. 

2.  Ou  Ma-san-tjin,  district  de  Nam-yang.  —  Note  du  traducteur. 

3.  Ni  Chinois,  ni  Japonais.  —  Note  du  traducteur. 


2  2â  LA    GUERRE    SINCHJAPONAI8E 

des  troupes  devrait  suivre  immédiatement,  sans  qu'une  nouvelle 
occupation  du  pays  soit  loisible. 

Kouang-Siu,  ii*  année.  3*  lune,      jour*. 

Le  Comte  de  i""®  classe  avec  la  désignation  Sou-yi,  Vice- 
roi  du  Tché-li,  Grand  Chancelier  de  la  Salle  Wen-houa,  Plénipo- 
tentiaire extraordinaire. 

Signé  :  Li  Houng-tchakg. 

Mei-dji,  18"  année,  avril,      jour  *. 

Le  Comte,  honoré  du  Mérite  de  r*  classe,  Ministre  de  la 
Maison  de  l'Empereur  et  Conseiller  d*Etat,  Plénipotentiaire  extra- 
ordinaire. 

Signé  :  Itô  Hiroboumi  '. 

A  la  suite  de  ce  traite,  on  prétendit  (jue  la  Corée,  inquiète 
pour  sa  sécurité,  s'était  jetée  dans  les  bras  de  la  Russie  : 

Le  bruit  s'est  répandu  à  Pé-King  dans  ces  derniers  temps,  écri- 
vait M.  Palcnôtrc,  de  Pé-King.  le  ai  juillet  i885,quc  le  Roi  de 
Corée  venait  do  signer  avec  la  Russie  un  traité  par  lequel  il 
acceptait  le  protectorat  de  cette  Puissance.  On  ajoutait  que  cette 
négociation  avait  été  conduite,  en  dehors  de  la  participation  des 
Ministres  coréens  par  M.  de  MôllendorflF,  ancien  consul  d'Allema- 
gne en  Chine,  qui  remplit  depuis  trois  ans  à  la  Cour  de  Séoul 
des  fonctions  mal  défuiies,  équivalant  à  peu  près  à  celles  de  Direc- 
teur des  Aflaircs  Ëlrangères,  et  qui  passe  pour  être  le  Conseiller 
souvent  écouté  du  Souverain.  Cette  nouvelle  qui  a  trouvé  ici  une 
certaine  créance  a  été  aussitôt  commentée  par  la  presse  deChang- 
Haï  qui  a  voulu  y  voir  une  réponse  du  Cabinet  de  Saint-Péters- 
bourg à  l'occupation  de  Port-llamilton  par  l'Angleterre  *.  J'ai 
cherché  à  savoir  auprès  de  mon  collègue  de  Russie  ce  que  ces 
rumeurs  pouvaient  avoir  de  fondé.  M.  Popov  m'a  répondu,  — et 
il  était,  je  crois,  de  bonne  foi,  —  qu'il  était  lui-même  à  cet  égard 
fort  mal  informé  et  qu'il  avait  du  demander  par  le  télégraphe  des 
renseignements  à  Saint-Pétersbourg.    Dans  sa    pensée  l'accord 

I .  Le  jour  est  en  blanc, 
a.  En  blanc. 

3.  Je  doiA  cette  traduction  à  Textréme  obligeance  de  M.  Maurice  Cou- 
rant qui  Ta  faite  d'après  le  recueil,  publié  par  le  Tsoung-li  Yamen,  des 
traités  entre  la  Chine  et  les  diverses  puissances. 

4.  Voir  p.  3-4- 


RAPPORT    DU    ROI    DE    CORÉE    A    l'eMPEREUR    DE    CHINE         2^3 

intervenu  avec  la  Cour  de  Séoul  avait  simplement  pour  objet 
renvoi  d'instructeurs  russes  chargés  de  pourvoir  à  Téducation  de 
Tannée  coréenne,  —  ce  qui  pourrait  t^tre  d'ailleurs  un  premier 
jalon  planté  pour  un  protectorat  futur. 

n  n'en  était  rien  :  la  Corée,  au  contraire,  mettant  à  profit 
les  conseils  de  Li  Houng-tchang,  demandait  à  l'empereur  de 
Chine  son  avis  au  sujet  de  l'envoi  de  ministres  de  son  pays 
à  l'étranger. 


RAPPORT    PRÉSENTÉ    PAR    LE    ROI    DE    CORÉE    A    l'eMPEREUR    DE 

CHINE  * 


Votre  serviteur,  Li-Hi,  prince  régnant  de  Corée,  adresse  avec 
respect  le  présent  rapport  au  Trône  pour  demander  par  avance 
à  Votre  Majesté  ses  instructions  relativement  à  l'envoi  de  repré- 
sentants dans  les  pays  occidentaux,  es[)érant  humblement  rece- 
voir le  consentement  impérial,  alin  que  lesdits  représentants, 
puissent  se  mettre  en  roule. 

Le  7*  jour  de  la  8"  lune  de  cette  année  (=le33  septembre  1887), 
Chen  Wou-lse,  président  de  notre  Conseil  de  Gouvernement, 
nous  a  présenté  le  placet  suivant  : 

«  J'ai  reçu  aujourd'hui  de  Youen  Che-R'ai,  surintendant  [chi- 
«  nois]  des  rapports  internationaux,  résidant  en  Corée,  une  dépê- 
a  che  dans  laquelle  il  me  dit  que  le  Grand  Secrétaire  d'État,  Li 
a  Houng-tchang,  lui  a  télégraphié  avoir  reçu  du  Tsoung-li  Yamen 
«  un  télégramme  d'après  lequel  un  Décret  Impérial  aurait  été 
a   rendu  en  ces  termes  : 

Avant  d'envoyer  des  représentants  dans  les  Pays  Occidentaux,  la 
Corée  doit  nécessairement  demander  d^abord  Nos  instructions,  et  ce 
nest  qu  après  que  Notre  consentement  aura  été  donné  que  ses  repré- 
sentants pourront  partir.  Ainsi  seront  observés  les  statuts  applicables 
à  un  pays  dépendant.  —  Respect  à  ceci. 

«  Ordre  était  donné,  en  même  temps,  decommuniquer  promp- 

I.  E&trait  du  Che  Pao,  journal  chinois  de  Tien-tsin,  n<>  du  39  novem- 
bre 1887. 


2^4  l'A    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

«  temcnt  ce  Décret  h  notre  Conseil  de  Gouvernement  afin  qu'il 
«  s*y  conformât  avec  respect.  Il  convient  donc  que  je  prie,  parce 
«  placet,  d*agir  en  respectueuse  conformité  avec  ce  qui  précède. 
a  Etc.  » 

Nous  devons  remarquer  que  notre  petit  royaume  a  été,  d*Age 
en  âge,  l'objet  de  la  bienveillante  protection  de  la  Cour  Céleste, 
dont  les  bienfaits  ont  eu  Timmcnsilé  de  la  Terre  et  du  Ciel,  la 
hauteur  des  Montagnes  et  la  profondeur  de  la  Mer.  Il  n'est  point 
d'objet  que  ces  bienfaits  n'aient  atteint  et  nos  prières  ont  été 
infailliblement  exaucées.  En  ce  qui  concerne  la  question  de  nos 
relations  extérieures.  Notre  Emj)creur,  Votre  Majesté,  a  daigné 
portera  son  domaine-frontière  (==^Ia  Corée)  un  intérêt  paternel  et 
s'est  efforcé  d'y  pourvoir  {X)ur  le  mieux.  C'est  ainsi  que  Votre  Majesté 
nous  a  autorisé  spécialement  à  entretenir  tout  d'abord  des  relations 
amicales  avec  l'Amérique  et  a  envoyé  un  de  ses  délégués  pour 
nous  assister.  Nous  avons  dûment  conclu  un  traité  et  nous  avons 
préalablement  adressé  une  Dépêche  (au  Couver nement  des  États- 
Unis]  dans  laquelle  nous  déclarions  que  «  la  Corée  est  une  dépen- 
dance de  la  Chine,  mais  que  nous  avons  toujours  pu  agir  d'une 
façon  indépendante  dans  notre  administration  intérieure  et  dans 
nos  relations  extérieures  ».  De  la  sorte,  nous  observions  fidèle- 
ment la  règle  que  nous  devons  suivre  [vis-à-vis  de  la  Chine]  et 
nous  traitons  les  nations  étrangères  sur  le  pied  d'égalité.  Nos 
devoirs  [envers  la  Chinej  et  nos  rapports  avec  l'étranger  demeu- 
raient intacts  et  satisfaisants. 

Depuis  ce  temps,  les  repré.sentants  des  diverses  nations  de 
l'Occident  sont  venus  successivement  et  ont  conclu  des  traités  de 
paix  sur  la  base  du  traité  américain.  Ils  ont  été  satisfaisants  et 
tous  nos  rap|)orts  adressés  à  Votre  Majesté  à  leur  sujet  ont  reçu 
Votre  approbation,  ainsi  que  le  constatent  les  archives. 

Les  Ktats-Unis,  après  l'échange  des  ratifications  de  leur  traité, 
ont,  conformément  à  ses  stipulations,  nommé  un  Ministre  pléni- 
potentiaire en  résidence  dans  notre  capitale  et  notre  petit  royaume, 
pour  répondre  à  cette  invitation,  a  aussi  envoyé  dans  ce  pays  un 
représentant,  revenu  plus  tard.  Quant  aux  autres  nations  occi- 
dentales, nous  n'avons  pu  encore  leur  répondre  de  la  même 
façon.  Aussi  les  Ministres  étrangers  nous  ont-ils  souvent  prié 
d'envoyer  chez  eux  aussi  des  représentants,  à  titre  de  réciprocité. 
Notre  petit  royaume,  réfléchissant  sérieusement  à  la  situation 
actuelle,  et  dans  la  pensée  de  donner  suite  aux  traités,  vient  de 
désigner  comme  Ministre  plénipotentiaire,  votre  serviteur  P'ou 


RAPPORT   DU    ROI    DE    CORÉE    A    l'eMPEREUR    DE   CHINE         33 5 

Ting-yang  * ,  que  nous  nous  proposons  d'envoyer  résider  aux 
États-Unis.  Nous  avons,  en  outre,  designé  un  autre  Ministre  plé- 
nipotentiaire, Tcliao  Tch*en-hi  *,  que  nous  nous  proposons  d'en- 
voverdans  les  cinq  pays  suivants  :  Angleterre,  France,  Allemagne, 
Italie  et  Russie,  pour  y  résider  et  y  régler  les  questions  relatives 
à  nos  relations  extérieures.  Nous  devons  adresser  à  Votre  Majesté 
ce  rapport  conforme  à  la  vérité,  pour  la  prier  d'autoriser,  par  une 
faveur  Céleste  exceptionnelle,  le  départ  de  ces  mômes  représen- 
tants. Vos  serviteurs,  afin  qu'ils  remplissent  leur  mission,  confor- 
mément aux  traités  passés. 

D'après  les  règlements  on  usage,  lorsqu'il  s'agit  de  questions 
concernant  l'envoi  du  tribut  ou  nos  rapports  politiques,  nous 
adressons  une  Dépêche  au  Ministère  [chinois]  des  Rites  pour  qu'il 
transmette  au  Trône  l'ohjet  de  notre  communication  ;  s'il  s'agit 
de  commerce  ou  de  relations  extérieures,  nous  recourons  à  l'en- 
tremise du  Prince  et  des  Ministres  composant  le  Tsoung-li  Yamen 
ou  du  Commissaire  Impérial  des  Ports  du  Nord,  Li  Houng- 
tchang.  Nous  n'oserions  nous  adresser  directement  à  Votre  Majesté 
que  pour  des  afTaires  de  la  plus  grande  importance.  Il  s'agit,  cette 
fois,  d'un  Décret  Impérial  transmis  par  le  télégraphe  ;  Votre 
serviteur,  après  en  avoir  pris  connaissance  à  genoux,  en  a  été  ému 
et  terrifié  plus  qu'il  ne  lui  serait  facile  de  dire  ;  aussi  ose-t-il  ne 
pas  reculer  devant  la  considération  de  son  importunité  bavarde 
pour  exposer  audacieusement  le  fond  de  son  cœur.  Réduit  à  ce 
moyen.  Votre  serviteur  attend,  dans  la  frayeur.  Vos  Ordres.  Il 
espère  que  Votre  Majesté  daignera  donner  son  consentement  à  ce 
respectueux  rapport  par  lequel  il  la  consulte  sur  l'envoi  de  nos 
représentants,  prêts  à  partir  pour  les  pays  occidentaux  ^, 

Il  est  évident  que  contrairement  aux  clauses  du  traité  de 
i885,  la  Chine  intervient  dans  les  affaires  de  Corée;  la  pièce 
que  nous  venons  de  citer  ainsi  que  la  suivante  le  prouve  su- 
rabondamment. 


I.  En  coréen  Pak  Tyeng-yang. 

a.  En  coréen  Tyo  Chin-hi. 

3.  Pour  trad.  conforme,  sig.  :  A.  VissiRRfi. 

CORDIBR.  III.  —   l5 


a 36  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 


DÉPÊCHE    DU    ROI  DE    CORÉE    A    LI    HOUNG-TCHANG  ^ 

Le  Prince  régnant  de  Corée  adresse  la  communication  officielle 
suivante  : 

Le  a 6*  jour  de  la  9*  lune  de  la  présente  année  (le  1 1  nov.  1887). 
Tchao  Ping-wou,  président  de  mon  Conseil  des  Relations  Exté- 
rieures m'a  adressé  un  rapport  ainsi  conçu  : 

«  J*ai  reçu,  aujourd'hui  môme,  du  Directeur  Général  Youen  *, 
la  Dépèche  suivante  : 

«  Ce  soir,  a4  de  la  lune  (9  nov.),  vers  8  heures,  me  parvient 
la  réponse  télégraphique  du  Grand  Secrétaire  d'Ëtat  Li.  En  voici 
la  teneur  : 

a  Vous  me  dites,  dans  votre  télégramme,  que  le  Prince  de 
Corée  m'écrit  oificiellement  au  sujet  des  Envoyés  Plénipotentiaires 
désignés  par  lui  pour  se  rendre  dans  les  pays  occidentaux,  afin  de 
me  faire  savoir  que  les  Représentants  Etrangers  ayant  déjà  été 
informés  ofliciellcmcnt  de  la  nomination  de  ces  Envoyés  pour  en 
aviser  leurs  gouvernements  respectifs,  il  y  aurait  des  inconvé- 
nients à  changer  le  titre  de  ces  Envoyés,  car  ce  changement 
ferait  naître  des  soupçons  dans  les  esprits.  Le  Prince  ajoute 
qu'il  se  propose  de  prescrire  auxdits  Envoyés  de  revenir  après  leur 
arrivée  et  leur  réception  à  destination,  en  laissant  à  leur  place,  pour 
des  raisons  d'économie,  des  secrétaires.  Il  leur  enjoindra  en  outre 
de  se  conformer  strictement  après  leur  arrivée  en  Occident, 
vis-à-vis  des  Ministres  Chinois,  aux  traditions  établies,  alin  de 
montrer  leur  respect,  etc.  Ces  expressions  témoignent  d'intentions 
modestes  et  déférentes,  aussi  ne  puis-je  m'abstenir  de  les  prendre 
en  considération  et  d'y  faire  droit.  Toutefois,  un  Décret  Impérial 
a  été  rendu  à  ce  sujet  : 

«  Après  l'envoi  de  ces  Représentants,  y  est-il  dit,  satisfaction 
devra  être  donnée  à  la  fois  aux  devoirs  politiques  (de  la  Corée 
vis-à-vis  de  la  Chine)  et  à  ses  relations  internationales.  Les  fonc- 
tionnaires envoyés  dans  les  pays  étrangers,  devront  se  servir,  en 
tout  ce  qui  touchera  les  rapports  de  leur  pays  avec  la  Chine,  des 
formes  exigées  d'un  pays  vassal.  Quant  aux  questions  non  encore 

I.   Extrait  du  Che   Pao^  journal  chinois   public  à  Ticn^tsin,    n^   du 
i3  janvier  1888.  Traduction, 
a.   Hésidcnt  chinois  à  Séoul. 


DÉPÊCnE    DU    ROI    DE    CORÉE    A    LI    H0UNG-TCHAN6  22*] 

prévues.  Nous  ordonnons  qu'elles  soient,  lorsqu'elles  se  présen- 
teront, soumises  (aux  Ministres  de  Chine)  pour  en  assurer  le 
règlement  satisfaisant  après  entente.  » 

«  Respect  à  ceci  I  » 

Il  est  trois  points  qu'il  est  nécessaire  que  je  précise  tout  d'abord  : 
1°  Lorsque  les  Envoyés  Coréens  arriveront  dans  les  pays  étran- 
gers, ils  devront,  en  premier  lieu,  se  rendre  à  la  Légation  de 
Chine  pour  l'en  informer  par  un  rapport  spécial,  et  demander  au 
Minisire  chinois  de  les  accompagner  au  Ministère  des  AtTaires 
Etrangères.  Dans  la  suite,  cette  formalité  ne  sera  pas  indispen- 
sable. 

2*^  Dans  les  réceptions  d'État,  les  banquets  officiels,  les  dîners 
et  les  rapports  de  courtoisie,  les  Envoyés  Coréens  devront  prendre 
rang  après  les  Ministres  Chinois.  3°  Dans  les  questions  importantes 
relatives  aux  rapports  internationaux,  les  Envoyés  Coréens  devront, 
au  préalable,  prendre  coniidentiellement  les  instructions  des  Mi- 
nistres de  Chine. 

Telles  sont  les  règles  qui  devront  être  suivies,  comme  consé- 
quence de  l'état  de  vassalité  de  la  Corée.  Elles  demeurent  étran- 
gères aux  autres  nations,  qui  n'ont  pas  à  s'en  préoccuper.  La 
pensée  exprimée  par  le  Décret  Impérial  est  que  les  questions  non 
encore  prévues  fussent  l'objet  d'une  entente  pour  leur  règlement 
satisfaisant,  car  les  intérêts  de  la  Chine  et  de  la  Corée  se  confon- 
dent. Les  Ministres  Chinois  à  l'étranger  étant  tous  choisis  parmi 
les  dignitaires  renommés,  ils  sauront  traiter  avec  de  sincères 
égards  les  Envoyés  Coréens. 

Vous  devez,.  Monsieur  le  Tao-taï,  communiquer  ofliciellement 
ceci  au  Conseil  des  Relations  Extérieures,  pour  qu'il  en  fasse  part 
au  Prince,  qui  devra  enjoindre  à  ses  Envoyés  de  s'y  conformer. 
En  outre,  lorsque  sa  Dépêche  me  sera  parvenue,  je  lui  adresserai 
ma  réponse.  »  Etc.*. 

Je  vois,  par  ce  qui  précède,  que  Votre  Excellence,  s'inspirant 
de  la  bienveillance  que  Sa  Majesté  l'Empereur  aime  à  témoigner 
aux  petits,  prend  complaisammenl  en  considération  lesdiflicultés 
de  mon  humble  royaume,  et  donne  son  acquiescement  à  ma 
demande  relative  au  maintien  du  titre  donné  à  mes  Envoyés,  ce 
qui  me  permettra  de  tenir  mes  engagements  vis-à-vis  du  monde 
et  de  ne  pas  faire  naître  de  soupçons  chez  les  nations  voisines. 


1.  Ici  s'arrêtent  les  citations  et  le  roi  de  Corée  continue. 


aa8  LA    GUERRE    SINO-JAPONA1SE 

Dès  lors,  nos  devoirs  politiques  et  nos  relations  internationales 
seront  sauvegardés,  pour  la  tranquillité  éternelle  de  la  patrie  et 
la  cessation  de  tous  reproches.  Tel  sera  le  résultat  de  Tentière  pré- 
voyance dont  Votre  Excellence  a  fait  preuve  depuis  le  commen- 
cement. Quelle  limite  pourront  donc  connaître  mes  sentiments 
de  reconnaissance  P 

A  la  fm  de  la  présente  lune,  j'ordonnerai  à  P*ou  Ting-yang, 
mon  Plénipotentiaire  aux  Ëtats-Unis.et  àXchao  Tch*en-hi,  mon 
Plénipotentiaire  en  Angleterre,  en  Allemagne,  en  Russie,  en  Italie 
et  en  France,  de  se  rendre  successivement  dans  les  pays  étrangers 
pour  y  remplir  respectueusement  leurs  fonctions.  Quant  aux 
trois  points  que  V.  E.  m*a  signalés,  conformément  aux  ordres 
Impériaux,  ils  ont  fait,  de  votre  part,  l'objet  d'une  minu- 
tieuse étude  ;  Vous  y  avez  tout  prévu  avec  détail,  ce  qui  les  rend 
plus  dignes  encore  de  ma  respectueuse  attention. 

J'ai  donné  ordre  à  mon  Conseil  des  Relations  Extérieures,  de 
répondre  officiellement  au  Directeur  Général  Youen  que  nous 
donnons  suite,  dès  maintenant,  à  sa  communication  et  je  prescris 
à  P'ou  Ting-yang  et  à  Tchao  Tch'en-hi  de  s'y  conformer.  Je  crois 
devoir,  en  môme  temps,  faire  parvenir  à  V.  E.,  mes  remercie- 
ments par  la  présente  Dépèche,  et  La  prier  d'en  informer  Sa  Ma- 
jesté rEm|Xîreur  *  j>. 

Un  événement  tragique  allait  donner  une  nouvelle  force 
aux  passions  qui  devaient,  déchaînées,  amener  promptement 
la  guerre. 

ASSASSINAT    DE    KIM    OK    KYOUM,    28    MARS    iSq^. 

Dans  l'après-midi  du  mardi  27  mars  1894,  quatre  per- 
sonnages habillés  à  l'européenne,  se  disant  sujets  japonais, 
dont  le  principal  portait  le  nom  de  S.  Iwata,  arrivaient  h 
Chang-IIaï,  du  Japon,  sur  le  Saikio  Maru  et  s'installaient 
dans  un  hôtel  japonais  au  coin  de  North  Soochow  et  iNorth 
Honan  Roads. 

Le  lendemain,  un  peu  après  trois  heures  de  l'après-midi, 

I.  Pour  Irad.  conforme,  sig.  :  A.  Vissière. 


ASSASSINAT    DE    KIM    OR    KTOUM  SIQ 

des  coups  de  revolver  retentissaient  dans  l'hôtel  ;  un  homme 
à  peine  vêtu,  couvert  de  sang,  tombait  mort  dans  le  couloir 
du  premier  étage  tandis  qu'un  Coréen  s'enfuyait  précipi- 
tamment. Les  papiers  trouvés  dans  les  chambres  de  la  vic- 
time et  du  meurtrier  permirent  d'établir  leur  identité.  Le  mort 
n'était  autre  que  le  fameux  Kim-ok  Kyoum,  le  chef  de  la 
conspiration  de  Séoul  du  4  décembre  i884*.  Son  assassin 
était  un  certain  Hong  Tjyong-ou,  son  compatriote.  Les 
deux  autres  compagnons  de  voyage  de  Kim  étaient  son  do- 
mestique japonais,  originaire  des  îles  Bonin,  et  Wou  Po-jin, 
interprète  de  la  légation  de  Chine  à  Tokio.  Il  paraîtrait  que 
ceux-ci  étaient  sortis  ;  Kim  reposait  dans  sa  chambre,  sur  son 
lit,  appuyé  sur  le  côté  droit,  lorsque  Hong,  qui  avait  repris 
son  costume  coréen,  fit  irruption  dans  la  chambre,  un  re- 
volver à  la  main,  et  tira  une  balle  qui  atteignit  Kim  en  haut 
de  la  joue  gauche.  Le  malheureux  s'étant  retourné,  reçut 
une  nouvelle  balle  dans  l'estomac,  se  leva,  s'enfuit  dans  le 
couloir  poursuivi  par  Hong  qui  lui  tira  un  troisième  coup 
au-dessous  de  l'omoplate  gauche  :  Kim  tomba  mort. 

Hong  s'enfuit  le  long  de  North  Shansi  Road  dans  la  direc- 
tion du  village  de  Louza,  il  fut  aperçu  près  du  champ  de  tir 
et  enfin  gagna  Wou-soung  où,  découvert  par  un  agent  de  la 
sûreté,  il  fut  arrêté  dans  son  sommeil  le  29  mars  par  la  po- 
lice municipale  de  Chang-Haï  et  ramené  dans  cette  ville 
menottes  aux  mains.  Hong  déclara  que  s'il  avait  fui,  c'était 
par  crainte  de  la  vengeance  du  domestique  japonais  de  Kim, 
mais  qu'il  avait  reçu,  ainsi  qu'un  de  ses  amis,  l'ordre  du  roi 
de  Corée  de  mettre  à  mort  l'ancien  conspirateur  et  que  les 
instructions  écrites  se  trouvaient  entre  les  mains  de  soncom- 

• 

pagnon,  resté  à  Tokio.  Il  prétendait  qu'il  n'avait  pu  exé- 
cuter plus  tôt  l'ordre  qui  lui  avait  été  donné,  parce  qu'il  dési- 
rait  tirer   tous    les    renseignements  possibles   de  Kim,  qui 

I.  Voir  II,  p.  608. 


aSo  LA    GUERRE    SIIfO-JAPONAISE 

avait  été  attiré  à  Chang-Haï  par  une  invitation  de  Tancien 
ministre  de  Chine  ù  Tokio,  Li,  fils  adoptif  du  vice-roi  du 
Tché-li.  Hong  était  parent  de  Hong  Yong-sik,  maitre  des 
postes  de  Séoul,  l'un  des  rebelles  qui  fut  massacré  en  i88i; 
il  est  très  probable  que  l'assassinat  de  Kim  devait  servir  à 
Hong  Tjyong-ou  pour  rentrer  en  grâc€  à  la  cour  coréenne. 
Hong  avait  connu  Kim  au  Japon  en  1889,  et  il  avait  essayé, 
mais  en  vain,  de  le  persuader  à  rentrer  dans  son  pays  *. 

Hong  Tjyong-ou,  confronté  avec  sa  victime,  fut  remis  en- 
tre les  mains  du  tché-hien  de  Chang-Haï,  et  le  roi  de  Corée 
fut  prévenu  télcgraphiquemcnt  de  l'assassinat.  Le  vendredi 
6  avril,  le  consul  de  Corée  à  Tien-Tsin,  Siu,  arrivait  à  Chang- 
Haï,  muni  de  pleins  pouvoirs  ;  il  se  mit  en  rapports  avec  le 
tché-hien,  et  comme  aux  termes  de  la  convention  entre  la 
Chine  et  la  Corée,  les  Coréens  sont  justifiables  de  leurs  pro- 
pres tribunaux  pour  leurs  crimes  commis  contre  leurs  com- 
patriotes, les  autorités  chinoises  lui  firent  remise  de  Hong 
Tjyong-ou  et  du  cercueil  de  Kim,  conservé  jusqu'alors  dans 
le  dépôt  mortuaire  de  la  corporation  des  gens  du  Hou-nan, 
qui  furent  embarqués  le  6  avril  à  10  heures  et  demie  du  soir, 
sur  la  corvette  chinoise  Wei-Cfiing  qui  leva  l'ancre  pour  la 
Corée  avec  des  dépêches  pour  Youcn  Chc-k'ai,  résident  chi- 
nois h  Séoul.  Le  12  avril,  le  Wci-Chirifj  arrivait  à  Tche- 
moulpo  ;  le  cercueil  fut  transporté  h  bord  du  vapeur  Han- 
rang  qui  partit  le  lendemain  avec  Hong  ;  le  cercueil  débar- 
qué à  Yang  houa  tchen,  près  de  Séoul,  fut  recouvert  d'un 
drap  portant  six  grands  caractères  chinois  signifiant  :  «  Ok 
kyoum,  archi-rebelle  et  hérétique.  »  Le  1 4,  un  édit  du  roi 
arrivait  ordonnant  de  décapiter  et  d'écarteler  le  cadavre  dont 
les  cinq  morceaux  furent  exposés  au  bout  de  perches.  Quelque 


I .  Hong  avait  résidé  plusieurs  années  h  Paris,  et  il  avait  quitté  la 
Franco  en  juillet  1898  sur  le  vapeur  des  Messageries  maritimes  Afel- 
bourne. 


ASSASSINAT    DE    RIM    OR    KTOUM  sSl 

temps  après,  la  tête  fut  envoyée  à  Séoul,  où  elle  fut  d^ailleurs 
volée  et  le  reste  du  corps  de  Kim,  déjxïcé  à  nouveau,  fut  ré- 
parti entre  les  huit  provinces  du  royaume.  HongTjyong-ou, 
conduit  à  Séoul  en  chaise  à  porteurs,  fut  reçu  avec  honneurs 
par  le  roi.  Le  père,  âgé  et  aveugle,  de  Kim,  ainsi  que  sa 
femme  et  sa  fille,  qui  gagnaient  péniblement  leur  vie  comme 
blanchisseuses  dans  un  petit  village,  furent  conduits  à  Séoul 
et  décapités. 

Chose  curieuse  I  Dans  la  nuit  du  28  mars  1894,  le  jour 
même  de  l'assassinat  de  Kim,  un  de  ses  complices,  Po 
Tcheng-sieou,  qui  avait  ouvert  une  école  à  Tokio,  échappa 
au  poignard  d'un  compatriote,  LiTsi-tché*. 

Peu  de  temps  après,  une  rébellion  éclatait  dans  la  province 
de  Tjyen-nato  et  les  insurgés  nommés  Tong-haks  s'em- 
paraient de  la  capitale  provinciale  TjyenTjou.  Le  gouverne- 
ment coréen  réclama  Taide  de  la  Chine  et  du  Japon.  Les  Chi- 
nois répondirent  immédiatement  à  cet  appel  et  débarquèrent 
des  troupes  à  Ya-chan  (Asan).  Les  Japonais  arrivèrent 
quand  la  rébellion  était  écrasée,  mais  ils  jugèrent  la  situation 
tellement  sérieuse  qu'ils  envoyèrent  des  troupes  pour  garder 
leur  légation  à  Séoul  ;  ils  en  avaient  le  droit,  disaient-ils,  par 
traité  :  aucun  ministre  étranger  ne  protesta. 

Le  jeudi  28  juin  189/i,  Otori,  ministre  du  Japon  à  Séoul, 
fut  reçu  en  audience  par  le  roi  de  Corée,  auquel  il  remit  un 
ultimatum,  demandant  qu'à  l'avenir  son  royaume  agisse 
comme  un  état  indépendant  et  non  comme  un  pays  vassal  de 
la  Chine,  et  que,  dans  ce  cas,  le  Japon  lui  donnerait  son  appui 
moral  et  matériel.  Le  roi  demanda  une  semaine  pour  don- 
ner une  réponse. 


I.  Voir  sur  ce  drame,  le  North-China  Herald^  I,  1894»  p.  488,  53o, 
574,  696.  819. 


a3a  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 


PROJET    DE    RÉFORMES    POUR    LA    CORÉE 

On  prétendait  que  le  Japon  avait  suggéré  le  projet  de  ré- 
formes suivant  à  la  Corée  : 

I.  —  Réforme  dans  les  gouvernements  central  et  provin- 
cial et  nomination  de  fonctionnaires  capables. 

1.  Définir  clairement  les  devoirs  de  tous  les  fonctionnaires. 
Toutes  les  affaires  intérieures  et  étrangères  devront  être  sous  le 
contrôle  du  Giseifu  (Conseil  administratif)  et  à  la  tête  des 
Départements  seront  placés  les  six  Sohansho  (Ministres), 
comme  jusqu'ici.  Les  fonctionnaires  du  palais  seront  distincts 
des  fonctionnaires  administratifs,  et  les  premiers  ne  seront  en 
aucune  circonstance  mêlés  aux  affaires  administratives  na- 
tionales. 

2.  Comme  les  relations  diplomatiques  et  commerciales 
avec  les  pays  étrangers  sont  de  la  plus  grande  importance, 
elles  devront  être  traitées  avec  circonspection  et  un  ministre 
responsable  en  sera  chargé. 

3.  Les  emplois  qui  seront  nécessaires  pour  la  conduite  des 
ordres  administratifs  seront  conservés,  mais  toutes  les  siné- 
cures seront  abolies.  Les  services  seront  fondus  de  façon  à 
simplifier  les  affaires  autant  que  possible. 

l\.  Les  districts  provinciaux  actuels  sont  trop  nombreux. 
Ils  devraient  être  réduits  de  nombre  afin  de  diminuer  les  dé- 
penses ;  mais  un  soin  spécial  sera  pris  de  ne  pas  gêner  Teffi- 
cacité  de  l'administration. 

5.  Tous  les  fonctionnaires  devront  avoir  des  devoirs  fixes. 
Seuls  ceux  dont  les  services  sont  absolument  nécessaires 
devront  être  conservés,  et  les  fonctionnaires  superflus  devront 
être  congédiés. 

6.  Nomination  par  héritage  de  famille,  position  ou  précé- 
dent, devrait  être  abolie  et  toutes  les  places  seront  ouvertes 
au  talent. 


PROJET  DE  RÉFORMES  POUR  LA  CORÉE  a33 

7.  L'achat  des  charges  devrait  être  aboli,  comme  expo- 
sant à  de  grands  maux. 

8.  Tous  les  salaires  des  fonctionnaires  devraient  être  clai- 
rement fixés  à  des  sommes  qui  leur  permettent  de  vivre 
honnêtement. 

9.  L'acceptation  par  les  fonctionnaires  de  pots  de  vin 
en  argent  ou  autres  serait  strictement  interdite  par  la  loi. 

10.  Le  commerce  privé  par  lous  les  fonctionnaires  des 
gouvernements  central  et  provincial  serait  strictement  prohibé 
par  la  loi. 

n.  —  Augmenter  la  richesse  nationale  par  la  réorganisa- 
tion financière. 

11.  Le  revenu  et  les  dépenses  nationauxseraientexaminés 
et  clairement  définis  par  un  système  fixe. 

12.  Toutes  les  affaires  concernant  les  comptes  publics  se- 
raient divisées  strictement. 

i3.  Le  système  monétaire  serait  immédiatement  réorga- 
nisé. 

i4.  Les  produits  agricoles  des  divisions  provinciales  se- 
raient déterminés  et  le  tauxdeTimpôt  réformé. 

i5.  Toutes  les  taxes  seront  réformées  par  la  loi  et  de  nou- 
velles sources  de  revenus  créées. 

16.  Là  où  la  dépense  n'est  pas  absolument  nécessaire,  des 
réductions  seraient  faites;  et  là  où  une  augmentation  est 
nécessaire,  tous  les  efforts  seraient  faits  pour  y  répondre. 

17.  Les  routes  de  l'Etat  seront  planes  et  larges.  Des  che- 
mins de  fer  seraient  construits  entre  Séoul  et  les  ports  à  traité; 
et  il  devrait  y  avoir  des  communications  télégraphiques  avec 
les  villes,  bureaux  de  districts,  et  garnisons  de  façon  à  aug- 
menter les  facilités  de  communication. 

18.  Les  affaires  devS  douanes  dans  les  ports  à  traité  seraient 
entièrement  dirigées  par  la  Corée,  sans  aucune  intervention 
extérieure. 


a 34  LA    GUERRE    S1NO-JAPONA18E 

III.  —  Réorganiser  la  loi  et  les  cours  de  justice. 

19.  Les  lois  existantes  qui  sont  considérées  comme  ne  con- 
venant plus  au  temps  présent  seront  suspendues  ou  modifiées 
et  de  nouvelles  lois  seront  établies  pour  répondre  aux  nou- 
veaux besoins. 

20.  En  réformant  la  loi  delà  procédure  judiciaire,  l'équité 
de  la  justice  sera  prouvée. 

IV.  —  Réorganiser  Tarmée  et  la  police,  pour  supprimer 
la  rébellion  intérieure  et  maintenir  la  paix. 

21.  Les  ofliciers  militaires  devraient  être  instruits. 

22.  L'armée  et  la  marine  actuelles  devraient  être  réfor- 
mées ;  et  autant  de  corps  de  nouveau  modèle  que  le  per- 
mettent les  finances  nationales  devraient  être  établis. 

23.  Comme  rétablissement  de  la  police  est  tout  à  fait  né- 
cessaire, des  postes  de  police  seront  établis  à  Séoul  et  dans 
d'autres  villes  importantes,  et  strictement  disciplinés. 

V.  —  Fixer  le  système  d'éducation. 

2/1.  Le  système  entier  d'éducation  devrait  être  réformé 
convenablement,  et  dans  chaque  localité,  des  écoles  élémen- 
taires devraient  être  établies  pour  l'éducation  des  enfants. 

25.  Après  l'établissement  des  écoles  élémentaires,  des 
écoles  moyennes  et  des  collèges  devraient  être  établis  dans 
l'avenir  quand  besoin  en  serait. 

26.  Les  plus  capables  parmi  les  étudiants  devraient  être 
envoyés  à  l'étranger  pour  étudier*. 

L'attitude  des  Japonais  à  l'égard  des  étrangers  devenait 
menaçante:  le  dimanche  1 5  juillet,  le  consul  général  d'An- 
gleterre, M.  C.  T.  Gardner  et  sa  femme,  M.  J.  Me  Leavy 
Brown  et  un  résident,  M.  Fox,  quittèrent  Séoul  par  la  porte 
de  l'Ouest  pour  faire  une  promenade  dans  la  campagne,  sur 

I.  Traduit  de  la  Japan  Gazette,  reproduite  dans  le  North-China 
Herald,  Aug.  3,  1894»  p.  179»  180. 


AFFAIRE    DU    KOWSHING  a35 

la  route  de  Yang-hoiia  Ichen  ;  ils  tombèrent  au  milieu  d'un 
camp  japonais  où  était  stationne  le  2i*  régiment  d'infanterie 
et  furent  maltraités,  quoique  M.  Gardner  fut  parfaitement 
connu.  Malgré  les  réclamations  adressées  au  ministre  Otori, 
le  consul  ne  put  obtenir  aucune  satisfaction.  L'incident  fut 
enfin  terminé  par  des  excuses  privées  du  marquis  Saionji. 
Le  même  jour,  M.  Osborne,  commissaire  des  douanes  de 
Tche-moul  po,  était,  sur  un  prétexte  futile,  insulté  et  jeté 
par  terre,  tandis  qu'un  soldat  japonais  coupait  la  main  de 
son  coolie  d'un  coup  de  ba  y  on  nette. 

Le  23  juillet,  au  malin,  les  Japonais  attaquèrent  à  Séoul 
le  palais  royal  défendu  par  quelques  troupes  de  Ping-yang, 
déposèrent,  le  roi  de  Corée  qu'ils  retinrent  prisonnier  à 
leur  légation  avec  la  reine,  le  prince  héritier  et  les  jeunes 
princesses  et  nommèrent  à  sa  place  le  Tai  Wen  Koun  qui 
refusa  le  titre  de  roi,  mais  fut  obligé  d'agir  comme  régent. 
Malgré  ses  80  ans,  ce  dernier  refusait  d'obéir  aux  Japonais 
et  de  déclarer  la  guerre  à  la  Chine  ;  le  malheureux  roi  fut 
forcé  par  les  Japonais  qui  s'étaient  emparés  du  palais  en  tuant 
3o  ou  4o  serviteurs  et  en  en  blessant  autant,  de  déclarer  la 
guerre  le  27  juillet  à  la  puissance  qu'il  regardait  comme  sa 
suzeraine  ;  par  euphémisme,  il  confiait  aux  Japonais  la  tâche 
d'expulser  les  troupes  chinoises  du  pays. 

Les  Japonais,  après  avoir  déclaré  l'état  de  siège  à  Séoid, 
envoyèrent  des  troupes  vers  le  Sud  pour  attaquer  les  forces 
chinoises  réunies  à  Ya-chan  (Asan). 

Le  2/1  juillet,  la  France  chargeait  son  ministre  à  To-kio, 
M.  Harmand,  d'une  démarche  auprès  du  gouvernement 
japonais  pour  lui  faire  savoir  tout  le  prix  qu'il  attachait  à 
ce  que  le  conflit  fût  évité. 

AFFAIRE     DU    KoiVSking ,     25    JUILLET    iSq^ 

Au  commencement  des  difficultés  avec  la  Chine,  il  y  avait 
à  Ya-chan  ou  A-san,  au  Sud  de  Tchemoulpo,  un  petit  corps 


336  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

de  3ooo  Chinois  qui  y  avaient  été  envoyés  à  la  demande 
du  roi  de  Corée  pour  écraser  la  rébellion  des  Tong-Hak.  Les 
Chinois  expédièrent  des  troupes  par  le  Feiching  et  V Irène  qui 
accomplirent  heureusement  leur  mission  ;  il  n'en  fut  pas  de 
même  de  celle  dévolue  au  Kowshing. 

Le  21  juillet,  le  Feiching  embarqua  à  Tong-kou  pour 
Ya-chan,  environ  700  hommes  de  troupes  chinoises,  5o 
ponies  et  quelques  canons  Krupp  de  5  centimètres;  il  arriva  à 
destination  le  2^,  à  une  heure  de  l'après-midi  et  ayant  immé- 
diatement débarqué  ses  troupes,  il  quitta  le  26  pour  retour- 
ner à  Tong-kou,  mais  il  se  rendit  d'abord  à  Wei-Haï-Weï 
où  il  parvint  le  26  au  matin. 

Le  Koivshing  était  un  vapeur  de  i  355  tonneaux,  du  port 
de  Londres,  construit  à  Barrow-in-Furness.  Il  battait  le  pa- 
villon anglais  et  appartenait  à  VIndo-China  Steam  Naviga- 
tion Co.  représentée  par  Messrs.  Jardine,  Matheson  &  Co. 
Affrété  par  le  gouvernement  chinois  pour  transporter  des 
troupes  de  Ta-kou  à  Ya-chan,  le  Kowshing,  commandant 
Thomas  Ryder  Galsworthy,  quitta  Chang-IIaï  le  17  juillet 
et  arriva  à  Ta-kou  le  20  ;  il  partit  4c  ce  port  le  23  juillet,  à 
9  heures  5o  du  matin  avec  i  220  hommes  (dont  1 100  soldats 
avec  2  généraux  et  M.  Constantin  v.  Hanneken),  12  canons, 
des  fusils  et  des  munitions  ;  le  25  au  matin,  il  arriva  en  vue 
des  îles  de  Tarchipel  de  Corée,  en  dehors  du  golfe  du  prince 
Jérôme.  Il  fut  arrêté  par  un  navire  de  guerre  japonais,  le 
Naniwa  kan,  qui,  après  avoir  fait  visiter  ses  papiers  par  un 
parlementaire,  lui  intima  Tordre  de  le  suivre.  Les  Chinois 
non  seulement  empêchèrent  d'obéir  à  cet  ordre  le  capitaine 
Galsworthy,  mais  encore  ils  l'obligèrent   de  rester  à  bord. 

Le  Naniwa  kan,  arborant  le  pavillon  rouge  au  grand  mât, 
s'avança  et  à  i5o  mètres  de  dislance  déchargea  contre  le 
Kowshing  une  bordée  de  ses  six  canons  ;  le  capitaine  Gal- 
sworthy et  son  second,  Lewes  Henry  Tamplin,  sautèrent 
par-dessus  bord  et  furent  recueillis  par  les  Japonais  ;  une  tor- 


BATAILLE    DE    SEI    ROUAN  387 

pille  acheva  le  malheureux  Kowshiiuj  qui  coula  en  une  demi- 
heure,  les  soldats  chinois  tirant,  sans  succès  d'ailleurs,  sur 
leurs  ennemis.  La  canonnière  française,  le  Lion  y  qui  se  ren- 
dait de  Tchemoulpo  à  Séoul,  sauva  une  quarantaine  de  nau- 
fragés et  le  navire  de  guerre  allemand  Illis  en  recueillit  i3o 
dont  M.  v.  Ilanneken,  i3  étaient  grièvement  blessés.  Gals- 
worthy  et  Tamplin  furent  conduits  iSi  Saseho  et  enfin  relâchés; 
les  Japonais  remirent  pour  leur  frais  de  voyage  2000  pias- 
tres au  premier  et  1  5oo  piastres  au  second,  ainsi  que  5oo 
piastres  au  quartier-maître  manillois  Lineas  Evangelista  qui 
avait  été  également  sauvé. 

BATAILLE    DE   SEI    KOUAIH,     29    JUILLET    iSg^. 

Il  était  de  la  plus  grande  im[X)rtancc  pour  les  Jai)onais 
d'assurer  les  commimications  entre  le  port  de  Fou-san  et  la 
capilxile,  Séoul.  La  division  chinoise,  Ming,  forte  d'environ 
4  000  hommes,  commandée  par  le  général  Yé,  avec  le  général 
INié  sous  ses  ordres,  campée  à  Ya-chan'  (A-san),  menaçait 
leurs  communications.  Laissant  une  brigade  à  Séoul  et  à 
Tchemoulpo,  le  major-général  Oshima,  avec  la  5*  division  de 
i3  5oo  hommes  et  la  9"  brigade  d'infanterie  mixte,  attaqua 
les  Chinois  à  Sei  Kouan,  près  Ya-chan,  le  29  juilletàS  heures 
du  matin  ;  après  5  heures  de  combat,  Oshima  remporte  une 
victoire  complète.  Cinq  cents  Chinois  sont  tués  ou  blessés, 
des  drapeaux  et  quatre  canons  sont  pris  ;  du  côté  des  Japo- 
nais, 5  officiers  et  70  officiers  subalternes  ou  soldats  sont 
tués  ou  blessés.  Les  Japonais  occupent  Ya-chan  et  leur  vic- 
toire les  rend  maîtres  du  Sud  de  la  Corée  ;  les  troupes  de 
Yé  et  de  Nié  battent  en  retraite  vers  le  Nord  et  grâce  à  la 
complicité  des  Coréens,  peuvent  rejoindre  le  gros  de  l'armée 
chinoise  à  Ping-yang  où  nous  les  retrouverons. 

I.  Le  port  d'A-san  est  Paik  Syck  Po  (Mouillage  de  la  Pierre  blanche) 
à  environ  26  kilomètres;  c'est  un  village  de  106  maisons  au  fond  du  golfe 
du  Prince  Jérôme. 


CHAPITRE  XII 
GUERRE  SINO-JAPONAISE  (SUITE) 

M.  Harmcind  ayant  fait  auprès  du  gouvernement  japonais 
la  démarche  qui  lui  avait  été  prescrite  le  2/1,  répondit  le  27 
que  le  Japon  protestait  de  ses  intentions  pacifiques  et  reje- 
tait sur  la  Chine  toute  la  responsabilité  des  dilTicultés  de 
l'heure  présente.  Ce  même  jour,  27  juillet,  dans  l'intérêt  de 
la  paix,  notre  ministère  des  Affaires  étrangères  ainsi  que  la 
Russie  faisaient  faire  par  leurs  représentants  à  ïo-kio  une 
démarche  séparée  en  vue  d'obtenir  le  retrait  des  troupes 
japonaises  de  Séoul  et  de  Tchémoulpo  et  le  départ  de  l'armée 
chinoise  vers  le  nord  ;  le  Japon  (3o  juillet)  ne  refusait  pas 
l'offre  de  service  des  deux  puissances  ;  il  désirait  surtout 
l'évacuation  par  les  Chinois  de  Ping-yang,  clef  de  la  route 
mandarine  de  la  capitale  de  la  Corée  vers  la  Mandchourie  ; 
d'ailleurs  la  veille  le  Japon  avait  remis  au  corps  diplo- 
matique étranger  une  longue  note,  dans  laquelle  il  insinuait 
qu'une  intervention  lui  serait  agréable. 

Si  Tétat  de  guerre  existait  en  fait,  il  n'existait  pas  en 
droit  ;  ces  actes  d'hostilité  s'accomplissaient  sans  aucune  dé- 
claration oflicielle  de  la  guerre  de  la  part,  soit  de  la  Chine, 
soit  du  Japon.  Le  3i  juillet,  une  dépêche  officielle  du  gou- 
vernement japonais  déclarait  l'existence  de  l'état  de  guerre 
et  le  i"  août,  une  déclaration  simultanée  de  guerre  des  deux 
empires  mit  fin  à  une  situation  fausse. 


DÉCLARATION    DE    GUERRE    DE    LA    CHINE  3 3g 

DÉCLARATIO?!    DE    GUERRE    DE    LA    CHINE,     l"  AOUT    iSqA 

DÉCRET  IMPÉRIAL  * 

La  Corée  est  un  pays  limitrophe  placé  depuis  plus  de  deux 
cents  ans  sous  la  suzeraineté  de  l'Empire  des  Tsing.  U  doit, 
chaque  année,  nous  payer  un  tribut  :  c'est  ce  que  savent  la 
Chine  et  les  pays  étrangers. 

Durant  ces  dix  dernières  années,  des  insurrections  ont  éclaté 
fréquemment  en  Corée  et  notre  Gouvernement,  par  pitié  pour 
les  faibles,  envoya  dans  plusieurs  occasions,  des  troupes  rétablir 
l'ordre,  et  institua  un  agent  qui  réside  dans  la  capitale  de  ce 
royaume  pour  sa  protection. 

Au  mois  de  mai  dernier,  une  nouvelle  insurrection  ayant 
éclaté,  le  prince  de  ce  pays  nous  demanda  d'une  façon  pressante 
des  secours  pour  l'aider  à  la  réprimer.  Nous  avons  ordonné  alors 
à  Li  Houng-Tchang  d'envoyer  des  troupes  à  son  secours,  et  dès  leur 
arrivée  à  Yachan  (Asan)  les  rebelles  se  dispersèrent  comme  des 
étoiles.  Mais  les  Wo-jen^  envoyèrent,  sans  raison,  des  troupes  et 
entrèrent,  soudain,  dans  Séoul.  Par  la  suite,  le  nombre  de  ces 
troupes  fut  augmenté  jusqu'à  s'élever  à  plus  de  dix  mille  hom- 
mes. Us  forcèrent  la  Corée  à  changer  son  gouvernement  et  mon- 
trèrent toutes  espèces  d'exigences,  si  bien  qu'il  fut  impossible  de 
raisonner  avec  eux.  La  Cour  de  Chine,  pleine  de  mansuétude 
pour  ses  vassaux,  avait  laissé  la  Corée  s'administrer  elle-même 
en  tout  ce  qui  concerne  son  Gouvernement  intérieur. 

Le  Japon  qui  était  lié  à  la  Corée  par  des  traités  et  qui  avait 
avec  ce  pays  des  relations  d'amitié,  n'avait  nullement  le  droit  de 
se  servir  de  troupes  nombreuses  pour  l'opprimer,  le  contraindre 
et  faire  acte  de  violence.  Toutes  les  Puissances  reconnaissent  que 
cette  expédition  est  sans  gloire  pour  les  Japonais  et  contraire  aux 
bons  sentiments  et  à  la  raison.  Elles  ont  conseillé  au  Japon  de 

I.  Gazette  de  Pé-King.  —  Le  i*-'»"  jour  de  la  7*  lune  de  la  2o«  année 
Kouang-Siu  (le  i'^''  août  1894). 

a.  Wo  (Yamato),  ancienne  désignation  du  Japon.  Ce  caractère  entre 
dans  la  composition  du  terme  injurieux  IVo-noUy  esclaves  de  Yamato,  par 
lequel  les  Chinois  désignent  quelquefois  les  Japonais.  H.  L.  —  Wo  veut 
dire  «  soumis  »,  «  tournant  et  tordant  »,  et  non  pas  c  nain  »  comme  le 
marque  Williams,  suivi  par  Giles. 


a40  LA    GUERRE    SINO-JAPONA1SE 

retirer  ses  troupes  et  de  discuter  pacifiquement.  Il  s'est  obstiné, 
cependant,  il  n'en  a  pas  tenu  compte,  et  les  pourparlers  n'ont 
pu  aboutir.  Il  a  poursuivi,  au  contraire,  ses   envois  de  troupes. 

Les  Coréens  et  les  marcbands  cbinois  ayant  été,  de  jour  en 
jour,  en  proie  ù  des  alarmes  et  à  des  vexations  plus  grandes,  la 
Cbine  a  du  envoyer  de  nouvelles  troupes.  Qui  eût  pu  croire  que 
nos  transports  seraient,  en  roule,  attaqués  à  coups  de  canon  et 
avariés  par  un  grand  nombre  de  bateaux  Wo  qui  se  sont  pré- 
sentés inopinément  au  large  du  port  de  Ya-Ghan  (Asan)  et  ont 
profité  de  ce  (jue  nous  n'étions  pas  prêts  !  De  telles  fourberies 
sont  clioses  que  personne  ne  saurait  prévoir. 

Le  Japon  a  violé  les  traités  et  le  droit  des  gens,  et,  semblable 
à  im  oiseau  qui  guette  sa  proie,  il  a  agi  par  ruse.  C'est  lui  qui 
a  ouvert  les  hostilités,  Topinion  publique  est  manifeste  h  cet 
égard , 

Nous  voulons  par  ce  décret  faire  connaître  à  tout  l'Univers 
(l'Empire),  que  dans  les  alfa  ires  de  Corée,  bien  que  notre  huma- 
nité ait  été  extrême  et  notre  mansuétude  inépuisable,  les  Wo- 
jen  ont,  sans  aucun  motif,  commencé  les  hostilités.  Il  serait  dif- 
ficile, en  (le  telles  circcmstances,  de  tolérer  plus  longtemps  ces 
faits.  Aussi  nous  enjoignons  à  Li  lloung-lchang  de  donner  des 
ordres  formels  pour  faire  partir  les  armées  et  marcher  promptc- 
ment  au  combat,  de  rassembler  en  grand  nombre  les  troupes 
d'élite  et  de  les  en>o\er  successivement  en  avant  afin  de  délivrer 
le  peuple  Coréen  de  grandes  calamités. 

ÎSous  enjoignons  à  tous  les  Maréchaux  Tartares,  Vice-Rois  et 
Gouverneurs  et  à  tous  les  commandants  supérieurs  des  forces 
militaires  sur  le  littoral  et  le  long  des  lleuves,  de  tenir  leurs 
troupes  prêtes  et  d'empêcher  par  les  armes  les  bateaux  à  vapeur 
des  Wo-jen  d'entrer  dans  nos  ports  et  de  les  repousser  tous. 

Qu'il  ne  soit  [Hormis  à  |)ersonne  de  reculer,  ce  qui  attirerait 
sur  les  coupables  le  châtiment. 

Que  ce  décret  soit  porté  à  la  connaissance  de  tous. 

Respect  h  ceci  *  ! 

Les  Japonais,  au  nombre  de  seize,  presque  tous  appar- 
tenant à  la  Légation,  quittèrent  Pé-King,  le  jour  même  de  la 
déclaration  de  guerre,  le  i®'  août. 

1.  Pour  traduction  conforme,  le  2«  inlcrprcle  (sig.)  :  H.  Lkduc. 


DÉCLARATION    DE    GUERRE    DU    JAPON  S^  I 

Simullanémcnt,  le  Ja|K)n  lançait  sa  proclamation  de 
guerre. 

DÉCLARATION    DE   GUERRE    DU    JAPON 
KDIT   IMPÉRIAL^ 

Nous,  par  la  protection  céleste.  Empereur  du  Japon,  assis  sur 
un  Trône  occupé  par  la  même  dynastie  pendant  dix  mille  géné- 
rations, adressons  la  proclamation  suivante  à  tous  Nos  loyaux 
et  braves  sujets. 

Nous  déclarons  ici  la  guerre  h  la  Chine.  Que,  parmi  Nos  ser- 
viteurs, tous  les  fonctionnaires  compétents,  en  conformité  avec 
Notre  pensée  poursuivent  les  hostilités  avec  la  Chine,  et  sur 
terre  et  sur  mer,  et  que  par  là,  ils  s'elTorcent  d'atteindre  le  but 
que  se  propose  le  Gouvernement.  Nous  espérons  qu'aucun  d'eux 
ne  négligera  aucun  moyen  d'action  en  son  pouvoir,  pourvu  qu'il 
soit  conforme  aux  lois  du  pays. 

Depuis  plus  de  vingt  ans  que  Nous  sommes  monté  sur  le 
Trône,  Nous  avons  recherché  l'éclat  de  la  civilisation  et  les  bien- 
faits de  la  paix  ;  sachant  quels  maux  extrêmes  résultent  des  dif- 
ficultés avec  les  Etats  étrangers,  Nous  avons  fait  en  sorte  que 
Nos  Ministres  s'efforcent  toujours  d'affermir  les  bonnes  relations 
avec  les  Puissances  amies,  et,  grâce  aux  Dieux,  les  relations  avec 
les  pays  étrangers  sont  devenues,  d'année  en  année  plus  intimes. 
Et  voici  qu'inopinément,  à  propos  des  affaires  coréennes,  la 
Chine  a  usé,  à  Notre  égard,  de  procédés  destructeurs  des  bonnes 
relations  et  de  la  bonne  foi  I 

La  Corée  est  un  État  indépendant,  et  c'est  l'Empire  qui  l'a 
d'abord  attirée  et  introduite  dans  la  société  des  nations.  Or,  la 
Chine  a  pris  l'habitude  de  lui  donner  le  nom  d'Etat  vassal,  de  se 
mêler,  —  secrètement  ou  ouvertement,  de  ses  affaires  intérieu- 
res ;  et,  au  moment  des  troubles  intérieurs  de  ce  pays,  prenant 
prétexte  des  difficultés  de  son  vassal,  elle  a  envoyé  des  troupes  en 
Corée. 

Nous,  conformément  au  traité  de  i88a.  Nous  nous  sommes  pré- 
paré à  toute  éventualité  fâcheuse  en  envoyant  des  troupes  ;  pour 
éviter  par  avance  les  troubles  qui  pourraient  s'élever  de  nouveau 
en  Corée  et  pour  y  maintenir  la  tranquillité  à  l'avenir,  désireux 

2.   Gazette  officielle,  n»  extraordinairo  du  2  août  1894. 

CoRDiEA.  m.  —  16 


'2l\'J  L\   GUERRE    SINO-JAPOKAISB 

de  conserver  la  paix  de  rOricnt,  Nous  avons  au  préalable  averti  la 
Chine,  en  lui  demandant  une  action  commune,  et  Nous  avons 
vu,  au  contraire.  Nos  avances  repoussétîs  à  diverses  reprises  et 
sous  divers  prétextes.  Sur  les  conseils  de  rEmpire,  la  Corée  a 
consenti  à  rél'ormer  son  gouvernement,  de  façon  à  affermir  sa 
tranquillité  intérieure  et  à  maintenir  ses  droits  d*Ëtat  indépen- 
dant à  l'extérieur  :  mais  la  Chine,  agissant  dans  le  secret,  a  mis 
cent  empêchements  h  ce  projet;  elle  a  temporisé  sous  divers  pré- 
textes, de  façon  à  compléter  ses  préparatifs  de  guerre  sur  terre 
et  sur  mer  ;  et  quand  ils  ont  été  complets,  elle  a  aussitôt  usé  de 
ses  forces  pour  réaliser  ses  desseins  ;  elle  a  envoyé  des  forces  con- 
sidérables en  Corée  et  a  mis  le  comble  à  ses  agissements  en  tirant, 
dans  les  eaux  coréennes,  sur  nos  navires  de  guerre.  Le  but  de  la 
Chine,  c'est  de  rendre  incertain  à  qui  incombe  la  charge  de 
maintenir  Tordre  en  Corée  ;  c'est  d'obscurcir  le  sens  des  traités 
qui  ont  reconnu  à  la  Corée  sa  place  parmi  les  Ëtats  indépen- 
dants, place  où  l'Empire  l'a  conduite,  et  aussi  de  diminuer  sa 
situation  mémo.  On  ne  peut  douter  que  par  là,  la  Chine  atta- 
que les  droits  et  les  intérêts  de  l'Empire  et  crée  une  menace 
perpétuelle  pour  la  tranquillité  de  l'Orient.  Si  Ton  examine 
mûrement  les  actes  de  la  Chine  et  que  l'on  sonde  ses  projets,  on 
ne  piîut  pas  ne  pas  dire  qu'elle  a,  dès  le  commencement,  sacrifié 
la  paix  à  la  poursuite  de  ses  ambitions  mauvaises. 

Les  choses  en  étaient  venues  au  point  où  elles  sont,  malgré 
Notre  désir  spécial  d'étendre  la  renommée  de  l'Empire,  au  dedans 
et  au  d(îliors,  par  les  seuls  moyens  pacifiques.  Nous  ne  |K)uvons 
ne  pas  déclarer  publiquement  la  guerre.  Nous  comptons  sur 
votre  valeur  et  voire  loyauté  et  Nous  espérons  qu'en  rétablissant 
bientôt  la  paix  pour  longtemps,  vous  aflirmerez  la  gloire  de 
l'Empire. 


Signature  et  sceau  de  S.  M. 


Contreseing  des  Membres  du  Cabinet* . 


Le  12  août  i8g4. 


Le  if\  août,  la  Grande-Bretagne,  la  Hollande  et  le  Por- 
tugal faisaient  une  déclaration  publique  de  neutralité. 


I.   Pour  Iraduclion  conforme,  rinlcrprclo  (sig.)  :  Maurice  Courant. 


CONVENTION    ENTRE    LA    CORÉE    ET    LE    JAPON  ^43 


CONVENTION   ENTRE  LA   CORÉE   ET    LE  JAPON,    2G    AOLT    1894. 

Voici  une  convention  qui  parut  clans  la  Gazette  officielle 
du  Japon  et  qui  aurait  été  signée  à  Séoul  le  26  aoiU  1894  ; 
le  ministre  Otori  ',  cl  Sugimura,  consul  à  Séoul,  terrori- 
saient les  Coréens  : 

Le  (îouvprnoinenl  des  deux  pays  —  Dai  Nippon  et  Dai  Tclio- 
scn  —  ont  pris  pour  s'entr'aider  une  attitude,  offensive  et  défen- 
sive, vis-à-vis  de  la  Chine,  depuis  que  le  35  de  la  7"  lune  de  la 
37*'  année  Meidji,  suivant  le  calendrier  ja|X)nais,  et  le  33  de  la 
()"  lune  de  la  ooS"  année  depuis  rétablissement  du  pays  suivant 
le  calendrier  coréen,  le  Gouvernement  Coréen  a  confié  dans  son 
intérêt  au  Ministre  plénipotentiaire  et  Envoyé  extraordinaire 
ja|K)nais  à  Séoul,  Corée,  la  tache  d'expulser  les  troupes  chinoises 
du  pavs.  Kn  conséquence  les  ministres  soussignés  des  deux  pays, 
étant  munis  de  pleins  pouvoirs,  ont  arrêté  les  articles  suivants, 
afin  de  rendre  ce  fait  évident,  et  pour  assurer  en  môme  temps  la 
co-opération  des  deux  pays  : 

Article  I.  —  Cette  convention  a  pour  objet  l'expulsion  des 
troujMîs  chinoises  du  territoire  coréen  ;  rétablissement  de  l'indé- 
pendance et  du  gouvernement  autonome  de  la  Corée  sur  une 
base  plus  solide,  et  l'avancement  des  intérêts  mutuels  des  deux 
pays,  Japon  et  Corée. 

Art.  II.  —  Le  Japon  enl reprendra  contre  la  Chine  les  opéra- 
tions offensives  et  défensives,  qui  peuvent  être  nécessaires,  la 
Corée,  de  son  côté,  s'engageaiit  à  fournir  toutes  les  facilités 
qu'elle  pourra  pour  les  mouvements  des  troupes  japonaises,  et 
le  commissariat. 

Art.  in.  —  Cette  convention  sera  annulée  lors  de  la  conclu- 
sion d'un  traité  de  paix  avec  la  Chine. 

En  foi  de  quoi,  les  Ministres  plénipotentiaires  des  deux  pays 
ont  ci-joint  apposé  leurs  noms  et  leurs  sceaux. 


I.  Le  lO  octobre,  le  comte  Inouyé  arriva  à  Séoul  pour  prendre  charge 
des  affaires,  à  la  place  de  ce  brutal  personnage  qui  n*a  pas  peu  contribué 
à  augmenter  la  haine  des  Coréens  pour  ses  compatriotes. 


244  ^^   GUERRE    SINO-JAPONAISE 

Le  vingt-sixième  jour  de  la  8*  lune  de  la  37*  année  Meidji, 
Dai  Nippon. 

Otori  Keisuk.e, 
Ministre  plénipotentiaire  et  envoyé  extraordinaire. 
Le  36**  jour  de  la  7*  lune  de  la  5o3*  année  depuis  rétablisse- 
ment du  pays,  Dai  Tchosen. 

KiM  YuN-sm, 
Ministre  des  AfTaires  Étrangères  * . 

Telle  ét^it  la  force  de  l'usage  que  dans  les  circonstances 
périlleuses  que  traversait  la  Corée,  en  vue  de  l'anniversaire 
de  l'Impératrice  douairière  de  Chine  dont  la  fête  devait  être 
célébrée  le  7  novembre,  ainsi  que  nous  l'avons  vu,  une  am- 
bassade coréenne  se  rendit  néanmoins  chez  ses  soi-disant 
ennemis  et  arriva  par  voie  de  Chan-IIaï  Kouan,  à  Tien-Tsîn, 
le  6  septembre. 

Au  commencement  de  septembre  1894,  on  estimait  qu'il 
y  avait  en  Corée  environ  3oooo  soldats  ja[X)nais,  donl 
II  000  avaient  été  débarqués  Tchémoulp'o,  16000  a  Fou- 
san  et  3  000  à  Gen-san  ;  la  plu|)art  de  ces  troupes  étaient  en 
marche,  vers  le  Nord,  allant  à  la  rencontre  des  Chinois. 

Sur  la  demande  de  la  France  et  de  l'Angleterre,  le  Japon 
promet  au  Tsoung-li  Yamen  de  respecter  la  neutralité  de 
Chang-Haï  (16  septembre)  ;  l'Angleterre  réclame  l'exécu- 
tion stricte  de  cette  promesse  le  22. 

BATAILLE    DE    PINGYANG,     l6   SEPTEMBRE    iSg^. 

C'était  dans  le  Nord  de  la  Corée,  sur  la  route  mandarine 
qui  conduit  de  Séoul  à  Yi-tchéou,  sur  le  Ya-lou  Kiang, 
frontière  mandchourienne,  à  Ping-yang,  que  devaient  se 
heurter  les  deux  armées,  l'une,  chinoise,  venue  du  Nord, 
l'autre,  japonaise,  venant  du  Sud,   cette  dernière  arrivant 

I.  Traduit  du  North-China  Herald,  21  septembre  i884,  p.  485. 


BATAILLE    DE    PING-YANG  2^5 

avec  une  furia  comparable  à  celle  de  Charles  VIII  à  Fornoue, 
passant  sur  ses  adversaires  écrasés. 

Aussitôt  après  la  déclaration  de  guerre,  les  généraux  des 
provinces  de  Tché-li,  de  Feng-lien,  et  de  Kirin,  reçurent 
Tordre  de  se  rendre  en  Corée,  par  le  Ya-lou.  Le  premier  à 
se  mettre  en  marche  fut  le  général  Tso  Pao-kouei,  de 
Moukden,  qui  partit  avec  les  commandants  des  troupes  de 
Port  Arthur  et  de  Ta-lien  wan.  Tso  arriva  le  lo  août  à 
Yi-lcheou,  où  il  fut  exlrêmement  bien  reçu  par  les  Coréens, 
dont  il  sut  d'ailleurs  gagner  Taflection  par  la  bonne  conduite 
de  ses  troupes.  Toute  autre  fut  Tattitude  des  armées  chinoises 
qui  suivirent  ;  de  Tien-tsin,  arriva  la  division  Cheng,  com- 
posée de  12  bataillons  d'infanterie  (6000  hommes)  et  de 
5  escadrons  (1260  hommes),  la  plupart  du  Ngan-houei, 
patrie  de  Li  Houng-tchang,  formant  à  peu  près  les  huit 
dixièmes  de  la  garnison  de  Tien-Tsin,  commandée  par  le  gé- 
néral Wei  Jou-kouei.  Du  Tché-li,  vint  aussi  une  autre  divi- 
sion, composée  en  grande  partie  d'hommes  de  Ho-fei  (Ngan 
houei),  commandée  par  le  général  Soung  K'ing;  enfin  de 
Kirin,  arrivèrent  3  000  cavaliers,  commandés  par  le  général 
Ting-An.  Il  faut  ajouter  à  ces  troupes  la  division  Ming, 
venant  de  Ya-chan,  composée  de  4  000  hommes,  sous  les 
ordres  des  généraux  Yé  et  Nié.  Une  troisième  division  était 
en  route  de  Ta-lien  wuan,  composée  d'hommes  de  Formose, 
sous  les  ordres  du  général  Lieou,  parent  de  Lieou  Ming- 
tchouan,  gouverneur  de  Formose.  Les  troupes  de  Kirin  et 
de  Tché-li  se  conduisirent  extrêmement  mal  à  Tégard  des 
habitants  et  agirent  en  véritables  brigands. 

Le  i3  août,  Tso  et  Wei  s'emparèrent  de  la  ville  murée  de 
Tchoung-hoa,  au  Sud  de  Ping-yang.  C'est  là  qu'ils  furent 
rejoints  par  Yé  et  Nié,  venus  de  Ya-chan.  Ce  fut  Yé  qui,  par 
décret  impérial,  devenait  malheureusement  pour  les  Chinois 
commandant  en  chef  des  troupes,  Tso  restant  en  second. 
Yé  se  décida  à  s'établir  fortement  à  Tcboung-hoa,  envoya 


346  LF    GUERRE   SINO-JAPONAISE 

des  troupes  qui  s'emparèrent  de  Houang-tchéou  et  s'avancè- 
rent assez  près  de  Séoul  jusqu'à  la  rivière  Lin-tsing,  où  elles 
furent  arrêtées  par  le  gros  de  Tarmée  japonaise.  Cette  avant- 
garde  chinoise,  attaquée  par  les  Japonais  en  nombre  très  su- 
périeur, fut  obligée  de  battre  en  retraite  vers  le  Nord  ;  elle 
se  trouva  acculée  devant  les  murs  de  Ping-yang,  dans  les- 
quels Yé  s'était  enfermé.  Un  conseil  de  guerre  fut  tenu  le 
i4  septembre;  Yé,  qui  n'tivait  pas  fortifié  les  hauteurs  envi- 
ronnant la  ville,  était  d'avis,  ainsi  que  Ting-An,  de  se  reti- 
rer sur  Yi-tcheou.  Tso  et  les  autres  généraux  furent  d'avis 
de  se  défendre  jusqu'à  la  mort.  Il  fut  alors  décidé  que 
l'ofTensivc  serait  prise  à  la  porte  du  Sud  par  Tso  et  ses 
4  5oo  hommes,  et  à  la  porte  de  l'Ouest,  parle  général  Ma  Yu- 
k'oun,  avec  3ooo  hommes,  tandis  que  Wei  Jou-kouci, 
avec  4ooo  hommes  de  la  division  Cheng,  formeraient  une 
première  réserve,  chargée  d'appuyer  Tso  et  Ma,  tandis  que 
l'incapable  Yé,  avec  3ooo  Mandchous,  constitueraient 
l 'arrière-garde.  Il  y  avait  donc  à  Ping-yang  environ  i45oo 
Chinois. 

D'autre  part,  les  Japonais,  commandés  par  le  lieutenant 
général  Nodzu,  sous  la  direction  générale  du  maréchal 
comte  Yamagata,  s'avançaient  sur  trois  colonnes  ;  Tune,  par- 
tie de  Yuen-san  (Wen-san),  sur  la  côte  orientale  de  Corée, 
sous  le  commandement  du  colonel  Sato,  quittait  Yang-tek 
(Yan-té)  le  5  septembre,  avec  l'ordre  de  se  maintenir  à 
Chouen-ngan  le  i5  ;  une  colonne,  de  l'Ouest,  sous  les  ordres 
du  général  Oshima,  arrivait  de  Tchoung-hoa  ;  la  colonne  de 
l'Est,  sous  les  ordres  du  major  général  Tachimi,  arrivait  de 
Saurteng  (Sam-teung)  et  convergeait  vers  Ping-yang. 

Houang-tchéou,  sur  la  rive  gauche  de  la  rivière  Ta-toung, 
près  de  son  embouchure,  avait  été  pris  le  lo  septembre  par 
les  Japonais  ;  le  mercredi  soir,  12,  les  Japonais  essayèrent  de 
surprendre  le  camp  chinois  près  de  Ping-yang,  mais  ils  furent 
repousses;  à  l'aube  du  i5,  Ping-yang  était  investi  ;à  3  heures 


BATAILLE    DU    YA-LOU    KIANG  nt^'^ 

du  malin,  le  major-général  Oslnma  commença  l'attaque,  sans 
attendre  l'arrivée  dn  général  INodzu  et  des  autres  colonnes 
japonaises  ;  Tso  et  Ma,  à  la  porte  du  Sud  et  h  la  porte  de 
l'Ouest,  forcèrent  les  Japonais  à  reculer  à  3  heures  de  l'après- 
midi  ;  Oslnma  était  blessé  ;  les  deux  généraux  chinois 
essayèrent  de  reprendre  les  hauteurs  négligées  par  Yé  et  occu- 
pées par  l'ennemi,  mais  ils  furent  obligés  de  se  retirer  sous 
les  murs  de  la  ville  :  le  général  Nodzu,  le  major-général 
Satsumi  avec  toute  l'artillerie,  le  colonel  Sato  avec  la  colonne 
de  Yuen-San,  étaient  arrivés  sur  ces  entrefaites.  Les 
Mandchous  s'empressèrent  de  déguerpir  immédiatement  pour 
Yi-tcheou,  tandis  que  Yé  arborait  le  pavillon  blanc  que  le  gé- 
néral Nié,  furieux,  s'empressa  d'arracher.  Yé,  avec  cent 
hommes,  se  hûta  de  suivre  Tcxemple  des  Mandchous.  Wei, 
à  son  tour,  s'enfuit  avec  sa  division,  mais  il  était  trop  tard, 
les  Japonais  s'étaient  emparés  de  la  passe  de  Ping-yang  et  si 
Wei  réussit  à  s'échapper  et  h  rejoindre  Yé  à  Yi-tchéou,  il  ne 
perdit  pas  moins  un  tiers  de  l'eiTectif  de  la  division  Cheng. 
Le  lendemain,  16,  la  bataille  recommença  à  2  heures  du 
matin  ;  le  poids  de  la  défense  retombait  donc  sur  les  géné- 
raux Tso  et  Ma.  Tso  Pao-kouei  se  conduisit  en  héros,  il 
tomba  mortellement  fra[)pé  d'un  coup  de  fusil,  au  moment 
où  il  dirigeait  lui-même  le  tir  d'un  canon.  Il  avait  été  d'abord 
blessé  à  la  jambe,  cl  s'était  contenté  de  se  panser  avec  un 
morceau  de  sa  robe,  continuant  de  se  battre  :  c'était  un  mu- 
sulman du  Chan-toung,  de  la  plus  grande  bravoure,  mais 
sans  valeur  stratégique  ;  avant  d'aller  en  Mandchourie  et  en 
Corée,  il  était  général  de  brigade,  commandant  la  divi- 
sion Kao-tcheoudu  Kouang-loung.  Après  plusieurs  heures  de 
lutte.  Ma  battait  en  retraite,  ne  perdant  qu'un  petit  nombre 
de  ses  hommes.  Les  Chinois  avaient  perdu  environ  6  600 
hommes,  et  les  Japonais  avaient  environ  3oo  tués  ou 
blessés.  Les  vainqueurs  pénétrèrent  dans  Ping-yang,  le  ma- 
tin du  16. 


3^8  LA    GUERRE    SINO- JAPONAISE 

BATAILLE  DU  YA-LOU  KlANG,   I7  SEPTEMBRE  1894. 

Escortés  de  six  croiseurs  et  de  quatre  torpilleurs  de  haute 
mer,  les  six  transports  chinois  Chintung,  Haeting,  Hsin-yu 
Toonan,  Leeyuen  et  Ping  —  portant  quatre  mille  hommes 
de  troupes  à  destination  du  Ya-lou,  fleuve  frontière  de 
Mandchouric  et  de  Corée,  quittèrent  Takou  le  i4  septembre  ; 
au  large  de  ïa-lien  wan,  ils  furent  rejoints  par  les  gros  vais- 
seaux. L'escadre  chinoise,  commandée  par  l'amiral  Ting, 
arriva  le  lundi  malin,  17  septembre,  à  Ta-toung  k'eou,  Tune 
des  embouchures  du  fleuve,  près  de  l'île  Ta  Lou  Tao  (île  du 
Grand-Cerf)  et  Ton  commença  en  dedans  de  la  barre  le  dé- 
barquement des  troupes  qui  devaient  renforcer  l'armée  chi- 
noise de  Yi-tchéou,  sur  le  Ya-lou.  L'escadre  se  composait  de 
dix  navires  de  l'escadre  du  Nord  (Pe-Yang)  :  les  cuirassés 
Ting-yuen,  capitaine  Lieou,  portant  le  pavillon  de  l'amiral 
Ting,  Chen-yuen,  capitaine  Lin,  7  /|3o  tonneaux  *  ;  King- 
yuen,  Ping-yuen,  Lai-yuen^,  2  800  tonneaux,  les  bâti- 
ments sans  cuirasse,  Chih-yuen,  CJiing-yiien  et  Tsi-yiien  ^, 
2  3oo  tonneaux  ;  les  deux  croiseurs  Armstrong  Chao-yung, 
capitaine  Wong,  et  Yang-wei\  capitaine  Lin,  i  35o  tonneaux; 
à  ces  dix  bâtiments,  il  fallait  tijouter  deux  croiseurs  de 
I  o3o  tonneaux,  construits  àFou-tchcou,  le  Kuang-chia  elle 
Kuang-ping,  et  les  quatre  torpilleurs  de  haute  mer.  Huit 
étrangers,  MM.  v.  Hanneken,  Tyler,  Beasant,  Hekman,  le 
commandant  Me  Giffin,  T.  Nicholls,  Albrccht,  Hoflmann, 
se  trouvaient  à  bord  des  navires  chinois. 

Vers  midi,  parut  une  escadre  japonaise  de  douze  navires 
commandée  par  le  vice-amiral  Ito,  montant  le  Malsushima 

1.  Ces  deux  cuirassés  construits  à  Stctlin  en  i88a. 
a.  Le  King-yuen  et  le  Lai-yuen  construits  à  Stettin,  1886. 
3.   Le  Chih-yuen   et  le  Ching-ruen,  construits  à  Elswick,    1886  ;  le 
rsi-rurn,  h  Slellin,  i883. 


BATAILLE    DU    YA-LOU    KIANG  3^g 

Kan,  4  278  tonneaux,  28  canons,  qui  fut  le  plus  endommagé 
dans  Tactlon  ;  un  obus  chinois  tomba  au  milieu  de  son  magasin 
de  projectiles  qu'il  fit  sauter  ;  à  la  suite  de  l'explosion,  le  vais- 
seau-amiral faillit  couler.  Le  feu  fut  ouvert,  à  5  000  mètres, 
à  midi  45,  par  le  TiiKj-Yuen  et  dura  jusqu'à  5  heures.  Le 
Kinfj-yiien,  cap.  Lin  Young-cheng  (18  nœuds  1/2)  et  le 
Chih-yuen  (constniit  à  Elswick,  filant  18  nœuds),  cap.  Tang 
Chi-tchang,  furent  coulés  ;  le  mécanicien  A.  Purvis  périt  avec 
ce  dernier  navire  ;  le  Chao-yung  et  le  Yang-ivei  s'échouè- 
rent, en  partie  brûlés;  le  Tsi-yiien  prit  honteusement  la 
fuite  malgré  le  mécanicien  Hoffmann,  après  avoir  abordé  le 
Yanrj-wei,  dans  sa  précipitation  ;  son  capitaine,  Fong,  s'était 
déjà  mal  conduit  lors  de  l'aflaire  du  Koivshing  ;  il  avait  passé 
devant  un  conseil  de  guerre,  et  venait  d'être  réintégré  dans 
son  commandement  ;  en  arrivant  à  Port  Arthur,  Fong  fut 
immédiatement  décapité.  Toute  la  partie  supérieure  en  bois 
des  gros  bâtiments  Ting-yucn  et  Clwn-yuen  avait  été  brûlée  ; 
à  lK)rd  du  Tlng-yucriy  on  s'était  trouvé  à  court  de  munitions; 
parmi  les  munitions  on  avait  trouvé  des  obus  vides  et  d'autres 
en  porcelaine  !  Le  désastre  aurait  été  plus  grand  encore  si 
ces  deux  cuirassés  ne  s'étaient  tenus  au  fond  de  la  baie.  Les 
Chinois  eurent  600  tués  ou  novés  et  une  centaine  de  blessés 
dont  les  étrangers  Von  Ilanneken  et  Tyler  à  bord  du  Ting- 
yuen,  le  commandant  Ph.  McGiffîn  et  A.  Hekmann,  sur  le 
Chen-yuen  ;  roificicr  d'artillerie  T.  Nicholls  fut  tué  par  un 
obus  à  bord  du  Ting-yuen  dont  le  mécanicien  Albrechl  resta 
sans  blessure  ;  l'amiral  Ting  lui-même  fut  blessé  à  la  joue 
droite  et  à  la  jambe  gauche.  Outre  le  Matsushima  Kan,  du 
côté  des  Japonais  les  vieux  bt^timents  Akagi  Kan,  620  ton- 
neaux, 17  ans,  dont  le  commandant  fut  tué,  et  le  Iliyei  Kan, 
2  284  tonneaux,  10  canons,  16  ans,  souffrirent  le  plus  ;  le 
Saikio  Mnru,  portant  le  vic^-amiral  kabayama,  courut  de 
grands  dangers;  le  Yoshino  Kan,  de  4216  tonneaux,  et 
34  canons,  construit  par  Armstrong  et  le  Yayema  Kan,  aviso 


35o  LA    GUERRE    SINO-JAPONAI8E 

de  I  609  tonneaux  et  1 1  canons  furent  à  peu  près  indemnes. 
Les  Japonais  eurent  tués,  10  officiers  et  69  officiers  subal- 
ternes et  hommes;  plus  160  blessés,  officiers  et  homnnes  *. 

A  cinq  heures,  les  Japonais  se  retirèrent. 

Le  vendredi,  21  septembre,  les  six  transports  quittèrent  le 
Ya-Iou  et  regagnèrent  Takou  sans  encombres.  Somme  toute, 
les  Chinois  avaient  accomph  leur  mission  ;  aucun  de  leurs 
vaisseaux  n'avait  été  pris,  et  leurs  transports  étaient  sauvés. 

PASSAGE   or   TA-LOU 

Le  3o  septembre,  le  général  Soimg  Wa-soui,  qui  com- 
mandait à  Port  Arthur  la  division  Yi,  était  nommé  par  édit 
impérial  généralissime  de  toutes  les  troupes  de  Mandchourie 
et  de  Corée,  à  l'exception  de  la  division  de  Kirin,  placée 
sous  le  commandement  du  général  tartarc  du  He-Loung 
kiang,  I-ko-t'ang-a. 

Le  6  octobre,  les  Japonais  qui  s'étaient  avancés  sur  la 
route  mandarinale  de  Ping-yang  jusqu'au  Ya-lou,  frontière 
de  Corée  et  de  Mandchourie,  attaquèrent  les  [K)stes  chinois. 
Le  2.4,  une  brigade,  sous  les  ordres  du  colonel  Sato,  traversa 
à  gué  le  Ya-lou  à  environ  12  kilomètres  au-dessus  de  Yi-tcheou  *, 
sans  trouver  de  résistance  ;  elle  chassa  ensuite  les  Chinois  qui 
établissaient  un  fort  entre  le  Ya-lou  et  son  allluent,  le  Ai-ho, 
et  jeta  un  pont  sur  la  première  de  ces  rivières  en  face  de  Yi- 
tcheou  ;  le  25,  le  corps  d'armée  principal  des  Japonais  traver- 
sait le  fleuve  sur  ce  pont,  assiégeait  Hou  chan,  attaqué  du 
côté  Nord  par  le  colonel  Sato  ;  après  trois  heures  et  demie  de 
combat,  les  Chinois  fuient  et  traversent  le  Ai-ho,  dans  la  di 
reclion  de  Kieou-lien-tcheng,  qui  est  attaqué  par  les  Japo- 

I ,  Les  autres  bâtiments  japonais  étaient,  le  Hashidate,  Vltsukushimfiy 
construits  en  France,  le  Fuso,  VJliitsttsfiimat  le  Naniwa,  le  Taka- 
tchiho  et  le  Tchiyoda. 

a.  En  coréen  Eui-tjyou, 


PORT    ARTHUR  35 I 

nais.  Il  n'y  avait  que  5ooo  hommes  de  troupes  dans  cette 
ville,  que  le  général  Soung  avait  quittée  le  20,  pour  se 
rendre  à  Feng-houang  tcheng,  d'où  il  comptait  ramener 
i5  000  hommes  de  troupe.  Le  26  octobre,  les  Chinois  aban- 
donnaient Kieou-Hen-tcheng,  emmenant  leurs  20  canons 
Krupp  et  les  Hotchkiss,  aussi  lorsque  les  Ja])onais  pénétrèrent 
dans  la  place  après  eux,  ne  trouvèrent-ils  que  trente  vieilles 
pièces  de  canon,  se  chargeant  par  la  gueule.  Le  général 
Soung,  en  apj)renant  la  prise  de  Kieou-lien-tcheng,  s'empressa 
de  quitter  Fcng-houang-tcheng  et  de  se  retirer  dans  les  mon- 
tagnes a  Test  de  Haï-tcheng,  pour  tenir  les  [masses.  D'autre 
part,  les  troupes  mandchoues  sous  les  ordres  de  I-ko-t'ang-a, 
après  avoir  perdu  kieou-lien-tcheng,  se  retirèrent  d'abord  à 
Peun-sieou,  au  Nord-Est  de  Liao-yang  et  enfin  à  Moukden. 
Les  Japonais,  après  avoir  quitté  Feng-houang  tcheng, 
occupent  Siou  yen  et  leur  premier  corps  d'armée  forçant  la 
passe  Mo-lien  ling,  défendue  successivement  par  les  généraux 
Soung  et  Ma,  rencontrent  à  Seu-men  tcheng,  à  16  kilomètres, 
au  Sud-Est  de  Haï-tcheng,  l'armée  chinoise,  forte  de  i5  à 
20  000  hommes,  commandée  par  les  trois  généraux  Ma,  Nié 
et  Feng.  Le  combat  commençai  le  1 1  décembre  au  soir,  con- 
tinua toute  la  nuit  et  le  lendemain  12,  jusque  dans  Taprès- 
midi.  Nié  et  Feng  se  retirèrent  vers  le  Nord  sur  Liao  Yang, 
et  le  général  Ma  à  \ieou  tchouang  ;  pendant  le  combat,  Seu- 
men-tcheng  avait  été  brûlé.  Le  jour  suivant,  les  Japonais 
s'avancèrent  sur  Haï-tcheng. 

PORT   ARTHUR 

Cependant  une  deuxième  armée  japonaise  commandée  par 
le  général  comte  Oyama  débarquait  presque  sans  opposi- 
tion à  Taube  du  2/1  octobre  à  Kin-tchcou  *,  dans  la  baie  de 

I .  Le  commandant  chinois,  le  général  de  brigade  Lien  Choucn,  fut 
blessé. 


252  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

la  Société,  au  Nord-Est  de  Port  Arthur,  et  s^emparait  de  Ta- 
licn-wan,  le  malin  du  6  novembre.  Maîtres  de  la  roule  de  la 
péninsule  de  Liao-loung,  les  Japonais  s'avancèrent  le  20  no- 
vembre sur  la  pointe  Sud-Est  pour  attaquer  Port  Arthur  ; 
cette  place  forte  était  défendue  par  les  généraux  Wei  Jou- 
tch'eng,  originaire  du  pays  de  Li  Iloung-tchang,  Ho  fei, 
dans  le  Ngan-houei,  Houang  Sc-lin,  de  Nan  feng,  dans  le 
Kiang-si,  Kiang  Koue-t'i,  et  Tcheng  Yiin-ho.  La  ville  fut 
attaquée  par  terre  et  par  mer;  les  forts  intérieurs  de  Port 
Arthur  furent  attaqués  le  mercredi  matin  21  novembre  et 
les  Japonais  pénétrèrent  dans  la  ville,  le  même  jour  à 
2  heures.  Ils  y  trouvèrent  de  i5  à  20  000  tonnes  de  charbon 
de  K aï-ping.  La  victoire  des  Japonais  fut  ternie  par  un  mas- 
sacre qui  est  le  premier  acte  barbare  qu'on  ait  eu  a  leur 
reprocher  au  cours  de  celte  campagne;  deux  mille  Chinois 
furent  tués.  Immédiatement  après  la  prise  de  Port  Arthur, 
une  partie  des  troupes  d'Oyama  s'engagea  sur  la  route  de 
Nieou-tchouang  et  Chan-haï  Kouan. 

A  la  nouvelle  de  Tattaque  des  Japonais  sur  Ta-lien-Avan, 
le  général  Soung,  laissant  une  partie  de  son  armée  pour  dé- 
fendre Mo-lien-ling  cl  les  autres  passes,  se  porta  vers  le 
Sud,  avec  3  000  hommes  de  ses  troupes,  et  5  000  du  corps 
Ming,  commandés  par  le  général  Lieou,  neveu  de  Lieou  Min 
Ichouan,  de  Formosc;  c'était  lui  qui  avait  abandonné,  un 
mois  auparavant,  Kieou-lien-tcheng,  sans  combat.  Soung 
arriva  à  Fou-tchéou,  où  il  prépara  sa  marche  sur  Kin-tchéou  ; 
il  y  parvint  le  malin  du  21  novembre.  La  bataille,  commencée 
à  1 1  heures,  dura  quatre  heures  ;  Soung,  défait,  fut  obligé 
de  se  retirer  à  Kaï-tcheou. 

En  apprenant  la  marche  des  Japonais  venant  de  Port 
Arthur,  Soung  se  prépara  à  défendre  les  })asses  qui  condui- 
sent du  Sud  à  Haï-tcheng  et  à  Nieou-lchouang.  Il  resta  jus- 
qu'au samedi  i5  décembre,  près  de  Kaï-tcheou,  lorsqu'il 
apprit  la  >icloire  des  Japonais  à  Seu-men-tcheng  et  la  prise 


WEI-IIAÏ-WEI  253 

de  Ilaï-tcheng.  Sa  retraite  vers  le  Nord  était  donc  coupée,  et 
il  courait  le  risque  d'être  pris  entre  les  deux  armées  japo- 
naises. Il  ne  pouvait  songer  à  se  rendre  à  Ying-k'eou  (Nieou- 
Ichouang),  car  la  rivière  n'était  pas  gelée  ;  il  ne  pouvait  que 
remonter  par  la  route  de  Haï-tcheng  et  se  rendre  à  Tien- 
tchouang-taï  (ville  de  Nieou-tchouang)  sur  la  rive  droite  du 
Liao-ho.  Il  partit  donc  de  Kaï-tcheoul  e  i5  décembre,  arrive 
à  Ta-chi-K'eou  le  i6,  à  Kang-wang-sai  le  17  ;  le  18  et  le  19, 
il  lutte  contre  les  Japonais  qui  s'étaient  avancés  de  Haï-tcheng 
pour  lui  couper  la  retraite.  Soung  réussit  à  se  retirer  à  Nieou- 
tchouang,  d'où  le  21  décembre,  il  commença  à  remonter  à 
ïien-tchouang-taï  où  se  trouve  le  général  Ma  qui,  faisant 
avec  lui  un  chassé-croisé,  se  rend  à  iNieou-lchouang  pendant 
que  son  chef  arrive  à  Tien-lchouang-taï. 

WEl-UAÏ-WEI 

Cependant,  un  troisième  corps  d'armée  japonais  d'environ 
20  000  hommes  et  10  000  coolies,  dont  800  Chinois  de  Kin- 
tcheou,  commandé  par  le  maréchal  Kuroda,  avec  le  général 
Sakouma  en  second,  débarqua  dans  la  baie  Young-tching,  au 
Sud  du  cap  Chan-toung,  le  20  janvier,  sans  grande  résistance 
de  la  part  du  colonel  Yen.  La  force  entière  des  Japonais 
avait  été  réunie  le  19  janvier  à  Ta-lien-wan,  sur  cinquante 
transports. 

Le  18  janvier,  trois  vaisseaux  de  guerre  japonais  traver- 
sant Hope  Sound  qui  sépare  les  îles  Miao-taodu  continent,  à 
quatre  heures  de  l'après-midi,  bombardèrent  Teng-tcheou  sur 
la  côte  du  Chan-toung  ;  le  lendemain,  ils  rouvrirent  encore  le 
feu  ;  un  nouveau  bombardement  eut  lieu  le  26  janvier,  puis 
encore  le  21  février. 

Le  26  janvier,  premier  jour  de  l'an  chinois,  les  Japonais 
attaquèrent  les  forts  de  TOuest  de  Wei-haï-wei,  et  furent 
repoussés  ;  mais  le  3o,  ils  s'emparent  de  deux  forts  de  l'Est, 


354  I^    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

et  en  font  sauter  un  à  TOuest.  Wei-hai-wei  tombe  entre  leurs 
mains.  Les  Chinois,  qui  occupaient  les  forts  terrestres,  pren- 
nent la  fuite  ;  les  Japonais  lournent  les  canons  des  forts  sur 
la  flotte  chinoise  et  sur  Tîle  de  Liu  Kong  tao  ;  dans  la  nuit 
du  4  au  5  février,  les  navires  de  guerre  Tingyuen,  Laiyuen, 
Wei  yuen,  ainsi  que  le  petit  remorqueur  Pao-fa,  sont  tor- 
pillés; le  9,  les  Japonais  bombardent  Liu  Kong  tao  ;  le  lo, 
le  cuirassé  Ching-yuen  est  coulé  à  coups  de  canon. 

Le  matin  du  lundi  1 1  février,  toutes  les  munitions  étant 
épuisées,  Liu  Koung  tao  ne  pouvait  plus  offrir  la  moindre 
résistance  :  l'amiral  Ting  In-tch'ang*,  dangereusement  blessé, 
qui  s'était  vaillamment  défendu,  ne  voulut  pas  sur\ivrc  h  sa 
défaite  et  s'empoisonna  ;  il  fut  suivi  dans  la  mort  par  son 
second,  le  contre-amiral  Lieou  Pou-tchin,  et  par  Tchang  Ta- 
san,  commandant  les  forts  de  l'île;  le  général  Tai  imita 
l'exemple  de  ses  chefs.  Le  pavillon  blanc  fui  arboré  et  Wei- 
Hai-Wei  fut  remis  le  12  aux  Japonais  :  environ  i  700  Chi- 
nois étaient  faits  prisonniers. 

HOSTILITÉS  EN  MANDCHOU  RIE 

Cependant  les  hostilités  continuent  en  Mandchourie  : 
Les  Japonais  s'étaient  emparés  de  Kai-tcheou,  le  jeudi 
10  janvier  ;  Soung  avait  le  mois  suivant  essayé  de  reprendre 
Haï-tch'eng,  mais  il  fut  repoussé  (16  février)  ;  il  prit  la  ré- 
solution de  défendre  la  concession  étrangère  de  Nieou- 
tchouang  (Ying-k'eou),  et  répartit  ainsi  ses  troupes  au  Sud- 
Est  de  Ying-k'eou  dont  la  garnison  était  renforcée  par 
3  000  hommes  envoyas  de  Chan-IIaï  Kouan  :  les  généraux 
Kiang,    G  000  hommes  ;  Ma,  5  000  ;  Soung  jeune,  5  000  ; 


I.  Né  dans  le  Ngan-houei,   près  de  Wou-hou  ;  il  était  entré  dans  la 
marine,  dès  l'âge  de  16  ans. 


FORMosE  a  55 

Tchang,    6000;   Tsang,   3  5oo  ;    Siu,    5  5oo;   et   Licou, 
/*  000  ;  c'est-à-dire  35  000  hommes. 

Le  28  février,  la  principale  division  du  premier  corps 
d'armée  japonais  quittait  Haï-tclicng  et  attaquait  les  Chinois 
sur  la  route  de  Liao-yang  à  Nieou-tchouang  qu'ils  défen- 
daient ;  ceux-ci  sont  repoussés.  Le  4  mars,  les  Japonais 
s'emparent  de  Liao-Yang,  et  maîtres  de  Haï-tcheng  et  des 
places  environnantes,  ce  même  jour,  ils  livrent  bataille  aux 
Chinois  près  du  vieux  Nieou-tchouang;  la  lutte  dure  de 
Il  heures  du  matin  jusqu'à  7  h.  1/2  du  soir;  les  Japonais 
pénétrent  dans  la  ville,  un  c^rps  à  corps  s'engage,  on  se  bat 
de  rue  en  rue,  de  maison  en  maison  ;  le  5,  Soung  est  obligé 
de  se  retirer,  et  le  6,  les  Japonais  entrent  dans  la  concession 
étrangère  de  ^ieou-tchouang.  Le  7  et  le  8  mars,  une  partie 
du  deuxième  corps  d'armée  japonais  ayant  rejoint  le  premier, 
les  Japonais  s'avancent  sur  ïien-lchouang-taï  ;  le  lendemain 
9,  ils  attaquent  Soung  qui,  abandonné  par  Wou  Ta-tch'eng 
et  ses  troupes  du  Ilou-Nan,  est  repoussé;  en  deux  heures,  ils 
s'emparent  de  la  ville  qu'ils  incendient  sans  raison.  Le  10  mars, 
le  général  Nodzu  fait  une  apparition  à  Nieou-tchouang  et 
après  étie  resté  quelques  heures  dans  la  ville  et  avoir  reçu 
la  visite  des  consuls,  il  retourne  à  son  quartier  général.  La 
roule  de  Chan-iiaï  kouan  et  par  suite  de  Pé-King  était  ou- 
verte aux  Japonais. 

FORBIOSE 

En  mars  un  quatrième  corps  d'armée  est  mobilisé  à  Hiro- 
shima. 

Le  23  mars,  Tamiral  ito  avec  neuf  croiseurs  et  deux  ca- 
nonnières bombarda  les  forts  de  l'Est  de  l'île  Pong-Hou;  trois 
mille  hommes  amenés  par  cinq  transports  furent  débarqués  et 
attxiquèrent  ces  forts  que  les  Chinois  évacuèrent  la  nuit  sui- 
vante ;  le  lendemain,  2^,  les  Japonais  ayant  pénétré  dans 


a 56  LA    GUERRE    SINO-JAPONAISE 

ces  forts  en  dirigèrent  le  feu  sur  les  forts  de  l'Ouest  dont  l'un 
sauta;  le  général  chinois  Wang  fut  tué  et  mille  prisonniers 
tombèrent  entre  les  mains  des  Japonais  qui  n'eurent  qu'un 
homme  tué  et  27  blessés. 

Le  3  juin,  les  Japonais  débarquèrent  des  troupes  dans  le 
nord  de  Formose  et  le  même  jour,  ils  s'emparaient  de  Ki- 
loung,  après  un  combat  dans  lequel  3oo  Chinois  perdirent  la 
vie. 

Le  2  juin,  l'amiral  Kobayama  avait  été  proclamé  gouver- 
neur de  Formose.  Inutile  de  parler  d'un  essai  de  république 
tenté  par  les  fonctionnaires  de  l'île  que  la  Chine  avait  aban- 
donné depuis  le  8  mai  ;  au  bout  de  dix  jours,  le  5  juin,  les 
fonctionnaires  de  la  république  pillaient  la  caisse  et  aban- 
donnaient la  place  !  Seul  l'ancien  chef  des  Pavillons-Noirs, 
Lieou  Yen-fou  conserva  son  indépendance  quelque  temps 
encore  dans  le  nord  \ 

I.  11  avait  fait  imprimer  un  timbre-poste  de  10  cents  de  couleur 
bleu-clair  ;  on  en  trouvera  le  fac-similé  dans  le  North-China  Herald^ 
du  27  sept.  1895,  p.  5i2. 


CHAPITRE  XIII 
NÉGOCIATIONS.  -  TRAITÉ  DE  SHIMONOSEKI 

Dès  le  commencenienl  de  novembre,  il  apparaissait  claire- 
ment, aux  esprits  que  n'aveuglait  pas  l'orgueil,  que  la  partie 
était  perdue  pour  la  Chine.  Le  prince  Koung,  pas  plus  que 
Li  Iloung-tchang,  ne  se  faisait  d'illusions  sur  le  résultat  final 
de  la  guerre,  mais  fidèles  à  leurs  habitudes  de  diplomatie 
par  voies  délournées,  au  lieu  de  s'adresser  directement  au 
Japon  pour  connaître  les  termes  dans  lesquels  ce  gouverne- 
ment serait  disposé  à  accorder  la  paix,  les  Chinois  résolurent 
de  faire  lâter  le  terrain  par  un  agent  étranger. 

MISSION    DETRING 

Le  21  novembre,  M.  Detring,  commissaire  des  douanes, 
accompagné  de  M.  Michio,  quittait  Tien-tsin,  sur  le  Li yù, 
pour  Kobé,  chargé  par  Li  de  pressentir  le  gouvernement  du 
Japon  sur  les  conditions  de  la  paix.  Sur  ces  entrefaites,  le 
gouvernement  américain,  dont  les  Chinois  avaient  réclamé 
les  bons  offices  au  mois  d'octobre,  faisait  savoir  qu'il  auto- 
risait son  ministre  au  Japon  à  servir  d'intermédiaire  aux  deux 
pays  en  guerre.  M.  Detring  fut  immédiatement  rappelé  par 
le  prince  Koung  avant  d'avoir  pu  entamer  les  pourparlers. 
Les  instructions  de  M.  Detring  étaient  accompagnées  d'une 
lettre  de  Li  au  comte  Ilo,  du  i8  novembre  1894  (20*  année, 
lo*  lune,  21*  jour,  Kouang-Siu),  dans  laquelle  le  vice-roi  du 

COHDILU.  III      17 


258  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKl 

Tclié-li  proposait  la  cessation  temporaire  des  hostilités  sur 
terre  et  sur  mer. 

Cependant,  il  circulait  des  rumeurs  pacifiques  ;  le  4  dé- 
cembre 1894,  les  dépêches  de  Yokohama  disaient  que  si  la 
guerre  était  alors  terminée,  le  Japon  accepterait  une  indem- 
nité d'un  million  de  yen,  avec  la  cession  du  territoire  chinois 
qu'il  occupait.  Malgré  ces  bruits  de  paix,  au  mois  de  dé- 
cembre, Weng  T'oung-ho,  Li  Houng-tsao  et  Wen  T'ing-chi 
adressèrent  un  Mémorial  au  Trône  pour  lui  conseiller  de 
transférer  la  capitale  vers  TOucsl  ;  le  jeune  Empereur  répon- 
dit qu'en  prenant  les  affaires  en  mains,  il  avait  eu  l'intention 
de  faire  de  nombreuses  réformes,  que  les  Japonais  avaient 
tout  à  coup  rompu  la  paix  et  rendu  vains  ses  efforts  ;  si  les 
Japonais  viennent  jusqu'aux  autels  sacrés,  il  ne  lui  restera 
plus  qu'à  périr  avec  eux  ;  quand  le  moment  sera  venu,  on 
escortera  en  lieu  sûr  l'Impératrice  douairière,  et  on  élèvera 
un  homme  digne  d'être  Empereur  pour  laver  la  honte  de  la 
Chine  et  garder  les  temples  des  ancêtres. 

MISSION    DE    TCHANG  YIN-HOUAN 

Une  nouvelle  tentative  était  faite  néanmoins  pour  repren- 
dre les  négociations  de  paix;  Tchang  \in-houan  et  Chao  Yu- 
lien  *  furent  choisis  comme  plénipotentiaires  et  s'embarquèrent 
à  Chang-haï  pour  le  Japon  sur  VEmprcss  of  China,  le  26  jan- 
vier 1895.  Le  29  jan\ier  1890,  les  ministres  de  Russie,  de 
France  et  d'Angleterre,  à  To-kio,  furent  chargés  par  leurs 
gouvernements  respectifs  de  faire  séparément  et  non  collec- 
tivement une  démarche  non  comminatoire  auprès  du  gou- 
vernement impérial  pour  hâter  la  conclusion  de  la  paix  ;  le 


I.  (TOdvcrncur  en  iitro  do  Foruioso  depuis  mai  1891  et  p.  i.  du  Hou- 
Nan  ;  originaire  du  Tché-Kiahg,  il  avait  été  secrétaire  de  la  légation  de 
Saint- Pélersbourg,  puis  du  Tsoung-li  Yainen. 


MISSION    DE    TCnANG    YIN-IIOUAN  269 

Japon  rc^pondit  aux  communications  verbales  des  plénipo- 
Icntiaires  étrangers  qu'il  était  disposé  à  négocier.  Le  comte 
Ito  et  le  vicomte  Mutsu  furent  désignés  pour  représenter  le 
Japon  dans  les  conférences  de  paix  ;  lors  d'une  seconde  con- 
férence le  2  février,  les  lettres  de  créance  des  envoyés  chinois 
furent  trouvées  défectueuses,  les  ministres  japonais  refusèrent 
de  continuer  les  pourparlers  et  les  délégués  du  Céleste- 
Empire  durent  (piitler,  le  !\  février,  Hiroshima  par  YOwari- 
Maru  [)our  Nagasaki,  où  ils  devaient  s'embarquer  pour  la 
Chine. 

Les  Chinois  se  décidèrent  alors  ii  faire  appel  aux  services 
du  colonel  Foster. 

Le  colonel  Foster',  envoyé  au  Japon  par  les  Chinois 
dans  Tespérance  qu'il  pourrait  aplanir  les  diflicultés,  après 
avoir  été  secrétaire  d'Etat  après  M.  Blaine  (29  juin  1892), 
avait  accepté  le  poste  de  conseiller  de  la  Légation  de  Chine  à 
Washington  aux  appointements  de  20000  dollars  par  an. 
Le  gouvernement  américain  autorisa  le  colonel  Foster  à 
accepter  la  mission  qui  lui  était  confiée,  à  laquelle  le  Japon 
donnait  son  agrément  en  faveur  de  la  paix. 

D'autre  part,  on  fit  appel  une  fois  de  plus  aux  services  de 
Li  Houng-tchang  ;  le  vieux  vice-roi  disgracié  était  défendu 
par  le  prince  Koung,  qui  attribuait  les  revers  de  la  Chine  à 
sa  politique  rétrograde  et  non  à  Li  ;  le  i5  février,  Li,  reçu 
cinq  fois  en  audience  impériale,  rentrait  dans  tous  ses  hon- 
neurs et  était  nommé  envoyé  spécial  au  Japon.  Le  19  février, 
il  remit  à  Wang  Wen-chao,  ex-vice-roi  du  Yun-Kouei,  les 
sceaux  de  commissaire  de  Pe-yang  et  de  vice-roi  du  Tché-li. 

Les  négociations  allaient  donc  pouvoir  commencer  avec 
le  Japon. 

I.  J.-W.  Foster,  né  le  a  mars  i836,  dans  Pike  Gounty,  Indiana  ; 
gradué  à  rUuiversîté  d*Élat  d'Indiana  ;  avocat  à  Evansvillc.  Ind.  ;  prend 
part  à  la  guerre  de  sécession  ;  ministre  en  Espagne  de  février  i883  à 
mars  i885. 


a6o  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 


COMMENCEMENT    DES    NEGOCIATIONS 

Le  17  février  1896*,  le  gouvernement  japonais  télégra- 
phiait de  Tokio  au  gouvernement  chinois  : 

«  Le  gouvernement  japonais  déclare  que  l'envoi  au  Japon 
d'une  autre  mission  chinoise  de  paix  sera  entièrement  inu- 
tile à  moins  que,  outre  le  paiement  d'une  indemnité  de 
guerre  et  la  reconnaissance  de  l'indépendance  complète  de  la 
Corée,  les  plénipotentiaires  chinois  ne  viennent  préparés  à 
négocier  munis  de  pleins  pouvoirs  sur  la  base  d'une  cession 
de  territoire  comme  conséquence  de  la  guerre  et  d'un  arran- 
gement pour  conclure  des  traités  définitifs  pour  la  conduite 
dés  relations  futures.  Il  y  a  d'autres  questions  de  moindre 
importance  qui  nécessiteront  aussi  un  règlement.  Le  gou- 
vernement japonais  se  réserve  toutes  demandes  addition 
nelles  qui  peuvent  dans  son  jugement  être  ou  nécessaires  ou 
désirables.  » 

Le  23  février,  le  gouvernement  chinois  annonçait  par  télé- 
graphe la  nomination  du  vice-roi  Li  Houng-tchang  avec 
pleins  pouvoirs  pour  négocier  un  traité  suivant  les  termes  de  la 
dépêche  japonaise  du  17  ;  il  demandait  l'indication  d'un 
lieu  de  rencontre  pour  les  plénipotentiaires  et  l'autorisation, 
refusée  à  son  premier  plénipotentiaire,  pour  son  repré- 
sentant de  communiquer  télégraphiquement  avec  lui  par 
chiffre. 

Le  gouvernement  japonais  concédait  le  i"""  mars  l'auto- 
risation demandée  de  communiquer  par  chiffre  et  fixait 
Shimonoseki  comme  lieu  de  rencontre. 


I .  Voir  la  série  imporianto  de  documents  publiés  dans  le  supplément 
du  Peking  &  Tientsin  Times,  vol.  II,  n"  63,  Maj  i8th  1895,  sous  le 
iïirc  àe  :  Documentary  History  of  ihe  Peace  Négociations  between 
China  and  Japon,  d'où  nous  avons  tiré  les  pièces  traduites  ici. 


POUVOIUS    DE    LI    nOlNG-TCIIANG  36 1 


POUVOIRS  DE  LI  HOU.NG-TCHANG,  3   MARS 

Les  lettres  patentes  suivantes  furent  remises  par  TEmpe- 
reur  de  Chine  à  son  plénipotentiaire,  Li  Iloung-tchang  : 

Pé-King,  '^  mars  1895. 

L'Empereur  de  Chine  proclame  ce.s  Lettres  patentes  j)ar  Anto- 
torilé  Impériale. 

Étant  désireux  de  rétabHr  des  relations  sincères  d*amitié  avec 
TEmpereur  du  Japon,  nous  nonunons  spécialement  Li  Iloung- 
tchang,  Comte  du  IVemier  Rang,  Premier  Grand  Secrétaire 
d'État,  Vice-Roi  de  la  Province  de  Tché-li  et  Ministre  Surinten- 
dant du  Commerce  pour  les  Ports  du  Nord,  comme  notre  am- 
bassadeur avec  pleins  pouvoirs  pour  conférer  avec  les  Plénipo- 
tentiaires avec  pleins  pouvoirs  nonunés  par  le  Japon,  et  pour 
négocier  conjointement  avec  eux  et  agir  suivant  les  circonstances. 
Il  a  pleins  pouvoirs  pour  arrêter  les  termes  d'un  Traité  de  Paix 
et  pour  le  signer  et  pour  le  sceller. 

Ledit  Ambassadeur  est  un  fonctionnaire  éclairé  et  loyal  à  son 
pays.  Pendant  sa  carrière  précédente,  il  a  acquis  la  réputation 
de  rendre  des  services  méritoires  à  son  Gouvernement  et  il  sera 
certainement  capable  de  remplir  ses  devoirs  d'une  manière  très 
prudente  et  d'amener  une  union  intime  d'amitié  entre  les  deux 
pays,  justifiant  ainsi  la  confiance  (pie  nous  plaçons  en  lui. 

Les  termes  convenus  du  Traité,  toutefois,  doivent  être  soumis 
à  Notre  examen,  et  s'ils  sont  trouvés  satisfaisants  et  en  ordre,  ils 
recevront  Notre  Sanction  Impériale. 

Le  10  mars,  le  Japon  approuve  les  termes  de  ces  lettres 
et  demande  que  le  Plénipotentiaire  chinois  se  mette  en 
roule  de  façon  à  ne  pas  arriver  avant  quinze  jours  à  Shimo- 
noseki;  le  11,  le  gouxernement  chinois  télégraphie  que  son 
Plénipotentiaire,  a>ec  une  suite  de  i25  personnes,  quitte- 
rait Tien-Tsin  le  i5  mars  pour  arriver  à  Shimonoseki  le 
19,  et  que  si  la  chose  est  agréable  au  Japon,  Tambassadeur 
chinois  et  sa  suite  demeureront  à  bord  des  deux  vapeurs  qui 
ont  été  affrétés. 


a6a  NÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SniMONOSBKI 

Le  19  mars,  le  vicomte  Mulsu  Munemitsu,  ministre  des 
Affaires  étrangères,  annonce  que  le  comte  Ito  Hirobunii, 
Junii,  Ministre  Président  d'État,  et  lui-même,  ont  été 
nommés  par  l'Empereur  du  Japon,  plénipotentiaires  avec 
pleins  pouvoirs. 

Li  Houng-tchang  était  parti  de  Pé-King  le  5  mars  pour 
Tien-Tsin  et  Ta-kou  qu'il  quitta  le  i5  à  5  heures  du  soir 
sur  le  vapeur  Kungyi  (ancien  Ilnean)  accompagné  du  Liyii 
pour  se  rendre  directement  au  Japon  ;  il  arriva  à  Moji  le 
19  au  matin  ;  le  môme  jour  il  accusait  au  vicomte  Mutsu 
réception  de  sa  communication,  lui  notifiait  son  arrivée  et 
lui  demandait  de  fixer  une  date  prochaine  pour  le  commen- 
cement des  négociations.  Les  Plénipotentiaires  japonais  fixè- 
rent au  lendemain  20  mars  à  3  heures  la  première  réunion. 

Le  comte  Ito  accueillit  Li  de  la  façon  la  plus  aimable  : 
«  J'espère  que  vous  avez  fait  une  traversée  agréable;  lui 
demanda-t-il  ».  —  «Oui,  répondit  le  vice-roi  du  Tchéli. 
excepté  que  nous  avons  dû  mouiller  tout  un  jour  au  pro- 
montoire de  Chan  -Toung.  » 

Dès  ce  premier  entretien  du  20  mars,  et  les  Lettres  de 
pleins  pouvoirs  à  peine  échangées,  Li  dit  au  comte  Ito  que 
la  Chine  et  le  Japon  sont  deux  Puissances  asiatiques,  deux 
voisins,  ajanl  la  même  écriture,  et  que  la  seule  politique 
digne  de  ces  deux  Etats  est  une  paix  durable  propre  à  sous- 
traire la  race  jaune  d'Asie  aux  périls  dont  la  menace  la  rac<î 
blanche  d'Europe.  Le  comte  Ito  et  le  vice- roi  s'enga- 
gent alors  dans  une  longue  conversation  sur  la  nécessité 
des  réformes  en  Chine,  sur  la  convenance  de  changer  le 
régime  d'instruction  et  d'examens,  sur  l'abolition  du  censo- 
rat,  sur  l'organisation  d'un  gouvernement  central  plus  fort, 
sur  la  création  à  Pékingd'un  Ministère  des  Affaires  étrangères 
dirigé  par  un  seul  ministre.  Le  vice- roi  convient  que  les 
réformes  sont  nécessaires,  il  ne  ménage  ni  le  Tsoung-li  Yamen, 
ni  les  Censeurs,  mais  il  proclame  tristement  les  difiicultés 


POUVOIRS    DE    Ll    HOUNG-TCHANG  a63 

que  rencontrerait  l'œuvre  d'un  réformateur,  et  il  envie  les 
faveurs  du  sort  qui  a,  au  contraire,  permis  au  Japon  d'accom- 
plir tant  de  progrès.  El  le  comte  Ito  répond  :  «  La  divine 
Providence  n'a  pas  de  favoris,  elle  ne  favorise  que  le  mérite.  » 

Li  proposa  (20  mars)  comme  préliminaire  à  l'ouverture 
des  négociations  qu'un  armistice  soit  conclu  immédiatement 
pour  arrêter  pendant  un  certain  temps  les  hostilités  sur  terre 
et  sur  mer  ;  déjÀ  lorsqu'une  semblable  proposition  avait  été 
faite  par  l'intermédiaire  des  ministres  américains  de  Pé-King 
et  de  To-Kio,  le  gouvernement  japonais  avait  ré[K)ndu  que  la 
question  pourrait  être  prise  en  considération  quand  des  plé- 
nipotentiaires auraient  commencé  les  négociations.  Le  comte 
Ito  pi-omitune  réponse  pour  le  lendemain.  Lors  de  la  seconde 
entrevue  (21  mars),  les  Plénipotentiaires  japonais  répondirent 
h  cette  proposition  que  «  l'empereur  du  Japon  ne  pouvait 
regarder  la  conclusion  d'un  armistice  comme  une  chose 
essentielle  au  succès  des  négociations  de  paix  à  cette  distance 
du  théâtre  de  la  guerre;  néanmoins  il  consentirait  à  une 
susj)ension  des  hostilités  à  des  conditions  qui  garantiraient 
également  les  intérêts  des  deux  puissances.  Ayant  en  vue  la 
situation  mihtaire  actuelle  aussi  bien  que  les  conséquences  de 
la  cessation  des  opérations  de  guerre,  les  plénipotentiaires 
japonais  posent  comme  conditions  l'occupation  par  les  trou- 
})es  japonaises  de  Takou,  Tien-Tsin  et  Chan-IIaï  Kouan  ainsi 
que  des  forts  et  fortifications  de  ces  villes  ;  la  reddition  par 
les  troupes  chinoises  des  armes  et  des  munitions  de  guerre  de 
ces  villes  ;  le  contrôle  par  les  autorités  militaires  japonaises 
du  chemin  de  fer  entre  Tien-Tsin  et  Chan-Haï  Kouan,  et  le 
paiement  par  la  Chine  d'une  contribution  de  guerre,  en 
rapport  avec  la  longueur  de  l'armistice.  » 

Le  vice-roi  fit  remarquer  que  les  Japonais  n'avaient  pas 
encore  atteint  Ta-Kou,  Tien-tsin  et  Chan-Haï  Kouan  ;  pour- 
quoi alors  une  des  stipulations  marquait-elle  que  ces  places 
devaient  être  occupées  par  le  Japon? 


304  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 

Le  comte  Ito  répliqua  que  dans  tout  armistice  quelque 
avantage  devait  être  obtenu  par  les  deux  puissances  :  Tarmée 
chinoise  obtient  la  cessation  des  hostilités,  c^est  pourquoi  la 
nôtre  doit  occuper  ces  places  comme  garantie. 

Une  troisième  conférence  eut  lieu  le  24  mars  ;  Lî  refusa 
d'accepter  l'armistice  dans  de  semblables  conditions,  mais  se 
déclara  prêt  à  continuer  les  négociations  de  paix.  Le  comte 
Ito  ayant  paru  douter  de  la  sincérité  des  Chinois,  Li  s'écria  : 
«  Je  suis  un  vieillard  qui  n'avais  jamais  été  h  l'étranger  de  sa 
vie  ;  mon  Gouvernement  a  une  idée  nette  de  la  situation 
actuelle  des  affaires,  et  me  sachant  un  vieil  ami  du  Ministre 
(comte  Ito)  m'a  envoyé  pour  accomplir  cette  mission  ;  ceci 
me  paraît  une  preuve  suffisante  de  sa  sincérité  et  je  ne  pou- 
vais décliner  la  tâche  qui  m'était  offerte.   » 

ATTENTAT  CONTRE  LI,  2^  MARS  iSqS. 

A  4  heures,  en  sortant  de  la  réunion,  la  troisième  depuis  son 
arrivée,  comme  nous  l'avons  dit,  où  la  question  de  l'armistice 
avait  été  débattue,  et  où  les  Japonais  avaient  fait  part  de  leur 
intention  d'attaquer  Formose,  le  vice-roi  du  Tché-li  regagnait 
son  logis,  quand  un  jeune  Japonais  nommé  Koyaftia  Roku- 
nosuké'  qui  se  tenait  dans  la  foule  des  curieux  lui  tira  un 
coup  de  revolver  et  la  balle  pénétra  dans  la  joue  gauche,  un 
peu  au-dessous  de  Toeil  qui  ne  fut  heureusement  pas  atteint. 
Ito  et  Mutsu  rendirent  immédiatement  visite  au  blessé  auquel 
l'empereur  envoya  ses  médecins  de  Hiroshima. 

En  conséquence  de  l'attentat  contre  Li,  le  Mikado  donna 


I.  Son  vrai  nom  était  Koyama  Toyotaro,  né  lo  9<^  jour  do  la  a^  lune 
de  la  2«  année  Mei-dji  (1869)  un  ''^'""'sans  profession,  du  district  Oora, 
division  Oshima,  préfecture  de  Gumma  ;  il  prétendait  que  Li  était  la  cause 
de  la  guerre  et  des  difficultés  de  la  Corée  ;  arrêté  dans  une  boutique  après 
sa  tentative  d'assassinat,  il  fut  condamné  aux  travaux  forcés  (pénal  .ver- 
s'itude)  à  perpétuité  le  3o<=  jour  de  la  3«  lune  do  la  aS*^  année  Meidji. 


PROJET    JAPONAIS    DE    TRAITÉ  205 

l'ordre  (28  mars)  d'accorder  rarmistice  demandé  par  la  vic- 
time sans  conditions  ;  la  convention  d'armistice  datée  du 
3o  mars  en  six  articles  devait  durer  21  jours  à  partir  delà  date 
de  sa  signature  et  finir  sans  avis  à  midi  le  26*  jour  de  la  3* 
lune  de  la  21®  année  Kouang-Siu,  correspondant  au  20*  jour 
de  la  4"  lune  de  la  28*'  année  Meidji  (20  avril  1895)  ;  l'ar- 
mistice qui  ne  s'appliquait  qu'aux  provinces  de  Feng-tien, 
Tché-li  et  Chan-Toung,  devait  cesser  si  les  négociations 
étaient  rompues  dans  l'intervalle.  Les  opérations  devaient 
continuer  à  Formosc  sans  interruption. 

Le  24,  Li  avait  demandé  qu'on  remît  à  Li  ïching-fong 
un  mémorandum  des  conditions  de  paix  proposées  par  le 
Japon;  lorsque  l'armistice  eut  été  signé,  il  renouvela  sa  de- 
mande et  déclara  aux  Plénipotentiaires  japonais  qu'il  se  tien- 
drait prêt  à  recevoir  leur  visite,  le  jour  même  ou  le  lende- 
main. 


PROJET    JAPONAIS  DE   TRAITÉ,    I*""   AVRIL    iSgÔ. 

Le  i**"*  avril,  le  comte  Ito  remettait  un  premier  projet  de 
traité  de  paix  en  onze  articles,  comme  le  traité  de  paix  défi- 
nitif, mais  l'indemnité  de  Tarticle  IV  était  fixée  k  3oo  millions 
de  taëls,  au  lieu  de  200  millions.  Dans  l'article  VI,  en  outre 
des  ports  désignés  dans  le  Iraité  définitif,  les  villes  suivantes 
étaient  indiquées  comme  devant  être  ouvertes  au  commerce, 
au  séjour,  et  aux  industries  des  Japonais  :  Pé-King,  Siang- 
t^n  (Hou-nan),  VVou  Ichéou  (Kouang-si)  ;  des  lignes  de  navi- 
gation, outre  celles  concédées  dans  ce  même  article,  devaient 
être  étendues  sur  la  rivière  Siang  et  le  lac  Toung-ting,  depuis 
le  Yang-tseu  jusqu'à  Siang-tan,  et  sur  la  rivière  de  l'Ouest, 
de  Canton  h  AA  ou- Ichéou  ;  par  Tarticle  VIII,  outre  Wei-Haï- 
wei,  Feng-tien,  province  de  Cheng-King,  devait  être  occupé 
temporairement  comme  garantie  du  traité. 


266  NÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 


RÉPONSE   DE   LI,    5   AVRIL    iSgS. 

Le  5  avril,  Li  Honng-tchang  remetlaît  sa  réponse,  qui 
était  l'œuvre  de  M .  Forster,  son  conseiller  américain  : 

Shiinonoscki,  5  avril  1896. 

Dans  le  court  délai  accordé  pendant  lequel  j'avais  à  faire  Texa- 
men  et  à  répondre  au  projet  de  traité  proposé  par  leurs  Excel- 
lences les  Plénipotentiaires  Ja)X)nais,  j'ai  apporté  à  ce  sujet  im- 
portant l'étude  et  le  soin  le  plus  sérieux  qu'il  m'a  été  possible 
d'y  consacrer,  étant  doiniée  l'incapacité  physique,  dont,  malheu- 
reusement pour  mon  pays,  je  souffre  en  ce  moment.  Si,  pour 
cette  raison,  ce  mémorandum  n'est  pas  aussi  complet  qu'il  serait 
désirable,  je  ne  puis  que  plaider  ces  causes  en  excuse  et  j'espère 
que  dans  peu  de  jours  je  serai  cajwble  de  répondre  pleinement 
et  spécialement  à  tous  les  points  désirés  par  les  Plénipotentiaires 
Japonais. 

Sans  prendre  chaque  article  en  détail,  j'ai  cherché  h  grouper 
ensemble  mes  vues  sur  les  quatre  questions  importantes  com- 
prises dans  les  négociations  et  incorporées  dans  le  projet  de 
traité,  à  savoir:  i**  la  Corée \  2°  Cession  de  territoire;  3"  Indem- 
nité ;  et  4°  Privilèges  commerciaux. 

i .  —  Corée. 

Le  Gou>ernement  Chinois  a  indiqué  il  y  a  quelques  mois  sa 
volonté  de  reconnaître  la  pleine  et  complète  indépendance  et  de 
garantir  la  complète  neutralité  de  la  Corée,  et  il  estprél  à  insérer 
pareille  stipulation  dans  le  Traité;  mais  par  rmprocité,  pareille 
stipulation  doit  également  être  faite  par  le  Japon.  Par  consé- 
quent, cet  article  devra  être  modifié  dans  ce  sens. 

2.  —  Cession  de  territoire. 

Le  préambule  du  projet  projX)sé  de  traité  met  en  avant  que  le 
but  en  le  faisant  est  «  d'éloigner  toute  cause  de  futures  compli- 
cations ».  Mais  cet  Article,  au  lieu  de  poursui>re  cet  objet,  con- 
tient des  mesures  qui  si  on  y  insistait  et  y  contraignait,  seraient 
la  source  sine  et  féconde  de  complications  qui  se  transmettraient 
à  travers  [)lusieurs  générations. 

C'est  le  devoir  des  Plénipotentiaires  des  deux  Gouvernements 


RKPONSE    DE    M  16'] 

et  c'est  le  devoir  d'un  sage  homme  d'Klal,  de  négocier  une  paix 
telle  qu'elle  rendra  amies  sincères  et  alliées  ces  deux  grandes 
nations  de  l'Orient,  qui  sont  et  doivent  rester  voisines  et,  qui 
ont  en  commun  tant  de  choses  de  leur  histoire,  de  leur  littéra- 
ture, de  leur  art  et  de  leur  commerce.  Un  territoire  occupé 
longtemps  par  une  nation,  à  travers  plusieurs  siècles  et  plusieurs 
dynasties,  devient  un  héritage  sans  prix.  Rien  n'excitera  plus 
l'indignation  du  peuple  de  la  Chine  et  ne  créera  en  lui  un  esprit 
d'hostilité  et  de  haine  éternelles,  que  d'arracher  de  son  pays  des 
portions  importantes  de  Son  territoire. 

Cela  serait  spécialement  le  cas  avec  cette  partie  du  territoire 
décrite  dans  la  cause  .1  de  cet  article,  parce  qu'elle  donnerait  au 
Ja|)on  un  pied  et  une  hase  pour  des  opérations  navales  et  mili- 
taires h  facile  portée  et  menaçant  constamment  la  capitale  de 
l'Enqûre  et  parce  qu'elle  prend  «i  la  dynastie  présente  Chinoise 
une  partie  de  ses  anciennes  possessions.  Dans  cette  clause,  la 
Chine  entend  le  Ja|)on  disant  :  «  Je  serai  toujours  votre  ennemi 
menaçant  et  éternel,  avec  mon  arniée  et  ma  Hotte  prêtes  à  fondre 
sur  votre  capitale  quand  il  me  |)laira.  et  je  propose  d'humilier 
votre  Enq)ereur  en  lui  prenant  une  partie  précieuse  de  la  patrio 
de  ses  ancêtres.  » 

Cela  signifie  de  plus  une  ligne  de  fortifications  le  long  de 
toute  la  frontière  commune  ;  de  nomhreuses  armées  et  ilottcs  im- 
mobilisées tout  près,  une  grande  dépense  j)our  les  deux  nations, 
et  un  danger  constant  de  trouhles  de  frontières  et  de  brigands 
des  deux  côtés  de  la  ligne  de  démarc^ition. 

Le  Japon,  en  inaugurant  la  guerre,  annonçait  que  son  objec- 
tif était  d'assurer  rindépeiidance  com[)lète  de  la  Corée  et  ses 
agents  diplomaticjues  en  Europe  et  en  Amérique  déclaraient  que 
ce  n'était  pas  fintention  de  leur  Gouvernement  de  faire  une 
guerre  de  con(|uèle.  S'il  de>ait  être  conforme  à  ces  déclarations, 
il  serait  tout-à-fait  possible  de  modifier  ainsi  l'article  II  et  autres 
Articles,  à  spécifier,  de  façon  à  conclure  une  paix  durable,  qui 
rendra  à  l'avenir  les  deux  grands  peuples  de  l'Est  de«  amis  sin- 
cères et  restera  comme  un  bouloard  inébranlable  contre  les  em- 
piétements de  nations  hostiles.  Mais  si  une  paix  est  exigée  par  le 
Japon,  j)ar  suite  des  riiances  heureuses  de  la  guerre,  qui  éveil- 
lera nécessairement  dans  le  peu|)le  chinois  un  esprit  d'hostilité 
et  de  vengeance,  on  [)eut  dire  d'avance  que  les  deux  nations, 
sans  aucun  lien  de  sympathie  ou  d'intérêt,  deviendront  la  proie 
des  ennemis  extérieurs. 


268  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 

3.  —  Indemnité, 

La  Chine  ne  pense  pas  qu'il  soit  juste  d'exiger  d'elle  de  payer 
une  indemnité  pour  les  dépenses  d'une  guerre  dans  laquelle  elle 
ne  se  considère  pas  elle-même  comme  étant  l'agresseur,  et  pen- 
dant laquelle  elle  n'a  pas  envahi  le  territoire  japonais  ;  par  con- 
séquent il  semble  illogique  que  la  Chine  paie  une  indemnité. 
Mais  en  vue  du  fait  que  mon  Gouvernement  désireux  d'amener 
à  une  conclusion  cette  malheureuse  guerre,  a  en  Octobre  der- 
nier promis  par  Fintcrmédiaire  du  ministre  américain  de  payer 
une  indemnité,  et  en  vue  du  fait  qu'une  indemnité  est  une  des 
conditions  mentionnée  parmi  les  termes  annoncés  par  le  Japon 
le  17  février  dernier,  par  l'intermédiaire  du  Ministre  des  États- 
Unis  à  Pé-King,  je  suis  prêt  à  insérer  dans  le  Traité  une  clause 
pour  une  indemnité  raisonnable. 

En  premier  lieu,  il  faut  noter  que  le  Japon  déclarait  que  le  but 
de  la  guerre  était  d'assurer  la  complète  indépendance  de  la  Corée. 
Au  a  a  Novembre  de  l'année  dernière,  il  fut  annoncé  aux  Gou- 
vernements étrangers  que  la  Chine  était  prête  à  reconnaître  l'in- 
dépendance de  Ja  Corée  ;  et  les  dépenses  de  la  guerre  au  delà  de 
cette  date  ne  doivent  pas  être  comprises  dans  l'indemnité. 

En  exigeant  une  indemnité  de  la  Chine,  il  ne  doit  pas  être  fixé 
une  somme  supérieure  à  ce  qu'elle  peut  payer,  car  son  impuis- 
sance de  payer  serait  considérée  par  le  Japon  comme  une  viola- 
tion du  Traité  et  conduirait  à  une  reprise  de  la  guerre.  La  somme 
demandée  est  au  delà  de  la  possibilité  de  la  Chine  de  payer  d'a- 
près son  système  actuel  de  taxes.  Augmenter  en  ce  moment  les 
taxes  intérieures  ou  domestiques  conduirait  à  un  grand  mécon- 
tentement et  probablement  à  une  insurrection,  surtout  ajoutées 
à  la  dissatisfaction  d'un  peuple  pour  l'EmjKîreur  et  son  Gouver- 
nement faisant  ce  qu'il  considérera  comme  une  paix  humiliante 
et  déshonorante.  Le  tarif  des  Douanes  sur  les  importations  et 
les  exportations  ne  peut  pas  être  augmenté  à  cause  de  traités 
avec  les  gouvernements  étrangers  qui  exigent  un  avis  de  dix  ans 
et  le  consentement  unanime  des  Gouvernements  qu'ils  concer- 
nent. 

Colle  dernière  source  de  revenu  est  le  seul  fonds  efficace  qui 
puisse  être  hypothéqué  ou  engagé  à  des  ban(juiers  ou  à  des  capi- 
talistes en  négociant  des  emprunts  étrangers.  11  est  déjà  si  com- 
plètement engagé  pour  des  emprunts  de  guerre  qu'une  part 
seulement  peut  être  utilisée  pour  un  emprunt  pour  payer  Fin- 


RÉPONSE    DE    L1  369 

deinnîté.  D'après  un  exposé  préparé  par  \v  Commissaire  de^ 
douanes  étrangères  à  Chang-haï,  Je  i**"  Mars  dernier,  il  ressort 
que  les  revenus  des  Douanes  de  Chine  étaient  à  cette  date  en- 
gagés pour  le  paiement  d'emprunts  de  guerre,  en  1895,  de 
3937^20  Haikouan  laels  ;  en  1896,  de  6281630  llkt.  ;  en 
1897,  de  5  142  238  llkt.  ;  et  que  sur  ces  emprunts  de  guerre  il 
sera  nécessaire  d'ici  vingt  ans  de  payer  78017  io3  Hkt.  en  dehors 
des  revenus  des  Douanes.  Il  faut  noter  que  depuis  le  i'"'"  Mars, 
le  total  de  ces  emprunts  a  augmenté  considérablement. 

Le  crédit  du  Gouvernement  chinois  et  sa  facilité  de  négocier 
un  emprunt  ont  été  gravement  atteints  par  la  guerre.  11  a  été 
entraîné  à  payer  7  et  môme  8  1/2  Vo  d'intérêt  et  le  taux  le  plus 
bas  qu'il  ail  obtenu  à  l'étranger  (et  seulement  pour  une  petite 
somme)  était  6  %  a^^^c  un  fort  escompte  sur  la  valeur  nominale 
des  obligations.  11  est  reconnu  [)ar  des  banquiers  éminents  et 
expérimentés  que  le  meilleur  taux  qui  puisse  être  obtenu  à  la 
conclusion  de  la  paix  est  de  6  1/2  à  7  'Yo  sur  la  valeur  totale  des 
obligations. 

Le  revenu  total  annuel  moyen  reçu  par  les  Douanes  chinoises 
comprenant  les  droits  de  transit  et  le  likin  de  l'opium,  de  1890 
à  1893  inclus,  se  monte  à  22  548  i5o  H.k.  ;  et  sur  cette  somme 
il  a  été  d'usage  jusqu'à  présent  de  payer  aux  autorités  provin- 
ciales les  six  dixièmes.  Si  cette  somme  importante  d'argent 
liquide  est  détournée  pour  payer  l'indemnité,  une  nouvelle  taxe 
devra  être  im|K)sée  aux  provinces  et  le  peuple  se  plaindra.  Si  l'on 
cherche  à  faire  un  emprunt  étranger  pour  payer  l'indemnité 
demandée  par  le  Japon,  cela  exigera  en  principal  et  en  intérêts, 
à  6  1/2  Vo»  remboursable  en  20  ans,  la  somme  énorme  de 
690000000  Haikouan  taels,  somme  qu'il  est  entièrement  impos- 
sible pour  le  Gouvernement  chinois  de  négocier  et  au  delà  de  son 
pouvoir  de  trouver  par  un  impôt. 

Ceci  sera  visible  pour  tous  ceux  connaissant  les  revenus  Chi- 
nois, si  l'on  se  souvient  que  l'indemnité  au  Japon  n'est  pas  le 
seul  fardeau  financier  qui  soit  apporté  à  la  Chine  par  la  guerre 
et  auquel  il  faut  immédiatement  pourvoir.  Comme  il  a  déjà 
été  mentionné,  les  termes  de  la  paix  lorsqu'ils  seront  connus 
rendront  la  dynastie  présente  et  le  Gouvernement  impopulaires 
à  beaucoup  de  (Chinois  et  l'on  j)eut  s'attendre  à  des  méconten- 
tements et  à  des  désordres  locaux.  D'un  autre  côté,  il  a  été  ap- 
pelé en  campagne  un  grand  nombre  de  troupes  grossières  et 
indisciphnées,   qui   avec   la  conclusion  de  la  paix  devront  être 


370  NÉGOCIATIONS    —   TRAITÉ    DE    SHIMONOSEU 

licenciées  cl  il  y  a  là  grand  danger  qu'elles  commeltront  des 
actes  do  vol  et  de  désordre  qui  obligeront  le  Gouvernement  h  les 
supprimer  d'une  manière  sérieuse.  Toute  Ténergic  du  Gouver- 
nement sera  mise  à  l'épreuve  pour  maintenir  la  paix,  et  sans 
paix  et  sans  ordre  il  sera  impossible  de  lever  même  les  impôts 
babituels.  11  deviendra  donc,  pour  cela,  nécessaire,  en  vue  de 
préserver  la  tranquillité  intéricMire,  d'organiser  et  d'équiper  une 
armée  suivant  les  métbodes  modernes  de  guerre  et  de  recons- 
tituer la  flotte  qui,  en  pratique,  a  été  détruite  par  la  guerre. 
Oci  demandera  de  grandes  et  immédiates  dépenses  d'argent, 
mais  il  sera  impossible  de  lever  cet  argent  dans  ce  but  si  cette 
forte  indenuîilé  doit  être  payée.  Le  Gouvernement  médite 
diverses  réformes  et  progrès  dans  le  pays,  mais  ils  seront  tous 
paralysés  si  le  Ja{X)n  ne  réduit  pas  sa  demande  dans  une  large 
mesure. 

L'indemnité  est  appelée  dans  le  projet  de  traité  propose  «  une 
indemnité  de  guerre  »,  ce  qu'on  suppose  signiiicr  une  indemnité 
pour  payer  les  déj)eiises  encourues  par  le  Japon  dans  le  cours  de 
la  guerre.  Mais  si  c'esl  là  le  cas,  je  pense  que  les  Plénipotentiaires 
japonais  admettront  que  la  somme  demandée  excède  largement 
ce  total.  11  n'est  pas  possible  pour  celui  qui  ne  |X)Ssède  pas  les 
détails  olïiciels  de  savoir  le  total  exact  des  dépenses  de  guerre  du 
Japon  jusqu'à   ce  jour,   mais  il  y  a  certains  rapports  et  dates 
olficiels  et  publics  qui  paraîtraient  fixer  les  limites  dans  lesquelles 
cette  somme  doit  être  approximativement  estimée,  et  les  Pléni- 
potentiaires Japonais  seront  c<ipables  de  les  confirmer  ou  de  les 
corriger.   11  est  entendu  qu'il  y  avait   dans  le  Trésor  Public  du 
Japon,  au  début  delà  (îuerre,  environ   ^ooooooo  doyen.  Com- 
bien de  cette  somme  a   été  eiiq^lové  à  l'usage  de  la  guerre  n'est 
pas  coimu  du  public,  mais  il  peut  être  présumé  que  le  tout  a  été 
approprié  à  cet  ellet.  Bientôt  après  l'ouverture   des  bostilités  un 
emprunt  de   guerre   de  i5o   millions  do  >rfï  a  été  autorisé.  Sui- 
vant le  renseignement   de  la  presse  publi([ue  du  Japon,  le  Pre- 
mier Ministre,  Son  Excellence  le  Comte  Ho,  a  fait  un  dis^^ours 
dans  la   (^bambre  Basse    du  Parlement  Japonais  le   20  février 
dernier,  dans  lecpiel,  après  s'être  référé  à  la  faillite  des  négocia- 
tions à  llirosbima  au  commencement  de  ce  mois,  il  enq)loyait 
ce  langage  :  «  Par  l'état  subséquent  de  la  guerre  et  dans  les  cir- 
constances présentes,  il  est  difficile  de  dire  quand  la  paix  sera  res- 
taurée et  il  n'est  pas  improbable  que  le  fonds  de  guerre  devien- 
dra insullisant.  »  Là-dessus,  il  demanda  au  Parlement  d'autoriser 


r<^:ponse  de  li  271 

un  emprunt  de  guerre  ndditioruiel  pour  faire  face  à  la  nécessité 
d'un  prolongation  considérable  de  la  guerre. 

Il  semble  juste  de  déduire  de  ce  discours  que  le  premier  em- 
prunt de  guerre  n'avait  pas  été  épuisé  et  ne  le  serait  pas  à  moins 
que  la  guerre  ne  continuât  encore  (|uel(jue  temps.  Les  journaux 
locaux  du  Japon,  se  référant  à  ce  discours  et  à  l'action  du  Par- 
lement à  ce  sujet,  constataient  que  «  le  besoin  actuel  de  fonds 
se  ferait  sentir  en  Juin  ou  Juillet  procliain  et  que  le  Gouver- 
nement l'aurait  soumis  à  la  Diète,  non  parce  que  l'on  avait  un 
besoin  pressant  d  argent,  mais  parce  que  la  Diète  est  justement 
en  train  de  siéger  »  ;  et  (|ue  :  «  du  premier  emprunt  de  guerre 
il  reste  5o 000 000  du  yen  à  appeler  et  que  des  80000000  déj«\ 
émis,  il  Y  a  encore  une  somme  considérable  à  verser. 

En  outre,  on  doit  tenir  compte  de  quelques  contributions 
populaires.  Mais  si  ces  faitsdoivent  être  acceptés  connue  approxi- 
mativement corrects,  il  semblerait  raisonnable  de  croire  que  la 
dépense  totale  d'argent  du  Ja|K)n  dans  la  guerre  jusqu'au  temps 
présent  n'excédera  pas  i5o  millions  de  yen. 

En  estimant  les  dépenses  de  guerre  du  Japon,  il  ne  doit  pas 
être  oublié  que  la  >ictoire  a  domié  à  ce  pays  certaines  dépouilles 
de  guerre  appréciables,  tels  (pie  les  >aisseaux  de  guerre  prison- 
niers et  une  grande  quantité  de  matériel  militaire  et  de  subsides, 
qui  devraient  être  galanunent  déduits  en  fixant  le  total  de  l'in- 
demnité. 

En  faisant  sup|)orler  a  la  Chine  un  intérêt  sur  les  paiements 
dilTén'îs  de  l'indemnilé  est  une  clause  onéreuse  et  non  raisonna- 
ble et  le  devient  doublement  ([uand  on  considère  l'énorme 
somme  demandée. 

i-  —  Privilthjes  commerciaux. 

Dans  le  temps  très  bref  accordé  [)our  un  examen  et  une  réponse 
au  projet  de  Traité,  il  n'a  pas  été  |)ossible  d'étudier  pleinement 
les  questions  complexes  et  détaillées  auxfpielles  les  stipulations  et 
les  privilèges  commerciaux  donnaient  lieu.  Ce  qui  suit  ne  doit 
être  pris  seulement  que  comme  l'expression  de  vues  et  pleine 
réserve  est  faite  pour  y  ajouter  ou  les  corriger  ensuite.  On  esptîre, 
cependant,  (pie  le  rapport  suivant  aidera  les  Plénipotentiaires 
Japonais  h  compreinlre  quel(jues-unes  des  clauses  que  la  Chine 
est  disposée  à  accepter  et  quelques-unes  pour  lesquelles  des  inodi- 
lications  seront  demandées. 

La  Guerre  ayant  suspendu  l'action  du  dernier  Traité  Comincr- 


373  NÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 

cial,  la  Chine  reconnaît  qu'un  nouvel  accord  est  nécessaire  et 
elle  est  prête  à  accepter  les  traités  existants  avec  les  Puissances 
étrangères  comme  base  de  négociations;  cela  demandera,  cepen- 
dant comme  due  réciprocité  qu'une  stipulation  soit  ajoutée  au 
paragraphe  d'introduction  de  l'Article,  accordant  à  la  Chine  le 
traitement  de  la  nation  favorisée  au  Japon. 

La  réponse  aux  i'""  et  2*  clauses  est  réservée  pour  l'instant. 

La  3*^  clause  pourvoit  à  la  réduction  de  a  pour  100  des  droits 
de  transit  sur  les  marchandises  japonaises  importées  ou  une 
diminution  pratique  d'un  demi  d'un  pour  cent  ;  et  on  propose 
d'abolir  entièrement  les  droits  de  transit  existants  sur  les  mar- 
chandises exportées.  Quand  on  se  souvient  que  ce  môme  Traité 
contient  un  Article  demandant  à  la  Chine  le  paiement  d'une 
indemnité  au  delà  de  son  pouvoir  présent,  il  semble  inopportun 
de  demander  à  la  Chine  d'abandonner  quelqu'une  de  ses  res- 
sources existantes  de  revenu.  Le  Japon  devrait  plutôt,  en  vue 
de  ce  qui  a  été  constaté  concernant  les  revenus  des  douanes, 
consentir  à  une  augmentation  de  ce  tarif.  En  même  temps  que 
le  Japon  négocie  avec  les  Puissances  étrangères  pour  assurer  une 
augmentation  de  son  propre  tarif,  il  est  h  peine  logique  de 
demander  de  la  Chine  une  réduction  de  son  tarif  déjà  bas. 

L'effet  ou  le  but  de  la  troisième  clause  parait  être  d'exempter 
les  marchandises  étrangères  de  tout  droit  ou  de  taxe  de  likin 
quelconque  après  qu'elles  ont  passé  hors  des  mains  de  l'impor- 
tateur ou  du  propriétaire  étranger.  Ceci  est  un  sujet  qui  a  été 
souvent  considéré  avec  les  représentants  diplomatiques  étrangers 
à  Pé-King  et  la  justice  de  cette  demande  n'a  jamais  été  démon- 
trée. 11  n'y  a  pas  de  Gouvernement  qui  garde  plus  jalousement 
ses  privilèges  commerciaux  que  la  Grande  Bretagne,  et  ses  sujets 
engagés  dans  le  commerce  chinois  ont  souvent  fait  manœu\Ter 
ses  ministres  pour  leur  assurer  un  soulagement  de  la  taxe  du 
likin,  mais  sans  succès.  Lord  Ëlgin,  qui  accompagnait  l'armée 
britannique  à  Pc-Ring  et  exigea  de  la  (^liine  après  l'occupation 
tous  les  privilèges  commerciaux  qu'il  considérait  comme  la  juste 
part  du  vainqueur,  rejeta  la  demande  comme  elle  est  proposée 
maintenant  et  dit  qu'il  «  ne  voyait  pas  le  moyen  d'accorder  sa 
protection  aux  importations  contre  la  taxe  une  fois  qu'elles  ont 
passé  entre  les  mains  des  acheteurs  chinois».  Le  Bureau  du  Com- 
merce britannique  (Board  of  trade)  ayant  la  surveillance  officielle 
du  commerce  étranger,  examina  cette  question  à  la  requête  du 
Ministère  anglais  des  Afl'aires  Étrangères  et  décida  que  a  pour 


Rl^PO^SE    DE    LT  378 

assurer  la  vente  des  marcliandises  (importées)  à  leur  dernier 
cousommateur  sans  auf^menlalion  de  frais  venant  de  droits... 
est  un  point  de  vue  dont  ne  peut  s'occuper  le  Gouvernement  de 
Sa  Majesté,  il  n'y  a  rien  dans  le  Traité  qui  paraisse  aux  Lords 
devoir  justifier  une  demande  si  absolue,  et  en  vue  de  la  taxe 
intérieure  à  laquelle  les  marchandises  indigènes  sont  soumises  en 
Chine,  il  serait  dans  leur  opinion  et  injuste  et  inopportun  de 
soutenir  une  telle  demande,  même  si  elle  était  garantie  par  les 
clauses  du  Traité.  Sir  Thomas  Wade,  si  familier  avec  le  com- 
merce chinois,  et  si  longtemps  l'habile  représentant  des  intérêts 
de  Sa  Majesté  à  Péking,  disait  que  la  laxe  du  Likin  «  n'est  pas 
plus  sujette  à  objection  que  notre  income  tax,  ni,  en  vérité, 
qu'aucune  taxe  extraordinaire  par  laquelle  un  État  à  court 
d'argent  répare  ses  finances  ».  Et  encore,  se  référant  à  l'abus 
auquel  le  privilège  demandé  dans  la  troisième  clause  donnerait 
lieu,  il  disait  :  «  il  est  assez  dur  pour  les  Gouvernements  Provin- 
ciaux d'abandonner  leurs  droits  d'octroi  sur  des  marchandises 
qui  sont  la  propriété  des  étrangers,  mais  il  serait  plus  dur  encore 
si  les  Chinois,  munis  de  certificats  étrangers,  allaient  transporter 
d'un  bout  de  l'Empire  à  l'autre  des  marchandises  appartenant 
aux  Chinois  exemptes  d'octroi.  »  En  vue  de  ces  déclarations,  si 
bien  fondées  en  justice  et  en  propriété,  je  suis  sûr  que  les  Pléni- 
potentiaires Ja|)onais  seront  consentants  à  modifier  leur  propo- 
sition de  façon  à  assurer  la  protection  des  marchandises  impor- 
tées seulement  aussi  longtemps  qu'elles  restent  en  possession  du 
propriétaire  étranger.  Ceci  sera  assuré  en  garantissant  au  Japon 
le  traitement  de  la  nation  la  plus  favorisée  et  le  Japon  devrait 
être  satisfait  avec  cela. 

On  peut  remarquer  pour  la  quatrième  clause,  que  laissant  de 
côté  pour  l'instant  la  considération  de  la  justice  de  cette  demande, 
sa  prudence  pourra  sérieusement  être  mise  en  question.  Permet- 
tre à  des  marchands  étrangers  de  s'établir  temporairement  à  de 
grandes  distances  des  ports  à  traité  en  dcîhors  de  la  protection  et 
du  contrôle  de  leurs  consuls,  paraîtra  incompatible  avec  la  pra- 
tique de  l'ex-territorialilé,  et  grandement  embarrassant  pour 
les  autorités  chinoises.  Sir  Thomas  Wade,  en  discutant  une  pro- 
position similaire  présentée  par  des  négociations  britanniques, 
disait  :  «  Je  suis  décidément  contre  toute  demande  absolue  qui 
s'v  rapporte...  Nous  sommes  forcés  à  ne  rien  lui  demander  (à  la 
Chine)  excepté  quand  nous  voyons  h»  moyen  d'une  juste  clause 
pour    le    contrôle    de    l'étranger    ex-terri torialisé.    Et   encore, 

COKDIER.  III.   —   18 


374  NÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SHIMONOSGKI 

«  si  nos  négociants  doivent  se  réunir  en  nombre  dans  une  ville 
chinoise  ou  dans  un  faubourg  de  l'intérieur,  je  serai  bien  trompé 
si  nous  ne  nous  trouvions  pas  bientôt  obligé  de  demander  une 
concession  de  terrain.  » 

La  6*^  clause  se  rapporte  au  privilège  d'importer  des  machines 
en  Chine  pour  convertir  les  matériaux  bruis  chinois  en  marchan- 
dises manufacturées,  question  qui  a  été  beaucoup  discutée   avec 
le  Corps    Diplomatique  à    Pé-King,  et  qui  a   été  réglée   contre 
les  privilèges  demandés  dans  cette  clause.  La  défense  aux  étran- 
gers de  s'engager  en  Chine  dans  des  industries  manufacturières 
existe   de    longue  date  et   les  Gouvernements    étrangers  y  ont 
acquiescé,   comme  une  défense  qui  appartient  en  propre   à   la 
souveraineté  et   à  l'indépendance  d'une   nation.  Permettre  aux 
étrangers    d'entrer   et   d'établir   des    fabriques    pour    convertir 
les  produits  naturels  en   marchandises  manufacturées,  tendrait  h 
détruire  le  pain  quotidien  des  Chinois  et  causerait  un  préjudice 
sérieux  aux  industries  indigènes  qu'il  est  du  devoir  du  Gouver- 
nement de  protéger.  Le  règlement  est  un  de  ceux  qui   a  existé 
depuis  des  années  et  qui  a  été  adopté  par  d'autres  nations,  et  ne 
devrait  pas  être  aboli  maintenant.  La    mesure    insérée  dans  la 
C*  clause  exemptant  tous  les  articles  fabriqués  par  les   Japonais 
en  Chine  de  toute  taxe  intérieure  prête  aux  objections  et  est  par- 
ticulièrement injuste.  A  côté  de  cela,  si  ces  privilèges  sont  garantis 
aux  sujets  Japonais,    ils   devront  nécessairement  être  étendus  à 
toutos  les  nations  qui   ont  des  traités  avec  la  Chine  et  la  ruine 
des  industries  indigènes  sera  rapide  et  certaine.  Les  mesures  con- 
tenues dans  l'article  YIU  faisant  dépendre  l'évacuation  des  villes 
qui    y  sont  nommées,  de  la  conclusion   du  traité  de  Commerce 
prévu  par  l'article  VI,  parait  une  mesure  inutile  et  déraisonnable. 
Par  les  termes  du  dernier   article,  le  traitement  de  la  nation  la 
plus  favorisée  est  immédiatement  garanti  au  Japon  et  en  consé- 
quence il  est  placé  sur  un    pied    d'égalité  par  rapport   au   com- 
merce avec  tous  les  concurrents. 

Ce  qui  précède  embrasse  une  revue  de  toutes  les  mesures  im- 
portantes et  essentielles  contenues  dans  le  projet  de  Traité  sou- 
mis à  ma  considération,  et  auquel  j'ai  fait  une  réponse  aussi 
franche  et  complète  qu'il  était  possible  dans  les  circonstances. 
Quelques  articles  de  moindre  importance  ou  de  simple  détail 
n'ont  pas  été  mentionnés,  mais  il  est  à  croire  que  si  un  accord 
est  heureusement  obtenu  sur  les  quatre  questions  discutées  ci- 
dessus,  les  articles  non  traités  seront  arrangés  en  temps  voulu. 


ri^:ponse  de  li  276 

J*ai  confiance  qu'on  m'excusera  de  dire  que  j'ai  servi  mon 
pays  pendant  im  demi-siècle  et  il  se  peut  que  je  sois  près  de  la 
lin  de  mes  jours.  Cette  mission  est  probablement  le  dernier  ser- 
vice important  qu'il  me  sera  permis  de  rendre  à  mon  Souverain 
et  à  ses  sujets.  C'est  mon  désir  sincère  et  ma  plus  haute  ambi- 
tion d'arriver  à  une  conclusion  de  nos  négociations  qui  ap[)or- 
terait  une  paix  et  une  amitié  durables  aux  peuples  et  aux  Gou- 
vernements que  nous  représentons. 

Nous  devrions  écouter  la  voix  de  la  raison  :  nous  devrions  être 
puidés  par  les  principes  les  plus  élevés  des  alTaires  de  TP^tal  de 
telle  favon  que  nous  sauvegardions  les  intérêts  et  le  bien-être 
futur  de  ces  deux  grands  [>euples,  dont  les  destinées  et  le  bon- 
heur de  plusieurs  générations  sont  maintenant  entre  nos 
mains. 

11  importe  peu  au  Japon,  à  ce  moment  de  sa  prospérité  abon- 
dante et  de  la  grandeur  et  du  nombre  d'hommes  capables,  s'il 
reçoit  aujourd'hui  une  petite  ou  une  grande  indemnité,  ou  s'il 
augmente  ses  frontières  par  l'annexion  d'une  plus  grande  ou 
d'une  plus  petite  [X)rtion  de  territoire  actuellement  au  pouvoir 
de  ses  armées,  mais  c'est  une  alfa  ire  de  grande  importance  pour 
sa  grandeur  future  et  le  bonheur  de  son  peuple,  que  les  négo- 
ciations que  dirigent  ses  Pléni[K)tentiaires  en  ce  moment  fassent 
de  la  nation  chinoise  des  amis  et  des  alliés  solides  ou  des  enne- 
mis invétérés.  Comme  son  représentant,  je  me  tiens  prêt  à  ten- 
dre la  main  a  leurs  Excellences  les  Plénipotentiaires  du  Japon, 
en  faisant  une  paix  telle  qu'elle  ne  laisse  pousser  aucun  germe 
d'inimitié  et  causer  notre  malédiction  dans  les  générations  futu- 
res, et  une  paix  telle  qu'elle  porte  honneur  et  bénédiction  et 
amitié  durable  aux  deux  grandes  nations  de  l'Orient. 

Ll  HOUNG-TCIIANG, 

Ambassadeur  plénipotentiaire 
de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine. 

Le  6  a%Til,  le  comte  Ito  répondait  qu'un  exposé  détaillé 
des  difficultés  antérieures  de  la  Chine  n'était  pas  une  réponse 
et  que  le  vice-roi  devait  annoncer  définitivement  son  accep- 
tation ou  sa  non-acceptation  du  projet  de  traité  présenté,  soit 
en  totalité,  soit  en  partie.  Le  9  avril,  la  Chine  proposait  un 


a-jÔ  NÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKl 

contre-projet  de  traité,  par  lequel  elle  ne  céderait  qu'une 
préfecture,  une  sous-préfecture  et  deux  districts  dans  le  Sud 
de  la  province  de  Feng-tien  ;  ainsi  que  les  Pescadorcs,  mais 
pas  Formose;  l'indemnité  ne  serait  que  de  loo  millions  de 
taëls  ;  le  lendemain,  lo,  le  Japon  présentait  les  réductions 
qu'il  était  disposé  à  faire,  qui  ne  comprenaient  guère  qu'une 
réduction  dans  l'indemnité,  200  millions  au  lieu  de  3oo 
millions,  et  l'abandon  de  Pé-King,  Siang-tan  et  Wou-tcheou 
comme  ports  ouverts  et  les  conséquences  relatives  à  la  navi- 
gation de  cet  abandon. 

La  quatrième  conférence  eut  lieu  le  10  avril. 

Dans  l'entretien  du  10  avril,  Li,  guéri  de  sa  blessure, 
revient  au  même  sujet  :  «  J'aurais  voulu,  dit-il  au  comte  Ito, 
faire  en  Chine  ce  que  vous  avez  fait  au  Japon.  Mais  si  vous 
étiez  à  ma  place,  vous  connaîtriez  les  indicibles  difficultés 
que  je  rencontre  en  Chine.  »  Et  le  vice-roi  loue  le  Mikado 
qui  a  su  s'entourer  d'hommes  d'État  éclairés  et  capables.  A 
quoi  le  comte  Ito  répond  :  a  Gloire  à  notre  Empereur,  et 
maintenant  à  l'œuvre  !  »  et  la  discussion  continue.  Les  com- 
pliments échangés  dans  la  circonstance  ne  pouvaient  modi- 
fier l'attitude  du  Japon  et  le  comte  Ito  considérant  que  la 
limite  des  concessions  était  atteinte,  envoya  l'ultimatum  sui- 
vant (11  avril). 


ULTIMATUM   DU   JAPO>,    II    AVRIL    iS^O 

Shimonoseki.  1 1  avril  1895. 
A  Son  Kxccllence 

Le  Comte  Li  Hoiing-tchang. 
Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  Impériale  Chinoise. 

Excellence, 

Je  juge   convenable  de  confirmer  par    écrit  la  substance   des 
observations  que  j'ai  eu    l'honneur  d'adresser  verbalement  hier  à 


ULTIMATUM    DU    JAPON  377 

volrc  Excellence  au  sujet  des  conditions  de  paix  modifiées  que  je 
vous  ai  présentées  alors. 

J'ai  informé  votre  Kxcellence  et  je  désire  maintenant  de  répé- 
ter que  ces  demandes  modifiées  doivent  être  considérées  comme 
délinilives  et  qu*ime  réponse  catégorique  esl  attendue  dans  l'es- 
pace de  quatre  jours  à  partir  d'hier. 

J'ai  fait  connaître  à  Votre  Excellence  que  les  Plénipotentiaires 
Japonais  n'ont  pas  manqué  de  prendre  en  sérieuse  considération 
les  remarques  (jue  Votre  F^xceliencea  faites  concernant  les  deman- 
des du  Gouvernement  hnpérial  Ja|K)nais  telles  qu'elles  ont  été 
formulées  à  l'origine  ;  et  j'ai  dit,  (pie  par  suite  de  ces  remarqnes, 
[)ar  lesquelles  Votre  ?]xcellence  avait  fait  ressortir  les  difTicultés 
que  rencontrerait  la  Chine  si  l'on  insistait  sur  les  termes  rigoureux 
des  conditions  originales  japonaises,  ces  demandes  avaient  été 
réduites  au  minimum  des  concessions  possibles. 

La  réduction  de  l'indemnité  d'un  tiers:  l'adoption  de  moyens 
plus  faciles  de  paiement  ;  l'acceptation  d'une  ville  au  lieu  de  deux 
pour  l'occupation  temporaire  ;  l'opportunité  de  substituer  une 
garantie  financière  à  la  place  d'une  garantie  territoriale;  la  sup- 
pression de  la  clause  concernant  la  commutation  et  autre  taxe 
intérieure,  et  le  retrait  de  la  réclamation  pour  l'enlèvement  de 
l'obstruction  à  la  naxigation  h  l'embouchure  du  fleuve  Houang- 
pou,  allégeraient  laClhine,  je  l'expliquais,  de  ses  embarras  finan- 
ciers, qui,  d'après  l'estimation  de  Votre  Excellence,  rendraient  la 
pleine  réalisation  des  demand(\s  financières  du  Japon  extrêmement 
ditlicile. 

J'ai  aussi  rendu  clair  à  l'appréciation  de  Votre  Excellence,  je 
l'espère,  que  le  même  esprit  de  conciliation  a  aussi  contribué  à 
réduire  en  grande  partie  les  demandes  territoriales  du  Japon. 

Pour  conclure,  je  me  permets  de  répéter  que  j'ai  fréquemment 
essayé  de  persuader  à  Votre  ?]xcellenceque  la  guerre  est  progres- 
sive dans  ses  conséquences  aussi  bien  que  dans  ses  opérations  et 
qu'il  ne  faut  pas  espérer  que  les  conditions  de  paix  que  le  Japon 
est  capable  heureusement  de  |X)uvoir  accepter  maintenant  siéront 
|>ossibles  plus  tard. 

Je  renouvelle  à  Votre  Excellence  l'assurance  de  ma  considéra- 
tion la  plus  distinguée, 

Ito  IlniOBUMi, 
Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  du  Japon. 


378  NÉGOCIATIONS    —   TRAITÉ    DE    8HIM0N0SEK1 

Le  12,  Li   Hoiing-tchang  lançait  une  dernière  protesta- 


tion : 


DERNIÈRE  PROTESTATION   DE  LI,    1 2   AVRIL 


Shimonoseki,  12  avril. 
A  Son  Excellence 

Le  Comte  llo  Hirobumi, 
Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  l'Empereur  du  Japon. 

Excellence, 

La  note  que  Votre  Excellence  m'a  fait  l'honneur  de  m*adresser 
hier  au  sujet  de  la  marche  et  des  incidents  accompagnant  les 
négociations  de  paix,  rend  nécessaire,  pour  être  juste  envers  mon 
Gouvernement  et  moi,  que  j'y  soumette  une  réponse  brève. 

On  doit  se  mettre  dans  l'esprit  que  j'étais  forcé  de  présenter  par 
écrit  une  réponse  catégorique  aux  termes  de  paix  demandés  par 
le  Ja|3on  avant  qu'une  conférence  avec  les  plénipotentiaires  japo- 
nais ne  me  soit  accordée  pour  discuter  les  termes  de  paix  et  à  la 
première  conférence  qui  m'a  été  accordée  dans  ce  but,  je  me 
trouvai  en  face  des  propositions  défmitives  Japonaises  ainsi  que 
Votre  Excellence  les  presse  actuellement  avant  qu'aucune  discus- 
sion orale  n'ait  eu  lieu.  Dans  de  semblables  circonstances,  on  peut 
diflicilement  prétendre  que  les  propositions  définitives  du  Japon 
ont  été  atteintes  après  qu'une  pleine  opportunité  m'ait  été  ga- 
rantie pour  faire  connaître  les  vues  de  mon  Gouvernement. 

Quoiqu'il  soit  agréable  de  savoir  que  l'énorme  indemnité 
demandée  à  l'origine  ait  été  réduite  quelque  peu,  elle  atteint 
encore  une  somme  beaucoup  plus  considérable  que  le  coût  de  la 
guerre  et  constitue  un  fardeau  trop  lourd  à  porter  pour  la  Chine, 
et  qui  rendrait  impossible  de  mener  à  bien  les  réformes  désirées 
et  les  progrès  dans  le  pays. 

Il  ne  m'a  pas  été  possible  de  comprendre  comment  les  condi- 
tions de  paix  ont  été  rendues  moins  onéreuses  par  ce  que  Votre 
Excellence  appelle  «  la  grande  réduction  dos  demandes  territo- 
riales du  Japon  ».  La  ligne  de  démarcation  dans  les  propositions 
définitives  comprend,  avec  do  légères  exceptions,  tout  le  territoire 
dans  la  province  de  Cheng-King  qui  a  toujours  été  occupé  parles 
troupes  japonaises  ;  et  de  plus  la  proposition  finale  a  demandé  la 
cession  d'une  partie  importante,  riche  et  jxîuplée  de  l'Empire 


DKRMFRE    PROTESTATIOIS    DE    LI  279 

(Formosp)  où  jamais  aucun  soldat  ja[X)naisn'a  mis  les  pieds.  Une 
telle  demande  n'est  pas  en  accord  avec  les  habitudes  des  nations 
négociant  la  paix. 

Quoiqueje  reconnaisse  avec  plaisir  Faction  des  Plénipotentiaires 
Japonais  en  rabattant  cpielques-unes  de  leurs  demandes  commer- 
ciales inadmissibles,  la  proposition  définitive  reste  encore  sans 
précédent  et  déraisonnable  dans  ses  termes  îi  cet  égard,  et  haute- 
ment dérogatoire  pour  la  souveraineté  d'une  nation  indépen- 
dante. Elle  demande  la  négociation  d'un  traité  Commercial  et  des 
règlements  de  frontière  sous  peine  de  retenir  du  territoire  Chinois 
et  refuse  de  soumettre  aucune  question  de  contestation  à  l'arbi- 
trage d'une  puissance  amie.  Pendant  la  négociation  du  Traité  de 
Commerce  elle  demande  pour  les  Japonais  le  traitementen  Chine 
de  la  nation  la  plus  favorisée,  et  refuse  la  même  garantie  ou  au- 
cune stipulation  pour  les  Chinois  au  Japon.  Elle  réclame  le  pri- 
vilège pour  les  Japonais  de  louer  des  magasins  et  d'importer  et 
d'exporter  des  marchandises  et  des  produits  dans  toutcautre  ville 
dans  l'intérieur  de  la  Chine  en  dehors  des  ports  à  traité  sans  l'in- 
tervention d  aucun  fonctionnaire  ;  également  que  lesJaponaisaient 
le  droit  d'entreprendre  des  industries  manufacturières  n'importe 
où  en  Chine  et  sans  paver  aucune  taxe  domestique  sur  les  mar- 
chandises fabriquées  ;  et  que  l'argent  japonais  soit  reçu  à  sa  valeur 
pour  le  paiement  des  droits  et  des  taxes. 

Je  n'ai  pas  écrit  ce  qui  précède  en  vue  de  provoquer  une  nou- 
velle discussion,  mais  dans  le  but  de  répéter  d'une  façon  concise 
ce  que  j'ai  dit  h  Votre  Excellence  quand  la  proposition  défmitive 
m'a  été  présentée  à  l'unique  conférence  qui  m'a  été  accordée  pour 
discuter  les  termes  de  paix,  et  dans  l'espoir  que  les  objections 
exprimées  ici  seront  soigneusement  considérées  par  Votre  Excel- 
lence et  que  je  sois  informé  du  résultat  à  la  prochaine  Conférence 
qui  m'a  été  promise  par  Votre  Excellence,  à  laquelle  j'espère 
soumettre  à  la  proposition  défmitive  la  réponse  que  mon  Empe- 
reur m'autorisera  à  faire  . 

Je  renouvelle  à  Votre  Excellence  l(?s  assurances  de  ma  haute 
considération. 

Ll  IIOUNG-TCUANG 

Ambassadeur  Plénipotentiaire 
de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine. 

Le  i3,  le  comte  Ito  répondait  une  dernière  fois  que  les 


aSo  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 

demandes  du  Japon  étaient  définitives  et  que  désormais  il  ne 
pouvait  recevoir  qu'une  réponse  catégorique. 

REPONSE    DÉFINITIVE    DU    JAPON,     l3    AVRIL    iSgS 

Shimonoseki,   i3  avril  1896. 
A  Son  Excellence 

Le  Comte  Li  Houng-tchang, 
Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté  Impériale  Chinoise. 

Excellence, 

J*ai  eu  l'honneur  de  recevoir  la  Note  d'hier  de  Votre  Excel- 
lence, qui  a  la  prétention  d'être  une  réponse  à  la  mienne  du 
jour  précédent. 

L'objet  de  ma  communication  du  1 1  courant,  était,  en  répé- 
tant par  écrit  ce  que  j'avais  déclaré  précédemment  verbalement, 
de  mettre  Votre  Excellence  pleinement  au  courant  de  la  situation 
actuelle.  Je  souhaitais  que  Votre  Excellence  comprît  qu'entière 
considération  avait  été  accordée  aux  représentations  de  Votre 
Excellence  et  que  les  demandes  modifiées  du  Gouvernement  Im- 
périal devaient  être  considérées  comme  définitives,  n'admettant 
plus  qu'une  réponse  catégorique. 

Je  crains,  d'après  la  Note,  dont  j'ai  actuellement  à  accuser 
réception,  que  mon  intention  ait  été  mal  interprétée  puisque  Votre 
Excellence,  tout  en  répudiant  tout  désir  de  provoquer  une  discus- 
sion, critique  les  demandes  définitives  du  Gouvernement  Impérial, 
ainsi  que  le  cours  de  procédure  qui  a  été  suivi,  et  exprime  l'espoir 
que  l'objection  de  Votre  Excellence  sera  prise  en  considération. 

Il  me  paraît  seulement  nécessaire  de  dire  en  réponse  à  la  Note 
de  Votre  Excellence,  que  les  demandes  que  j'ai  remises  à 
Votre  Excellence  le  10  courant,  étant  définitives,  ne  donnent 
pas  lieu  plus  longtemps  à  discussion. 

Les  demandes  émanant  du  résultat  de  la  guerre  ne  sont  pas 
des  propositions  dans  le  sens  ordinaire  du  mot  et  les  Plénipoten- 
tiaires Japonais,  en  permettant  que  les  demandes  du  Gouverne- 
ment Impérial  soient  le  sujet  de  discussions,  ont  (ait  dans  l'intérêt 
de  la  paix  des  concessions  jusqu'à  l'extrême  limite,  et  si  leur 
esprit  de  conciliation  a  été  mal  interprété,  ils  ont  le  droit  de 
décliner  toute  responsabilité  pour  les  conséquences. 

Il  ne  me  reste  qu'à  ajouter,  en  vue  de  prévenir  tout  malen- 
tendu, que  mon    refus  en  ce   moment  d'entrer  dans  un    nouvel 


TllAITK    l)K    SIIIMOXOSERI  38 1 

examen  des  demandes  du  Japon,  n'implique  pas  de  ma  part  un 
acquiescement  aux  observations  ou  aux  conclusions  de  Votre 
Excellence. 

Je  renouvelle  à  Votre  Excellence  l'assurance  de  ma  considéra- 
tion distinguée. 

Ito  llirobumi. 

Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté 

L'empereur  du  Japon. 

Une  cinquième  et  dernière  conférence  eut  lieu  enfin  le 
i5  avril  ;  je  crois  inutile  d'entrer  dans  le  détail  qui  n'a  guère 
été  qu'une  discussion  prolixe.  Les  Japonais  étaient  décidés  à 
ne  plus  rien  céder,  les  Chinois  n'avaienl  doncplusqu'à  signer 
le  traité. 

Le  17  avril  1890,  Li  Houng-lchang,  après  sa  belle,  mais 
inutile  résistance,  signait  le  traité  présenté  par  les  Japonais, 
à  Shimonoselvi. 


TRAITK  DE  SIIIMOXOSERI,    I7  AVRIL   iSgf) 

S.  M.  l'Empereur  du  Japon,  et  S.  M.  l'Enq^ereur  de  Chine 
désirant  rétablir,  en  faveur  des  deux  Empires  et  de  leurs  sujets 
respectifs,  les  bienfaits  de  la  paix,  et  metire  lin  aux  diQicultés 
futures,  ont  nonunéà  cet  elTet,  pour  conclure  le  Traité   de  paix  : 

S.  M.  l'Empereur  du  Ja[)on  : 

Le  Comle  Ito',  etc.    le  Vicomte  Moutsou-,  etc.. 

S.  M.  l'Empereur  de  (jliine  : 

Li  Iloung-tchang^,  etc.  Li  King-fang*...  comme  plénipo- 
tiaircs. 


I.  J'ai  ajouté  cos  noies  d'après  la  traduction  anglaise.  Couiil  Ito  Hiro- 
bumi,  Junii,  (jrand  Cross  of  the  Impérial  Order  of  Paulovnia,  Minislcr- 
Prcsidentof  Stalo. 

'j.  Viscount  Mutsu  Muneniilsu,  Junii.  First  Class  of  Ihc  Impérial 
Order  of  tlie  Sacred  Treasurc.  Minister  of  State  for  Forcign  AfTairs. 

3.  Senior  Tulor  lo  the  Ileir  Apparent,  Senior  Grand  secretary  of  State, 
Minisler  Supcrinlcndenl  of  Trade  for  the  Northern  Ports  of  China, 
Viccroy  of  the  Province  of  Cihihli,  and  Karl  of  the  First  Rank. 

\.  Ex  Minisler  of  the  Diplomatie  Service,  of  the  second  Otiicial  Rank. 


aSa  KÉGOCIATIONS    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKI 

Les  pouvoirs  ayant  élc  trouvés  en  bonne  et  due  forme,  il  a  été 
arrêté  ce  qui  suit  : 

Article  1.  —  La  Chine  reconnaît  d'une  façon  irrévocable  l'in- 
dépendance* de  la  Corée,  et  supprime  désormais  tout  Tribut  et 
toute  cérémonie  de  vassalité  de  la  part  de  la  Corée. 

n.  —  La  Chine  abandonne  à  perpétuité  au  Japon  sa  souve- 
raineté^ sur  les  territoires  ci-dessous  avec  les  forteresses^,  arse- 
naux et  autres  propriétés  de  l'État  se  trouvant  dans  ces  locahlés. 

a)  La  partie  Sud  de  la  province  de  Feng-Tlen,  comprise  dans 
la  lija^nc  de  démarcation  suivante  :  de*  la  rivière  Yalou  jusqu'à 
Tembouchure  du  fleuve  An-ping,  comprenant  ^  Feug-llouang, 
Tch'eng-llaï-tch'eng,  Ying-K'eou,  jusqu'à  l'embouchure  du  Leao- 
Ho  et  les  autres  villes  :  là  où  le  fleuve  forme  limite,  la  limite  de 
démarcation  sera  le  milieu  du  fleuve. 

Les  îles  qui  se  trouvent  dans  le  golfe  de  Leao-Toung  et  qui  dé- 
pendent de  la  province  de  Fcng-Tien  ; 

6)  L'île  de  Formose  en  totalité  et  les  îles  adjacentes; 

c)  Les  PescadoreSy  c'est-à-dire  les  îles  situées  par  le  119  et  le 
I30°de  longitude  Est  (Greenwich),  et  aS    et   2/1   latitude  Nord. 

III,  —  Les  lignes  de  démarcation  indiquées  dans  l'article  précé- 
dent ainsi  que  dans  la  carte  seront  déterminées  par  une  com- 
mission de  délimitation  composée  de  deux  commissaires  au 
moins,  de  part  et  d'autre,  qui  seront  nommés  immédiatement 
après  l'échange  des  ratifications.  Cette  commission  sera  chargée 
de  modifier  les  lignes  de  démarcation  indiquées  dans  le  traité, 
lorsque  les  configurations  géographiques  et  le  centre  d'adminis- 
tration ne  s'y  prêteront  pas. 

Le  commissaire  s'applicjuera  à  accomplir  sa  mission  dans  un 
délai  le  plus  bref  possible,  de  façon  qu'elle  soit  complètement 
terminée  dans  un  an  à  dater  de  sa  nomination.  Toutefois,  les 
lignes  de  démarcation  indiquées  dans  le  présent  traité  seraient 
maintenues  jusqu'à  ce  que  les  modifications  apportées  par  la 
Commission  soient  a|)prouvées  par  les  deux  (îouveriiemenls. 

IV.  —   La   Chine  s'engage  à   payer  à  titre  d'indemnité  de 

I .  Fui!  and  complète  indcpcndencc. 
a.   Full  sovcrcignty. 

3.  Fortifications. 

4.  De  l'embouchure  de. 

5.  From  thencc  thc  linc  runs  lo  Féng  Huang  ;  from  thence  lo  Hai- 
Ich'cng. 


TRAITE    DE    SlIIMONOSERI 


383 


guerre  la  somme  de  aoooooooo  taëls  (Kou-ping)  en  huit  ver- 
sements dont  le  i*"""  et  le  second  comportera  cliaquc  fois 
Sooooooo  laëls. 

Le  premier  paiement  devra  s*elTectuer  dans  les  six  mois  qui 
suivent  l'échange  des  ratiiications.  Le  second  dans  les  douze  mois; 
le  reste  sera  payé  en  six  annuités  dont  : 

la  première  dans  deux  ans, 

la  deuxième  dans  trois  ans, 

la  troisième  dans  quatre  ans, 

la  quatrième  dans  cinq  ans, 

la  cinquième  dans  six  ans, 

la  sixième  dans  sept  ans  ; 
Un   intérêt   de  5  °/o  ^^'^^  payé  pour  la   somme  restant  à  payer 
après  le  terme  du  premier  paiement.  Cependant  la  Chine  pourra 
paver  par  anticipation  la  totalité  ou  partie  de  l'indemnité. 

Dans  le  cas  où  elle  aura  pavé  toute  la  sonune  dans  les  trois 
ans,  une  remise  du  montant  des  intérêts  lui  sera  faite.  Si,  dans 
ce  cas,  le  montant  des  intérêts  était  pavé  [>our  a  ans  i/a  ou 
moins,  une  déduction  d'autant  serait  faite  sur  le  capital. 

V.  —  i]eu\  des  Iiahitanls  de  la  localité  au  Japon,  qui  voudront 
sortir  de  ce  territoire  auront  la  liberté  d'aliéner  leurs  biens  et 
d'évacuer.  Kt  un  délai  de  deux  ans  leur  sera  accordé  à  cet 
elfet.  Pendant  ce  délai,  ils  seront  considérés  comme  sujets  Ja- 
ponais. 

Les  deux  Gouvernements  devront  déléguer  à  Formose,  immé- 
diatement après  l'échange  des  ratiiications.  chacun  un  commis- 
saire j)our  la  priso  de  possession.  Et  le  tout  doit  être  terminé 
dans  les  deux  moi*<. 

V  L  —  Tous  les  traités  qui  avaient  aiq)aravant  lié  les  deux 
Empires  se  trouvant  annulés  par  le  fait  même  de  la  guerre,  la 
Chine  s'engage  à  nonnner,  aussitôt  après  l'échange  des  ratifica- 
tions, des  plénipotentiaires  munis  d'un  plein  pouvoir  pour  conclure 
avec  les  IMénipotentiaires  japonais  les  traités  de  commerce,  de 
navigation,  et  les  conventions  relatives  h  la  connnunication  et  au 
conunerce  par  terre.  Et  les  dispositions  des  traités  actuellement 
entre  la  (^hine  et  les  pa>s  d'F^urope  devront  servir  de  base  h  la 
conclusion  des  traités  et  conventions  entre  la  Chine  et  le  Japon. 

Depuis  l'échange  des  ratiiications,  jusqu'à  la  mise  en  vigueur 
desdits  Traités  et  conventions,  la  (^hine  aura  accordé  le  traité  de 
la  nation  la  plus  faNorisée,  en  tout,  à  l'égard  du  Gouvernement 
ja[)onais  et  de  ses  Agents,  le  commerce,  la  navigation,  la  com- 


384  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSERI 

munication  et  Je  commerce  terrestre,  l'industrie,  les  bâtimcnU  et 
les  sujets  japonais. 

En  outre  la  Chine  fera  les  concessions  suivantes  qui  seront 
valables  six  mois  après  la  signature  du  présent  traité  : 

a)  En  plus  des  ports  actuellement  ouverts,  la  Chine  ouvrira 
pour  le  commerce,  le  séjour,  l'industrie,  la  manufacture  des 
sujets  japonais  avec  les  privilèges  et  avantages  qu'on  trouve  dans 
les  ports  déjà  ouverts  : 

I.   Clm-Ohi-Kin-tchéon  (Hou-Pé). 

3.    Tchoung-Kiny  (Se-tch'ouen). 

3.   Son-lchéou  (Kiang-Sou). 

3.   Hnng-tchêon  (Tché-Kiang). 

Le  Gouvernement  japonais  aura  le  droit  d'installer  des  Con- 
sulats à  chacun  de  ses  ports. 

Pour  le  transport  des  voyageurs  et  des  marchandises,  la  ligne 
de  navigation  japonaise  de  vapeur  sera  étendue  jusqu'aux  loca- 
lités suivantes  : 

à)  De  I-lchang  à  Tchoung-King. 

6)  De  Chang-Haî  à  Hang-tcliéou,  par  Wou-soung  et  le  canal 
jusqu'à  l'établissement  des  nouvelles  dispositions,  les  dispositions 
actuc^llement  en  vigueur  par  rapport  à  la  navigation  des  bâti- 
ments étrangers  dans  les  eaux  intérieures  de  la  Chine,  seront 
appliquées  autant  qu'elles  seront  applicables. 

c)  Les  sujets  japonais  auront  le  droit  d'emmagasiner  sans 
payer  aucun  droit  des  marchandises  et  matières  premières  qu'ils 
auront  aciietées  dans  l'intérieur,  ou  les  articles  d'importation  qu'ils 
introduiront  dans  l'intérieur. 

d)  I^es  sujets  japonais  pourront  se  livrer  librement  à  l'exercice 
de  diverses  manufactures  dans  tous  les  ports  ouverts  ou  à  ouvrir. 
Ils  pourront  de  ])lus  introduire  librement  en  Chine  les  machines 
de  tout  genre  sans  payer  d'autre  droit  que  celui  d'importation. 
Toutes  les  marchandises  fabriquées  en  Chine  par  les  sujets  japo- 
nais, seront  traitées  de  la  même  manière  que  les  articles  d'im- 
portation japonaise  et  a\ec  les  mêmes  privilèges  et  exemptions, 
quant  à  ce  qui  concerne  le  droit  de  transport  intérieur  (j^i  Am) 
et  autres  taxations  locales,  etc..  et  les  avantages  d'emmagasiner. 

Dans  le  cas  où  une  réglementation  spéciale  serait  nécessaire, 
et  par  rapjwrt  aux  concessions  ci-dessus  énumérées,  elle  figurera 
dans  les  traités  de  commerce  et  de  navigation  en  question  dans 
le  présent  traité. 

Vil.  —  Le  retrait  des  troupes  japonaises,  se  trouvant  actuel- 


CLAUSES    ADDITIONNELLES  285 

lement  dans  le  territoire  chinois,  devra  s*e(Tectuer  dans  les  trois 
mois  qui  suivent  l'échange  des  ratifications  et  conformément  aux 
dispositions  de  l'article  suivant. 

VIII.  —  En  garantie  de  l'exécution  fidèle  des  dispositions  du 
présent  traité,  la  Chine  consent  à  l'occupation  provisoire  par 
l'armée  japonaise,  de  Wei-Haï-\Veï,  province  de  Chan-Toung,  et 
lorsque  le  premier  et  le  deuxième  versements  de  l'indemnité  de 
guerre  auront  été  ellectués.  et  ([ue  les  traités  de  commerce  et  de 
navigation  auront  été  ratifiés,  le  Japon  pourra  retirer,  de  la 
susdite  localité,  ses  troupes  à  condition  toutefois  que  le  Gouver- 
nement Chinois  consiMite  alors  à  prendre  des  mesures  suflisantes 
et  à  donner  garantie  des  produits  de  douane  pour  le  reste  de  la 
somme  à  payer,  capital  et  intérêts.    » 

Si  le  Couvernement  Chinois  ne  prenait  pas  lesdits  arrange- 
ments, les  troupes  ne  seraient  pas  retirées  jusqu'à  paiement  com- 
plet. Ce  retrait  de  troupes  ne  peut  être  fait,  en  tout  cas.  avant 
les  ratifications. 

IX.  —  Immédiatement  après  l'échange  des  ratifications,  les 
prisonniers  de  guerre  seront  échangés  et  la  Chine  s'engage  à  né 
pas  maltraiter  ceux  qui  lui  seront  rendus. 

Ceux  des  sujets  japonais  qui  ont  été  reconnus  espions  de  guerre, 
coupables  d'autres  délits,  seront  mis  en  liberté  immédiate,  de 
plus  la  Chine  s'engage  à  ne  pas  appliquer  ou  à  ne  pas  faire  ap- 
pliquer aucune  peine  aux  sujets  chinois  qui  ont  eu  pendant  la 
guerre  des  rapports  avec  des  troupes  japonaises. 

X.  —  La  guerre  cesse  à  dater  du  jour  de  rechange  des  ratifi- 
cations. 

XI.  —  Le  présent  traité  sera  ratifié  par  S.  M.  l'Empereur  du 
Japon  et  S.  M .  l'Empereur  de  Chine  ;  et  l'échange  des  ratifications 
aura  lieu  à  Tché-fou.  le  8  mai  i8f|5  (i/i^jour,  4*=  mois,  3i*année 
de  Kouang-Siu)  (8*^  jour.  5*"  mois,  28"  année  de  Meidji). 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentaires  ont  signé  et  apposé  leurs 
sceaux. 

Le  présent  traité  fait  en  double  exemplaire  à  Shimonoseki,  le 
17  avril  1895  (28*  année  Meidji)  (23*  jour,  3*  mois,  21*  année 
Kouang-Siu. 

Signatures. 

CLAUSES   ADDITIONNELLES 

1.  —  Les  troupes  japonaises  qui  dui\ent  occuper  provisoirement 


286  NÉGOCIATIONS    —    TRAITÉ    DE    SHIMONOSEKt 

Wcï-Haï-Wci,  en  vertu  de  Tarticlc  Vïlï,  ne  doivent  pas  dépasser 
une  Brigade  ;  et  à  dater  de  rechange  des  ratifications,  la  Chine 
aura  à  payer  par  an  5ooooo  taëls,  c'est-à-dire  i/4  des  frais  de 
l'occupation . 

II.  —  Le  terrain  d'occupation  provisoire  s'étendra  de  l'île  de 
Liu-kong  Tao  et  de  la  côte  de  la  baie  jusqu'à  5  ris  japonais.  En 
deçà  des  5  ris  japonais,  il  sera  interdit  aux  troupes  chinoises  de 
s'approcher  à  une  distance  de  5  autres  ris. 

III.  —  Les  aiïaires  d'administration  du  territoire  d'occupation 
provisoire  continueront  à  être  faites  par  les  autorites  chinoises, 
mais  celles-ci  auront  le  devoir  de  se  conformer  aux  ordres  du 
Commandant  des  troupes  japonaises,  relativement  à  la  santé,  à 
la  sécurité  et  au  bien-être  de  ces  troupes  ainsi  qu'à  leur 
répartition. 

Toutes  les  infractions  militaires  commises  dans  les  limites  du 
territoire  occupé,  seront  de  la  compétence  des  autorités  militaires 
japonaises. 

La  présente  clause  additionnelle  aura  le  même  effet  que  si  elle 
était  comprise  dans  le  traité  de  paix. 

En  foi  de  quoi 

(Signatures). 

(Même  date). 

L'Empereur  du  Japon  ratifia  le  traite  trois  jours  plus  tard. 


RATIFICATIONS 

Nous,  Empereur  du  Japon  (Mutsu  llito),  par  la  grâce  du 
Ciel  régnant  depuis  dix  mille  années,  —  déclarons  au  peuple 
qui  lit  les  présentes  que  :  ayant  personnellement  examiné  tous 
les  articles  du  traité  de  paix  et  de  la  clause  additionnelle,  signés 
à  Shimonoscki.le  17  avril  1890,  par  nos  Plénipotentiaires  et  ceux 
de  l'Empire  de  Chine,  nous  les  avons  trouvés  bien  conformes  à 
notre  intention  et  ne  laissant  rien  à  désirer. 

Et  approuvons  et  ratifions  ces  mêmes  traités  et  clauses. 

Nous  avons  personnellement  signé  les  présentes  et  fait  y 
apposer  notre  sceau  impérial  dans  notre  Palais  d'Hiroshima, 
le  20  avril  1895. 

(L.  S.) 
Contresigné  :       Ministres. 


PROTOCOLE  287 


PUOTOCOLE 

Le  Gouvernement  de  S.  M.  l'Empereur  du  Japon  et  celui  de 
S.  M.  l'Empereur  de  Chine,  ayant  on  vue  d'éviter  h  l'avenir 
toute  erreur  d'interprétation  du  traité  de  paix,  ont  ordonné  aux 
Plénipolentaires  de  convenir  de  ce  qui  suit  : 

I.  —  La  traduction  anglaise  jointe  au  traité  de  paix  avec  le 
même  sens  que  les  traités  chinois  et  japonais. 

II.  —  S'il  y  a  une  dilTérence  dans  les  textes  chinois  et  japonais 
la  traduction  anglaise  fera  foi. 

III.  —  Il  est  convenu  que  les  Plénipotentiaires  soussignés  pré- 
senteront il  leur  gouvernement  respectif  le  présent  protocole  en 
même  temps  que  le  traité  de  paix,  et  qu'à  la  ratification  dudit 
traité,  les  diverses  conventions  faites  dans  le  présent  protocole, 
seront  considérées  comme  approuxées  par  les  deux  Gouvernements 
sans  nécessiter  une  ratification  spéciale. 

En  foi  de  quoi 

(Signatures)  (Même  date). 

(Shimonoseki)  '. 

Grand  avait  été  rcfTort  des  Japonais,  mais  les  conditions 
obtenues  par  eux  étaient  magnifiques  ;  outre  une  indenmilé 
de  200  millions  de  taëls,  ils  obtenaient  la  cession  du  Llao- 
toung,  de  Formosc  et  des  Pescadores,  Touverturc  au  commerce 
des  villes  de  Cha-clii,  Tchoung-King,  Sou-lchéou  et  Hang- 
tchéou,  la  liberté  de  navigation  sur  le  Yang-tseu  de  1-lchang 
à  Tchoung-King  et  sur  la  rivière  de  Wou-soung  et  le  Canal, 
de  Chang-haï  à  Hang-tchéou,  sans  parler  d'avantages  moin- 
dres. 

Mais  déjà,  les  Chinois  savaient  qu'ils  allaient  rentrer  en 
[K)ssession  d'une  partie  du  territoire  perdu,  et  que  la  France, 
la  Russie  et  TAIlemagne  se  préparaient  à  lui  faire  rétrocéder 
le  Liao-toung. 


I.   Gerlific  conforme  à  V Officiel  Japonais  du   i3   mai  iSgô.   Sig.  : 
J.  Dautremer,  premier  iiiterprèle  de  la  Légation  de  France. 


\ 


CHAPITRE  XIV 
NÉGOCIATIONS.  —  RÉTROCESSION  DU  LIA0-T0UN6 

Certes  le  triomphe  était  grand  pour  le  Japon  :  cession  par 
la  Chine  du  Sud  de  la  Mandchourie,  de  la  grande  île  For- 
niose  et  des  Pescadores,  indemnité  de  guerre  de  200  millions 
de  taëls,  ouverture  au  commerce  des  ports  de  Cha-chi, 
Tchoung-King,  Sou-tchéou  et  Hang-tchéou,  nouvelles  faci- 
lités de  transport,  etc.  L'empire  du  Soleil  Levant  avait 
compté  sans  les  puissances  occidentales. 

La  France  et  la  Russie  n'hésitèrent  pas  un  instant  à 
prendre  parti  pour  la  Chine  ;  l'Allemagne  se  joignit  à  elles. 
Du  jour  oii  la  Chine  trouvait  non  des  protecteurs,  mais 
des  alliés  dans  les  nations  d'Europe  qui  allaient  non 
seulement  exiger  la  restitution  d'une  partie  des  conquêtes 
du  vainqueur,  mais  qui  encore  fourniraient  aux  vaincus 
l'argent  nécessaire  pour  se  lihérer  vis-à-vis  de  son  rival,  l'Em- 
pire du  Milieu  devenait  un  facteur  dans  la  politique  interna- 
tionale ;  il  acceptait  les  conseils  de  ceux  qui  l'avaient  tiré  de 
ses  diflîcultés  et  l'on  peut  dire  qu'il  suivit  une  politique 
franco-russe  jusqu'au  moment  où,  l'occupation  de  Kiao- 
tcheou  lui  enlevant  ses  illusions  au  sujet  de  ses  alliés,  il  se 
tourna  hnisquement  vers  l'Angleterre  et  le  Japon  qui  ne 
surent  pas  profiter  d'une  volte-face  si  heureuse  pour  eux. 

Le  10  avril  1895,  c'est-à-dire  une  semaine  avant  la  signa- 
ture du  traité  de  Shimonoseki,  la  France  entrait  en  com- 
munication avec   la  Russie  au  sujet  de  la   Mandchourie  ; 


KÉGOCIATIONS    —     RÉTROCESSION    DU    LIAO-TOUNG  289 

• 

dans  cette  affaire,  rAllemagne  avait  une  tendance  à  adopter 
les  vues  de  la  Russie,  tandis  que  l'Angleterre  déclarait  au 
contraire  qu'elle  n'avait  pas  d'objections  à  faire  aux  deman- 
des du  Japon  ;  l'attitude  du  cabinet  britannique  pouvait  faire 
croire  qu'un  traité  secret  le  liait  avec  le  cabinet  de  To-Kio  ; 
c'élait  une  erreur,  ainsi  que  les  événements  Font  prouvé 
depuis,  mais  il  est  certain  qu'Albion  cherchait  déjà  à  se  con- 
cilier les  bonnes  grâces  du  vainqueur,  d'ailleurs  nullement 
dupe  de  la  volte-face  des  Anglais  qui  n'avaient  cessé  pen- 
dant la  première  période  des  hostilités  de  donner  non  seule- 
ment leur  appui  moral  mais  aussi  leur  concours  aux  Chi- 
nois. Au  lendemain  donc  de  la  signature  du  traité  de  Shimo- 
noseki,  F  Angleterre  conservait  son  attitude  singulière  et 
restait  isolée. 

Le  contre-amiral  de  Beaumont,  commandant  en  chef 
l'escadre  française  d'Kxtréme-Orienl,  recevait  de  Paris  l'ordre 
de  concentrer  sa  llotle  dispersée  et  de  se  concerter  avec  ses 
collègues  de  Russie  et  d'Allemagne  ;  il  eut  d'ailleurs  à  jouer 
le  rôle  de  modérateur  vis  à-vis  de  l'amiral  russe  Tyrtov. 

Le  20  avril,  la  Russie  |)rit  Tinitiative  d'une  démarche 
amicale  auprès  du  Japon  ;  les  trois  cabinets  européens  trou- 
vaient que  la  possession  de  la  presqu'île  de  Liao-Toung  par 
les  Japonais  serait  une  menace  contre  la  capitale  de  la  Chine 
et  rendrait  illusoire  Tindépendance  de  la  Corée  ;  elle  serait 
par  conséquent  un  obstacle  perpétuel  à  toute  pacification  du- 
rable ;  il  était  désirable  toutefois  de  donner  un  caractère  ami- 
cal à  la  démarche  que  devaient  tenter  auprès  du  ministère 
japonais  les  diplomates  accrédités  à  la  cour  de  To-Kio  ;  ni 
notre  ministre,  M.  Harmand,  ni  celui  de  Russie,  M.  Hitrovo, 
ne  crovaient  à  l'elTicacité  de  cette  démarche  fort  délicate. 
Néanmoins,  le  23  avril,  MM.  Harmand,  Hitrovo  et  von 
Gutschmid,  ministre  d'Allemagne,  ayant  écrit  une  note 
pour  le  Ministre,  arrivèrent  ensemble  au  ministère  des 
Aflaires  Etrangères  et  entrèrent  séparément  chez  le  Secrétaire 
CoKDiER.  III.  —  19 


a  go  NÉGOCIATIONS    —    RÉTROCESSION    DU    LIAO-TOUNG 

» 

d'État,  dont  la  réception  conserva  le  caractère  le  plus  cor- 
dial. Le  28  avril,  nouvelle  démarche  amicale  le  matin,  le 
vicomte  Mutsu  étant  souffrant,  le  vice-ministre  des  Affaires 
Étrangères,  Hayashi  Tadasu,  répondit  que  dans  une  ques- 
tion qui  entraînait  l'honneur  et  peut-être  le  sort  du  Japon, 
le  Gouvernement  japonais  espérait  que  les  trois  gouverne- 
ments voudraient  hien  lui  laisser  le  temps  de  la  réflexion  ; 
il  protestait,  du  reste,  que  le  délai  demandé  ne  préjugeait 
en  rien  de  la  réponse.  Les  diplomates  étrangers  n'ignoraient 
pas,  grâce  à  des  renseignements  privés,  que  le  comte  Ito  et 
le  vicomte  Mutsu  n'étaient  pas,  au  même  degré  que  le  parti 
militaire,  partisans  de  conquêtes  continentales  et  manœu- 
vraient pour  donner  satisfaction  aux  gouvernements  des 
puissances  occidentales.  Néanmoins,  la  situation  restait  fort 
tendue.  Le  lendemain  (29  avril)  les  trois  ministres  ayant 
reçu  de  nouvelles  instructions,  renouvelèrent  leurs  démar- 
ches pour  qu'une  réponse  leur  fût  donnée  avant  le  8  mai, 
date  de  l'expiration  de  l'armistice.  Le  vice-ministre  répondit 
que  le  vicomte  Mutsu  serait  de  retour  dans  trois  ou  quatre 
jours  et  que  la  réponse  serait  alors  donnée. 

Le  2  mai,  le  ministre  du  Japon  à  Paris  remettait  au  mi- 
nistère  des  Affaires  Etrangères  un  mémorandum  contenant 
la  réponse  que  faisait  son  Gouvernement  à  la  démarche  de 
M.  Harmand  à  To-Kio.  Le  Japon  demandait  que  le  traité  de 
Shimonoseki  fut  ratifié  tel  qu'il  avait  été  signé,  quitte  a 
renoncer  ensuite  par  un  acte  supplémentaire  l\  la  possession 
définitive  de  la  province  de  Feng-tien,  dont  il  garderait  tou- 
tefois le  département  de  Kin-tcheou  (Port  Arthur)  ;  le  Japon 
refusait  une  prolongation  des  ratifications,  ainsi  que  l'avait 
demandé  la  Chine  par  notre  minisire  des  Affaires  Étrangères  ; 
le  Japon  avait  même  l'intention  de  demander  une  compen- 
sation pécuniaire  pour  le  territoire  qu'il  abandonnait,  et  qui 
serait  occupé  jusqu'à  Texécution  du  traité.  Le  4  niai,  les 
trois  gouvernements  s'étant  concertés,  déclarèrent  que  la  ré- 


PROCLAMATION    IMPÉRIALK  ù^l 

[)onsedu  Japon  calait  insuffisante,  toiile  riniportance  du  Liao- 
Toung  dépendant  de  la  possession  de  Port-Arthur.  L'Angle- 
terre conseilla  an  Japon  de  céder  aux  puissances  et  Lord 
Kiniberley  déclara  qu'il  n'y  avait  aucun  pacte  entre  le  Japon 
et  son  pays.  Le  5  mai,  M.  Soné,  ministre  du  Japon  à  Paris, 
déclarait  que  le  (iouvernement  japonais,  agissant  sur  le  con- 
seil amical  des  gouvernements  français,  russe  et  allemand, 
s'engageait  h  renoncer  à  la  possession  définitive  de  la  pro- 
vince de  Feng-tien.  Il  él<iit  difficile,  sinon  impossible  au 
Japon  d'agir  autrement  ;  la  guerre,  quoique  heureuse,  l'avait 
singulièrement  ajjpauvri,  presque  toute  son  armée  était  en 
Chine,  sa  flotte  était  fatiguée,  ses  arsenaux  étaient  vides,  et 
l'Angleterre  laissait  faire. 

La  pilule  était  amcre  à  faire  avaler  au  peuple  japonais  ;  la 
proclamation  impériale  suivante,  du  i3  mai  1896,  devait 
faire  part  au  public  dune  renonciation  qui  devait  être  singu- 
lièrement blessante  pour  Tamour-propre  national. 

PROCLAMATION    IMPÉRIALE,     l3    MAI     1896. 

Sur  la  demande  de  rEnipcreur  de  Chine,  nous  avions  nommé 
des  Plénipotentiaires  et  leur  avions  ordonné  de  s'entendre  avec 
les  Envoyés  Chinois  pour  la  conclusion  du  traité  de  paix  entre 
les  deux  Empires. 

Mais  les  Gouvernements  de  l'Empereur  de  Russie,  de  l'Empe- 
reur d'x\lleniagne  et  de  la  République  française,  considérant 
comme  nuisible  à  la  paix  perpétuelle  de  l'Orient,  l'occupation 
permanente,  par  l'Empire  du  Japon,  de  la  presqu'île  de  Liao- 
Toung,  ont  engagé  chacun  notre  Gouvernement  à  renoncer  à  la 
possession  définitive  dudit  territoire. 

Si,  constamment  soucieux  de  la  paix,  nous  en  sommes  cepen- 
dant arrives  à  ouvrir  les  hostilités  avec  la  Chine,  c'est  qu'en 
vérité,  notre  but  n'était  pas  autre  que  celui  d'assurer  à  perpétuité 
celle  paix. 

Et  c'est  dans  celte  intention  que  les  trois  Puissances,  dans  leur 
amitié  pour  nous,  ont  insisté  auprès  de  nous  (pour  nous  faire 
renoncer) . 


392  NÉGOCIATIONS    —    RÉTROCESSION    DU    LIAO-TOUNG 

Nous,  Empereur,  ayant  donc  en  vue  la  paix,  nous  avons 
accepté  leurs  conseils  sans  hésitation,  et  d'ailleurs  nous  ne  vou- 
lions nullement  faire  naître  d'autres  difficultés  qui  auraient  com- 
pliqué la  situation  présente,  et  auraient  retardé  le  rétablissement 
de  la  paix,  en  faisant  souffrir  le  peuple  et  arrêtant  l'essor  des 
progrès  du  Pays. 

D'un  autre  côté,  par  la  conclusion  du  Traité  de  Paix,  la  Chine 
se  montre  sincère  dans  son  repentir  d'avoir  rompu  les  bonnes 
relations  et  a  fait  ainsi  voir  au  monde  la  cause  et  le  but  de  notre 
guerre. 

A  présent,  nous  ne  voyons  pas  qu'une  décision  magnanime, 
prise  en  considération  de  la  situation  générale  des  choses  puisse 
nuire  à  la  gloire  et  à  la  dignité  de  l'Empire. 

Nous  avons  donc  admis  les  conseils  loyaux  des  Puissances 
amies  et  avons  ordonné  à  notre  Gouvernement  d'en  aviser  les 
(jouvernements  des  Trois  Puissances. 

Quant  à  toutes  les  mesures  à  prendre  relativement  à  la  rétro- 
cession de  la  Péninsule  à  la  Chine,  nous  avons  ordonné  à  notre 
Gouvernement  de  les  fixer  avec  le  Gouvernement  Chinois. 

Maintenant  que  l'échange  des  ratifications  est  fini,  et  que  les 
bonnes  relations  des  deux  Empires  sont  rétablies,  les  Puissances 
neutres  çnt  aussi  redoublé  d'amitié. 

Vous,  fonctionnaires  et  peuple  (vile  multitude),  pénétrez-vous 
de  notre  intention  ;  défendez- vous  de  l'élroitesse  d'esprit  en  face 
de  la  situation  générale  des  clioses  ;  gardez-vous  de  vous  laisser 
influencer  pour  ne  pas  être  en  désaccord  avec  la  ligne  politique 
que  suit  l'Empire. 

(L.  S.)       L'Empereur. 
Contre-signe  :  tous  les  ministres  *  ^. 

Entre  temps  l'échange  des  ratifications  avait  eu  lieu  : 

ÉCHANGE  DES  RATIFICATIONS,    8   MAI   1896. 

Malgré  la  promesse  de  la  France  et  de  la  Russie  d'inter- 
venir auprès  du  Japon  pour  obtenir  la  rétrocession  du  Liao 

I.   Certifié   conforme  à   Y  Officiel  japonais  du  i3  mai  1895.  Sig.  : 
Le  i*^""  interprète  de  la  Légation  de  France.  J.  Dautrbmer. 
u.   La  traduction  anglaise  porte  10  mai  1895. 


KCIIANGE    DKS    RATIFICATIONS  2()3 

Toung,  le  tmité  de  Slunionoseki  trouva  une  vive  opposition 
chez  les  vice-roi  du  Yang-tseu,  Tchang  Tdii-toung  et  Lieou 
Kouen-i,  chez  le  vico-roi  élu  des  deux  Kouang,  T'an 
Tchoung-lin,  e!  le  gouverneur  du  Kiang-Si,  Té-Sing  ;  les 
censeurs  ne  demandaient  rien  moins  que  la  suppression  des 
partisans  de  Li  Iloung  Ichang  comme  Iraîtres  au  souverain 
et  au  pays.  Heureusement  que  le  parti  de  la  paix  l'emporta 
et  empêcha  la  Chine  de  se  lancer  dans  une  désasireuse  aven- 
ture. Weng  T'oung  ho,  qui  avait  été  Tun  des  fonctionnaires 
les  plus  acharnés  à  la  guerre,  s'était  rallié  à  Li  et  à  Siu  Yu- 
wen,  ministre  de  la  guerre,  et  engageait  son  impérial  élève 
à  ratifier  le  Irailé  ave<'  le  Japon.  M.  Fosler  et  l^i  arrivèrent 
à  Pé-King,  le  25  avril,  de  retour  du  Japon.  L'empereur  se 
dé<*ida  enfin  à  donner  son  approhalion  au  Irailé  et  Li  envoya 
à  Tché-fou  Wou  Ting-fang  (\g  Choy)  et  Lien-Fang  j)Our 
ratifier  le  traité.  Ito  Miyoyi,  représentant  le  Japon  comme 
plénipotentiaire,  arriva  à  Tché-fou,  à  hord  du  croiseur 
Yayeyama  Maru  Knn,  le  mercredi  8  mai  dans  la  matinée. 
Juscpfau  dernier  moment,  les  Chinois  luttèrent;  les  Japo- 
nais menaçaient  de  se  retirer. 

Wou  Ting-fang  et  Lien-Fang,  sur  Tordre  de  leur  gou- 
>ernement,  tentèrent  d'introduire  dans  le  texte  même  du 
traité  un  article  additionnel  consacrant  la  rétrocession  du 
Liao-Tuung  ;  ils  essayèrent,  mais  vainement,  de  remettre  au 
plénipotentiaire  japonais  une  protestation  de  la  |)opulation 
de  Formose  contre  l'annexion  de  l'île  au  Japon.  Enfin  les 
Chinois  cédèrent  et  les  ratifications  furent  signées  à  minuit 
(8  mai).  Le  matin  même  (9  mai),  Ito  quittait  Tché-fou  avec 
le  traité,  par  le  Yokohama  Maru. 

Des  trouhles  étaient  certainement  à  craindre  dans  la  capi- 
tale japonaise,  et  ce  nVst  pas  faire  un  mince  éloge  du  corps 
diplomatique  étranger,  de  To-Kio,  et  en  particulier  de  notre 
ministre,  M.  Harmand,  de  dire  qu'ils  furent  évités. 

La  renonciation  au  Liao-Toung  par  le  Japon  admise  en 


{ 


agi  NÉGOCIATIONS    —    RÉTROCESSION    DU    LTAO-TOUNG 

principe  devait  être  suivie  de  négociations,  pour  marquer  la 
durée  de  l'occupation  de  la  presqu'île  par  les  forces  japo- 
naises et  fixer  le  chiffre  de  l'indemnité.  Ces  questions  devaient 
être  traitées  amicalement  et  réglées  par  un  acte  complémen- 
taire signé  à  To-Kio.  En  même  temps  que  la  proclamation 
impériale,  le  texte  du  traité  de  Shimonoseki  était  publié  sans 
article  additionnel  relatif  à  la  rétrocession  du  Liao-Toung  ou 
à  l'augmentation  de  l'indemnité,  non  plus  qu'au  délai  de 
l'évacuation. 

Le  25  mai,  les  trois  puissances  auxquelles  l'Espagne 
s'était  jointe,  se  mettaient  d'accord  pour  entamer  les  négo- 
ciations sur  les  quatre  points  suivants  :  i°  indemnité  pour  la 
rétrocession  du  Liao-Toung  ;  2°  évacuation  du  Liao-Toung  ; 
3**  les  îles  Pescadores  ;  4°  ces  différents  points  devaient 
faire  l'objet  de  notes  ;  le  Japon  devra  prendre  l'engage- 
ment de  ne  pas  rétrocéder  les  Pescadores  à  une  tierce  puis- 
sance; les  représentants  des  gouvernements  étrangers  devaient 
nouer  les  pourparlers  dans  un  esprit  de  bienveillance  et  de 
conciliation  réciproques. 

Les  Anglais  ne  manquèrent  pas  d'essayer  de  brouiller  les 
cartes,  et  ils  firent  courir  le  bruit  d'une  intervention  à  For- 
mose  des  Français,  qui  protestaient  contre  la  clause  de  ce 
traité  qui  cédait  cette  île  aux  Japonais  ;  le  28  mai,  le  Gouver- 
nement français  annonçait  au  Japon  qu'il  n'avait  aucune 
intention  de  s'immiscer  dans  les  affaires  de  Formose,  à  moins 
qu'une  autre  puissance  n'intervienne.  Le  3o  mai,  eut  lieu  la 
première  réunion  des  représentants  étrangers,  avec  le  vicomte 
Mutsu,  qui  se  trouvait  un  peu  moins  malade. 

Le  5  juin,  le  gouvernement  espagnol  proposait  au  concert 
des  puissances  de  demander  au  gouvernement  japonais  de 
déclarer  que  «  l'annexion  au  Japon  de  Formose  et  des  îles  adja- 
centes exclut  de  la  part  du  Japon  toute  réclamation  et  préten- 
tion sur  les  îles  situées  dans  l'Océan  pacifique  au  Sud  et  au 
Sud-Est  de  Formose,  à  partir  du  parallèle  qui  passe  par  l'axe 


KCIIANCK    DES    RATIFICATIONS  395 

du  canal  de  Baslii  ».  La  France  et  la  Russie  étaient  d'accord 
pour  appuyer  celte  demande,  mais  l'initiative  en  devait  être 
prise  par  le  ministre  d'Espagne  h  To-Kio.  Le  23  juin,  le  Japon 
répondait  au  Chargé  dWfTaires  d'Espagne  qu'il  ne  faisait  pas 
d'objection  à  la  déclaration  demandée  à  condition  toutefois 
de  réciprocité  d'engagement  de  la  part  de  l'Espagne.  Le 
7  août,  le  Ministre  d'Espagne  signait  avec  le  Gouvernement 
japonais  une  Convention  d'après  laquelle  le  parallèle  passant 
par  le  milieu  du  canal  navigable  de  Basbi  servirait  délimite 
entre  les  possessions  espagnoles  et  japonaises  ;  le  gouverne- 
ment espagnol  remercia  la  France  de  ses  bons  oflices  dans  les 
négociations. 

Le  4  juillet,  M.  Harmand  obtenait  que  le  traité  projeté  ne 
contiendrait  rien  de  relatif  à  l'ouverture  de  la  rivière  de 
l'Ouest  ÇSi  Kiany).  Le  19  juillet,  le  Japon  fixe  le  chiffre  de 
l'indemnité  compensatrice  h  5o  millions  de  taëls  et  déclare 
qu'après  le  versement  de  cette  somme,  elle  premier  paiement 
stipulé  par  le  traité  de  Shimonoseki,  il  sera  prêt  à  retirer  ses 
troupes,  en  deçà  des  limites  de  la  préfecture  de  Kin-tchéou, 
et  qu'après  le  deuxième  versement  et  l'échange  des  ratifica- 
tions du  traité,  tout  le  territoire  mandchourien  serait  évacué  ; 
le  Japon  reconnaîtra  le  canal  de  Formose  comme  grande 
route  internationale  et  prendra  l'engagement  de  ne  céder  l'ile 
de  Formose  à  aucune  puissance. 

Le  3  septembre,  l'entente  était  faite  entre  les  trois  puis- 
sances au  sujet  de  Févacuation  ;  l'indemnité  de  5o  millions  de 
taëls  était  réduite  à  3o  millions  de  taëls  ;  Kévacuation  du  Liao- 
Toung  devait  s'effectuer  aussitôt  aprèsHe  paiement  intégral  de 
l'indemnité  et  n'était  pas  subordonnée  à  la  conclusion  du 
traité  de  counncrce;  toute  discussion  sur  les  questions  rele- 
vant du  traité  de  Shimonoseki  qu'on  n'était  pas  appelé  à 
reviser  devait  être  écartée  ;  si  les  Japonais  désiraient  y  appor- 
ter quelque  modilicalion.  ils  n'avaient  qu'à  négocier  directe- 
ment avec  les  Chinois  ;  l'accord  entre  la  France  et  la  Russie 


296  NÉGOCIATIONS    RÉTnOCESSION    DU    LIAO-TOUNG 

était  complel.  D'ailleurs,  le  Japon  montrait  son  désir  de 
s'entendre  avec  la  France  à  laquelle  il  demandait  (10  sept.) 
de  prendre  sous  sa  protection  les  intérêts  des  Japonais  au 
Siam  ;  la  France  accepta. 

Le  1 1  septembre,  les  ministres  de  France,  de  Russie  et 
d'Allemagne  firent  auprès  du  ministre  japonais,  par  intérim, 
des  Affaires  Etrangères,  une  démarche  et  lui  remirent  im 
mémorandum  dans  le  sens  des  instnictions  qui  leur  avaient 
été  envoyées  à  la  suite  de  l'entente  du  3,  et  demandèrent  la 
fixation  d'im  terme  précis  pour  l'évacuation  de  la  presqu'île 
du  Liao-Toung,  correspondant  à  l'indemnité  de  Somillionsdo 
taëls.  Le  ministre  leur  déclara  qu'il  était  de  son  devoir  de 
consulter  le  Cabinet  avant  de  leur  donner  une  réponse. 

Le  2  octobre,  le  Gouvernement  Japonais,  assuré  des  bons 
offices  de  la  Russie  et  de  la  France  pour  le  paiement  de  l'in- 
demnité, et  les  premiers  termes  de  la  contribution  de  guerre, 
déclara  consentir  à  évacuer  le  Liao-Toung  dans  le  délai  de 
deux  mois  ;  toutefois,  notre  ministre  à  Pé-King  recevait 
Tordre  d'éviter  toute  parole  qui  pourrait  faire  penser  que  nous 
garantissions  directement  ou  indirectement  Texécution  du 
traité  de  Shimonoseki  (4  octobre).  Le  Japon  était  d'ailleurs 
disposé  à  ce  moment  à  se  retirer  complètement  de  la  Corée. 

Dans  une  réunion  qui  eut  lieu  le  matin  du  7  octobre,  le 
ministre  des  Affaires  Étrangères  remit  une  réponse  au  mémo- 
randum du  1 1  septembre  déclarant  que  le  Gouvernement 
japonais  avait  décidé  :  1**  de  réduire  l'indemnité  de  compen- 
sation à  3o  millions  de  taëls  ;  2**  de  ne  pas  faire  de  la  conclu- 
sion du  traité  de  commerce  et  de  navigation  avec  la  Chine 
une  condition  d'évacuation  de  la  presqu'île  de  Liao-Toung  et 
d'effectuer  ladite  évacuation  dans  un  délai  de  trois  mois  à 
partir  du  jour  du  paiement  intégral  par  la  Chine  de  ladite 
indemnité  de  3o  millions  de  lacis.  Le  terme  de  trois  mois 
pour  l'exécution  matérielle  de  Tévacualion  de  la  presqu'île 
n'était  certes  pas  exagéré. 


CONVENTION    KNTHE    F.A    CHINE    ET    LE    JAPON  297 

Quoique  celte  réponse  parntconfornie  au  désir  des  Iroisgou- 
vernements  européens,  leurs  représentants  ne  l'acceptèrent 
ce|)cndanlqu\ifi  référendum.  Les  ministres  étrangers  pensaient 
qu'après  avis  d'acceptation  par  leurs  gouvernements,  la 
remise  par  eux  d'une  note  identique  résumant  les  déclara- 
tions ci-dessus,  ainsi  que  les  précédentes  relatives  à  la  liberté 
de  navigation  du  canal  de  Formosc  et  à  la  non  cession  des 
îles  Pescadores  et  de  Formose  à  une  tierce  puissance,  réj>on- 
drait  à  leurs  instructions  antérieures,  prévoyant  un  échange 
de  notes.  Le  ministre  des  AlTaires  Ktrangères,  sondé  à  ce 
propos  par  les  ministres  étrangers,  exprima  Tavis  que  cette 
procédure  conviendrait  également  à  son  gouvernement. 

Le  16  octobre,  la  Chine  acceptait  les  conditions  de  rétro- 
cession et  Li  Iloung-tchang  était  nommé  plénipotentiaire 
|)Our  régler  les  détails  de  l'évacuation  du  Liao-Toung  avec  le 
ministre  du  Ja|)on  à  l^é  King. 

Le  19  octobre,  eut  lieu  rechange  des  notes  qui  résumaient 
les  négociations  et  qui  devaient  servir  d'acte  final  à  l'inter- 
vention des  trois  puissances,  la  note  japonaise  se  bornait  à 
reproduire  textuellement,  suivant  la  demande  verbale  des  trois 
ministres  étrangers,  les  termes  de  la  déclaration  du  7  octobre. 

La  Convention  fut  ap[)rouvée  le  9  novembre  par  les  deux 
Empereurs  de  Chine  et  du  Japon  ;  cette  double  approbation 
la  rendait,  aussitôt,  entièrement  valable,  sans  attendre  les  ra  - 
tifications  ;  elle  avait  été  signée  la  veille,  8  novembre,  par  Li 
Houng-tchang  et  Hayashi. 

CONVENTION    ENTIIE    LA    CHINE    ET    LE    JAPON    POUR    LA 
RÉTROCESSION    DU    LIAO-TOliNG,     PÉ-K1N(;,    8    NOVEMBRE     iSgS. 

Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine  et  Sa  Majesté  l'Empereur  du 
Japon,  désirant  conclure  une  Convention  pour  la  rétrocession  par 
le  JajX)n  de  toute  la  partie  sud  de  la  province  de  Feng-ticn  à  la 
Souveraineté  de  la  Chine,  a  dans  c<î  but  nommé  comme  Leurs 
Plénipotentiaires,  c'est-à-dire  : 


i 


2()8  NÉGOCIATIONS    RÉTROCESSION    DIT    MAO-TOUNG 

Sa  Majesté  rEmpereiir  de  Chine,  Li  lïoiing-tchang,  Minisirc 
Plénipotentiaire,  Premier  Tuteur  de  l'Héritier  présomptif.  Pre- 
mier Grand  Secrétaire  d'Rtat  et  (Jointe  du  Premier  Rang. 

et  Sa  Majesté  l'Empereur  du  Japon,  le  Baron  Hayashi  Tadasu, 
Shoshiu  Grand  Croix  de  l'Ordre  impérial  du  Trésor  Sacré,  Grand 
Olïîcier  de  l'Ordre  impérial  du  Soleil  Levant,  Minisirc  Plénipo- 
tentiaire et  Envové  P]xlraordinaire  ; 

qui,  après  s'élre  communiqué  l'un  h  l'autre  leurs  Pleins  Pou- 
voirs, qui  furent  trouvés  en  bonne  et  propre  forme,  ont  convenu 
des  Articles  suivants  : 

Article  I•^  —  Le  Japon  rétrocède  à  la  Chine  à  perpétuité 
et  en  pleine  Souveraineté  la  partie  sud  de  la  province  de  Feng- 
tien,  qui  a  été  cédée  au  Japon  par  l'article  II  du  Traité  de 
Shimonoseki  le  23*  jour  du  3*  mois  de  la  ai'' année  Kouang-Siu, 
correspondant  au  17''  jour  du  4''  mois  de  la  aS*"  année  Meidji, 
avec  toutes  les  fortifications,  arsenaux  et  propriété  publique  qui 
s'y  trouveront  au  moment  où  le  territoire  rétrocédé  sera  complè- 
tement évacué  par  les  forces  japonaises  en  accord  avec  les  condi- 
tions de  l'article  HT  de  cette  Convention,  c'est-à-dire  la  partie 
sud  de  la  province  de  Feng-tieu,  de  l'embouchure  de  la  rivière 
Ya-lou  à  remlK)uchure  de  la  rivière  An-ping,  de  la  à  Feng- 
Houang-Tch'én,  puis  à  Haï-Tch'êng  et  ensuite  à  Ying-K'eou  ; 
aussi  loutes  les  cités  et  villes  au  sud  de  cette  frontière  et  toutes 
les  îles  dépendant  ou  appartenant  a  la  province  de  Feng-Tien 
situées  dans  la  partie  orientale  du  golfe  de  Liao-Toung  et  dans 
la  partie  nord  de  la  Mer  Jaune. 

L'article  III  dudit  Traité  de  Shimonoseki  est  supprimé  en 
conséquence,  comme  le  sont  aussi  les  clauses  du  même  Traité  se 
rapjwrlant  à  la  conclusion  d'une  Con>ention  jX)ur  régler  les  rela- 
tions et  le  commerce  de  la  frontière. 

Art.  II.  —  (iomme  compensalion  pour  la  rétrocession  de  la 
partie  sud  de  la  province  de  Feng-tien,  le  Gouvernement  Chinois 
s'engage  h  payer  au  Gouvernement  Ja|)onais  3o()ooo(X)  Kouping 
Taëls  le  ou  avant  le  3o'*jour  du  ()'"  mois  de  la  21*'  année  Kouang- 
Siu,  correspondant  au  i6**  jour  du  ii'*  mois  de  la  28''  année 
Meidji  (i()  novembre  i8()5). 

Art.  III.  --  Dans  les  trois  mois  du  jour  où  la  Chine  aura 
payé  au  Japon  l'indemnité  compensatrice  de  i^ooooooo  Kouping 
Taëls  stipulés  dans  l'article  II  de  cette  (ionvenlion,  le  territoire 
rétrocédé  sera  complètement  évacué  par  les  forces  Japonaises. 

Art.   i\  .   —  La  Chine  s'engage  à  ne  punir  en  aucune  ma- 


PHOTOrOÏ.E  3<)() 

niere  ni  à  pormellro  qu'ils  soient  punis  les  siijols  chinois  qui  ont 
d*unc  manière  quelconque  été  compromis  dans  l'occupation  par 
les  forces  japonaises  du  territoire  rétrocédé. 

Art.  V.  —  La  présente  Convention  est  signée  en  duplicata  en 
langues  chinoise,  japonaise  et  anglaise.  Tous  ces  textes  ont  le 
même  sens  et  la  même  intention,  mais  en  cas  de  dilTércnces 
d'inlerprélation  entre  les  textes  chinois  et  japonais,  cesdillerences 
seront  réglées  par  comparaison  avec  le  texte  anglais. 

Art.  VI.  —  La  présente  Convention  sera  ratiliée  par  Sa  Ma- 
jesté l'Emperem-  de  Chine  et  Sa  Majesté  TEmpcreur  du  Japon  et 
les  ratifications  en  seront  échangées  à  Pé-King  dans  les  vingt  et  un 
jours  à  partir  de  la  date  présente. 

Kn  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  res|K»ctirs  ont  signé  la  pré- 
sente et  v  ont  ap[)osé  les  sceaux  de  leurs  armes. 

Fait  à  IV'-King  ce  :i2^'  jour  de  la  [f  lune  de  la  ai*"  année 
Kouang-Siu,  correspoiidant  au  8'*  jour  du  r  i"  mois  de  la  aS*"  année 
Mei-dji  (8  novembre  i8()5). 

Li  Iloung-tchang  (L.  S.). 

Ministre  plénipotentiaire.  Premier  Tuteur  de  ITIériticr  pré- 
somptif. Premier  (îrand  Secrétaire  d'Ktat  et  (iOmte  du  Premier 
Rang. 

Baron  IIwasiii  Tadasu  (L.  S.). 

Shoshiu  (jrand  Croix  de  l'Ordre  Im[)érial  du  Trésor  Sacré, 
Grand  Ollicier  de  l'Ordre  Impérial  du  Soleil  Levant,  Ministre 
plénipotentiaire  et  p]nvoyé  Extraordinaire. 


PROTOCOLE 


En  vue  de  l'iiisullisance  de  temps  pour  elTectuer  un  échange 
formel  des  ratifications  de  la  Convention  signée  ce  jour  entre  la 
Chine  et  le  Japon,  relative  a  la  rétrocession  de  la  l¥ninsule  de 
FéngTien,  a\anl  la  date  désignée  dans  ladite  Convention  pour 
certaines  stipulations  devant  alors  être  effectives,  le  (iouverne- 
ment  de  Sa  Majesté  l'F^mpereur  <le  Chine  et  le  (iouvernementdc 
Sa  Majesté  l'Empereur  du  Japon,  en  vue  de  prévenir  la  possibi- 
lité d'un  délai  [>onr  mettre  à  exécution  les  diverses  clauses  de 
ladite  convention,  ont,  par  l'intermédiaire  de  leurs  Pléni[)oten- 
tiaires  respectifs,  consenti  de  la  stipulation  suivante  : 

Les  (iouvernenienls  (le  la  Chine  et  du  Jajx)n,  dans  une  ])ériode 
de  cinq  jours  a|)rès  la  date  de  ce  J^rotocole,  s'annonceront  réci- 
proquement, [)ar  les  soussignés,  que  ladite  Convention  a  reçu 
l'approbation  de    Sa   Majesté   l'Empereur  de  Chine  et    de    Sa 


3oO  NÉGOCIATIONS    RÉTROCESSION    DU    LIAO-TOUNG 

Majesté  l'Empereur  du  Japon  respectivement,  et  immédiatement 
ladite  Convention,  dans  toutes  ses  parties,  devra  être  mise  en 
vigueur  aussi  pleinement  et  d'une  manière  aussi  effective  que  si 
les  ratiûcations  en  avaient  été  actuellement  échangées. 

En  foi  de  quoi  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  le  pré- 
sent et  y  ont  apposé  les  sceaux  de  leurs  armes. 

Fait  à  Pé-Ring  ce  22*=  jour  de  la  9®  lune  de  la  ai*'  année 
de  Kouang-Siu,  correspondant  au  8**  jour  du  11"  mois  de  la 
aS"  année  Mei-dji  (8  novembre  1896). 

Le  texte  anglais*  delà  Convention  sino-japonaise  relative 
à  la  rétrocession  du  Liao-Toung  fut  publié  dans  le  Peking 
and  Tientsin  Times,  du  23  novenibre  1896,  d'après  une  copie 
qui  avait  été  communiquée  à  ce  journal  par  un  de  ses  rédac- 
teurs, raraéricain  Petbick,  secrétaire  de  Li  Houng-tcbang, 
au  grand  étonnement  du  baron  Hayashi  et  de  ses  collègues  ; 
il  n'est  pas  ordinaire  en  effet  qu'un  instniment  diplomatique 
dont  les  ratifications  n'ont  pas  encore  été  échangées  soit 
publié  d'une  façon  aussi  prématurée. 

Le  Tsoung-li  Yamen  notifia,  le  17  novembre,  au  comte 
Cassini  et  à  M.  Gérard  la  signature  de  la  Convention  de 
rétrocession.  L'indemnité  compensai rice  de  trente  millions 
de  taëls  fut  payée  à  Londres  le  16  novembre.  Quant  à 
l'évacuation  du  Liao-Toung  elle  était  déjà  commencée. 

Conformément  à  l'article  VI  de  la  Convention,  les  ratifi- 
cations eurent  lieu  à  Pé-King,  le  vendredi  29  novembre, 
soit  vingt  et  un  jours  après  la  signature  de  Tinslrument. 
L'échange  des  ratifications  se  fit  entre  Li  lloung-tchang  et  le 
Baron  Hayashi. 

I.  Il  a  été  reproduit  depuis  dans  le  Norlh-China  Herald^  nov.  29, 
1895,  p.  912. 


CHAPITRE  XV 

LES  EMPRUNTS  CHINOIS.  —  L'EMPRUNT  RUSSE  (1895). 

LA  BANQUE  RUSSO-CHINOISE. 

La  France,  la  Russie  et  rAllemagne  avaient  rendu  un 
signalé  service  à  la  Chine  en  obtenant  pour  elle  du  Japon  la 
rétrocession  du  Liao-Toung  ;  ce  service  eut  été  inutile,  si,  au 
lendemain  de  la  signature  dii  traité,  la  Chine  s'était  trouvée 
dans  rinipossibililé  de  tenir  ses  engagements  et  de  pajer 
rindenmité  imposée  par  son  vainqueur.  Là  encore  la  Russie 
vint  à  l'aide  de  la  Chine  vaincue  et  lui  proposa  de  lui  avan- 
cer Targenl  qui  lui  étiiit  nécessaire  pour  se  libérer  vis-à-vis 
de  ses  adversaires.  Mais  avant  de  parler  de  Temprunt  con- 
senti par  la  Russie  à  la  Chine  en  iSgS,  je  crois  utile  de 
relever  le  tableau  des  diiïérents  emprunts  contractés  par 
l'Empire  du  Mi  heu  depuis  1874  et  qui,  je  dois  le  dire  à 
Thonneur  de  Temprunteur,  ont  eu  leurs  intérêts  payés  régu- 
lièrement et  ont  été  amortis  aux  époques  fixées. 

EMPRUNTS  CHINOIS 

i'^  Le  premier  emprunt  fut  contracté  par  la  Chine  en  dé- 
cembre 187/»,  au  capital  nominal  de  2  millions  de  taëls  à 
8  pour  100  d'intérêt  annuel,  garanti  par  les  Douanes  mari- 
times, remboursable  en  dix  ans  ;  le  dernier  remboursement 
a  été  elFectué  en  i885. 

2"  NouNcI  emprunt,  même  année,  2  luillions  taëls  argent, 


i 


302     EMPRUNTS    CIIINOrS    ET    RUSSE    BANQUE    RUSSO-CHINOISE 

9  pour  loo,  remboursable  en  dix  ans  ;  coniplèlenient  rem- 
boursé en  i885. 

3°  Troisième  emprunt,  en  1870,  i  million  de  laëls  ou 
i'  3i3857  1/2  en  or,  8  pour  100,  a  Londres  éteinl  en  i885. 

4"  En  1877,  £  160427G  en  or,  8  pour  100,  émis  à  98 
pour  100,  remboursable  en  sept  ans  ;  éteint  en  i884. 

5*^  En  1878,  i*  9/41  012,  8  pour  100,  remboursable  en  dix 
ans,  garanti  par  les  Douanes  maritimes,  éteint  en  1887. 

6**  En  1881,  i*  i25535o,  émis  par  la  Hong  Kong  et 
Shangliaï  Banking  Corporation,  8  pour  100,  remlx)ursable 
en  dix  ans  ;  éteint  en  1891 . 

7°,  8",  9''  Trois  emprunts  en  188;"),  i*  r)o5ooo,  à  7  pour  100, 
£  780000,  a  6  [K)ur  100  et  £  i  5ooooo,  à  6  |)our  100,  amortis. 

10"  Juillet  188G,  767200  taëls  argent,  7  pour  100, 
émis  par  la  IIong-Kong  et  Sbangbaï  lianking  Corporation, 
remboursable  par  tirages  annuels,  le  dernier  devant  avoir 
lieu  le  3i  mars  1917  ;  garanti  parles  Douanes  maritimes. 

Il"  En  1887,  Mark  5oooooo,  5  1/2  pour  100,  émis  par 
Robert  Warschauer,  Berliner  Handels  Gesellscbafl,  rem- 
Ix)ursable  par  dix  fractions  égales  de  1898  à  1902  ;  ga- 
ranti par  le  revenu  des  Douanes  maritimes  delà  province  de 
Tcbé-li. 

12**  En  189/1,  10900000  taëls  argent,  7  pour  100,  émis 
par  la   Hong-Kong   et   Shangliaï  Bank,   remboursable   par 

10  tirages  aimuels  d'égale  valeur  dont  le  premier  aura  lieu  le 
r*' no  vendue  190^  et  le  dernier  le  i"  novembre  1913  ;  garanti 
par  les  douanes  maritimes  ;  emprunt  fait  [)our  20  ans. 

i3"  Février  1895,  t*  3 000 000,  6  pour  100,  émis  par  la 
Hong-Kong  et  Shanghaï  Bank,  remboursable  par  i5  ti- 
rages aimuels  d'égale  valeur  coumiençanl  le  3i  décem- 
bre 1900;  garanti  par  les  Douanes  maritimes;  cet  em- 
prunt est  [H)uv  20  ans,  mais  le  Gouvernement  chinois  s'est 
réservé  le  droit  de  le  rembourser  au  pair,  a  n'importe  quelle 
époque,  au  cours  de  ces  20  aimées,  en  donnant  un  préavis 


EMPRUNTS    CHINOIS  3o3 

de  6  mois  ;  les  intérêts  cessent  d'êlre  ])ayés  sur  les  obliga- 
tions sorties. 

i4®  Avril  1895,  £  1 000000,  6  pour  100,  émis  par  la 
Charlered  Bank,  remboursable  au  pair  par  1 5  tirages  annuels 
d'un  montant  à  peu  près  égal  ;  garanti  par  les  Douanes  ma- 
ritimes ;  les  intérêts  cessent  d'être  payés  sur  les  obligations 
sorties  au  tirage. 

10"  Juin  i8()5,  £  1 000000,  6  pour  100,  émis  par  la  Natio- 
nal Bank  fur  Dcutscbland,  remboursable  par  i5  tirages 
annuels  de  1901  à  iQio  ;  garanti  par  les  Douanes  mari- 
times ;  cet  emprunt  est  fait  pour  20  ans  ;  le  contrai  porte 
que  le  Gouvernement  chinois  ne  s'est  pas  réservé  le  droit 
d'un  remboursement  anticipé. 

iG**  Juillet  1895,  francs  /ioooooooo,  tx  pour  100,  émis 
par  des  établissements  français  et  russes  ;  remboursable  en 
36  années  à  partir  de  1896  par  tirages  au  sort  annuels; 
garanti  par  les  Douanes  maritimes  et  le  (irouvernement 
russe  ;  il  est  affecté,  chaque  année,  à  l'amortissement 
1288688  pour  100  du  montant  nominal  de  l'emprunt,  plus 
4  pour  100  du  montant  nominal  des  titres  déjà  amortis  :  les 
annuités  sont  les  mêmes  et  seul  le  chiflre  des  centaines  varie. 

17*"  23  mars  1896,  £  16000000,  5  pour  100,  émis  par  la 
Hong-Kong  et  Slianghaï  Bank  et  la  Deutsche  Âsiatische 
Bank  ;  remboursable  au  pair  en  36  années  il  partir  de  1897  par 
tirages  au  sort  annuels  ;  garanti  par  les  Douanes  maritimes. 

18*" Mars  1898,  f  16000000,  [\  1/2  pour  100,  émis  par  les 
mêmes  banques  ;  remboursable  en  !\o  années,  à  partir  de  1 898  ; 
garanti  par  les  Douanes  maritimes  après  amortissement  des 
emprunts  précédents  ;  encaissement  du  Likin  sur  le  sel  dans 
certaines  provinces  ;  et,  dans  d'autres  sur  les  marchandises  ; 
pendant  le  délai  de  ces  /i5  années,  le  gouvernement  chinois 
n'aura  pas  le  droit  d'augmenter  l'amortissement,  —  d'amor- 
tir la  dette  avant  le  terme  indiqué  et  de  modifier  l'ordre  sti- 
pulé dans  le  contrat. 


3o4     EMPRUNTS    CHINOIS    ET    RUSSE    —    BANQUE    RUSSO-CHINOISE 

19**  Février  1899,  £  2800000,  5  pour  loo,  6niis  par  la 
Hong-Kong  et  Shanghaï  Bank  ;  remboursable  en  4o  années  à 
partu*  de  1905,  par  tirages  annuels  d'égale  valeur;  garanti, 
sans  conditions  par  le  Gouvernement  chinois  ;  cet  emprunt  a, 
en  outre,  une  première  garantie  sur  tout  ce  qui  constitue  la 
propriété  du  chemin  de  fer,  y  compris  l'encaisse  provenant 
du  prix  des  transports  et  les  bénéfices  de  la  Hgne  Pé-King- 
Chan-Haï  Kouan,  —  première  garantie  également  sur  les  bé- 
néfices de  la  hgne  Chan-Haï  Kouan-Sin-Minting,  et  d'un 
point  de  cette  ligne  proche  de  Chih  San  Chau  au  port  de 
Niéou-tchouang  et  d'un  embranchement  de  la  ligne  de  Nu- 
erh-ho  aux  houillères  de  Nanpiao. 

20°  Avril  1899,  francs  112.^)00000  (i""®  émission 
665ooooo),  5  jiour  100,  émis  par  des  établissements  fran- 
çais et  belges  ;  remboursable  en  20  années  à  partir  de  1909 
par  20  tirages  annuels  ;  garanti  par  les  revenus  généraux  du 
Gouvernement  impérial  chinois  et  une  garantie  s|)éciale  en 
premier  rang  sur  la  ligne  du  chemin  de  fer  Lou-Kou-K'iao 
et  Han-keou.  Le  Gouvernement  chinois  s'interdit  de  procé- 
der avant  le  i'"''  septembre  1907  à  une  augmentation  de 
ramorlissemcnt,  à  un  remboursement  de  la  totalité  de  Tem 
prunl  ou  à  sa  conversion.  Cet  emprunt,  dont  une  première 
émission  de  1 33  000  obligations  de  ^oo  francs  a  été  faite  le 
19  avril  1899,  est  destiné  exclusivement  à  rétablissement 
d'une  ligne  de  chemin  de  fer  entre  Lou  Kou  Kiao  (près  Pé- 
King)  et  la  ville  de  Ilan-keou  (Province  de  Hou-Pé). 

Pendant  les  années  1900,  1901,  et  1902,  le  service  de  ces 
emprunts  (sommes  à  payer  pour  intérêts  et  amortissement) 
s'élevait  à  88/i98o3o  francs  ;  91497000  francs  ;  909629^0 
francs. 

EMPRUNT    RUSSE   (1895) 

Dans  son  besoin  d'argent  lu'genl  après  la  guerre  sino-japo- 


EMPRUNT    CHINOIS    [\    POUR    TOO    OR  3o5 

naise,  la  Chine  trouvait  un  appui  dans  la  Russie  comme  elle 
Pavait  rencontr<^  pour  la  rétrocession  du  sud  de  la  Mandchou  rie. 
La  Chine  n'ignorait  pas  d'ailleurs  que  la  Russie  s'entendait 
et  se  concertait  avec  le  Gouvernement  de  la  République  fran- 
çaise. Les  négociations  pour  un  emprunt  furent  poursuivies 
à  Saint-Pétersbourg,  sous  les  auspices  du  Prince  Lobanov 
par  le  Ministre  impérial  des  Finances  et  le  Ministre  de  Chine 
Siu  King-tch'eng.  Vers  la  fin  de  juin,  les  négociations  étaient 
fort  avancées,  et  les  dernières  instructions  étaient  envoyées 
au  ministre  de  Chine  à  Saint-Pétersbourg. 

EMPRUNT  CUINOIS  4    POUR  lOO   OR,    1896. 

Au  mois  de  mai  1896,  M.  Rothstein,  directeur  delà  Banque 
Internationale  de  Saint-Pétersbourg,  vint  à  Paris,  chargé  par 
M .  VVitte,  ministre  des  Finances,  de  demandera  MM.  de  Roths- 
child s'ils  seraient  disposés  à  prendre  ferme  et  à  émettre  un 
emprunt  chinois  gagé  par  les  Douanes  Chinoises  et  garanti 
par  la  Russie. 

MM.  de  Rothschild  ayant  refusé  de  s'occuper  de  cette 
affaire,  M.  Rothstein  vint  s'adresser  à  MM.  Holtinguer  et 
C'°  qui  s'adjoignirent  la  Banque  de  Paris  et  le  Crédit  lyon- 
nais pour  entamer  des  négociations. 

La  proposition  causa  tout  d'abord  une  crainte  de  compli- 
cations européennes  :  en  effet  un  acte  politique  aussi  impor- 
tant qu'une  garantie  russe  mettant  pour  ainsi  dire  la  Chine 
sous  la  dépendance  de  la  Russie  devait,  pensait-on,  provo- 
quer rhostililé  des  puissances  et  plus  particulièrement  celle 
de  TAngleterre.  Malgré  ces  appréhensions,  MM.  Hottinguer 
et  les  autres  établissements  se  décidèrent  à  faire  l'opération 
proposée. 

Après  entente  sur  le  prix  d'émission  avec  le  ministère  des 
Finances  de  Russie  et  Siu  King-tch'eng  \  ministre  de  Chine 

I.   Autorisé  par  Edit  imj)érial  en  date  du  i*^'' juillet  iSyS. 

CoKDiLU  III.   —  ao 


3o6     EMPRUNTS    CHINOIS    ET    IlLSSK BANQUE    RUSSO-CHINOISE 

à  Saint-Pétersbourg,  MM.  Jos.  Hottinguer,  Noetzlin  et  René 
Brice  partirent  pour  Saint-Pétersbourg  afin  de  signer  le  con- 
trat. 

A  leur  arrivée  en  Russie,  ces  messieurs  trouvèrent  la  con- 
clusion de  l'affaire  ajournée  par  des  intrigues  anglaises  et 
allemandes  auprès  du  gouvernement  chinois.  Enfin  au  bout 
de  trois  semaines,  les  difficultés  furent  aplanies,  les  ban- 
quiers furent  reçus  en  audience  à  Peterhof  par  T Empereur 
et  le  contrat  fut  signé. 

L'émission  eut  lieu  à  Paris,  Saint-Pétersbourg,  Genève, 
Bruxelles,  Amsterdam,  le  19  juillet  i8(j5. 

Les  opérations  du  Syndicat  furent  dirigées  par  un  comité 
de  gestion  composé  de  MM.  Hottinguer  et  Cie,  le  Cré- 
dit lyonnais  et  la  Banque  de  Paris  ;  la  Banque  Interna- 
tionale de  Saint-Pétersbourg  fut  chargée  de  représenter 
le  Syndicat  auprès  du  ministre  et  de  Tambassadeur  de 
Chine. 

Le  Syndicat  acheta  au  Gouvernement  chinois  les  4oo  mil- 
lions au  prix  de  cj/i  1/8  et  l'émission  fut  faite  au  prix  de 
99.20  pour  100  ou  fr.  ^96  pour  une  obligation  non  libérée 
de  5oo  francs,  et  de  98.80  pour  100  ou  fr.  4 94  pour  l'obli- 
gation entièrement  libérée  à  la  réi>artition.  L'emprunt  était 
remboursable  au  pair  en  3G  ans,  h  partir  de  1896,  par  tirages 
au  sort  annuels  ;  ramorlissement  ne  pouvait  être  augmenté 
et  l'emprunt  ne  pouvait  être  converti  ni  remboursé  pendant 
une  période  de  i5  ans,  soit  avant  le  i'^'^  janvier  1910. 

Le  nombre  d'obligations  mises  en  souscription  était  de 
800000;  il  en  fut  souscrit  Ï193G000  par  33o7'j6  sous- 
cripteurs !  L'attribution,  déduction  faite  des  unités  réservées 
à  chacun  des  Etablissements  émetteurs  fut  de  4.28  pour  100. 
La  plus  grande  partie  des  fonds  provenant  de  Tcmprunt  fut 
envoyée  aux  Banques  anglo-chinoises  pour  compte  du  Gou- 
vernement chinois. 


CONTRAT    2l\    JUIN-6    JUILLET    1896  3o7 


CONTRAT    2/1    JUIN-6    JUILLET    iSgB. 

Entre  les  soussignés  : 
S.  E.  Monsieur  le  Ministre  des  Finances  de  Russie,  et  un  Syn- 
dicat se  composant  de  : 
Messieurs  Hottinguer  &  C°,  Paris. 
La  Banque  de  Paris  et  des  Pays-Bas,  Paris. 
Le  Crédit  Lyonnais,  Paris. 

La  Société  Générale  pour  favoriser  le  développement  du  Com- 
merce et  de  lIndustrie  en  France,  Paris. 
Le  Comptoir  National  d'Escompte  de  Paris,  Paris. 
La  Société  Générale  de  Crédit  Industriel  et  Commercial,  Paris. 
La  Banque  Internationale  de  Commerce  à  Saint-Pétersbourg, 

Saint-Pétersbourg. 
La  Banque  d'Escompte  de  Saint-Pétersbourg,  Saint-Pétersbourg. 
La  Banque  Russe  pour  le  Commerce  Étranger,  Saint-Pétersbourg. 
La  Banque  de  Commerce  de  Volga- Kama,  Saint-Pétersbourg. 
Il  a  été  arrêté  ce  qui  suit  : 
Art.    i**".  —   Le   Syndicat  prend  ferme  du  Gouvernement 
Chinois   un    Emprunt    l\   Yo   or  d'un    montant    nominal     de 
R.  or  100  000  000  :—  Frcs.    4oooooooo  =z  Mk.  SqS  200000 
==  £  10820000  =  FI.  (Pays-Bas)   191  200000,  aux  conditions 
et  sur  la  base  d'un  contrat  qui  sera  conclu  entre  le  Syndicat  et 
le  Minisire  de  Chine  à  Saint-Pétersbourg,  à  la  même  date  et  en 
même  temps  que  la  présente  convention. 

Art.  2.  —  Les  conditions  de  cet  Emprunt  sont  stipulées  dans* 
le  contrat  précité,  qui  est  annexé  aux  présentes  et  fait  partie  de 
cette  convention.  Comme  il  est  prévu  dans  le  contrat  avec  la 
Chine,  en  dehors  des  garanties  spéciales  accordées  directement 
par  cette  dernière  Puissance,  le  Gouvernement  Impérial  de  Russie 
prend  l'engagement,  dans  le  cas  où  par  quelque  motif  que  ce 
soit,  le  service  de  rEinprunt  viendrait  à  se  trouver  en  souffrance 
ou  en  retard,  de  parfaire,  de  son  côté,  et  de  placer  à  la  disposi- 
tion des  contractants  de  l'Emprunt,  à  bonne  date,  au  fur  et  à 
mesure  des  échéances,  toutes  les  sommes  nécessaires  pour  le 
payement  des  coupons  et  titres  amortis  du  présent  Emprunt. 

Art.  3.  — L'engagement  stipulé  à  l'article  précédent  deviendra 
effectif  de  la  manière  suivante  :  Lorsque  la  Chine  n'aura  pas 
fourni,  en  exécution  du  contrat,  vingt  jours  avant  l'échéance. 


3o8     EMPRUNTS    CHINOIS    ET    RISSE    —    BANQUE    RUSSO-CIIINOISF 

conformémcnl  à  l'article  lo  du  contrai,  les  fonds  nécessaires  pour 
parfaire  le  payement  des  coupons  el  le  montant  des  titres  appelés 
au  remboursement,  la  Russie  fera  tenir  aux  guichets  soussignés, 
sur  un  simple  avis  de  leur  part,  et  pas  plus  tard  que  dix  jours 
avant  l'échéance  des  coupons,  tous  les  montants  nécessaires  pour 
y  faire  face. 

Les  contractants  pourront  demander  ces  montants  par  l'entre- 
mise de  leurs  représentants  à  Saint-Pétersbourg  ou  par  celle  d'un 
représentant  choisi  parmi  les  guichets  français. 

Art.  l\.  —  Son  Excellence  Monsieur  le  Ministre  des  Finances 
déclare  que  le  Ministre  de  la  Chine  est  dûment  autorisé  par 
l'Empereur  de  Chine  pour  signer  le  contrat  de  l'Emprunt  avec  le 
Syndicat  et  que  cet  emprunt  a  reçu  par  cette  signature  force 
l<%ale. 

Abt.  5.  —  Le  Contrat  avec  la  Chine,  ainsi  que  la  présente 
(Convention,  seront  exempts  de  droit  de  timbre  russe.  La  conven- 
tion sera  établie  en  deux  exemplaires,  dont  l'un  sera  déposé  au 
Ministère  des  Finances  de  Russie  el  l'autre  chez  MM.  llottinguer 
&  O  à  Paris.  Chaque  contractant  recevra  une  copie  de  la  pré- 
sente Convention,  dûment  légalisée  par  le  Ministère  des  Finances. 

La  présente  convention  ne  sera  valable  qu'après  avoir  reçu 
l'approbation  de  Sa  Majesté  l'Empereur. 

Fait  à   Saint-Péterbourg,   le  ^  •   •  iTT  n^'l  huit  cent   quatre- 

•I 

vingt-quinze. 

DISGRACE  DE  SIU  TONG-\I  (aOUT   iSqS) 

Siu  Yong-yi  qui  avait  collaboré  à  la  rédaction  des  con- 
ventions et  qui  les  avait  signées,  était  originaire  du  Tché- 
Kiang  ;  il  était  second  vice-président  du  ministère  des  Tra- 
vaux depuis  peu  de  temps  (juin  i88^i)*  lorsqu'il  fut  appelé 
au  Tsoung-li  Yamen  le  ^4  juin,  avec  quatre  autres  fonction- 
naires. C'était  un  homme  intelligent  et  travailleur,  Tun  des 
rares  ministres  qui  pouvait  comprendre  une  carte  géogra- 

I.  Originaire  du  district  de  Hai-yan,  dans  le  Tohé-Kiang  ;  sa  famille 
résidait  dans  ce  district  depuis  plusieurs  générations  ;  son  père  avait  été 
•ous-préfct  à  Swalow  ;  sous-directeur  des  haras  impériaux,  1878. 


DÉPART    DE    SIR    N.    R.    o'cONOR  SoQ 

phique.  Malheureusement  pour  lui  il  eut  quelques  difficultés 
avec  le  Comte  Gassini,  d'autre  part  il  mettait  des  entraves  à 
l'exécution  des  conventions  du  20  juin*  et  en  particulier  à 
l'évacuation  des  Muong  IIou,  aussi  M.  Gérard  fut-il  obligé 
de  se  plaindre  au  prince  Koung.  L'exposé  des  griefs  de  notre 
ministre  coïncidait  avec  une  scène  de  pugilat,  au  sortir  du 
palais  impérial,  entre  Siu  et  Wêng  T'oung-ho,  ancien  pré- 
cepteur de  l'empereur  et  membre  du  Grand  Gonseil  (depuis 
nov.  189/I),  et  Président  du  ministère  des  Finances,  aussi  un 
décret  impérial  du  6  août  chassait-il  Siu  du  Grand  Conseil 
etduTsoung-li  Yamen  et  nommait-il  son  adversaire  àsa  place. 
En  même  temps  que  VVéng  T'oung-ho',  Li  Houng-tsao', 
président  du  ministère  des  Rites,  entrait  au  Tsoung-li 
Yamen.  Siu  ne  fut  réintégré  dans  son  poste  qu'en  septem- 
bre 1898. 


DÉPART  DE   SIR   N.    R.    o'cONOll 


Aussitôt  que  Sir  Nicholas  O'Conor*  apprit  la  conclusion 
de  Teniprunt  russe,  il  arriva  furieux  des  Collines  où  il  était 
en  villégiature,  au  Tsoung-li  Yamen;  une  incartade  au 
Tsoung-li  Yamen  lors  de  la  signature  par  M.  Gérard  des 
Conventions  de  délimitation  (20  juin  1895)  et  le  ridicule 
dont  il  s'était  alors  couvert,  n'avaient  pas  assagi  le  ministre 
d'Angleterre.  Sir  Nichulas  s'emporta  en  termes  violents  contre 
les  membres  du  Yamen  et  s'oublia  môme  jusqu'à  prononcer 


I.  Voir  p.  iG3. 

a.  Du  Kiang-Soii  ;  vice- président  du  ministère  des  finances,  1876; 
président  du  ministère  des  travaux  et  des  chàlimcnts,  1879;  président 
de  la  Cour  des  censeurs,  1878  ;  chancelier  de  l'Académie,  février  1881  ; 
président  du  ministère  des  travaux,  dos  finances,  janvier  1886;  pub 
membre  du  grand  Conseil.  —  Voir  II,  p.  42/1. 

3.  Voir  11,  p.  '|33. 

4.  M.  O'Conor  avait  été  fait  K.  C  B.,  le  a5  mai  1896;  il  fut  nommé 
G.  G.  M.  G.,  février  37,  1896,  et  G.  C.  B.,  aa  juin  1897. 


3lO     EMPRUNTS    CHINOIS    ET    RUSSE    BANQUE    RUSSO-CHINOISE 

quelques  paroles  qui  furent  considérées  comme  irrespec- 
tueuses pour  la  personne  de  l'Empereur  ;  le  solennel  Wêng 
T'oung-ho,  ancien  précepteur  deKouang-Siu,  se  leva  immé- 
diatement et  se  retira  de  la  salle  d'audience.  Fait  unique,  je 
dirai  même  inoui,  dans  les  annales  de  Thisloire  diplomatique 
de  Chine,  le  Tsoung-li  Yamen  télégraphia  sur  le  champ  h 
Londres  pour  demander  le  rappel  du  ministre  d'Anglelerre. 
L'Angleterre,  l'eût-elle  vouhi,  ne  pouvait  conserver  plus 
longtemps  à  Pé-King  son  ministre  qui  avait  «  perdu  la  face  », 
mais  loin  d'être  disgracié,  le  diplomate  maladroit  voyait  sa 
retraite  forcée,  masquée  par  un  avancement  dans  sa  car- 
rière, et,  sa  nomination  au  poste  d'ambassadeur  à  Saint- 
Pétersbourg  (2/i  octobre  1896)  !  *  Il  serait  cruel  d'insister 
davantage  sur  cet  incident.  Sir  Nicholas  O'Conor  fut  reçu  en 
audience  par  l'Empereur  le  i***  novembre  et  il  quitta  Pé-King 
le  /i.  M.  W.  \.  Beauclerk,  gendre  de  sir  Robert  Hart-, 
prenait  le  service  de  la  légation  d'Angleterre  dont  il  était 
secrétaire. 

BANQUE  RUSSO-CIIINOISE 

Il  est  indispensable  de  parler  de  cet  ét^iblissement  financier 
dont  la  situation  particulière  lui  fait  jouer  forcément  un  rôle 
politique. 

La  Banque  russo-chinoise,  fondée  à  la  fin  de  1896,  a  été 
une  conséquence  naturelle  de  l'action  suivie  par  le  Gouver- 
nement russe  lors  de  la  conclusion  de  l'emprunt  Chinois  émis 
au  mois  de  juillet  de  la  même  année.  Le  Cabinet  de  Saint- 
Pétersbourg  a  pensé  en  effet  que  Fappui  énergique  prêté  par 


I.  Sir  N.  R.  O'Conor  remplaçait  à  Saint-Pélersbourg  sir  Frank  Ca- 
vendish  Lascelles,  qui  lui-même  succédait  à  Berlin  à  sir  E.  Baldi^-in 
Malet. 

a.  il  avait  épousé  la  fille  aînée  de  sir  Robert,  à  Péking,  le  5  septembre 

189a. 


BANQUE    RUSSO-CHINOISE  3ll 

lui  au  Cabinet  de  Pé-King  et  grâce  auquel  celui-ci  avait  pu 
se  procurer  à  des  conditions  avantageuses  les  fonds  dont  il 
avait  besoin  pour  payer  une  partie  de  l'indemnité  de  guerre 
consentie  au  Japon,  était  de  nature  à  lui  concilier  les  bonnes 
dispositions  non  seulement  des  autorités,  mais  aussi  de  la  na- 
tion chinoise.  C'est  en  se  plaçant  à  ce  point  de  vue  et  dans 
le  but  de  profiter  de  cette  situation  que  le  gouvernement  du 
Tsar  a  engagé  les  financiers  russes  à  fonder  une  Banque  des- 
tinée à  favoriser  et  h  développer  les  relations  financières, 
commerciales  et  industrielles  qui  existaient  déjà  avec  la 
Chine.  Il  a  tenu  à  associer  à  cette  affaire  de  grands  établis- 
sements français  qui  avaient  pris  part  à  l'emprunt  et  ceux-ci, 
persuadés  que,  en  répondant  à  cet  appel,  ils  agiraient  dans  un 
but  essentiellement  patriotique  et  au  mieux  des  intérêts  fran- 
çais en  Extrême-Orient,  n'ont  pas  hésité  à  lui  prêter  leur 
concours.  C'est  ainsi  que  parmi  les  fondateurs  de  la  banque 
russo-chinoise  figurent  :  la  Banque  de  Paris  et  des  Pays-Bas, 
le  Comptoir  National  d'escompte  de  Paris,  leCrédit  Lyonnais, 
MM.  Hotlinguer  et  C**,  et  parmi  les  premiers  souscripteurs  : 
la  Société  Générale,  le  Crédit  industriel  et  commercial, 
MM.  Mallct  frères  et  C"':  MM.  Vernes  et  C'%  MM.  Goguel 
et  C"*,  MM.  de  Neuflize  et  C*'.  Les  principales  maisons  de 
commerce  de  Lyon  et  de  Marseille  ont  également  participé 
à  la  fondation  de  la  Banque  russo-chinoise. 

La  Banque  a  été  dotée  de  notables  privilèges  et  ses  statuts 
dans  leur  ensemble  ont  été  établis  dans  le  sens  le  plus  large 
et  le  plus  libéral.  Ils  ont,  en  outre,  par  ukase  daté  du  lo  dé- 
cembre 1890  reçu  la  haute  sanction  de  Sa  Majesté  l'Empe- 
reur Nicolas  II  qui,  on  le  sait,  porte  un  intérêt  particulier  à 
tout  ce  qui  concerne  les  Affaires  d'Extrême-Orient. 

Le  Conseil  d'administration  est  présidé  par  le  Prince 
Oukhtomsky,  MM.  Rolhstein  et  Noetzlin  sont  administra- 
teurs délégués,  le  premier  à  Saint-Pétersbourg,  le  second  à 
Paris.  Les  autres  membres  sont  MM.  P.  Bark,  A.  Chabrières, 


3l3     EMPRUNTS    CHINOIS    ET    RUSSE    BANQUE    RUSSO-CHINOISE 

J.  Chipoff,  L.  Davydoff,  J.  Hottingucr,  Baron  T.  Knoop, 
D.  Pokoliloff  et  M.  Verstracte. 

Le  capital  de  la  Banque  russo-chinoise,  primitivement  fixé 
à  6000000  de  roubles  or,  soit  2^000000  de  francs  a  été 
porté  en  1897,  P^^  décision  de  l'Assemblée  générale  des  action- 
naires, avec  l'autorisation  du  ministre  des  Finances,  à 
II  260000  roubles.  En  outre,  la  Banque  a  une  commandite 
du  Gouvernement  chinois  de  5  millions  kouping  taëls,  soit 
environ  18  millions  de  francs.  Les  réserves  atteignaient  à  la 
date  du  3i  décembre  1901  la  somme  de  Rs.  1800000  en- 
viron. 

La  Banque  russo-chinoise  a  son  siège  social  à  Saint-Pé- 
tersbourg ;  elle  a  ouvert  sa  première  succursale  à  Chang-Haï 
en  février  1896,  puis  elle  a  pris  peu  h  peu  une  extension 
considérable  et  ne  compte  pas  moins  aujourd'hui  de  3 1  suc- 
cursales* et  de  neuf*  agences  actuellement  ouvertes  et  situées 
pour  la  plupart  en  Chine,  en  Sibérie  et  au  Japon. 

En  janvier  1897,  ^"^  ^  ^^^^  ""^  succursale  à  Paris  auprès 
de  laquelle  les  négociants  et  industriels  français  trouvent  tous 
les  renseignements,  toutes  les  facilités  et  tout  l'appui  dont 
ils  peuvent  avoir  besoin  pour  entreprendre  et  développer  des 
relations  en  Russie  et  en  Extrême-Orient. 

Les  dividendes  distribués  par    la   Banque   russo-chinoise 

ont  été  de  :  Rs.  7,60  pour  1897  î  ^^  V^^^  ^^9^  î^^  P^"'* 
1899  ;  i5  pour  1900. 

I.  Moscou,  Paris,  Samarcande,  Khokand.Kachgar,  Irkoutsk.  Bodaïbo, 
Verchnéoudinsk,  Kiachta,  Strelcnsk,  Tchita,  Blagovielschensk,  iNico- 
laievsk,  Khabarovsk,  Vladivostock,  Kharbin,  Kirio,  Moukdcn,  Télinc, 
Kliaïlar,  Tsitsihar,  Rouan  Ichcndze,  Niéou-tchouang,  Port-Arthur, 
Ticn-Tsin,  Pé-King,  Chang-Haï,  Han-Kéou,  Yokohama,  Kobé,  Naga- 
saki ;  à  Chang-Haï,  la  Banque  russo-chinoise  a  pris  la  place  du  Comptoir 
national  d'Escompte. 

3.  Andidjan,  Boukhara,  Krasnoïarsk,  Ourga,  Kalgan,  Ouliasoul'aif, 
Zeïskaïa-Pristaw,  Dalny,  Tché-Fou. 


CHAPITRE  XVI 
TRAITÉ  DE  COMMERCE  ENTRE  LA  CHINE  ET  LE  JAPON. 

Parrarticle  VI  du  traité  de  Shimonoseki,  la  Chine  s'enga- 
geait à  nommer  aussitôt  après  rechange  des  ratifications,  des 
plénipotentiaires,  munis  de  pleins  pouvoirs  pour  conclure 
avec  les  Plénipotentiaires  japonais  les  traités  de  commerce, 
de  ntivigation  et  les  conventions  relatives  à  la  communica- 
tion et  au  commerce  par  terre  ;  les  dispositions  des  traités 
actuellement  en  vigueur  entre  la  Chine  et  les  pays  d'Europe 
devaient  servir  de  base  à  la  conclusion  des  traités  et  conven- 
tions entre  la  Chine  et  le  Jaj)on. 

M.  Ilayashi  Tadasu,  à  qui  nous  avons  \ii  prendre  une  part 
active  aux  négociations  entre  la  Chine  et  le  Japon,  en  qualité 
de  vice-président  du  Ministère  des  Affaires  étrangères,  fut 
nommé  ministre  du  Japon  à  Pé-King,  et  chargé  de  préparer 
un  traité  de  commerce.  M.  Ilayashi,  comme  son  prédéces- 
seur à  Pé-Ring,  M.  Shioda,  comme  le  Vicomte  Enomoto  et 
Otori,  appartenait  au  clan  de  Tokugawa  ;  il  fut  remplacé  à 
Tokio  par  Hara  Kei,  chef  du  bureau  des  Affaires  Commer- 
ciales au  Ministère  des  Affaires  Etrangères. 

Le  27  mai,  le  Tsoung-li  \amen  priait  le  ministre  des  Etats- 
Unis  de  vouloir  bien  expédier  à  Tokio  un  télégramme  aux 
termes  ducpael  le  Gouvernement  japonais  était  invité  à  ajour- 
ner le  départ  de  M.  Ilayashi  qui  venait  d'être  désigné  pour 


3l4    TRAITÉ  DE  COMMERCE  ENTRE  lA  CHINE  ET  LE  JAPON 

représenter  le  Mikado  auprès  de  la  Cour  de  Pé-King.  La  rai- 
son alléguée  par  la  Chine  était  qu'il  serait  préférable  d'atten- 
dre pour  la  reprise  effective  des  relations  diplomatiques,  la 
remise  au  Japon  de  l'île  de  Formose  et  la  fin  des  négocia- 
tions engagées  pour  la  rétrocession  du  Liao-Toung.  Malgré 
cette  invitation,  Hayashi  et  sa  suite  arrivèrent  à  Pé-King  le 
samedi  soir  22  juin.  Leministre  japonais  fit  visite  au  Tsoung- 
li  Yainen  le  25  et  fut  reçu  par  le  prince  Koung  et  d'autres 
ministres.  La  visite  lui  fut  rendue  le  27,  et  Taudience  impé- 
riale fixée  au  dimanche  7  juillet  dans  la  salle  Wen-houa- 
tien. 

Le  i5  septembre,  les  négociations  pour  le  traité  de  com- 
merce commencèrent  à  Pé-King  ;  elles  ne  prirent  que  le 
19  novembre  un  tour  sérieux  ;  toutefois  l'hiver  se  passa  sans 
résultat  et  les  discussions  ne  furent  reprises  au  Tsoung-li 
Yamen  que  le  11  mars  1896  par  Hayashi  et  ïchang  Yin- 
houan  *  qui  remplaçait  Li  lloung-tchang,  alors  en  Europe. 
Tchang  était  assisté  de  Wou  Ting-fang  et  de  Pethick,  secré- 
taires de  Li.  La  plus  grosse  difficulté  était  la  prétention  des 
Japonais  d'obtenir,  sans  réciprocité,  la  clause  de  la  nation 
la  plus  favorisée  et  l'exterritorialité  des  Japonais  en  Chine. 
C'était  une  manière  pour  les  Japonais  de  prouver  leur  supé- 
riorité sur  les  Chinois  et  une  satisfaction  donnée  k  un  amour- 
propre  sans  bornes,  qui  est  une  caractéristique  nationale. 
Je  crois  inutile  dVnlrer  dans  le  détail  des  négociations  d'un 
traité  que,  suivant  l'expression  de  Tchang  Yin-houan, 
les  Japonais  \oulaient  glorieux. 

Le  traité  fut  signé  le  21  juillet  par  Hayashi  et  Tchang  Yin- 
houan. 


I.  Originaire  du  KouangToung  ;  tao-taï  à  Wou-liou,  octobre  1881  ; 
minisire  du  Tsoung-Ii  Yamen,  juin  188^  ;  révoqué,  septembre  i884  ; 
ministre  aux  États-Unis,  en  Espagne  etau  Pérou,  octobre  i885;  ministre 
du  Tsoungli  Yamen,  mars  1890;  vice -président  du  ministère  des  finan- 
ces, juin  1893. 


TRAITI5    DE    COMMERCE    ET    DE    NAVIGATION  3l5 


TR-\ITÉ    DE    COMMERCE    ET    DE    NAMGATIO>     ENTRE    LA    CHINE    ET 

LE    JAPON,     21    JUILLET     I896^ 

S.  M.  L'Empereir  du  Japon  et  S.  M.  l'Kmpereur  de  Chine, 
ayant,  en  exérntion  de  l'arliclc  ()  du  traité  signé  à  Sliinionosekî. 
décidé  de  conclure  un  traité  de  commerce  et  de  navigation,  ont 
désigné  à  cet  ellet,  pour  leurs  pléni[)otentiaires,  savoir  : 

S.  M.  i/Empereur  du  Japon  : 

Le  baron  1Iay\siii  Tadvsu  Shoshii,  grand-croix,  etc..  Ministre 
plénipotentiaire  cl  Envoyé  extraordinaire; 

Et  S.  M.  l'FjMPkukur  de  Chine  : 

TciiANG  YiN-iiouAN,  Ministre  plénipotentiaire,  etc. 

Lescjuels,  après  s'èlre  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs, 
trouvés  en  bonne  et  due  forme,  ont  arrêté  les  stipulations  ci- 
après  : 

Art.  I*'^  11  y  aura  paix  et  amitié  perpétuelles  entre  S.  M. 
l'Empereurdu  JaponelS.  M.  l'Empereur  de  Chine,  ainsi  cpi'entre 
leurs  sujets  respectifs,  cpii  jouiront  réciproquement  dans  les  deux 
pays  d'une  protection  pleine  et  entière  pour  leurs  personnes  et 
leurs  biens. 

Art.   3.  Les  Hautes    Parties   contractantes    conviennent  que 
S.  M.  l'Empereur  du  Japon  pourra,  si  elle  le  juge  convenable, 
accréditer  un  agent  diplomaticjue  à  la  Cour  de  Péking,  et  que 
S.  M.  l'Empereur  de  Chine  pourra  également,  si  elle  le  juge  h 
propos,  accréditer  un  agent  di|)lomatique  à  la  Cour  de  Tokio. 

C^es  agents  jouiront  des  prérogatives,  privilèges  et  exemptions 
concédés  par  les  lois  internationales  aux  agents  diplomatiques, 
ainsi  que  du  traitement  accordé  aux  agents  similaires  de  la  na- 
tion la  plus  favorisée. 

Leurs  personnes,  familles,  suites,  établissements  et  résidences 
sont  déclarés  imiolables.  Ils  auront  pleine  faculté  de  choisir  leurs 
employés,  courriers,  interprètes,  domesticpies.  etc.,  sans  empê- 
chement d'aucune  sorte. 

Art.  3.  S.  M.  l'Empereur  du  Japon  pourra  nommer  des 
consuls  généraux,  consuls,  vic(»-consuls  et  agents  consulaires, 
pour  résider  dans  les  ports  et  villes  de  Chine  ouverts  acluelle- 

I.  Annales  du  commerce  extérieur.  —  Pays  étrangers.  Législation 
commerciale,  n^  i3i. 


3l6         TRAITÉ    DE    COMMERCE    ENTRE    lA    CHINE    ET    LE    JAPON 

ment  ou  à  Tavenir  au  commerce  étranger,  au  mieux  des  intérêts 
du  Japon. 

Ces  agents  seront  traités  avec  respect  par  les  autorités  chinoises 
et  jouiront  des  attributions,  juridictions,  privilèges  et  avantages 
accordés  actuellement  ou  à  l'avenir  aux  agents  similaires  de  la 
nation  la  plus  favorisée. 

S.  M.  TEmpereur  de  Chine  aura  de  même  la  faculté  de  nommer 
des  consuls,  etc..  pour  résider  dans  les  ports  et  villes  du  Japon 
où  des  agents  similaires  des  autres  nations  sont  admis  à  résider 
actuellement  ou  à  l'avenir  ;  ces  agents  jouiront  des  privilèges 
accordés  par  les  usages  aux  agents  similaires,  sauf  dans  les  ma- 
tières de  juridiction  et  de  propriété  au  Japon,  relatives  à  des 
sujets  chinois,  réservées  aux  tribunaux  japonais. 

Art.  4.  Les  Japonais  ont  la  faculté,  avec  leurs  familles,  em- 
ployés et  serviteurs,  de  séjourner,  de  résider  ou  de  faire  le  com- 
merce, ou  d'exercer  une  industrie  ou  toute  autre  profession  légi- 
time dans  les  ports  et  villes  de  Chine,  ouverts  actuellement  ou  a 
l'avenir  aux  étrangers  et  au  commerce  étranger.  Ils  ont  la  liberté 
de  se  rendre  à  un  port  ouvert  ou  de  sortir  d'un  port  ouvert 
avec  leurs  effets  et  marchandises.  Dans  les  limites  des  localités 
désignées  actuellement  où  à  l'avenir  pour  le  séjour  des  étrangers, 
ils  pourront  louer,  acheter  des  immeubles  ou  des  terres,  construire 
des  églises,  des  cimetières  et  des  hôpitaux,  avec  les  privilèges  et 
avantages  accordés  actuellement  ou  à  l'avenir  aux  sujets  de  la 
nation  la  plus  favorisée. 

Art.  5.  Les  bâtiments  japonais  peuvent,  dans  le  dessein  de 
débarcpier  ou  d'embarquer  des  passagers  ou  des  marchandises  en 
vertu  des  lois  et  règlements  relatifs  au  commerce  étranger, 
aborder  dans  les  ports  chinois,  dils/)orte  iCescale,  tels  que:  Ngan- 
K'ing,  Ta-toung,  Hou-k'éou,  Wu-sueh,  Lou-chi-R'éou,  Wou- 
soung,  et  autres  ports  ultérieurement  désignés  comme  ports 
d'escale.  En  cas  d'entrée  d'un  navire  dans  un  port  non  ouvert  ou 
non  désigné  comme  escale  en  Chine,  ou  en  cas  de  trafic  clan- 
destin le  long  des  côtes  et  cours  d'eau,  le  bâtiment  pourra  être 
confisqué  avec  sa  cargaison  par  le  Gouvernement  chinois. 

Art.  g.  Les  Japonais  [Mîuvent  voyager,  pour  leur  agrément  ou 
pour  affaires,  dans  l'intérieur  de  la  Chine,  a  condition  d'être 
munis  d'un  passeport  délivré  par  le  (ùonsul  japonais  et  visé  pur 
les  autorités  locaK^s.  Cette  pièce  devra  être  produite  h  toute  réqui- 
sition, dans  les  localités  traversées.  Si  le  passeport  est  trouvé 
régulier,  le  porteur  pourra  continuer  sa  route  et  aura  la  faculté 


TRAITÉ    DE    COMMERCE    ET    DE    NAVIGATION  3l7 

de  louer  les  personnes,  animaux,  cliariots  ou  navires  nécessaires 
au  lrans[)orl  de  sa  propre  personne  ou  de  ses  elFels  et  marchan- 
dises. Si  le  voyageur  est  sans  passeport,  ou  s'il  se  rend  coupable 
d'une  infraction  à  la  loi,  il  sera  conduit  au  consulat  le  [)lus 
proche,  où  il  sera  retenu  seulement  le  lemps  nwessaire  et  sans 
être  moleste.  Les  [)asseporls  seront  valables  pour  une  période  de 
treize  mois  chinois  à  partir  de  la  date  de  la  délivrance.  Tout 
Japonais  voyagcantà  l'inlérieur  sans  passeport  sera  passible  d'une 
amende  de  loo  taëls  au  maximum.  Toutefois,  les  Ja|x>nais 
pourront,  sans  passeports,  s'éloigner  d'un  port  ouvert  au  cx)m- 
merce  à  une  distance  ne  dépassant  pas  lOO  li  chinois  et  pendant 
une  durée  de  cinq  jours  au  plus.  Cet  article  n'est  pas  applicable 
aux  équipages  de  navires. 

Art.  7.  Tout  Japonais  résidant  dans  un  port  ouvert  de  la 
Cliine  peut  prendre»  a  son  service  des  Chinois  et  les  employer 
sans  jX)uvoir  en  être  empêché  par  les  autorités  chinoises. 

Art.  8.  Les  Ja[)onais  peuvent  louer  des  embarcations  pour  le 
transport  de  marchandises  ou  de  [)assagers  ;  le  prix  en  sera  dé- 
battu entre  les  parties,  sans  intervention  du  Gouvernement  ou 
des  employé  chinois.  Le  nombre  des  embarcations  n'est  pas 
limité  ;  aucun  mono|>ole  relatif  aux  embarcations,  aux  |X)rteurs 
et  aux  coolies  engagés,  ne  S(»ra  accordé  à  une  partie.  En  cas  de 
contrebande,  les  fraudeurs  seront  [)unis  conformément  aux  lois. 

Art.  (j.  Les  Uirifs  et  règlements  y  relatifs  actuellement  en 
vigueur  entre  la  Chine  et  les  Puissances  occidentales  sont  appli- 
cables aux  produits  importés  en  Chine  par  des  Ja]3onais  ou  en 
provenance  du  Ja{K)n  ou  exportés  de  Chine  par  des  Japonais  ou 
à  destination  du  Japon.  Tout  article  dont  rim|)ortalion  ou  l'ex- 
portation n'est  pas  limitée  ou  prohil)ée  par  lesdits  tarifs  et  règle- 
ments, peut  être  librement  importé  ou  exporté,  à  condition 
de  payer  les  droits. 

Dans  aucun  cas,  les  Ja{}onais  ne  paieront  en  Chine  des  droits 
autres  ou  plus  élevés  que  ceux  acfjuittés  par  les  citoyens  de  la 
nation  la  plus  favorisée  :  aucun  produit  importé  du  Japon  en 
Chine  ou  exjwrlé  de  Chine  au  Japon  n'acquittera  à  l'entrée  ou  à 
la  sortie  de  droits  autres  ou  pluséloés  que  ceux  frappant  actuelle- 
ment ou  à  l'avenir  en  Chine  des  produits  similaires  de  la  nation 
la  plus  favorisée. 

Art.  10.  Tout  article  im[>orté  en  Chine  par  des  Japonais  ou  de 
provenance  japonaise,  transporté  d'un  port  ouvert  à  un  autre  port 
ouvert  en  vertu  des  règlements  existants,  sera  exempt  des  taxes, 


3l8    TKAITÉ  DE  COMMERCE  ENTRE  LA  CHINE  ET  LE  JAPON 

impôts,  droils,  likin,  charges  de  toute  nature,  quelle  que  soit  la 
nationalité  du  propriétaire  ou  possesseur  des  marchandises,  ou 
celle  du  bâtiment  transporteur. 

Art.  II.  Tout  Japonais,  voulant  conduire  des  produits  im- 
portés à  un  marché  de  l'intérieur,  aura  la  faculté  d'aflranchir  ses 
marchandises  de  tous  droits  dt;  transit  en  payant  une  taxe  de 
nmtation  égale  à  la  moitié  du  droit  d'importation  rrap|)ant  les 
produits  taxés  et  à  deux  et  demi  pour  cent  de  la  valeur  des  pro- 
duits exempts  :  il  sera  délivré  un  certificat  de  payement  qui 
exemptera  la  marchandise  de  toute  chargt»  ultérieure.  Le  présent 
article  n'est  pas  applicable  à  l'importation  de  l'opium. 

Art.  i'2.  Les  produits  chinois  achetés  par  des  Japonais  ailleurs 
que  dans  un  port  ouvert  et  destinés  à  l'exjwrtation  seront,  dans 
toute  l'étendue  de  la  (!!hine,  exenq)ts  de  taxes,  inq>6ts,  droits. 
likin,  chiirges  de  toute  nature,  sauf  des  droits  de  sortie,  s'ils  sont 
exportés,  en  acquittant  la  taxe  de  mutation  indiquée  à  l'article 
précédent:  mais  l'exportation  devra  a>()ir  lieu  dans  un  délai  de 
dou/.e  mois  à  dater  du  jour  du  payement  de  la  taxe  de  mutation  ; 
les  produits  chinois,  achetés  par  des  Ja|xmais  dans  des  ports  ou- 
verts, et  non  prohibés  à  l'exportation,  sont  exempts  des  impôts, 
droits,  //A'i/i,  charges  de  toute  nature,  «mf  des  droits  de  sortie: 
tout  produit  acheté  par  des  Japonais  dans  n'importe  quelle  partie 
de  la  Chine,  pourra,  s'il  est  destiné  à  lexpulation,  être  transj>orté 
d'un  port  ouvert  à  un  autre  port  ouvert,  conlbrmément  aux 
règlements  en  vigueur. 

Art.  i3.  Tout  produit  d'origine  étrangère  ayant  <icquitté  les 
droits  d'entrée  pourra  à  toute  épocjue.  dans  un  délai  de  trois 
années  à  dater  de  l'importation,  être  réexporté  de  Chine  par  des 
Japonais  à  destination  de  l'étranger  sans  être  soumis  aux  droits 
d'exportation.  Les  réexj>ortateurs  jKMirront,  en  outre,  recevoir 
des  douanes  chinoises  un  certificat  de  drawback  pour  le  montant 
des  droits  d'importation  ac(|uittés,  à  condition  que  la  marclian- 
disc  et  son  enveIopp<î  originale  soient  intactes,  (les  certilicats  de 
remboursement  seront  immédiatement  échangés  en  es|)èces  par 
les  autorités  chinoises  sur  la  demande  de  l'intéressé. 

Art.  i^.  Le  Couvcrnement  chinois  autorise  l'établissement  de 
magasins  généraux  dans  plusieurs  j)ort^  ouverts  de  la  Ciiine.  Des 
règlements  ultérieurs  seront  faits  sur  la  matière. 

Art.  i5.  Les  bâtiments  marchands  ja|)onais  jaugeant  plus  de 
i5o  tonneaux,  entrant  dans  un  port  ou\ert  chinois,  payeront  un 
droit  de  tonnage  de  Limace  |>ar  tonne  ;  jusqu'à  i3o  tonneaux,  le 


TRAITÉ    DE    COMMERCE    ET    DE    NAVIGATION  SlQ 

droit  sera  de  i  mace  par  tonne.  Toul  bâtiment  partant  dans  les 
48  heures  de  son  arrivée,  sans  avoir  l'ait  aucune  opération  de 
déchargement,  est  exempt  de  droits  de  tonnage.  Tout  bâtiment 
japonais  ayant  acquitté  les  droits  de  tonnage  ci-dessus  sera  exempt 
de  tous  droits  de  tonnage  dans  les  ports  ouverts  ou  d'escale  de  la 
Chine,  pendant  une  période  de  quatre  mois  à  dater  de  sa  sortie 
du  port  où  ledit  payement  a  été  elVectué.  Toutefois,  aucun  droit 
de  tonnage  ne  sera  exigé  des  bâtiments  japonais  pour  la  période 
actuelle  de  radoub  en  Chine. 

Aucun  droit  de  tonnage  ne  sera  exigé  des  petites  embarcations 
employées  par  les  Ja{)onais  au  trans(X)rt  des  passagers,  bagages, 
courriers  et  articles  exempts,  entre  ces  jK)rts ouverts  delà  Chine. 
Toutefois  les  petites  embarcations  transportant  des  marchandises 
qui  seraient  soumises  à  des  droits  à  rép(M|ucdu  transport  acquitte- 
ront les  droits  de  tonnage  une  fois  en  quatre  mois  aux  taux  de 
I  mace  par  tonne. 

Aucun  droit  autre  que  les  droits  de  tonnage  ne  sera  perçu  sur 
les  bâtiments  japonais  qui  ne  seront,  d'ailleurs,  pas  soumis  à  des 
droits  autres  ou  plus  élevés  que  ceux  frappant  les  bâtiments  de 
la  nation  la  plus  favorisée. 

Art.  i().  Tout  navire  marchand  japonais  arrivant  dans  un 
port  ouvert  chinois  pourra  prendre  un  |)ilole  pour  l'entrée.  De 
même  |>our  la  sortie,  après  avoir  toutefois  acquitté  les  droits  et 
taxes. 

Art.  17.  Toul  bâtiment  marchand  japonais,  forcé  par  des 
avaries  ou  toute  autre  cause  à  relâcher,  aura  le  droit  d'entrer 
dans  le  port  chinois  le  plus  voisin,  sans  être  soumis  aux  droits 
de  tonnage,  ou  aux  droits  de  douane  pour  les  marchandises  dé- 
barquées j)our  cause  de  radoub  ;  ces  marchandises  devront  de- 
meurer sous  la  surveillance  de  la  Douane.  En  cas  d'échouemeiit 
ou  de  naufrage  sur  les  cotes  de  Chine,  les  autorités  chinoises 
prendront  immédiatement  toutes  les  mesures  nécessaires  au  sau- 
\elagc  des  passagers,  de  l'équipage  et  pour  assurer  la  sécurité  du 
navire  et  de  la  cargaison.  Les  personnes  sauvées  seront  bien 
traitées  et  pourvues,  s'il  est  nécessaire,  de  tous  les  moyens  de 
transport  jus(ju'au  consulat  le  plus  proche.  Il  en  sera  de  même 
pour  les  navires  chinois  forcés  de  relâcher  dans  le  port  du  Japon 
le  j)lus  voisin. 

Art.  18.  Les  autorités  chinoises  dans  les  ports  ouverts  pren- 
dront toutes  les  mesuies  nécessaires  pour  prévenir  la  fraude  et 
la  conl rebande. 


320         TRAITK    DE    COMMERCK    ENTRE    L\    CIIIXC    ET    LE    JAPON 

Art.  19.  En  cas  de  pillage  d'un  baliinenl  japonais  par  des 
pirates  chinois,  les  aulorilés  chinoises  devront  l'aire  tous  leurs 
elForls  pour  capturer  et  punir  les  coupables  et  restituer  les  objets 
volés. 

Art.  jo.  La  juridiction  sur  les  personnes  cl  les  biens  des  Japo- 
nais en  Chine  est  exclusivement  réservée  aux  autorités  japo- 
naises qui  décideront  dans  les  causes  engagées  pour  ou  contre  les 
personnes  et  les  biens  des  Japonais,  sans  l'intervention  des  auto- 
rités chinoises. 

Art.  21.  Si  l'autorité  chinoise  ou  un  sujet  chinois  poursuilau 
civil  un  Japonais,  l'airairc  sera  dévolue  aux  autorités  japonaises. 
De  même,  toute  alFaire  ci>ile  engagée  contre  l'autorité  chinoise 
ou  un  Chinois  par  un  Japonais  sera  dévolue  aux  autorités  chi- 
noises. 

Art.  22.  Tout  Japonais,  poursuivi  pour  crimes  ou  délits  en 
Chine,  sera  jugé  et  ])uni,  s'il  est  coupable,  par  les  autorités 
jap43naises,  conformément  aux  lois  ja|)onaises. 

De  même,  tout  Chinois  jwursuivi  pour  crimes  ou  délits  contre 
des  Japonais  en  Chine  sera  jugé  et  puni,  s'il  y  a  lieu,  par  les 
autorités  chinoises,  conformément  aux  lois  chinoises. 

Art.  ^3.  Dans  le  cas  où  un  Chinois  ne  payerait  pas  les  dettes 
contractées  envers  un  Japonais  ou  se  cacherait  frauduleusement, 
les  autorités  chinoises  setlorceronl  de  l'arrêter  et  de  l'obliger  à 
s'acquitter.  Les  autorités  jaix>naises  agiront  de  même,  s'il  s'agit 
d'un  Japonais. 

Art.  24-  Si  un  Japonais  en  Chine,  ayant  commis  un  délit  ou 
refusant  de  payer  ses  dettes,  vient  à  fuir  dans  l'intérieur  de  la 
Chine  ou  a  se  réfugier  dans  des  maisons  occuj)ées  par  des  Chi- 
nois ou  à  bord  d'un  bâtiment  chinois,  les  autorités  chinoises 
devront,  à  la  requête  du  consul  japonais,  le  remettre  aux  auto- 
rités japonaises. 

De  même,  si  un  Chinois  en  Chine,  a>ant  commis  un  délit  ou 
refusant  de  payer  ses  dettes,  vient  à  se  réfugier  dans  des  maisons 
occujK'es  par  des  Japonais  en  Chine  ou  à  bord  d'un  bal i ment 
japonais  dans  les  eaux  chinoises,  les  autorités  ja|>onaiscs  devront 
le  remettre  aux  autorités  chinoises  sur  la  requête  de  celles-ci. 

Art.  20.  Le  (jou\ernemenl  ja|)onais  et  ses  sujets  sont,  j)ar  le 
présent  traité,  confirmés  dans  les  privilèges,  bénéfices  et  avan- 
tages concédés  par  les  stipulations  du  traité  entre  le  Japon  et  la 
Chine  actuellement  en  vigueur.  Le  Gouvernement  ja[>onais  et 
ses  sujets  jouiront  des  pri>  ilèges,  exemptions  et  avantages  accordés 


TRAITÉ    DE   COMMERCE    ET    DE    NAVIGATION  ^31 

actuellement  ou  à  Tavenir  par  S.  M.  rEmpereur  de  Chine  à  la 
nation  la  plus  favorisée. 

Art.  a6.  Chacune  des  Hautes  Parties  contractantes  aura  le 
droit  de  demander  la  revision  des  tarifs  et  des  clauses  conimer- 
ciales  du  présent  traité,  après  un  délai  de  dix  années  à  dater  du 
jour  de  l'échange  des  -ratifications  ;  dans  le  cas  où  cette  demande 
n'aurait  pas  été  formulée  dans  le  délai  de  six  mois  après  l'expi- 
ration des  dix  premières  années,  le  présent  traité  et  les  tarifs  en 
leur  forme  actuelle  demeureront  en  vi^rueur  pendant  une  autre 
période  de  dix  années,  h  dater  du  jour  de  l'expiration  des  dix 
années  précédentes  ;  il  en  sera  de  môme  à  la  fin  de  chaque  pé- 
riode décennale. 

Art.  27.  Les  Hautes  Parties  contractantes  se  concerteront  sur 
les  lois  et  règlements  nécessaires  h  la  pleine  exécution  du  présent 
traité.  Jusque-là,  les  conventions  et  règlements  existant  entre  la 
Chine  et  les  Puissances  occidentales,  en  tant  que  compatihles 
avecle  présent  traité,  seront  considérés  comme  valahles  entre  les 
deux  Parties. 

Art.  a8.  Le  présent  traité  est  signé  en  japonais,  en  chinois  et 
en  anglais.  En  cas  de  divergence  dans  l'interprétation,  on  se 
référera  au  texte  anglais. 

Art.  29.  Le  présent  traité  sera  ratifié  par  S.  M.  l'Empereur 
du  Japon  et  S.  M.  l'Empereur  de(^hine,  et  les  ratifications  seront 
échangées  à  Péking  dans  le  plus  href  délai  possihie,  mais  pas 
plus  lard  que  trois  mois  a  partir  de  la  présente  date. 

En  foi  de  quoi,  etc.. 

Fait  à  Péking,  le  vingt-unième  jour  du  septième  mois  de  la 
vingt-neuvième  année  deMei-dji,  correspondant  au  onzième  jour 
du  sixième  mois  de  la  vingt-deuxième  année  de  Rouang  Siu. 

ai  juillet  1896. 


CoRDiER.  in.   —  ai 


CHAPITRE  XVII 
MISSIONS  DU  SE-TCH'OUEN  (1895),  ETC. 

Il  semblerait  qu'un  vent  de  folie  trouble  parfois  la  cervelle 
des  Chinois  ;  au  moment  même  où  la  Chine  se  trouvait  en- 
gagée dans  une  lutte  néfaste  pour  elle  avec  le  Japon,  elle 
laissait  renouveler  les  troubles  qui,  en  1891,  avaient  dû  ame- 
ner l'intervention  énergique  des  puissances  étrangères.  En 
juin  1886,  Lieou  Ping-tchang,  originaire  du  Ngnn-houei, 
gouverneur  du  Kiang-si  (sept.  1875),  puis  du  Tché-Kiang 
(janvier  i883),  fut  nommé  gouverneur  général  du  Se-tch'ouen 
en  remplacement  de  Ting  Pao-tchen,  originaire  de  Ping- 
yuen-tcheou,  sous-préfecture  de  la  province  du  Kouei-tcheou, 
ancien  gouverneur  du  Chan-loung,  qui  venait  de  mourir. 
Lieou,  ennemi  des  étrangers,  cherchait  les  occasions  les  plus 
favorables  pour  leur  susciter  des  dillicultés.  et  les  résultats 
de  son  administration  portèrent  leurs  fruits  funestes  lorsque 
la  Chine  implorait  l'assistance  de  la  France. 


AFFAIKES   Dl    SE-TCll'oi  EN 


Le  28  mai  1896,  5"  jour  de  la  5*  lune,  une  émeute  éclata 
à  la  mission  méthodiste  canadienne  de  Tclfeng-tou,  dont 
rhôpital,  le  dispensaire  et  la  chapelle  furent  pillés  et  brûlés, 
sans  que  les  fonctionnaires  ni  les  soldats  dont  les  casernes 
étaient  proches  n'intervinssent  pour  arrêter  les  émeutiers. 
Le  lendemain,  les  troubles  recommencèrent,  et  le  soir,  il  ne 


AFFAIRES    DU    SE-TCH*OUEN  SaS 

restait  rien  des  onze  établissements  des  missionnaires  catho- 
liques ou  protestants. 

En  effet,  le  28  mai,  trois  églises,  un  orphelinat,  un  hôpi- 
tal, révéché  de  Tch'eng-tou,  capitale  du  Se-tch'ouen  étaient 
incendiés,  MgrDunand*,  était  blessé,  mais  pouvait  se  réfu- 
gier en  lieu  sur;  une  autre  église  était  pillée  à  Taï-tcheou  ; 
l'évêque  accusait  le  vice-roi  Lieou  Ping-tchang  d'être  Tinsti- 
gateur  des  persécutions  ;  le  l\  juin,  le  contre-amiral  de  Beau- 
mont  donne  Tordre  au  Beautemps- Beaupré  et  à  la  Comète 
de  se  rendre  sur  le  Yang-tseu.  LeTsoung-li  Yamen  envoyait 
les  instructions  les  plus  sévères  pour  l'arrestation  et  la  pro- 
tection des  missions  dans  toute  la  province  et  pour  le  règle- 
ment équitable  des  réparations  nécessaires. 

Le  20  juillet  1890,  le  Tsoung-li  Yamen  annonçait  au  vi- 
caire apostolique  que  le  juge  et  le  trésorier  de  la  province 
avaient  reçu  Tordre  d'examiner  et  de  régler  avec  lui  les  ré- 
parations qui  lui  étaient  dues.  Huit  délégués  avaient  été 
nommés  j)our  examiner  et  évaluer  les  dégâts  commis  dans 
les  diverses  missions  de  la  provinc<î.  M'*'".  Dunand  était  chargé 
de  représenter  les  intérêts  français,  en  vertu  d'une  commis- 
sion spéciale  qui  lui  était  confiée  par  M.  Gérard,  avec  Tappro- 
bation  du  prince  Koung. 

Au  mois  d'août  1895,  M'^'^  Dunand  et  M*''  Chatagnon*,  vi- 
caires apostoliques  du  Se-Tch'ouen  occidental  et  méridional, 
se  mirent  d'accord  avec  le  préfet  de  Tch'eng-tou,  ainsi 
qu'avec  le  juge  et  le  trésorier  de  la  province,  et  les  indem- 
nités furent  fixées  pour  le  Se-Tch'ouen  occidental  à  78  wan, 


I.  DunaiiJ.  Marie-Julien,  né  le  a3  janvier  i84it  ^  Saint-Jean-de- 
Helleville,  diocèse  de  Taren  taise  ;  miss.  étr.  de  Paris;  part  pour  la  Chine, 
3  août  1869  ;  évêque  de  Galoe  ;  vie.  ap.  du  Se-tcirouen  occidental, 
iG  aoilt  1893. 

a.  Cliatagnon,  Marc,  des  miss.  ctr.  de  Paris;  évéque  de  Chersonèse  ; 
né  à  Cellieu,  dioc.  de  Lyon,  i"''  février  1839;  ^^^-  ^P-  ^"  Sc-tch*ouen 
méridional,  aô  janvier  1887. 


Sa^  MISSIONS  Df  se-tch'olen 

pour  le  Se-Tch'ouen  méridional  à  21  wan  et  8000  laëls.  Le 
ivan  représentant  une  valeur  de  dix  mille  taëls,  Tindemnité 
atteignait  donc  une  somme  de  9/18000  taëls  (soit,  au  taux 
moyen,  près  de  quatre  millions  de  francs.  Les  évéques  en 
recevant  pour  cet  accord  la  signature  des  hautes  autorités 
provinciales  du  Se-Tcirouen,  se  réservaient  d'attendre,  pour 
la  reconstruction  des  édifices  saccagés,  la  punition  promise 
des  coupables.  Le  Tsoung-li  Yamen  confirma  à  notre  mi- 
nistre Taccord  intervenu  entre  les  hautes  autorités  provin 
ciales  et  les  deux  évoques.  Les  ministres  chinois  déclarèrent 
de  plus,  que  tous  les  coupables  seraient  chi\liés  d'une  façon 
exemplaire  et  que,  selon  les  termes  mêmes  des  décrets  de  Sa 
Majesté,  les  autorités  reconnues  responsables  n'échapperaient 
pas  à  la  sanction  de  la  justice  impériale.  M.  Gérard  avait  lui- 
même  et  selon  les  rapports  qui  lui  étaient  parvenus  du  Se- 
Tch'ouen  signalé  au  Tsoung-li  Yamen  les  fonctionnaires  qui 
avaient  le  plus  gravement  manqué  au  devoir  de  protection 
leur  incombant,  d'abord  Tcx  vice-roi  du  Se  ïch'ouen,  Lieou 
Ping-tchang,  dénoncé  i>ar  tous  les  missionnaires  comme  le 
principal  auteur  du  mal,  puis  le  préfet  de  police  de  Tch'eng- 
tou,  les  préfets  de  Mien-hien  et  0-pien  ting,  le  sous-préfet 
de  Lou-chan  et  le  chef  du  poste  militaire  de  Kiang-Keou. 
M.  Gérard,  au  contraire,  recommanda  comme  dignes 
d'éloges  et  de  récompense  le  préfet  de  Mi-tchéou,  qui  avait 
recueilli  dans  son  Yamen,  M*'^  Chalagnon,  et  l'agent  de  ]x>- 
lice  qui,  à  Tch'eng-lou,  avait  sauvé  la  vie  à  M'^'  Dunand. 

M.  Gérard  profita  des  circonstances  et  de  l'entente  interve- 
nue entre  les  hautes  autorités  provinciales  et  les  deux  évé(jues 
pour  obtenir  l'accomplissement  définitif  des  engagements 
pris  concernant  la  réintégration  de  M*""  Biet  (dite  mission  du 
Tibet)  dans  ses  établissements  de  Batang,  Yaregong,  ^erkalo, 
Alentsc  et  Tsekou.  11  fut  convenu,  pour  ceux  de  ces  établis- 
sements qui  étaient  compris  dans  les  limites  du  Se-Tcirouen, 
c'est-à-dire  pour  Batang,  \aregongct  Yerkalo,  que  nos  mis- 


AFFAIRES    DU    SE-TCh'oUEN  32  5 

sionnaires  seraient  immédiatement  réintégrés,  et  que  l'in- 
demnité, précédemment  fixée  à  vingt  mille  taëls,  serait  versée 
entre  les  mains  de  M^*"  Dunand,  chargé  d'en  transmettre  lui- 
même  le  montant  à  M*""Biel.  Pour  les  missions  d'Atentse  et 
Tsekou  qui  étaient  comprises  dans  les  limites  du  Yun-Nan, 
des  arrangements  spéciaux,  concernant  la  réintégration  et 
rindemnilé,  seraient  conclus  avec  le  vice-roi  du  Yun  Nan. 

Les  missions  protoslanlos,  soil  anglaises,  soit  américaines,  du 
Se  Tch'ouen  très  éprouvées,  comme  les  noires,  par  les  troubles 
de  la  province,  n'avaient  encore  obtenu  aucune  réparation. 

Pour  le  principal  coupable,  Lieou  Ping-tcbang  :  le  G  aortt, 
la  Gazette  de  P^^Avm/ annonçait  (pie  Lieou  avait  remis  les  sceaux 
à  Lou  Tcb\)uan-lin,  gouverneur  du  Chen-Si  ;  un  édit  du 
29  septembre  1890  révoquait  Lieou  et  Tcxcluaitsa  vie  durant 
de  toutes  les  fondions  publiques;  on  attribua  ce  succès  à  Sir 
N.  R.  O'Conor;  en  réalité  la  dégradation  de  Lieou  avait  été 
déjà  accordée  à  M.  Gérard  ;  malgré  ses  menaces,  Sir  N. 
O'Conor  n'était  plus  en  posture  d'obtenir  quoi  que  ce  fût  des 
Chinois \  Un  édit  du  i4  octobre  suivant  compléta  la  liste 
des  châtiments  infligés  aux  coupables. 

L'article  Xlll  dïi  traité  du  37  juin  i858  contenait  auder- 
nier  paragraphe,  la  stipulation  suivante  : 

Tout  ce  qui  a  été  précédcminent  écrit,  proclamé  ou  publié  en 
Chine,  j)ar  ordre  du  Gouvernement,  contre  le  culte  chrétien,  est 
complètement  abrogé  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les  pro- 
vinces de  l'Empire. 

Lorsqu'en  1870  (9''  année  T'oung-tché)  une  nouvelle  com- 
pilation des  codes,  Ta-Tsinrj  Lia  li\  fut  publiée  par  les 
soins  du  Ministère  Impérial  de  la  Justice,  les  anciens  arti- 
cles de  ces  codes  qui  avaient  interdit  la  religion  catholique 
dans  l'Empire  furent  supprimés.    De  plus,  dans  la  section 

I.  Voir  p.  809. 


Sa^  MISSIONS   DL     SK-TCirOLEN 

pour  le  Se-Tcirouen  méridional  h  21  wan  et  8000  laëls.  Le 
wan  représenlant  une  valeur  de  dix  mille  toëls,  Tindemnitc 
atteignait  donc  une  somme  de  9/18000  taëls  (soit,  au  taux 
moyen,  près  de  quatre  millions  de  francs.  Les  évoques  en 
recevant  pour  cet  accord  la  signature  des  hautes  autorités 
provinciales  du  Se-Tclfoucn,  se  réservaient  d'attendre,  pour 
la  reconstruction  des  édifices  saccagés,  la  punition  promise 
des  coupables.  Le  Tsoung-li  Yamen  confirma  à  notre  mi- 
nistre l'accord  intervenu  entre  les  hautes  autorités  provin- 
ciales et  les  deux  évoques.  Les  ministres  chinois  déclarèrent 
de  plus,  que  tous  les  coupables  seraient  châtiés  d'une  façon 
exemplaire  et  que,  selon  les  termes  mêmes  des  décrets  de  Sa 
Majesté,  les  autorités  reconnues  responsables  n'échapperaient 
pas  à  la  sanction  de  la  justice  im[>ériale.  M.  Gérard  avait  lui- 
même  et  selon  les  rapports  qui  lui  étaient  parvenus  du  Se- 
Tclfouen  signalé  au  Tsoung  li  Yamen  les  fonctionnaires  qui 
avaient  le  plus  gravement  manqué  au  devoir  de  protection 
leur  incombant,  d'alwrd  Tex  vice  roi  du  Se-Tch'ouen,  Lieou 
Ping-tchang,  dénoncé  par  tous  les  missionnaires  comme  le 
principal  auteur  du  mal,  puis  le  préfet  de  police  de  Tch'eng- 
lou,  les  préfets  de  Mien-bien  et  0-pien-ting,  le  sous-préfet 
de  Lou-chan  et  le  chef  du  poste  militaire  de  Riang-Keou. 
M.  Gérard,  au  contraire,  recommanda  comme  dignes 
d'éloges  et  de  récompense  le  préfet  de  Mi-tcbéou,  qui  avait 
recueilli  dans  son  Yamen,  M"^  Chatagnon,  et  l'agent  de  |X)- 
lice  qui,  à  Tcb'eng-tou,  avait  sauvé  la  vie  à  M*^'  Dunand. 

M.  Gérard  profita  des  circonst^mces  et  de  l'entente  interve- 
nue entre  les  hautes  autorités  provinciales  et  les  deux  évoques 
pour  obtenir  l'accomplissement  définitif  des  engagements 
pris  concernant  la  réintégration  de  M*""  Biet  (dite  mission  du 
Tibet)  dans  ses  établissements  de  Batang,  ^  aregong,  Yerkalo, 
Atentse  et  Tsekou.  Il  fut  convenu,  pour  ceux  de  ces  étabHs- 
sements  qui  étaient  compris  dans  les  limites  du  Se-Tch'ouen, 
c'est-à-dire  pour  Batang,  Yaregong  et  Yerkalo,  que  nos  mis- 


AFFAIRKS    DU    SE-TCll'oiJEN  32  5 

sionnaires  seraient  iinniédiatement  réinlépfrés,  et  que  l'in- 
demnilë,  précédemment  fixée  (\  vingt  mille  taëls,  serait  versée 
entre  les  mains  de  M'^'"  Dunand,  chargé  d'en  transmeltre  lui- 
même  le  montant  h  M'"'Biet.  Pour  les  missions  d'Alentse  et 
Tsekou  qui  étaient  comprises  dans  les  limites  du  Yun-Nan, 
des  arrangements  spéciaux,  concernant  la  réintégration  et 
rindemnilé,  seraient  conclus  avec  le  vice-roi  du  Yun  Nan. 

Les  missions  proleslanles,  soil  anglaises,  soit  américaines,  du 
Se-Tciroiien  très  éprouvées,  connue  les  noires,  par  les  troubles 
de  la  province,  n'avaient  encore  obtenu  aucune  réparation. 

Pour  le  principal  coiipahle,  Lieoii  l^ing-lcliang  :  le  6  août, 
la  GnzeUc  de  /VA7V17  annonçait  (pie  Lieoii  avait  remis  les  sceaux 
à  Lou  Tcirouan-lin,  gouverneur  du  Chen-Si  ;  un  édit  du 
29  septembre  i8(j3  révoquait  Lieoïi  et  Texcluaitsa  vie  durant 
de  toutes  les  fonctions  publiques  ;  on  attribua  ce  succès  à  Sir 
N.  R.  O'Conor;  en  réalité  la  dégradation  de  Lieou  avait  été 
déjà  accordée  à  M.  (iéranl  ;  malgré  ses  menaces,  Sir  iS. 
OXiOnor  n'était  plus  en  posture  d'obtenir  quoi  que  ce  fut  des 
ChinoisV  \}ï\  édit  du  1^1  octobre  suivant  compléta  la  liste 
des  châtiments  infligés  aux  coupables. 

L'article  XllI  <lu  traité  du  27  juin  1 858  contenait  au  der- 
nier paragraphe,  la  stipulation  suivante  : 

Tout  ce  qui  a  été  j)récédciniiient  écrit,  proi'laiiié  ou  publié  en 
Chine,  par  ordre  du  (joiivcrnemcnt,  contre  le  culte  chrétien,  est 
complètement  abrogé  et  reste  sans  valeur  dans  toutes  les  pro- 
vinces de  l'Enq/ire. 

Lorsqu'en  1870  (9**  année  T'oung-lché)  une  nouvelle  com- 
pilation des  codes,  Ta-Tsinr/  Lia  li\  fut  publiée  par  les 
soins  «lu  Ministère  Impérial  de  la  Justice,  les  anciens  arti- 
cles de  ces  codes  qui  avaient  interdit  la  religion  catholique 
dans  rKnipire  furent  supprimés.    De  plus,  dans  la  section 

I.   Voir  p.  309. 


SaÔ  MISSIONS    DU    SE-TCn'oUEN 

spéciale  de  ces  codes  consacrée  aux  sacrifices  (Lois  rituelles) 
fut  insérée  la  note  suivante  : 

Les  personnes  professant  la  religion  catlioliquc  auront  l'en- 
tière liberté  de  se  réunir  pour  célébrer  leur  culte,  réciter  des 
prières,  etc..  etc.,  et  seront  exemptes  de  toute  recherche  ou 
interdiction  ;  lout  ce  qui  a  été  précédemment  écrit  ou  imprimé 
prohibant  la  religion  catliolûjue  est  entièrement  abrogé. 

Des  éditions  illégales  des  codes,  publiées  poslérieurenrienl, 
par  exemple  en  1892,  renfermaient  les  anciennes  prohibi- 
tions contre  la  religion  chrétienne  ;  dans  une  dépêche  du 
18  août  1895,  le  Yamen  déclara  à  notre  ministre  que  seule, 
l'édition  de  1870  était  oflicielle  ;  des  ordres  furent  donnés 
au  commandant  militaire  de  Pé-King  et  aux  gouverneurs  de 
provinces  de  détruire  les  éditions  contenant  les  passages  in- 
criminés ou  tout  au  moins  de  supprimer  ces  derniers. 

AFFAIRE  DE   KOU-TCHENG 

Le  i*""  août  1896,  neuf  missionnaires  protestants  furent 
assassinés  au  sanatorium  de  Whasang,  près  de  Rou-lcheng, 
à  environ  120  kilomètres  à  Touest  de  Fou-tchéou,  par  les 
membres  d'une  société  secrète  appelée  les  Végétariens  ;  le 
Rév.  R.  W.  Stewart  et  sa  femme,  la  nourrice  de  M'"® 
Stewart,  d'Irlande,  appelée  Lena,  Miss  Nellic  Saunders,  Miss 
Topsy  Saunders,  toutes  d'Australie,  Miss  Heltie  Nevvcombe, 
d'Irlande,  Miss  Elsic  Marshall,  Miss  Lucy  Stewart,  d'Angle 
terre  et  Miss  Annie  Gordon,  d'Australie.  Une  enquête  fut  ou- 
verte le  2 1  août  et  un  grand  nombre  de  membres  de  la  so- 
ciété des  Végétariens  furent  arrêtés. 

ALGtSTINlEKS  ESPAGNOLS  AU   HOL-NAX 

Par  ordre  du  consul  général  de  France  à  Chang-Haï, 
M.  Daulremer,  vice-consul  à  Ilan  kéou,  se  rendit  le  9  no- 


DIVERS    RÈGLEME>TS  3a7 

vembrc  1895,  à  bord  de  la  Comète,  à  Ling-siang.  Un  mis- 
sionnaire, le  P.  Mariano  Garcia,  ayanl  clé  dans  une  visite  à 
la  sous-préfecture,  insulté  et  poursuivi  à  coups  de  pierre, 
M.  Dautremer  se  rendit  de  nouveau  à  Ling-siang,  le  17  no- 
vembre. La  présence  de  notre  canonnière,  cette  fois,  obtint 
reflet  désirable.  Le  préfet  de  Yo-tcbéou  convoqua  les  notables 
de  la  sous-préfecture  de  Ling-siang.  Le  22,  tout  était  ter- 
miné, les  missionnaires  étaient  rétablis  dans  leur  propriété  de 
Ling-siang,  et  la  Comète  redescendait  à  Cbang-ILiï. 

Noire  ministre  avait  dressé  une  liste  complète  de  toutes 
les  réclamations  que  la  France  formulait  en  faveur  des  mis- 
sions ;  voici  les  résultats  obtenus  au  mois  de  décembre  1895. 

DIVERS  RÈGLEMENTS 

Dans  le  vicariat  du  IIo-Nan  méridional,  la  mission  italienne 
qui,  depuis  vingt  cinq  ans,  réclamait  vainement  la  construc- 
tion d'une  enceinte  autour  de  la  résidence  épiscopale  de  Kin- 
kia-kang,  obtint  enfin,  malgré  des  résistances  obstinées  de  la 
part  des  mandarins  et  des  lettrés,  l'édification  du  mur  né- 
cessaire à  sa  sécurité. 

Dans  le  vicariat  du  Kouei-lcbéou,  des  chrétiens  injustement 
détenus  depuis  1887  furent  enfin  délivrés  et  la  mission  put 
espérer  rentrer  bientôt  dans  la  ville  de  Tsouen-y  d'où  elle 
avait  été  expulsée.  (Voir  infrn,  p.  3:? 9). 

Dans  le  Kouang-Toung,  l'attaque  et  le  pillage  d'une  église 
sise  à  Ho  yuan  furent  expiés,  quelques  semaines  auparavant, 
par  une  indemnité  de  t\  5oo  taëls  payée  aux  missionnaires  de 
M^'-  Chausse. 

Dans  le  Kan-Sou,  une  injure  faite  à  l'Evêque  fut  punie 
par  le  déplacement  avec  blâme,  du  mandarin  coupable. 

Dans  le  Chcn-Si,  la  mission  franciscaine  obtint  un  com- 
mencement de  satisfaction  pour  les  aflaires  de  lîou-bien  et 
Mei-hien. 


SaS  MISSIONS    DU    SE-lCH*OUEN 

En  Mandchourie,  tous  les  dommages  éprouves,  pendant  la 
guerre  sino-japonaise,  par  la  mission  de  M**"  Guillon  furent 
scrupuleusement  réparés. 

Au  Ilou-Nan,  les  Augustiniens  espagnols  obtinrent  jus- 
tice*. 

Pour  les  affaires  religieuses  des  cinq  provinces  du  Kiang- 
Nan,  du  Tché-Kiang,  du  Kiang-Si,  du  Ilou-Pé  et  du  Ilou- 
Nan,  la  Légation  de  France  demanda  et  obtint  la  désigna- 
tion par  le  Commissaire  Impérial  des  Ports  du  Sud,  d'un 
délégué  spécial  cliargé  de  négocier  et  de  conclure  avec  le 
Consul  général  de  la  République  a  Cliang  Ilaï.  Plusieurs  de 
ces  affaires  avaient  déjà  reçu  une  solution  équilable,  et 
M.  Dubail  continuait  à  traiter  les  autres  avec  le  délégué  du 
Commissaire  Impérial  et  vice-roi  Tchang  Tclii-toung. 

M.  Gérard  eut  recours  à  la  même  métbode  pour  le  règle- 
ment des  affaires  religieuses  du  Kouang-Si,  dont  certaines 
remontaient  à  trente  années.  Le  Tsoung-li  Yamen,  sur  sa 
demande,  fit  désigner  par  le  Gouverneur  de  la  province  un 
délégué,  à  savoir  le  préfet  même  de  Loung-lchéou,  qui  reçut 
l'ordre  de  tout  régler  avec  le  vicaire  apostolique  de  la  mis- 
sion et  le  consul  de  la  République  à  Loung-tcbéou. 

Une  seule  affaire  importante,  celle  de  la  Mongolie  orien- 
tale, qui  datait  de  189 1,  restait  encore  sans  solution.  Le 
Gouvernement  chinois  avait,  jusqu'alors,  essayé  de  dégager 
sa  responsabilité  dans  cette  affaire,  en  affirmant  que  les 
troubles  dont  la  mission  de  Mongolie  avait  eu  à  souffrir  en 
1891  étaient  le  résultat  d'un  mouvement  insurrectionnel  di- 
rigé non  pas  contre  les  Chrétiens,  mais  contre  le  Gouverne- 
ment Impérial,  et  en  se  fondant  sur  les  principes  du  droit 
international  pour  déclarer  qu'aucun  Gouvernement  n'est 
tenu  de  réparer  les  dommages  causés  par  des  troubles  inté- 
rieurs ou  une  guerre  civile.  La  légation  répondit  en  s'ap- 

I.  Voir  supràt  p.  326-7. 


AFFMRRS    DU    ROlKÏ-TCnEOr  SsQ 

piiyani  s!ir  le  toxlc  précis  de  Tarticlc  XIII  du  traité  franco- 
chinois  de  i858. 


AFFAIRES  DU    KOrEl-TClIEOr 

Lit'  1 8  janvier  i8()(K  M.  Gérard,  par  une  dépc^clic  adressée 
ail  Tso!infj:-li  Vanien,  demandait  que  toutes  les  affaires  reli- 
gieuses du  Koueï  tcheou  fussent  réglées  d'ensemble  en  un 
accord  comprenant  1<'S  réparations  dues  à  la  mission  pour  les 
violences,  sévices  et  dommages  (pfelle  avait  subis,  et  le 
retour  d<'s  missionnaires  <lansles  villes  de  Tsouen-yi,  Houang- 
pin,  Yu  kin  bien,  Kaï-tcbeou  et  Meï-tan  d'où  ils  avaient  été 
injiistenient  expulsés.  Le  trésorier  provincial,  Wen-haï,  et 
deux  autres  délégués,  furent  chargés,  sur  les  ordres  expédiés 
de  Pé-King,  de  se  mettre  en  relation  et  de  négocier  avec  le  |)ro- 
vicaire  de  la  mission,  Tabbé  Gréa.  Le  3o  avril,  Fabbé  Gréa 
signait  un  contrat  définitif  d'arrangement  en  six  articles, 
aii\  txîrmes  (hiquel,  la  mission  catholique  du  Koueï-tcheou 
recevait,  pour  les  pertes  et  dommages  subis  depuis  i883, 
une  indemnité  générale  de  3oooo  taëls  (120000  francs)  ;  la 
mission  était  réintégrée  dans  les  cinq  villes  désignées  ci- 
dessus,  où  elle  réédifierait  les  résidences  détruites  ;  les  indi- 
\idus  compromis  dans  les  dernières  persécutions  seraient 
arrêtés  et  punis  selon  la  loi^ 

I.  Livre  jaune t  {}.  2ij. 


CHAPITRE  XVIll 
AVANTAGES  FRANÇAIS.  -  DÉPART  DE  M.  GÉRARD 

La  signature  des  conventions  complc^mentaircs  de  délimi- 
tation et  de  commerce  du  20  juin  1895  entre  le  Ïong-King 
et  la  Chine  nous  assurait  des  avantages  considérables  ;  une 
déclaration  faite  le  i5  janvier  1896  établissait  la  situation 
respective  de  la  France  et  de  TAnglcterrc  au  Siam. 

nécLARArio>  relative  aux  affaires  de  siam  et  du  haiit-mkkong, 
à  la  délimitation  de  leurs  possessions  à  l'ouest  du  Bas- 
iSifjer  et  aux  relations  commerciales  avec  la  Tunisie,  i5 
jA>viEi\  189G. 

Les  Soussignés,  dûment  autorisés  par  leurs  Gouvernements 
respectifs,  ont  signé  la  déclaration  suivante  : 

I.  Les  (iouvernemcnls  de  Krance  et  de  Grande-Bretagne 
s'engagent  mutuellement  à  ne  faire  [lénélrer,  dans  aucun  cas  on 
sous  aucun  prétcxie,  sans  le  consentement  l'un  de  l'autre,  leurs 
fiïrces  armées  dans  la  région  couiprcnant  les  bassins  des  rivières 
Patchabouri,  xMeiklong,  Ménam  et  Bang  Fakong  (rivière  de 
Pctriou)  et  de  leurs  aflluents  respectifs,  ainsi  que  le  littoral  qui 
s'étend  depuis  Muong  Bang  Tapan  juscju'à  Muong  Pase,  les 
bassins  des  rivières  sur  lesquelles  sont  situées  ces  deux  >illes,  et 
les  bassins  des  autres  rivières  dont  les  embouchures  sont 
incluses  dans  celte  étendue  du  littoral  ;  et  comprenant  aussi  le 
territoire  situé  au  noi*d  du  bassin  du  Ménam  entre  la  frontière 
Anglo-Siamoise,  le  fleuve  Mékong  et  la  limite  orientale  du  bas- 
sin du  Me-lng.  Ils  s'engagent  en  outre  à  n'acquérir  dans  cette 
région  aucun  privilège  ou  avantage  particulier  dont  le  bénéfice 


AVANTAGES    FRANÇAIS  33 1 

ne  soit  pas  commun  h  Ja  France  et  à  la  grande-Bretagne,  à 
leurs  nationaux  et  ressortissants,  ou  qui  ne  leur  serait  pas  acces- 
sible sur  le  pied  de  régalilé. 

Ces  stipulations,  toutefois,  ne  seront  pas  inter|)rcUMîs  comme 
dérogeant  aux  clauses  spéciales  qui,  en  vertu  du  traité  conclu 
le  3  octobre  1893,  entre  la  France  et  le  Siam,  s'appliiiuent  à  une 
zone  de  a5  kilom.  sur  la  rive  droite  du  Mékong  et  à  la  naviga- 
tion de  ce  fleuve. 

a.  Rien  dans  la  clause  qui  précède  ne  mettra  obstacle  à  aucune 
action  dont  les  deux  Puissances  pourraient  convenir,  et  qu'elles 
jugeraient  nécessaire  pour  maintenir  l'indépendance  du  Royaume 
de  Siam.  Mais  elles  s'engagent  à  n'entrer  dans  aucun  arrange- 
ment séparé  qui  permette  à  une  tierce  Puissance  de  faire  ce 
qu'elles  s'interdisent  réciproquement  parla  présente  déclaration. 

3.  A  partir  de  l'embouchure  du  Namlluotel  en  remontant  vers 
le  nord  jusqu'à  la  frontière  chinoise,  le  thalweg  du  Mékong 
formera  la  limite  des  possessions  ou  sphères  d'influence  de  la 
France  et  de  la  Grande-Bretagne.  Il  est  convenu  que  les 
nationaux  et  ressortissants  d'aucun  des  deux  pays  n'exerceront 
une  juridiction  ou  autorité  quelconque  dans  les  possessions  ou 
la  sphère  d'influence  de  l'autre  pays. 

4.  Les  deux  Gouvernements  conviennent  que  tous  les  privi- 
lèges et  avantages  commerciaux  ou  autres,  concédés  dans  las 
deux  provinces  chinoises  du  Yun-Nan  et  du  Se-tciroiien  soit  à 
la  France,  soit  à  la  Grande-Bretagne,  en  vertu  de  leurs  conven- 
tions res [actives  avec  la  Chine  du  i"  mars  i8r)4  et  du  fio  juin  i8(j5, 
et  tous  les  privilèges  et  avantages  de  nature  (pielconque  qui 
pourront  être  concédés  par  la  suite  dans  ces  deux  mêmes  pro- 
vinces chinoises  soit  à  la  France,  soit  à  la  Grande-Bretagne, 
seront  autant  qu'il  dépend  d'eux,  étendus  et  rendus  communs 
aux  deux  puissances,  à  leurs  nationaux  et  ressortissants,  et  ils 
s'engagent  à  user  à  ceteflctdeleur  influence  et  de  leurs  bons  offices 
auprès  du  Gouvernement  chinois. 


Relatif  au  Bas  Niger]. 
Relatif  à  Tunis 


Fait  à  Londres,  le  if)  janvier  188G.  r 

(L.   S.)  Alph.    DE  CoURCEL. 

(S.  S.)  Salisrury. 
En  communiquant  cette  déclaration  à  M.  Guievsse,  mi 


332      AVANTAGES  FRANÇAIS.  DÉPART  DE  M.  GÉRARD 

nislre  des  colonies,  M.  Berlhelot,  ministre  des  a ITaires  étran- 
gères, faisait  les  remarques  suivantes  (20  janvier  1896)  : 

Vous  remarquerez  les  dispositions  relatives  au  Royaume  de 
Siam.  Les  deux  Gouvernements  déclarent  qu'ils  mettent  en 
dehors  de  toute  action  militaire  de  leur  part  la  partie  de  ce 
Royaume  comprise  dans  le  bassin  du  Ménam  et  qu'ils  s'engatçont 
à  n'entrer  dans  aucun  arranp;(Mnoiil  séparé  qui  permette  à  une 
tierce  Puissance  de  faire  ce  qu'ils  s'interdisent  réciprwpiemenl. 
Us  s'engagent,  en  outre,  à  n'acquérir  dans  cette  région  aucun 
privilège  ou  avantage  particulier  dont  le  bénéticc  ne  soit  pas 
comnum  à  leurs  nationaux  et  ressortissants.  Les  autres  parties 
du  Royaume  de  Siam  demeurent  on  dehors  de  celle  clause  de 
neutralisation  réciproque.  Chacune  des  deux  Puissances  conserve 
le  droit  d'assurer  rexécution  des  traités  existants  entre  elle  et  le 
Siam  par  les  voies  et  moyens  convenables. 

Malgré  cette  déclaration,  la  (jrande-Bret^ngne,  nié(U)ntent(* 
des  conventions  du  20  juin  1895,  s'était  retournée  vers  la 
Chine  et  pour  la  punir  d'avoir  cédé  à  la  France  des  territoires 
soi-disant  ne  lui  appartenant  pas,  avait  im[3<>sé  à  Tenipire  du 
Milieu  la  Convention  du  fi  février  1897*.  A  notre  tour  nous 
nous  trouvions  lésés  dans  nos  intérêts  et  le  9  janvier  1897 
M.  Hanotaux  écrivait  à  M.  Gérard  : 

Les  concessions  que  le  Gouvernement  chinois  send)le  sur  le 
|K)int  de  consentira  d'autres  Puissances  nous  obligent  h  demander 
divers  avantages  en  compensation.  Veuillez  donc  réclamer  pour 
la  France  la  faculté  de  créer  des  voies  de  connnunication  com- 
merciale entre  le  Tong-Ring  et  Yun-Nan  fou,  soit  en  amé- 
liorant la  navigabilité  des  cours  d'eau  qui  traversent  le  Yun- 
Nan,  soit  en  construisant  un  chemin  de  fer  qui  s'amorcerait  au 
Fleuve  Rouge.  Il  convient,  en  outre,  que  la  Chine  nous  concède 
le  droit  d'exploiter,  parallèlement  au  chemin  de  fer,  les  houil- 
lères et  autres  mines  de  la  contrée.  Demandez  enthi  la  prolonga- 
tion vers  l'intérieur  de  la  Chine,  et  dans  la  direction  qui  sera 
reconnue  la  plus  favorable,  de  notre  chemin  de  Loung-tcheou. 

I.   Voir  j).  1-8. 


DÉCLARATION    Ai:    SIJF.T    DE    HAÏ-NAN  333 

Nous  parlerons  dans  un  rliapilre  spécial  de  la  concession 
des  chemins  de  fer.  En  nit^nie  temps  que  ces  demandes, 
nous  posions  le  principe  de  la  non-aliénation  de  la  grande  île 
de  Haï-Nan  à  une  puissance  étrangère. 

DÉCLARATION    AU    SUJET    DE    HAÏ-NAN,     l5    MARS    1897 

Le  î**^  février  1897,  M.  Hanolaux  écrivait  à  M.  Gérard 
qu'il  attacherait  un  grand  prix  h  recevoir  du  gouvernement 
chinois  une  déclaration  qui  nous  garantirait  contre  la  cession 
de  Haï  nan  et  de  la  cote  opposée  ;  elle  devrait  contenir  ren- 
gagement formel  à  notre  égard  de  ne  jamais  céder  ces  terri- 
toires à  aucune  puissance  étrangère.  Dans  une  conférence  le 
i3  février,  le  prince  K'ing  déclara  de  la  façon  la  plus  caté- 
gorique à  M.  Gérard  que  la  France  jwuvait  être  tranquille, 
que  ni  1.^,  ni  ailleurs,  la  Chine  n'était  disj)oséc  à  consentir, 
sous  (piehpie  forme  que  ce  fut,  des  concessions  propres  à 
exciter  d'autres  convoitises.  Après  avoir  refusé  de  donner  une 
forme  écrite  à  celte  déclaration,  le  prince  K'ing  et  les  ministres 
du  Tsoung-li  Yamen,  cédant  aux  pressantes  demandes  de  la 
France  et  sur  une  note  cr)nuuinaloire  de  notre  ministre  le 
2  mars,  remit  le  if)  mars  à  M.  Gérard  la  réponse  écrite  dont 
voici  la  traduction  : 

liO  i3*'  jour  de  la  2^  lune  de  la  33*^  année  Kouang-Siu 
(!5  mars  1897). 

Le  i*""  jour  de  la  3*  lune  de  la  23''  année  Kouang-Siu 
(3  mars  1897),  '^<^"s  avons  reçu  la  dépêche  par  laquelle  vous 
nous  dites  que  la  France,  étant  données  les  relations  étroites 
d'amitié  et  de  bon  voisinage  qu'elle  entrelient  avec  la  Chine, 
attaclie  un  prix  particulier  h  ce  que  jamais  l'île  de  llaï-nan  ne 
soit  aliénée  ni  concédée  par  la  Chine  à  aucune  autre  Puissance 
étrangère,  à  litre  de  cession  définitive  ou  temporaire,  ou  à  titre 
de  station  navale  ou  de  dépôt  de  charbon. 

Notre  Vamen  considère  que  Kiouug-tcheou  (l'île  de  Ilaï-Nan) 
appartient  au  territoire  de  la  Chine  qui,  de  règle,  y   a  son  droit 


334      AVANTAGES  FR4NÇ\IS.  DÉPART  DE  M.  GÉRARD 

de  souveraineté.  Gomment  pourrait-elle  la  céder  aux  nations 
étrangères  ?  D'ailleurs,  le  fait  n'existe  nullement  à  présent, 
qu'elle  en  ait  fait  le  prêt  temporaire  aux  nalions  élrangores.  Il 
convient  que  Nous  réjiondions  ainsi  oiliciellement  à  Votre 
Excellence. 

(Suivent  les  signatures  du  Président  et  des  Membres  du  Tsouny- 
li'Yamen^.) 

Il  élait  indispensable  que  nous  restions  maîtres  de  toute  la 
partie  de  la  province  de  kouang-Toung  et  de  ses  dépendances, 
voisines  du  Tong-King  [)our  assurer  la  sécurité  de  notre 
colonie. 

D'autre  part  nous  obtenions  quelques  privilèges  ou  avan- 
tages de  moindre  inq)<)rtauce. 

ARSENAL    DE    FOL'TCHEOL,     II    OCTOBRE     l8()6''. 

L'arsenal  de  Fou-tcbeou^  créé  par  deuv  Français,  Giquel 
et  d'Aiguebelle,  était  tombé  en  déc^idence  depuis  le  départ 
du  personnel  européen  et  le  bombardement  par  Tamiral 
Courbet*;  à  la  suite  de  la  guerre  sino  japonaise,  le  gouver- 
nement chinois  se  décida  à  le  remettre  en  état.  Sur  la  de- 
mande de  M.  Gérard,  ministre  de  France,  le  commandant 
du  croiseur  Alyer  fut  détaché  par  le  contre-amiral  de  Be^iu- 
mont,  ccmimandant  de  la  division  navale  d'Extrême-Orient, 
et,  avec  M.  Dujardin-Beaumetz,  représentant  du  comité  des 
Forges  de  France,  et  notre  vice-consul  à  Fou  Iclieou,  il  étudia 
les  conditions  dans  lesquelles  [x>urrail  être  restauré  Tarsenal. 
A  la  suite  de  cette  enquête,  le  Vice-Roi  du  Min-Tché  adressa 
un  rapport  au  Trône  pour  demander  que  Tarsenal  fut  placé 
sous  la  direction,  non   plus  du  Vice-Roi  ou  d'un  délégué 


I.  A/VreyViM/ie,  Chine,  iHq'i-iSqS,  p.  33. 

a.  Lis're  jaunCy  Chine,  1894- 1898.  p.  3^*  26.  27. 

3.  Voir  I,  p.  2^9  seq. 

t\.  Voir  II,  p.  5o5  »cq. 


RECOXSTRICTIOX    DE    i/ÉC.LISE    DE    TIEN-TSIX  335 

subalterne,  mais  d'un  Haut  Commissaire  Impérial,  qui  ferait 
appel  au  concours  d'ingénieurs  et  de  professeurs  étrangers, 
les  fonds  étant  fournis  par  le  Ministère  impérial  des  finances 
et  par  les  provinces.  Le  Tsoung-li  Yanien  fit  savoir  à  M.  Gérard 
qu'il  approuvait  le  rapport  du  Vice-Roi  de  Fou-tcheou  ;  le 
29  juillet  1896,  M.  Gérard  et  le  contre-amiral  de  Beaumont 
étaient  reçus  officiellement  par  le  prince  Koung  qui  leur  fai- 
sait part  du  désir  du  gouvernement  chinois  de  faire  appel  au 
concours  d'officiers  et  d'ingénieurs  français  pour  la  recon- 
stitution de  l'arsenal.  Les  négociations  concernant  l'engage- 
ment du  personnel  français  devaient  être  suivies  a  Fou-tcheou 
môme  par  Yu-lou,  maréchal  tartare  du  Fou-kien,  commis 
saire  impérial,  le  capitaine  de  vaisseau  Boulet,  commandant 
VAIfjer,  et  M.  Claudel,  gérant  du  vice-consulat  de  France  à 
Fou-lcheou  ;  les  négociations  commencées  le  lo  septembre 
aboutirent  définitivement  le  7  octobre,  et  le  îi,un  contrat, 
rédigé  sur  lo  modèle  des  contrats  passés  entre  ïso,  Giquel 
et  d'Aiguebelle,  fut  signé.  Nous  avons  vu  que  le  directeur 
choisi  avait  été  M.  Doyére'. 


RECONSTHICTION    DE    L  KOMSE     DE     TIEX-TSIX ,      21     JULN      1897. 

Depuis  le  21  juin  1870  ",  Téglise  de  Tien-Tsin,  Notre- 
Dame  des  Victoires,  détruite,  n'avait  pas  été  relevée  ;  le  ter- 
rain, dit  Wang-Haï-Leou,  jadis  donné  par  le  gouvernement 
chinois  était  resté  un  enclos  dévasté  :  seule  la  façade,  restée 
intacte,  se  dressait,  témoin  muet  d'un  des  plus  grands  atten- 
tats de  la  Chine  contre  les  étrangers. 

M.  de  Geofroy  en  1873  et  M.  Bourée  en  1881  avaient 
entamé  des  négociations  restées  sans  résultat  pour  la  restau- 
ration   de    Tédifice.    Vers  le   milieu  de    septembre    1896, 


1.  Voir  1,  p.  357. 

2.  Voir  I,  p.  354. 


336      AVANTAGES  FRANÇAIS.  DÉPART  DE  M.  GÉRARD 

M.  Gérard  renlranl  à  Pé-King,  après  un  bref  séjour  à  Tien* 
Tsin,  d'accord  avec  le  vicaire  aposloliquede  Pé  King,  résolut 
de  tenter  une  nouvelle  démarche.  Le  i  \  octobre,  il  sondait 
les  dispositions  des  ministres  dans  une  visite  au  Tsoung  li 
Yamen,  et  le  17  octobre,  il  leur  adressait  une  dépêche  pour 
demander  que  la  mission  catholique  du  Tché  li  Nord  fut 
autorisée  à  réparer  Féglise  de  Tien  Tsin  à  ses  frais  ;  un 
pavillon  dont  le  modèle  avait  été  agréé  par  le  Yamen,  devait 
être  dressé  à  droite  du  monument  |K)ur  renfermer  une  stèle 
de  marbre  sur  laquelle  serait  gravée  copie  respectueuse  di] 
décret  rendu  le  3o  juin  1S70  par  IVmpereur  T'oung  Tché  : 
les  terrains  restés  libres  sur  remplacement  muré  du  Wang 
Ilai-Leou  pourraient  être  ultérieurement,  dans  une  |>ensée 
de  concorde  et  de  charité,  consacrés  à  rédificalion  d'un  hô- 
pital. Le  26  octobre,  les  ministres  du  Tsoung  li  Yamen  en- 
voyèrent une  dépêche  officielle  au  commissaire  impérial  des 
ports  du  Nord  pour  qu'il  prescrivît  a  ses  subordonnés  de  s'en- 
tendre à  ce  sujet  avec  le  consul  de  France. 

M.  le  cx)mte  du  Chaylard',  consul  général  de  France,  se 
mit  d'accord  en  conséquence  avec  le  tao  taï  sur  les  travaux 
à  entreprendre  et  sur  les  mesures  de  protection  et  de  |)olice 
destinées  à  garantir  la  sécurit<'^  absolue  de  cette  œu>re  de 
restauration.  Malgré  de  nouvelles  difficultés,  Téglise  restaurée 


I.  Du  Cliaylard»  Jean-.\farie-(iur-Ceorgex,  né  le  a'i  février  iS'i'i  ; 
conseiller  de  préfecture  de  la  Charente,  (»  janvier  187'!  ;  sous- préfet  de 
Ponll'Évôque,  a/i  mai  187(1;  ^*^  CliAleau-Cionlier,  ^H  juillet  1877  ;  de 
Saint- Vrieix,  7  juillel-7  septembre  1877  ;  de  Lisieux,  .So  décembre  1877; 
préfet  de  la  Charente,  -à"]  mai  1883  ;  de  Constantine,  i3  juin  1881- 
5  octobre  i88'i  ;  en  disponibilité,  H  décembre  i88'i  ;  préfet  des  Hautes- 
Alpes,  18  juillet  1 885  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  iMJuillet  i88ri; 
préfet  de  Loir-et-(^her,  11  novembre  188G-8  janvier  1887;  consul  de 
première  classe  à  Panama  (|K)ur  prendre  rang  du  i-'"*  sctptembre),  Mojuin 
1888  ;  gérant  du  consulat  de  Hio-de-Janeiro,  10  septembre  i8()i  ;  consul 
à  Rio-deJaneiro,  i3  février  189J  ;  àTien-Tsin,  37  jan\ier  189'!  ;  consul 
général,  i*'"*  décembre  i89:'4. 


DÉPART    DE    M.    GÉRARD  337 

de  Tien-Tsin  était  inaugurée  le  matin  du  21  juin  1897  sous 
la  présidence  de  M.  Gérard,  en  présence  des  consuls  de 
France,  d'Angleterre  et  de  Russie  ainsi  que  des  marins  des 
canonnières  française  et  anglaise.  Cette  église,  relevée  dix-sept 
années  après  sa  destruction,  devait,  trois  années  plus  tard, 
disparaître  une  fois  encore  dans  la  tourmente  qui  menaça 
l'existence  de  tous  les  étrangers  dans  le  Nord  de  la  Chine. 


DÉPART    DE    M.    GÉRARD 


M.  Gérard  quitta  Pé-King,  le  î5  juillet  1897,  pour  ren- 
trer en  France.  Aucun  de  nos  agents  de  Chine  n'a  eu  une 
gestion  de  légation  aussi  fructueuse  que  celle  de  M.  Gérard; 
on  peut  dire  que  notre  ministre  à  Pé-King  n'a  laissé  aucune 
question  sans  être  étudiée  et  résolue:  convention  Berthemy  *, 
délimitation  et  police  de  la  frontière  sino- tonkinoise,  ques- 
tion de  Taudience,  affaires  de  missions,  chemins  de  fer, 
télégraphes,  arsenal  de  Fou-ïcheou,  reconstruction  de  l'é- 
glise de  Tien-Tsin,  etc.  Quand  M.  Gérard  quitta  la  capitale 
chinoise,  le  hilan  de  nos  affaires  était  clairement  établi,  et 
son  successeur  pouvait  tabler  sur  une  situation  nette.  Si 
notre  représentant  profita  des  circonstances  singuHèrement 
favorables  que  créait  pour  nous  l'état  de  guerre  entre  le 
Japon  et  la  Chine,  s'il  sut  tirer  le  plus  grand  parti  de  l'al- 
liance franco-russe  et  de  ses  relations  personnelles  excellen- 
tes avec  le  ministre  du  tsar  à  Pé-King,  il  apporta  dans  ses 
demandes  un  à-propos  cl  une  ténacité  qui,  joints  à  la  luci- 
dité de  leur  exposition,  devaient  en  assurer  le  succès.  Si 
M.  Gérard,  en  quittant  son  poste  ne  laissait  pas  aux  Anglais 
un  souvenir  reconnaissant  de  son  séjour  en  Chine,  la  France 
lui  devait  une  grande  gratitude  pour  l'avoir  placée  dans  une 
situation  sans  précédent  qu'elle  n'a  malheureusement  pas  su 

I.  I,p.  75. 

GoRDiER.  III.  —  aa 


338  AVANTAGES    FllA^ÇAtS.    DÉPART    DE    M.    GÉRARD 

conserver.  La  promotion  de  M.  Gérard  au  grade  de  com- 
mandeur de  la  Légion  d'honneur  et  sa  nomination  au  poste 
de  ministre  de  la  République  à  Bruxelles  étaient  la  juste 
récompense  de  trois  années  d'un  labeur  incessant  et  heu- 
reux. 

M.  Dubail  *,  consul  général  à  Chang-haï,  prenait  charge 
des  affaires  à  Pé-King. 

I.  Dubail,  Pierre-Hené- Georges,  né  le  i3  octobre  i8^5  ;  licencié  en 
droit;  attaché  autorisé  à  Santiago  du  Chili,  i*^**  février  1874  ;  chancelier 
de  troisième  classe  &  Péking,  i4  septembre  1876  ;  >ice-consu1  à  Tché- 
fou,  i5  février  1878  ;  attaché  à  la  direction  politique  (contentieux),  27  mai 
1879  >  commis  principal  au  cabinet,  !'■*  février  1880  ;  rédacteur  pour  les 
affaires  politiques,  6  novembre  1880  ;  rédacteur  5  la  direction  politique, 
29  décembre  1881  ;  conseiller  d'ambassade  à  Home,  (>  mars  i884  ;  consul 
général  à  Québec,  8  décembre  i885  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur, 
16  juillet  1887;  ^  Amsterdam,  10  février  1890;  à  Christiania  (non 
installé),  27  août  1892  ;  à  Chang  Haï,  8  janvier  1898;  charge  d'affain^s 
à  Tokyo,  i*''  juin -23  juillet  189^  ;  officier  de  la  Légion  d'honneur, 
i3  juillet  1896;  chargé  d'affaires  à  Péking,  1 5  juillet  189723  avril 
1898  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Santiago  du 
Chili  (non  installé),  29  décembre  1897  ;  à  Montevideo,  26  avril  1898  ; 
chargé  d'affaires  à  Tokyo. 


CHAPITRE  XIX 

VOYAGE  DE  LI  H0UN6-TCHAN6.  —  CONVENTION  CASSINI 

(1896) 

Après  la  conclusion  du  traité  de  Shimonoseki,  Li  Houng- 
tchang  continua  à  se  donner  comme  l'homme  des  réformes. 
Il  passa  de  même,  tout  en  entretenant  de  bonnes  relations 
avec  les  ministres  européens,  notamment  avec  le  comte  Cas- 
sini  et  M.  Gérard,  pour  Tliomme  d'État  le  plus  disposé  à 
s'entendre  avec  le  Japon.  Li  Iloung-tchang  avait  été  si  dis- 
crédité par  les  événements  de  la  dernière  guerre,  la  respon- 
sabilité de  la  paix  de  Shimonoseki  pesait  si  lourdement  sur 
ses  épaules,  et  son  influence  à  la  cour  de  Péking  avait  subi  de 
tels  assauts  que  son  rôle  était  diflicile,  et  son  attitude  hésitante. 
C'est  du  Japon,  de  ses  relations  avec  le  comte  Ito,  d'une 
entente  future  entre  les  deux  Gouvernements  qu'il  semblait 
attendre  un  retour  de  faveur  et  de  pouvoir.  Mais  le  vice-roi  en 
était  à  chercher  sa  voie,  et  c'est  aux  événements,  non  à  sa  vo- 
lonté ou  à  son  inteUigence  qu'il  demandait  de  la  lui  trouver. 

Il  allait  trouver  une  occasion  pour  reprendre  un  peu  de 
son  activité.  Le  couronnement  de  l'empereur  de  Russie,  Ni- 
colas II,  était  proche  :  la  Chine  comme  les  autres  puissances 
fut  invitée  à  se  faire  représenter  à  cette  cérémonie  ;  elle  fit 
choix  comme  ambassadeur  extraordinaire  de  Wang  Tchi- 
tch'oucn  qui  déjà  en  189.4  avait  été  désigné  pour  porter  en 
novembre  les  condoléances  de  la  cour  de  Pé-King  pour  la 
mort  de  l'empereur  Alexandre  III.  Wang,  ancien  juge  au 


3^0      VOYAGE    DE    LI    HOL  NG-TCHANG.    —    CONVENTION    CASSIM 

Tché-Kiang  et  au  Kcmang  Toung  (1888),  trésorier  du  Hou- 
Pé  (janvier  1891),  était  un  bien  mince  personnage  pour 
représenter  la  Chine  dans  une  circonstance  aussi  solennelle, 
surtout  en  présence  de  l'importante  délégation  du  Japon  qui 
comprenait  le  glorieux  maréchal  ^amagatii  et  le  prince 
Fushimi.  Le  comte  Cassini  fit  ressortir  devant  le  gouverne- 
ment chinois  combien  son  choix  était  peu  heureux  auprès  de 
celui  de  ses  anciens  adversaires,  et  il  demanda  que  le  Cé- 
leste Empire  fut  représenté  par  un  prince  ou  tout  au  moins 
par  Li  Houng-tchang.  Ce  dernier  fut  désigné  pour  la  mission 
spéciale  ;  le  Grand  Secrétaire  hésita  beaucoup  à  accepter  Thon- 
neur  fatigant  qui  lui  était  confié  ;  il  céda  sur  les  instances  du 
comte  Cassini.  Le  départ  de  Li  fut  précédé  par  de  nombreu- 
ses conférences  avec  le  diplomate  russe  dont  le  résultat  fut  le 
traité  secret  signé  quelques  semaines  plus  larda  Saint-Péters- 
bourg et  révélé  sous  une  forme  inexacte  et  sous  la  désigna- 
tion de  Convention  Cassini  h  la  fin  de  1896. 

VOIAGE    DE    U    H()i:>G-TCnANG 

Le  voyage  de  Li  avait  donc  pour  but  de  faire  représenter 
la  Chine  par  le  Grand  Secrétaire  au  couronnement  de  Tem- 
pereur  de  Russie  ;  cette  mission  d'apparat  se  doublait  d'une 
mission  d'affaires  dont  l'objectif  était  la  conclusion  d'un  traité 
avec  le    tsar  ;   ajoutons-y    res|»érance  qui  ne  fut  pas  réalisée 
de  faire  accepter  par  l'Angleterre  et  ensuite   par  les  autres 
puissances  une  augmentation   des  droits  ad  valorem  d'im- 
portation de  5  à  8  pour  100,  dans  les  ports  h  traité,  en  Chine, 
et  nous  saurons  exactement  ce  que  les  [)érégrinations  de  Li 
qu'on  a  voulu  accompagner  de  projets  ténébreux  ne  cachaient 
pas.  Rien  de  mystérieux,  sauf  le  traité  russe,  dans  ce  voyage 
chez  les  Rarbares  d'Occident  qui    rendirent  des  honneurs 
royaux  et,  disons-le,  exagérés,  à  ce  vieillard  dépouillé  de  tout 
pouvoir,  ayant  avec  peine  échappé  a  la  disgrâce  qui  le  guet- 


VOYVGE    DE    LI     llOl  NG-TCIIANG  3^1 

tait  à  son  retour,  encore  Grand  Secrétaire,  mais  sans  vice- 
royanté,  ne  pouvant  faire  aucune  commande  aux  fournis- 
seurs empresses  autour  de  lui,  cherchant  à  happer  au 
passage  un  ordre  qui  ne  tombait  pas  de  la  bouche  dédai- 
gneuse de  Li.  Jamais  l'Européen  ne  montra  devant  le  Chi- 
nois une  telle  absence  de  dignité  et  une  telle  bassesse  dans 
son  âpreté  au  gain  ;  il  en  fut  pour  ses  frais  et  sa  honte. 

Li  Houng-tchang  quitta  Tien-Tsin  en  triomphateur;  un 
banquet  lui  fut  offert  le  9  mars  1896.  Quatre  commissaires 
des  douanes  de  différentes  nationalités  furent  désignés  pour 
accompagner  l'ancien  vice-roi  dans  les  divers  pays  qu'il  de- 
vait visiter:  M.  G.  Delring,  en  Allemagne;  M.  A.  Mouille- 
seaux  de  Bernières,  en  Belgique  et  en  France;  M.  James 
II.  Harl,  frère  de  Tinspecteur  général  en  Angleterre  et  M. 
E.  B.  Drew,  aux  ÉUls-Unis.  Arrivé  à  Chang-Haï  le  i4  mars 
avec  sa  nombreuse  suite,  Li  s'embarqua,  avec  son  somptueux 
cercueil,  le  28,  sur  le  paquebot  des  messageries  maritimes, 
Y  Ernest  Si  mon  s. 

Li  Iloung-tchang  quitta  Port-Saïd  le  23  avril  1896  a  bord 
du  vapeur /?05À7Vi,  de  la  flotte  volontaire.  L'empereur  de  Rus- 
sie avait  envoyé  au-devant  de  lui  le  prince  Oukhtomsky  et 
M.  Radounovsky,  du  ministère  des  affaires  étrangères.  Après 
une  magnifique  traversée,  le  vice-roi  arriva  h  Odessa  le  28 
avril,  à  8  heures  du  matin,  et  fut  reçu  avec  de  grands  hon- 
neurs par  les  autorités  russes.  Le  lendemain  matin,  il  par- 
lait pour  Saint-Pétersbourg.  Au  commencement  de  mai,  Li 
fut  reçu  avec  pompe  par  rem[)ereur  et  l'impératrice  de  Rus- 
sie à  Tsarskoie-Selo  et  décoré  de  l'ordre  de  Saint- Alexandre 
Nevsky.  Malgré  les  démentis  de  la  presse  européenne  en  géné- 
ral et  anglaise  en  particulier,  Li,  stylé  à  Pé-King  par  le 
comte  Cassini,  signa  à  Saint-Pétersbourg  avec  le  prince  Lo- 
banov  '  un  traité  qui  ne  fut  pas  publié. 

I .  Le  prince  Lobanov  00  devait  guère  survivre  à  ce  succès  diploma- 


342       VOY\GE    DE    LI    HOI  NC-TCIIANC,.    CONVENTION    C^SSINI 

En  même  temps  que  Li,  arrivait  en  Russie  par  les 
États-Unis  et  le  Havre  le  maréchal  Yaina^ala  charfré,  outre 
la  représentation  de  son  f<ouvernement  au  couronnement  de 
rEm|>ercur  de  Russie,  de  pro|M)ser  à  ce  dernier  pays  un 
modus  Vivendi  relatif  K  la  Corée  troublée  par  les  agissements 
du  ministre  japonais,  le  vicomte  Miura  Goro,  et  l'assassinat 
de  .la  reine  de  Corée,  le  8  octobre  1895.  Après  avoir  assisté 
au  couronnement  à  Moscou  et  à  l'ouverture  de  TexjKïsilion 
de  Nij  ni -Novgorod,  Li  partit  pour  Berlin.  En  Allemagne,  il 
dut  visiter  Francfort-sur-rOder,  Slettin,  Kiel,  llamlxMirg, 
Essen  ;  on  ne  lui  fit  grâce  ni  d'un  cuirassé,  ni  d'un  canon  ; 
à  Cologne,  il  fut  reçu  par  le  bourgmestre  et  les  principaux 
négociants  et  manufacturiers  de  la  ville.  La  Hollande  le 
bombarda  grand-croix  du  Lion  néerlandais  :  un  grand  ban- 
quet lui  fut  offert  au  Kurhaus  de  Scbeveningue  (5  juillet)  et 
la  Reine- Régente  l'invita  à  dîner  le  lendemain  au  palais  de 
Soestdijk.  De  Hollande,  Li  passa  en  Belgique  et  arriva  à 
Paris  le  i4  juillet.  La  réception  du  Grand  Secrétaire  fut 
cordiale  en  France,  mais  il  mit  la  patience  de  ceux  qui  eu- 
rent affaire  à  lui  à  une  bien  grande  épreuve  ;  on  le  lui  fit 
sentir,  et  on  n'eut  pas  tort.  L'Angleterre  reçut  ensuite  sa 
visite.  Reçu  en  audience  par  la  reine  Victoria,  décoré  de  la 
Grand-Croix  de  l'Ordre  de  Victoria,  Li  banqueta  au  Palais 
de  Cristal,  à  l'Hôtel  Métropole;  il  visita  la  Banque  d'Angle- 
terre et  fut  reçu  par  la  Chambre  de  Conuuerce,  à  Fishmon- 
gers'Hall.  Le  22  août,  Li  s'embarquait  à  Southampton  pour 
les  Etats-Unis  :  la  visite  de  Mew-York,  de  Toronto,  et  enlin 
le  départ  final  de  Vancouver  furent  les  dernières  étaj)es 
de  ce  long  pèlerinage  au  coiirs  duquel  la  Russie,  seule, 
glana  quelque  chose. 

tique  ;  il  mourut  le  i^^  septembre  suivant.  Le  prince  Alexis  Borisovitch 
Lobanov-Roslovskj  était  né  le  6  décembre  i8a4  ;  la  conOance  de  Tempe- 
reur  Nicolas  II  l'appela  le  i*:**  mars  1896  à  la  succession  de  M.  Nicolas  de 
Giers  comme  ministre  des  affaires  étrangères. 


CONVE>TION    SPKCIAI.K    FNTRK    L\    CHINE    ET    L\    RISSIE         3^3 

Li  Hoiin^  Tchang  arriva  à  Ticn-Tsinle  matin  du  3  octo- 
bre ;  son  traité  avec  la  Russie  l'avait  précédé  ;  le  comte 
Cassini  avait  pu  terminer  ses  négociations  et  faire  ratifier 
le  traité  Lobanov,  et  le  3o  septembre,  sans  attendre  Li,  il 
quittait  Pé-King,  pour  rentrer  par  la  Sibérie,  laissant 
M.  Pavlov  en  charge  de  la  légation  de  Russie. 

L'étonnement  fut  grand  en  Chine  et  ailleurs,  lorsqu'au 
mois  d'octobre,  le  Nnrth  China-Herald,  de  Chang-tlaï, 
publia  le  document  suivant  qu'il  avait  eu,  disait-il,  beau- 
coup de  peine  à  se  procurer  : 


CONVENTION   SPECIALE   E^TRE   LA   CHINE    ET   LA    RUSSIE, 

DITE  CASSINI* 

Sa  Majesté  hnpérialc  l'Empereur  de  Chine  ayant  reçu  les  bé- 
néfices variés  résultant  de  Tappui  loyal  de  Sa  Majesté  Impériale 
TEmpereur  de  Russie  lors  de  la  fin  de  la  dernière  guerre  entre 
la  Chine  et  le  Japon,  et  étant  désireuse  que  les  communications 
entre  les  territoires  des  frontières  de  leurs  empires  respectifs  et  le 
commerce  international  des  deux  pays  soient  arrangées  à  leur 
avantage  mutuel,  a  ordonné  le  règlement  mutuel  de  certaines 
matières  alîn  de  consolider  pour  le  mieux  les  bases  de  l'amitié 
entre  les  deux  Empires.  En  conséquence,  S.  M.  I.  l'Empereur 
de  Chine  a  s|)écialement  désigné  les  Hauts  Commissaires  Impé- 
riaux les  Princes  et  Grands  Officiers  de  la  Couronne  composant 
le  Ministère  iin|X'rial  chinois  de  la  guerre,  avec  des  pouvoirs 
plénipotentiaires,  pour  conférer  et  s'entendre  sur  certaines  ma- 
tières, à  Pé-Ring,  avec  Son  Excellence  le  Comte  Cassini,  Envoyé 
Extraordinaire  et  Ministre  plénipotentiaire  de  S.  M.  I.  l'Empe- 
reur de  Russie  à  la  Cour  de  Chine,  concernant  le  raccord  du 
système  de  chemin  de  fer  des  Trois  Province^s  Orientales  [Feng- 
tien,  Kirin  et  lle-loung-Kiang]  avec  celui  du  chemin  de  fer 
Impérial  Russe  dans  la  province  de  Sibérie,  en  vue  de  faciliter 

1.  Traduit  de  l'anglais  du  yorth-China  Herald,  3o  octobre  1896, 
pp.  739-7^1  ;  avait  paru  dans  le  X.-C.  Daily  Ne^vs^àu  aSoctobre  1896. 
Le  numérotage  des  articles  a  été  ajouté  par  le  journal  pour  la  commodité 
de  SCS  lecteurs  ;  voir  N.-C.  Herald,  p.  789. 


34^1       VOYAGE    DE    LI    HOl  NG-TCIIVNG.     CONVENTION    C\SSINI 

le  transport  de  marchandises  entre  les  deux  empires  ci  de  forti- 
fier les  défenses  de  la  frontière  et  des  côtes  maritimes.  El,  en 
outre,  de  s'entendre  sur  certains  privilèges  spéciaux  concédés  par 
la  Chine  à  la  Russie  en  réponse  à  l'aide  loyale  donnée  par  la 
Russie  par  la  rétrocession  de  Liao-toung  et  de  ses  dépendances. 
I.  —  Par  suite  du  fait  que  le  Grand  Chemin  de  fer  de  la 
Sibérie  Russe  est  sur  le  point  d'être  terminé,  la  (Hhine  consent  à 
autoriser  la  Russie  h  prolonger  son  chemin  de  fer  sur  les  terri- 
toires chinois  (a)  du  port  russe  de  Vladivostock  dans  la  ville 
chinoise  de  lloun-tchouen  dans  la  province  de  Kirin,  de  là  au 
Nord-Ouest  à  la  capitale  provinciale  de  Kirin  et  (6)  de  la  station 
de  chemin  de  fer  d'une  ville  cpielconque  de  Sibérie  à  la  ville 
chinoise  de  Vïgoun  dans  la  proxince  de  lle-loung-Riang,  de  là 
au  Sud-Ouest  à  la  capitale  provinciale  de  Tsitsihar,  et  de  là  à  la 
ville  de  Peluné,  dans  la  province  de  Kirin,  et  de  là  au  Sud-Est 
à  la  capitale  provinciale  de  Kirin. 

3.  —  Tous  les  chemins  de  fer  construits  par  la  Russie  dans 
les  provinces  chinoises  de  Ile-loung-Kiang  et  de  Kirin,  devront 
être  construits  aux  seuls  frais  de  la  Russie  et  leurs  règlements  et 
construction  seront  exclusivement  d'après  le  système  russe,  avec 
lecpiel  la  (]hine  n'a  rien  à  voir,  et  le  contrôle  entier  sera  entre 
les  mains  de  la  Russie  pour  la  durée  de  trente  années.  A  la  lin 
de  ladite  période,  la  Chine  sera  autorisée  à  préparer  les  fonds 
nécessaires  avec  lesquels,  après  l'estimation  convenable  de  la  va- 
leur desdits  chemins  de  fer,  elle  les  rachètera,  eux,  le  matériel 
roulant,  les  ateliers  de  machines  et  les  bAtiments  qui  s'y  rappor- 
tent. Mais  comment  la  Chine,  à  cette  date,  rachètera  ces  chemins 
de  fer  sera  laissé  à  considérer  dans  l'avenir. 

'^.  —  La  Chine  est  maintenant  en  possession  d'un  chemin  de 
fer  qu'elle  a  l'intention  de  pousser  de  (^han-Hai-Kouan  dans  la 
capitale  de  la  province  de  Feng-tien,  savoir  Moukden  [Cheng- 
Kingl  et  de  Moukden  à  la  capitale  de  la  province  de  Kirin.  Si  la 
Chine  trouvait  ensuite  des  inconvénients  à  construire  cette  route, 
elle  autorisera  la  Russie  de  fournir  les  fonds  pour  construire  la 
ligne  de  la  ville  de  Kirin  au  compte  de  la  Chine,  qui  pourra 
racheter  cette  ligne  au  bout  de  dix  ans.  Quant  à  la  route  qui 
sera  prise  par  ce  chemin  de  fer,  la  Russie  suivra  les  plans  déjà 
faits  par  la  Chine  s'y  rapportant,  de  Kirin  à  Moukden,  Nieou- 
tchouang.  etc. 

4.  —  La  ligne  qui  doit  être  construite  par  la  Chine  commen- 
çant de  Chan-Hai-Kouan,  dans  le  Féng-tien,  à  Nicou-tchouang, 


(:r)NVENTio>'  si»K(:i\i.K  kntuk   l\  <:iii>k  kt  la  RUSSIE      345 

kaipiiif;.  Kiii-lclioou,  Lon  chouri-Koou  (Pori  Arthur)  et  Ta  Hen- 
>\aii  et  leurs  (lr|)<Mi(laiiros,  suivra  les  rèj^leiiienls  des  clieiniiis  de 
fer  russ(»s  dans  le  but  de  faciliter  les  échanges  comiiierciaui  entre 
les  Kinpires  respectifs. 

5.  —  OuanI  aux  elieuiins  de  fer  devant  être  couslruits  par  la 
liussie  sur  territoire  chinois,  les  roules  par  lesquelles  lesdites 
lif^nes  passeront  devront  ètn»  protéjjfées,  comme  d'hahitude,  par 
les  autorités  locales  ci\iles  et  militaires  du  pays.  De  |)lus,  elles 
devront  accorder  toutes  facilités  et  aide  aux  autorités  civiles  et 
militaires  de  Russie  aux  divers(»s  stations  de  chemin  de  fer,  ainsi 
(|u'à  tous  les  artisans  russes  et  travailleurs  c|ui  en  dépendent. 
Mais  par  le  fait  (jue  ledit  chemin  de  fer  traversera  pour  la  plus 
frrande  partie  un  territoire  stérile  et  peu  habité  dans  lequel  il 
serait  dillicile  aux  autorités  chinoises  d'être  toujours  capables  de 
garantir  une  aide  et  |)rotection  nécessaires,  la  Russie  sera  auto- 
risée de  placer  des  bataillons  spéciaux  decaxalerie  et  d'infanterie 
à  diverses  stations  importantes  afin  de  mieux  protéjçcr  la  pro- 
priété du  chemin  de  fer. 

f).  —  Quant  aux  droits  de  douane  devant  être  perçus  sur  les 
marchandises  ex|)ortées  ou  importées  dans  leurs  pays  res[>cctifs 
par  lesdits  chemins  de  fer,  ils  devront  suivre  les  re«j[lcments  pré- 
vus par  le  Traité  de  (iOmmerce  entre  la  Chine  et  la  Russie,  ra- 
tifié dans  la  première  année  <lu  règne  de  T*oung-Tché,  4"  jour, 
2**  lune  \'ào  février  1863  v.  st.  |  '  réglant  le  transit  par  terre  des 
marchandises  entre  les  deux  empires. 

7.  —  11  a  toujours  existé  une  loi  prohibant  l'exploitation  des 
mines  dans  les  provinces  de  Kiriii  et  de  iie-loung-Kiang,  et  dans 
les  montagnes  de  Tch'ang  pei  [Chainc  de  la  Longue  Montagne 
blanche].  Après  la  ratification  de  ce  traité,  les  Russes  et  les 
sujets  de  l'empire  chinois,  seront  autorisés  ensuite  à  exploiter  et 
ouvrir  n'importe  lesquelles  des  mines  ici  mentionnées;  mais 
avant  de  le  faire,  ils  seront  priés  en  premier  lieu  de  faire  une 
demande  aux  autorités  locales  chinoises  à  ce  sujet,  qui.  d'autre 
part,  accorderont  les  autorisations  nécessaires(hou-tchao)  suivant 
les  règlements  miniers  en  vigueur  dans  la  Chine  propre. 

S.  —  Quoi  qu'il  existe  certains  bataillons  de  troupes  exercés 
à  la  façon  étrangère  (Lienkiun)  dans  les  Trois  Provinces  de  l'Est, 
ce[)endant  la  plus  grande  portion  du  corps  de  l'armée  territoriale 
locale  suit  encore  les  règlements  anciens  de  l'empire.  C'est  pour- 

I.  Voir  I,  p.  Il 5. 


346       VOY\(ÎF    DE    U    lIOVNG-Tr.IIWG.       —    CONVKNTION     CVSSIM 

quoi,  si  dans  Ta  venir,  la  Chine  dcmando  de  réformer  suivant  le 
système  occidental  l'entière  organisation  de  l'année  des  dites  pro- 
vinces,elle  sera  autorisée  à  engager  dans  ce  but  desolliciers  niill- 
laires  russes  capables,  cl  les  règles  pour  la  direction  de  cet  arrange- 
ment devront  être  d'accord  avec  C(»lles  obtenues  dans  les  pro\in- 
ces  de  Liang-Kiang'  h  l'égard  des  olîiciers  militaires  allemands 
cpii  y  sont  engagés  maintenant. 

f).  —  La  Kussie  n'a  jamais  possédé  en  Asie  un  |M)rl  de  mer  qui 
soit  libre  de  glaces  et  ouvert  tout  le  courant  de  l'année,  ('/est 
pourquoi,  s'il  surgissait  soudainement  des  opérations  militaires 
sur  le  continent,  il  serait  naturellement  dillicile  aux  (loties  russes 
des  Mers  Orientales  et  du  Paciiiquede  manœuvrer  librement  et  à 
volonté.  (Connue  la  Chine  se  rend  bien  compte  décela,  elle  con- 
sent à  louer  temporairement  h  la  Russie  le  |)ort  de  Kiao-lcluniu 
dans  la  province  de  Chan  tonng,  la  périmle  de  ce  bail  étant  limi- 
tée a  quinze  années.  A  la  lin  de  cette  période,  la  Chine  achètera 
toutes  les  casernes,  magasins  [godowns],  ateliers  de  macliinc»s  et 
docks  construits  là  par  la  Russie  [pendant  son  occupation  du  dit 
[)ort|.  Mais,  s'il  n'y  avait  pas  de  danger  d'o|x'Talions  militaires, 
la  Russie  n'entrerait  pas  inunédiatement  en  possession  du  dit 
port  ou  n'occuperait  pas  les  |X)ints  inq)ortants  dominant  le  port, 
de  fa<;on  à  éviter  toute  occ«ision  d'exciter  la  jalousie  et  les  sonj)- 
çons  des  autres  l*uiss<mces.  Quant  au  montant  de  la  Icx-alion  et  la 
manière  de  la  payer,  ceci  formera  le  sujet  d'un  examen  dans  un 
protocole  à  une  date  ultérieure. 

lo.  —  Comme  les  ports  du  Liao-toung  de  Lou  choun  Kéou 
[Port  Arthur]  et  de  Ta-lien  wan  et  leurs  dépendances  s<^nl  des 
points  stratégiques  ifn|K)rtants.  il  incond)era  à  la  Chine  de  le> 
fortifier  convenablement  en  toute  hâte,  et  de  réparer  loult»s  leurs 
fortifications,  etc.,  de  façon  à  se  garantir  contre  les  dangers 
futurs;  la  Russie  prêtera  |iour  cela  toute  l'assistance  nécessaire 
en  aidafit  à  [)rotéger  ces  deux  jK)rls  et  ne  permettra  à  aucune 
puissance  étrangère  de  faire  des  empiétements.  La  Chine,  pour 
sa  part,  s'engage  elle-même  de  ne  jamais  les  céder  à  nu  autre 
pays  ;  mais,  si  à  l'avenir,  les  exigences  de>  circonstances  le  récla- 
maient et  que  la  Russie  se  trouvât  elle-même  subitement  entraî- 
née dans  une  guerre,  la  Chine  consent  à  autoriser  tenq)oraire- 
ment  la  Russie  à    concentrer  ses    forces    territoriales  et  navales 


I     KiiiDg  \an  et  Ngan-houci. 


roNVKNTION     SI'KCIVI.K    FA  TllR    I,  \    CIIINF,    KT     1.  \     MI'SSIF.         3/j7 

dans   l'inlorionr  dvs  dils  ports  de  façon  à  nieltro  la    Russie  on 
('Mat  d*atta(|iior  l'rnnnni  ou  do  ^ardor  sa  propre  position. 

II.  —  Si,  ro|M*ndant.  il  n'y  a  pas  do  dangors  d*opérations 
mililairos  dans  los<piollos  la  Russie  soit  en^agoe,  la  Chine  aura 
Tonlior  conirôlo  sur  radniinislraliou  dos  dils  ports  de  Lou 
rlioun  Koou  et  Ta  lion  wan,  et  la  Russie  ne  sVn  niôlera  en 
aucune  façon.  Mais  on  co  cpii  concerne  la  construction  des  che- 
mins do  for  dans  h's  Trois  Provinces  do  TKst  et  l'exploitation  et 
rouxorluro  dos  ininos.  ils  s(»ront  autorises  à  procoder  iiniiH'<liate- 
nient  après  la  raliiication  de  celte  convention  et  à  la  volonté  dos 
personnes  (pie  cela  concerne.  (Juant  àcocpii  regarde  les  officiers 
civils  et  militaires  do  Russie  et  les  marchands  russc^s  el  les  com- 
merçants voyageant  [dans  n'importe  cpielle  [Kirtie  des  territoires 
monlionnos  ici],  partout  où  ils  iront,  on  leur  donnera  tous  les 
privilèges  do  proloclion  et  de  facilites  (pii  sc^nt  au  pouvoir  des 
autorités  loc«des  et  celles-ci  ne  seront  pas  autorisées  h  mettre  des 
omfHVhoments  sur  la  route  ou  retarder  les  voyages  des  officiers 
russcîs  et  des  sujets  mentionnés  ici. 

in.  —  Apres  que  cotte  Convention  aura  reçu  les  signatures 
res|)eclives  de  leurs  Majestés  Impériales  [les  Kmporeursde  Chine 
et  de  Russie]  les  articles  en  seront  immé<liateincnt  mis  en 
vigueur,  et  à  l'exception  des  clauses  regardant  Port  Arthur, 
Ta  lion  wan,  et  Kiao-tchéou,  seront  notifiés  aux  diverses  auto- 
rités locales  des  doux  Kmpires.  Quant  au  lieu  pour  l'échange 
des  ratifications,  il  sera  décidé  dans  un  temps  futur,  mais 
l'échange  doit  avoir  lieu  dans  l'espcice  de  six  mois. 

Il  a  été.  do  plus,  convenu  entre  les  Pléni|)otenliaircs  res- 
jKHitifs  dos  Hautes  Puissances  contractantes,  do  faire  celte 
Convention  en  trois  langues,  c'est-fi-dire  en  chinois,  en  russe,  et 
en  français  ;  une  copie  on  chaque  langue  devant  être  gardée  par 
les  Hautes  Parties  contractantes,  après  les  avoir  signées  et 
scellées.  Et  de  plus,  il  a  élé  démontré,  après  com|>araison,  que 
ces  documents  ainsi  donnes  dans  les  trois  langues,  ainsi  qu'il  a 
été  dit  plus  haut,  correspondent  entre  eux  à  tous  égards  ;  mais 
dans  le  cas  de  discussion  à  l'avenir,  le  texte  de  la  copie  fran- 
çaise sera  considéré  comme  la  version  correcte. 

Une  simple  ins|)ectiun  suffit  à  montrer  que  cette  pièce  ne 
saurait  être  considérée  comme  officielle;  elle  manque  d'ho- 
mogénéité et  comi)rcnd  des  parties  disparates  et  je  crois  qu'on 


348      VOYAGE    DE    M    IIOrN«-TClI\>G.     —    CONVFATION    CVSSIM 

y  peut  distinguer  deux  documents:  Tun  relatif  an  chemin 
de  fer  mandchourien,  l'anlre  à  Kiao-lcheoii  et  aux  antres 
points;  le  premier  serait,  sinon  dans  tons  ses  détails,  dn 
moins  dans  son  ensemble,  la  convention  signée  par  la  Bancpie 
russo-chinoise  le  27  aoùt-12  se|>tembre  i^qO  an  sujet  du 
chemin  de  fer  de  Mandcliourie  dont  il  a  été  parlé  dans  la 
convention  signée  récemment  par  la  (iliine  et  la  Russie;  le 
second,  le  traité  court,  en  (piehpies  articles,  signé  à  Saint- 
Pétersbourg  par  Li  lloung-tchang  et  le  prince  Lobanov.  De 
cette  confusion  est  probablement  né  le  document  hybride 
que  les  Anglais  désignc»nt  sous  le  nom  de  (Umvent'um  Cassini 
et  cpie  le  D*"  Dudgeon  se  serait  procuré  au  Tsoung  li  ^amen. 
En  réalité  il  n'y  a  pas  et  il  n'y  a  pas  eu  de  Convention  Cas- 
sini ;  il  y  a  une  convention  de  la  Bancpie  russo  clii noise 
relative  à  la  garde  du  chemin  de  fer  de  Man<lchourie  et  le 
traité  signé  à  Saint  Péters bourg  dont  nous  parlons  plus  haut. 

D'un  autre  côté,  on  faisait  des  démarches  j>our  (»btenir 
rétablissement  à  Vladivostock  d\m  agent  chinois  |)arlant 
la  langue  russe  et  dont  la  principale  attribution  aurait  sans 
doute  été  de  veiller  aux  travaux  de  raccordement  des  lignes 
ferrées  et  à  la  discipline  des  ouvriers  chinois  occupés  à  la 
construction.  A  Vladivostock,  de  môme  que  dans  les  autres 
ports  militaires,  le  gouvernement  russe  n'admettait  pas  de 
consuls  proprement  dits;  il  n'y  avait  jusqu'alors  à  Vladi- 
vostock que  deux  agents  étrangers,  l'un  allemand,  l'autre 
japonais,  qui  avaient  di'i  se  contenter  du  simple  titre  d'agents 
commerciaux  et  n'ayant  pas  les  pouvoirs  consulaires  pro- 
prement dits. 

Lorsque  le  comte  Cassini  quitta  la  Chine,  il  avait  bien 
mérité  de  son  pays;  son  but  était  atteint:  rendre  en  Chine 
à  la  Russie  la  place  prépondérante  (pi'ellc  avait  perdue  sous 
ses  prédécesseurs;  malheureusement  ses  successeurs  immé- 
diats, M.  Speier  et  encore  moins  M.  Michel  de  Giers,  ne 
surent  pas  la  conserver. 


CHAPITRE  XX 

LA  CURÉE  :  KIAO-TCHEOU.  -  PORT  ARTHUR  ET  TA-LIEN 
WAN.  —  WEI-HAI  WEI.  -  NON-ALIÉNATION  DU  TANG- 
TSEU,  ETC.  -  KOUANG-TCHEOU-WAN.  -  KAO-LOUNG. 

La  faiblesse  qu'avait  montrée  la  Chine  dans  la  guerre 
contre  le  Japon  avait  permis  aux  convoitises  des  nations 
occidentales  de  s'allumer;  il  était  certain  que  la  Chine 
abandonnée  à  elle-m<)me  était  impuissante  h  repousser  les 
demandes  même  extravagantes,  même  injustifiées,  qui  pou- 
vaient lui  (3lre  faites.  Il  aurait  fallu  que  cette  sorte  de  triplicc 
qui  s'élait  formée  pour  arn^ter  la  marche  victorieuse  des 
Japonais  continuât  son  rôle  de  protectrice  de  Chine;  celle-ci 
assurée  contre  les  dangers  extérieurs  aurait  peut-être  essayé,  je 
dis  seulement  essayé,  de  tenter  quelques  réformes  :  les  pre- 
miers coups  (jui  la  frappèrent  lui  furent  portés  par  ces  mêmes 
puissances  qui  lui  avaient  promis  leur  appui  ;  la  poHtique  si 
heureusement  inaugurée  par  la  France  et  la  Russie  en  1895 
allait  être  abandonnée  au  profit  de  TAngleterre  et  du  Japon, 
qui  n'ayant  pas  conqiris  la  situation  nouvelle,  laissèrent  à 
leur  tour  la  Chine  déroutée,  alTolée,  menacée  d'un  démem- 
brement, aller  à  la  dérive  jusqu'à  la  grande  catastrophe  de 
1900. 

PEHTE    DE    l'iLTIS,    23   JUILLET    1896. 

Depuis  longtemps  les  Allemands  cherchaient  une  occa- 
sion pour  se  faire  céder  ou  pour  occuper  un  point  de  la  côte 


35o  LA    CURÉE 

de  Chine.  Pendant  longtemps,  le  littoral  du  Fou-kien  fut 
visé  par  elle,  mais  elle  dut  jeter  ses  regards  autre  part,  k  la 
suite  de  la  guerre  sino-japonaisc.  Un  point  du  Chan-Toung 
lui  paraissait  favorable  à  ses  desseins  :  la  baie  de  Kiao-Tcheou 
désignée  tout  particulièrement  à  l'attention  du  gouvernement 
allemand  par  le  baron  de  Richthofen.  Avant  même  que  lé 
traité  secret  russo-chinois  de  1896  et  que  les  droits  accordés 
par  la  Chine  à  la  Russie  sur  Kiao-tcheou  fussent  connus, 
il  est  probable  que  T Allemagne  avait  songé  à  l'occupation 
de  cette  baie  et  qu'une  catastrophe  imprévue  l'empêcha 
seule  de  mettre  son  projet  à  exécution. 

La  canonnière  allemande  Iltis^  jaugeant  /189  tonneaux, 
commandant  le  capitaine-lieutenant  Braun,  quittait  Tchéfou 
le  23  juillet  1896,  à  4  heures  du  matin,  avec  des  ordres 
cachetés,  en  ap[)arence  à  destination  de  Nagasaki,  proba- 
blement en  route  |K)ur  Kiao-tcheou  ;  Vlltis  passa  au  large 
de  VVci-haï  Wei  et  à  5  heures  de  l'après  midi  tourna  la 
pointe  Nord  du  cap  Chan-Toung  ;  un  peu  plus  tard  il  ren- 
contrait le  terrible  typhon  qui  depuis  la  veille  dévastait  la 
côte  de  Chine  de  Macao  et  Hongkong  jusqu'au  Nord  ; 
à  10  heures  et  demie,  Ylltis  s'échouait  sur  Fiat  Uocky 
Point,  à  9  milles  au  Noixl  du  promontoire  S.-E.  du  Chan- 
Toung,  point  le  plus  méridional  de  la  baie  Shangkao  ;  la  canon- 
nière cxjmmence  à  couler,  se  brise  en  deux  ;  les  mâts  rom- 
pus écrasent  la  passerelle  des  officiers;  Téquipage  est 
englouti  au  chant  de  : 

Der  Kaiser  und  die  Flagge  hoch  ! 
Die  Flagge  schwarz,  weiss,  roth  I 

Tous  les  ofljciers  et  leurs  hommes  au  nombre  de  77  péri- 
rent; douze  marins  furent  sauvés  et  soignés  par  les  habitants 
du  village  voisin  de Tchouen-tao  et  recueillis  parles  vaisseaux 

1.  Coustruile  cii  1878  à  Danlzig. 


MEURTRE    DES    PERES    MES    ET    HEINLE  35  [ 

de  guerre  allemands  Arcona  et  Cormoran  accourus  à  la  nou- 
velle du  désastre. 


MEURTRE    DES    PÈRES  NIES    ET    HENLE,     l""   NOVEMBRE    1897. 

L'occasion  |)erdue  fut  bientôt  retrouvée   par  TAlIemagne. 

Depuis  le  mois  d'août  189/4,  le  gouverneur  du  Chan- 
Toung  était  Li  Ping-heng,  originaire  de  Féng-t'ien,  ancien 
trésorier  du  Kouang-Si  (juillet  i885)  puis  gouverneur  du 
Ngan-houei  (mai  189/I),  qui  devait  jouer  un  rôle  important 
dans  la  révolte  des  Boxeurs  ;  déjc\  fort  hostile  aux  étrangers, 
il  encourageait  les  efforts  criminels  de  l'association  du  Grand 
Couteau  (Ta  Tao  flouei)^  Tune  des  nombreuses  sociétés 
secrètes  qui  pullulent  en  Chine  et  que  nous  retrouverons 
plus  tard  sous  Tappellation  locale  de  /  Ho  K'hiên. 

Le  1"  novembre  1897,  à  11  heures  du  soir,  une  bande  de 
ces  brigands  attaqua  la  mission  allemande  du  petit  village  de 
Kia-tchf>uang,  district  de  Kiu-yé  (préfecture  de  Tchao-tcheou) 
où  se  trouvaient  les  Pères  Nies  \  llenle"'^  et  Stenz  arrivés  la 
veille  et  le  jour  même.  Surpris  dans  leur  premier  sonmieil, 
le  Père  ^iies  frappé  de  treize  coups  et  le  Père  Henle  de  six 
ne  tardèrent  pas  à  expirer;  le  Père  Stenz  qui  logeait  chez 
le  concierge  de  rétablissement  échappa  seul. 

Jadis,  la  légation  de  France  à  Pé-King  aurait  été  saisie  de 
cette  grave  aflaire,  mais  depuis  1890  *  les  prêtres  de  la  Con- 
grégation de  Steyl  à  laquelle  appartenaient  les  missionnaires 
assassinés  étaient  placés  sous  la  protection  de  TAUemagne  et 


I.  ISios,  FranroisXa\'ier,  né  le  1 1  juin  iSSy,  à  Hecklinghausen, 
dicK-èse  d<*  Paderborn  (Wcslphalie)  ;  entré  à  Sle}l,  le  7  mai  1877  ;  or- 
donne le  7  juin  i88'i  ;  parti  |M)ur  la  Chine,  le  i*""  janvier  i885. 

3.  Henle,  Richard,  né  le  11  juillet  i863.  à  Stetten,  près  Kaiscrloch 
de  Sigmaringen  ;  entré  à  Ste)l,  le  8  octobre  1880;  ordonné  le  i5  juin 
1889;  parti  pour  la  Chine,  1 5  juillet  1889. 

3.   Voir  p.  85. 


35a  LA    CURÉE 

ce  protectorat  qu'avait  revendiqué  Guillaiinic  FI  dans  un  but 
politique  allait  servir  ainsi  que  Tavait  prévu  Teuipereur 
allemand  à  réaliser  ses  desseins  en  Chine.  A  la  nouvelle  du 
massacre,  Guillaume  11  se  livra  h  une  de  ces  démonstrations, 
trop  théâtrales  sans  doute,  qui  accompagnent  le  moindre  do 
ses  actes.  Son  frère,  le  prince  Henri  de  Prusse,  fut  désigné 
pour  se  rendre  dans  rExtréme-Orient  et  dans  le  banquet 
d'adieu  qui  lui  fut  offert  à  Kiel,  le  i5  décembre  1897,  l'Em- 
pereur prononça  un  discours  plus  pompeux  qu'agressif  dans 
lequel  il  déclarait  que  si  quelqu'un  cherchait  à  les  empê- 
cher de  revendiquer  leurs  droits  ou  à  leur  faire  du  tort, 
qu'on  le  frappe  avec  le  poing  ganté  de  fer  (fahre  darein  mit 
gepanzerlcr  faasl)  !  C'était  faire  beaucoup  de  tapage  pour 
enfoncer  une  porte  ouverte.  Le  prince  Henri  quitta  kiel  le 
16  décembre  sur  le  cuirassé  Deutscliland  escorté  du 
Gefion . 

OCCUPATIO?i    DE    KIAO-TCIIEOU,     1^    >OVEMHIiE     1897. 

Le  mardi  9  novembre  1897,  les  vaisseaux  Kaisrr,  Prin- 
zess  Wilhelm  et  Cormoran  recevaient  à  Chang  Haï  Tordre 
d'appareiller  le  jour  suivant  ;  le  dimanche  matin  du 
i4  novembre,  à  8  heures,  le  contre-amiral  allemand  von 
Diederichs  mettait  à  terre  les  compagnies  de  débarquement 
qui,  musique  en  tète,  escortées  delà  populace  chinoise*  mise 
en  joie  par  un  spectacle  nouveau  pour  elle,  s'avancèrent 
pour  occuper  les  hauteurs  qui  dominent  la  baie  de  kiao 
tcheou  ;  la  garnison  chinoise  occupée  à  faire  Texercice  et 
croyant  que  les  Allemands  désiraient  en  faire  autant,  leur 
abandonna  courtoisement  le  chanq)  de  manœuvre  et  se 
retira  paisiblement.  Touchante  illusion  !  Le  commandant 
chinois  fut  conduit  devant  les  Allemands  et  on  lui  donna  Tal- 
lernative  ou  de  combattre  ou  de  se  retirer  avec  ses  hommes 
dans  les  quarante-huit  heures  ;  le  pauvre  diable  télégraphia 


OCCUPATION    DE    klAO-TCHEOU  353 

au  Tsoung-li  Yamen  qui,  surpris  de  celle  agression  imprévue, 
lui  donna  Tordre  de  ne  |)as  résisler  el  d'évacuer  les  casernes. 
A  2  heures  de  Taprès-inidi,  le  pavillon  allemand  était  hissé 
sur  le  fort  de  l'Est  et  salué  de  21  coups  de  canon. 

Aussitôt  après  Toccupalion,  Tamiral  von  Diederichs* 
afficha  une  proclamation  (i/|  novemhre)  dans  laquelle  il 
déclarait  «  que  les  relations  entre  l'Allemagne  et  la  Chine 
étaient  amicales.  Dernièrement  quand  les  hostilités  ont  éclaté 
entre  la  Chine  et  le  Japon,  l'Allemagne  est  venue  à  son 
secours  avec  toute  sa  puissance,  afin  de  montrer  son  hon 
vouloir  à  la  Chine.  Le  présent  débarquement  des  troupes 
ne  signifie  pas  qu'elle  est  ennemie  de  la  Chine,  et  les  habi- 
tants du  pays  n'ont  pas  besoin  de  se  méfier...  Il  est  désirable 
que  dans  le  territoire  occupé  par  l'Allemagne  tous  les  fonc- 
tionnaires chinois  continuent  à  remplir  consciencieusement 
leurs  devoirs...  » 

Li  Houng-lchang  déclarait  à  un  correspondant  du  New- 
York  Herald  à  Pé-King  : 

L'occupation  de  Kiao-Tchéou  par  l'Allemagne  constitue  une 
violation  flagrante  des  traités  et  du  droit  des  gens.  Le  prétexte 
invoqué  pour  justifier  cet  acte  d'hostilité  est  le  meurtre  de  deux 
missionnaires,  par  des  brigands,  dans  l'inlérieur  du  Chan-Toung, 
mais  le  gouvernonicnt  chinois  seinpressa  d*ofl*rir  des  compensa- 
tions conipIMes  :  la  deslitnlion  des  fonctioiniaires  locanx  et  le 
payement  d'indemnités  considérables  en  argent.  Dans  notre  désir 
d'éxiter  tont  sujet  de  conilits  plus  graxes,  nous  retirâmes  nos 
troupes  de  Kiao-Tchéou,  lors<pie  les  Allemands  y  débarquèrent 
et,  en  dépit  du  mouvement  de  l'opinion  publique  qui  nous 
pousse  à  défendre  notre  territoire  contre  l'agression  étrangère, 
nous  n'avons  pas  envoyé  de  renforts  à  Kiao-Tchéou. 


I.  Dietlericlis,  Otto  voUy  116  le  7  septembre  i843,  à  Minden  ;  gymnase 
de  Potsdam  ;  18G7,  lieutenant;  18O9,  premier  lieutenant  ;  1878,  capi- 
taine-lieutenant ;  1880,  capitaine  de  corvette  ;  188O,  capitaine  de  vaisseau  ; 
1893,  contre*amiral  ;  28  novembre  1897,  une  semaine  après  Tsing-tao, 
vice -amiral. 

CORDIBR.  III.    —   a3 


354  LA  cuaÉE 

Le  22  novembre  1897,  le  baron  von  Heyking'  déclarait 
oflîciellement  au  gouvernement  chinois  que  Kiao-tcheou  ne 
serait  évacué  que  lorsque  les  demandes  suivantes  auraient 
été  accordées  : 

i)  LYrcction  d'une  tabletle  impériale  à  la  mémoire  des  mis- 
sionnaires assassinés  ; 

3)  Indemnité  aux  familles  des  missionnaires  assassinés  ; 

3)  Dégradation  h  perpétuité  du  Gouverneur  du  Clian-Toung  : 

/i)  Le  Gouvernement  Chinois  devra  paver  les  Irais  d'occupa- 
tion de  Kiao-tcheou,  par  TAllemagne  ; 

5)  On  choisira  de  préférence  des  ingc'nieurs  allemands  jx)ur 
la  construction  de  tout  chemin  de  fer  que  la  Chine  j>eul  établir 
dans  la  Province  de  Chan-Toung  et  pour  IVxploilation  des  mines 
qui  pourraient  exister  sur  le  parcours  de  chemins  de  fer. 

Le  Yamen  refusa  d'entamer  des  négociations  avant  Téva- 
cuation  de   Kiaotcbeou;   le   25    novembre,    le  baron    von 
Heyking  répliquait  que  le  manque  de    parole    des  Chinois 
ayant  été  démontré  parTexpérience,  il  était  im|)Ossible  h  IWIIe- 
magnede  retirer  ses  troupes  de  Kiao-tcheou  avant  que  satis- 
faction ne  lui  ait  été  donnée  ;  l'Angleterre  cimseillait  h  la  Chine 
de  céder  sur  les  quatre  premiers    points,    mais  de   réserver 
le  cinquième,  inadmissible  suivant  elle  jmr  suite  de  la  clause 
de  la  nation  la  plus  favorisée  ;    la    France   se    tenait  sur  la 
réserve;  la  Russie  prévenue  par  télégramme  de  l'Empereur 
Guillaume  de  ses  projets  ne  protestait  pas,  malgré  les  droits 
que  le   traité  secret  de    1896  lui  donnait  sur  Kiao  tcheou, 
mais  se  préparait  h  prendre  une  sérieuse  compensation  ;  d'ail- 
leurs, Tamiral   Tyrtov  qui  avait    visité   Kiao-tcheou,  s'était 
montré  peu  favorable  à  son  occupation. 

Les  Chinois  ne  tardèrent  d'ailleurs  pas  à  quitter  leur  atti- 
tude intransigeante  ;  ils  comprirent  que  le  refus  d'entamer 
des  négociations  ne   pouvait  que  prolonger  l'occupation  de 

I.   Ministre    d'Allemagne   (|ui   avait   remplacé   le   baron    Schcnck  ;    il 
arriva  à  Chang-Haï,  le  vendredi  18  juillet  189O. 


OCCUPATION    DE    klAO-TCUEOL  355 

Riao-tclieou  par  rAlleniagne  cl  ils  se  décidèrent  à  désigner 
deux  membres  du  Tsoung-Ii  Yamen  pour  commencer  les 
pourparlers.  Dès  le  commencement  de  Janvier,  Kiao-lcheou 
était  cédé  à  bail  à  l'Allemagne,  et  au  milieu  du  mois  les 
principaux  points  en  litige  étaient  réglés.  Dans  la  séance  du 
Reichstag  du  2/4  janvier  i8()8,  le  ministre  allemand  des 
Affaires  étrangères,  iM.  von  Bulow,  pouvait  faire  les  déclara- 
tions suivantes  : 

«  Les  négociations  avec  le  (jouvernement  chinois  en  vue  d'ol>- 
tcnir  réparation  |)our  le  meurtre  de  missionnaires  allemands 
dans  le  Sud  du  Clian-Toung  ont  été  conclues,  et  ont  donné  les 
résultats  suivants  : 

a  I .  L'ancien  Gouverneur  de  la  Province  du  Chan-Toung  est 
révoqué  et  ne  pourra  à  Tavcnir  occuper  de  hautes  fonctions. 

a  a.  Le  Gouvernement  chinois  a  promis  de  payer  aux  mis- 
sionnaires catholiques  une  indenuiité  de  3 000  tacls. 

«  3.  Comme  réparation  j>our  la  mort  des  missionnaires,  le 
Gouvernement  (chinois  s'est  engagé  à  élever  trois  églises,  cha- 
cune avec  une  tablette  inijK'riale  —  Tune  à  Tsi-ning  (qui  est 
déjà  cx)mmencée  par  la  Mission),  une  autre  à  Tsao-lcheou,  et  une 
troisième  à  l'endroit  où  les  missionnaires  ont  été  massacrés  dans 
le  district  de  Kiu-yé.  Le  (iouvernemenl  Chinois  s'engage  à  payer 
66000  taels  pour  chacjue  église,  et  à  accorder  des  emplacements 
pour  les  deux  dernières.  Kn  outre,  un  don  de  a/|000  taêls  sera 
fait  pour  la  construction  de  sept  bâtiments  de  mission  dans  le 
district  de  Kiu-yé.  Tous  ces  paiements  seront  faits  par  l'intermé- 
diaire de  la  Légation  d'Allemagne,  alin  d'éviter  tout  froisse- 
ment entre  les  missionnaires  et  les  autorités  chinoises. 

a  4-  L/U  édil  impérial  s|)écial  sera  promulgué  pour  la  protec- 
tion des  missionnaires. 

«  Le  Gouvernement  Chinois  a  ainsi  consenti  à  toutes  les 
demandes  que  nous  avons  faites  h  ce  sujet.  » 

La  Gazette  de  Cologne  expliquait  ainsi  la  conduite  de 
TAUemagne  : 

Depuis  longtemps  nos  relations  avec  la  Chine  n'étaient  plus 
satisfaisantes.  Comme  la  Hussie  et  comme  la  France,  nous  avions 
accordé  notre  concours  à  cet  empire  lorsqu'il  avait  besoin  qu'un 


35ti  LA    CLRKR 

lornie  fût  mis  aux  prolcntioiis  du  Japon  viclorioux.  La  jo^ierre 
teriîiinre,  la  Chine  acquitta  sa  dette  de  reconnaissance  à  l^égard 
de  la  Russie  et  de  la  France,  mais  elle  parut  croire  qu'elle  [)ou- 
vail  payer  T Allemagne  en  phrases  agréables  et  en  promesses 
vides.  Celte  attitude  suscita  notre  mau\aise  humeur,  et  le 
meurtre  de  nos  missionnaires  vint  à  point  nous  faire  perdre 
patience. 

Une  escadre  allemande  occupa  donc  Kiao-Tch6ou,  en  dépit 
des  protestations  de  la  Chine,  j)Our  que  nous  eussions  en  mains 
une  garantie  territoriale  que  cet  Ktat  nous  donnerait  pleine 
satisfaction  |X)ur  le  passé  et  ])our  l'avenir.  Nous  demandons  des 
garanties  très  palpables  de  la  sécurité  future  de   nos  nationaux. 

Une  seconde  escadre,  commandée  jxu*  le  prince  Henri  de 
Prusse,  accompagnée  de  transports  qui  ont  i  ^oo  hoiiunes  à  leur 
bord,  est  partie  j)our  rKxtréme-Orient.  Le  discours  de  Guil- 
laume II  à  Kiel,  le  fait  qu'il  a  confié  le  commandement  de  cette 
escadre  à  son  propre  frère  feront  comprendre  à  la  (]lnne  qu'elle 
ne  saurait  mieux  faire  que  d'accorder  nos  demandes  le  plus  tôt 
|)ossible. 

Toute  résistance  serait  d'autant  plus  inutile  (jue  la  situation 
générale  en  Europe  ne  [>erniet  à  aucune  puissance  de  s*opposc*r 
à  l'Allemagne  dans  cette  alFaire.  Si  cette  op|)osi lion  se  pHnluisait, 
elle  ne  pourrait  être  qu'isolée  et  consécpiemment  ineilicace. 

Il  est  entendu  que  la  politique  est  faite  d'intérêts,  non  de 
sentiments  ;  il  est  certain  néanmoins  que  la  forme  jxMit 
adoucir  les  mesures  coercilives.  L'Allemagne  contimiant  en 
Chine  la  manière  de  son  ancien  ministre,  M.  von  Brandt,  a 
agi  à  Kiao-tcheou  a\ec  une  brutalité  parfaitement  inutile;  il 
était  assez  naturel  qu'elle  prétendît  à  un  port  de  relâche  ;  elle 
l'aurait  sans  peine  obteim  ;  dans  la  circonstance  le  concours 
de  la  Russie  et  peut-être  celui  de  la  France  lui  eussent  été 
acquis.  Il  faut  chercher  dans  la  manière  dont  Tairaire  de 
Kiao-tcheou  a  été  conduite,  non  pas  la  cause  unique,  mais 
la  cause  principale  du  mouvement  des  Boxeurs  et  de  l'appui 
que  rimpératrice-douairière  lui  a  donné. 

M.  II.  C.  Thomson  écrit  a\ec  raison  dans  la   Conlempo- 
rary  licciew  (Juin  1901,  pp.  877  8): 


CONVENTION  DE  i/ \i,m:ma(;ne  relvtive  a  ki\o-tcheol'     357 

Juscju'à  rassiissinai  clos  deux  missioiinairos  allemands  «  les 
agissemenls  des  prêtres  allemands  n'avaient  produit  qu'une 
intense  irritation  locale,  sans  que  la  Cour  Impériale  et  les  fonc- 
tionnaires mandchous  s'en  occupent  beaucoup,  mais  quand 
Kiao-tcheou  fut  perdu,  ils  sentirent  que  leur  prestige  auprès  du 
p<Miple  était  s<»rieusement  atteint  et  ils  fomentèrent  le  mouve- 
ment boxeur  comme  une  association  patriotique  ». 


CONVENTION    DE    l'aLLEMAGNE    RELATIVE    A    KIAO-TCHEOU, 

6    MARS     1898. 

Le  traité  par  lequel  la  Chine  cédait  à  bail  Kiao-tcheou  à 
rAllemagne  parvint  à  Berlin  le  28  avril  1898  et  fut  inséré  le 
joue  suivant  dans  le  Reichsanzeujer  : 

Le»  incidentes  relatifs  h.  la  Mission  dans  la  préfecture  de  Tsao- 
tclieou.  dans  le  (^han-Toung,  étant  maintenant  clos,  le  Gouver- 
nement Impérial  Chinois  juge  à  propos  de  donner  une  preuve 
spéciale  de  son  appréciation  reconnaissante  pour  l'amitié  que 
lui  a  témoignée  l'Allemagne.  C'est  pourquoi  les  Gouvernements 
Impérial  Allemand  et  Impérial  Chinois,  inspirés  par  le  désir 
mutuel  et  égal  de  fortitier  les  liens  d'amitié  qui  unissent  le^ 
deux  contrées,  et  de  développer  les  relations  économiques  et 
commerciales  entre  li*s  sujets  des  deux  Ëtats,  ont  conclu  la  Con- 
vention s(^parée  suivante  : 

Art.  I.  —  «  Sa  Majesté  TKmpereur  de  Chine,  guidée  par 
l'intention  de  fortitier  les  relations  amicales  entre  la  Chine  et 
l'Allemagne,  et  en  même  temps  d'augmenter  la  préparation 
militaire  de  l'Empire  Chinois,  s'engage,  tout  en  se  réservant  tous 
ses  droits  de  souveraineté  dans  une  zone  de  00  kilomètres 
(loo  lis  Chinois)  entourant  la  baie  de  Kiao-tcheou  à  marée 
haute,  à  permettre  le  libre  passage  de  troupes  allemandes  dans 
les  limites  decette  zone  en  tout  temps,  comme  aussi  des'abstenir 
de  prendre  aucune  mesure,  ou  d'y  promulguer  aucun  règlement, 
sans  le  consentement  préalable  du  Gouvernement  Allemand,  et 
spécialement  de  ne  placer  aucun  obstacle  en  travers  d'aucun 
règlement  pour  les  cours  d'eau  qui  pourraient  être  reconnus 
nécessaires.  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine,  en  môme  temps, 
se  R'serve  le  droit  d'avoir  une  garnison  dans  cette  zone,  d'accord 


CONVENTION    DK    i/aLLKM\GNE    nEL\TIVK    A    HAO-TCOEOr       359 

avec  le  Gouvernement  Allemand,  et  de  prendre  d'autres  mesures 
militaires. 

Art.  II.  —  Dans  Tintention  de  satisfaire  au  désir  légitime  de 
Sa  Majesté  l'Empereur  d'Allemagne,  que  l'Allemagne,  comme 
les  autres  Puissances,  possède  une  station  sur  la  côte  chinoise 
pour  la  réparation  et  récpiipemont  do  ses  navires,  pour  l'emma- 
gasinement  de  matériel  et  de  provisions  pour  ceux-ci.  et  pour 
tous  autres  arrangrmenls  s'y  rapportant.  Sa  Majesté  l'Empereur 
de  Chine  cède  à  bail,  a  l'Allemagne,  provisoirement  pour  quatre- 
vingt-dix-neuf  ans,  les  deux  côtés  de  l'entrée  de  la  baie  de 
Riao-tcheou.  L'Allemagne  s'engage  à  construire,  à  un  moment 
convenable,  sur  le  territoire  ainsi  cédé,  des  fortitications  pour 
la  protection  des  bc^timents  h  j  construire  —  et  de  l'entrée  du 
port. 

Art.  III.  —  En  vue  d'éviter  la  possibilité  de  conflits,  le  Gou- 
veniement  lm|M'>rial  (Illinois  s'abstiendra  d'exercer  ses  droits  de 
souveraineté  sur  le  territoire  cédé  pendant  la  durée  du  bail,  et 
en  abandonne  l'exercice  à  l'Allemagne,  dans  les  limites  suivantes  : 

I.  Sur  le  côté  Nord  de  l'entrée  de  la  baie  :  la  i)éninsule  bornée 
au  Noi*d-Est  par  une  ligne  tirée  du  coin  Nord-Est  de  l'ilc  Potato 
au  |)ort  de  Lo-chan. 

3°  Sur  le  côté  Sud  de  l'entrée  de  la  baie  :  la  péninsule  bornée 
au  Sud-Ouest  par  une  ligne  tirée  du  point  le  plus  au  Sud- 
Ouest  de  la  baie  se  lrou\anl  au  Sud-Sud-Ouest  de  l'île  Tchi- 
posan  dans  la  direction  de  l'île  ïolosan. 

3.  L*île  de  Tchiposan  et  l'île  Potato. 

4.  Tout  le  mouillage  de  la  baie  jusqu'au  plus  haut  étiage 
connu  jusqu'à  présent. 

5.  Toutes  les  îles  vers  la  mer  de  la  baie  de  Kiao-tcheou,  qui 
pourraient  être  importantes  pour  sa  défense,  telles  que  Tolosan, 
Tcha-lien-tcheou.  etc. 

Les  Hautes  Parties  (Ion I raclantes  se  réservent  de  délimiter 
d'une  manière  plus  exacte,  d'accord  avec  les  traditions  locales, 
les  limites  du  territoire  loué  par  l'Allemagne  et  de  la  zone  des 
5o  kilomètres  autour  de  la  baie,  par  le  moyen  de  Commissaires 
devant  être  nommés  des  deux  côtés. 

Les  navires  de  guerre  chinois  et  les  bâtiments  de  commerce 
devront  jouir  des  mêmes  privilèges  dans  la  Baie  de  Kiao-tcheou 
que  les  vaisseaux  des  autres  nations  en  termes  amicaux  avec 
l'Allemagne;  et  l'entrée,  le  départ  et  le  séjour  des  vaisseaux 
chinois  dans  la  baie  ne  devront  pas  être  soumis  à  aucune  restric- 


36o  L\  ci'rï^:e 

lion  antre  que  celles,  que  l<»(i()iiverneiiienl  Impérial  Alleiiiaii(J, 
en  verin  des  droits  de  sonverainelé  snr  l'ensemble  de  loul  le 
mouillage  de  la  baie  transférés  à  IWllemairne.  |)onl  à  nn  moment 
quelconque  trouver  nécessaire  <rimj)oser  en  vue  des  vaisseaux 
des  autres  nations. 

AiiT.  IV.  —  L'AHema'^ne  s'en^a^e  à  construire  les  si<;uaux 
n(Vessaires  h  la  navigation  sur  les  iles  et  les  bas-fonds  à  Tentive 
de  la  baie. 

.-Vucun  droit  ne  sera  demandé  aux  vaissi»au\  de  j^uerre  cliinois 
et  aux  bâtiments  de  commerce  dans  la  haie  de  Kiao-tcbeou, 
excepté  ceux  qui  pourront  être  levés  sur  les  autres  vaisseaux  dans 
le  but  d'entretenir  les  arranp^ements  du  |>ort  et  les  (piais. 

Art.  V.  —  Si  dans  l'avenir  rAllemagne  exprimait  le  désir  de 
rendre  la  baie  de  Kiao-tcbeou  à  la  ('.bine  avant  l'expiration  du 
bail,  la  Cabine  sVngaf^e  h  rendx>urser  à  rAllemaf^ne  les  dé|HMis<»s 
qu'elle  a  encourues  à  Kiao-tcbeou,  et  de  céder  à  l'Allemagne 
un  endroit  plus  convenable. 

Ij' Allemagne  s'engage  h  ne  sous-louer  à  aucune  époque  à  une 
autre  puissance  le  territoire  loué  jKir  la  (ibine. 

La  |)opulation  Cbinoisc  demeurant  dans  le  territoire  ccMlé 
devra  en  tout  temps  jouir  de  la  protection  du  (iouverneinent 
Allemand,  |>ourvu  qu'elle  agisse  en  conformité  de  la  loi  et  de 
Tordre  :  fi  moins  que  leur  terrain  ne  soit  re(|uis  pour  d'autres 
usages,  les  babitants  |)ourront  y  rester. 

Si  le  terrain  appartenant  à  des  propriétaires  Cbinois  est  requis 
pour  d'autres  buts,  le  propriétaire  recevra  une  com|XMisation, 

Kn  ce  qui  concerne  le  rétablis.sementdes  bureaux  des  Douanes 
Cbinoises  qui  existaient  au|)aravant  en  debors  du  territoire  cédé, 
mais  dans  les  limites  de  la  zone  des  5o  kilomètres,  le  Gouverne- 
ment Impérial  Allemand  a  l'intention  d'arriver  à  un  accord  avec 
le  Gouvernement  (finnois  pour  le  règlement  délinitif  de  la  fron- 
tière douanière,  et  le  mode  de  prélèvement  des  droits  de  douane, 
de  façon  à  sauvegarder  tous  les  intérêts  de  la  (^bine  et  propose 
d'entrer  en  négociations  à  ce  sujet. 

La  convention  ci-dessus  devra  être  ratifiée  par  les  Souverains 
des  deux  États  Contractants,  et  les  ratifications  écbangées  de 
telle  manière  que,  après  la  réception  à  Berlin  du  Traité  ratifié 
par  la  (ibine,  la  copie  ratifiée  par  l'Allemagne  sera  remise  entre 
les  mains  du  Ministre  Cbinois  à  l)erlin. 

Le  présent  Traité  a  été  tiré  en  quatre  copies,  deux  en  Alle- 
mand et  deux  en  Cbinois,  et  a  été  signé  par  les  Représentants 


POHT-VUTHIH  36 I 

des  deux  Riats  Contractants  \o  6  Mars  1898,  équivalant  au 
I V  jour  du  second  mois  de  ia  vingt-(|ualricme  année  Kouang- 
8iu. 

(Grand  Sceau  du  Tsoung-li  Yanicn). 

Le  Ministre  Impérial  Allemand, 

Signé  :  Baron  de  Heyrinc. 

Li  Houng-tchang, 
Grand  Secrétaire  Impérial  Chinois, 
Ministre  du  Tsoung-li 
Yamcn,  etc. 
Weng  T'oung-ho, 

Grand  Secrétaire  Impérial    Chinois, 

Memhre   du   Conseil  d*État, 
Ministre  du  Tsoung-li  Yanien,  etc.  *. 


PORT-ARTHUR 

En  décembre  1897,  la  Chine  accorda  à  la  Russie  la  per- 
mission de  s'établir  provisoirement  à  Port-Arthur  pendant 
rhivcr  ;  les  Russes  déclaraient  que  cette  occupation  n'était 
pour  eux  qu'une  alTaire  de  commodité  et  qu'elle  n'avait 
aucun  rapport  avec  la  prise  de  Kiao-tcheou.  L'Angleterre 
craignant  pour  Ta-lien  wan  le  même  sort  que  pour  Port- 
Arthur  essayait  de  faire  déclarer  ce  port  ouvert  au  commerce 
ainsi  que  \an  ning  et  Siang-tan  (Hou-Nan)  :  la  France 
protesta  contre  l'ouverture  de  Nan-ning. 

Cependant  une  grande  agitation  se  produisait  en  Angle- 
terre ;  le  comte  Mouraviev,  ministre  des  Affaires  étrangères, 
protestait  que  la  Russie  n'avait  en  aucune  façon  l'intention 
de  causer  la  moindre  difficulté  à  l'Angleterre  (2  février  1898) 
et  qu'il  était  naturel  que  son  pays  cherchât  un  port  pour 
son  commerce,  sur  les  cf)tes  Nord  du  Pacifique. 

La  cession  à  bail  des  deux  ports  du  Liao-toung  fut  consa- 
crée par  Tarrangemcnt  suivant  : 

I.  Traduit  do  Chitta,  ii*»  1  (1899),  p.  O9-71. 


36a  I-A    CIRÉF 


ARRANGEMENT    ENTRE    LA    RUSSIE    ET    LA    CHINE    AU    SUJET 
DE    PORT-ARTHUR    ET    DE    TA-LIEN    WAN    (l5-27    MARS    1898) 

Le  6'  jour  de  la  3*^  iune  de  la  a^*^  année  Kouang-Siu  (27  Mars 
1898),  Sa  Majesté  l'Empereur  de  (]hine  a  s[)écialement  délégué 
le  Grand  Secrétaire,  Li,  et  le  Vice-Président  du  Ministère  des 
Finances,  Tchang.  comme  Plénipotentiaires  pour  arranger  les 
aflaires  relatives  au  prêt  de  Port  Arthur  et  de  ïa-lien  wan  avec 
le  Charge  d'Affaires  russe,  Pavlov. 

La  Convention  rédigée  est  la  suivante  : 

Art.  L  —  En  vue  de  la  protection  de  la  (lotte  russe  et  (pour 
lui  |>ermettre)  d'avoir  une  base  sûre  sur  la  côte  Nord  de  (jhine. 
Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine  consent  à  louer  à  la  Russie, 
Port-Arthur,  Ta-lien  wan,  et  les  eaux  adjacentes.  Mais  ce  bail 
devra  être  sans  préjudice'  pour  l'autorité  chinoise  dans  ce  terri- 
toire. 

Aht.  II.  —  La  limite  du  territoire  loué  en  conséquence  de 
l'article  précédent  s'étend  du  Nord  de  Ta-lien  >\an  suivant  les 
exig(^nces  (de  la  situation)  sur  terre,  cl  de  la  protection  du  ter- 
ritoire, et  permission  sera  donnée  pour  qu'elle  soit  placée  à  telle 
distance  qu'il  sera  nécessaire. 

L'exacte  limite  et  autres  détails  de  celte  Convention,  seront 
conjointement  convenus  à  Saint-Pétersbourg  avec  Siu  ïa-jen, 
après  la  signature  de  celte  Convention,  avec  toute  la  diligence 
|)OSsible,  et  un  article  s|)écial  sera  rédigé.  Après  que  la  frontière 
aura  été  décidée,  tout  le  territoire  inclus  et  les  eaux  adjacentes 
seront  entièrement  remis  aux  mains  de  la  Russie  pour  s'en  servir 

Art.  III.  —  Le  terme  du  bail  est  fixé  a  vingt-cinq  ans  à  partir 
de  la  date  de  la  sigfiature.  A  l'expiration,  une  augmentation  de 
durée  pourra  être  convenue  entre  les  deux  pays. 

Art.  IV.  —  Pendant  la  |)ério«le  fixée,  dans  le  territoire  loué  à 
la  Russie  et  dans  les  eaux  adjacentes,  tout  mou>ement  de  troupes, 
qu'ils  soient  navals  ou  militaires  et  la  nomination  des  hauts 
fonctionnaires  pour  gou\erner  les  districts,  seront  entièrement 
laissés  aux  olliciers  Russes,  un  honune  étant  rendu  responsable, 
mais  il  ne  devra  pas  avoir  le  titre  de  Gouverneur-Ciénéral  ou 
Gouverneur. 

I.   Droits  de  soii\eraincté  ? 


ARR4>GEME\T    ENTHE    LA    RUSSIE    ET    LA    CHINE  363 

Aucune  troupe  Chinoise  d'aucune  sorte  ne  sera  autorisée  de 
stationner  dans  ces  limites.  Dans  Tenceinte  des  limites,  les  Chi- 
nois peuvent  cpiitter  ou  demeurer  à  ieur  gré  et  ne  doivent  pas 
être  chassés. 

En  cas  de  crimes,  le  coupahle  devra  être  remis  entre  les  mains 
du  fonctionnaire  chinois  le  plus  proche  pour  être  puni  seirtn  la 
loi,  d'accord  avec  l'arrangement  fixé  par  le  8*  article  du  Traité 
Russo-Chinois  de  la  lo**  année  de  Hien-Foung  (iSfio). 

Art.  V.  —  Au  Nord  du  territoire  loué,  il  doit  être  laissé  une 
parcelle  de  territoire,  dont  l'étendue  devra  être  fixée  par  Siu 
ïa-jcn  et  le  Ministère  des  VlTaire^s  Étrangères  de  Russie.  Cette 
parcelle  devra  être  entièrement  laissée  aux  fonctionnaires  Chinois» 
mais  aucune  trou|>c  chinoise  ne  devra  y  entrer,  excepté  aprè^s 
entente  avec  les  fonctionnaires  Russes. 

Art.  VI.  —  IjCs  Ciouverncments  des  deux  pays  con>iennent 
que,  comme  Port  Arthur  est  seulement  un  port  naval,  il  n'est 
permis  qu'aux  vaisseaux  Russes  et  (^ihinois  de  s'en  servir,  et  doit 
être  considéré  comme  un  port  fermé  pour  les  vaisseaux  de  guerre 
et  de  commerce  des  autres  Puissances. 

Quant  à  Ta-lien  wan,  h  l'exception  d'une  partie  du  port,  qui 
comme  à  Port-Arthur,  devra  être  réservéîc  à  l'usage  des  vais- 
scxiux  de  guerre  Russes  et  Chinois,  le  reste  sera  un  port  de  coin- 
mercc  dans  lequel  les  vaisseaux  marchands  de  toutes  nations 
pourront  aller  et  venir  librement. 

Art.  vu.  —  La  Russie  reconnaît  définitivement  le  territoire 
loué,  mais  Port-Arthur  et  Ta-licn  wan  sont  d'une  importance 
s|>éciale.  (Quant  aux)  fonds,  elle  construira  elle-même  tous  les 
bâtiments  qui  seront  nécessaires  aux  troupes  navales  ou  mili- 
tai ires,  à  la  construction  de  batteries,  de  casernes  pour  les  garni- 
sons, et  généralement  fournira  tous  les  fonds  qui  seront  utiles. 

Art.  VlII.  —  \jQ  Gou>ernement  Chinois  convient  que  le  prin- 
cipe de  l'autorisation  accordée  dans  la  a2«  année  de  Rouang-Siu 
(i8()r))  à  la  (Compagnie  du  chemin  de  fer  Mandchourien  |)our 
la  construction  d'un  chemin  de  fer,  sera,  à  partir  de  la  date  de 
la  signature,  étendu  à  la  construction  d'une  ligne  d'embranche- 
ment d'une  certaine  station  de  la  ligne  citée  ci-dessus  à  Ta-lien- 
wan,  ou,  si  la  n<k:e.ssité  le  réclame,  le  même  principe  sera  étendu 
à  la  construction  d'une  ligne  d'embranchement  de  la  ligne  prin- 
cipale à  un  point  convenable  sur  la  côte  maritime  dans  la  pres- 
qu'île du  Liao-toung.  entre  Ying-tseu  (Nieou-tchouang)  et  le 
fleuve  Ya-lou. 


364  1'^   r.iRÉE 

Les  clauses  de  la  Convention  du  8  septembre  1896,  entre  le 
Gouvernement  Chinois  et  la  Banque  Russo-Chinoise  doivent 
être  strictement  observées  en  ce  qui  regarde  la  ligne  d'embran- 
chement sus-mentionnée.  La  direction  de  la  ligne  et  les  endroits 
par  lesquels  elle  devra  passer  seront  convenus  par  Siu  Ta-jen 
et  la  Compagnie  du  chemin  de  fer  Mandchourien.  Mais  cette 
concession  de  chemin  de  fer  ne  devra  jamais  servir  de  prétexte  à 
un  empiétement  sur  territoire  (^ihinois,  ni  pour  autoriser  une 
ingérence  dans  l'aulorité  ou  les  intérêts  Chinois. 

Art.  IX.  —  Cette  Convention  entrera  en  vigueur  à  partir 
de  la  date  de  l'échange  [sic]  par  les  Plénipotentiaires  des  deux 
pays.  L'échange  aura  lieu  à  Saint-Pétersbourg  après  ratification 
impériale  *. 

OCCUPATION    DE    POIiT-ARTllUR    ET    DE    TA-LIEN    WAN, 

16-28    MARS    1898. 

Le  5-12  mars  1898,  le  lieutenant-général  Grodekov, 
commandant  intérimaire  des  troupes  de  la  circonscription 
militaire  de  TAmour,  embarquait  à  Vladivoslock  un  détache- 
ment de  troupes  de  terre  qui  rejoignit  le  9  mars  à  Port- Arthur, 
Pescadre  russe  commandée  par  le  contre-amiral  Doubassov  : 
les  troupes  chinoises  ayant  évacué  Port  Arthur  le  i5  mars,  le 
16  à  6  heures  du  matin,  les  Russes  occupaient  la  ville  et  les 
forts.  L'occupation  de  Ta- lien  wan  avait  lieu  simultanément. 

Le  traité  du  i5  mars  parait  avoir  été  complété  par  Parran- 
gement  suivant^  qui  aurait  été  conclu  à  Saint-Pétersbourg 
le  7  mai  1898  et  qui  a  été  envoyé  de  Pé-King,  le  2/4  jnin 
au  marquis  de  Salisbury  par  Sir  Claude  Mac  DonakP: 

1.  Traduit  (le  China,  n**  i  (1899),  p.  127-129. 

2.  China,  n"  i  (1899),  p.  187-188. 

3.  Successeur  de  Sir  N.  R.  O'Conor.  Mac  Donald.  Claude  M axs\ell, 
onlré  au  7*"  highlaaders.  i<)  mars  1872,  servit  en  Egypte;  il  se  relira  de 
Tarmée  comme  major  le  20  mars  1896  ;  il  fut  commissaire  cl  consul 
général  à  Zanzibar,  dans  la  région  du  Niger;  il  était  consul  au  Cameroun 
d(>puis  le  i*'""  janvier  1891,  lorsqu'il  fui  nommé  le  i*^""  janvier  1896  en 
Chine  et  en  Corée,  ministre  plénijwtenliairc.  Il  arriva  à  Chang-llaï,  le 
i3  mars  i89r». 


ARRANGEMENT    SPÉCIAL    RUSSO-CHINOIS  .  365 


ARRANGEMENT    SPÉCIAL    RUSSO-CHINOIS,    7    MAI    1898. 

Les  Gouvernements  de  Russie  et  de  Chine  étant  désireux 
d'ajouter  quelques  stipulations  au  Traité  conclu  à  Pé-King  le 
i5  Mars  1898  (v.  st.),  les  Plénipotentiaires  des  deux  Gouverne- 
ments sont  convenus  de  ce  qui  suit  : 

Art.  I.  —  D'accord  avec  le  2"  article  du  Traité  original,  le 
territoire  Nord,  loué  et  cédé  à  la  Russie  —  Port-Artliur,  Ta-lien 
wan  et  la  pre8<ju'île  du  Liao-toung  —  conunencera  du  côté  Nord 
de  la  baie  d*A-tang  sur  la  côte  Ouest  du  I^iao-toung  et  passera  à 
travers  le  sommet  de  la  Montagne  d'A-tang  (le  sommet  étant 
inclus  dans  le  territoire  loué)  h  la  côte  Est  du  Liao-toung  prés 
du  côté  Nord  de  la  Baie  de  Pi-lseu  wo.  La  Russie  est  autorisée  h 
se  servir  de  tous  les"  cours  d*eau  adjacents  au  territoire  loué  et  à 
toutes  les  îles  autour. 

Les  deux  pays  nommeront  des  officiers  spéciaux  pour  relever 
le  pays  et  déterminer  les  limites  du  territoire  loué. 

.\rt.  II.  —  Au  Nord  de  la  frontière  fixée  dans  Tart.  i.  il  y 
aura,  d'accord  avec  l'art.  5  du  Traité  de  Pé-King,  un  terrain 
neutre,  dont  la  limite  Nord  commencera  sur  la  côte  Ouest  du 
Liao-toung  à  l'embouchure  du  fleuve  de  Kai-tcheou,  passera  au 
Nord  de  Yu-yen  tch'ang  au  fleuve  Ta-yang,  et  suivra  la  rive 
gauche  de  ce  fleuve  jusqu'à  son  embouchure,  qui  sera  comprise 
dans  le  territoire  neutre. 

Art.  III.  —  Le  (jouvernement  Russe  consent  à  ce  que  les 
|X)ints  terminus  de  la  ligne  d'embranchement  reliant  le  chemin 
de  i'er  Sibérien  à  la  pres(ju'île  du  Liao-toung  soient  à  Poit- 
Arthur  et  Ta-Iien  wan  et  à  aucun  autre  port  dans  la  dite  pénin- 
suhî.  11  est  de  plus  convenu  réciproquement  que  les  privilèges 
des  chemins  de  fer  dans  les  districts  traversés  par  cette  ligne 
d'embranchement,  ne  seront  pas  accordés  aux  sujets  d'autres 
Puissances.  En  ce  qui  concerne  le  chemin  de  fer  que  la  Chine 
doit  construire  elle-même  ensuite  de  Chan-Haï  Rouan  en  exten- 
sion à  un  point  aussi  près  que  possible  de  celte  ligne  d'embran- 
chement, la  Russie  convient  qu'elle  n'a  rien  à  y  voir. 

Art.  IV.  —  Le  Gouvernement  Russe  donne  son  assentiment 
à  la  requête  du  Gou>ernenient  Chinois  que  l'Administration  et 
la  police  de  la  ville  de  Kin-tchéou  soient  Chinoises.  Les  troupes 
Chinoises  évacueront  Kin-tchéou  et  seront  remplacées  par  des 


360  LA    CLRÉB 

troupes  russes.  Ia»s  liabilants  tie  la  ville  oui  la  faculté  de  se  servir 
des  routes  de])uis  Kiii-lchéon  jusiprà  la  froiilière  Nord  du  ter- 
ritoire loué  et  des  eaux  liabituelleinenl  employées  près  de  la 
ville,  uiais  ils  n'ont  pas  le  droil  de  navi<^nier  sur  les  côtes  niari- 
tiuies. 

Anr.  \.  —  Le  (louvernenicnl  (Ihinois  convient: 

I**  Que  sans  rassentinient  russe  aucune  concession  ne  sera 
accord('»c  sur  le  terrain  neutre  aux   sujets  des  autres  Puissances; 

a*^  Que  l<*s  |)orts  sur  la  côte  maritime  Ksi  et  Ouest  du  terrain 
neutre  ne  seront  pas  ouverts  au  commerce  des  autres  Puissances  : 

3"  Ei  (jue  sans  le  consentement  de  la  Hussie,  aucune  conces- 
sion de  route  ou  de  mine,  aucun  privilège  industriel  ou  mer- 
cantile m*  s<»ra  accordé  dans  le  territoire  neutre. 


AVEI-lIAl    AVEl 

Le  25  lévrier  1S9S,  Sir  Claude  Mac  Donald  télégraphiait 
à  lord  Salisbnrv  qu'un  ministre  chinois,  probablement 
bien  renseigné,  lui  avait  dit  <pie  leur  gouvernement  était 
disposé  il  louer  Wei-haï  Wei  à  rAnglclerre,  s'il  pensait  que 
cette  proposition  eut  rhance  d'être  tiiTueillie  (Tune  manière 
favorable  :  le  même  jour,  lord  Salisbury  répondait  que  la 
politi<pie  actuelle  de  son  cabinet  tendait  à  empêcher  toute 
aliénation  du  territoire  chinois,  et  que  par  suite,  toute  dis- 
cussion relative  à  \\  ei-haï  W  ei  était  prématurée.  A  la  suite 
des  bruits  d(»  cession  de  Port-Arthur  et  de  Ta  lien  \>an  à  la 
Kussie,  lord  Salisburv  revenait  à  la  question  (7  mars  i8|)8); 
le  ^5  mars  il  télégraphiait  à  Sir  C  Mac  Donald  que  la 
cession  de  Port  Arthur  à  la  Russie  détruisait  la  balam*e  de 
puissance  dans  le  golfe  de  Pe  Tché  li  et  (pie  par  suite  il  était 
nécessaire,  lors  du  départ  des  Japonais,  iroblcnir  la  cession 
de  Wei-haï  \\  ei  aux  mêmes  termes  que  la  Hussie  pour  Port- 
Arthur  ;  la  (lotte  anglaise  remontait  de  Hong  Kong  au  golfe 
de  Pé  Tché-li.  Le  gouvernement  japonais  prévenu  (3i  mars) 
des  intentions  de  TAnglelerreles  approuvait  (i>  avril). 

Ce  même  jour,  le  Tsoung-li  \amen  C4>nscntail   à  céder  à 


WEI-II\Ï    WEI  367 

bail  à  l'Angleterre  Wei-Haï  Wei  aux  termes  accordés  à  la 
Russie  pour  Port-Arthur  ;  l'Angleterre  s'engageait  à  ne 
prendre  possession  de  la  place  qu'après  le  départ  des  Japonais  ; 
le  bail  durerait  jusqu'à  l'évacuation  du  Liao-Toung  par  les 
Russes  * . 

Pour  ménager  les  susceptibilités  de  l'Allemagne,  M.  Bal- 
four  télégraphiait  le  19  avril  i8()8,  à  l'ambassadeur  anglais 
à  Berlin,  Sir  V.  Lascelles,  la  déclaration  suivante,  qui,  avec 
l'autorisation  du  gouvernement  britannique  fut  insérée  dans 
le  Reichs-Anzeiijer,  le  22  avril  : 

«  L'Angleterre  déclare  formellement  à  l'Allemagne  qu'eu 
s'établissant  à  Wei-haï  Wei,  elle  n'a  aucune  intention  de 
faire  du  tort  ou  de  contester  les  droits  et  les  intérêts  de 
l'Allemagne  dans  la  province  de  Chan-Toung,  ou  de  lui 
créer  des  dilTicultés  dans  cette  province.  Il  est  spécialement 
entendu  que  l'Angleterre  ne  construira  aucun  chemin  de  fer 
de  Wei-haï  Wei  et  le  district  loué  avec,  à  l'intérieur  de  la 
province  de  Chan-Toung.  » 

L'évacuation  de  Wei-haï  Wei  parles  Japonais  commandés 
par  le  général  Miyoshi,  commencée  le  17  mai  ayant  été 
terminée  le  2^1,  le  pavillon  britannicpie  fut  hissé  le  25  mai 
par  les  conniiissaires  anglais  le  capitaine  de  la  marine  royale 
G.  King  Hall  et  le  consul  anglais,  de  Tché-fou,  L.  C.  Ilopkins, 
désignés  par  l'amiral  Sir  Edward  Seyinour.  Le  i®'^  juillet 
i8()S,  une  convention  signée  à  Pé  King  par  Sir  Claude  Mac 
Donald  réglait  les  conditions  de  l'occupation  de  ce  port  et  de 
ses  dépendances  |)ar  l'Angleterre.  «  Le  port  de  Wei-haï  Wei 
est  facile  d'accès,  et  capable  d'offrir  un  abri  à  un  nombre 
considérable  de  navires  d'un  tirant  modéré,  mais  le  mouil- 
lage est  rétréci  pour  de  grands  bâtiments.  Il  a  deux  entrées, 
l'une  à  l'Ouest  et  Taulre  h  l'Est  de  l'île  de  Liu-Koung  tao, 
offrant  ainsi  facilité  d'accès  pour  entrer  ou  pour  sortir  par 

I.   China,  n"  i  (1898). 


368  I.A    CtR]^:K 

presque  tous  les  vents.  La  ville  s'élève  sur  la  pente  d'une 
colline  au  fond  de  la  baie,  et  est  entourée  d'une  muraille. 
Le  meilleur  mouillage  est  près  de  la  pointe  occidentale  de 
Liu-Koung  tao*.  » 

DÉCLARATION    DE    NON-AMKNATION    DE    LA    VALLÉE 
DL    Y\>r.-TSKU,     II     FÉVKIRH     1898. 

L'Angleterre  trahissait  à  la  fois  et  ses  desseins  et  son 
anxiété  en  demandant  (Pé  King,  9  février  1898)  au  Gouverne- 
ment chinois  une  déclaration  au  »ujel  de  la  non-aliénation 
de  la  vallée  du  Yang-tseu.  Le  ïsoung-li  Yamcn  déclarait  en 
conséquence  à  Sir  C.  Mac  Donald  (11  février  1898,  21" 
jour,  i"  lune,  24*^  année  Kouang-Siu)  qu'il  avait  à  «  remar- 
quer que  la  région  du  Yang-tseu  est  de  la  plus  grande  im- 
portance en  ce  qui  concerne  la  position  entière  (ou  les  intérêts) 
delà  (jhine,  et  qu'il  est  hors  de  question  que  des  territoires 
(dans  cette  région)  soient  hypothéqués,  h)ués.  ou  cédés  à 
une  autre  puissance.  » 

NO?l  ALIÉNATION     DES      PROVINCES      LIMITROPUES      Dl     TONti-kINfi, 

10    AVRIL     1898. 

De  notre  côté  sur  la  demande  de  nt>tre  chargé  cfalTaires. 
M.  Cl.  Duhail,  faite  le  '1  avril,  le  Tsoung-li  ^amen  lui  remet- 
tait la  déclaration  suivante  : 

Le  :iO"'  jour  de  la  3®  lune  de  la  mV  aiinéi*  Kouaiig-Siu  fie 
10  avril  189S). 

Le  l'i*  jour  de  la  3'-  lune  de  la  'jV  aimée  Kouang-Siu  (le 
f\  avril  1898).  .Nous  avons  reçu  de  \  olre  KxeelIcMice  la  (lé|>«Vhe 
suivante  [Demamle  de  M.  r)uhnil\: 

-Notre  Yanien  considère  qui»  les  provinces  Chinoises  limitro- 
phes du  Tong-King,  étant  des  points  im|K)rlants  de  la  frontière, 

1.   China,  n"  i  (1899).  p.  80. 


KOL.VNG-TCUEOL    WAN  SGq 

qui  rinléresscnl  au  plus  haut  degré,  devront  être  toujours  admi- 
nistrées par  la  Chine  et  rester  sous  sa  souveraineté.  Il  n*y  a 
aucune  raison  pour  qu'elles  soient  cédées  ou  louées  à  une  Puis- 
sance. 

Puisque  le  Gouvernement  français  attache  un  prix  particulier 
à  recueillir  cette  assuran/N  Nous  croyons  devoir  adresser  la  pré- 
sente réponse  olTicielle  à  Votre  Excellence,  en  La  priant  d*en 
prendre  connaissance  et  de  la  transmettre. 

?ION-AUÉNATION    DU    FOU-KIEN,    AVRIL    l8^8. 

Le  même  mois  d'avril  1898,  le  ministre  du  Japon  obte- 
nait du  Yamon  une  déclaration  semblable  |Kjur  leFou-Kien; 
le  parti  chauvin  japonais  aurait  désiré  que  le  gouvernement 
du  Mikado  obtint  la  cession  à  bail  d'un  port  de  celte  pro- 
vince pour  empêcher  la  contrebande  d'armeselde  munitions 
qui  s'exerçait  constamment  entre  Formose  et  Amoy  et 
Fou-tcheou.  Peut-être,  pour  brouiller  les  cartes,  le  3o  avril 
on  faisait  courir  le  bruit  à  Tokio  de  l'occupation  par  les  Alle- 
mands de  Tîle  de  Matsutin  près  de  Fou-lcheou;  il  est  évi- 
dent qu'après  la  déclaration  de  la  Chine  relative  au  Fou- 
kien,  cette  occupation  aurait  été  considérée  comme  une 
provocation. 

KOUANG-TCHEOU     WAN 

La  France  suivait  naturellement  pas  à  pas  les  progrès 
faits  par  les  autres  puissances  et  aux  avantages  que  celles-ci 
obtenaient,  elle  répondait  par  des  demandes  équivalentes 
à  la  Chine.  Le  11  avril  1898,  notre  chargé  d'affaires  à 
Pé-King  pouvait  écrire  à  M.  Hanotaux,  ministre  des 
affaires  étrangères,  que,  en  outre  de  l'assurance  du  maintien 
de  rinlégrilé  territoriale  du  Kouang-Toung,  du  Kouang-Si 
et  du  \un-Nan,  du  droit  de  construire  un  chemin  de  fer  de 
la  frontière  du  Tong-King  h  la  capitale  de  cette  dernière 
province  et  d'avantages  dans  le  service  des  Postes,  «  la 
GoRDiER.  m.  —  a4 


370  LA    CLltÉE 

baie  de  Kouang-lcheou  wan  nous  est  cédée  à  bail  pour 
99  ans*.  Nous  avons  le  droit  d'y  établir  une  station 
navale  avec  dépôt  de  charbon.  La  délimitation  de  la  conces- 
sion sera  faite  sur  place.  Je  me  suis  mis  en  rap()orl  avec  le 
commandant  en  chef  de  notre  esc^idre  afin  de  régler  ici 
les  formantes  de  hi  prise  de  possession*  ». 

Le  2'i  avril,  le  contre-amiral  Gigaull  de  la  BédoIIiére, 
commandant  une  division  de  TKscadre  d'Extrême -Orienl, 
arborait  le  pavillon  français  sur  un  fort  abandonné,  situé 
dans  la  presqu'île  de  Lei-tcheou,  au  Sud-Sud-Est  de  la  baie 
de  Kouang  tcheou  ;  la  cérémonie  fut  célébrée  en  présence 
des  compagnies  de  débarcpiement  en  armes  ;  le  Piiscal,  la 
Surprise,  le  Lion,  mouillés  sur  une  ligne,  a  600  mètres  du 
fort,  saluèrent  par  21  coups  de  canon '. 

Le  27  mai  1898,  M.  Pichon,  ministre  de  France  h 
Péking,  remettait  au  Tsoung-li  ^amen  le  projet  de  conven- 
tion suivant,  en  déclarant  cpie  l'attitude  du  vice-roi  de 
Canton  rendait  toute  entente  impossible,  que  nous  restions 
prêts  «  à  discuter  amicalement  et  à  résoudre  à  Famiabie,  en 
nous  inspirant  de  nos  droits  et  de  nos  bonnes  relations  avec 
la  Chine,  la  question  malheureusement  compliquée  par  des 
incidents  qu'il  n'avait  pas  dépendu  de  nous  d'éviter  *  ». 

PHOJET   DE    CONVENTION    RELATIF    A    KOL ANGTCHEOU    WAN 

Ahticlk  prkmikr.  —  Le  (jou\ernenient  chinois,  en  raii^m  de 
son  amitié  pour  lu  France,  a  donné  à  bail  [unir  99  ans  Kouang- 
tcheou ouan  an  (iou\ernenient  français  pour  y  établir  une 
station  navale  avec  dépôt  de  charbon,  mais  il  reste  entendu  que 
cette  location  n 'affectera  ])as  les  droits  de  souveraineté  de  la 
Chine  sur  les  territoires  cédés. 

I.  A  partir  du  10  avril, 

a.  Li\'re  jaune,  p.  48. 

3.  Livre  jaune,  p.  5a. 

4.  lAvre  jaune,  p.  a. 


I        ^^1 


PROJET    DE    CONVENTION    RELATIF    A    KOL  ANG-TCIIEOU-WAN       3'j  l 

Art.  2.  —  Le  territoire  loué  comprendra  les  eaux  et  terrains 
nécessaires  à  la  sécurité,  à  l'approvisionnement  et  au  développe- 
ment normal  de  la  station  navale  et  du  dépôt  de  charbon,  c'est- 
à-dire  : 

a)  L'île  de  Tong-haï  : 

6)  L'île  de  Nao-tchéou  : 

c)  Au  Lei-tcheou,  une  bande  de  terrain  reliant  un  point  de 
la  côte  situé  au  Sud  de  Kieou-man-sion  (Tiao-man)  et  se  trou- 
vant par  20°5o'  de  latitude  Nord,  à  Clie-mcn  par  ai**25'  de  lati- 
tude Nord  sur  une  profondeur  indiquée  d'une  manière  générale 
sur  la  carte  ci-an nexée  ; 

(/)  Au  Kao-tchcou,  une  bande  de  terrain  comprise  entre 
21*25'  de  latitude  Nord  et2i°o4'  de  latitude  Nord,  sur  une  pro- 
fondeur indiquée  d'une  manière  générale  sur  la  carte  ci-annexéc  ; 

e)  Les  îlots  compris  dans  l'intérieur  de  Kouang-tchéou-ouan, 
ainsi  que  les  eaux  intérieures  et  extérieures  de  la  baie,  et  les  eaux 
extérieures  de  Nao-tcheou  et  de  Tong-haï.  dans  les  limites  accep- 
tées en  droit  international  (six  milles  marins). 

Les  limites  exactes  sur  le  continent  du  Lei-tcheou  et  du  Kao- 
tcheou  seront  fixées,  après  la  signature  de  la  présente  convention, 
quand  des  reconnaissances  spéciales  auront  été  faites  par  des 
fonctionnaires  désignés  par  les  deux  Gouvernements. 

Lesdits  fonctionnaires  devront  procéder  sans  retard  à  leur 
mission,  afin  d'éviter  tout  froissement  possible  entre  les  deux  pays. 

Art.  3.  —  Le  territoire  sera  gouverné  et  administré  pendant 
les  99  ans  de  bail  par  la  France  seule,  cela  afin  d'éviter  tout 
froissement  possible  entre  les  deux  pays. 

Les  habitants  conserveront  la  jouissance  de  leurs  propriétés  ; 
ils  ])ourront  continuer  à  habiter  le  territoire  loué  et  vaquer  à 
leurs  travaux  et  occupations,  sous  la  protection  de  la  France, 
aussi  longtemps  qu'ils  se  montreront  respectueux  de  ses  lois  et 
de  ses  règlements.  La  France  payera  un  prix  équitable  aux  pro- 
priétaires indigènes  pour  les  terrains  qu'elle  désirera  acquérir. 

Art.  4.  —  La  France  pourra  élever  des  fortihcations.  faire 
tenir  garnison  à  des  troupes  ou  prendre  toute  autre  mesure 
défensive  dans  le  terrain  loué. 

Elle  pourra  construire  des  phares,  placer  des  bouées  et  signaux 
utiles  à  la  navigation  sur  le  territoire  loué,  le  long  des  îles  et 
des  côtes,  et,  d'une  manière  générale,  prendre  toutes  les  mesures 
et  adopter  toutes  les  dispositions  propres  h  assurer  la  liberté  et 
la  sécurité  de  la  navigation. 

Il 


872  LA    CLHÉE 

Art.  5.  —  Les  navires  à  vapeur  de  la  Chine,  ainsi  que  les 
navires  des  Puissances  en  relations  diplomatiques  et  coiinner- 
ciales  avec  elle,  seront  traités  dans  le  territoire  loué  coninie 
dans  les  ports  ouverts  de  Chine. 

La  France  pourra  promulguer  tous  les  règlements  qu'elle 
voudra  dans  Tadministration  du  territoire  et  du  port  et  notam- 
ment percevoir  des  droits  de  phare  el  de  tonnage  destinés  à 
couvrir  les  Irais  de  construction  et  d'entretien  des  feux,  balises 
et  signaux,  mais  lesdits  règlements  et  droits  seront  appliqués 
impartialement  aux  navires  de  toutes  nationalités. 

AiiT.  6.  —  Si  des  cas  d'extradition  se  présentent,  ils  seront 
traités  d'après  les  stipulations  des  conventions  existantes  de  la 
France  el  de  la  Chine,  noiamment  celles  qui  règlent  les  rap|)orts 
de  voisinage  entre  la  Chine  et  le  Tonkin. 

Art.  7.  —  Le  Gouvernement  (Chinois  autorise  la  France  à 
construire  une  voie  ferrée  reliant  un  point  de  la  baie  de  Kouang- 
tcheou-ouan,  au  Lei-tcheou,  h  un  jjoint  à  désigner  sur  la  cote 
Ouest  du  Lei-tcheou,  aux  environs  d'On-|)ou.  Ce  dernier  |)oinl 
sera  ultérieurement  désigné  avec  précision. 

La  Chine  fournira  le  terrain,  mais  les  frais  de  construction  et 
d'exploitation  seront  à  la  charge  de  la  France.  Les  Chinois 
auront  le  droit  de  circulation  et  de  trafic  sur  la  voie  ferrée, 
d'après  le  tarif  général  appliqué. 

Les  mandarins  de\ront  veiller  à  la  protection  de  la  voie  el  du 
matériel,  mais  la  réparation  et  l'entretien  de  cette  voie  et  de  ce 
matériel  seront  à  la  charge  de  la  France. 

Art.  8.  —  La  France  pourra  également,  au  point  d'ahoutisse- 
nient  de  la  ligne  vers  On-pou,  construire  des  déharcadères, 
a])pontements,  magasins  et  hôpitaux,  établir  des  feux,  bouées  el 
signaux.  I^e  mouillage  en  eau  profonde  le  plus  \oisin  de  ce  point 
d'aboutissement  (eaux  territoriales)  sera  exclusi>ement  réservé 
aux  navires  de  guerre  français  et  chin(»is,  ces  derniers  en  situation 
de  neutralité  seulement. 

La  présente  convention  entrera  immédiatement  en  vigueur. 
Elle  sera  ratiliée  dès  à  présent  par  l'Empereur  de  Chine,  et 
lorscpi'elle  aura  été   ratiliée  par  le   Président   de   la  Uépuhliquc 

française,    l'échange    des    ratifications    aura   lieu   à dans    le 

plus  bref  délai  |K)ssihle. 

Fait  à  Pékin  en  huit  exenq)laires  dont  (piatre  en  langue  fran- 
çaise et  quatre  en  langue  chinoise,  le...  1898. 


PROJET  DK  CONVENTION  HELATIF  \  ROI  \Nr.-TCHEOU-W  \N   SyS 

Le  ()  juin  1898,  la  Chine  désignait  le  fonctionnaire  Pan 
pour    procéder  à   la  délimitation   de    Kouang-tcheou  wan  ; 
le  commandant  en  chef  de  l'escadre  d'Extrême-Orient    élait 
désigné  parla  France  le  8  juin  ;  il  devait  se  faire  représenter 
par  M.  Kahn,  vice  consul  î\  «  Haï  nan  qui  traiterait  person- 
nellement avec    TenNoyé    chinois  d'après    les    instructions 
deTamiral  de  Beaumont.  »  L'attitude  hostile  de  la  population 
et  les  attaques  dont  les  troupes  étaient  l'objet  nous  obligeaient 
au  commencement  du  mois  d'août  1898  à  faire  occuper  par 
des  compagnies  de  débarquement  le  fort  de  Ho-teou,  lieu  de 
notre  principal  établissement,  et  le  fort  de  l'île  de  Nao-tcheou. 
Les  affaires  prenaient  une  mauvaise  tournure;  il   était  avéré 
que  le  vice-roi  de  Canton  organisait  la  rébellion  pour  em- 
pêcher la  prise   de  possession.    Le  Gouvernement   impérial 
déléguait  à  Kouang-tcheou  wan,  le  général  Sou*  qui   quitta 
Pé-King  le  12   septembre   1899  ;  d'autre   part  le  gouverne- 
ment général  de  l'Indo-Chine  envoyait  deux    bataillons  de 
renfort  (nov.  1899)  *'*"  contre-amiral   Courrejolles  qui  avait 
remplacé  l'amiral  de  Beaumont  dans    le  commandement  de 
l'escadre.  Le  12  novend)re  1899,  deux  enseignes  de  vaisseau 
du  Descartes,  Gourlaouen'  et    Koun',   se  promenant  seuls 
près  du  poste  de  Men-lao,  furent  assaillis  et   décapités  par 
des  miliciens  du  sous-préfet   de   Soui-Kai.  Nous  obtenions 
enfin  les  satisfactions  suivantes  pour  ces  assassinats,  énumé- 


1.  Le  (iénc^ral  Sou  Youcn-tch'ouen,  qui  commandait  en  chef  dan»  le 
Kouang-Si,  est  né  dans  celle  province  à  Yong-ngan  tchéou,  mais  sa 
famille  esl  originaire  du  tlou-Nan  ;  il  a  aujourd'hui  (1902)  une  soixan- 
taine d'années;  il  esl  (ils  de  cultivateurs» sans  fortune;  sorti  des  rangs 
de  l'armée  régulière  {Lou  Ying),  il  a  conquis  ses  premiers  grades  contre 
1rs  rebelles,  puis  contre  les  sauvages  du  Kouei-tcheou  ;  il  prit  part  à  la 
défense  des  frontières  du  Sud,  lors  des  affaires  de  Tong-King. 

3.  Jean  Gourlaoucn,  né  le  7  juillet  iSSg,  à  PlogolT (Finistère). 

3.  Josnph  Koun,  né  le  10  juillet  1877,  à  Bcden  (Finistère)  ;  un  mo- 
nument funéraire  a  été  élevé  à  leur  mémoire  dans  le  petit  cimetière  de 
lIoi-T«ou. 


3"  4  LA    Cî  RÉE 

rées  dans  une  lettre  adressée  de  Pé-King,    le  25    décembre 
1899,  à  M.  Delcassé: 

<f  Le  Vice-Roi  de  Canton  est  remplacé  par  Li  Houng-tchang. 

«  Le  Sous-Préfet  de  Soni-Kai  est  dégradé. 

«  Dès  que  la  convention  de  limitation  sera  arrivée  à  Pé-king, 
un  rapport  sera  fait  au  trône  pour  demander  sa  ratification. 

«  Les  terrains  domaniaux  ou  vacants  sur  le  tracé  du  chemin 
de  fer  On-poii  nous  seront  donnés. 

«  Les  mines  du  Rao-tcheou,  du  Lien-tcheou  et  du  Lei-tcheou 
sont  concédées  à  une  Société  franco-chinoise. 

«  Ordre  est  donné  d'arrêter  et  d'exécuter  les  miliciens  auteurs 
de  l'assassinat.  Les  corps  de  nos  odiciers  ont  été  restitucVs  avec 
excuses,  fait<»s  au  nom  du  (îouvernement  chinois.  Les  faniilK^ 
des  victimes  recevront  une  indenmilé  de  5oooo  laëls 
(100000  francs). 

V  L'alï'aire  de  la  mission  du  Lei-tcheou  sera  réglée. 

«  Le  principe  d  une  indemnité  pour  les  troubles  de  IVté 
dernier  au  Yun-\an  est  formelleuicnt  admis,  et  le  chilîre  sera 
fixé  par  un  accord  entre  M.  François  et  les  autorités  du  Yun- 
Nan  '.  » 


OUGANISATIOK    DE    KOUANC-TCIIEOL    WAN 

Aussitôt  que  la  convention  relalive  h  Kouang-tcheou  ont 
été  ratifiée  par  TEmpcrenr  de  Chine,  le  5  janvier  1900,  un 
décret  notifié  par  télégramme  pla<;ait  le  nouveau  territoire 
sous  Tautorité  du  gouvernement  général  de  Tlndo-Chinc. 
Des  arrêtés  des  27  et  3 1  janvier  réglèrent  l'organisation  de 
notre  acquisition. 


«  L'organisation  de  Kouang-tcheou  est  basée  sur  une  forte 
constitution  et  une  grande  indépendance  de  la  commune,  qui 
n'existent  pas  en  Chine  et  n'existaient  pas  antérieurement  sur 
notre  territoire  au  degré  où  nous  les  avons  portées.  H  a  paru 
que  nous  devions  heurter  le  moins  possible  les  mœurs  et  les 
coutumes  des  habitants,  et  que  si  nous  avons  parfois  à  les  con- 

I.   lÀvre  jaune,  p.  39. 


ORGAMS\TIO>    DE    KOlANCî-TCHEOl'    WAN  875 

traindrc  pour  le  bien  commun,  ce  devait  èlre  sans  conlact  direct 
avec  eux,  par  l'action  exercise  sur  leurs  chefs.  Une  administration 
générale  française,  agissant  par  l'intermédiaire  d'une  adminis- 
tration communale  chinoise  h  peu  près  autonome,  —  voilà 
quelle  est  l'organisation  du  territoire  de  Kouang-tcheou. 

La  commune,  composée  de  plusieurs  villages,  a  un  conseil  des 
notables,  appelé  Rong-hu.  à  (jui  nous  avons  laissé  le  soin  de 
tout  conduire,  dans  la  limite  du  territoire  et  des  int^^rèts  com- 
munaux. Le  conseil  assure  l'ordre,  il  perçoit  l'impôt  et  nous 
remet  la  part  qui  nous  revient  et  qui  est  inférieure  à  ce  que 
demandaient  les  mandarins  chinois;  le  surplus  est  laissé  à  la 
commune  pour  couvrir  les  dépenses  d'entretien  des  chemins, 
des  pagodes,  les  frais  des  cérémonies  publiques,  etc.  En  cas  de 
troubles,  ou  de  dilliculté  pour  arrêter  des  malfaiteurs,  et  si  la 
police  de  la  comnmne  est  impuissante,  il  Y  a  toujours,  à  portée, 
un  poste  de  milice  conmiandé  par  un  chef  français  dont  Tinter- 
venlion  peut  être  réclamée  par  le  Rong-hu. 

L'autonomie  de  la  commune  a  été  étendue  à  ce  point  que  le 
conseil  des  notables  est  lui-même  juge  des  délits  qui  s*y  produi- 
sent et  des  contestations  d'ifitérèt  entre  les  habitants.  11  juge 
corrcctionnellement  et  peut  prononcer  la  peine  de  l'amende;  il 
juge  au  civil,  et  en  dernier  ressort,  dans  une  limite  assez 
restreinte.  Les  crimes  et  les  délits  comportant  la  peine  de  l'em- 
prisonnement, ainsi  que  les  jugements  au  civil  d'une  certaine 
importance  que  l'une  ou  l'autre  partie  n'accepte  pas,  sont  portés 
devant  un  tribunal  supérieur,  présidé  par  l'administrateur  fran- 
çais de  la  circonscription,  assisté  de  deux  notables  indigènes  que 
leur  réputation  désigne  à  notre  choix. 

L'administration  du  territoire  est  coniiée  à  un  administrateur 
en  chef,  relevant  directement  du  Gouvernement  Général,  et 
ayant  près  de  lui  un  administrateur  adjoint,  un  secrétaire  et  un 
comptable.  Trois  administrateurs,  chefs  des  circonscriptions  en 
lesquelles  le  territoire  a  été  divisé,  sont  placés  sous  ses  ordres. 

L'Administrateur  en  chef  réside  à  Rouang-tcheou,  nom  de  la 
ville  française  fondée  sur  le  rivage  Est  de  la  baie,  en  face  des 
établissements  militaires  et  au  point  choisi  pour  y  construire  le 
port  de  commerce.  L'Inspecteur  commandant  la  milice,  ou 
garde  indigène,  le  chef  du  service  des  Travaux  publics  et  le  rece- 
veur des  Postes  et  Télégraphes  sont  également  à  Rouang-tcheou. 

Les  administrateurs-adjoints  sont  en  relations  constantes  avec 
les  conseils  de  notables  des  communes  ;  ils  agissent  sur  eux  pour 


876  L\    CIRÉP 

le  bon  emploi  des  ressources  comrrtunales,  robservalion  de  quel- 
ques règles  élémentaires  d'hygiène  publique,  la  construction,  la 
réfection  et  l'entretien  des  chemins.  Ils  ont,  à  ce  point  de  vue, 
obtenu  des  résultats  remarquables.  Môme  en  dehors  des  roules 
que  nous  avons  construites,  on  trouve,  à  Rouang-tcheou,  de 
bons  chemins  suflisamment  entretenus  ;  les  villages  ont  un 
aspect  de  propreté  relative,  et  cela  n'est  pas  banal  en  pays  chi- 
nois *  ». 

KAO-LOrNC,    9    JUIN     1898. 

Après  un  télégramme  de  M.  Balfour  à  Sir  Claude  Mac 
Donald  (i3  avril  1898)  envoyé  à  celui-ci  à  la  suite  des 
demandes  françaises  et  d'une  visite  de  ce  dernier  au  Yamen 
(16  avril),  le  ministre  d'Angleterre  pressait  les  Chinois 
(24    avril)  de  lui  donner  par  écrit  Tassurancc  : 

Que  le  Yamen,  que  le  Gouvernement  Chinois  n'a  accordé  à  la 
France  aucun  privilège  exclusif  pour  les  chemins  de  fer  ou  les 
mines  ; 

Que  Nan-ning  sera  ouvert  au  commerce  : 

Qu'aucun  territoire  dans  les  deux  provinces  de  Kouang- 
Toung  et  de  Yun-Nan  ne  sera  aliéné  en  faveur  d'aucune  puis- 
sance étrangère  : 

Qu'une  Concession  sera  garantie  à  un  Syndicat  britannique 
pour  la  construction  d'un  chemin  de  fer  de  Chang-Haï  à  Naii- 
King  ; 

Et  que  les  limites  de  la  colonie  de  Hong-Kong  seront  étendues 
à  une  ligne  tirée  de  la  Baie  Profonde  (J)eep  Bay)  à  la  Baie  Mirs 
{Mirs  Bay)  K 

PROJET    DE    CONVENTION    POl'U    KAO  LOUNG    (9    JUIN    1898)'. 

Considérant  que  depuis  beaucoup  d'années  il  a  été  reconnu 
qu'une  extension  du  territoire  de  Hong-Kong  esl  nécessaire  pour 
la  défense  convenable  et  la  protection  de  la  Colonie,  il  est  main> 

I.  Situation  de  l'/ndo-Chine  (iSg'j'ic^oi^,  p.  117. 

a.  China,  n*»  i  TiSqq),  p.  3i. 

3.   China,  n*»  i  (1899),  p.  158-169. 


IVO-LOI  NG  877 

tenant  convenu  entre  les  Goiivernenienls  de  Grande-Bretagne  et 
de  (Ihine  que  les  limites  dn  territoire  britannique  seraient  agran- 
dies, sous  bail,  jusque  l'extension  généralement  indiquée  sur  la 
«irte  annexée.  Les  limites  cxîictes  seront  ultérieurement  fixées 
lorsque  des  plans  particuliers  auront  été  faits  par  des  fonction- 
naires nommés  par  les  deux  Ciouvernemcnts.  La  durée  du  bail 
sera  de  quatre-vingt-dix-neuf  ans. 

H  est  convenu  en  même  temps  que  dans  la  ville  de  Kao-loung 
[Kowloon]  les  fonctionnaires  chinois  qui  y  résident  actuellement 
continueront  d'exercer  leur  jurfdiclion  autant  qu'elle  ne  sera 
pas  inconq)atible  avec  les  nécessités  militaires  j)Our  la  défense  de 
Ilong-Rong.  Dans  le  reste  du  territoire  nouvellement  cédé,  la 
Grande-Bretagne  devra  a\oir  seule  juridiction. 

Les  fonctionnaires  chinois  et  le  peuple  devront  être  auto- 
risés comme  par  le  passé  à  employer  la  route  de  Kao-loung  à 
Sin-ngan. 

Il  est  en  outre  convenu  que  le  lieu  de  débarquement  actuel 
près  de  la  ville  de  kao-loung  sera  réservé  pour  la  commodité  des 
vaisseaux  de  guerre  Ghinois,  des  bAtiments  de  commerce  et  de 
trans|)ortde  passagers,  qui  pourront  aller  et  venir  et  y  stationner 
à  leur  gré,  et  jx)ur  la  commodité  de  la  circulation  des  fonction- 
naires et  du  peuple  dans  la  ville. 

Quand  par  la  suite  la  Gliine  aura  construit  un  chemin  de  fer 
jusqu'aux  limites  du  territoire  de  Kao-loung  sous  le  contrôle 
britannique,  les  arrangements  seront  discutés. 

II  est  entendu  en  outre  qu'il  n'y  aura  ni  expropriation  ni 
expulsion  des  habitants  du  district  inclus  dans  cette  extension, 
et  que  si  on  a  besoin  de  terrain  pour  des  bureiiux  publics,  forti- 
fications, ou  autres  objets  également  oiFiciels,  il  sera  acheté  à  un 
prix  équitable. 

S'il  se  produit  des  cas  d'extradition  de  criminels,  ils  seront 
négociés  d'accord  avec  les  traités  existants  entre  la  Grande- 
Bretagne  et  la  Chine  et  les  Règlements  de  Hong-Kong. 

La  zone  louée  à  la  Grande-Bretagne,  ainsi  qu'elle  est  marquée 
sur  la  carte  annexée,  comprend  les  eaux  de  la  Baie  Mirs  et  la 
Baie  Profonde  (^Deep  Bay),  mais  il  est  convenu  que  les  vaisseaux 
de  guerre  Chinois,  neutres  ou  autres,  conservent  le  droit  de 
mouiller  dans  ces  eaux. 

Cette  Convention  entrera  en  vigueur  au  i"  juillet  1898,  cor- 
respondant au  i3®  jour  de  la  5*  lune  de  la  24*  année  de  Kouang- 
Siu.  Elle  sera  ratilicc  par  les  Souverains  des  deux  pays,  et  les 


878  L\    Cî  R^E 

ratifications  devront   être    échangées    h    Londres  aussitôt    que 
possible. 

En  foi  de  quoi,  etc. 

Le  9  juin  1898,  la  convention  fut  signée  dans  la  matinée 
au  Tsoung-li  Yamen  par  le  grand  secrétaire  Li  Houng^ 
tchang  et  par  le  Cantonais  Siu  Ying  k'ouei,  président  du 
Ministère  de  Tlntérieur. 


MORT  DU  PRINCE  KOUNG,  29  MAI  1898 

Le  prince  Koung  s'éteignit  dans  la  nuit  du  29  au  3o  mai, 
dans  sa  soixante-septième  année,  peu  d'heures  après  le  départ 
du  prince  Henri  de  Prusse  de  la  capitale.  Depuis  189V, 
Koung  avait  été  remis  à  la  tête  des  affaires  dont  il  avait  été 
éloigné  en  i884*,  mais  il  était  fatigué  ;  l'opium  plus  que  les 
soucis  et  Tâgc  avait  miné  sa  constitution  ;  depuis  quelques 
mois,  il  s'en  remettait  pour  le  soin  des  affaires  à  Weng 
T'oung-ho.  La  disparition  de  cet  homme  fin  et  intelligent, 
aux  manières  courtoises,  laissait  un  grand  vide  à  la  Cour 
impériale  et  si  Ton  songe  à  la  tentative  de  réformes  de  TEmpc- 
rcur  quelques  jours  plus  tard  et  le  coup  d'État  de  l'Impé- 
ratricc-douairière  au  mois  de  septembre  suivant,  on  peut  se 
demander  si  la  présence  du  prince  Koung  n'aurait  pu 
modifier  ou  tout  au  moins  ralentir  la  marche  des  événements. 
Le  prince  K'ing  allait  de  nouveau  rester  seul  à  la  tclc  du 
Tsoung-li  Yamen  :  il  n'avait  malheureusement  ni  la  volonté, 
ni  la  décision  nécessaires  pour  faire  tête  à  l'orage  qui 
menaçait. 


1.  Voir  III,  p.  193 

2.  Voir  II,  p.  433. 


CHAPITRE  XXI 
LES  CHEMINS  DE  FER 

Au  lendemain  de  la  guerre  de  1860,  par  laquelle  Fran- 
çais et  Anglais  avaient  forcé  les  portes  de  la  capitale  de  l'em- 
pire chinois,  établi  leurs  Légations  à  Pé-Ring,  et  ouvert  à 
l'activité  de  leurs  commerçants  de  nouveaux  ports  dans  les 
provinces  septentrionales  de  la  Chine,  des  esprits  pré- 
voyants examinèrent  la  question  de  la  possibilité  d'établir 
des  chemins  de  fer  dans  l'Empire  du  Milieu  et  la  meilleure 
manière  de  construire  des  voies  ferrées  si  les  projets  venus 
d'Europe  étaient  acceptés.  Je  citerai  parmi  ces  précurseurs 
Sir  Macdonald  Stephenson  qui,  en  i864,  publia  à  Londres 
un  rapport  sur  la  construction  de  chemins  de  fer  en  Chine. 
Ce  ne  fut  toutefois  que  douze  ans  plus  tard  que  l'on  devait 
voir,  et  cela,  grâce  à  une  sorte  de  subterfuge,  la  première 
locomotive. 

I.  Chemins  de  fer  de  Wou-soung.  —  A  la  suite  d'une 
concession  de  route  ordinaire,  la  maison  anglaise  de  Chang- 
Haï,  Jardine,  Matheson  et  C'*,  établit  du  village  de  Wou- 
Soung  à  l'entrée  de  la  rivière  de  Chang-Haï,  jusqu'à  cette 
ville,  environ  16  kilomètres,  le  premier  chemin  de  fer  qu'on 
ait  vu  dans  l'Empire  du  Milieu.  Le  3o  juin  1876,  on  en 
inaugurait  le  premier  tronçon  de  Chang-Haï  à  Kou-Wang  ; 
il  fut  recédé  en  1877  aux  Chinois  qui  l'enlevèrent  (Voir  II, 
pp.  107-110). 

En  avril  1897,  ^^  commença  la  construction  d'une  nou- 


38o  LES    CHEMINS    DE    FER 

velle  ligne  entre  Wou-Soung  et  l'arsenal  de  Kao-Tchang- 
Miao,  c'est-à-dire  environ  20  kilomètres,  qui  fut  inaugurée 
le  6  août  1898.  Ce  chemin  de  fer,  construit  par  des  ingé- 
nieurs allemands  pour  le  compte  d'une  compagnie  chinoise 
à  la  tète  de  laquelle  se  trouvait  Cheng  Tao-Taï,  sera  prolonge 
un  jour  jusqu'à  Sou-Tchéou,  Tclien-Kiang,  au  confluent  du 
Canal  impérial  et  du  Kiang,  et  Nan-King;  cette  dernière 
ligne  a  été  concédée  à  la  maison  Jardine,  Matheson  et  C"*  de 
Chang-Haï.  La  moitié  des  rails  du  chemin  de  fer  de  Wou- 
Soung  provenait  d'Angletijrre,  Tautre  fut  fournie  par  la  mai- 
son John  Cockerill,  de  Seraing.  Trois  locomotives  vinrent 
d'Amérique.  L'écarlement  de  la  voie  est  le  même  que  celui 
des  autres  chemins  de  fer  chinois,  c'est-à-dire  4  pieds 
8  pouces  1/2  anglais  z=:  i™,/|359. 

II.  Chemins  de  fer  du  Nord.  —  B.  K AI-PING.  Le  pre- 
mier chemin  de  fer  du  Nord  qui  ne  se  rattachait  à  aucun 
•projet  d'ensemble  avait  pour  but  unique  de  desservir  les  mines 
de  houille  de  Kai-Ping,  situées  dans  la  province  de  Tché-Li, 
au  Nord-Est  de  Tien-Tsin,  dans  lesquelles  Li  Iloung- 
tchang  avait  de  grands  intérêts.  En  1878,  l'ingénieur  anglais, 
Burnelt,  directeur  de  la  Compagnie  de  ces  charbonnages,  se 
rendit  compte  de  la  nécessité  de  créer  des  moyens  de  trans- 
port pour  trouver  des  débouchés  à  la  production  considé- 
rable de  ces  mines.  Il  songea  tout  d'abord  à  relier  Tang- 
Chan,  lieu  d'extraction  du  charbon,  à  Tang-Kou,  lieu 
d'embarquement  le  plus  proche  ;  il  fit  venir  dans  ce  but,  du 
Japon,  l'ingénieur  C.  Kinder,  qui  n'ayant  pu  obtenir  l'au- 
torisation nécessaire,  retourna  à  Tokio,  en  1874.  En  consé- 
quence, la  Compagnie  des  Mines  se  décida  à  creuser  un  c^nal 
à  niveau,  partant  de  Lou-Taï,  sur  le  Pe-Tang  IIo  et  allant  à 
Siu-Ko-Tchouang,  à  environ  18  kilomètres  de  Tang-Chan. 
Entre  Siu-Ko-Tchouang  et  Tang-Chan,  une  différence  d'al- 
titude de  25  mètres  n'aurait  permis  la  prolongation  du  canal 
jusqu'à  l'exploitation  de  la  mine  qu'àTaide  d'écluses  et  d'un 


LES    CHEMINS    DE    FER  38 1 

réservoir  diflicile  à  alimenter,  ce  qui  aurait  singulièrement 
augmenté  les  frais.  On  se  contenta  donc  de  transporter  le 
charl)on  de  la  mine  jusqu'il  Siu-Ko-tchouang  par  un  tramway 
traîné  par  des  mules.  Les  travaux  du  canal,  terminés  en 
1881,  permirent  de  trans|)orter,  sur  des  gabares  remorquées 
par  de  petits  bateaux  à  vapeur,  le  cbarbon  chargé  k  Siu- 
ko-tcliouang  soit  à  Tien-Tsin  par  le  Lan  Ilo,  soit  sur  ïang- 
Kou,  parle  Pe-Tang  Ilo  et  le  Te  Ho,  rivière  canalisée. 

Le  directeur,  M.  Burnett,  était  tellement  certain  de  son 
entreprise  qu'il  avait  donné  à  sa  ligne  de  tramway  Técarte- 
ment  normal  de  i  pieds  8  pouces  i/a  =  i",/|35()  :  il  pré- 
voyait le  moment  où  sa  ligne  embryonnaire  ferait  partie  du 
système  général  des  chemins  de  fer.  H  moui-ut  en  1877,  et 
fut  remplacé  par  M.  C.  Kinder.  Cehii-ci  ne  tarda  pas  à  se 
concilier  les  bonnes  grâces  des  fonctionnaires,  et  avec  les 
débris  d'une  vieille  drague  h  vapeur,  vers  la  fin  de  1878,  il 
construisait  tant  bien  (pie  mal  une  lcx:om()tive,  qui  baptisée 
liockcl  of  China ,  connnença  en  1881,  à  circuler,  non  sans 
quelque  appréhension,  entre  Siu-ko  tcliouang  et  Tang-Chan. 
Li  lloung-lchang  était  trop  intelligent  el  trop  intéressé  en 
même  temps,  pour  ne  pas  comprendre  immédiatement 
rintérél  de  l'innovation  et  il  concédait  à  la  (Compagnie  de 
Charbonnages,  dont  il  était  un  des  principaux  actionnaires, 
la  fourniture  des  ports  et  de  la  flotte  du  Nord  (Pt*  }'(/m/), 
ainsi  que  des  vapeurs  (J^hina  Mercliants  Steam  ISariyation 
Co.)  faisant  le  service  des  lignes  Tien-Tsin  (Ihang-Haï,  et 
Chang-llaï-Kobé-Nagasaki-^okohama.  Le  vice-roi  de  Can- 
ton, Li  Han-tchang,  frère  de  Li  lloung-tchang,  sur  Tinvi- 
talion  de  ce  dernier,  donnait  également  à  la  Compagnie  de 
Kai  Ping,  la  fourniture  de  la  flotte  du  Sud  (^\iin  Yant/^  cl 
hii  permettait  d'établir  un  dépôt  sur  les  bords  de  la  rivière 
de  rOuest  (iSV-A'/a/i//).  Mais  le  tramway  ne  devait  pas  s'ar- 
rêter en  si  bonne  voie  et  M.  Kinder  obtint  l'autorisation  de 
le  prolonger  jusqu'à  Lou-Taï. 


382  LES    CHEMINS    DE    FER 

En  1886,  un  Décret  inipérifil  approuvait  la  constitution 
d'une  Compagnie  Impériale  de  (Chemins  de  fer  (Jmpériat 
Northern  Railway  of  China),  qui  obtenait  la  concession  de 
la  ligne  de  chemin  de  fer  de  Tien-Tsin  h  Kai-Ping  par 
Tang-Kon;  en  1886,  la  première  section  de  la  ligne 
(28  milles)  fut  ouverte  jusqu'à  Lou-Taï;  la  prolongation 
jusqu'à  Tien-Tsin  (6ii  milles)  fut  complétée  en  1888,  et  le 
premier  train  spécial  de  Kai-Ping  h  Tien-Tsin  fut  lancé  par 
M.  Kinder,  le  25  juillet  1888.  L'année  suivante,  1889,  la 
ligne  fut  continuée  au  M.-E.,  de  Kai-Ping  à  Kou-Yé,  avec 
un  embranchement  de  2  kilomètres,  construit  en  1891  pour 
desservir  les  mines  de  Lin-Si,  achetées  récemment  i^tr  la 
Compagnie  de  Kai-Ping. 

B.  KIRIN,  Les  difficultés  avec  la  France  à  propos  du 
Tong-King,  et  le  blocus  des  ports  du  Nord  par  l'amiral 
Courbet,  avaient  montré  à  la  Chine  la  nécessité  de  s'assurer, 
par  des  lignes  de  chemin  de  fer,  les  approvisionnements  de 
charbon  qui  ne  i)ouvaient  pas  lui  arriver  par  mer.  D'autre 
part,  la  crainte  du  grand  chemin  de  fer  sibérien  hantait  les 
esprits  et  le  désir  de  répondre  à  la  grande  entreprise  russe, 
décida  Li  Houng-tchang  a  donner  un  nouveau  développe- 
ment à  la  hgne  de  chemins  de  fer  du  Nord.  Les  conseillers 
allemands  du  vice-roi,  le  Colonel  Vogel  et  M.  von  Han- 
neken,  le  poussaient  non  moins  que  M.  Kinder;  aussi  un 
Allemand,  lieutenant  d'artillerie,  Petrovsky,  fut-il  chargé 
d'étudier  la  défense  de  la  région,  située  au  confluent  de  la 
Non-Ni  et  du  Soungari.  La  tète  de  ligne  aurait  été  placée  Ix 
Houn-Tchouen,  près  de  la  frontière  de  la  Corée  et  des  pos- 
sessions russes,  mais  on  craignit  que  le  choix  de  cette  ville, 
point  frontière,  ne  fut  considéré  par  les  Moscovites  comme 
une  provocation,  aussi  décida-t-on  que  le  chemin  de  fer 
aurait  sa  station  terminus  à  Kirin,  capitale  de  la  province 
mandchourienne  du  même  nom. 

Pour  éviter  les  réclamations  de  la  France  par  l'article  VII 


LES    CHEMINS    DE    FER  383 

du  traité  de  Tien-Tsin  du  9  juin  i885*,  qui  renfermait  la 
dause  suivante  :  «  Lorsque,  de  son  coté,  la  Chine  aura  dé- 
cidé de  construire  des  voies  ferrées,  il  est  entendu  qu'elle 
s'adressera  à  l'industrie  française,  et  le  gouvernement  de  la 
République  lui  donnera  toutes  les  facilités  possibles  pour  se 
procurer  en  France  le  personnel  dont  elle  aura  besoin.  Il  est 
entendu  aussi  que  cette  clause  ne  peut  être  considérée 
comme  constituant  un  privilège  exclusif  en  faveur  de  la 
France  »,  le  Gouvernement  chinois  se  décida  à  construire  lui- 
même  la  nouvelle  ligne  de  chemin  de  fer,  et  par  décret  impé- 
rial du  17  juillet  1891,  affecta  à  cette  entreprise  une  somme 
annuelle  de  deux  millions  de  taëls  (i  i  Sooooo  francs). 

Cette  même  année  (1891)  la  ligne  privée  de  Kai-Ping  et 
la  ligne  d'État  de  Kirin  étaient  placées  sous  la  même  admi- 
nistration, et  le  10  octobre,  cette  fusion  était  rendue  publi- 
que par  une  circulaire,  signée  par  le  directeur  Yang  Houng- 
lien  et  le  sous-directeur  Pethick.  M.  kinder  perdait  la 
première  place  tout  en  restant  ingénieur.  Au  commencement 
de  189/1,  It'ï  ligfïe  était  prolongée  de  Kai-Ping  à  Chan-Hai- 
Kouan  à  l'entrée  de  la  Grande-Muraille. 

C.  MEOU-TCnOUAiXG.  —  En  1896,  à  la  suite  de  la 
guerre  sino-japonaise,  la  ligne  de  Kai-ping  à  Kou-yé  fut 
rachetée  pour  le  Gouvernement  chinois,  par  la  Compagnie 
impériale  de  Chemins  de  fer.  La  ligne  de  Chan-Haï-Kouan, 
au  pied  de  la  Grande  Muraille,  devait  être  prolongée  jusqu'à 
Nieou-tchouanget  Kin-tchéou.  D'autre  part,  on  prolongeait  la 
lignedeTien-tsin,  en  longeant  le  Pei-ho  jusqu'à  Yang-tsoun, 
et  de  là,  en  s'écartant  du  fleuve,  jusqu'à  Ma-Kia-pou,  à 
3  kilomètres  de  la  porte  Sud  de  la  ville  chinoise  de  Pé-King; 
un  tramway  électrique,  depuis  le  i*'  février  1899,  relia  Ma- 
Kia-pou  à  cette  porte  ;  il  a  été,  depuis  les  événements  de 
1900,  remplacé  par  un  chemin  de  fer. 

1.   Voir  II,  p.  534. 


38/|  LES    CnFMI\S    DE    FER 

D.  MANDCIIOURIE,  —  En  août-septembre  1896,  une 
convention  fut  signée  à  FY»-King  avec  la  Chine  (Voir  p.  343), 
réglant  la  question  des  chemins  de  fer  de  Mandchourie  et 
leur  rattachement  au  Transsibérien.  C'était  la  récom|icnse 
des  services  rendus  par  la  Kussie  à  la  Chine  jjour  la  rétro- 
cession du  Liao-Toung.  Voici  les  clauses  de  cette  Convention, 
relatives  au  chemin  de  fer. 

I.  —  Le  Grand  Chemin  de  fer  delà  Sibérie  Russe  étant  sur 
le  point  d'être  terminé,  la  Chine  consent  à  autoriser  la  Russie  à 
prolonger  son  chemin  de  fer  sur  les  territoires  chinois. 

(a)  Du  port  russe  de  Vladivostock  dans  la  ville  chinoise  de 
Iloun-chouen  dans  la  province  de  Kirin,  de  là  au  nord-ouest  à 
la  capitale  provinciale  de  Kirin. 

Et  (Jj)  de  la  station  de  chemin  de  fer  dune  ville  quelconque 
de  Sibérie  à  la  ville  chinoise  de  Aigoun,  dans  la  pro\incedr 
Hé-loung-kiang  ;  de  là  au  sud-ouest  à  la  capitale  provinciale  de 
Tsitsihar,  à  la  ville  de  IVtuné,  dans  la  province  de  Kirin  et 
ensuite  au  sud-est,  à  la  ca[)itale  provinciale  de  Kirin. 

3.  —  Tous  les  chemins  de  fer  établis  par  la  Russie  dans  les 
provinces  chinoises  de  Hé-h)ung-kiang  et  de  Kirin,  devront  èlre 
construits  aux  seuls  dépens  de  la  Russie  et  leurs  règlements  et 
leur  construction  devront  être  evchisivement  d'après  le  svstéme 
russe,  avec  lequel  la  (Ihine  n'a  rien  à  faire  et  le  contrôle  entier 
sera  entre  les  mains  de  la  Russie  pour  la  durée  de  trente  années. 
A  la  lin  de  la  dite  période,  la  Chine  sera  autorisée  à  réunir  les 
fonds  nécessaires  pour  racheter,  après  estimation  propre  de  lu 
valeur  des  dits  chemins  de  1er,  leur  matériel  roulant,  les  ateliers 
de  machines  et  les  bâtiments  (pii  s'v  rattachent.  Quant  à  la 
façon  dont  la  Chine  rachètera  à  cette  date  ces  chemins  de  fer, 
elle  sera  laissée  à  une  considération  future. 

3.  -  -  La  (Ihine  possède  actuellement  un  chemin  de  fer  qu'elle 
a  l'intention  d'étendre  de  Chan-llaï-kouan  à  Moukden.  capitale 
de  la  pro\incede  Feng-tien.  et  de  Moukden  à  la  capitale  de  la 
pro>ince  de  Kirin.  Si  la  (iliine  trouve  ensuite  des  inconvénients  à 
construire  cette  ligne,  elle  autorisera  la  Russieà  fournir  les  fonds 
j)our  construire,  en  faveur  de  la  (Ihine,  cette  ligne  de  Kirin.  seré- 
ser\ant  le  droit  de  la  racheter  au  l>oul  de  dix  ans.  (^>uant  au  tracé 
de  ce  chemin  de  fer,  la  Russie  adoptera  les  plans  déjà  faits  par 
la  Chine,  c'est-à-dire  de  Kirin  à  Moukden,  Niéou-tchouang,  etc. 


LKS    C1IE\II^S    DE    FER  385 

l\.  —  La  ligne  qui  doil  ôlre  construite  par  la  Chine,  débutant 
par  Clian-Hai-Kouan,  dans  le  Feng-tien.  à  Niéou-tchouang, 
Kaiping,  Rin-tcheou.  Lou-Koiin-k'eou  (Port-Arthur)  et  Ta-lien- 
wan  et  ses  dépendances,  suivra  les  règlements  des  chemins  de 
fer  russes  afin  de  faciliter  les  échanges  commerciaux  entre  les 
Empires  respectifs. 

5.  —  Quant  aux  chemins  de  fer  devant  être  construits  par  la 
Russie  sur  territoire  chinois,  les  routes  par  lesquelles  passeront 
les  dites  lignes  devront  être  protégées,  comme  d*habitude,  par 
les  autorités  locales,  civiles  et  militaires,  du  pays.  De  plus  ces 
dernières  devront  accorder  toutes  les  facihtés  et  leur  aide,  dans 
ces  diverses  stations  de  cliemins  de  fer,  aux  autorités  civiles  et 
militaires  de  Russie,  ainsi  qu'à  tous  les  artisans  russes  et  travail- 
leurs qui  dépendent  de  ces  chemins  de  fer.  Mais  comme  il  serait 
quelquefois  difficile  aux  autorités  chinoises  de  garantir  Taide  et 
la  protection  nécessaires  sur  tout  le  parcours  de  la  ligne  de  che- 
min de  fer  qui  traversera  en  grande  partie  des  territoires  peu 
habités  et  stériles,  la  Russie  est  autorisée  à  placer  aux  diverses 
stations  importantes  des  bataillons  spéciaux  de  cavalerie  et  d'in- 
fanterie pour  mieux  assurer  la  protection  de  la  propriété  du 
chemin  de  fer. 

L'arrangement  de  mars  1898  relatif  à  Port-Arthur  permet- 
tait de  prolonger  la  ligne  précédente  jusqu'à  ce  port  ou  jus- 
qu'à Ta-lien-wan. 

IIL  Grand  central:  Pé-Kin(j-Han-Kéou,  —  A  la  suite 
d'un  décret  de  l'Impératrice  récente  du  \lx  février  1889, 
Tchang  Tchi-loung  fît  un  rapport  par  lequel  il  demandait 
que  l'on  différât  la  construction  du  chemin  de  fer  entre  Tien- 
tsin  et  Toung  Ichéou  et  qu'on  établit  une  voie  principale 
dans  les  provinces  du  centre.  La  Gazette  de  Pé-Kiny,  du 
8  août  1889,  renfermait  un  décret  impérial  nommant  Tchang 
Tchi-toung,  qui  fut  remplacé  à  Canton  par  Li  Han-tchang, 
frère  de  Li  Ilouang  tchang,  vice-roi  du  Hou-Kouang.  Cette 
décision  du  gouvernement  chinois  se  rattachait  à  la  création  d  u 
chemin  de  fer  reliant  Pé-King  à  Han-Kéou,  dont  Tchang  s'était 
GoRDiKR.  m.  —  aS 


386  LES    CHEMINS    DE    FER 

monlrc  partisan  dans  un  rapport  spécial  adressé  au  Trône.  Le 
cinquième  prince,  Toun,  s'était  mis  à  la  tête  d'un  mouve 
ment  pour  contraindre  l'Impératrice  à  différer  l'exécution  du 
chemin  de  fer  projeté  à  ïien-tsin  et  Toung-tcheou  ;  il  mourui 
d'apoplexie  dans  la  nuit  du  i8  février  1889. 

A  l'occasion  de  l'établissement  du  chemin  de  fer  décrété 
entre  Pé-King  et  Han-Kéou,  la  Cour  s'était  fait  présenter 
par  les  six  ministres  un  étal  des  ressources,  que  le  paiement 
des  impôts  et  taxes  met  à  sa  disposition,  déduction  faite  des 
sommes  qui  sont,  d'après  les  règles  établies,  prélevées  sur  les 
revenus  pour  être  employées  par  les  autorités  locales  dans 
les  18  provinces. 

Voici  le  compte  des  sommes  qui  avaient  été  transmises  en 
1888  au  Trésor  impérial  de  Pé-king. 

Taëls. 

Produit  des  douanes  maritimes..  i5  800000 

Revenu  de  l'opium 7900000 

Douanes  intérieures i^ooooo 

Pé-King  (taxes  extraordinaires)..  laSSoocx) 

Sel.     .      , 12  880000 

Impôt  foncier loyGoooo 

Taxe  sur  le  thé 1800000 

Taxe  sur  les  biens  des  fermiers  du  sel.  i  3oo  000 

Monts  de  piété 72^000 

Droits  divers 1 5  800  000 

Suppression  de  certaines  pensions.  .  028000 

Tôt  AI 84  982  000 


Soit  en  francs,  au  change  de  6  fr.  20,  53o825ooo  francs. 


* 
*   * 


Au     mois    de    novembre    1896,    le  tao-tai    (Uieng  était 
nommé  directeur  général  du  chemin  de  fer  qui  devait  être 


Les    CUEMliNS    DE    FEH  387 

construit  de  Pé-King  à  llan-Kéou.  Quoique  rien  ne  fût 
encore  décidé,  quant  aux  conditions  dans  lesquelles  celte 
ligne  serait  construite  et  les  capitaux  nécessaires  seraient  réu- 
nis, M.  Gérard  (g  novembre)  crut  néanmoins  réserver  dès 
lors  nos  droits  et  revendiquer  la  part  que  l'article  VII  du 
traité  du  9  juin  i885  assurait  à  notre  industrie  dans  les 
grandes  entreprises  de  travaux  publics  en  Cliine.  Les  indus- 
triels et  les  financiers  français,  consultés,  déclarèrent  qu'ils 
seraient  disposés  a  s'intéresser  à  l'entreprise  du  chemin  de  fer 
de  Han-Kéou  à  Pé-King,  s'il  leur  était  fait  des  *  conditions 
acceptables. 

Cheng  Tao-tai  s'adressa  pour  les  fonds,  aux  Belges,  pour 
un  emprunt  de  100  millions  de  francs.  Une  entente  s'établit 
entre  financiers  belges  et  financiers  français  et  le  directeur 
Cheng  pour  fournir  les  fonds,  et  le  22  juillet  1897,  un  con- 
trat définitif  relatif  à  l'emprunt  de  4  5oo  000  livres  sterling 
pour  le  chemin  de  fer  de  Han-Kéou  à  Pé-King,  fut  signé  à 
Chang-Iiaï,  par  les  délégués  du  consortium  franco-belge  et  le 
directeur  Cheng. 

Malgré  une  démarche  faite  par  le  Ministre  d'Angleterre 
auprès  du  Tsoung-li  Yamen,  pour  s'opposer  à  la  ratification 
du  contrat  relatif  au  chemin  de  fer,  sous  le  prétexte  d'une 
prétendue  participation  de  la  banque  russo-chinoise  à  Tafiaire 
(i**^  juillet),  le  décret  impérial  sanctionnant  le  contrat  fut 
signé  à  Pé-King,  le  12  août  1898. 

M.  Delcassé  pouvait  télégraphier  le  3o  avril  1899  à 
M.  Piclion,  à  Pé-King  : 

La  première  émission  de  1 33  000  obligations  du  chemin  de  fer 
d'Han-Kéou  à  Pc-King  a  eu  lieu.  L'emprunt  a  été  couvert  deux 
fois  environ. 

Cette  ligne  centrale,  qui  est  désignée  sous  le  nom  de  Lou- 
Han,  à  cause  de  ses  deux  points  extrêmes,  Lou-Kou  K'iao 
et  Han-Kéou  aura  environ  i  3oo  kilomètres  de  longueur.  Le 


386  LES    CHEMINS    DE    FKH 

montré  partisan  dans  un  rapport  spécial  adressé  au  Trône.  Le 
cinquième  prince,  Toun,  s'était  mis  à  la  tête  d'un  mouve- 
ment pour  contraindre  l'Impératrice  à  différer  l'exécution  du 
chemin  de  fer  projeté  à  Tien-tsin  et  Toung-tcheou  ;  il  mourut 
d'apoplexie  dans  la  nuit  du  i8  février  1889. 

A  l'occasion  de  l'établissement  du  chemin  de  fer  décrété 
entre  Pé-King  et  Han-Kéou,  la  Cour  s'était  fait  présenter 
par  les  six  ministres  un  état  des  ressources,  que  le  paiement 
des  impôts  et  taxes  met  à  sa  disposition,  déduction  faite  des 
sommes  qui  sont,  d'après  les  règles  établies,  prélevées  sur  les 
revenus  pour  être  employées  par  les  autorités  locales  dans 
les  18  provinces. 

Voici  le  compte  des  sommes  qui  avaient  été  transmises  en 
1888  au  Trésor  impérial  de  Pé-King. 

Taêls. 

Produit  des  douanes  maritimes..  1 5  800  000 

Revenu  de  l'opium 790000U 

Douanes  intérieures /i  600  000 

Pé-King  (taxes  extraordinaires)..  12850000 

Sel .     .      , '  .      .      .  12  880  000 

Impôt  foncier loySoooo 

Taxe  sur  le  thé 1800000 

Taxe  sur  les  biens  des  fermiers  du  sel .  i  3oo  000 

Monts  de  piété 72^000 

Droits  divers 1 5  800  000 

Suppression  de  certaines  pensions.  .  628000 

Total.  .  84  982  000 

Soit  en  francs,  au  change  de  6  fr.  25,  53o825ooo  francs. 

*   * 

Au     mois    de    novembre    1896,    le  tao-tai    Cheng  était 
nommé  directeur  général  du  chemin  de  fer  qui  devait  être 


LES    CllEMlNS    DE    FEh  387 

construit  de  Pé-Klng  à  Ilan-Kéou.  Quoique  rien  ne  fût 
encore  décidé,  quant  aux  conditions  dans  lesquelles  cette 
ligne  serait  construite  et  les  capitaux  nécessaires  seraient  réu- 
nis, M.  Gérard  (9  novembre)  crut  néanmoins  réserver  dès 
lors  nos  droits  et  revendiquer  la  part  que  l'article  VII  du 
traité  du  9  juin  i885  assurait  ù  notre  industrie  dans  les 
grandes  entreprises  de  travaux  publics  en  Chine.  Les  indus- 
triels et  les  financiers  français,  consultés,  déclarèrent  qu'ils 
seraient  disposés  à  s'intéresser  à  l'entreprise  du  chemin  de  fer 
de  Han-Kéou  à  Pé-King,  s'il  leur  était  fait  des  *  conditions 
acceptables. 

Cheng  ïao-tai  s'adressa  pour  les  fonds,  aux  Belges,  pour 
un  emprunt  de  100  millions  de  francs.  Une  entente  s'établit 
entre  financiers  belges  et  financiers  français  et  le  directeur 
Cheng  pour  fournir  les  fonds,  et  le  22  juillet  1897,  ^^  ^^^~ 
trat  définitif  relatif  à  l'emprunt  de  4î>ooooo  livres  sterling 
pour  le  chemin  de  fer  de  llan-Kéou  à  Pé-King,  fut  signé  à 
Chang-Haï,  par  les  délégués  du  consortium  franco-belge  et  le 
directeur  Cheng. 

Malgré  une  démarche  faite  par  le  Ministre  d'Angleterre 
auprès  du  Tsoung-li  Yamen,  pour  s'opposer  à  la  ratification 
du  contrat  relatif  au  chemin  de  fer,  sous  le  prétexte  d'une 
prétendue  participation  de  la  banque  russo-chinoise  à  Taffaire 
(i**^  juillet),  le  décret  impérial  sanctionnant  le  contrat  fut 
signé  à  Pé-king,  le  12  août  1898. 

M.  Delcassé  pouvait  télégraphier  le  3o  avril  1899  à 
M.  Pichon,  à  Pé-King: 

La  première  émission  de  1 33  000  obligations  du  chemin  de  fer 
d'Han-Réou  à  Pc-King  a  eu  lieu.  L'emprunt  a  été  couvert  deux 
fois  envirou. 

Cette  ligne  centrale,  qui  est  désignée  sous  le  nom  de  Loa- 
Han,  à  cause  de  ses  deux  points  extrêmes,  Lou-Kou  K'iao 
et  Han-Kéou  aura  environ  i  3oo  kilomètres  de  longueur.  Le 


388  LES    CHEMINS    DK    FER 

syndicat  franco-belge  obtint  la  rétrocession  de  la  section  du 
chemin  de  fer  de  Lou-Kou  K'iao  à  Pao-ting-fou,  que  la  Com- 
pagnie impériale  des  chemins  de  fer  chinois,  dirigée  par 
Cheng,  avait  fait  construire  par  les  ingénieurs  de  la  Com- 
pagnie du  Nord. 

* 

IV.  Chemin  de  fer  du  Chan-si.  —  Cette  ligne,  dont  la 
concession  a  été  confirmée  en  mai  1898,  qui  ne  sera  qu'un 
embranchement  du  Grand  Central,  ira  de  Tch'éng-ting,  dans 
leTché-li  à  Taï-yuen,  capitale  de  la  provincedu  Chan-si,  qui  est 
un  grand  bassin  minier  ;  cette  ligne  d'environ  200  kilomètres, 
concédée  à  la  Banque  russo  chinoise  doit  être  construite  par 
un  syndicat  de  compagnies  françaises  :  Fives-Lille,  Creusol, 
Batignolles,  etc. 


V.  Chemin  de  fer  du  Chen-si.  —  Cette  ligne  qui  doit 
relier  Taï-yuen  à  Si-ngan  fou,  capitale  du  Chcn-si,  a  été 
concédée  pour  l'exploitation  des  mines  à  un  syndicat  italien 
(Luzatti)  qui  est,  je  crois,  loin  de  mettre  ce  projet  à  exécution. 


VI.  Chemin  de  fer  dl  Chan  tounc.  —  A  la  suite  de 
l'occupation  de  Kiao-tcheou,  l'Allemagne  s'est  préoccupée 
de  relier  sa  nouvelle  possession  au  reste  de  la  province  du 
Chan-toung;  elle  construit  un  chemin  de  fer  partant  de 
Tsing-tao  contournant  la  baie  de  Kiao-tchéou,  allant  à  la 
ville  de  ce  nom,  et  de  là  par  Wei-h'ien  à  Tsi  nan  fou,  capi- 
tale de  la  province.  De  Tsi-nan,  le  chemin  de  fer  reviendra  h 
Kiao-tchéou,  par  Yi-tchéou.  Longueur:  826  kilomètres. 


LES    CHEMINS    DE    FER  889 

VII.  Lir.NE  DE  TiEN-Tsr>'  A  TcHEx-KiANG.  —  Celle  ligne, 
autorisée  par  décret  impérial  du  1 1  février  1898,  qui  doit 
suivre  la  vallée  du  Canal  impérial,  en  passant  par  ïsé-kou 
dans  le  Chan-Toung,  serait  destinée  à  faire  concurrence  au 
Grand  Central,  beiiucoup  plus  long.  Elle  serait  d'environ 
600  milles  anglais.  Celte  ligne  serait  construite  par  un  syn- 
dicat anglo-allemand,  représenté  par  la  Hong-Kong  and 
Shanghai  Banking  Corporation,  Messrs  Jardine,  Matheson 
&  C*  et  la  Deulsrhe-Asialische-Bank  qui  signèrent  un  con- 
trat le  2  septembre  1898. 


*   * 


VII ï.  Chemin  de  fer  du  Koiang-si.  —  Dès  le  traité  de 
paix  du  9  juin  i885,  la  Krance  avait  lié  la  question  des  ch(v 
mins  de  fer  à  la  question  même  de  sa  pénétration  en  Chine 
par  les  voies  du  Tong-King,  de  l'Annam  et  du  Laos.  C'est 
dans  ce  dessein  qu'avait  été  insérée  au  deuxième  paragraphe 
de  l'article  5  de  la  Convention  complémentaire  du  20  juin  1895 
la  disposition  suivante  :  «  Il  est  convenu  que  les  voies  ferrées, 
soit  déjà  existantes,  soit  projetées  en  Annam,  ppurront,  après 
entente  commune  et  dans  des  conditions  à  définir,  être  pro- 
longées sur  le  territoire  chinois.  » 

Le  1/4  juillet  1896,  M.  Ilanotaux  donnait  à  M.  Gérard  des 
instructions  pour  négocier  la  prolongation  éventuelle  en 
Chine  jusqu'à  Loung-Tcheou,  et  au  delà,  du  chemin  de  fer 
de  Lang-So'n,  et  le  17  août,  avisait  notre  ministre  à  Pé- 
King  que  la  Compagnie  de  Fives-Lille  demandait  sous  les 
auspices  du  Gouvernement  de  la  République,  l'autorisation 
de  construire  le  chemin  de  fer  de  Dong-Dang  à  Loung- 
Tcheou. 

Les  négociations  commencèrent  le  9  septembre  1895,  par 

la  remise  au  Tsoung-Li  Yamen  de  la  demande  de  concession 

d  e  la  Compagnie  de  Fives-Lille.  La  Chine  qui  ne  possédait 

encore  que  la  ligne  ferrée  de  Tien-lsin  à  Ta-Kou  et  à  Chan- 


390  LES    CHFMINS    DE    FEK 

Ilaï-Kouan,  répondit  d'abord  à  la  demande  par  un  refus 
poli,  mais,  après  de  nouvelles  négociations,  le  3i  mars  1896, 
le  Tsoung-Li  Yamen  notifiait  oQiciellcment  à  M.  Gérard, 
un  décret  impérial  du  20  mars  autorisant  la  création  de  la 
ligne  de  Loung-tchcou  ;  enfin,  le  5  juin  1896,  la  Com- 
pagnie de  Fives-Lille  obtenait  une  concession  de  construc- 
tion et  d'exploitation  h  forfait  de  cette  ligne,  au  compte 
et  aux  risques  de  la  Chine,  pendant  une  durée  de  trente-six 
ans,  pouvant  elle-même  être  prolongée  et  renouvelée. 

«  La  signature  entre  la  Compagnie  de  Fives-Lille  et  le 
Gouvernement  impérial  du  contrat  relatif  au  chemin  de  fer 
de  Loung-tcheou,  dit  notre  ministre  à  Pé-King,  est  une  date 
dans  l'histoire  de  l'ouverture  de  la  Chine.  Considérée  sous 
cet  aspect  et  quelle  que  soit  la  longueur  de  la  ligne  à  cons- 
truire, la  négociation  qui  vient  d'aboutir  méritait  hautement 
d'être  poursuivie  et  menée  jusqu'au  terme.  » 

M.  Gérard  aurait  pu  ajouter  qu'une  grande  part  du  succès 
des  négociations  lui  revenait. 


4c      * 


La  signature  de  l'arrangement  anglais  du  f\  février  1897^ 
nous  obligeait  à  demander  une  compensation  que  Li  Houng- 
tchang,  lui-même,  reconnaissait  nous  être  due  ;  en  consé- 
quence, le  i3  février,  M.  Gérard  présentait  au  prince  K'ing 
les  demandes  suivantes  au  nom  de  la  France  : 

i"  Le  prolongement  du  chemin  de  fer  de  Loung-tcheou,  soit 
jusqu'à  ISan-niiig  Fou  et  Pe-Se.  soit  jusqu'à  d'autres  points  qu'il 
y  aurait  lieu  de  déterminer; 

3"  L'accès  et  la  pénétration  de  notre  commerce  au  Yun-\an  et 
notamment  jusqu'à  Yun-Nan  fou  par  les  voies  et  moyens  que  le 
Gouvernement  de  la  République  reconnaîtrait  les  plus  pratiques  ; 

3"  Le  droit  d'exploitation,  parallèlement  au  chemin  de  fer  ou 

I.  Voir  j)agc  178. 


LES    CHEMINS    DE    FER  Sq  I 

autres  voies  de  pénétration,   des  mines  des  deux   Kouang  et  du 
Ynn-Nan. 

Le  Tsoung-li  Yamcn    répondit  le    12  juin    1897  ^  notre 

Ministre,  relativement  à  la  demande  concernant  les  chemins 

de  fer. 

I®  Il  est  entendu  que,  conformément  à  l'article  5  de  la  Con- 
vention commerciale  complémentaire  du  30  juin  1896,  ainsi 
qu'au  contrat  intervenu  le  5  juin  1896,  entre  la  Compagnie  de 
Fives-Lille  et  l'administration  oflicielledu  chemin  de  fer  de  Dong- 
Danfç  à  Loung-tcheou  et  aux  dépêches  échangées  les  a  et  a5  juin 
de  la  même  année  entre  notre  Yamen  et  la  Légation  de  la  Répu- 
blique, si  la  Compagnie  de  Fivos-Lille  a  convenablement  réussi, 
et  dos  que  la  ligne  de  Dong-Dang  à  Loung-tcheou  sera  achevée, 
on  ne  manquera  pas  de  s'adresser  à  elle  pour  le  prolongement 
de  la  dite  ligne  dans  la  direction  de  Nan-ning  et  de  Pe-se; 

2°  11  est  entendu  que,  conformément  à  l'art.  V  de  la  Conven- 
tion commerciale  complémentaire  du  ao  juin  1895,  dans  les  trois 
provinces  limitrophes  du  Sud,  Kouang-Toung,  Kouang-Si  et 
Yun-Nan,  le  Gouvernement  chinois  fera  appel,  pour  les  mines  à 
exploiter,  h  l'aide  d'ingénieurs  et  industriels  français; 

3°  Il  est  entendu  que  la  Chine  entreprendra  des  travaux  pour 
l'amélioration  de  la  navigabilité  du  haut  Fleuve  Rouge,  et  qu'en 
vue  des  intérêts  du  commerce,  elle  aplanira  et  amendera  la  route 
de  IIo-K'eou  à  Man-Haoet  Mong-tseu  jusqu'à  la  capitale  provin- 
ciale. Il  est  entendu,  en  outre,  que  faculté  sera  donnée  d'établir 
une  voie  de  communication  ferrée  entre  la  frontière  de  l'Annam 
et  la  capitale  provinciale,  soit  par  la  région  de  la  rivière  de  Pe-se, 
soit  par  la  région  du  haut  Fleuve  Rouge  ;  les  études  et  la  mise  à 
exécution  par  la  Chine  devant  avoir  lieu  graduellement. 

IX.  Chemin  de  fer  du  Yun-Nan.  —  Le  7  mars  1898, 
M.  Hanotaux,  Ministre  des  Affaires  Étrangères,  écrivait  à 
M.  Diibail,  chargé  d'Affaires  de  la  République  Française  à 
Pé-King,  qu'en  présence  des  privilèges  considérables 
récemment  accordés  par  la  Chine  à  divers  États  étrangers, 
le  Gouvernement  de  la  République  se  trouvait  dans  la  néces- 
sité de  se  prévaloir  tant  de  Tégalité  de  traitement  assurée  à 
France  par  ses  traités,  que  des  importants  services  qu'il  avait 


3()a  LES    CHEMINS    DE    FEU 

naguère  rendus  à  la  Chine,  pour  réclamer  des  compensations 
parmi  lesquelles  se  trouvait  la  concession  définitive  d'une 
ligne  de  chemin  de  fer  sur  Yun  Nan  fou. 

Dans  une  autre  dépêche  du  3o  mars  à  M.  Dul)ail, 
M.  Ilanotaux  marquait  bien  : 

Pour  le  chemin  de  fer  du  Tong-King  à  Yun-Nan  fou,  veuil- 
lez demander  que  la  concession  soit  attribuée  au  Gouvernement 
français  ou  h  telle  Compagnie  qu'il  choisira,  le  Gouvernement 
chinois  n'ayant  d'autre  charge  que  de  fournir  le  terrain  néces- 
saire à  la  voie  et  à  ses  dépendances. 

Le  lo  avril  (20"  jour,  3*  lune,  2^1*  année  Kouang  Siu), 
en  réponse  à  une  dépêche  de  la  veille,  de  M.  Dubail,  le 
Tsoung-li  Yamen  acquiesçait  à  Taccord  suivant  : 

Le  Gouvernement  chinois  accorde  au  Gouvernement  français 
ou  à  la  Compagnie  française  que  celui-ci  désignera,  le  droit  de 
construire  un  chemin  de  fer  allant  de  la  frontière  du  Tong-King  à 
Yun-Nan  fou,  le  Gouvernement  chinois  n'ayant  d'autre  charge 
que  de  fournir  le  terrain  pour  la  voie  et  les  dépendances.  Le 
tracé  de  cette  ligne  est  étudié  en  ce  moment  et  sera  ultérieure- 
ment fixé  d'accord  avec  les  deux  Gouvernements.  Un  règlement 
sera  fait  d'accord. 

C'était  la  première  fois  qu'une  concession  était  donnée 
sous  cette  forme  par  Tautorité  chinoise.  Dès  que  la  mission 
technique  aurait  terminé  ses  études,  le  tracé  devait  être  fixé 
d'accord  entre  les  deux  Gouvernements  et  un  règlement 
devait  être  rédigé.  Cette  formule  se  trouvait  également, 
croyons-nous,  dans  les  conventions  allemande  et  russe. 

De  Lao-Kaï,  à  la  frontière  du  Tong-King,    à  Yun-Nan- 


LES    CHEMINS    DE    FER  SqS 

fou,  il  Y  aura  environ  35o  kilomètres;  on  espère  que  cette 
ligne  pourra,  un  jour,  être  prolongée  jusqu'à  Soui-Fou,  sur 
le  Yang-ïseu. 


4c     4c 


X.  Chemin  de  fer  de  Nan-Ning  a  Pak-Hoi.  —  L'abbé 
Bcrthollet,  des  Missions  Etrangères  de  Paris,  ayant  été  mas- 
sacré dans  le  Kouang-Si,  le  2  mai  1888,  le  Gouvernement 
français,  parmi  ses  réclamations,  demanda  Tautorisation,  et 
l'obtint,  de  construire  une  ligne  de  chemin  de  fer  de  Nan- 
Ning  sur  la  branche  Sud  du  Si-Kiang  à  Pak-Hoï,  sur  le 
golfe  du  Tong-King.  Il  était  entendu  (28  mai)  que,  seule, 
la  Compagnie  française  ou  franco-chinoise  pourrait  cons- 
truire tous  chemins  de  fer  ayant  Pak-Hoï  pour  point  de 
départ.  Nous  n'avons  aucun  intérêt  à  la  construction  de 
cette  ligne,  qui  ferait  concurrence  à  celle  de  Loung-Tcheou . 


* 


XI.  Ligne  Han-Réoi-Canton.  —  Celle  ligne,  qui  est  le 
prolongement  naturel  du  Grand  Central  doit  être  construite 
par  un  syndicat  américain,  auquel,  s'il  ne  remplit  pas  les 
clauses  de  son  contrat,  pourra  se  substituer  un  syndicat 
franco-belge.  Un  arrangement  préliminaire  a  été  signé  le 
i4  avril  1898  à  Washington  par  le  Ministre  de  Chine,  Wou 
Ting-fang,  et  M.  Thurlow  Wood  Barnes  pour  M.Washbourne, 
représentant  un  syndicat  américain.  Le  11  janvier  1902, 
le  Times  recevait  de  son  correspondant  de  Chang-IIaï  le 
télégramme  suivant  :  «  Le  prince  K'ing  a  fait  savoir  ces 
jours  derniers  à  M.  Conger  [ministre  des  Etats-Unis]  que  le 
vice-roi  de  Canton  avait  reçu  l'ordre  de  ne  prendre,  en  ce 
qui  concerne  les  chemins  de  fer  du  Kouang-Toung,  aucun 
engagement  qui  fût  de  nature  à  léser  les  droits  que  délient 
r  «  American-China  Development  Company  »,  en  vertu  de 


394  LES    CHEMINS    DE    FER 

son  contrat  relatif  au  chemin  de  fer  de  Han-Kéou  à  Canton. 
La  Compagnie  en  question  a  notifié  à  Cheng  qu'elle  a  l'in- 
tention d'entreprendre  incessamment  la  construction  de  la 
ligne,  en  commençant  par  Canton.  Dans  ce  but,  le  directeur 
général  quittera  New- York  au  mois  de  février  prochain.  » 


*  * 


XII.  Chemin  de  fer  de  Canton  a  Kao-Loung.  —  Kao- 
Loung  est  la  portion  de  la  province  de  Kouang-Toung,  qui 
se  trouve  en  face  de  Hong-Kong.  La  ligne  jusqu'à  Hong- 
Kong  aurait  environ  186  kilomètres  et  serait  naturellement 
construite  par  des  ingénieurs  anglais;  elle  est  concédée  au 
syndicat  Jardine. 


XIII.  Chemin  de  fer  de  Birmanie  au  Yun-Nan.  —  Les 
Anglais  ont  étudié  de  nombreux  projets  pour  relier  la  vallée 
du  Yang-Tseu  à  la  Birmanie.  Ils  paraissaient  s'être  arrêtés 
&  une  ligne  qui  partant  de  Yun-Nan  fou,  passerait  par 
Ta-Li  et  Koun-Loung  Ferry  sur  la  Salouen.  Des  déclarations 
récentes  de  Lord  Curzon  nous  font  supposer  que,  pour  le 
moment,  les  Anglais  ont  abandonné  tout  projet  de  chemin 
de  fer  dans  cette  région. 


* 


XIV.  Chemin  de  fer  de  Chang-Hai  a  Nan-King.  —  Con- 
cession obtenue  à  Chang  Haï  le  i3  mai  1898,  par  un 
syndicat  anglais  représenté  par  MM.  Jardine,  Matheson  & 
C**  et  la  Hongkong  and  Shanghaï  Banking  Corporation;  170 
à  180  milles;  ce  syndicat  a  le  droit  d'étendre  la  ligne  de 
P'ou-K'eou,   en  face  Nan-Kiijff,   à  Sin-Yang,  dans  le  Ho- 


LES    CHEMINS    DE    FEU  SqÔ 

Nan,  270  milles  ;  ainsi  que  de  construire  une  ligne  de 
Sou-lclicou  à  Hang-lcheou,  avec  extension  possible  à 
Ning-Po. 

Le  2  août  1898,  pendant  la  période  réformatrice  de 
Kouang-Siu,  la  Gazette  de  Pé-Kinrf  publiait  un  décret  impé- 
rial, qui  créait  une  Administration  des  Mines  et  des  Chemins 
de  fer,  dont  la  direction  était  confiée  à  deux  membres  du 
Tsoung-li  Yamen,  Wang  W  en-chao  et  Tchang  Yin-houan. 
Ce  service  devait  être  absolument  chinois. 

Le  19  novembre  1898,  T Empereur  approuvait  un  règle- 
mont  en  23  articles,  établi  sur  un  rapport  de  la  nouvelle 
administration  générale  minière  et  des  chemins  de  fer  ;  il 
est  d'ailleurs  stipulé  dans  l'article  3  que  :  «  Les  aflaires  de 
mines  ou  de  voies  ferrées  dans  les  trois  régions  de  la  Mand- 
chourie,  du  Chan-Toung  et  de  Loung-tcheou  étant  liées 
à  des  questions  internationales,  il  ne  sera  pas  possible 
désormais  de  les  invoquer  comme  précédents,  tant  pour  les 
parts  de  capitaux  chinoises  que  pour  les  étrangères*.  » 

Dans  un  nouveau  rapport  du  i3  décembre  1898,  le 
Tsoung-li  Yamen  fait  les  remarques  suivantes  au  sujet  des 
lignes  concédées  : 

Los  chemins  de  for  de  Chine  ont  pour  lignes  principales,  les 
plus  importantes,  colle  de  Lou-Kou-K'iao  à  Ilan-Réou.  et  de 
Canton  à  Han-Kéou.  Celle  de  Tien-Tsin  à  Tchen-Kiang  vient 
ensuite»  tandis  que  les  localités  telles  que  Moukden  et  Niéou- 
Tchouang,  en  dehors  de  Chan-Ilaï-Rouan,  sont  des  territoires 
importants  à  défendre  et  qui  devront  être  disputés.  Toutes 
autres  lignes  sont  des  embranchements...  Nous  ferons  hum- 
hloment  remarquer  que  les  importantes  lignes  principales  de 
Lou-Kou-K'iao  à  Ilan-Kéou  et  de  Canton  à  Han-Kéou  et  les 
importantes  lignes  d'embranchements  qui  en  sont  voisines, 
entre  Nan-King  et  Chang-IIaï,  Sou-tchoou  et  le  Tche-Kiang, 
P'ou-K'eou  et  Sin-Yang  et  entre  Kouang-Siu  et  Kieou-Kiang 

I.  Livre  jaune,  1898-1899,  p.  ia3. 


396  I.KS    CHEMINS    DE    FEU 

doivent  être  entreprises  par  Cheng  Hiuan-houai,  de  la  «  Corn- 
pagnie  générale  ».  Pour  celle  de  Tien-Tsin  à  Tchen-Kiang  et 
celles  qui  sont  en  deçà  et  au  delà  de  Chan-Haï- Rouan,  des 
décrets  impériaux  ont  aussi  chargé  Hou  Yu-fen  et  autres  de  les 
exécuter.  De  T'aï-Yuen  à  Lieou-Lin,  le  Bureau  des  AfTaires 
commerciales  du  Chan-Si  a  déjà  reçu  l'entreprise.  A  Loung- 
Tcheou,  dans  le  Kouang-Si.  le  général  de  division  Sou  Yuan- 
tch*ouen  est  dans  le  même  Ctis.  Il  convient  que  nous  demandions 
à  Vos  Majestés  d'ordonner  à  ces  hauts  fonctionnaires  de  prescrire 
d'une  façon  efleclive  l'exécution  et  l'achèvement  satisfaisants  et 
prompts  de  ces  différentes  lignes  importantes,  avant  toutes 
autres*. 

M.  Pichon  dut  faire  remarquer  au  Tsoung-li  Y'amen  dans 
une  dépêche  du  3o  décembre  1898;  «  que  d'une  manière 
générale,  Texécution  rigoureuse  du  règlement  du  19  novem- 
bre aurait  pour  conséquences  d'empêcher,  à  peu  près,  toutes 
les  affaires  de  mines  et  de  constructions  de  chemins  de  fer  en 
Chine,  avec  participation  étrangère.  Il  est  inutile  d'entrer, 
pour  établir  ce  fait,  dans  l'examen  détaillé  des  dispositions 
qui  ont  été  arrêtées.  » 

Le  28  novembre  1898,  Sir  C.  Mac  Donald  donnait  à  Lord 
Charles  Bcresford  ^  la  liste  suivante  des  concessions  de  che- 
min de  fer  accordées  à  cette  date  : 


N'    DB   UGIIBS 

LOUOtTBOa   TOTAUI 
KS   KULLBS 

9 

a  800^ 

3 

I  53o* 

2 

720 

I 

C5o 

3 

420 

I 

3oo 

Anglais. 
Russes.  . 
Allemands. . 
Belges.  . 
Français.     . 
Américains. 


1.  Livre  jaune ^  p.  i3i. 

2.  China,  n®  i  (1899),  p.  3V|. 

3.  Y  compris  les  lignes  Han-Keou-Canton  et  Yun-Nan-Yang-tseu. 

4.  Y  compris  le  chemin  de  fer  mandchourien  do  Strelcnsk  à  Vladi- 
vostock. 


ACCORD    ANGLO-RUSSE  897 

ACCORD    ANGLO-RUSSE,     16-28    AVRIL    1899. 

Le  16-28  avril  1899,  les  Russes  et  les  Anglais  échangè- 
rent des  noies  signées  par  le  comte  Mouraviev  et  Sir 
Charles  S.  Scott,  ambassadeur  d'Angleterre,  marquant  leurs 
zones  d'intérêts  en  Chine*  : 

I 

La  Russie  et  la  Grande-Rrelagne,  animées  du  si^c^^c  désir 
d'éviter  en  Chine  toute  cause  de  conflits  dans  les  questions  où 
leursintérî^tsse  rencontrent  et  prenant  en  considération  la  gravita- 
tion économique  et  gi»ographique  de  certaines  parties  de  cet 
Empire,  sont  convenues  de  ce  qui  suit  : 

I.  La  Russie  s'engage  à  ne  pas  réclamer  pour  son  compte  et 
en  faveur  de  sujets  Russes  ou  autres  des  Concessions  quelconques 
de  chemins  de  fer  dans  le  Rassin  du  Yang-tseu  et  à  ne  pas  con- 
trecarrer directement  ou  indirectement  dans  cette  région  les 
demandes  de  Concessions  de  chemins  de  fer,  appuyées  par  le  Gou- 
vernement Rritannique. 

3.  La  Grande-Rretagne,  de  son  coté,  s'engage  à  ne  pas  récla- 
mer jKiur  son  compte  et  en  faveur  de  sujets  Britanniques  ou 
autres  des  Concessions  (juelconqucs  de  chemins  de  fer  au  nord 
du  Grand  Mur  de  (!lhine  et  à  ne  pas  contrecarrerdirectement  ou 
indirectement  dans  cette  région  les  demandes  de  Concessions  de 
chemins  de  fer,  appuyées  par  le  Gouvernement  Russe. 

Les  deux  Parties  Contractancles,  n'ayant  nullement  en  vue  de 
porter  une  atteinte  quelconque  aux  droits  souverains  de  la  Chine, 
ainsi  qu'aux  Trail«'s  existants,  ne  manqueront  pas  de  faire 
jxirt  au  (jouvernement  (chinois  du  présent  arrangement  qui, 
en  écartant  toute  cause  de  complication  entre  elles,  est  de  na- 
ture à  consolider  la  paix  dans  l'Exln^me-Orient  et  à  servir  aux 
intérêts  primordiaux  de  la  Cliine  elle-même. 

Le  Soussigné,  &c. 

(Signé)  Comte  Mouraviev. 

Saint-Pétersbourg,  le  16  (38)  avril  1899. 

Il 
Pour  compléter  les  notes  échangées  aujourd'hui  concernant  la 

I.  China,  n®  2  (1899),  p.  91. 


SgS  LES    CHEMI>S    DE    FER 

répartition  des  sphères  de  Concessions  et  d'exploitation  des  che- 
mins de  fer  en  Chine,  il  a  élé  convenu  de  consigner  dans  la 
présente  note  additionnelle  l'Accord  survenu  au  sujet  de  la  ligne 
Chan-IIaï-Kouan-Nieou-tchouang,  pour  la  construction  de  laquelle 
un  emprunt  a  déjà  été  contracté  par  le  Gouvernement  Chinois 
h  la  Banque  de  Chang-IIaï-Hong-Kong,  agissant  au  nom  de  la 
«  Britisli  and  Chinese  Corporation  ». 

L'arrangement  général,  établi  par  les  notes  précitées,  ne  por- 
tera aucune  atteinte  aux  droits  acquis  en  vertu  du  Contrat  de 
l'emprunt  susdit,  et  il  sera  loisible  au  Gouvernement  Chinois  de 
nommer  tant  un  ingénieur  Anglais  qu'un  comptable  Européen 
pour  surveiller  la  construction  de  la  ligne  de  chemin  de  fer  en 
question  et  la  dépense  des  sommes  y  affectées.  Mais  il  reste  bien 
entendu  que  ce  fait  ne  saurait  constituer  un  droit  de  propriété 
ou  de  contrôle  étranger  et  que  la  ligne  en  question  doit  rester 
Chinoise,  soumise  au  contrôle  du  Gouvernement  Chinois,  et  ne 
pourra  être  engagée  ou  aliénée  à  une  Compagnie  non  Chinoise. 

Pour  ce  qui  est  de  l'embranchement  se  dirigeant  de  Siao- 
heï  chan  à  Sin  min  ting,  outre  les  restrictions  susdites,  il  a  été 
convenu  qu'il  sera  construit  par  la  Chine  elle-même,  qui  pourra 
admettre  des  ingénieurs  Européens,  pas  nécessairement  Anglais, 
pour  l'inspecter  périodiquement,  vérifier  et  certifier  que  les  tra- 
vaux sont  dûment  exécutés. 

Le  présent  Accord  spécial  ne  saurait,  naturellement,  entraver 
d'aucune  façon  le  droit  du  Gouvernement  Russe  d'appuyer,  s'il 
le  juge  opportun,  des  demandes  de  sujets  ou  établissements 
Russes,  relatives  à  des  Concessions  de  chemins  de  fer  qui,  par- 
tant de  la  ligne  principale  de  la  Mandchourio  et  se  dirigeant  au 
sud-ouest,  traverseraient  la  région  où  sera  construite  la  ligne 
chinoise  aboutissant  à  Sin  min  ting  et  Nieou-tchouang. 

Le  Soussigné,  &c. 

(Signé)  Comte  Mouraviev. 

Saint-Pétersbourg,  le  i6  (a8)  avril  1899. 

On  a  pu  voir  par  ce  qui  précède,  qu'un  grand  champ 
d'action  est  ouvert  à  l'activité  de  l'Europe  et  de  TAnié- 
rique;  les  événements  de  1900  n'ont  apporté  qu'un  temps 
d'arrêt  dans  l'exécution  et  le  développement  des  travaux 
dont  nous  avons  essayé  de  retracer  le  tableau. 


CHAPITRE  XXII 

PROJET  DE  RÉFORMES  DE  L'EMPEREUR.  -  COUP  D'ÉTAT 

DE  L'IMPÉRATRICE  (1898) 

Les  réformateurs  n'ont  jamais  manqué  en  Chine  ;  avant 
même  les  pays  crOccident,  l'empire  du  Milieu  a  connu,  au 
xi°  siècle,  avec  le  ministre  Wang  Ngan-clii  (102 1-1086),  le 
service  militaire  obligatoire,  les  avances  de  l'Etat  aux  agri- 
culteurs, etc.  C'est  une  erreur  de  croire  sans  secousses  so- 
ciales et  politiques  l'histoire  de  ce  vaste  empire,  immuable 
en  apparence  seulement  ;  mais  les  réformateurs  se  sont  tou- 
jours brisés  soit  contre  l'inertie,  soit  contre  la  résistance  que 
leur  opposaient  les  partisans  d'une  tradition  séculaire  et  non 
sans  grandeur.  Les  malheurs  de  la  Chine  actuelle,  la  fai- 
blesse de  ses  armes,  la  pénétration  des  Européens  dans  le 
pays,  l'humiliation  de  la  paix  de  Shimoneseki  signée  avec 
un  peuple  considéré  avec  mépris,  devaient  stimuler  le  zèle 
des  novateurs  dont  la  plupart  puisaient  leurs  idées  nouvelles 
dans  les  colonies  britanniques  les  plus  proches. 

Des  Chinois  réformateurs,  comme  le  D*"  Soun  Yat- 
sen  et  K'ang  Yeou-wei),  prêchèrent  les  idées  nouvelles  de 
simplifier  les  rouages  du  gouvernement,  de  demander  plus 
d'honnêteté  aux  fonctionnaires,  d'en  assurer  le  recrutement 
par  des  examens  dont  les  sujets  ne  fussent  pas  entièrement 
tirés  des  Livres  Classiques,  de  prendre  aux  barbares  d'Occi- 
dent ce  que  leurs  sciences  et  leurs  arts  pouvaient  présenter 
d'utile  à  Tcnipire,  etc.  Soun  Yat-sen,  de  beaucoup  le  plus 


Il02  PHOJET    DE    RÉFORMES    DE    l' EMPEREUR 

King,  en  novembre  189/1.  11  venait  d'être  nommé  résident 
dans  une  des  ligues  mongoles.  Jong-Lou  plut,  lors  de  son 
audience,  à  Tempereur,  qui  annula  sa  dernière  nomination 
et  le  garda  à  Pé-King  comme  ministre  de  la  Cour;  les  fa- 
veurs plurent  aussitôt  sur  lui  ;  en  octobre  189^,  il  était 
nommé  capitaine-général  de  la  gendarmerie  de  Pé-King;  en 
novembre,  il  était  promu  au  grade  de  lieutenant-général  de 
la  Bannière  Blanclie,  et  en  décembre,  il  entrait  au  Tsoung  li 
Yamen  ;  au  mois  d'août  iSgS,  Jong-Lou  était  nommé  prési- 
dent du  ministère  de  la  guerre;  en  juin  1896,  il  était  as- 
sistant grand  secrétaire,  et  enfin,  en  juin  1898,  il  devenait 
grand  secrétaire,  contrôleur  du  ministère  des  finances  et 
vice-roi  du  Tcbé-li  où  il  remplaça  Wang  VVen-cbao  (28 
juin  1898). 

Kouang-Siu,  qui  parait  avoir  été  animé  de  nobles  senti- 
ments, mais  a  été  mal  dirigé  par  des  conseillers  pressés  de 
mettre  la  cognée  dans  un  cbéne  vermoulu  dont  la  cbute  trop 
rapide  ne  pouvait  entraîner  en  même  temps  que  des  désas- 
tres, allait  voir  écbouer  ses  efforts,  grâce  à  l'activité,  k  l'éner- 
gie et  à  l'ambition  de  l'impéralrice-douairière. 

Kouang-Siu  eut  sûrement  un  moment  le  sentiment  bien 
réel  de  la  situation  ;  il  avait  montré  de  la  dignité,  voir  j).  258, 
lorsque  les  Japonais  menaçant  sa  capitale,  ses  ministres  jni- 
sillanimes  le  poussaient  a  fuir  vers  TOuest  ;  la  guerre  de 
1894- 1895  lui  avait  sans  doute  inspiré  d'amères  réflexions, 
les  demandes  des  étrangers,  qui  semblaient  poursuivre  le 
démembrement  de  son  empire  et  menaçaient  de  transformer 
la  Chine  en  une  nouvelle  Pologne,  l'effrayèrent,  et  il  eut  for- 
tement —  l'instant  que  lui  permirent  sa  santé  chancelante  et 
une  volonté  supérieure  h  la  sienne  —  le  désir  de  transformer 
son  pays.  Mais  il  aurait  fallu  que  Kouang  Siu  eût  jK)ur  4e 
seconder,  avec  sa  poignée  de  gens  hardis  mais  trop  brouillons, 
une  armée  solide,  capable  d'empêcher  une  réaction  de  se 
produire  :  c'est  ce  dernier  instrument  qui  manqua  à  l'ein- 


/  \ 


LES    HÉFORMEà  iio'i 

pereur  et  fit  avorter  la  tentative  généreuse  dans  laquelle  il 
perdit  à  la  fois  le  pouvoir  et  l'apparence  d'énergie  qu'il  avait 
un  moment  déployée. 


LES    RÉFORMES 

Il  nous  est  facile  de  refaire  l'histoire  de  celte  tentative  de 
réforme  mort-née,  grâce  à  la  traduction  du  chinois  des  dé-     \ 
crets  impériaux  de  1898  parle  P.  Jérôme  Tobar  S.  J.,  pu- 
bUée  à  Chang-IIaï  récemment  par  M.  J.-Em.  Lemière,  ré- 
dacteur en  chef  de  Y  Echo  de  Chine. 

C'est  le  10  juin  1898  (vingt-deuxième  jour  de  la  qua- 
trième lune)  que  paraît  un  premier  décret,  suivi  de  beau- 
coup d'autres,  que  nous  allons  examiner,  jusqu'au  20  sep- 
tembre suivant,  époque  de  la  réaction. 

Le  II  juin  (28**  jour,  4*  lune,  2/4®  année  Kouang-Siu), 
les  idées  de  réforme  reçoivent  l'approbation  officielle  de  l'em- 
pereur par  le  décret  suivant  : 

«  A  présent  que  tous  les  royaumes  du  monde  sont  en  com- 
munication mutuelle,  l'acquisition  des  hommes  de  talent  à  qui 
Ton  puisse  confier  des  charges  est  une  des  affaires  les  plus 
urgentes.  Nous  ordonnons  donc  aux  vice-rois  et  aux  gouver- 
neurs des  provinces  de  pro[)oser  immédiatement  au  Tsoung-li 
Yamen  les  sujets  qu'ils  auraient  reconims,  en  temps  ordinaire, 
doués  de  science  et  de  droiture,  entendus  aux  affaires  actuelles, 
et  exempts  des  défauts  vulgaires  et  de  le  faire  sans  considérer  le 
rang  élevé  ou  inférieur  que  ces  olhciers  occupent.  Les  candidats 
proposés  seront  examinés  ;  ceux  qui  ont  été  reconnus  capables 
seront  conduits  par  groupes  à  Notre  audience  et  attendront  que 
Nous  leur  donnions  un  emploi.  » 

Trois  jours  après  (i/|  juin  1898),  un  nouveau  décret  im- 
périal nous  fait  connaître  les  noms  des  chefs  du  parti  de  la 
réforme  et,  à  leur  tête,  K'ang  Yeou-wei. 

«c  Siu  Tche-tsing,  lecteur  assistant  à  l'Académie,  Nous  a  fait 


4o/|  PROJET    DE    RÉKOliXlES    DE    L*EMPERELR 

un  mémoire  |K)iir  Nous  proposer  des  iiommes  de  tfileiit  et 
entendus  aux  affaires  actuelles.  Nous  ordonnons  que  k'ang  Yeou- 
wei,  secrétaire-adjoint  au  ministère  des  travaux,  et  Tch'ang 
Youen-tsi  tenant  môme  emploi  au  ministère  de  la  guerre,  se 
préparent  à  être  présentés  à  Notre  audience  le  aS*"  jour  de  celte 
lune.  Quant  à  Houang  Tsuen-hien,  intendant  du  sel  au  district 
de  Tch'ang-|)ao,  dans  le  Hou-Nan  et  Tan  Se-t'ong,  préfet  en 
expectative  d'emploi  dans  le  kiang-Sou,  que  par  leurs  vice-rois 
ou  gouverneurs  respectifs,  ils  soient  conduits  au  ministère  que 
l'affaire  concerne,  lequel  les  présentera  îi  Notre  audience.  Enfin 
que  le  licencié  Liang  Ki-tchao  soit  examiné  par  le  Tsoung-li 
Yamen,  qui,  après  examen,  nous  en  donnera  connaissance.  » 

Wéng  T'oung-ho,  assistant  grand  secrétaire  et  président 
du  ministère  des  finances,  membre  du  conseil  privé  et  du 
Tsoung-li  Yamen,  était  par  décret  du  i5  juin  disgracié  dans 
des  termes  fort  sévères.  Il  fut  remplacé  par  Wang  VA'en- 
chao  (23  juin),  vice  roi  du  Tché-li,  dont  le  poste  fut  donné 
à  Jong-Lou,  général  commandant  la  gendarmerie  de  Pé- 
King  qui  eut  pour  successeur  TcIToung-li,  ministre  du 
Tsoung-li  ^amen,  et  président  du  ministère  d(»s  chûli- 
ments. 

Avec  une  activité  fébrile,  Tempereur  (ou  plutc^t  ses  con- 
seillers) lance  décret  sur  décret  ;  il  ne  se  passe  presque  |>as 
un  jour  sans  décret  pendant  les  mois  de  juin  et  de  juillet  ; 
les  tièdes  et  les  réactionnaires  sont  soumis  à  des  enquêtes  et 
frappés  d'avertissement,  tel  le  président  du  Tribunal  des 
Rites,  Siu  ^ng  k'ouei*  dénonce  par  les  censeui-s  Soiing 
Pé-lou  et  Yang  Chen-sieou  ;  tour  à  tour  le  commerce,  Fagri- 
culture,  sont  Fobjet  de  Taltention  impériale  :  le  censeur 
Tseng  Soung-ycn  demande  (20  juin   1898)  rétablissement 


I .  Originaire  du  Kouang-Toiing  ;  ancien  président  du  Tribunal  des 
censeurs,  août  1895*,  du  Ministère  des  Travaux,  décembre  1896;  mi- 
nistre du  Tsounp-li  Yamen.  mars  1897  ;  j>résidenl  du  Ministère  des  Rites, 
aoiU  1897;  disgracia  en  septembre  1898,  il  a  été  nommé  gouverneur 
générai  du  Min-Tché  (Fou-tcheou)  en  octobre  1898. 


LES    RÉFOKMKS  4o5 

(l'une  école  de  minéralogie  au  nord  et  au  midi  de  la  Chine; 
8uen  Kia-nai,  président  du  ministère  des  charges,  réclame, 
9  septembre,  la  création  d'une  école  de  médecine  qui  dépen- 
dra de  Tuniversilé  de  Péking. 

C'est  ce  même  Suen  Kia-nai  qui  est  nommé  (3  juillet) 
recteur  de  cette  université  fondée  à  l'exemple  des  universités 
occidentales  ;  la  bibliothèque  publique  et  le  bureau  de  tra- 
duction de  livres,  nouveau  rouage  administratif,  sont  ratta- 
chés à  l'université;  le  Dr.  \V.  A.  P.  Martin  (Ting  Wei- 
liang)  (9  août  1898)  est  nommé  Préfet  général  des  sciences 
européennes  k  l'Université.  On  touche  à  l'arche  sacro-sainte 
des  examens  militaires,  et,  chose  plus  grave  en  Chine,  Htté- 
raires;le  iven  ichang,  matière  principale  de  l'examen,  est 
supprimé  (28  juin).  «  C'est,  dit  le  P.  Etienne  Zi,  dans 
Examens  littéraires,  p.  7,  note  i,  un  genre  de  composition 
oratoire  qui  n'a  son  équivalent  exact  dans  aucune  des  litté- 
ratures européennes  »  ;  c'est  une  amplification  littéraifc  sur 
les  Quatre  Livres  Classiques  d'ailleurs  supprimée,  en 
1664,  par  l'empereur  R'ang  Ili  qui  la  remplaça  par  une 
espèce  de  dissertation,  devenue  l'unique  matière  du  cours. 
Réforme  des  règlements  en  usage  aux  ministères,  suppression 
d'emplois  inutiles. 

Les  chemins  de  fer  ne  sont  pas  oubliés  :  ordre  est  donné 
5  Cheng  H'iuen-houei  d'activer  les  travaux  du  chemin  de  fer 
de  Pé-King  à  Han-Kéou  (26  juin  1898);  création  à  Pé- 
King  d'un  bureau  central  de  mines  et  de  chemins  de  fer  que 
les  grands  officiers  du  ïsoung-li  Yamen,  Wang  Wen-chao 
et  Tchang  \in-houan  sont  chargés  d'administrer  (3  août 
1898).  Décrets  relatifs  à  la  protection  de  la  religion  chré- 
tienne (12  juillet  1898)  et  aux  relations  avec  les  étrangers 
(18  septembre  1898)  : 

«  11  y  a  quelque  temps.  Nous  avons  ordonné  au  Tsoung-li 
Yamen  de  réunir  en  volume  les  traites  et  règlements  sur  le  com- 
merce avec  les  étrangers   Çfoncj-chanfj-tchang-chenrj)  et  de  dis- 


4o6  PROJET  DE  RÉFORMES  DE  L* EMPEREUR 

tribuer  le  volume  h  tous  les  tribunaux  de  rcmpire,  afin  de  faci- 
liter l'observance  des  règlements  fixés.  » 

Sur  un  mémoire  du  censeur  Soung  Pé-lou  (17  juillet) 
et  un  rapport  de  Sucn  Kia-nai,  la  revue  Che-ou  Pao,  fondée 
à  Chang-Haï,  est  transformée  en  journal  officiel  dont  R'ang 
Yeou-wei  est  nommé  directeur  responsable. 

Les  rues  mêmes  de  Pé-King  sont  l'objet  d'une  haute  solli- 
citude (5  septembre  1898): 

«  La  capitale  de  Tempire  es!  aussi  le  lieu  où  doivent  com- 
mencer les  bonnes  entreprises.  Or,  actuellement,  ses  rues  sont 
boueuses  et  sales;  de  plus,  les  canaux  sont  obstrués  et  leurs 
communications  sont  interceptées.  Il  est  donc  de  toute  nécessité 
de  réparer  les  rues  et  d'ouvrir  les  canaux  ;  en  outre  de  l'utilité, 
l'aspect  général  sera  grandement  amélioré.  Nous  ordonnons  donc 
au  ministère  des  travaux,  avec  le  concours  du  bureau  de  la  gen- 
darmerie, du  corps  des  censeurs  pour  les  cinq  enceintes  de  la 
capitale,  et  du  corps  des  commissaires  des  rues,  de  prendre 
ensemble  des  mesures  pour  curer  tous  les  égouts  qui  existent 
tant  à  l'intérieur  qu'à  l'extérieur  des  nmrs,  en  sorte  qu'ils  com- 
muniquent entre  eux,  ainsi  que  pour  aplanir  et  réparer  toutes 
les  rues  et  ruelles.  Qu'on  ne  se  permette  pas  de  considérer  celle 
0|>ération  comme  une  chose  de  peu  d'importance,  et  de  la  faire 
négligemment...  » 

Ceux  d'entre  nous  qui  ont  connu  tour  à  tour  la  pous- 
sière, la  pluie  et  la  boue  de  la  capilalc  du  Céleste-Empire 
auraient  béni  Kouang-Siu  si  ses  ordres  avaient  été  exé- 
cutés ! 

Le  7  septembre,  Li  Houng-tchang  était  renvoyé  du 
Tsoung-li  Yamen,  ainsi  que  King-sin,  président  du  minis- 
tère des  finances  ;  le  /|,  Siu  Yng-k'ouei,  président  du  minis- 
tère des  rites,  avait  été  destitué  de  tous  ses  emplois  ;  Yu-Lou, 
ancien  général  tartarc  à  Fou-tcheou,  entra  le  7  septembre 
au  ministère  des  rites  dont  il  fut  nommé  président  le  même 
jour;  le  26,  Siu  Yong-yi,  disgracié  depuis  1896,  était  réin- 
tégré au  Tsoung-li  Yamen. 


COUP  I)'ét\t  407 

Malheureusement,  nous  touchons  à  la  fin  de  cette  période 
de  réformes,  hâtives  il  est  vrai,  mais  dues  à  de  méritoires 
intentions,  que  nous  pouvons  désigner  sous  le  nom  déjà  his- 
torique :  les  Cent  Jours  (10  juin-20  septembre  1898). 


COUP  d'ét.vt 


Toutefois  l'empereur  va  trop  vite  en  besogne  ;  non  seule- 
ment il  veut  des  réfomies,  mais  encore  il  veut  châtier  ceux 
qui  s'y  opposent  ;  nous  Tavons  vu  déjà  sévir  contre  d'im- 
portants fonctionnaires,  mais  il  désire  frapper  plus  haut  en- 
core. M.  Pritchard  Morgan,  membre  du  Parlement  anglais, 
qui  avait  récemment  voyagé  en  Chine,  raconte  que  la  cause 
principale  du  coup  d'Etat  a  été  la  promulgation  de  deux 
édits  par  l'empereur  :  le  premier  était  relatif  à  l'exécution  de 
Jong-Lou,  généralissime  des  forces  chinoises  en  1900. 
Depuis  le  23  juin  1898,  Jong-Lou  avait  remplacé  par  inté- 
rim Wang  VV'cn-chao,  nommé  membre  du  Tsoung-li  Ya- 
mcn,  comme  vice  roi  du  Tché-li  et  Surintendant  général  du 
commerce  du  Nord.  L'ordre  d'exécution  avait  été  confié,  dit 
M.  Morgan,  au  général  Youen  Che  k'ai,  ancien  résident  de 
Chine  en  Corée',  grand  juge  au  Tché-li  qui,  après  le  coup 
d'État,  fut  nommé  vice-président  d'un  ministère  en  expecta- 
tive d'emploi  et  chargé  de  la  formation  des  troupes  (i5  sep- 
tembre 1898)  cl  rc(;ut  à  titre  de  récompense  /|  000  onces 
d'argent  (29  septembre  1898)  et,  plus  tard  par  décret  (6 
janvier  1899),  cette  insigne  marque  de  faveur  im|)ériale  : 

a  Nous  accordons  à  Soung  K'ing,  général  de  division  du 
Se-lch*ouen,  et  à  Youen  Ché-k'ai,  vice-président  en  expectative 

I.  Youen,  pendant  qu'il  était  en  Corée,  fut  nommé  par  décret  im- 
périal du  3  mai  1898,  tao-taï  de  Wen-lcheou  à  la  place  do  Ts'ao  Chou- 
jao,  promu  juge  pro\incial  du  Tché-Kiang  ;  Youen  fut  rappelé  de  Corée 
en  iSg'i  et  devait  être  remplacé  comme 'résident  chinois  à  Séoul  par  Li 
Siao-jûn,  ancien  consul  chinois  à  Tchcmoulpo. 


/|08  PROJKT    DE    RÉFORMES    DE    i/eMPEREUR 

d'emploi,  la  faveur  de  pénétrer  à  cheval  à  rinlérieur  du  palais 
en  dedans  de  la  porte  Si-yuen-inen  et  de  se  servir  soit  d'une 
barque,  soit  d'un  traîneau  »  (Dans  le  lac  qui  entoure  l'île 
Yong-t'aï,  où  se  trouvait  la  résidence  de  l'einficreur). 

Vouen,  commandait  dans  le  Chan-Toung  les  7  000  hom- 
mes de  troupes  exercées  par  M.   Von  Ilanneken;  fort  \ye\\ 
soucieux  de   remplir   sa  U\che,  il   alla    trouver  Jong-Lou  : 
«   Mes   lèvres,    dit-il  en    tendant   l'arrêt   de  mort,    ne    me 
permettent  pas  de  prononcer  de   paroles.    »    .\vec    calme, 
Jong-Lou  lut  le  document,  le  rendit  à  Youen  et  lui  répon- 
dit :  «  Il  est  de  votre  devoir  d'exécuter  les  ordres  de  votre 
empereur.  »    Vouen  insinua  que  Jong-Lou   avait  peut-être 
quelques    alTaires  privées  à  régler   avant  d'être  décapité  et 
dit  en  se  retirant  qu'il  reviendrait  le  surlendemain.   A  bon 
entendeur,  salut!  Jong-Lou  n'attendit  pas  naturellement  la 
seconde  visite  de  son  bourreau  désigné  ;  immédiatement,  il 
prenait  le  train  pour  Pé-King,  prévenait  l'impératrice  du  sort 
qui  lui  était  réservé  à  lui,  Jong-Lou.  et  du  danger  que  faisait 
courir  à  elle,  impératrice,  un  second  édit  qui  l'éloignait  de 
Pé-King  et  l'exilait  dans  un  de  ses  palais  d'été.  Depuis  la 
guerre   sino-japonaise  et  le   retour  aux  atTaires  du  prince 
Koung,  l'impératriciî   Ts'eu-hi  était  tenue  dans  une  sorte 
de  disgrâce  due  autant  à  sa  conduite  politique  qu'à  ses  in- 
trigues de  palais  et  son  ingérence  dans  les  affaires  de  concu- 
bines ;  l'inaction  pesait  à  cette  femme  ambitieuse,  et  il  était 
évident  qu'elle  saisirait  la  première  occasion  de  reprendre  le 
pouvoir  abandonné  contre  son  gré.  Sans  perdre  de  temps, 
l'impératrice  faisait  séquestrer  Kouang-Siu  à  Vong-t'aï,  pe- 
tite île  du  parc  impérial,  dont  on  coupait  les  ponts  et  elle 
s'emparait  du  gouvernement  ;  le  décret  du    20   septembre 
1898  marquait  la  déchéance  de  Kouang-Siu.  En  voici  la 
teneur  : 

En  ce  moment  le  gouvernement  de  l'empire  est  plein  de  diffi- 
cultés et  toutes  sortes  d'affaires  demandent  à  être  mises  en  ordre. 


cou»    D*KT\T  409 

Nuit  cl  jour,  Nous  Nous  sommes  donné  beaucoup  de  mal  cl  de 
peine  pour  trailer  l(»s  innombrables  aflaires  qui  se  présentaient 
continuellement.  Ce[3endanl,  après  avoir  épuisé  Nos  efTorls  dans 
l'exercice  de  Notre  charge.  Nous  craignons  continuellement 
qu'une  multitude  d'aflaires  ne  soient  négligées.  En  repassant 
dans  Notre  esprit  ce  qui  est  arrivé  depuis  le  règne  de  Toung 
Tché  (1874-1870)  jus<ju'à  présent.  Nous  n'oublions  pas  que 
l'impératrice.  Notre  mère  adoptive  a,  à  deux  reprises,  administré 
l'empire  comme  régente.  Pendant  les  années  de  son  gouverne- 
ment, les  moyens  employés  par  Elle  pour  porter  un  secours 
efficace  aux  pressantes  difficultés  par  où  l'empire  a  passé,  ont 
tous  été  excellents  et  pratiques.  Nous  rappelant  la  grande  impor- 
tance de  la  charge  qui  Nous  a  été  laissée  par  Nos  ancêtres,  Nous 
avons  plusieurs  fois  prié  instamment  (Notre  mère  adoptive)  de 
vouloir  bien  Nous  favoriser  de  ses  conseils  dans  le  gouvernement 
et  Nous  avons  appris  respectueusement  qu'Elle  accédait  à  Notre 
demande,  ce  qui  fera  le  bonheur  de  Nos  officiers  et  de  Notre 
j)euple.  A  partir  d'aujourd'hui,  les  affaires  .  de  l'administration 
seront  traitées  dans  la  salle  Pien-lien.  De  plus,  le  huitième  jour 
de  cette  présente  lune,  Nous,  à  la  tète  des  princes  impériaux  et 
des  grands  officiers,  dans  les  palais  Kin-tcheng-lien,  Nous  pré- 
senterons Nos  devoirs  à  l'impératrice  régente,  Notre  mère  adop- 
tive. Que  les  divers  ministres  et  les  cours  que  l'affaire  concerne 
préparent  respectueusement  et  soigneusement  d'avance  les  rites, 
qui,  à  cette  occasion,  devront  être  accomplis.  » 

La  mission  confiée  à  Youen  Che  k'ai  rentre  peut  être  dans 
le  domaine  de  la  fantaisie,  mais  il  n'y  a  aucun  doute  que  ce 
fut  à  lui  et  à  ses  troupes  que  rempercur  fit  appel  ;  Youen, 
effrayé  de  la  responsabilité  qui  lui  incomberait,  communi- 
qua les  projets  de  Kouang-Siu  à  Jong-Lou  ;  celui-ci,  quoi- 
qu'il dût  sa  brillante  et  rapide  carrière  à  Tempereur  auquel 
il  était  d'ailleurs  sincèrement  attaché,  prit  peur  et  prévint 
rinipératrice  de  ce  qui  se  passait. 

Le  jour  suivant,  le  21  septembre,  le  censeur  Soung  Fé- 
lon est  déposé,  la  surveillance  des  portes  du  palais  impérial 
est  augmentée  ;  de  nombreux  décrets,  y  compris  celui  qui 
crée  un  journal  officiel  (26   septembre),  sont  annulés  ;    le 


4lO  PROJET    DE    RÉFORMES    1>E    i/eMPEREUR 

Wen-lchang  est  rétabli  (9  octobre),  enfin,  les  réfornnateurs 
sont  mis  en  jugement  par  un  décret  du  26  septembre  : 

«  Le  ministère  des  Peines  Nous  a  présente  un  mémoire  où  il 
Nous  prie,  à  cause  de  l'excessive  gravité  d'une  affaire  criminelle, 
de  déléguer  les  grands  officiers,  membres  du  grand  conseil,  pour 
l'examiner  ensemble.  Nous  ord(mnons  donc  aux  grands  officiers, 
membres  du  grand  conseil,  de  se  joindre  aux  membres  du 
ministère  des  Peines  et  à  ceux  de  la  censure  pour  examiner 
rigoureusement  le  cas  des  officiers  coupables  Siu  Tcbe-tsong, 
Yang  Glien-sieou,  Yang  Joueï,  Lin  Hiu,  âgé  <le  33  ans.  Tan 
Se-tong,  Lieou  Kouang-ti  et  K'ang  Kouang-jen,  frère  cadet  de 
K'ang  Y^eou-wei.  Quant  à  Tcliang  Yin-liouan",  quoique  des 
officiers  Nous  aient  présenté  des  mémoires  pour  nous  dire  que 
les  apparences  de  sa  mauvaise  conduite  sont  déjà  bien  manifestes, 
cependant  il  n'a  pas  pris  part  à  la  conspiration  tramée  par  K'ang 
Yeou-wei.  Nous  ordonnons  qu'il  soit  gardé  à  vue  temporaire- 
ment en  attendant  que  Nous  donnions  un  décret  statuant  sur 
son  sort.  Le  cas  de  K'ang  Yeou-wei,  qui  a  tramé  la  conspiration 
en  vue  de  ses  intérêts  personnels,  est  excessivement  grave.  Nous 
avons  déjà  précédemment  chargé  le  ministère  des  Peines  d'exa- 
miner Siu  Tche-tsing  et  les  autres  adhérents  à  la  conspiration  ; 
mais  la  Cour,  voulant  se  montrer  libérale  et  indulgente  envers 
des  officiers  et  des  gens  du  peuple  qui  ont  été  trompés  par  les 
principaux  conspirateurs,  n'a  pas  permis  qu'on  fît  des  recherches 
sévères  à  leur  égard,  ni  qu'on  les  impliquât  dans  le  châtiment 
avec  les  principaux  coupables.  Elle  veut  ainsi  montrer  par  là  les 
excellents  désirs  qu'elle  a  de  ne  se  ser\ir  des  peines  qu'avec 
grande  circonspection.  » 

Le  2()  septembre,  les  malheureux  étaient  condamnés,  mais 
K'ang  Yeou-wei  était  en  fuite  et  il  était  ordonné  «  à  tons 
les  vice-rois  et  à  tous  les  gouxerneurs  des  provinces  de  faire 
secrètement  des  recherches  sévères  pour  le  prendre  et  le 
juger  d'après  la  rigueur  des  lois  ». 


*   * 


i.  TrliiiMg  ^'in-houan  fut  condamne  au  bannissement. 


COUP    I)*ÉTAT  4ll 

Le  Sin-Wen  Pao,  journal  publié  à  Chang-IIaï,  raconte 
que  les  réformateurs  avaient  été  traduits  devant  un  tribunal 
c  omposé  des  présidents  et  vice-présidents  du  grand  conseil, 
du  ministère  de  la  justice  et  de  la  cour  des  censeurs.  Siu 
Telle -tsong,  second  vice-président  du  tribunal  des  rites,  le 
censeur  Yang  Chen-sieou,  Yang  Joueï,  rédacteur  à  l'acadé- 
mie Han-lin,  Tan  Se-tong,  fils  du  gouverneur  du  Ilou-Pé, 
Lin  Hiu  et  Lieou  Kouang-ti,  secrétaires  de  première  classe 
au  Grand  Conseil  et  K'nng  Kouang-jen,  licencié,  frère  cadet 
de  K'ang  ^eou-wei,  furent  jugés,  sauf  le  premier,  comme 
traîtres,  indignes  de  pardon.  Le  i«8  septembre,  les  accusés 
étaient  devant  le  tribunal,  il  était  presque  nuit,  lorsque  Tor- 
dre arriva  de  les  décapiter  sur-le-champ.  Les  condanmés 
moururent  bravement,  et  à  Tcxception  de  K'ang  Kouang- 
jen,  dont  [icrsonne,  par  crainte  de  châtiment,  n'osa  ensevelir 
le  cadavre,  les  cinq  autres  corps  et  les  têtes  furent  recueillis 
par  les  familles  des  victimes  et  placés  dans  des  cercueils. 
Ceci  se  passait  dans  la  partie  du  palais  impérial  qui  se  trouve 
au  bout  de  la  rue  des  Légations.  Les  diplomates  étrangers 
étaient  dans  Tignorance  la  plus  profonde  de  la  tragédie  qui 
se  passait  à  deux  pas  de  leurs  demeures. 

Siu  Tche-tsong  n'était  coupable  que  d'avoir  recommandé 
K'ang  Yeou-wei,  camarade  de  classe  de  son  fils,  chancelier 
littéraire  du  Ilou-nan,  sur  la  demande  de  ce  dernier  ;  aussi 
eut-il  la  vie  sauve,  mais  il  fut  condamné  à  la  prison  perpé- 
tuelle. 

Un  télégramme  fut  lancé  pour  arrêter  K'ang  Yeou-wei  à 
Tché-fou,  ou  l'on  pensait  qu'il  s'arrêterait,  ce  qui  eut  lieu  en 
effet  ;  heureusement  pour  celui-ci,  lors  de  son  débarque- 
ment, le  Tao-taï  était  absent  à  Kiao-tcheou.  Jong-Lou  lança 
le  contre-torpilleur  Fei-yinff  de  Weï-Haï  Wei  à  la  poursuite 
du  Chun(j-King  qui  portait  K'ang  à  Chang-Haï,  dont  le 
Tao-taï  avait  reçu  l'ordre  d'arrêter  le  réformateur  dès  qu'il 
arriverait.  Grâce  au  consul  d'Angleterre  qui  le  prévint  en 


4l2  PROJET    DE    RKFOBMES   DE    |/eMPEHEI"R 

dehors  de  Woii-soung  du  danger  qu'il  courait,  le  fugitif 
échappa  une  fois  encore  à  ses  hourreaux.  Transféré  directe- 
ment du  Chun(j-kin(j,  sous  la  surveillance  de  la  canonnière 
anglaise  Ksk,  sur  le  vapeur  de  la  compagnie  péninsulaire 
BallanraL  il  arriva  enfin  sain  et  sauf  à  Hong  Kong  le  3o  sep- 
tembre 1898,  escorté,  pour  éviter  toute  attaque,  du  croiseur 
Bonaventnre.  Depuis,  K'ang  Yeou-wei  a  ])assé  par  le  Tong- 
King  et  a  enfin  trouvé  asile  à  Singapour,  d'où  les  agents  se- 
crets chinois  ont  essayé  à  plusieurs  reprises  de  le  faire  sortir. 
Il  était  parti  de  Singapour  pour  Londres  le  !i3  février  1900, 
mais  il  se  ravisa,  et  le  même  jour  il  rentrait  dans  la  pre- 
mière \ille  dans  le  bateau  du  pilote.  Depuis,  un  édit  impé- 
rial a  ordonné  h  Li  Houng-tchang,  quand  il  fut  nommé 
vice-roi  des  deux  Kouang,  de  détruire  les  tombeaux  des  an- 
cêtres de  K'ang  et  a  mis  la  tête  du  réformateur  au  prix  de 
100  000  taëls. 

On  raconte  que  le  jour  même  du  coup  d'Etat  de  rim[)é- 
ratrice  (22  septembre),  quatorze  eunuques  dévoués  k  Vetn- 
pereur  furent  exécutés  dans  la  cour  du  Grand-Eunuque, 
Li  Lien-yin,  auquel  Jong-Lou  était  d'ailleurs  hostile  à  cause 
de  sa  grande  influence  auprès  de  la  vieille  souveraine. 

En  dehors  de  K 'a  ng  Yeou-wei,  Liang  Ki  tchao,  rédacteur 
en  chef  du  Chincse  Progress,  et  Wang  Tchao,  secrétaire 
du  ministère  des  Rites,  avaient  également  réussi  à  prendre 
la  fuite. 

Des  perquisitions  avaient  été  faites  dans  la  maison  de 
K'ang  You-wei  à  Canton,  pour  y  trouver  des  preuves  de  sa 
rébellion  : 

«  T'an  Tchoung-liii,  vice-roi  des  deux  Kouang  *,  Nous  a  adresse 
un  mémoire  que  Nous  avons  reçu  hier,  où  il  Nous  dit  que,  dans 
la  maison  de  K'ang  Yeou-weï.il  a  trouvé  plusieurs  lettres  écrites 


I.  Originaire  du  JIoii-Nari  ;  vice-roi  de  Foulchcoii,  juin  1893,  du  Se- 
Iciroueu,  novembre  189^,  puis  de  Canton,  mars  1895. 


COUP  dV:t\t  4i3 

par  les  conjurés  ;  il  les  a  fait  lilhographier  et  il  Nous  les  envoie 
pour  que  -  nous  puissions  les  examiner.  On  peut  constater  que 
les  propos  de  rébellion  forment  des  chapitres  et  occupent  des 
lettres  entières  ;  on  y  honore  même  Tang  Se-tong  du  titre  de 
président,  et  Ton  y  allirme  (|ue  la  (ùour  impériale  est  dans  un 
état  sans  remède.  Pour  dater  les  lettres,  on  ne  s'y  sert  jamais 
des  années  du  règne  de  Kouang-Siu,  mais  on  écrit  en  gros  carac- 
tères «  après  Confucius,  tel  millième,  tel  dixième  (et)  telle 
année  ».  Toutes  et  chacune  de  ces  absurdes  et  extravagantes 
circonstances  montrent  le  plus  clairement  |x>ssible  que  K'ang 
Yeou-wei  e(  ses  correspondants  étaient  tous  des  sujets  séditieux 
et  des  fds  rebelles.  Dans  la  corres|)ondance  en  question,  beau- 
coup de  persoiuies  sont  impliquées  ;  mais  |>our  Nous  montrer 
généreux.  Nous  ne  voulons  pas  que  l'on  fasse  des  recherches  sur 
les  membres  de  la  conspiration  et  Nous  ordonnons  qu'on  brûle 
toutes  les  lettres  originales  indiquées  plus  haut.  K*ang  Yeou-wei 
ayant  le  premier  lancé  des  propos  séditieux  qui  ont  trompé  et 
séduit  plusieurs,  Nous  n'avons  pas  pu  nous  empêcher  de  publier 
ses  méfaits,  en  vue  d'étouffer  les  germes  de  la  rébellion.  » 

Le  grand  tort  des  réforma  leurs  a  été  de  chercher  h  trans- 
former la  Chine  en  un  temps  trop  court,  de  toucher  en 
même  temps  à  tous  les  rouages  de  l'administration,  de  frap- 
per à  la  fois  tous  les  abus.  La  révolution  de  1868  au  Japon 
était  une  reprise  du  pouvoir  par  le  roi  fainéant  sur  le  maire 
du  palais,  par  le  souverain  sur  le  chef  militaire,  par  le  Mi- 
kado sur  le  Shogoun.  11  y  avait  une  féodalité  h  écraser,  non 
une  tradition  séculaire  h  bouleverser. 

Le  3o  septembre  1898,  quelques  étrangers  et  parmi  eux 
une  dame  anglaise  et  M.  iMortimore  de  la  légation  britan- 
nique, en  venant  du  chemin  de  fer,  furent  attaqués  par  la 
foule  dans  la  ville  chinoise  ;  aucun  ne  fut  heureusement  sé- 
rieusement blessé,  quoiqu'un  missionnaire  américain  ait  eu 
une  côte  cassée  par  une  pierre. 

Le  i**'"  octobre,  les  ministres  étrangers  décidèrent  de  faire 
venir  à  Pé-King  une  garde  pour  protéger  les  légations,  en 
cas  de  troubles  ;  le  vice-roi  du  Tchc-li  ayant  refusé  d'auto- 


4l4  PROJET    DE    RÉFORMES    DE    l'eMPERELR 

riser  le  départ  de  troupes  étrangères  de  Tien-Tsin  pour  la 
capitale  sans  permission  du  Tsoung-li  Yamen,  le  corps  di- 
plomatique se  réunit  à  nouveau  le  l\  et  décida  de  notifier  au 
gouvernement  chinois  le  désir  de  faire  venir  une  garde. 
Après  de  nombreux  pourparlers,  le  7  octobre,  les  détache- 
ments anglais,  allemand  et  russe  arrivèrent  à  Pé-King  : 
66  soldats  russes,  dont  3o  cosaques  et  36  soldats  d'infan- 
terie de  marine,  avec  deux  pièces  d'artillerie  de  campagne, 
25  soldats  anglais  d'infanterie  de  marine  et  3o  soldats  alle- 
mands. 

Les  soldats  venus  du  kan-Sou  et  placés  dans  le  parc  de 
chasse  au  Sud  de  Péking  sous  le  commandement  du  général 
Toung  Fou-Siang  se  livraient  au  brigandage.  Le  23  octobre, 
ils  outragèrent  M.  C.  W.  Campbell,  de  la  légation  d'An 
gleterre,  et  trois  autres  Européens,  deux  Anglais  et  un  Nor- 
végien, qui  visitaient  le  chemin  de  fer  i\  Lou-Kou  k'iao.  Le 
corps  diplomatique  demanda  le  renvoi  immédiat  de  ces  trou 
pes  non  payées  depuis  plusieurs  mois  (27  octobre). 

Pé-Ring,  37  octobre  1898. 

A  Son  Altesse  le  Prince  et  leurs  Excellences  les  Ministres  du 
Tsoung-li  Yamen  : 

Par  la  décision  du  Corps  diplonialiqne,  j'ai  l'honneur  d'ex- 
poser en  résumé  à  voire  Altesse  et  à  vos  Excellences  certains  faits 
qui  sont  arrivés  à  sa  connaissance. 

Un  nombre  considérable  de  soldais  a  été  stationné  entre  Ta- 
Kou  et  (ihan  Hai-Kouan.  el  des  corps  de  troupes  ont  été  aussi 
placés  entre  Tien-tsin  et  Pé-King. 

On  a  fait  venir  du  voisinage  de  Pao-Ting  fou  la  division  du 
général  Toung  Fou-siang.  au  nombre,  dit-on,  de  i5ooo  lionimes. 
pour  les  camper  au  Parc  Impérial  du  Sud,  à  3  milles  de  dis- 
tance de  la  porte  méridionale  de  la  ville. 

Le  20  octobre,  des  soldats  ont  interrompu  le  traiic  du  chemin 
de  fer  à  Yang-tsoun  et  saisirent  un  wagonnet.  Quand  on  le 
leur  reprocha,  ils  jetèrent  des  pierres  au  Superintendant  Euro- 
péen et  aux  employés  Chinois.  C'était  un  détachement  des 
troupes  du  Général  Toung  et  en  roule  j>our  Pe-lai  ho. 


COUP  dV:tat  4i5 

Le  2 3  octobre,  des  soldats  ont  outragé  près  du  pont  de  Lou 
Kou-K*iao,  sur  la  ligne  dePao-Ting  fou,  un  groupe  composé  de 
Mr.  Campbell,  de  la  Légation  d'Angleterre,  et  trois  autres  Euro- 
péens, deux  Anglais  et  un  Norvégien.  Un  de  ceux-ci  se  décida  à 
saisir  le  meneur  en  juste  défense,  quand  ils  ont  vu  qu'ils  prenaient 
des  pierres,  et  alors  ils  furent  attaqués  par  quarante  soldats, 
deux  des  Eurojx^ens  ayant  été  gravement  blessés  par  les  pierres. 

Cet  outrage  a  été  aussi  commis  par  des  soldats  du  Général 
Toung,  qui  paraissaient  n'avoir  aucune  discipline,  et  selon  les 
dernières  nouvelles  ils  ont  enlevé  une  |)artie  de  la  voie  entre 
Lou  Kou-K'iao  et  Pao-Ting  fou.  ayant  aussi  coupé  les  fils  télé- 
graphiques. Le  trafic  sur  cette  ligne  a  été  complètement  inter- 
rompu. Ces  hommes  disent  ouvertement  qu'ils  sont  venus  pour 
faire  disparaître  les  étrangers  et  toutes  leurs  inventions,  chemins 
de  fer,  &c. 

Cette  longue  série  de  faits  a  du  pro\o(|uer  un  échange  de  vues 
parmi  mes  honorables  collègues,  et  c'est  en  leur  nom  que  j'ai 
l'honneur  de  m'adresser  à  votre  Altesse  et  à  vos  Excellences  pour 
leur  demander  quelle  est  la  raison  que  le  Gouvernement  Chinois 
a  eue  jjour  faire  venir  tant  de  troupes  et  les  réunir  aux  environs 
de  Pé-King  et  à  Tien-tsin,  sur  les  lignes  des  chemins  de  fer  et 
les  lieux  habités  ou  fréquentés  par  des  étrangers. 

En  attendant  la  réj>onse,  le  Corps  diplomatique  accomplit  le 
devoir  d'avertir  le  Tsoung-li  Yamen  ([ue  cette  agglomération  de 
soldats  indisciplinés,  sans  aucune  culture,  et  qui,  en  outre,  ne 
sont  pas  payés,  d'après  ce  qui  est  oITiciellement  déclaré  dans  la 
Gazette  de  Pékimj,  menace  tout  le  monde  dans  leurs  personnes  et 
dans  leurs  biens,  non  seulement  les  étrangers,  mais  aussi  les 
Chinois  pacifiques. 

Quant  aux  étrangers,  ces  soldats  profitent  de  toute  occasion 
pour  les  insulter  grossièrement,  et  ils  proclament  à  haute  voix 
qu'ils  sont  venus  pour  chasser  les  «  diables  étrangers  »  et  leurs 
inventions.  On  \a  même  jusqu'à  dire  et  faire  circuler  dans  la 
capitale,  que  le  chemin  de  fer  de  Tien-tsin  et  le  télégraphe 
seront  coupés,  aussitôt  que  les  grands  froids  arriveront,  pour 
supprimer  toute  communication  et  nous  isoler.  Je  ne  dois  pas 
cacher  au  Yamen  que  ceci  serait  d'une  gra\ité  tout  à  fait  excep- 
tionnelle, et  que  les  (louvernemenls  étrangers  ne  perdraient  pas 
de  temps  pour  prendre  les  mesures  nécessaires. 

C'est  pour  toutes  ces  raisons  que  mes  honorables  collègues  me 
chargent  de  dire  à  Votre   Altesse  et  à  vos  Excellences  qu'ils  ne 


4l6  PROJET    DE    ni^IFORMES    DE    l/ EMPEREUR 

peuvent  pas  s'expliquer  quel  est  le  but  que  poursuit  le  Gouver- 
nement Chinois  en  amenant  ces  trou|>es«  incapables  de  donner  la 
moindre  protection,  et  utiles  seulement  pour  créer  des  dangers 
et  susciter  des  conflits.  Mes  honorables  collègues  espèrent  que 
Votre  Altesse  et  vos  Excellences  y  réfléchiront  mûrement,  et  i|s 
croient  qu'il  serait  très  prudent  d'écarter,  jiar  l'éloignement 
immédiat  de  ces  troupes,  l'occasion  de  complications  qui  seraient 
fort  à  regretter  pour  tous,  mais  principalement  pour  le  Gouver- 
nement Chinois. 

En  prévenant  le  Yamén  à  temps,  le  (]orps  diplomatique 
accomplit  un  acte  amical  et  il  s'elForce  de  mettre  Qn  à  une  situa- 
tion anormale,  qui  au  lieu  de  s'apaiser,  semble  devenir  chacjue 
jour  plus  délicate  et  critique. 

Je  profite,  &c.  *. 

(Signé)  Bernardo  J.  de  Cologan  -. 

Le  29  octobre,  le  Tsoung-li  Vamen  reconnaissait  que  les 
troupes  du  Kan-Sou,  à  peine  arrivées,  avaient  manqué  h  la 
discipline  et  produit  des  troubles  ;  cependant  une  semaine 
s'étant  écoulée,  sans  que  le  gouvernement  chinois  ait  paru 
accorder  à  l'afl'aire  toute  l'importance  qu'elle  axait,  le  6  no- 
vembre, le  doyen  du  corps  diplomatique  adressait  au  Yamen 
une  nouvelle  note  dans  laquelle  il  demandait  : 

i"  Que  ces  troupes  aient  au  plus  lard  le  10  novembre  quitté 
la  Province  du  Pé  Tché-li. 

u"  Que  la  destination  qui  leur  sera  donnée  soit  indi(|uée. 

Si  ces  décisions  n'étaient  pas  prisc»s  et  notifiées  au  Corps  Diplo- 
matique, ce  serait  pour  les  Gouverncnienls  étrangers  le  cas 
d'aviser  aux  mesures  nécessaires  pour  garantir  la  sûreté  des 
étrangers  et  pour  assurer  la  circulation  sur  les  chemins  de  fer 
et  la  liberté  des  conununications  télégraphiques. 

Le  9,  le  Tsoung-li  ^amen  réjiondait  que  les  troupes  du 
Kan  Sou,  au  nombre  de  10000,  étaient  venues  pour  être 

I.  (Ihina,  ii"  i  (1899).  p.  323. 

a.  Don  Bernardo  de  Cologan  avait  été  revu  en  audience  iiupcriale 
pour  remettre  ses  lettres  do  créance  le  18  octobre  189')  dans  le  h'en 
Houa  Tien. 


COUP    D*ÉTAT  4^7 

passées  en  revue,  et  qu'après,  un  ordre  impérial  détacherait 
des  troupes  à  une  garnison  qui  fut  Cxée  à  Touest  de  Ki- 
Icheou,  dans  le  Tché-li.  Le  i6,  le  corps  diplomatique  pro- 
testait contre  le  maintien  des  troupes  de  Toung  Fou-siang 
dans  le  Tché-li  et  en  référait  aux  gouvernements  qu'il  repré- 
sentait. 


Les  deux  principaux  auteurs  du  coup  d'Etat  étaient  l'impé- 
ratrice douairière  et  Jong-Lou,  dont  K'ang  Yeou-wei,  dans 
l'ouvrage  que  nous  avons  déjà  cité,  fera  le  portrait  sui- 
vant : 

«  Jong-Lou  possède  un  cœur  de  traître  et  complote  pour  lui- 
même  de  prendre  le  trône.  Pendant  un  long  temps,  il  n*a  pas 
été  meilleur  que  Tsa  Tsa  (260  ans  après  J.-G.)  et  il  se  sert  de 
rirapératrice  douairière  comme  d'une  patte  de  chat  pour  pour- 
suivre ses  propres  projets  de  trahison.  11  ne  craint  ni  les  dieux 
ni  les  hommes.  11  a  publiquement  détrôné  l'empereur  à  la  pleine 
lumière  du  jour.  Il  détruit  cruellement  le  juste  et  le  loyal. 
Cependant  ce  traître  usurpateur  s'en  réfère  au  droit  du  Tck'oun 
Ts'ieoii  pour  soutenir  ses  actes.  C'est  h  cause  de  cela  que,  sans 
hésitation,  nous  l'appelons  un  voleur  rebelle  et  que  son  assas- 
sinat serait  tout  à  fait  justifié.  Combien  plus  encore  depuis  qu'il 
a  usurpé  le  trône  et  emprisonné  celui  qui,  volontairement, sacri- 
fiait sa  vie  pour  le  salut  de  son  pavs  P  » 

Jong-lou  était  appelé  à  Pé-King  et  nommé  grand  con- 
seiller, contrôleur  général  du  Ministère  de  la  Guerre  et 
commandant  en  chef  des  troupes  du  Nord  ;  Yu-Lou  le  rem- 
plaçait le  28  septembre  à  la  vice-royauté  du  Tché-li.  Yuen- 
Tch'ang,  jadis  l'un  des  principaux  secrétaires  du  Yamen,  le 
8  octobre,  Siu  King-tch'êng,  ancien  ministre  en  Allemagne 
et  en  Russie,  le  6  novembre,  entrèrent  au  Tsoung-li 
Yamen. 

La  vengeance  de  l'impératrice  douairière  n'était  pas  assouvie , 
il  fallait  d'abord  faire  reconnaître  ses  erreurs  à  l'Empereur  et 
CoRDiER,  III.  —  37 


M 


4l8  COUP    d'kTAT    de    L*IMPÉIIATRICE 

désavouer  son  principal  conseiller  K'ang  Yeou-wei.  La 
Gazette  de  Péking  du  i8  décembre  enregistre  cet  aveu,  arra- 
ché à  sa  faiblesse  : 

«  Dans  Notre  recherche  d'hommes  de  talent  et  capables.  Nous 
Nous  en  sommes  beaucoup  rapporté  à  Tavis  et  à  l'aide  de  Notre 
tuteur,  Wông  T'oung-ho.  Nous  eûmes  confiance  en  lui,  natu- 
rellement. Quels  ne  furent  pas  depuis  Nos  pensées  et  l'excès  de 
Notre  indignation  quand  il  fut  prouvé  que  ce  même  K'ang 
Yeou-wei  cherchait  secrètement  à  créer  une  révolution,  à 
grouper  autour  de  lui  un  parti  d'hommes  dégradés  et  égoïstes 
et  Nous  avait  presque  engouflré  déjà  dans  la  révolution  qu'il 
avait  l'intention  de  déchaîner  sur  l'empire  !  Lui  qui  Nous  avait 
prescjue  chargé  du  crime  d'impiété  filiale  vis-à-vis  de  l'inipéra- 
trice-douairière,  ruinant  Notre  réputation  et  faisant  de  Nous  une 
ligure  de  mépris  à  montrer  du  doigt  aux  générations  futures  ! 
K'ang  Yeou-wei  a  créé  une  faction  dont  le  mot  d'ordre  était 
<c  Protéger  et  défendre  la  Chine  »,  non  protéger  et  défendre  la 
dynastie  impériale  (Ta  Ts'ing).  Son  intention,  de  plus,  était 
d'inaugurer  une  république  à  la  place  de  l'empire  —  pour  avoir 
un  président  à  la  place  d'un  empereur.  Mais,  du  moment  où 
Nous  eûmes  vent  de  ces  plans,  Nous  Nous  hâtâmes  de  nous  jeter 
sous  la  protection  de  l'impératrice  douairière  et  nous  suppliâmes 
Sa  Majesté  de  venir  à  Notre  secours  et  d'assumer  les  rênes  du 
gouvernement  à  Nolr(»  place.  Par  ce  moyen  seulement.  Nous 
réussissons  éventuellement  à  être  sauf  et  à  écarter  le  danger 
pour  la  paix  * .  » 

En  novembre  1898,  Li  IIoung-Tchang  recevait  Tordre  de 
se  rendre  dans  le  Cban-Toung  pour  étudier  les  moyens 
d'arrêter  les  inondations  du  fleuve  Jaune  ;  il  ne  se  relevait 
pas  de  la  disgrâce  qui  Pavait  frappé  à  la  Cn  de  1896,  dès  son 
retour  d'Europe  ;  en  1899,  on  l'envoya  à  Canton  comme 
vice-roi  des  Deux-Kouang,  à  la  place  de  ï'an  Tchoung-lin, 
déplacé  à  la  demande  des  Français. 


I.  Norlh-China  Herald ^ti  avril  1900. 


DÉCHÉANCE    DE    L* EMPEREUR  ^IQ 


DÉCHÉANCE    DE    L^EMPEREUR 

Mais  l'impératrice  n'est  pas  encore  satisfaite  ;  cet  empe- 
reur qui  a  osé  la  braver  doit  être  châtié,  il  est  désormais 
indigne  de  régner.  Grâce  aux  Gazettes  de  Pé-King  et  aux 
commentaires  qu'en  donne  leur  excellent  traducteur  dans 
le  North-China  Herald^  nous  pouvons  reconstituer  ce  nouvel 
acte  de  la  tragédie. 

La  Gazette  du  28  janvier  1900  ordonne  à  P'ou  Wei, 
prince  Koung  ;  aux  princes  Tsai  Lien,  Tsai  Ying  et  Tsai  Lan^  ; 
aux  grands  secrétaires,  aux  grands  chambellans,  aux  con- 
trôleurs généraux  de  la  maison  impériale  ;  aux  fonction- 
naires du  collège  impérial  des  inscriptions  ;  aux  membres  de 
l'Académie  Han-lin  et  aux  présidents  mandchous  et  chinois 
des  six  ministères  de  se  préparer  à  une  audience  spéciale  pour 
le  lendemain.  Le  grand  secrétaire,  Li  Houng-tchang,  qui  a 
vent  de  la  chose,  est  le  seul  des  grands  mandarins  de  la  capi- 
tale qui  n'assiste  pas  à  l'audience,  il  a  eu  soin  de  prendre  à 
temps  le  bateau  pour  rejoindre  son  poste  à  Canton  où  il 
vient  d'être  nommé  vice-roi. 

La  Gazette  du  i[\  nous  marque  le  cérémonial  usité  pour 
le  couronnement  d'un  nouvel  empereur  : 

a  Ici  Nous  ordonnons  que  tous  les  princes,  ducs  et  ministres 
de  la  cour  impériale  soient  revêtus  de  robes  de  cour  le  26  cou- 
rant ;  on  attend  de  chacun  d*euxde  présenter  une  paire  de  scep- 
tres (Joiiy)  au  trône.  » 

Le  traducteur  commente  cet  ordre  de  la  manière 
suivante  : 

«  La  cérémonie  d'offrir  des  sceptres  est  observée  seulement  au 
couronnement  d*un  nouvel  empereur  et  est  considérée  comme 

I.  Tous  les  trois  fils  de  Yi-Tsoung,  prince  Toun,  cinquième  fils  de 
l'empereur  Tao-Kouang. 


^30  COUP    D*ÉTAT    DE    L*IMPÉRATRICE 

un  signe  d'allégeance  au  lieu  d'un  serment  de  fidélité  comme 
dans  les  contrées  occidentales.  Les  apologistes  de  rimpératrice 
douairière  essayent  tout  ce  qu'ils  peuvent  pour  nier  son  intention 
de  déposer  l'empereur  Kouang-Siu  et  disent  qu'elle  désire  seule- 
ment nommer  un  héritier  présomptif,  mais  le  décret  ci-dessus 
apparaît  en  noir  et  blanc  comme  une  claire  réfutation.  Car  dans 
la  loi  chinoise  la  présentation  des  sceptres  ne  signifie  pas  autre 
chose  que  le  signe  d'allégeance  à  un  nouvel  empereur.  Il  est  bien 
entendu,  naturellement,  que,  môme  depuis  le  coup  d'Ëtat  de 
1898,  tous  les  décrets  soi-disant  «  impériaux  »  ont  toujours  été 
publiés  par  l'impératrice  douairière  ;  Kouang-Siu  depuis  ce  temps 
ayant  été  considéré  comme  n'existant  pas.  » 

Enfin,  on  arrache  au  malheureux  Kouang-Siu  son  abdi- 
cation,  en  lui  faisant  désigner  un  héritier  présomptif  au 
trône  : 

«  Ix)rsque  encore  pendant  notre  enfance.  Nous  fûmes,  par  la 
grâce  de  l'empereur  T'oung-Tché  choisi  pour  lui  succéder  dans 
les  lourdes  responsabilités  comme  chef  de  tout  l'empire,  et  quand 
Sa  Majesté  mourut,  Nous  cherchâmes  jour  et  nuit  à  mériter  une 
telle  bonté  par  Notre  énergie  et  la  fidélité  dans  Nos  devoirs. 
Nous  fûmes  aussi  redevable  h  l'impératrice  douairière  qui  Nous 
enseigna  assidûment  et  Nous  chérit  et  Nous  lui  devons,  aujour- 
d'hui. Noire  salut.  Maintenant  il  doit  être  connu  que  lorsque 
Nous  fûmes  choisi  |M>ur  le  trône,  il  fut  alors  convenu  que,  si 
jamais  Nous  devions  avoir  un  fils,  ce  fils  serait  proclamé  héritier 
du  trône.  Mais  même  avant  l'année  dernière  (1898)  Nous  avons 
été  constamment  malade  et  c'est  pour  cette  raison  que  le  hui- 
tième mois  de  cette  année  (septembre  1898),  l'impératrice 
douairière  accéda  gracieusement  à  Nos  prières  instantes  et  prit 
en  main  les  rênes  du  gouvernement  à  reffet  de  Nous  instruire 
de  nos  devoirs.  Une  année  a  passé  maintenant  et  Nous  Nous 
trouvons  encore  un  invalide  ;  mais,  gardant  toujours  à  Notre 
esprit  qu'un  héritier  légal  devrait  être  choisi  [X)ur  le  trône,  par 
égard  pour  le  salut  de  l'empire  de  nos  ancêtres.  Nous  priâmes 
de  nouveau  l'impératrice  douairière  de  choisir  avec  soin  parmi 
les  membres  du  clan  impérial  un  prince  vertueux  et  sobre  pour 
Nous  succéder,  et  cela  elle  l'a  fait  en  la  personne  de  P'ou-tsiun, 
fils  de  Tsai-Yi,  prince  Touan,  de  second  ordre.  » 


DÉCHÉANCE  DE  i/eMPEREUR  431 

Kouang-Siu  désigne  son  successeur  : 

«  Nous  ordonnons  ici  que  P'ou-tsiun,  le  fils  deTsai-Yi,  prince 
Touan,  de  second  ordre,  soit  déclaré  héritier  de  feu  Tempereur 
Toung  Tché.  » 

C'était  un  véritable  suicide,  si  ce  n'était  la  préparation 
d'un  assassinat.  C'était  en  d'autres  mots,  dit  le  traducteur, 
faire  succéder  P'oii-tsiun  à  T'oung-Tché  comme  empereur, 
tandis  que  Kouang-Siu  est  considéré  comme  usurpateur  du 
trône,  son  élection  comme  successeur  de  T'oung-Tché  étant 
soudainement  découverte  comme  ayant  été  iUégale,  après 
vingt-cinq  ans! 

Enfin,  un  dernier  décret  marque  bien  la  déchéance  impé- 
riale : 

«  Nous  ordonnons  ici  qu*au  premier  jour  du  nouvel  an  (3i 
janvier),  le  devoir  qui  nous  incombait  habituellement  de  sacrifier 
aux  autels  du  Très-Haut,  à  la  salle  des  Ancêtres  impériaux  et 
au  temple  de  la  Longévité  impériale  sera  entrepris  par  le  Ta  A 
Ko  (héritier  présomptif  P*ou-tsiun)  * .  » 

Il  est  nécessaire  maintenant  d'entrer  dans  quelques  détails 
sur  la  famille  impériale  pour  comprendre  la  situation  res- 
pective de  l'empereur  et  de  son  héritier  désigné,  P'ou-tsiun, 
jeune  prince  de  quinze  ans. 

On  se  rappellera  qu'au  détriment  de  la  descendance  de 
Mien  K'ai,  prince  Toun  K'io,  troisième  fils  de  l'Empereur 
K'ia-King,  ou  de  celle  de  Mien  Hien,  quatrième  fils  de 
Kia-K'ing,  dont  le  fils  adoptif  est  le  fameux  prince  Touan, 
l'impératrice-douairière  avait  choisi  comme  empereur  Tsai 
Tien,  fils  du  prince  Tchouen,  septième  fils  de  Tao-Kouang, 
qui  prit  le  nom  de  règne  de  Kouang-Siu-.  Cette  désignation 

I.   Gazettedu  ai  janvier  1900. —  North-China  Herald^  iSavril  1900. 
3.  Voir  II,  p.  6,  et  le  tableau  généalogique. 


423  COUP  d'état  de  l'impératrice 

amena  la  protestation  et  le  suicide  du  censeur  Ou  K'o-tou'. 
Tsai  Yi,  prince  Touan,  fils  adoptif  de  Mien  Hien,  était  en 
réalité  le  second  fils  du  prince  ïoun,  cinquième  fils  de  Tao- 
Kouang  et  d'une  princesse  mongole  ;  il  avait  été  déclaré  illé- 
gitime parce  qu'il  avait  été  conçu  pendant  une  période  de 
deuil  dans  laquelle  le  commerce  des  femmes  est  interdit.  Le 
jeune  Tsai  Yi  fut  envoyé  en  Mandchourie  où  i\  passa  sa  vie. 
Était-ce  un  tardif  remords  ?  l'impératrice-douairière  n'est 
guère  capable  d'en  avoir.  Était-ce  plutôt  pour  servir  ses 
desseins.^  C'est  probable;  l'impératrice  Ts'eu-hi  le  rappela  à 
Pé-King.  Touan  revenait  aigri  de  son  long  exil,  ignorant 
tout  des  changements  survenus  dans  l'Empire  pendant  son 
absence,  ne  connaissant  pas  la  puissance  des  étrangers  et 
désireux  d'assouvir  la  soif  de  vengeance  et  de  pouvoir  qui  le 
dévorait  depuis  sa  retraite  forcée.  C'est  cet  homme,  véri- 
table fou  furieux,  imprudemment  déchaîné  dans  la  capitale, 
qui,  trouvant  un  digne  acolyte  dans  le  général  Toung  Fou- 
siang,  terrorisa  rimpératrice-douairière,  fit  choisir  son  propre 
fils  comme  héritier  de  la  couronne,  et  enfin,  rencontrant  un 
instniment  favorable  au  but  de  son  ambition  dans  le  mouve- 
ment des  Boxeurs,  se  mit^à  sa  tête.  Touan  ne  se  doutait  pas 
qu'il  serait  lui-même  entraîné  par  la  révolte  dont  il  voulait 
diriger  la  marche  ;  certes  si  la  marche  de  ces  fanatiques 
n'avait  pas  été  enrayée,  elle  aurait  causé  une  catastrophe 
plus  grande  encore  que  celle  de  1900;  il  est  vrai  qu'elle 
aurait  aussi  balayé  son  chef  avec  le  trône  fragile  des  Mand- 
chous. 


*    * 


Le  coup  d'État  devenait  une  véritable  réaction  mandchoue 
avec  Ts'eu-hi,  Touan  et  Kang-Yi  à  sa  tête. 

I.  II,  p.  7. 


DÉCIIK^NCE    DE    l'eMPEREUR  /pS 

Cependant  Fimpératrice  rapportait  tous  les  décrets,  entre 
autres  celui  qui  créait  un  journal  officiel  ;  elle  contremandait 
une  grande  revue  de  Tarmée,  ordonnée  par  Kouang-Siu,  et 
pour  se  concilier  les  bonnes  grâces  des  troupes,  elle  donnait 
(29  septembre)  «  au  général  de  division  Nié  Ché-tch'eng 
une  récompense  de  6000  onces  d'argent,  au  vice-président 
Youen  Ché-k'ai  une  autre  de  4  000,  à  Toung  Fou-siang, 
enfin,  une  autre  de  3 000  à  distribuer:  la  première  somme 
parmi  le  corps  d'armée  Wou-i-Kiun,  la  seconde  parmi  le 
corps  d'armée  Sin-Kien  lou-Kiun,  et  la  troisième  parmi  le 
corps  d'armée  de  la  province  du  Kan-Sou  ». 

Les  diplomates  étrangers  assistent  avec  une  inconscience 
rare  aux  graves  événements  qui  se  passent  sous  leurs  yeux  ; 
ils  permettent  même  à  leurs  femmes  d'assister  à  une  audience 
impériale  et  Ton  voit,  le  i3  décembre  1898,  lady  Macdonald, 
femme  de  sir  Claude  Macdonald,  représentant  la  reine 
d'Angleterre,  à  la  tête  des  femmes  de  sept  ministres  étran- 
gers, aller  à  l'occasion  du  soixante-quatrième  anniversaire 
de  sa  naissance  saluer  la  souveraine  qui  vient  de  se  couvrir 
de  crimes  et  qui  se  prépare  à  faire  disparaître  Tempereur. 

Parlant  de  l' impératrice-douairière,  Mrs.  Conger,  femme 
du  Ministre  des  Etats-Unis,  écrivait  après  cette  audience  : 
«  Elle  semble  gaie  et  heureuse  ;  sa  figure  respirait  la  bonne 
volonté.  On  n'y  apercevait  aucune  trace  de  cruauté.  Elle  nous 
souhaita  la  bienvenue  en  des  paroles  simples,  mais  ses  gestes 
étaient  pleins  de  liberté  et  de  chaleur.  Elle  se  leva  et  nous 
souhaita  d'être  bien.  Elle  tendit  les  deux  mains  vers  chaque 
dame,  et  disait,  avec  beaucoup  d'empressement  enthousiaste: 
«  Une  famille  ;  toutes,  une  famille.  »  Elle  était  très  cordiale, 
et  lorsqu'on  nous  passa  le  thé  elle  s'avança  et  trempa  ses 
lèvres  dans  chaque  tasse.  Elle  en  prenait  un  peu  ;  puis  levait 
la  tasse  de  l'autre  côté  jusqu'à  ses  lèvres,  et  disait  encore  : 
«  Une  famille  ;  toutes,  une  famille.  .»  Cette  excellente 
Mrs.  Conger  devait  apprendre  bientôt  ce  que  pensait  vérita- 


^34  COUP    D*ÉTAT    DE    l'iMPÉRATRICE 

blement  Tinipératrice  de  sa  «  famille  »  et  à  connaître  le 
traitement  qu'elle  lui  réservait. 

Le  8  mars  1900,  Timpératrice  donna  un  banquet  aux 
dames  des  légations  dans  la  Salle  du  Trône  des  Cérémonies 
de  la  Cour. 

Mais  K'ang  Yeou-wei  n'abandonne  pas  son  maître  ;  dans 
son  ouvrage,  que  nous  citons  encore,  il  crie  à  tout  le  monde 
les  mauvais  traitements  dont  l'empereur  est  l'objet: 

«  Mettez  Kouang-Siu  sur  le  trône  et  la  Chine  sera  rajeunie. 
Les  souffrances  que  Tempereur  a  personnellement  endurées 
parce  qu'il  essaya  de  réformer  le  gouvernement  et  de  sauver 
l'empire,  ont  été  terribles. 

«  1°  Autrefois  il  était  fort.  Il  est  émacié  maintenant  et  des 
docteurs  indigènes  sont  employés  pour  lui  administrer  des 
poisons. 

a  a**  Il  est  confiné  dans  l'île  de  Yong-t'ai,  comme  un  vulgaire 
félon,  et  il  lui  est  interdit  de  voir  qui  que  ce  soit. 

«  3°  Ses  fonctionnaires  loyaux  ont  tous  été  ou  bannis  ou 
exécutés. 

«  4°  Ses  pieds  ont  été  brûlés  avec  des  fers  rouges. 

«  5°  Quand  il  demande  la  moindre  douceur,  elle  lui  est  refusée 
et  on  ne  lui  donne  que  le  riz  le  plus  grossier. 

«  6°  Son  épouse,  môme  pendant  la  saison  la  plus  dure,  n'est 
autorisée  à  porter  aucun  vêlement  chaud  et  doit  se  vêtir  d'habits 
d'été. 

«  Ne  sommes-nous  pas  enragés  à  la  pensée  de  l'ignominie  et 
de  la  peine  auxquelles  noire  bon  empereur  est  exposé?  Ceux  — 
l'impératrice-douairièrc  et  Jong-Lou  —  qui  ont  entassé  toute 
cette  misère  sur  lui  sont  des  voleurs,  des  scélérats  et  des  traîtres, 
et  chacun  est  justifié  de  les  assassiner,  comme  les  Japonais,  jadis, 
tuaient  leurs  généraux  amhitieux,  qui,  inspirés  par  les  mêmes 
motifs,  agissaient  de  môme'.  » 

La  province  murmure  des  tortures  infligées  à  l'empereur; 
les  vice-rois  du  Sud  de  l'empire  laissent  entrevoir  la  possi- 
bilité d'un   soulèvement  général  ;    l'impératrice    entre  dans 

I.  North'China  Herald,  a  mai  1900. 


DÉCIIK^NCE    DE    L*EMPEUEUR  ^35 

une  fureur,  qu'augmente,  disait-on,  rempoisonnement  de  son 
favori,  le  Grand  Eunuque*;  clic  est  prête  à  commettre  tous 
les  excès.  Ses  conseillers  la  [K)ussentdan8  la  voie  de  la  réaction 
à  outrance.  Deux  censeurs  ne  vont-ils  pas  jusqu'à  lui 
conseiller  de  supprimer  le  Tsoung-li  Yamen,  créé  le  19  jan- 
vier 1861,  et  de  le  remplacer  par  le  Li-fan  Youen,  bureau 
chargé  des  affaires  de  Mongolie  et  des  États  tributaires  ?... 

L'attitude  de  l'armée  est  inquiétante  ;  on  en  a  confié  le 
commandement  au  général  Toung  Fou-siang,  notoirement 
connu  par  son  hostilité  contre  les  étrangers. 

A  la  suite  d'un  mémoire  de  Yi-k'ouang,  adressé  à  l'empe- 
reur, pour  rendre  compte  de  la  revue  qu'il  avait  passée  de 
l'armée  du  Kan  Sou,  où  il  dit  «  qu'il  a  passé  en  revue  toutes 
les  troupes  commandées  par  Toung  Fou-siang,  qu'il  a  trouvé 
tous  les  officiers  et  soldats  également  habiles  et  vigoureux, 
que  les  divers  régiments  et  escadrons  sont  dans  un  ordre 
excellent,  qu'ils  sont  très  exercés  dans  les  divers  mouve- 
ments militaires  et  que  le  susdit  général,  ayant  si  bien  dis- 
cipliné ses  troupes,  et  les  ayant  si  bien  exercées  »,  il  est 
ordonné  par  décret  impérial  du  11  novembre  1898  : 

«  Que  les  objets  suivants  soient  envoyés  en  cadeau  au  général 
Toung  F'ou-siang,  à  savoir  :  un  tube  à  plumes  de  paon  et  un 
anneau  digital,  Tun  et  l'autre  en  pierre  précieuse  blanche,  et 
une  petite  épéc  avec  garde  de  la  même  matière  ;  nous  voulons 
par  là  lui  manifester  notre  estime.  De  plus,  nous  ordonnons 
qu'une  somme  de  10  000  taëls,  fournie  par  le  ministère  du  cens, 
soit  distribuée  parmi  les  soldats,  et  (jue  deux  cents  petits  rouleaux 
de  soie  pour  faire  des  habits  soient  également  fournis  par  le 
même  ministère  et  remis  à  Toung  Fou-siang  pour  qu'il  les  dis- 
tribue en  cadeaux  parmi  les  chefs  de  régiment  et  de  compagnies. 
Enfin,  nous  ordonnons  que  les  troupes  commandées  par  le 
général  Toung  Fou-siang,  après  s'être  reposées  pendant  quelques 
jours,  aillent  s'installer  dans  leurs  campements  respectifs  ;  elles 

I.  Ce  bruit  était  inexact,  car  le  Grand  Eunuque  a  fait  beaucoup  parler 
de  lui  plus  tard  à  Si-ngan  fou. 


436  COUP    D*ÉTAT    DE    L*IMPÉRATRICE 

y  continueront  sérieusement  leurs  exercices  militaires,  afin  de 
s'y  perfectionner  de  plus  en  plus.  Par  là  elles  répondront  aux 
excellents  désirs  de  la  cour  pour  la  formation  de  l'armée  * .  » 

Toung  Fou-siang  était  général  de  brigade  à  Aksou,  en 
février  1889;  commandant  en  chef  à  Kachgar,  depuis  juin 
1890,  il  fut  désigné  pour  représenter  la  Nouvelle  Frontière 
(Sm  Kiang)  aux  fêtes  de  Tannivcrsaire  de  Timpératrice-douai- 
rière  en  1894*  ;  en  janvier  1896,  on  le  nomma  commandant 
en  chef  au  Kan-Sou. 

L'impératrice  dissimule  encore  sa  colère,  mais  il  lui  tarde 
d'agir.  Ses  conseillers  dans  sa  réaction  et  dans  sa  haine  de 
l'étranger  ne  Tarrêleront  pas  dans  sa  faute  suprême,  Qiios 
vult  perdere  Jupiter...;  elle  va  faire  appel  aux  sociétés 
secrètes  qui  troublent  son  empire  et  qui,  si  elles  combattent 
l'étranger,  menacent  également  son  trône.  En  complotant  la 
destruction  des  barbares  d'Occident,  elle  déchaîne  la  tour- 
mente qui  faillit  l'emporter  elle-même. 

Mais  revenons  un  peu  en  arrière. 

I.  Tobar. 

3.  11  fut  reçu  en  audience  le  34  septembre  1894. 


CHAPITRE  XXIII 
CONCESSIONS  DIVERSES  AUX  ÉTRANGERS 

LA   DIRECTION  ANGLAISE  DES   DOUANES,    l3   FÉVRIER  1898. 

Le  3  février  1898*,  Sir  Claude  Mac  Donald  adressait  une 
note  au  Tsoung-li  Yamen  à  laquelle  celui-ci  répondait  : 

Kouang-Siu,  34*  année,  i"  lune,  aS"  jour. 

(i3  Février  1898). 

Le  Yamen  a  l'honneur  d'écrire  au  Ministre  anglais  au  sujet 
de  la  continuation  de  l'emploi  dans  l'avenir  d'un  Anglais  pour 
succéder  à  l'Inspecteur  Général  des  Douanes  Maritimes...  Il 
doit  observer  que  le  commerce  anglais  avec  la  Chine  dépasse 
celui  de  tous  les  autres  pays,  et,  comme  le  Yamen  l'a  fréquem- 
ment convenu  et  promis,  on  a  l'intention  que  dans  le  futur 
comme  dans  le  passé,  un  Anglais  soit  employé  comme  Inspec- 
teur Général. 

Mais  si,  à  une  époque  future,  le  commerce  d'un  autre  pays 
aux  différents  ports  chinois  devenait  plus  grand  que  celui  de  la 
Grande  Bretagne,  alors  la  Chine,  naturellement,  ne  serait  pas 
obligée  d'employer  nécessairement  un  Anglais  comme  Inspecteur 
Général  '. 

POSTES 

Le  service  des  postes  avec  l'étranger  se  faisait  autrefois 
par  les  bateaux  anglais  de  la  Peninsular  &    Oriental  Steam 


I.  China,  n®  i  (1898),  p.  5o. 
a.   Chinât  n»  i  (1899),  p.  19. 


43o  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX    ÉTRANGERS 

puissances  à  Pé-King,  la  mesure  qui  ouvrait  les  eaux  inté- 
rieures de  la  Chine  au  coramerce  étranger  entra  en  vigueur 
au  mois  de  juillet  i8g8,  et  Tadministration  des  douanes 
publia  le  règlement  en  9  articles  auquel  seraient  soumis 
les  bateaux  à  vapeur  se  livrant  à  la  navigation  des  rivières  et 
canaux. 

La  seule  formalité  à  laquelle  étaient  astreints  les  propriétaires 
de  bâtiments  taisant  le  service  de  l'intérieur,  était  Tobtentioii 
d'une  passe  spéciale  délivrée  par  la  douane,  moyennant  le 
payement  d'un  premier  droit  de  10  taëls  et  d'une  taxe  annuelle 
de  2  laels.  Ils  devraient,  de  plus,  rapporter  tous  leurs  mouve- 
ments à  la  même  Administration.  Pour  le  reste,  le  nouveau 
règlement  ne  changeait  rien  à  l'état  de  choses  actuel,  et  les 
bateaux  à  vapeur  seraient  soumis,  aussi  bien  que  les  jonques 
indigènes,  à  rexainen  des  barrières  de  likin,  les  étrangers  con- 
servant, naturellement,  le  bénéfice  des  passes  de  transit.  Le  nou- 
veau règlement  cjui,  ainsi  que  l'indiquait  son  dernier  para- 
graphe, avait  un  caractère  provisoire,  ne  prévoyait  rien  en  ce 
qui  concernait  l'achat  de  propriétés  à  l'intérieur,  par  les  étran- 
gers, pour  construire  des  ap{X>ntemenls  et  des  magasins*. 

Un  règlement  additionnel  en  9  articles  fut  publié  en 
octobre  1898  ;  il  déterminait  plus  particulièrement  le 
régime  qui  serait  appliqué  aux  marchandises  indigènes  trans- 
portées par  vapeur  ou  sur  des  bateaux  chinois  remorqués; 
celles  destinées  à  Texportation  étrangère  devaient  bénéficier 
des  passes  de  transit^. 

REGLEMENTS  DE  NAVIGATION    SUR  LE  YANG-TSEU,    20  MARS    1899 

La  navigation  du  Yang-tseu  était  soumise  à  un  régime 
spécial  dont  Tacte  constitutif  consistait  dans  un  règlement 
consulaire  anglais  de  1861,  revisé  en  i863,  approuvé, 
paraît-il,  par  les  autres  puissances.  En  1897,  une  commis- 

I.   Livre  jaune,  Ciiinf,  1898-1899,  pp.  1^9  seqq. 
a.  Ibid.t  p.  i5a. 


OUVEnTLRK    DE    YO-TCIIEOU,    ETC.  ^Sl 

sion  fut  nommée  par  la  Chambre  de  Commerce  de  Chang- 
Ilaï  pour  examiner  les  modifications  qu'il  conviendrait 
d'apporter  au  régime  de  la  navigation  sur  le  Yang-tseu. 
Après  une  revision  des  règlements,  M.  de  Bezaure,  consul 
général  de  France  à  Chang-IIaï,  pouvait  écrire  le 
20  mars  1899,  à  M.  Delcassé: 

Les  règlements  douaniers  du  Yang-tseu,  définitivement  arrêtés, 
entreront  en  vigueur  le  i**"  Avril.  Us  viennent  d'être  publiés 
par  l'Administration  des  douanes. 

Les  nouveaux  règlements  du  Yang-lseu  ont  pour  objet  spécial 
d'assimiler  le  régime  douanier  du  Grand  Fleuve  à  celui  qui 
existe  [K)ur  les  ports  de  la  côte  : 

1"  Le  dédouanement  cesse  d'être  obligatoire  à  Chang-Haï  et 
les  marchandises  venant  de  l'élranger,  à  destination  du  Fleuve, 
et  réciproquement,  pourront  être  transbordées  à  (]liang-Haï  ; 

2**  Les  vajKnus  peuvent  obtenir  leur  passe  de  rivière  soit  à 
Chang-Haï,  soit  à  Wou-soungouTchen-Kiang.  et  de  ce  fait  éviter 
des  retards  considérables  ; 

3**  Les  produits  indigènes  qui  payaient  à  la  sortie  de  la  rivière 
le  droit  de  1/3  p.  %  à  l'exportation  et  pour  le  commerce  sur  la 
côte,  ne  seront  soumis  qu'au  simple  droit  d'ex|X)rtation  à  la 
sortie.  Ce  demi-droit  du  commerce  sur  la  cùte  ne  pourra  être 
exigible  qu'à  destination  ; 

4**  Les  thés,  à  l'arrivée  à  Chang-lLiï,  au  lieu  d'acquitter  les 
demi-droits  (commerce  sur  la  côte)  déposeront  un  bon  pour  le 
montant  desdits  droits. 

OUVERTURE  DE  YOTCUEOU,  SAN-TOUNGAO,  t'sIN-W'ANG  TAO 

ET  WOU-SOUNG 

Sans  doute  sous  la  pression  de  l'Angleterre,  la  Chine  se 
décida  spontanément  au  mois  de  mars  1898  à  ouvrir  les 
trois  ports  suivants  au  commerce  étranger:  Yo-tcheou, 
San  tou-ngao,  et  Ts'in-Wang-tao. 

Le  7  avril  1898,  iM.  Dubail,  Chargé  d'Affaires  à  Pé- 
King,  écrivait  à  M.  Delcassé  : 

Le  Tsoung-li  Yamen  vient  de  m'informer  ofiiciellement  de  la 


432  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX    ÉTRANGERS 

décision  prise  par  le  Gouvcrnemenl  cliinois  d'ouvrir  au  com- 
merce international  Yo-tcheou  fou,  au  ïlou-Nan.  la  baie  de  San- 
lou  ngao,  départc^ncnt  de  Fou-ning  fou,  au  Fou-Kien,  et  Tile 
de  T'sin-AVang  tao.  arrondissement  de  Fou-ning  bien,  au 
Tclié-li. 

Ainsi  que  Votre  Excellence  le  verra  par  le  texte  ci-joini  de 
cette  communication,  la  date  d'ouverture  de  ces  trois  nouveaux 
ports  n'a  pas  encore  été  fixée  ;  ce  n'est  qu'ultérieurement  qu'elle 
sera  portée  à  notre  connaissance. 

Par  une  lettre  qui  vient  de  me  parvenir,  le  Tsoung-li  Yamen 
m'informe  également  de  l'ouverture  dans  les  mêmes  conditions 
du  port  de  Wou-soung,  près  Chang-Ilaï  ;  cette  décision  n'est, 
en  réalité,  que  la  confirmation  d'un  état  de  choses  déjà  existant 
en  fait. 

DÉCRET   IMPÉRIAL,  3l    MARS    1898. 

Le  lo*  jour  de  la  3*  lune  de  la  a4*'  année  Rouang-Siu 

(Le  3i  Mars  1898). 

Communication  officielle. 

Afin  de  déveIopjx*r  les  relations  connnerciales,  nous  nous 
sommes  proj)Osé  d'ouvrir  au  commerce  étranger  Yo-tclieou  fou, 
au  llou-Nan,  la  baie  de  San-tou  ngao,  déparlement  de  F^ou- 
ni ng  fou,  an  Fou-Kien  et  l'île  de  Ts'in-Wang-Tao,  arrondisse- 
ment de  Fou-ning  bien,  au  Tcbé-li. 

Le  3  de  la  3**  lune  de  la  présente  année  (le  ali  Mars  1898),  et 
autres  jours,  notre  Yamen  a  adressé  des  rapports  au  Trône  pour 
demander  que  ce  projet  soit  mis  à  exécution.  Les  rap|K)rts, 
ainsi  que  le  constatent  les  arcbi\es,  ont  été  approuvés  |>ar  Sa' 
Majesté  qui  nous  a  commandé  de  nous  conformer  respectueuse- 
ment à  l'autorisation  (pi'Elle  nous  accordait. 

Dés  que  la  date  de  l'ouverture  de  ces  ]X)rts  aura  été  fixée,  nous 
vous  la  ferons  connaître  oniciellement.  Telle  est  la  communica- 
tion que  nous  croyons  devoir  adresser  d'abord  à  la  connaissance 
de  Votre  Excellence. 


OUVERTURE  DE  NAN-M?iG 

Malgré  ropposition   réitérée   de   la  France,    Sir    Claude 


LISTE    DES    PORTS    OL  VKUTS    AU    COMMERCE    ÉTRANGER  433 

Mac  Donald  put  télégraphier  le  3  février  1899,  au  marquis 
de  Salisbury  :  «  Nan-Ning  a  été  déclaré  port  ouvert  par 
décret  impérial.  » 

LISTE  DES  PORTS  OUVERTS  AU   COMMERCE  ÉTRANGER 

i**  Nieou-Tchouang  ^anglais  Nevvchwang)  dans  la  pro- 
vince de  Cheng-King  en  Mandcbourie  ;  ouvert  en  mai  i864 
en  vertu  du  traité  anglais  de  Tien-Tsin  (i858)  ;  à  la  fin  de 
1901,  population  chinoise  estimée  :  5o  000  habitants  ; 

2°  Tien-Tsin,  dans  la  province  de  Tché-li,  au  confluent 
du  Grand  Canal  et  du  Peï-ho  ;  ouvert  en  mai  1861,  en 
vertu  des  conventions  anglaise  et  française  de  Pé-King,  1860; 
pop.  chin.  :  700000  hab.  ; 

3°  Tche-Fou  (^anglais  Chefoo)  ou  mieux  Yen-t'aï,  dans  la 
province  de  Chan-Toung,  sur  le  bord  de  la  mer  ;  ouvert  en 
mars  1862  en  vertu  des  traités  anglais  et  français  de  Tien- 
Tsin,  i858  ;  pop.  chin.  :  60000  hab.  ; 

4**  Kiao-Tcheou  (Kiaochow),  dans  la  province  de  Chan- 
Toung,  dans  la  baie  du  même  nom,  occupé  par  les  Alle- 
mands le  i4  novembre  1897,  déclaré  port  hbre  le  2  sep- 
tembre 1898  ;  (en  réalité  Tsing-tao)  ; 

5°  Tchoung-King  (Chung-King)  dans  la  province  de 
Se-Tch'ouen  ;  au  confluent  de  la  rivière  Kia-ling  et  du 
Yang-tseu:  ouvert  en  novembre  1890;  popul.  chin.  : 
3ooooohab.  ; 

6**  I-Tcli*ang  (Ichang),  dans  la  province  deHou-Pé,  sur  la 
rive  gauche  du  Yang-tseu,  ouvert  le  i*""  avril  1877,  en  vertu 
de  la  convention  de  Tche-Fou,  1876  ;  popul.  chin.  : 
4o 000 hab.  ; 

7*"  Cha-che  (Shasi),  dans  la  province  de  Hou-Pé,  entre 
I-Tch'ang  et  Han-K'eou,  sur  la  rive  gauche  du  Yang-tseu 
ouvert  le  i*""  octobre  1896,  en  vertu  du  traité  japonais  de 
1895  ;  pop.  chin.  :  80000  hab.  ; 

GORDIER.  111.  —  28 


434  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX   ÉTRANGERS 

8°  Yo-Tcheou  (Yochow),  dans  la  province  de  Hou-Nan, 
près  du  lac  Toung-Ting  ;  ouvert  officiellement  le  i3  no- 
vembre 1899  ;  pop.  chin.  :  20000 hab.  ; 

9°  Han-K'eoii  (Hankovv),  sur  la  rive  gauche  du  Yang- 
Tseu,  à  son  confluent  avec  la  rivière  Han,  dans  la  province 
de  Hou-Pé,  ouvert  en  décembre  1861,  en  vertu  des  règle- 
ments provisoires  de  la  même  année  ;  pop.  chin.  : 
85oooo  hab.  ; 

10®  Kieou-Kiang  (Kew-Kiang,  Kiukiang),  dans  la  pro- 
vince de  Kiang-Si,  sur  la  rive  droite  du  Yang-Tseu,  près  du 
lac  Po-yang  ;  ouvert  en  même  temps  que  Han-K'eou  ;  pop. 
chin.  :  62  000  hab.  ; 

II**  Wou-hou  (Wuhu),  dans  le  Ngan-Houei,  sur  le  Yang- 
Tseu,  entre  Kieou-Kiang  et  Tchen-Kiang  ;  ouvert  le 
i*""  avril  1877  en  vertu  de  la  convention  deTché-Fou;  pop. 
chin.  :  102  116  hab.  ; 

12°  Nan-King,  ou  mieux  Kiang-Ning  (Nan-King  veut  dire 
(j)ur  du  Sud,  et  désigne  remplacement  ancien  de  la  capi- 
tale avant  Pé-King,  Cour  du  I\orcf),  sur  la  rive  droite  du 
Yang-Tseu,  capitale  du  Kiang-Nan,  devait  .être  ouvert  en 
vertu  du  traité  français  de  Tien-Tsin,  i858;  ne  l'a  été  en 
réalité  que  le  i**""  mai  1899  ;  pop.  chin.  :  226000  hab.  ; 

i3"  Tchen-Kiang  (Chinkiang),  dans  le  Kiang-Sou,  sur  la 
rive  droite  du  Yang-Tseu  à  son  confluent  avec  le  Canal  impé- 
rial, ouvert  en  avril  1861,  en  vertu  du  traité  anglais  de 
Tien  Tsin,  i858  ;  pop.  chin.  :  i4oooo  hab.  ; 

i4"  Chang-IIaï  (Shanghaï),  dans  le  Kiang-Sou,  sur  le 
Houaiig-Pou,  un  des  cinq  [X)rts  ouverts  en  vertu  du  traité  de 
Nan  King,  i842.  Le  port  a  été  officiellement  ouvert  au 
commerce  le  17  novembre  i843  et  le  bureau  des  Douanes 
n'a  été  ouvert,  comme  nous  Tavons  vu,  qu'en  i854  ;  pop. 
chin.  :  620000  hab.  ; 

15**  Sou-Tcheou  (Soochow),  capitale  du  Kiang-Sou,  h 
Touest  et  un  peu  au  nord  de  Chang-Haï,  sur  le  Grand  Canal, 


LISTE    DES    PORTS    OUVERTS    AU    COMMERCE    ÉTRANGER  435 

près  du  Grand  Lac,  Tai-Hou;  ouvert  le  26  septembre  1896 
en  vertu  de  l'article  VI  du  traité  japonais  ;  pop.  chîn.  : 
5ooooo  hab.  ; 

16**  Ning-POy  dans  la  province  de  Tché-Kiang,  sur  la 
rivière  Yong,  un  des  cinq  ports  ouverts  en  vertu  du  traité 
de  Nan-King,  1842,  mais  n'a  été  ouvert  par  les  Douanes 
qu'en  mai  1861  ;  pop.  chin.  :  255  000  hab.  ; 

ij^  Hany-Tclieou  (Hangchow),  capitale  du  Tche-Kiang, 
sur  la  rivière  Tsien-Tang,  ouvert  le  26  septembre  1896,  en 
vertu  de  l'article  VI  du  traité  japonais  ;  pop.  chin.  : 
700000  hab.  ; 

18°  Wen-Tcheou  (VVenchow),  dans  la  province  de  Tche- 
Kiang,  sur  la  rive  droite  du  Wou-Kiang,  ouvert  en  avril  1877, 
en  vertu  de  la  Convention  de  Tche-Fou,  1876;  pop.  chin.  : 
80000  hab.  ; 

ig"*  San-Tou  JSgao  (Santuao),  port  de  Fou-Ning  Fou, 
dans  la  province  de  Fou-Kien,  ouvert  spontanément  par  les 
Chinois  le  i®"*  mai  1899  î  '®  décret  impérial  est  du 
24  mars  1898;  pop.  chin.  :  8000  hab.  ; 

28°  Foii-Tcheoii  (Foochow),  capitale  du  Fou-Kien,  sur 
la  rivière  Min,  un  des  cinq  ports  ouverts  en  vertu  du  traité 
de  Nan-King,  1842,  mais  le  bureau  des  Douanes  n'a  été 
installé  qu'en  juillet  1861  ;  pop.  chin.  :  G5oooo  hab.  ; 

21°  Emoui  ou  Amoy,  prononciation  locale  de  Hia-Men 
dans  le  Fou-Kien,  un  des  cinq  ports  ouverts  en  vertu  du 
traité  de  Nan-King,  1842,  mais  le  bureau  des  Douanes  n'a 
été  installé  qu'en  avril  1862;  pop.  chin.  :  96000  hab.  ; 

22"*  Chan-T'eou  (Swatovv)  dans  le  Kouang-Toung,  sur  la 
rive  gauche  et  à  l'embouchure  de  la  rivière  Han,  ouvert  en 
janvier  1860,  en  vertu  des  traités  anglais,  français  et  améri- 
cain de  Tien-Tsin,  i858  ;  pop.  chin.  :  38 000  hab.  ; 

23"  \t^oa-rc/t^ou  (VVuchow),  dans  le  Kouang-Si,  sur  la 
rive  gauche  du  Si  Kiang,  ou  rivière  de  l'Ouest,  à  son  con- 
fluent avec  la  rivière  Fou,  ou  rivière  de  Kouei-lin  ;  ouvert  le 


436  goncessioins  diverses  aux  étrangers 

l\  juin  1897,  ®^  vertu  de  la  convention  anglo-chinoise  rela- 
tive à  la  frontière  birmane;  pop.  chin.  :  62000  hab.  ; 

24**  Sam-Choui  (Samshui),  dans  la  province  de  Kouang 
Toung,  près  du  confluent  des  rivières  de  l'ouest,  du  nord  et 
de  Test  de  Canton  ;  son  port  est  Ho  K'eou  ;  il  faut  rattacher  à 
ce  bureau  Kongmoon  et  Kumchuk.  Sam  Choui  a  été  ouvert 
en  1897  par  la  même  convention  que  Wou  Tcheou  ;  pop. 
chin.  :  5  000  hab.  ; 

25°  Canton,  en  chinois  Kouang- tcheou,  capitale  du  Kouang 
Toung,  sur  le  Tchou-Kiang  (rivière  de  la  Perle),  un  des 
cinq  ports  ouverts  en  vertu  du  traité  de  Nan-King,  18^2, 
mais  le  bureau  des  Douanes  n'a  été  installé  qu'en 
octobre  1869;  pop.  chin.  :  85oooo  hab. 

26**  Kieou  loung  (Kowloon),  dans  le  Kouang-toung,  en 
face  de  Hong-Kong  ; 

27°  Lappa  ou  Kan(j-Pa^  île  en  face  du  port  intérieur  de 
Macao  ; 

28°  Kiouny-Tcheoit  (Kiungchow)  dans  l'île  de  Haï-Nan 
(Kouang-toung),  ouvert  en  avril  1876,  en  vertu  des  traités 
anglais  et  français  de  Ïien-Tsin  de  i858.  Le  port  est  Hoi- 
Heou  (Hoihow)  ;  pop.  chin.  :  35ooo  hab.  ; 

29"  Pak-Hoi,  dans  le  dialecte  du  Nord,  Pe-Haï,  dans  la 
province  de  Kouang-Toung,  sur  le  golfe  du  Tong-King, 
ouvert  en  avril  1877,  en  vertu  de  la  convention  de  Tclie- 
Fou  ;  pop.  chin.  :  20000  hab.  ; 

30"  Loung-Tcheoii  (Lung-Chow),  dans  le  Kouang-Si,  au 
confluent  des  rivières  Song-Ki  et  Kao-Ping  ;  la  réunion  de 
ces  deux  rivières  forme  le  Tso-Kiang,  branche  gauche  du 
Si-Kiang  ou  rivière  de  l'Ouest  :  ouvert  le  i**"  juin  1899,  en 
vertu  du  traité  avec  la  France  après  la  guerre  du  Tong-King; 
pop.  chin.  :  20000  hab.  ; 

3i^  Mong-tseu  (Mengtsz)  dans  le  sud-est  du  Yun-Nan, 
ouvert  en  vertu  de  la  convention  additionnelle  au  traité 
français  de  Tien-Tsin  du  20  avril   1886,  signée  k  Péking -le 


LISTE    DES    PORTS    OUVERTS     W      COMMERCE    ÉTRANGER  487 

26  juin  1887  ;    Touverture  du  consulat  de   France  est  du 
3o  avril  1889;  pop.  chin.  :  12000  hab.  ; 

32**  Se-mao  (Szemao)  au  sud-ouest  du  Yun-Nan,  ouvert 
par  les  conventions  françaises  de  1 896  et  anglaise  de  1896; 
pop.  chin.  :  i4  000  hab.  ; 

33®  Teng-yueh  ou  Momein,  au  Yun-Nan  ;  proposé  pour 
être  ouvert  au  commerce  étranger. 

34^  Ya-toung  (Yatung),  T'ibet. 

La  population  totale  chinoise  est  donc  estimée  à 
6584  I  ï6  habitants. 

Nous  n'avons  pas  donné,  dans  cette  énumération,  Ta 
Kou,  k  Fembouchure  du  Peï-IIo,  et  Ho  K'eou  (Hokow),  à  la 
frontière  du  Yun-Nan  et  du  Tong-King,  parce  que  leurs 
statistiques  ne  sont  pas  données  séparément.  Ts*in-Wang-Tao, 
dans  l'arrondissement  deFou-Ning  Hien,  dans  le  Tche-li,  a 
été  déclaré  ouvert  officiellement  en  même  temps  que  Yo- 
Tcheou,  mais  n'a  pas  encore  de  bureau.  Nan-Ning,  dans  le 
Kouang-Si,  a  été  déclaré  port  à  traité,  par  décret  impérial, 
en  février  1890,  mais  n'était  pas  encore  ouvert  en  juin  1900. 
Pci-Taï  Ho  est  une  station  balnéaire  du  golfe  du  Tché-Li, 
près  de  Chan-Haï  Kouan  ;  nous  ne  parlerons  pas  davantage 
de  Ta-Lien  Wan,  Porl-Arthur,  Wei-Haï  Wei,  Kouang- 
Tcheou  Wan,  cédés  à  bail  à  la  Russie,  l'Angleterre  et  la 
France. 

Voici  quels  étaient  d'après  les  statistiques  des  Douanes 
chinoises  de  190 1  *  le  nombre  des  maisons  de  commerce  et 
le  chiffre  de  la  population  étrangère  en  Chine  par  nationa- 
lités : 

Anglais,  427  maisons,  5  4io  résidenis;  Américains,  99- 
2292;  Allemands,  i22-i53i  ;  Français,  64-i36i  ;  Hollan- 
dais, 9-1 19;  Danois,  /1-179;  Espagnols,  1 5-353  ;  Norvé- 
giens, 1-88;  Suédois,  1-1 13;  Russes,  19-1648;  Autrichiens, 

I.   Rcturns  of  Trade...  for  1901. 


438  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX    ÉTRANGERS 

11-142;  Belges,  9-288;  Italiens,  16-273;  Japonais,  289- 
4170;  Portugais,  i4-ii39;  Coréens,  18  rés,;  puissances 
sans  traité,  3-45.  —  Total,  i  102  maisons  de  commerce, 
19  119  résidents. 

EXTENSION    DE    LA    CONCESSION    DE    CHANG-HAÏ 

En  1898,  la  municipalité  de  la  concession  internationale 
de  Chang-Haï  interdit  tout  dépôt  de  cadavres  sur  le  terri- 
toire qu'elle  administrait.  De  son  côté,  «le  Conseil  d'admi- 
nistration de  la  concession  française,  à  qui  les  habitants 
de  la  concession  voisine  reprochaient  sans  cesse  de  tolérer 
la  permanence  du  foyer  de  pestilence  créé  par  la  pagode  de 
Ning-Po,  émit,  le  9  novembre  1897,  '^  ^^"  T^®  '®  consulat 
général  de  France,  chargé  de  la  police  sur  notre  concession, 
édictât  une  prohibition  semblable  à  celle  prononcée  sur  la 
concession  internationale.  Pour  déférer  à  ce  vœu,  notre 
consul  général  à  Chang-Haf  rendit,  le  6  janvier  1898,  une 
ordonnance  aux  termes  de  laquelle  les  dépôts  mortuaires 
étaient  désormais  interdits  dans  l'étendue  de  la  concession 
française.  Néanmoins,  en  considération  du  nombre  de  cer- 
cueils qui  se  trouvaient  dans  les  terrains  entourant  la  pagode, 
un  délai  de  six  mois  était  laissé  à  Tassociation  pour  l'enlè- 
vement de  ces  cercueils  et  leur  envoi  à  Ning-Po*  ». 

Le  délai  fixé  pour  l'enlèvement  des  cercueils  expirait  le 
3o  juin  1898. 

En  réponse  à  la  lettre  de  notre  consul  général,  M.  de 
Bezaure,  M.  Hanotaux,  ministre  des  Affaires  étrangères, 
écrivait  le  29  mars  1898  : 

En  raison  des  incidents  qui  se  sont  produits  en  1873,  je  crois 
devoir  vous  recommander  de  ne  pas  perdre  de  vue  la  prudence 
que  commande   le  règlement  de   cette   question.    Vous   aurez 

I.  Livre  jaune,  Chine,  1898-1899,  p.  81. 


EXTENSION    DE    I.A    CONCESSION    DE    CIIANG-HAÏ  /iSq 

nolammonl  à  éviter  tout  ce  qui  pourrait  être  considéré  comme 
de  nature  à  heurter  les  sentiments  de  la  population  chinoise  de 
Chang-Haï  *. 

Les  démarches  réitérées  du  consul  général  auprès  du 
Tao-taï  de  Chang-Haï  étant  restées  sans  effet  et  la  corpora- 
tion des  gens  de  Ning-Po  prenant  même  une  altitude  assez 
insolente,  le  i5  juillet,  M.  oe  Bezaure  mit  le  Tao-taï  en 
demeure  de  fixer  un  délai  pour  l'évacuation  du  cimetière, 
abandonné  d'ailleurs,  des  Ning-ponais  ;  il  n'était  pas  ques- 
tion de  la  pagode  même;  le  i6,  dans  une  réunion  tenue  au 
consulat  général,  il  fut  décidé  qu'une  compagnie  de  dé- 
barquement de  60  hommes  du  croiseur  VÉclaireur,  com- 
mandée par  le  capitaine  de  vaisseau  Texier,  se  rendrait  au 
cimetière  où  seraient  convoqués  60  ouvriers.  En  effet,  les 
choses  se  passèrent  comme  il  était  convenu  ;  les  ouvriers, 
sans  opposition  sérieuse,  mais  avec  Taccompagnement 
ordinaire  de  pierres  lancées  sur  les  travailleurs  et  d'injures 
dignes  des  héros  dllomère,  pratiquèrent  trois  brèches  dans 
les  murailles  du  cimetière  pour  indiquer  les  amorces  de  trois 
routes  projetées.  Mais  le  lendemain  matin  17,  à  7  heures,  les 
gens  de  Ning-Po  assaillirent  le  poste  de  rEst(Namtao)  sur  la 
concession  française  ;  le  commandant  Texier,  homme  pru- 
dent, ordonna  à  quatre  seulement  de  ses  matelots  de  faire 
feu  :  trois  émcu tiers  tombèrent  mortellement  frappés  ; 
rémeule  éclatait  également  du  côté  de  la  pagode  et  les 
Chinois  qui  attaquaient  les  volontaires  français  eurent  deux 
des  leurs  tués,  quai  de  la  Brèche.  Dans  cette  bagarre  qui 
rappelle,  avec  reflusion  du  sang  en  plus,  l'affaire  du  3  mai 
1874  ^  il  y  eut  en  tout  9  Chinois  tués  et  quelques  blessés  ; 
les  troubles  étaient  terminés.  L'incident  était  regrettable 
assurément,  mais  les  gens  de  Ning-Po  ont  de  tout  temps 


1.  Chine,  1898- 1899,  p.  66. 
3.  1,  p.  5()3. 


44o  CONCESSIONS    DIVERSES    At\    ÉTRANGERS 

été  des  voisins  désagréables,  et  il  est  incontestable  que  nous 
étions  dans  notre  droit.  Notre  seul  tort  a  été  de  laisser  les 
gens  de  Ning-Po  conserver  leur  dépôt  mortuaire  lorsque 
nous  avons  à  Torigine  pris  possession  de  notre  concession  ; 
cette  tolérance  de  notre  part  a  été  la  cause  de  nos  ennuis 
subséquents. 

Tout  d'abord  les  autorités  Chinoises  se  montrèrent  conci- 
liantes et  nous  oflfrirent  (24  juillet  1898)  de  réaliser  l'exten- 
sion depuis  longtemps  projetée  de  la  concession  franç<iise  de 
Chang-Haï,  si  nous  renoncions  à  prendre  possession  des 
terrains  de  la  pagode  de  Ning-Po*.  Le  Gouvernement  accepta 
(26  juillet)  à  condition  toutefois  que:  i°* cette  extension  fût 
concédée  gratuitement  et  2*^  que  les  inhumations  et  les 
dépôts  de  cadavres  cessent  d'être  effectués  sur  le  terrain  de 
la  pagode  ^  Les  dispositions  du  gouvernement  chinois  ayant 
changé,  le  2  septembre,  notre  ministre  à  Pé-King,  M.  Pi- 
chon,  proposait  de  conclure,  à  titre  de  transaction,  l'arran- 
gement suivant  accepté  par  M.  Delcassé,  successeur  de 
M.  Hanotaux  : 

1°  Extension  de  la  Concession  ;  3°  Maintien  des  gens  de  Ning- 
Po  en  possession  de  leurs  terrains  ;  3°  Maintien  de  Tinterdiction 
d'y  faire  des  inhumations  ou  dépôts  de  cercueils  et  enlèvement 
graduel  des  anciennes  tombes  ;  4**  Percement  à  travers  les  ter- 
rains de  la  Pagode  des  rues  nécessaires  ^. 

Au  sujet  de  la  seconde  clause  do  cet  arrangement, 
M.  Delcassé  déclarait  à  Tching  ïchang*,  ministre  de  Chine 
à  Paris,  que  : 


I.  Chine,  1898- 1899,  p.  68-69. 

a.   Ihid.,  p.  69. 

3.  /hid.f  P-  7'- 

^.  Nom  vulgaire  de  K'ing  Tch'ang,  ancien  secrétaire  de  la  légation  en 
Chine;  ministre  à  Paris  depuis  octobre  1896,  lorsque  son  gouvernement, 
après  l'emprunt,  se  décida  à  nommer  des  représentants  distincts  en  An- 
gleterre et  en  France. 


EXTENSION    m:    LV    CONCESSION    DE    CIIVNG-HAÏ  f\f\l 

Les  terrains  que  délient  actuellement  sur  la  Concession  fran- 
çaise l'association  dite  «  de  la  Pagode  de  Ning-Po  »,  lui  seront 
maintenus,  et,  par  mesure  exceptionnelle,  puisqu'il  s'agit  d'une 
dérogation  à  la  proclamation  du  tao-taï  de  Chang-IIaï,  du  6 
avril  18^19,  et  à  l'article  10  du  traité  du  27  juin  i858,  des 
titres  réguliers  de  propriété  seront  délivrés  par  le  Consulat 
général  de  France  à  cette  association  pour  lesdits  terrains  '. 

Mais  l'intervention  inattendue  de  TAngleterre  dans  la 
question  la  transformait  complètement.  En  effet  «  sur  les 
réclamations  de  TAssociation  commerciale  anglaise  de 
Chine,  Lord  Salisbury  (décembre  1898)  donnait  inopiné- 
ment pour  instructions  au  Ministre  d'Angleterre  à  Pé-King 
de  protester  contre  toute  extension  de  notre  Concession  à 
Chang-Ilaï  qui  comprendrait  des  propriétés  anglaises*.» 

Le  18  janvier  1899,  M.  Chamberlain  dans  un  discours 
qu'il  prononça  à  Wolverhampton  prétendait  que  l'opposition 
du  gouvernement  britannique  à  l'agrandissement  de  la 
concession  française  avait  pour  base  Taccord  intervenu  les 
9  et  2/j  février  1898  entre  le  Gouvernement  chinois  et  le 
Ministre  d'Angleterre  à  Pé-King,  par  lequel  le  premier 
déclarait  qu'il  ne  céderait  à  aucune  puissance  étrangère,  sous 
quelque  forme  cpie  ce  soit,  une  parcelle  quelconque  de  la 
vallée  du  Yang-tseu  ^ 

Le  raisonnement  de  l'Angleterre  était  illogique  puisque 
le  4  et  10  avril  1898,  nous  avions  obtenu  pour  le  Yun-Nan 
et  les  Deux  Rouang  le  même  engagement  donné  par  la 
Chine  pour  la  région  du  Yang-tseu,  et  que  le  Ministre 
d'Angleterre  avait  néanmoins  demandé  et  obtenu  lextension 
de  son  territoire  de  Kao-loung,  partie  intégrale  de  la  province 
du  Kouang-Toung.  Mais  où  l'illogisme  de  l'Angleterre  fut 
poussé  encore  plus  loin,   ce  fut  lorsque  les  consuls  anglais 

1.  Chine,  pp.  72-73. 

2.  Ibid.y  p.  74. 

3.  Ihid.,  1898-99,  pp.  84  85. 


443  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX    ÉTRANGERS 

et  américain  demandèrent  à  leur  tour  l'extension  de  la  con- 
cession internationale  I  El  chose  remarquable,  les  autorités 
chinoises  saisies  par  les  consuls  de  cette  demande  offrirent 
pour  l'extension  projetée  des  terrains  à  l'arrière  de  notre 
propre  concession  de  telle  sorte  que  celle-ci  ne  pourrait  plus 
s'étendre  M  Et  cependant  le  25  mars  1896,  le  colonel 
Denby,  ministre  des  Etats-Unis  d'Amérique,  avait  transmis 
au  Tsoung-li  Yamen,  les  propositions  relatives  à  l'agrandis- 
sement des  concessions  de  Chang-Haï  ;  la  démarche  du 
colonel  Denby  avait  été  renouvelée  au  mois  de  novembre 
1896  et  les  propositions  qu'il  adressait  au  Yamen  arrêtées 
par  tous  les  ministres  étrangers  comportaient  : 

Pour  Textension  de  la  Concession  française,  le  faubourg  de 
Tong-ka-dou,  sur  la  rive  gauche  du  Ilouang-Pou  ;  les  terrains 
dénommés  Passienjo  dans  Tespace  sis  entre  le  Champ  de  courses, 
la  frontière  présente  de  la  Concession  française  et  le  nouveau 
cimetière  (New  Ccmcterv).  11  était,  en  outre,  convenu  :  1°  que 
la  roule  de  Zikawci  serait  reconnue  propriété  de  la  Concession 
française  ;  2^  que  la  nouvelle  route  projetée  par  le  Foreign 
Seulement  entre  le  Champ  de  courses  et  la  Zikawei-road  serait, 
au  point  où  elle  aboutit  à  la  Concession  française,  sur  le  par- 
cours entre  le  Champ  de  courses  et  ladite  Concession,  et  sauf 
entente  avec  la  Municipalité  du  Foreign  Settlemcnt,  considérée 
comme  propriété  de  la  Concession  française  ^. 

Enfm  en  décembre  1899,  l'Angleterre  ayant  retiré  son 
opposition,  les  gouvernements  anglais  et  français  arrêtèrent 
les  termes  de  Taccord  suivant,  au  sujet  des  concessions  de 
Chang-Haï  et  de  Han-K'eou  : 

11  est  enlcndii  par  le  Gouvernement  de  sa  Majesté  que  dans 
l'éventualité  d'une  extension  quelconque  de  la  Concession  fran- 
çaise de  Han-k'eou  obtenue  posiérieuremcnl  à  ce  jour,  les  condi- 
tions suivantes  seront  strictement  observées  en  ce  qui  concerne 
les  propriétés  anglaises  comprises  dans  cette  extension  : 

I.  Ciii.NL,  1 898-99,  p.  80. 
a.  Chi>'e,  1898-1899,  p.  89. 


EXTENSION    DE    L\    CONCESSION    DE    CH\NG-IIU  l^t^S 

1°  Tous  les  actes  concernant  des  propriétés  anglaises  devront 
être  enregistrés  au  Consulat  anglais  ; 

2°  Tous  les  règlements  municipaux  devront  être  soumis  au 
Ministre  de  Sa  Majesté  à  Pé-King  avant  d'être  appliqués  à  des 
sujets  anglais  ; 

3°  Tous  les  titres  de  propriétés  anglaises  reconnus  valables  par 
le  Consul  général  anglais  devront  être  reconnus  comme  tels  par 
les  Autorités  françaises. 

Quant  aux  réclamations  anglaises  relatives  à  des  terrains 
situés  dans  la  présente  Concession  française,  qui  sont,  croit-on, 
au  nombre  de  quatre  et  qui  sont  toutes  présentées  par  M.  Grea- 
ves,  de  Ilan-k'eou,  attendu  que  la  validité  des  titres  est  mise  en 
question  par  les  Autorités  françaises,  le  Gouvernement  de  Sa 
Majesté  consent  à  ce  que  l'afTaire  soit  portée  devant  les  Consuls 
généraux  d'Angleterre  et  de  France  à  Cliang-Haï  et  s'il  n*y  a  pas 
d*accord  entre  eux,  devant  un  arbitre  qui  statuera  conformé- 
ment aux  précédents  et  usages  locaux  * . 

22  Décembre  1899. 

A  la  suite  de  la  rennise  du  mémorandum  du  22  décembre 
1899,  M.  Paul  Cambon,  ambassadeur  de  la  République, 
adressa  la  lettre  suivante  au  marquis  de  Salisbury  : 

Londres,  le  i5  Janvier  1900. 

J'ai  l'honneur  d'accuser  réception  à  Votre  Seigneurie  du 
mémorandum  qu'Elle  a  bien  voulu  me  faire  parvenir,  le  22 
décembre  deriiier,  au  sujet  du  règlement  à  appliquer  dans  la 
Concession  française  de  lian-k*eou  dans  le  cas  où  elle  viendrait  à 
subir  des  modiGcations. 

Mon  Gouvernement,  à  qui  je  n'avais  pas  manqué  de  l'adres- 
ser, me  charge  de  vous  faire  savoir  qu'il  donne  son  adhésion  aux 
quatre  points  résumés  dans  ce  document.  11  demeure,  du  reste, 
bien  entendu  entre  les  deux  Gouvernements  que,  dans  le  cas  où 
la  Concession  britannique  recevrait  un  agrandissement  par  la 
suite,  les  conditions  ci-aprcs  énoncées  seraient  appliquées  en  ce 
qui  concerne  les  terrains  appartenant  à  des  Français  et  se  trou- 
vant situés  dans  la  zone  qui  serait  englobée  dans  la  Concession 
Anglaise  : 

I.  Chine,  1898-1899,  p.  ii^. 


4ii4  CONCESSIONS    DIVERSES    \UX    l^TR ANGERS 

lo  Tous  actes  s'appliquant  à  des  propriétés  françaises  seraient 
enregistrés  au  Consulat  de  France  ; 

3°  Tous  les  règlements  municipaux  seraient  soumis  au  Ministre 
de  France  à  Pé-King  avant  de  pouvoir  être  appliques  à  des 
citoyens  français  ; 

3°  Tous  les  titres  de  propriétés  appartenant  à  des  Français, 
reconnus  valables  par  le  Consul  de  France,  seraient  acceptés 
comme  tels  par  les  autorités  britanniques  *. 

Enfin,  au  mois  de  janvier  1900,  le  Corps  diplomatique  de 
Pé-King  donnait  son  approbation  à  l'extension  des  deux 
concessions  internationale  et  française  de  Chang-Haï.  Les 
limites  de  la  concession  internationale  étaient  conformes  à 
l'entente  intervenue  au  mois  de  mai  1899  ^^^^^  'es  délégués 
du  vice-roi  de  A'an-King  et  le  conseil  municipal  du  Foreign 
Settlemcnt.  C'étaient  celles  qui  avaient  été  proposées  en 
1896  par  le  doyen  du  Corps  consulaire,  mais  en  mai  1899, 
dans  la  proclamation  du  vice-roi,  les  limites  s'étendaient  au 
Sud  jusqu'au  pont  de  Pasienjo,  et  empiétaient  considérable- 
ment sur  l'arrière  de  la  concession  française.  Notre  consul 
général,  M.  de  Bezaure,  réclama  et  fit  apporter  quelques 
modifications  aux  limites  proposées  par  le  tao-taï.  Les  limites 
de  la  concession  française  étaient  celles  qui  avaient  été 
arrêtées  en  juin  1899  entre  les  délégués  du  vice-roi  et  le 
consul  général  de  France,  ainsi  que  le  marquait  M.  de 
Bezaure  dans  sa  lettre  à  M.  Delcassé,  du  25  juin  1899  : 

J'ai  d'abord  demandé  une  portion  de  Tongkadou  et  une  bor- 
dure de  quelques  centaines  de  mètres  sur  la  route  de  Zikawei, 
en  plus  de  ce  qui  nous  avait  été  oficrt,  à  l'ouest,  par  le  Tsoung- 
li  Yamcn.  Mais  à  la  suite  de  plusieurs  longues  conversations,  je 
me  suis  rendu  compte  que  j'aurais  à  vaincre  de  grandes  résis- 
tances sur  ces  deux  points. 

Pour  la  partie  du  quartier  de  Si-menn  (porte  de  l'Ouest)  ayant 
comme  linnlc  le  pont  oblique  vers  l'arsenal,  j'ai  reconnu,  après 
inspection  des  lieux,  que  nous  n'avions  pas  grand  intérêt  à  éten- 

I.  CuiNE,  pp.  116-1 17. 


440  CONCESSIONS    DIVERSES    Al  X    ÉTRANGERS 

drc  jusque-là  noire  administration.  J'ai  donc  consenti,  en  prin- 
cipe, à  laisser  aux  Autorités  chinoises  le  libre  accès  de  la  porte  de 
l'ouest. 

Ce  bon  vouloir  de  ma  part  a  singulièrement  facilite  l'entente 
sur  les  limites  à  donner  au-delà  de  Pasienjo.  Il  a  été  admis,  en 
outre,  que  la  route  de  Zikawei  dont  nous  réclamons  depuis 
trente  ans  le  libre  contrôle,  nous  serait  cédée  définitivement  et 
que  nous  aurions  le  droit  d'y  établir  des  postes  de  police  et  de 
taxer  les  véhicules  qui  la  fréquentent  *. 

LA.    «    PORTE    OUVERTE  )) 

Le  6  septembre  1899,  M.  John  Hay,  secrétaire  d'État  à 
Washington,  envoyait  aux  ambassadeurs  des  États-Unis  à 
Londres,  Berlin  et  Saint-Pétersbourg,  les  instructions  sui- 
vantes pour  que  les  Gouvernements  de  Grande-Bretagne, 
d'Allemagne  et  de  Russie  fassent  une  déclaration  formelle  de 
politique  de  la  «  porte  ouverte  »  dans  les  territoires  occupés 
par  eux  en  Chine  : 

Washington,  6  septembre  1899. 
Monsieur, 

Lorsque  le  Gouvernement  des  Étals-Unis  fut  informé  par  celui 
d'AUemagne  que  ce  dernier  avait  loué  à  bail  de  Sa  Majesté 
rEm|>creur  de  Chine  le  port  de  Kiao-tchéou  et  le  territoire  qui 
l'entoure  dans  la  province  de  Chan-Toung,  des  assurances  furent 
données  à  l'aiiibassadeur  d(^s  États-Unis  à  Berlin  par  le  ministre 
iniptTial  allemand  des  alfaires  étrangères,  que  les  droits  et  pri- 
vilèges assurés  aux  citoyens  des  États-Unis  par  des  traités  avec 
la  Chine  n'en  soulîriraient  ni  en  seraient  diminués  en  aucune 
manière  dans  la  zone  sur  laquelle  l'Allemagne  avait  ainsi 
obtenu  le  contrôle. 

Plus  récemment,  cependant,  le  Gouvernement  britannique 
reconnut  \mr  une  entente  formelle  avec  l'AHcmagne  le  droit 
exclusif  de  ce  dernier  |)ays  de  jouir  dans  la  dite  zone  cédée  et  la 
<i  sphère  d'inlluence  ou  d'intérêt  contiguë,  de  certains  privi- 
lèges plus  spécialement  ceux  relatifs  aux  chemins  de  fer  et  aux 

I.  Chink,  1898-1899,  p.  94. 


LA    a    PORTE    OUVERTE    »  4^7 

entreprises  minières  ;  mais  comme  la  nature  exacte  et  Tex tension 
de  ces  droits  ainsi  reconnus  n'ont  pas  ét<;  clairement  définies,  il  est 
possible  que  des  conflits  sérieux  d'intérêt  _s'élèvent  à  un  moment 
donné  non-seulement  entre  sujets  britanniques  et  allemands 
dans  cette  dite  zone,  mais  que  les  intérêts  de  nos  citoyens  puis- 
sent aussi  en  être  mis  en  danger. 

Désireux  sérieusement  d'enlever  toute,  cause  d'irritation  et 
d'assurer  en  même  temps  au  commerce  de  toutes  les  nations  en 
Chine  les  bénéfices  incontestables  qui  s'accroîtraient  par  une 
reconnaissance  formelle  des  diverses  puissances  réclamant  des 
a  sphères  d'intérêts  »  qu'elles  jouiraient  d'une  parfaite  égalité  de 
traitement  pour  leur  commerce  et  leur  navigation  dans  ces  dites 
«  sphères  »,  le  Gouvernement  des  États-Unis  sera  heureux  de  voir 
le  Gouvernement  Allemand  donner  des  assurances  formelles  et 
de  prêter  son  concours  en  afTirmant,  de  même  que  les  autres 
pui.iances  intéressées,  que  chacune,  dans  sa  sphère  respective 
d'influence  quelconque  : 

I**  N'interviendra  d'aucune  manière  avec  aucun  port  à  traité 
ou  aucun  intérêt  investi  dans  aucune  «  sphère  d'intérêt  »  ainsi 
nommée  ou  territoire  cédé  à  bail  qu'elle  peut  avoir  en  Chine. 

2"  Que  le  tarif  actuel  du  traité  chinois  sera  appliqué  à  toute 
marchandise  débarquée  ou  embarquée  à  tous  les  |)orts  qui  sont 
dans  la  dite  «  sphère  d'intérêt  »  (à  moins  qu'ils  ne  soient 
a  ports  libres  »),  sans  se  préoccuper  à  quelle  nationalité  elle 
appartient,  et  que  les  droits  ainsi  perçus  soient  réunis  par  le  Gou- 
vernement Chinois. 

3"  Qu'il  ne  soit  pas  [ycn^ii  de  droits  plus  élevés  de  port  sur  les 
navires  d'une  autre  nationalité  mouillant  dans  aucun  port  de 
telle  a  sphère  »  qu'il  n'en  sera  perçu  sur  les  navires  de  sa  propre 
nationalité,  et  de  droits  plus  élevés  de  chemins  de  fer  sur  les 
lignes  constriiites  contrôlées,  ou  mises  en  activité  dans  celte 
«  sphère  »,  sur  les  marchandises  appartenant  aux  citoyens  ou 
sujets  d'autres  nationalités  transportées  h  travers  telle  «  sphère  » 
qu'il  n'en  sera  perçu  sur  toule  marchandise  semblable  appartenant 
à  ses  propres  nationaux,  transportées  sur  des  distances  égales. 

La  politique  libérale  poursuivie  par  Sa  Majesté  Impériale 
d'Allemagne  en  déclarant  Riao-Tcheou  port  libre  et  en  aidant  le 
Gouvernement  chinois  à  y  établir  une  douane,  s'accorde  si  clai- 
rement à  la  proposition  que  ce  Gou\ernement  est  anxieux  de  voir 
reconnue  qu'il  entretient  le  plus  ferme  espoir  que  l'Allemagne 
donnera  son  acceptation  et  son  aide  la  plus  sérieuse. 


448  CONCESSIOiNS    DIVERSES    AIX    ÉTRANGERS 

Le  rocenl  ukase  de  Sa  Majesté  l*Empereur  de  Russie  déclarant 
le  port  de  Ta-lien  wan  ouvert  pendant  toute  la  durée  de  la  ces- 
sion à  bail  obtenue  à  la  Chine  aux  navires  marchands  de  toutes 
nations,  joint  aux  assurances  catégoriques  faites  à  ce  Gouverne- 
ment par  le  représentant  de  cette  capitale  de  Sa  Majesté  Impé- 
riale et  souvent  répétées  à  moi  par  le  présent  ambassadeur  de 
Russie,  semblent  m'assurer  le  concours  de  l'Empereur  h  cette 
mesure  proposée.  Notre  ambassadeur  à  la  Cour  de  Saint-Péters- 
bourg a  en  conséquence  reçu  les  instructions  de  la  soumettre  au 
Gouvernement  Russe  et  qu'il  la  prenne  en  rapide  considération. 
Une  copie  de  mes  instructions  à  ce  sujet  à  M.  Tower  est  incluse 
ici  pour  votre  information  confidentielle. 

Les  intérêts  commerciaux  de  la  Grande  BreUgne  et  du  Japon 
seront  si  clairement  servis  par  cette  déclaration  d'intentions  si 
désirables  et  les  vues  des  Gouvernements  de  ces  pays  quant  à  la 
désirabilité  de  l'adoption  de  ces  mesures  assurant  les  bénéfices 
d'égalité  de  traitement  de  tout  le  commerce  étranger  à  travers  la 
Chine  si  semblables  à  celles  entretenues  par  les  États-Unis,  que  leur 
acceptation  des  propositions  ici  désignées  et  leur  concours  pour 
engager  les  autres  puissances  à  les  adopter  peuvent  être  espérées 
avec  confiance.  J'inclus  ici  copie  de  l'instruction  que  j'ai  envoyée 
à  M.  Choate  à  ce  sujet. 

En  vue  de  ces  conditions  actuelles  favorables,  vous  êtes  chargé 
de  soumettre  les  considérations  ci-dessus  au  Ministre  des  Affaires 
Etrangères  de  Sa  Majesté  Impériale  d'Allemagne,  et  de  le  prier 
de  prendre  en  rapide  considération  ce  sujet. 

Copie  de  celte  instruction  est  envoyée  à  nos  ambassadeurs  à 
Londres  et  à  Saint-Pétersbourg  pour  leur  information. 

M.  Delcassé  pressenti  d'une  manière  non  olTîciclle  répon- 
dit que  ses  déclarations  faites  à  la  Chambre  le  24  novembre 
montraient  clairement  les  sentiments  du  Gouvernement  de 
la  République  qui  désirait,  sous  réserve  d'être  imité  par  les 
autres  puissances,  appliquer  dans  les  territoires  qu'il  avait 
loués  un  traitement  égal  aux  citoyens  et  sujets  de  toutes  les 
nations,  surtout  en  ce  qui  concernait  les  droits  de  douanes 
et  de  navigation,  ainsi  que  les  tarifs  du  transport  par  che- 
mins de  fer.  Les  Gouvernements  dAUemagne,  d'Angleterre, 


L*ITALIE    ET    LA    B\1E    DE    SAX-MEN  4^9 

d'Italie,  du  Japon  et  de  Russie,  adhérèrent  aux  propositions 
des  États- LnisV 

l'iTALïE    et    la    baie    DE    SAN-MEN 

L'Italie  n'avait  encore  adressé  aucune  demande  au  Gou- 
vernement Chinois,  et  il  faut  bien  l'avouer,  ses  intérêts  dans 
le  pays  étaient  de  médiocre  importance.  Dans  les  statistiques 
des  Douanes  de  1901,  ri(<ilie  est  représentée  par  trois  bâti- 
ments d'un  tonnage  total  de  107  tonnes,  et  dans  une  valeur 
totale  d'importation  de  277  189735  taëls,  elle  n'est  comptée 
que  pour  35  taëls.  Elle  ne  figure  pour  aucun  chiffre  à  l'ex- 
portation. Dans  le  commerce  de  cabotage,  l'Italie  est  repré- 
sentée par  cinq  bâtiments,  d'un  tonnage  total  de  167  tonnes, 
et  une  valeur  de  87  106  taëls  sur  un  ensemble  de  186407  34o. 
Le  commerce  d'exportation  de  soie  de  Chine  pour  l'Italie, 
en  particulier  pour  Milan,  se  fait  par  des  bateaux  étrangers. 
Si  nous  relevons  le  nombre  des  sociétés  de  missionnaires 
italiens  en  Chine,  nous  trouvons  pour  le  Séminaire  des  Mis- 
sions Etrangères  de  Milan,  36;  pour  les  Frères  Mineurs, 
116;  le  Séminaire  de  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  i5;  soit 
167  missionnaires  sur  un  total  de  902  ;  encore  ne  sont-ils 
pas  tous  Italiens,  et  un  grand  nombre  refuserait  le  protecto- 
rat italien. 

Le  28  février  1899,  ^-  ^^  Martino,  ministre  d'Italie  à 
Pé-King,  présentait  verbalement  au  Tsoung-li  Yamen  une 
demande  pour  la  cession  à  bail  de  la  baie  de  San-men,  dans 
leTche-Kiang,  jadis  théâtre  d'un  combat  fumeux  de  Tamiral 
Courbet  ^. 

La  demande  du  ministre  italien  comprenait  également 
Tautorisalion  de  construire  un  chemin  de  fer  de  la  baie  de 

1.  Foreign  Relations  of  tke  United  States,  Dec.  5,  1899,  pp. 
ia8-iA3. 

2.  Voir  II,  p.  5i5,  carte. 

GoRDi£u  111.  —  39 


i 


450  CONCESSIONS    DIVERSES    AUX    ÉTRANGERS 

San-men  au  lac  Po-Yang,  dans»  le  Kiang-si.  Le  2  mars, 
M.  de  Martine  renouvelait  par  écrit  sa  demande  qui  fut 
refusée,  malgré  une  démarche  de  l'Angleterre.  Je  ne  crois 
pas  utile  d'entrer  dans  le  détail  de  négociations  qui  n'ont 
pas  abouti  et  qui  se  terminèrent  par  le  rappel  de  M.  de 
Martino*  et  son  remplacement  par  le  marquis  Salvago- 
Raggi  ^ 

Il  est  hors  de  doute  que  la  démarche  malheureuse  des 
Italiens  mit  fin  aux  résolutions  de  Tlmpératrice-douairière, 
et  que  désormais  son  appui  était  acquis  au  mouvement  des 
Boxeurs. 


I.  //  Ce-Kiang...  del  Doit.  Mario  Carli,  Roma,  1899,  in- 8.  — 
L* Italie  au  Tché-Kiang...,  par  A.-A.  Fauvel,  Paris,  1899,  ^^'  "^-S.  — 
Guido  Cora,  L'Ilalia  in  China,  Roma,  1899,  br.  in-8. 

a.  Salvago-Raggi,  marquis  Giuseppe,  né  en  1866,  d'une  famille 
génoise;  sorti  en  1889  de  l*Institul  des  sciences  sociales  et  politiques  de 
Florence;  attaché  à  Madrid  et  à  Berlin;  secrétaire  d'ambassade  au  Caire 
et  à  Pé-King;  en  congé  lors  de  l'incident  de  San-men  ;  a  épousé  en  1891, 
la  marquise  CamiUa  Pallavicini. 


riih^- 


CHAPITRE  XXIV 


LES  BOXEURS 


J'ai  eu  l'occasion  de  parler  des  nombreuses  sociétés  secrètes 
chinoises*  ;  je  me  bornerai  donc  à  répéter  que  la  principale 
des  sociétés  politiques  est  celle  des  Triades,  San-ho-houei,  ou 
du  Ciel  et  de  la  Terre,  T*ien-Ti-houei,  qui  a  pour  objet  le 
renversement  de  la  dynastie  actuelle  ;  nous  avons  vu  qu'elle 
a  failli  réussir  avec  les  rebelles  T'aï-P*-ing.  A  cette  société  des 
Triades  se  rattachent  presque  toutes  les  sociétés  secrètes  dont 
on  a  parlé  depuis  cent  ans  ;  celle  du  Nénuphar  Blanc,  Pei- 
lien  kiao,  le  Ko  Lao  Houei,  le  Ta  Tao  Ilouei  (Grand  Cou- 
teau), etc.  L'association  maintenant  célèbre  des  Boxeurs  est 
l'appellation  locale,  dans  le  Chan-Toung,  du  Ta  Tao  Houei, 
La  mauvaise  administration,  le  commerce  illégal  de  l'opium, 
la  contrebande  du  sel,  la  destruction  entière  ou  partielle 
d'un  millier  de  villages  par  le  fleuve  Jaune,  au  Sud-Ouest  du 
Chan-Toung,  ont  été  l'origine  de  l'association  du  Grand 
Couteau  ;  l'occupation  de  Kiao-tcheou  par  les  Allemands  a 
été  le  prétexte  du  soulèvement  des  Boxeurs  qui,  du  Chan- 
Toung  et  de  l'Est  du  Tché-li,  menaçaient  la  Chine  entière. 
M.  E.-H.  Parker,  dans  une  lettre  au  Times,  dit  qu'un 
auteur  chinois  les  fait  remonter  jusqu'à  la  dynastie  des 
Soung,  détruite  au  xm°  siècle  par  les  Mongols,  et  qu'anté- 

1.  I,  p.  170  et  sqq. 


45a  LES    BOXEURS 

rieurement  les  souverains  turcs  et  toungouses  de  Chine 
jouaient  au  polo  et  assistaient  à  des  concours  de  boxeV 

Depuis  plusieurs  années,  il  n'y  a  pas  pour  ainsi  dire  de 
province  de  Chine  qui  n'ait  été  troublée  par  des  émeutes, 
causées  soit  par  la  haine  de  l'étranger,  soit  par  la  famine  ou 
tout  autre  motif.  L'une  des  plus  tenaces  a  été  celle  de  la  pré- 
fecture de  Kouo-Yang  dans  le  Nord  du  Ngan-Houeï  ;  elle  a 
été  terminée  en  1899  par  la  prise  de  son  grand  chef  Lieou 
«  Ka-ta  ».  Ka-ta  est  un  surnom  marquant  que  le  cou  et  la 
figure  de  cette  homme  étaient  couverts  de  boutons  ;  le  soi- 
disant  roi  de  cette  confédération  rebelle,  Niu  Chi-h'iu  et  ses 
fonctionnaires  lui  obéissaient.  Niu  a  été  décapité  immédia- 
tement. Le  vieux  Lieou  Kouen-I  *,  vice-roi  des  deux  Kiang, 
avait  eu  toutes  les  peines  du  monde  à  réprimer  cette  révolte. 

Au  mois  d'octobre  1899,  à  dix  milles  au  Nord-Est  de  Si- 
Ngan  fou,  capitale  du  Chen-Si,  on  tentait  un  nouveau  soulè- 
vement du  Ko  Lao-HoueL 

Enfin,  dans  une  lettre  d'un  correspondant  du  Nord  du 
Chan-Toung,  \e  North-China  Herald  du  [\  décembre  1899 
marque  qu'au  commencement  de  la  huitième  lune  on  an- 
nonce un   soulèvement  de  la  société    du   Grand  Couteau, 

appelée   dans  la  région  /  Ho  kiuên    ^r  ^ff\  j^    «  Poing 

de  riiarmonie  publique  »,  ou  «  Lutteurs  pour  la  Justice  et 
la  Concorde  »  qui  a  pour  devise  sur  son  pavillon  :  «  Proléger 

I.  «  The  namc  is  quite  historical.  A  Chincse  editor  traces  ce  boxing  » 
back  to  tlie  Sung  Dynasty...  The  MoiigoU  ralled  it  «  butling  »  aod  I 
inay  add  on  my  own  accouiit  that,  prcvious  to  the  Sung  Dynasty.  the 
Turkish  and  Tungusic  Einpcrors  of  (^hina  used  often  to  play  polo  and 
attend  boxing  or  «  butting  »  matchcii.  » 

a.  Lieou  konen-I  est  né  le  ai  janvier  i83o,  à  Héng-yang,  dans  le 
Hou-Nan  ;  il  entra  dans  Tarmée  en  i855,  puis  passa  au  civil,  devint  juge 
au  Kouang-Si  puis  gouverneur  (juin  i8G5)  de  cette  province,  gouverneur 
g(*ncral  des  deux  Kouang  (septembre  1876),  des  deux  Kiang  (dé- 
cembre 1879)  ;  disgracie  en  1881,  il  fut  réinstallé  dans  son  poste  le 
a  a  novembre  1890. 


LES    BOXEURS  453 

la  dynastie,  exterminer  les  étrangers  »  lidu  Tsing,  mié 
Yang.  Le  1 5  de  la  huitième  lune  était  fixé  pour  Tattaque  et 
sur  la  demande  du  consul  de  Tien-Tsin,  des  troupes  avaient 
été  envoyées  par  le  gouverneur  du  Chan-Toung  et  le  gou- 
verneur général  du  Tché-Li  ;  néanmoins  des  familles  chré- 
tiennes, surtout  protestantes,  avaient  été  pillées  à  Ping- 
Youen.  Le  correspondant  ajoutait  à  la  fin  de  sa  lettre  fort 
longue  : 

<c  Rien  ne  semble  maintenant  plus  certain  que  les  autorités 
chinoises  ne  peuvent  ou  ne  veulent  pas  gouverner  cette  province, 
pour  ne  pas  parler  de  celles  qui  sont  voisines  :  s'il  y  a  quelques 
gouvernements  étrangers,  allemand  ou  autres,  en  position 
d'étendre  leurs  «  sphères  d'influence  »  au  Chan-Toung.  le  chan- 
gement sera  accueilli  avec  joie  par  une  grande  partie  de  la  popu- 
lation indigène  et  en  masse  par  les  étrangers  aujourd  hui  nom- 
breux. » 

Quelle  est  Torigine  de  ces  Boxeurs  : 
Le  Père  Ignace  Mangin,  S.  J.,  qui  a  été  depuis  leur  vic- 
time dans  le  Tché-li  Sud-Est,  écrit  *  : 

«  Le  docteur  Lao  Ngai-Siuen,  sous  préfet  de  Wou-Kiao,  a 
écrit  une  brochure  sur  les  Boxeurs.  Il  y  dit  ceci  : 

a  La  secte  des  1-ho-kinen  n'est  qu'une  branche  de  la  société 
dos  Pai-lien-kino  ÇlSénuphnr  blanc)  ;  les  noms  dont  ils  se  servent, 
les  incantations  qu'ils  récitent,  les  rangent  parmi  les  Sié-kiao 
(sectes  hétérodoxes).  Quoique  dès  le  règne  de  Kia-R'ing  ils  aient 
été  poursuivis  et  punis,  ils  se  sont  perpétués  dans  plusieurs 
districts  du  Chan-Toung  et  du  Tché-Li  ;  peu  à  peu  leur  audace 
s'est  accrue.  L'année  dernière  (1898),  ils  se  sont  déclarés  les 
adversaires  du  christianisme.  Les  populations  se  sont  laissé 
séduire,  oubliant  que  la  descente  des  esprits  et  la  récitation  de 
charmes  magiques  sont  des  preuves  de  la  perversité  de  la  secte. 
Elle  a  été  proscrite  sous  Kia-R'ing.  A  cette  époque,  les  reli- 
gions du  Maître  du  ciel  (catholique)  et  de   Jésus  (protestante) 


I.  Etudes  publiées  par   des   Pères  de  la  Compagnie  de  Jésus, 
5  août  1900,  p.  360. 


454  LES    BOXEURS 

étaient  peu  répandues  :  la  secte  n*a  donc  pas  pour  origine  la 
haine  du  christianisme.  Son  vrai  hut  est  la  rébellion  ;  les  multi- 
tudes ignorantes  s'y  sont  trompées.  » 

Il  est  très  probable  que  sans  Tappui  du  gouvernement 
impérial,  ces  «  fioxeurs  »  auraient  été  facilement  réduits 
comme  les  autres  membres  des  sociétés  secrètes  dont  ils  se 
distinguaient  par  leurs  pratiques  magiques,  qui  les  ren- 
daient, disaient-ils,  invulnérables  : 

a  Le  3  octobre,  jour  de  marché  à  Song-Mcnn,  bourg  à  trente 
lis  Ouest  de  King-Tcheou,  les  sectaires  procédèrent  à  l'installa- 
tion solennelle  d'un  tchang-tzeu  (arène-cenlre)  et  annoncèrent 
pour  le  marché  suivant  (aô),  des  exercices  d'invulnérabilité. 

Ce  jour-là.  des  milliers  de  curieux  se  trouvèrent  réunis  à  Song- 
Menn,  désireux  de  jouir  du  spectacle  promis:  ils  furent  déçus, 
les  exercices  furent  remis  au  3o  ;  la  foule  n'y  fut  que  plus  nom- 
breuse et  plus  avide.  Le  chef  désigné  d'avance  et  ses  deux  disci- 
ples se  mirent  à  genoux  devant  les  tablettes  où  sont  inscrits  les 
noms  des  esprits  protecteurs  de  la  secte  ;  ils  firent  maintes 
prostrations,  brûlèrent  maints  bâtons  d'encens,  récitèrent  force 
prières  et  incantations,  l'esprit  ne  descendait  pas.  Enfin,  vers 
quatre  heures  après-midi,  le  chef  se  releva  soudain  :  ses  traits 
étaient  changés,  il  était  semblable  à  un  homme  possédé  par  une 
puissance  irrésistible.  Les  deux  disciples  se  levèrent  aussi,  char- 
gèrent le  fusil  ;  le  maître,  dépouillé  d'une  partie  de  ses  vête- 
ments, mit  sa  poitrine  à  nu  ;  un  coup  de  feu  retentit,  et  l'on 
vit  le  malheureux  tomber  à  genoux,  puis  s'étendre  de  tout  son 
long.  Le  coup  tiré  à  bout  portant  lui  avait  fait  une  large  et  pro- 
fonde plaie.  Vite  ses  compagnons  l'enveloppent  dans  une  cou- 
verture et  l'emportent  tout  sanglant  :  il  ne  tarde  pas  à  expirer*.  » 

Les  Boxeurs,  ayant  ainsi  raté  leur  tour  d'escamoteurs,  ac- 
cusèrent les  chrétiens  d'avoir  méchamment  assassiné  un  de 
leurs  chefs.  Et  il  en  résulta  un  peu  plus  de  pillages,  d'in- 
cendies et  de  massacres. 

«  L'accusation  généralement  lancée  par  les  Boxeurs  contre  les 
I.  /iiudeSf  j).  375. 


LES    BOXEURS  4^5 

chrétiens  est  d'  «  empoisonner  les  puits  ».  (D'où  Ton  peut  con- 
clure que  rhumanitc  manque  décidément  d'imagination,  puisque 
tel  est  —  partout  et  en  tout  temps  —  le  prétexte  de  persécutions 
religieuses.)  Un  pharmacien  chinois  de  Wou-k'iao  profita  de  ces 
bruits  d'empoisonnement  pour  inventer  et  vendre  un  contre- 
poison. Sa  boutique  ne  désemplissait  pas^  » 

Un  correspondant  du  LoAïrfoAï  and  China  Teleyraph,  Aug. 
29,  1900,  écrit  à  ce  sujet  : 

«  Premièrement,  ils  [les  Boxeurs]  sont  supposés  ou  être  tombés 
descieux,  ou  être  devenus  «  Boxeurs  ».  Après  un  stage  d'épreuve 
durant,  je  crois,  trois  mois  ou  quelque  quatre-vingt  dix  jours, 
ils  sont  supposés  être  invulnérables  aux  balles,  quoique  quelques 
centaines  ont  déjà  succombé  parmi  ceux  sur  lesquels  ont  tiré  les 
troupes  étrangères  et  autres.  Cependant  ils  ont  sous  la  main  une 
explication  toute  prête  :  Si  un  honune  est  tué  pendant  la  période 
de  noviciat,  c'est-à-dire,  avant  qu'il  n'ait  accompli  les  quatre- 
vingt  dix  jours,  on  dit  qu'il  n'est  qu'à  moitié  un  a  Boxeur  ». 
A  proprement  parler,  il  n'est  pas  qualiiié  et  n'a  pas  atteint  le 
degré  d'invulnérabihté.  D'un  autre  côté,  s'il  était  devenu  com- 
plètement emplumé  et  que  néanmoins  il  avait  été  tué,  on  affirme 
sérieusement  qu'il  n'est  pas  mort  réellement,  et  que  dans  peu 
de  jours,  il  revivra  encore  une  fois  et  sera  prêt  à  se  battre  de 
nouveau. 

«  Un  incident  arriva  tout  à  fait  récemment  à  bord  d'un  vais- 
sc^iu  qui  a  des  officiers  européens  et  est  attaché  au  service  des 
Douanes  :  deux  marins  que  nous  observions  avec  intention  étu- 
diaient deux  étoiles.  Quand  nous  les  interrogeâmes  sur  ce  qu'ils 
faisaient,  ils  ré[X)ndirent  sérieusement  que  :  «  That  largee  star 
hnve  gol  six  piecee  «  Boxer  »  man  allô  same  inslde,  and  smallo 
star  hâve  got  two  piecee  man.  Just  now  corne  doxunside-.  » 

«  Telle  était  leur  idée  qu'ils  tombaient  des  cieux  ! 

a  II  est  difficile  de  dire  dans  quelle  proportion  les  troupes  du 
Nord  de  la  Chine  étaient  pénétrées  de  l'idée  des  Boxeurs  avant 
la  révolte,  mais  il  est  couramment  rapporté  que  le  pourcentage 
était  de  26  à  5o  pour  cent.  11  paraîtrait  que   certainement,  elles 

I.  Le  Temps,  16  août  1900. 

a.  Je  n'ai  pas  cru  devoir  détruire  par  une  traduction  la  saveur  de  cette 
phrase  en  pidgin  en^lish. 


456  LES    BOXEURS 

devaient  être  de  leur  côte.  Il  a  été  curieux  aussi  de  noter  combien 
les  serviteurs  des  Européens  étaient  convaincus  des  Boxeurs 
envoyés  du  Ciel.  Pendant  qu'ils  servaient  encore,  et  dans  quel- 
ques cas  s'étaient  attaches  à  leurs  maîtres,  pendant  les  troubles 
quand  ils  devinrent  actifs,  ils  vous  disaient  ouvertement  qu'ils 
croyaient  aux  «  Boxeurs  ».  L'extension  qu'a  prise  cette  croyance 
est  vraiment  extraordinaire. 

«  Ce  que  j'ai  mentionné  n'explique  pas  toute  leur  étrange 
croyance,  mais  est  sulFisant  pour  montrer  de  quelles  vues  ils 
sont  imbus.  » 

Le  gouverneur  du  Chân-Toung,  Li  Ping-hêng,  avait 
donné  aux  Boxeurs  Tappui  officiel  sans  lequel  ils  auraient 
promptemcnt  disparu.  Li,  originaire  de  la  province  de  Fèng- 
tien  (Mandchou rie),  eut  comme  premier  poste  important  ce- 
lui de  commissaire  financier  du  Kouang-Si  en  juillet  i885  ; 
il  combattait  contre  nous  à  Lang-S'on  ;  mais  sa  notoriété 
date  de  son  gouvernement  du  Chan-Toung,  époque  à  laquelle 
les  missionnaires  allemands  Nies  et  Ilcnle  furent  assassinés 
(i*""  novembre  1897);  l'Allemagne  demanda  sa  déposition  et 
il  fut  remplacé  par  Yii-H'ien,  qui  ne  valait  pas  mieux  que 
lui.  Li  passait  pour  être  honnête,  mais  poussait  au  dernier 
degré  l'esprit  réactionnaire  et  la  haine  de  l'étranger  ;  un  rhu- 
matisme chronique  dans  les  jambes  pouvait  lui  servir  du 
prétexte  dont  a  souvent  besoin  un  fonctionnaire  chinois  pour 
ne  pas  se  rendre  aux  appels  qui  lui  sont  adressés  de  la  capi- 
tale. Ses  principaux  amis,  qu'il  recommandait  chaudement 
à  l'impératrice  à  la  fin  de  1899,  étaient  Yii  -  H 'i  en,  Mandchou, 
son  propre  successeur  au  Chan-Toung,  Si-Liang,  également 
Mandchou,  trésorier  delà  province  de  IIou-Nan,  Liang  T'ing- 
fén.  Chinois  de  Canton,  membre  de  l'Académie  des  Han 
Lin,  Wan  T'in-siang,  des  Bannières  chinoises  (//a/i  kiun)^ 
censeur.  Li  avait  attiré  l'attention  de  l'impératrice-douairicre 
comme  haut  commissaire  de  la  Mandchourie  méridionale  ; 
il  allait  être  nommé  gouverneur  du  (ihan-Si  à  la  place  de 
Hou  P'in-tchi,   révoque  à  cause  de  ses  dépenses  exagérées, 


LES    BOXEURS  457 

lorsque  le  chargé  d'affaires  d'Angleterre,  Mr.  Bax  Ironsîde, 
opposa  son  veto.  On  le  désigna  pour  le  Se-Tch'ouen  à  la 
place  de  Lieou  Ping-tchang,  mais  l'opposition  des  Allemands 
le  fit  encore  écarter  de  ce  poste  qui  fut  donné  à  Yii-Lou. 
Que  faire  du  personnage?  Un  conseiller  à  la  cour?  Mais 
c'était  susciter  une  influence  déplaisante  pour  le  prince 
K'ing  et  Jong-Lou  d'une  part,  pour  Kang  Yi  d'une  autre. 
Il  fallait  l'éloigner  à  tout  prix.  N'était-il  pas  utile  à  ce  mo- 
ment même  de  vérifier  si  les  vice-rois  Tchang  Tchi-toung 
et  Lieou  Kouen-I  avaient  solidement  assuré  la  défense  du 
Kiang  contre  l'étranger?  Il  irait  porter  sur  le  Yang-Tseu 
comme  Yu-H'ien  dans  le  Chan-Si,  le  message  de  guerre 
contre  le  Barbare  d'Occident.  L'impératrice  s'empare  avec 
empressement  de  cette  idée  et,  en  novembre  1899,  elle  bom- 
barde Li,  Haut  Commissaire  du  Yang-Tseu.  Ce  titre  lui  don- 
nait le  rang  des  vice-rois  des  provinces  dont  il  était  complè- 
tement indépendant  et  sa  juridiction  s'étendait  sur  les  cours 
d'eau  des  cinq  provinces  de  Kiang-Sou,  Kiang-Si,  Ngan- 
Houei,  IIou-Nan  et  Hou-Pé  ;  il  avait  môme  le  droit  de  con- 
damner à  mort  dans  l'armée  sans  en  référer  aux  vice-rois  ; 
il  était  responsable  de  ses  actes  à  l'empereur  seul.  Il  parait 
que  tel  pouvoir  n'avait  été  accordé  qu'une  fois  depuis  l'avè- 
nement des  Mandchous  :  P'éng  Yij-lin,  né  en  1824  à  Hêng- 
Yang,  dans  le  IIou-Nan,  avait  été  le  secrétaire  de  son  com- 
patriote, le  grand  Tseng  Kouo-fan,  et  se  distingua  pendant 
la  guerre  des  T'aï  P'ing  ;  aussi  fut-il  chargé  de  la  défense  du 
grand  fleuve  ;  il  était  connu  sous  le  sobriquet  populaire  de 
l'Amiral  à  la  Tête  de  fer.  Peng  était  en  outre,  ce  que  n'était 
pas  Li,  commandant  en  chef  des  forces  navales  des  cinq 
provinces  ;  ce  poste  était  occupé  par  Houang  Tchan-k'ioun. 
Arrivé  par  terre  le  27  mars  1900  à  Wou-Tch'ang,  capitale 
du  Ilou-Pé,  au  grand  ennui  du  vice-roi  Tchang  Tchi-toung, 
Li  met  en  émoi  la  vallée  du  Yang-Tseu,  dont  il  voudrait 
drainer  les  troupes  et  les  entraîner  à  sa  suite  vers  le  Nord  le 


458  LES    BOXEURS 

long  du  canal  impérial.  Véritable  accusateur  public,  il  dé- 
nonce au  trône  le  maréchal  Sou  Youen-lch'ouen  pour  nous 
avoir  donné  Kouang-Tchéou  \\an,  le  Mandchou  Yii  Tch'ang, 
gouverneur  du  Ho-Nan,  frère  de  Yii  Lou,  vice-roi  du  Tché- 
Li,  et  Tch'ang  Tch'oun,  Mongol,  inspecteur  général  de  Tar- 
méc  du  Nord.  Il  est  à  son  tour  dénoncé  par  Li  Houng-lchang, 
qui  s'en  mordit  les  doigts.  Resté  sourd  à  deux  appels,  Li 
Ping-héng  se  décide  h  retourner  à  Pé-King,  où  l'impératrice 
le  nomme  général  en  second  sous  Jong-Lou  ;  il  épurera  la 
Tsoung-li  Yamen  et  fera  massacrer  Siu  King-tch'eng  et  Yuen- 
Tch'ang,  tous  les  deux  membres  du  ministère  et  se  prépare 
à  arrêter  la  marche  des  armées  alliées.  Il  paraîtrait  s'être 
suicidé  après  la  bataille  de  Peï  Tsang. 

Le  gouverneur  du  Chan-Toung,  Yii-irien,  se  montre  un 
digne  successeur  de  Li  Ping-hêng  et  il  continue  la  politique 
de  son  devancier  dans  sa  haine  contre  Tétranger;  ancien  juge 
au  Chan-Toung  (mai  1896),  trésorier  au  Hou-Nan  (octo- 
bre 1898),  général  tartarcy).  /.  àNan-King,  il  avait  remplacé 
Li  on  mars  1899  ;  l'assassinat  d'un  missionnaire  protestant 
allait  attirer  l'attention  de  la  Légation  d'Angleterre  :  le  Rév. 
S.  M.  W.  Brooks,  allant  de  T'aian  à  Ping-Yin,  fut  assassiné 
le  3o  décembre  1899,  àTchang-Kia  tien,  village  à  3o  lis  à 
l'ouest  de  Fei-tch'êng.  Les  assassins  furent  jugés  le  28  février 
et  les  jours  suivants  à  Tsi-nan  fou,  devant  le  juge  provincial 
du  Chan-Toung  et  Mr.  C.  W.  Campbell,  du  service  consu- 
laire anglais,  envoyé  exprès  de  Chang-IIaï.  Mr.  Campbell 
avait  comme  secrétaires  le  collègue  de  Brooks,  Mr.  Henry 
Malhcws  et  Mr.  CouHng,  de  TEnglish  Baptist  Mission,  du 
Chan  Toung.  Sept  individus  étaient  plus  ou  moins  impli- 
qués dans  l'affaire  ;  Mêng  Kouang-wên  était  le  principal  ac- 
cusé. Trois  furent  condamnés  à  être  décapités  (l'un  fut 
exécuté  le  16  mars  1900  en  présence  de  Mr.  Campbell),  un 
est  étranglé,  un  est  emprisonné  pour  la  vie,  un  est  condamné 
à  di>L  ans  d'emprisonnement,  un  à  deux  ans  de  bannisse- 


LES    BOXEURS  4^9 

ment,  une  indemnité  de  9000  taëls  devait  être  payée  et  une 
chapelle  être  érigée  à  la  mémoire  de  Brooks,  à  Pin  Yin,  lieu 
de  sa  résidence. 

D'autre  part,  des  missionnaires  américains  de  Pang- 
tchouang  adressaient  une  plainte  contre  les  fonctionnaires 
suivants  à  cause  de  la  protection  qu'ils  accordaient  aux 
Boxeurs  :  Yu-II'ien,  l'ancien  gouverneur  du  Chan-Toung, 
Tchi,  lao-t^i  dans  le  Chan-Toung  occidental,  Tchêng-se, 
fonctionnaire  de  Ping  youen. 

Les  représentations  des  étrangers  ne  pouvaient  rester  indé- 
finiment sans  être  écoutées;  en  octobre  1899,  les  Boxeurs 
avaient  été  battus  par  les  troupes  impériales  ;  l'arrivée  de 
Youen  Che-k'ai  au  Chan-Toung  comme  gouverneur  p.  i\ 
(6  décembre  1899)  à  la  place  de  Yu-II'ien,  détermina  leur 
exode.  En  1898,  ils  avaient  ravagé  la  sous-préfecture  de  Wei 
bien  et  fait  leur  première  apparition  dans  la  préfecture  de 
Ho  Kien  fou  au  printemps  de  1899.  Au  commencement  de 
cette  année,  ils  remontent  dans  le  Tché  li  Sud  Est,  où  ils  se 
livrent  aux  massacres  et  aux  pillages  qui  nous  sont  connus. 

Suivant  l'usage,  des  pamphlets  sont  lancés  dans  la  cir- 
culation : 

«  Les  quatre  faces  et  les  huit  horizons  deviennent  des  théâtres 
(\c  guerre.  Vous  qui  avez  de  bons  destins,  montez  rapidement 
vers  le  rivage  ;  d'un  coup  de  main  vous  arriverez  dans  la  patrie. 
Immortel  venant  de  l'Occident,  de  la  montagne  du  Chaos,  delà 
caverne  de  l'Arc-en-Ciel  doré,  mon  nom  est  Tao,  mon  prénom 
est  Ts'ing-isin  (Tranquillité)  ;  je  viens  de  la  part  de  T'ai-kong- 
lao-tsou  (fondateur  de  la  dynastie  des  Tchen,  laoo  avant  Jésus- 
(]hrist),  pour  avertir  les  hommes  de  bien  de  cette  pagode,  afin 
qu'ils  propagent  partout  cet  écrit,  qui  exhorte  les  peuples  à 
suivre  les  1-ho-k'iucn.  Formez  vite  des  soldats,  car  treize 
rovaumes  étrangers  vont  venir  pour  attaquer  le  Céleste-Empire  : 
la  Chine  sera  profondément  troublée;  il  y  aura  des  soldats 
massés  comme  une  montagne,  des  généraux  immenses  comme 
l'Océan  ;  il  y  aura  des  montagnes  d'ossements,  \c  sang  coidera 
coninie  des  llcuvcs  ;  c'est  pourquoi  que  tous,  sans  distinction  de 


46o 


LES    BOXEURS 


se]^e  et  d'âge,  s'adonnent  aux  exercices  divins  pour  apprendre 
l'art  des  génies  immortels,  pour  échapper  au  péril  de  la  guerre 
et  éviter  cette  grande  catastrophe.  Ce  trouble  durera  pendant 
trente  ans,  puis  régnera  la  paix.  Bientôt  plus  de  soixante-dix 
royaumes  nous  envahiront  comme  un  flot.  Bon  peuple,  prenez 
une  prompte  résolution  alin  que  nous  leur  opposions  des  armées. 

u  Les  Européens  sèment  des  poisons  dans  les  puits,  dans  les 
fleuves,  dans  les  mers,  dans  les  céréales,  sur  les  marchés  ;  seuls, 
les  gens  bien  exercés  à  l'art  divin  peuvent  en  éviter  le  venin.  Ce 
sont  les  indigènes  gagnés  par  les  diables  d'Occident  qui  répan- 
dent ces  poisons  ;  ce  qu'ils  n'achètent  pas  sur  les  marchés  est 
empoisonné.  Prenez-y  garde! 

<ic  Tous  ces  détails  nous  les  avons  appris  du  génie  immortel. 
Ceux  qui  sont  inities  comprendront  mes  paroles.  » 

«  Pamphlet  affiché  dans  le  Ho-kien  hien.  —  Les  chrétiens  trou- 
blent l'univers,  s'appuyant  sur  les  Européens  ;  ils  se  montrent 
arrogants,  insultent  les  gens  simples,  oppriment  la  dynastie  des 
T'sing,  méprisent  les  relations  sacrées  en  supprimant  la  doctrine 
des  saints.  Leurs  chefs  construisent  leurs  hautes  églises  sur  les 
ruines  de  nos  saintes  pagodes  ;  ils  trompent  les  ignorants,  nui- 
sent à  la  jeunesse,  arrachent  le  cœur  et  les  yeux  pour  en  com- 
poser des  philtres  ;  ils  empoisonnent  les  puits.  Un  lettré,  ne 
pouvant  tolérer  ces  erreurs,  alla  en  ville  pour  les  dénoncer  ;  mais, 
hélas  !  le  mandarin,  vénal,  corrompu  par  l'argent,  le  traita 
cruellement,  de  sorte  que  le  bon  peuple,  ne  sachant  que  devenir, 
d'un  commun  accord  voulut  apprendre  la  boxe.  L'esprit  Tchang- 
tien-chen  a  informé  Yu-houang  de  cet  état  de  choses.  Yu- 
houang,  dans  sa  colère,  envoie  une  troupe  de  dieux  qui,  descen- 
dant du  ciel,  vient  aider  le  peuple  à  détruire  les  chrétiens.  Il  en 
est  temps  :  que  les  diables  d'Occident  meurent.  Les  I-ho-k'iuen 
sont  dans  une  cloche  d*or,  de  sorte  qu'ils  ne  craignent  ni  le 
glaive,  ni  la  hache  ;  ils  peuvent  se  garantir  des  fusils  et  des  canons. 

a  Peuples,  levez-vous  ;  n'ayez  qu'un  cœur  et  qu'une  âme 
pour  tuer  les  diables  d'Occident  et  détruire  la  religion  chrétienne  ! 

a  Depuis  l'antiquité,  on  distingue  les  Chinois  de  l'Empire  du 
Milieu  et  les  barbares  étrangers;  actuellement  les  peuples  sont 
péle-mî^le  ;  à  qui  appartient  l'empire  ?  Confucius  et  Meng  tseu 
ne  cessent  de  pleurer,  et  leurs  larmes  inondent  leurs  poitrines  '  î  » 

I.  Etudes,  p.  390-1. 


LES    BOJLEtHS  4^1 

Quelques  fonctionnaires  prolestent  timidement  : 
Le  sous-préfet  de  Wou-K'iao,  homme  prudent  et  sage,  fit 
répandre  cette  réponse  anonyme  : 

«  l-ho-k*iuen,  qui  êtes  cachés  dans  une  cloche  d*or,  vous  violez 
la  loi,  vous  vous  écartez  du  droit  sentier.  Je  vous  exhorte  à  ne 
pas  ressembler  à  des  insensés,  car  Tinvincible  armée  est  proche 
en  avant  ;  ce  sont  des  fusils  perfectionnés.  En  arrière,  il  y  a  des 
canons  aux  projectiles  puissants.  Quand  vous  serez  attaqués,  vos 
ancêtres  et  vos  maîtres  seront  impuissants  à  vous  secourir  ;  alors 
les  incantations  seront  sans  eiTet.  Quand  ces  malheurs  fondront 
sur  vous,  il  sera  trop  tard  pour  vous  repentir.  Repentez-vous  au 
plus  tôt,  ne  vous  entêtez  pas  ». 

Le  sous-préfet  de  Hien-hien  alla  jusqu'à  la  proclamation 
publique.  Il  s'exprimait  ainsi  ; 

«  Les  I-ho-k*iuen,  par  les  doctrines  perverses,  trompent  les 
foules  ;  ils  disent:  «  Ceux  qui  s'exercent  dans  notre  art,  le  fusil, 
le  glaive,  le  couteau,  ne  sauraient  leur  nuire.  »  Ainsi,  le  peuple 
ignorant  est  trompé  par  eux.  On  réunit  des  bandes  nombreuses, 
on  occasionne  des  troubles,  on  blesse  beaucoup  de  monde.  Peu- 
ples et  notables,  exhortez-vous  mutuellement  à  ne  pas  vous  affi- 
lier à  celle  secte,  ainsi  vous  pourrez  conserver  votre  vie  et  celle 
de  votre  fumille  :  la  \ie  est  le  bien  le  plus  précieux.  S'il  y  a  des 
sectaires  qui  cherchent  à  vous  séduire,  il  faut  prendre  ces  per- 
vers, les  lier  et  me  les  amener. 

a  Décembre  1899.  » 

Le  vice- roi  du  Tché-li,  Yii-Lou,  cherche  dans  un  décret  à 
calmer  les  esprits  : 

«  Chrétiens  et  non-chrétiens  sont  tous  des  sujets  chinois,  et 
la  cour  les  traiie  avec  une  égale  bienveillance.  C'est  pourquoi 
les  non-chréliens  ne  doivent  pas  pour  vexer  les  chrétiens,  susciter 
des  alTaircs.  Les  chrétiens  ne  doivent  pas  non  plus  chercher  des 
prétextes  pour  insulter  les  non-chrétiens;  beaucoup  moins 
doivent-ils  par  des  rapports  mensongers  exciter  les  missionnaires 
à  prendre  leur  défense,  afin  d'obtenir  gain  de  cause  sous  leur 
protection.  » 


46o 


LES    BOXEURS 


se^e  et  d'âge,  s'adonnent  aux  exercices  divins  pour  apprendre 
l'art  des  génies  immortels,  pour  échapper  au  péril  de  la  guerre 
et  éviter  cette  grande  catastrophe.  Ce  trouble  durera  pendant 
trente  ans,  puis  régnera  la  paix.  Bientôt  plus  de  soixante-dix 
royaumes  nous  envahiront  comme  un  flot.  Bon  peuple,  prenez 
une  prompte  résolution  afin  que  nous  leur  opposions  des  armées. 

«  Les  Européens  sèment  des  poisons  dans  les  puits,  dans  les 
fleuves,  dans  les  mers,  dans  les  céréales,  sur  les  marchés  ;  seuls, 
les  gens  bien  exercés  à  l'art  divin  peuvent  en  éviter  le  venin.  Ce 
sont  les  indigènes  gagnés  par  les  diables  d'Occident  qui  répan- 
dent ces  poisons  ;  ce  qu'ils  n'achètent  pas  sur  les  marchés  est 
empoisonné.  Prenez-y  garde! 

ce  Tous  ces  détails  nous  les  avons  appris  du  génie  immortel. 
Ceux  qui  sont  inities  comprendront  mes  paroles.  » 

«  Pamphlet  affiché  dans  le  Ho-kien  hien.  —  Les  chrétiens  trou- 
blent l'univers,  s'appuyant  sur  les  Européens  ;  ils  se  montrent 
arrogants,  insultent  les  gens  simples,  oppriment  la  dynastie  des 
T'sing,  méprisent  les  relations  sacrées  en  supprimant  la  doctrine 
des  saints.  Leurs  chefs  construisent  leurs  hautes  églises  sur  les 
ruines  de  nos  saintes  pagodes  ;  ils  trompent  les  ignorants,  nui- 
sent à  la  jeunesse,  arrachent  le  cœur  et  les  yeux  pour  en  com- 
poser des  philtres  ;  ils  empoisonnent  les  puits.  Un  lettré,  ne 
|X)uvant  tolérer  ces  erreurs,  alla  en  ville  pour  les  dénoncer  ;  mais, 
hélas  !  le  mandarin,  vénal,  corrompu  par  l'argent,  le  traita 
cruellement,  de  sorte  que  le  bon  peuple,  ne  sachant  que  devenir, 
d'un  commun  accord  voulut  apprendre  la  boxe.  L'esprit  Tchang- 
tien-clien  a  informé  Vu-houang  de  cet  état  de  choses.  Yu- 
houang,  dans  sa  colère,  envoie  une  troupe  de  dieux  qui.  descen- 
dant du  ciel,  vient  aider  le  peuple  à  détruire  les  chrétiens.  Il  en 
est  temps  :  que  les  diables  d'Occident  meurent.  Les  I-ho-k'iuen 
sont  dans  une  cloche  d*or,  de  sorte  qu'ils  ne  craignent  ni  le 
glaive,  ni  la  hache  ;  ils  peuvent  se  garantir  des  fusils  et  des  canons. 

«  Peuples,  levez-vous  ;  n'ayez  qu'un  cœur  et  qu'une  âme 
pour  tuer  les  diables  d'Occident  et  détruire  la  religion  chrétienne  ! 

a  Depuis  l'antiquité,  on  distingue  les  Chinois  de  l'Empire  du 
Milieu  et  les  barbares  étrangers;  actuellement  les  peuples  sont 
péle-méle  ;  à  qui  appartient  l'empire?  Confucius  et  Meng  Iseu 
ne  cessent  de  pleurer,  et  leurs  larmes  inondent  leurs  poitrines  *  î  » 

I.  Etudes t  p.  390-1. 


LES    BO\£URS  4^1 

Quelques  fonctionnaires  protestent  timidement  : 
Le  sous-préfet  de  Wou-K'iao,  homme  prudent  et  sage,  fit 
répandre  cette  réponse  anonyme  : 

«  l-ho-k'iuen,  qui  êtes  cachés  dans  une  cloche  d*or,  vous  violez 
la  loi,  vous  vous  écartez  du  droit  sentier.  Je  vous  exhorte  à  ne 
pas  ressembler  à  des  insensés,  car  Tinvinciblc  armée  est  proche 
en  avant  ;  ce  sont  des  fusils  perfectionnés.  En  arrière,  il  y  a  des 
canons  aux  projectiles  puissants.  Quand  vous  serez  attaqués,  vos 
ancêtres  et  \os  maîtres  seront  impuissants  à  vous  secourir  ;  alors 
les  incantations  seront  sans  ciTet.  Quand  ces  malheurs  fondront 
sur  vous,  il  sera  trop  tard  pour  vous  repentir.  Repentez-vous  au 
plus  tôt,  ne  vous  entêtez  pas  ». 

Le  sous-préfet  de  Hien-hien  alla  jusqu'à  la  proclamation 
publique.  Il  s'exprimait  ainsi  ; 

«  Les  1-ho-k'iuen,  par  les  doctrines  perverses,  trompent  les 
foules  ;  ils  disent  :  «  Ceux  qui  s'exercent  dans  notre  art,  le  fusil, 
le  glaive,  le  couteau,  ne  sauraient  leur  nuire.  »  Ainsi,  le  peuple 
ignorant  est  trompé  par  eux.  On  réunit  des  bandes  nombreuses, 
on  occasionne  des  troubles,  on  blesse  beaucoup  de  monde.  Peu- 
ples et  notables,  exhortez- vous  mutuellement  à  ne  pas  vous  affi- 
lier à  celle  secte,  ainsi  vous  pourrez  conserver  votre  vie  et  celle 
de  votre  famille:  la  vie  est  le  bien  le  plus  précieux.  S'il  y  a  des 
sectaires  qui  cherchent  à  vous  séduire,  il  faut  prendre  ces  per- 
vers, les  lier  et  me  les  amener. 

a  Décembre  1899.  » 

Le  vice  roi  du  Tché-li ,  Yti-Lou ,  cherche  dans  un  décret  à 
calmer  les  esprits  : 

«  Chrétiens  et  non-chrétiens  sont  tous  des  sujets  chinois,  et 
la  cour  les  traite  avec  une  égale  bienveillance.  C'est  pourquoi 
les  non-chréliens  ne  doivent  pas  pour  vexer  les  chrétiens,  susciter 
des  alTaires.  Los  chrétiens  ne  doivent  pas  non  plus  chercher  des 
prétextes  pour  insulter  les  non-chrétiens;  beaucoup  moins 
doivent-ils  par  des  rapports  mensongers  exciter  les  missionnaires 
à  prendre  leur  défense,  atin  d'obtenir  gain  de  cause  sous  leur 
protection.  » 


46a  LES    BOXEURS 

Le  mouvement  des  Boxeurs  qui  s'étendait  du  Chan  Toung 
au  Tché  li,  et  à  la  Mandchou  rie  ne  dépassait  pas  ces  pro- 
vinces tout  d'abord,  et  malgré  les  émissaires  envoyés  dans 
la  vallée  du  Kiang,  la  fermeté  des  vice-rois  de  Wou-tch'ang 
et  de  Nan-King  empêcha  la  révolte  d'éclater  dans  les  pro- 
vinces du  Grand  Fleuve,  ou  tout  ou  moins  Tempecha,  sauf 
dans  le  Hou-Nan,  de  prendre  l'extension  qu'elle  a  eue  dans 
le  Nord  et  l'Ouest  jusqu'au  Kan-Sou.  Les  autres  mouvements 
dans  le  Ngan-Houei,  le  Hou-Nan,  le  Yun-Nan,  étaient  indé- 
pendants, mais  il  est  certain  que  sans  l'énergie  des  étrangers 
et  des  gouverneurs  de  provinces,  toutes  ces  rébellions  par- 
tielles se  seraient  terminées  par  une  rébellion  générale  dont 
l'Empire  entier  aurait  été  le  théâtre. 


CHAPITRE  XXV 
LES  MISSIONS  CATHOLIQUES 

Au  milieu  des  tentatives  de  réformes  de  TEmpereur,  des 
réclamations  incessantes  des  étrangers  insatiables,  de  la  con- 
tre-révolution de  llmpératrice-douairière,  du  mouvement  de 
révolte  des  Boxeurs,  les  missions  catholiques  voyaient 
rhoslilité  augmenter  contre  elles  dans  certaines  parties  de 
TEmpire. 

MEURTRE    DES    PP.    CHANÈS    ET    DELBROUCK 

Au  mois  de  juillet  1898,  deux  missionnaires  français 
furent  arrêtés  à  Yong-tchang,  dans  le  Se-tch'ouen,  par  le 
chef  de  brigands  Yu-Man-tseu  déjà  condamné  à  mort  en  jan- 
vier 1892  sur  la  demande  de  la  légation  de  France;  l'un 
d'eux,  blessé,  s'échappa  ;  mais  le  second,  le  P.  Fleury,  ne 
fut  relâché  qu'au  mois  de  janvier  1899,  à  la  suite  de  notre 
pression  sur  le  gouvernement  chinois  pour  qu'il  agisse  contre 
les  bandes  armées  qui  désolaient  la  grande  province  de 
l'Ouest  de  l'Empire  ^ 

Le  i4  octobre  1898,  le  P.  Chanès  était  assassiné  à  Pak- 
toung  (Kouang-Toung)  avec  quelques  chrétiens  indigènes. 
M.  Flayello,  gérant  du  Consulat  de  Canton,  envoya  une  pro- 
testation énergique  au  vice-roi,  et  exigea  la  punition  exem- 

I.   Livre  jaune,  Chine,  1898- 1899,  P*  ^^- 


464  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

plaire  de  tous  les  coupables.  Cette  affaire,  réglée  en  môme 
temps  que  celle  de  Kouang-tcheouwan,  se  termina  par  le 
versement  de  80  000  dollars  '. 

Fait  prisonnier  le  6  décembre  delà  même  année,  le  mission- 
naire belge  Victorin  Delbrouck  fut  tué  dans  le  Hou-Pé  occiden- 
tal, le  1 1  ;  sa  tête  fut  coupée,  son  corps  ouvert,  et  ses  membres 
suspendus  à  un  arbre.  Par  un  arrangement  signé  le  11 
juillet  1899  par  M.  Dautremer,  consul  à  Ilan-k'eou,  10000 
taëls  furent  versés  comme  prix  du  sang  de  ce  missionnaire  et 
44  5oo  taëls  pour  la  destruction  d'églises,  d'orphelinats, etc., 
dans  les  préfectures  d'I-tch'ang  et  de  Che-nan.  Les  meur- 
triers furent  exécutés  ^. 

Et  cependant  le  malheureux  Kouang-Siu,  au  milieu  de 
ses  nombreuses  réformes,  n'avait  pas  oublié  la  religion 
chrétienne,  témoin  le  décret  suivant  : 

DÉCRET    IMPÉRIAL    DL     12    JUILLET    1 898 

Le  a4  de  la  5^  lune  de  la  34'^  année  Kouang-Siu  (  ==  i  a  juillet 
1898),  a  été  reçu  le  Décret  Impérial  dont  la  teneur  suit  : 

u  La  propagation  des  religions  par  des  personnes  appartenant 
à  toutes  les  nations  est  mentionnée  dans  les  traités.  A  plusieurs 
reprises,  Nous  avons  déjà,  par  Décrets,  ordonné  aux  Vice-rois  et 
Gouverneurs  des  Provinces  d'assurer  au  mieux  la  protection  (des 
missions),  dans  Tespoir  de  voir  maintenir  la  paix  entre  le  peuple 
et  les  chrétiens. 

Cependant,  cette  année,  les  affaires  religieuses  de  la  préfecture 
secondaire  de  Kiang-pei  et  autres  lieux  du  Sso-tch'ouan  ne  sont 
pas  encore  terminées  ;  à  Yong-ngan-lcheou,  du  Kouang-si,  il  y 
a  eu  de  nouveaux  meurtres  de  chrétiens  :  au  Hou-pei,  à  Gha- 
che,  ceux-ci  se  sont  trouvés  entraînés  dans  d'autres  affaires. 

Toujours,  la  cause  en  a  été  que  les  autorités  locales  n'ont  pas 
su  se  pénétrer  respectueusement  de  la  pensée  de  la  Cour  Impé- 
riale, lorsqu'elle    leur     a    donné   de    formels   avertissements  ; 

1.  lOid.t  p.  44. 

2.  /bid.,  p.  5i. 


DKCllKT    IMPÉRIAL    DU     12    JUILLET    1898  465 

lorsqu'il  s'est  trouvé  des  procès  à  régler  entre  le  peuple  et  les 
chrétiens,  si  les  autorités  locales  n'ont  pas  été  coupables  de  négli- 
gence, elles  ont  conservé  un  sentiment  de  partialité.  Ces  démar- 
cations établies  entre  les  uns  et  les  autres  n'étant  pas  disparues, 
de  semblables  animositésont  pu  naître  facilement.  Il  n'y  a  donc 
pas  lieu  de  s'étonner  de  la  fréquente  répétition  des  aijfaires  de 
missions. 

C'est  {X)urquoi  Nous  donnons  expressément  ce  complément 
d'instructions  aux  hautes  autorités  provinciales,  afm  que,  dans 
toutes  les  préfectures  et  sous-préfectures  où  il  existe  des  éta- 
bHssements  religieux,  elles  ne  manquent  pas  de  donner  des  ordres 
formels  aux  autorités  locales  en  vue  d'assurer  la  protection  avec 
une  réelle  énergie. 

En  tout  temps,  lorsqu'il  se  présentera  des  missionnaires  de- 
mandant audience  aux  autorités,  celles-ci  devront  s'abstenir  de 
les  rebuter  de  parti  pris,  de  façon  que,  de  part  et  d'autre,  il 
règne  une  mutuelle  conhance,  une  mutuelle  sincérité.  Dès  lors, 
les  chrétiens  n'en  arriveront  pas  à  invoquer  des  prétextes  pour 
créer  des  diilicultés. 

D'autre  part,  il  faut  exhorter  le  peuple  à  s'abstenir  de  se 
saisir  de  petites  questions  et  de  futiles  prétextes  pour  provoquer, 
à  la  légère,  des  conflits.  Que  si  des  dilïicultés  s'élevaient  d'une 
façon  imprévue,  puisque  les  autorités  responsables  peuvent,  d'une 
part,  les  régler  équitablement.  on  ne  conçoit  pas  bien  comment 
il  leur  serait  dilFicile  d'empêcher  le  mal  avant  qu'il  ne  se  fût 
développé. 

Donc,  c'est  aux  Maréchaux  tartares.  Vice-rois  et  Gouverneurs 
qu'il  appartient  d'ordonner  sévèrement  aux  autorités  placées  sous 
leur  direction,  d'aviser  aux  moyens  de  régler  les  aflaires,  en  toutes 
circonstances,  comme  il  convient  et  avec  soin. 

Quant  aux  anciennes  affaires  qui  ne  sont  pas  encore  terminées. 
Nous  ordonnons  dès  maintenant  qu'elles  soient  rapidement 
réglées  et  d'une  façon  définitive.  A  dater  de  ce  jour,  il  ne  sera 
plus  admis  qu'il  se  présente  des  aflaires  de  missions.  Si  l'on 
continuait  à  faire  preuve  de  négligence  dans  les  précautions  à 
prendre,  non  seulement  les  autorités  locales  encourraient  des 
punitions  sévères  conformément  au  nouveau  règlement  établi  à 
la  suite  d'un  rapjK)rt  au  Trône  présenté  par  leTsoung-li  Ya'men, 
mais  encore  les  Maréchaux  tartares.  Vice-rois  et  Gouverneurs 
concernés  ne  pourraient  rejeter  la  responsabilité  sur  autrui.  Nous 
leur  ferions  application  certaine  de  la  loi.  Qu'ils  ne  prétendent 
GoRDiER.  III.  —  3o 


466  LES    MISSIO^S    CATHOLIQUES 

point  n'avoir  pas  été  avertis  !  Que  ces  ordres  soient  portés  à   la 
connaissance  de  tous  !  » 
Respect  à  ceci  *  ! 

A  son  tour  rinipératrice-douairière  avait  promulgué  un 
décret  qui,  nous  l'avons  vu,  n'avait  pas  empêche  les  attentats 
conlre  les  Pères  Chanès  et  Delbrouck  : 


DÉCRET    DU    6    OCTOBRE     1898 

Le  2 1*  jour  de  la  S*"  lune  de  la  ai*"  année  Kouang-Siu  (G  octobre 
1898),  ont  été  reçus  de  Sa  Majesté   l'Impérathice-Douairière 

TsE-IIl  TOAN-YEOU    K*ANG-YI    TcilAO-YU    TcHOANG-TCu'eNG  ChEOL- 

RoNG  TsiN-iuEN    Tcno.NG-Hi  les  Bicuvcillants  Commandements 
dont  la  teneur  suit  : 

«  Depuis  l'ouverture  au  commerce  des  ports  (de  TEmpire) 
Chinois  et  Étrangers  forment  une  seule  famille.  Il  convient  rai- 
sonnablement de  ne  pas  établir  de  distinctions  entre  eux.  De 
même,  pour  les  missionnaires  de  toutes  nations  qui  se  trouvent 
dans  l'intérieur,  il  a  été  bien  souvent,  par  Décrets,  ordonné  au\ 
autorités  locales  de  tout  l'Empire  de  s'cftorccr  de  leur  assurer  une 
protection  cllicace  ;  on  ne  s'est  pas  borné  à  quelques  ordres,  à 
quelques  avertissements,  il  importe  absolument  que  les  fonc- 
tionnaires, les  notables,  les  lettrés  et  les  gens  du  peuple  des 
provinces  s'inspirent  respectueusement  des  vues  de  la  Cour  Impé- 
riale, dont  la  pensée  embrasse  tous  les  hommes  dans  la  même 
alTection.  Il  faut  faire  preuve  de  sincérité  et  d'€»quité.  Il  ne  faut 
ni  haine  ni  défiance.  Et  l'on  pourra  espérer  arriver  ainsi  à  une 
concorde  de  jour  en  jour  plus  profonde. 

Cependant,  ces  temps  derniers,  des  affaires  se  sont  élevées 
entre  le  peuple  et  les  chrétiens  sans  qu'on  ait  encore  pu  arriver 
à  les  éviter.  Aucune  des  différentes  alTaires  religieuses  du  Sse- 
tch'oan  n'a,  actuellement,  encore  pu  être  réglée.  Parmi  les  popu- 
lations bornées  et  ignorantes,  des  rumeurs  se  propagent,  des 
troubles  se  produisent,  et  de  futiles  prétextes  deviennent  la 
source  de  conflits.  Et  cependant,  les  grands  et  petits  fonction- 


1.   Pour  trad.  conforme,   L'Interprète  Chancelier^,  i.  de  la  Légation 
de  France:  Fd.  Bbktealx. 


DKCnET    DU    6    OCTOBRE    1898  ^67 

nairos  h  qui  incombait  Tadministration  (de  ces  populations) 
n'ont  pas  su  les  exhorter  au  devoir  en  toutes  circonstances,  ni 
provenir  les  didicultés:  il  leur  est  donc  bien  diflicile,  à  la  vérité, 
d'en  rejeter  la  responsabilité. 

Par  ce  nouveau  Décret,  que  Nous  rendons  dans  un  but  spécial 
et  d'une  façon  très  explicite,  Nous  ordonnons  aux  hautes  auto- 
rités provinciales  de  se  pénétrer  de  l'absolue  nécessité,  partout 
où  il  existe  des  établissements  religieux,  de  donner  aux  autorités 
locales  les  ordres  les  .plus  sévères  pour  que,  apportant  un  soin 
attentii  à  l'exécution  des  Décrets  si  souvent  répétés,  elles  assurent 
la  protection  d'une  manière  cllicace.  Dans  leurs  relations  avec 
les  missionnaires  des  diverses  nations,  les  autorités  devront, 
toutes,  les  traiter  avec  égards.  S'il  s'élève  (|uelque  affaire  entre 
le  peuple  et  les  chrétiens,  elles  devront  l'examiner  selon  l'équité 
et  la  régler  avec  promptitude.  De  plus,  elles  doivent  exhorter 
les  notables  et  le  peuple  à  se  confiner  chacun  dans  son  rôle  ou 
ses  attributions  et  leur  défendre  de  se  laisser  aller,  dans  un  mou- 
vement de  colère,  à  créer  des  troubles.  Quant  aux  voyageurs 
étrangers,  on  devra  également,  dans  tous  les  endroits  où  ils 
arriveront,  les  protéger  avec  le  même  soin,  afin  de  «  combler 
la  mesure  des  sentiments  d'alTection  et  des  égards  »  (envers  les 
gens  venus  de  loin). 

Si,  à  dater  de  la  promulgation  du  présent  Décret,  il  se  produit 
de  nouvelles  négligences  dans  les  précautions  à  prendre  et  qu'il 
en  résulte  des  troubles,  on  ne  manquera  pas  de  dénoncer  les 
autorités  locales  responsables,  afin  qu'elles  soient  punies  avec  la 
plus  grande  sévérité.  De  môme,  les  Vice-rois  et  Gouverneurs 
placés  à  leur  tète  seront  tous  traités  avec  une  égale  rigueur. 
Qu'ils  ne  prétendent  pas  n'avoir  pas  été  prévenus  !  » 

Respect  à  ceci  *  ! 


I.  Pour  Irad.  conforme.  Tint.  Chancelier  p.  1.  de  la  Légatiou  de 
France:  (sig.)  Fd.  Beiiti:aux. 

Berteaux,  Fernand-Jules-Francois-Joseph^  né  le  i*»"  mars  1878; 
licencie  on  droit;  élève  diplômé  de  TËcole  des  langues  orientales  vivantes 
et  de  TKcolc  des  sciences  politiques;  clève-interprèlo  à  Pé-King,  aS  déc. 
1896;  chargé  des  fonctions  d'inlcrpiète-chancelier  à  PcKing,  11  mars 
1899;  interprète  de  2^  classe,  interprète  à  Chang  liai  (non  installé), 
i^^  nov.  1899  *  oflicier  d'Académie,  3i  mars  1900  ;  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  i4  déc.  1900;  interprète -chancelier  à  Séoul,  3i  août  1901. 


/ 


468  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Enfin  M'^'*  Favier  *  qui  avait  remplacé,  après  une  longue 
attente  M*""  J.-B.  Sarthou,sur  le  siège  épiscopal  de  Pé-King, 
obtenait  du  gouvernement  chinois  le  décret  suivant  qui  fixait 
la  hiérarchie  des  prélats  cathoHques  en  Chine.  Le  décret  pré- 
senté en  projet  par  M*'  Favier  à  M.  Gérard  avait  été  écarté  par 
celui-ci  qui  le  jugeait  dangereux.  M.  Pichon*,  plus  faible  ou 
moins  expérimenté,  l'accepta,  circonvenu  par  Tambitieux 
vicaire  apostolique  de  Pé-King.  Jamais  la  France  n'eût  dû 
laisser  commettre  cette  faute.  Une  assimilation  quelconque 
des  missionnaires  catholiques  ne  leur  donnait  qu'une  appa- 
rence d'honneurs  et  leur  enlevait  en  réalité  la  plus  grande 
partie  de  leur  influence,  celle  qui  dérivait  de  leur  haute 
situation  morale  et  de  l'appui  de  la  France  ;  ce  décret  s'il 
avait  été  appliqué  à  la  lettre  aurait  mis  nos  consuls  dans 
l'impossibilité  de  venir  en  aide  aux  évêques  ;  on  le  vit  j>eu 
de  temps  après  au  Se-Tch'ouen,  quand   l'évêque  s'adressa 


1.  Favier,  Alphonse-Pierre,  né  le  22  sept.  1887,  daus  le  diocèse  de 
Dijon  ;  coadjuleur  de  Mk**  Sarthou,  le  la  nov.  1897  et  évéquo  de  Pen- 
tacooiia. 

2.  Pichon,  Siéphaii' Jean- Marie ^  né  le  10  août  1857;  membre  du 
Conseil  municipal  de  Paris  et  du  Conseil  général  de  la  Seine,  5  août  i883 
et  !\  mai  i884;  député  de  la  Seine,  18  oct.  i885  ;  réélu  en  1889;  secré- 
taire do  la  (Chambre  des  députés,  1889-1890;  membre  du  Conseil  sup<*- 
rieur  de  l'Assistance  publique,  de  la  commission  supérieure  des  bâtiments 
civils  et  des  palais  nationaux  et  de  la  commission  des  voyages  et  missions 
littéraires  et  scientifiques;  ministre  plénipotentiaire  de  deuxième  classe; 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Port-au-Prince,  2a  mai 
189/1  ;  envoyé  en  mission  spéciale  à  Saulo- Domingo  où  il  a  procédé  au 
rétablissement  des  relations  diplomatiques  entre  la  France  et  la  Répu- 
blique Dominicaine;  env.  ext.  et  min.  plén.  à  Rio  de -Janeiro,  a3  déc. 
1896;  chev.  de  la  Légion  d'bouncur,  3i  déc.  1890;  a  négocié  et  signé  le 
traité  d'arbitrage  du  17  avril  1897  |)Our  la  délimitation  de  la  Guyane 
française;  env.  ext.  et  min.  plén.  &  Pé-King,  29  déc.  1897;  officier  de 
la  Légion  d'honneur,  8  avril  1898;  min.  plén.  de  i***  classe,  a4  juin 
1898;  commandeur  de  la  Légion  d'honneur,  i^  août  1900;  plénipoten- 
tiaire de  la  République  dans  les  négociations  collectives  des  puissances 
avec  la  Chine  &  la  suite  de  Tentréedes  troupes  alliées  &  Pé-King,  i4  août 
1900-18  mars  1901  ;  résident  général  de  France  à  Tunis,  19  mars  1901. 


HIÉRARCHIE    CATHOLIQUE.      —    DÉCRET    IMPÉRIAL  4^9 

directement  et  en  vain  au  vice-roi  de  la  province.  La  situa- 
tion était  ridicule.  Que  pouvait  faire  un  simple  consul, 
assimilé  à  un  tao-taï,  pour  un  évêque,  gros  personnage 
assimilé  à  un  tsoung-tou?  Un  peu  de  vague  servait  bien  plus 
utilement  les  intérêts  des  missionnaires  traités  en  hommes 
distingués  qu'un  vide  apparat.  Le  décret  avait  en  même 
temps  un  caractère  froissant  pour  les  fonctionnaires  chinois 
et  il  n'a  certainement  pas  été  un  facteur  insignifiant  dans 
les  causes  multiples  qui  ont  amené  le  mouvement  de  révolte 
contre  l'étranger  de  1900.  Ce  décret  intempestif  et  impoli- 
tique  doit  être  rapporté  le  plus  tôt  possible.  Chose  significa- 
tive et  grave,  dans  ce  document  rédigé  sous  l'influence  d'un 
prélat  français,  le  nom  de  la  France  n'est  pas  prononcé  ! 

HIÉRARCHIE    CATHOLIQUE.  DÉCRET  IMPÉRIAL,    l5  MARS    1899. 

Rapport  fixant  les  relations  entre  les  autorités  locales  et 
le  clergé  catholique,  présenté  au  Trône  par  S.A.  l.  le  Prince 
et  LL.  EK.  les  Ministres  du  Conseil  des  Afl*aires  Etrangères, 
le  4*  jour  de  la  2^  lune  de  la  20*  année  Kouang-Siu  (10  mars 

1899)- 
«  Que  l'on  se  conforme  à  ce  qui  a  été  décidé.  » 

Respect  à  ceci  ! 

Des  églises  de  la  religion  catholique  dont  la  propagation  a  été 
autorisée  depuis  loiigtenips  par  le  (îoiivcrneinenl  Impérial,  étant 
construites  maintenant  dans  toutes  les  provinces  de  la  Chine, 
nous  sommes  désireux  de  voir  le  peuple  et  les  chrétiens  >ivre  en 
paix  et  afin  de  rendre  la  protection  plus  facile,  il  a  été  convenu 
que  les  Autorités  locales  échangeront  des  visites  avec  les  Mission- 
naires dans  les  conditions  indiquées  aux  articles  ci-dessous  : 

1°  Dans  les  différents  degrés  de  la  hiérarchie  ecclésiastique, 
les  Évéques  étant  en  rang  et  en  dignité  les  égaux  des  Vice-rois 
et  des  gouverneurs,  il  conviendra  de  les  autoriser  à  demander  à 
voir  les  Vice-Rois  et  Gouverneurs. 

Dans  le  cas  où  un  Évêque  serait  appelé  pour  affaires  de  son 


470  Ï'KS    MISSIONS    CATHOLIQIES 

pays,  ou  s'il  venait  à  mourir,  le  Prêtre  chargé  de  le  remplacer 
sera  autorisé  à  demander  à  voir  le  Vice-roi  et  le  Gouverneur. 

Les  Vicaires  généraux  et  les  Archiprêtres  seront  autorisés  à 
demander  à  voir  les  Trésoriers  et  Juges  provinciaux,  et  les 
Intendants. 

Les  autres  Prêtres  seront  autorisés  à  demander  à  voir  les 
Préfets  de  i"""  et  de  3'"  classe,  les  Préfets  indépendants,  les  Sous- 
préfets  et  les  autres  fonctionnaires. 

Les  Vice-rois,  Gouverneurs,  Trésoriers,  et  Juges  provinciaux, 
les  Intendants,  les  Préfets  de  i'"  et  de  3"  classe,  les  Préfets  indé- 
pendants, les  iSous-préfets  et  les  autres  fonctionnaires  répondront 
naturellement,  selon  leur  rang,  par  les  mômes  politesses. 

2"  Les  Évèques  dresseront  une  liste  des  Prêtres  qu'ils  char- 
geront spécialement  de  traiter  les  affaires  et  d'avoir  des  relations 
avec  les  Autorités,  en  indiquant  leur  nom  et  le  lieu  où  se  trouve 
la  mission.  Ils  adresseront  cette  liste  au  Vice-roi  ou  au  Gouver- 
neur, qui  ordonnera  à  ses  subordonnés  de  les  recevoir  confor- 
mément à  ce  règlement. 

(Les  Prêtres  qui  demanderont  à  voir  les  Autorités  locales  ou 
qui  seront  spécialement  désignés  pour  traiter  les  affaires,  devront 
être  Européens.  Cependant  lorsqu'un  Prêtre  européen  ne  con- 
naîtra pas  suffisamment  la  langue  chinoise,  il  pourra  momen- 
tanément inviter  un  Prêtre  chinois  à  l'accompagner  et  à  lui 
prêter  son  concours  comme  interprète.) 

3°  Il  sera  inutile  que  les  Évêques  qui  résident  en  dehors  des 
villes,  se  rendent  de  loin  à  la  capitale  provinciale  pour  demander 
à  être  reçus  par  le  Vice-roi  ou  le  Gouverneur,  lorsqu'ils  n'auront 
pas  d'affaires. 

Quand  un  nouveau  Vice-roi  ou  un  Gouverneur  arrivera  à  son 
poste,  ou  quand  un  Lvêque  sera  changé  et  arrivera  pour  la 
!''•■  fois  ou  bien  encore  à  l'occasion  des  félicitations  pour  la  nou- 
velle année  et  les  fêtes  principales,  les  Lvêques  seront  autorisés 
à  écrire  des  lettres  privées  aux  Vice-rois  et  aux  Gouverneurs  et 
à  leur  envoyer  leur  carte.  Les  Vice-rois  et  Gouverneurs  leur 
répondront  par  la  même  politesse. 

Les  autres  Prêtres  qui  seront  déplacés  ou  qui  arriveront  pour 
la  première  fois,  pourront,  selon  leur  dignité,  demander  à  voir 
les  Trésoriers  et  Juges  provinciaux,  les  Intendants,  Préfets  de 
i*^"  et  de  a''  classe.  Préfets  indépendants.  Sous-préfets  et  les 
autres  fonctionnaires  lorsqu'ils  seront  pourvus  d'une  lettre  de 
leur  Évê(iue. 


niÉRARCHIE    CATHOLIQUE.    DÏCCRET    IMPÉRIAL  ^7! 

4"  Lorsqu'une  alîairc  de  mission,  grave  ou  importante,  sur- 
viendra dans  une  des  provinces  quelle  qu'elle  soit,  l'Évoque  et 
les  Missionnaires  du  lieu  devront  demander  l'intervention  du 
Ministre  ou  des  Consuls  de  la  Puissance  à  laquelle  le  Pape  a 
confié  le  protectorat  religieux.  Ces  derniers  régleront  et  termi- 
neront l'alFaire.  soit  avec  le  Tsoung-li  Yamen.  soit  avec  les  auto- 
rités locales.  Afin  d'éviter  de  nombreuses  démarches,  TP^véque  et 
les  Missionnaires  pourront  également  s'adresser  d'abord  aux 
Autorités  locales  avec  qui  ils  négocieront  TalTaire  et  la  termi- 
neront. 

Lorsqu'un  Évéque  ou  un  Missionnaire  viendra  voir  un  Mandarin 
pour  affaire,  celui-ci  devra  la  négocier  d'une  façon  conciliante  et 
rechercher  une  solution. 

5°  Les  Autorités  locales  devront  avertir  en  temps  opportun 
les  habitants  du  lieu  et  les  exhorter  vivement  à  l'union  avec  les 
chrétiens  ;  ils  ne  doivent  pas  nourrir  de  haine  et  causer  de 
trouble. 

Les  Kvè<|ues  et  les  Prêtres  exhorteront  également  les  chrétiens 
à  s'appliquer  à  faire  le  bien  aiin  de  maintenir  la  bonne  renommée 
de  la  religion  catholique,  et  faire  en  sorte  que  le  peuple  soit 
content  et  reconnaissant. 

lorsqu'un  procès  aura  lieu  entre  le  peuple  et  les  chrétiens, 
les  Autorités  locales  devront  le  juger  et  le  régler  avec  équité  : 
les  Missionnaires  ne  pourront  pas  s'y  immiscer  et  donner  leur 
protection  avec  partialité,  afin  que  le  [)cuple  et  les  chrétiens 
vivent  en  paix  '. 


I.   Pour   tradiiclioii  conforme:    le   i""    InterprMe    de  la  Légation  de 
France,  IL  Lkdu<:.  \ 

Leduc.  Marie-Henri^  né  le  i3  juillet  l863;  rlève  diplômé  de 
l'Ecole  des  langues  orionlalcs  vivantes;  élève-interprète  à  Pé-King,  3o 
juillet  188');  gérant  du  vice-consulat  de  Fou-tchcou,  2^  juillet- 19  ocl. 
1888;  InterprMe  de  S'' classe,  10  août  1888;  inlcrprMe •  chancelier  k 
Mong-Tscu,  0  nov.  1888;  gérant  du  consulat,  ai  avril  i8(jo-i«''  nov. 
1891;  officier  d'Académie,  ui  juillet  1891  ;  interprète  de  a''  classe.  3i 
janvier  189:1;  u«  interprèle  à  Pé-King,  29  mars  1899;  i'''*  interprète 
à  Pé-King.  i'*'"  oct.  i892-:i3  avril  189'!;  interprète  de  i'*'*  classe,  i''"*  mars 
1896;  délégué  auprès  de  la  Mission  lyonnaise  d'exploration  en  Chine, 
nov.  i89t)-fév.  1897;  i'"*  interprète  à  Pé-King,  10  fcv.  1899;  consul  de 
a*^  classe,  8  juillet  1900;  gérant  du  consulat  de  Ïien-Tsin,   5  avril  1901. 


/|y2  LES    MISSIOXS    CATHOLIQUES 

Le  moment  est  venu  d'examiner  Fétat  des  missions  catho 
Hques  en  Chine;  comme  elles  ont  été  le  pivot  de  notr 
politique  dans  rExtrôme-Orient  jusqu'à  notre  conquête  di 
Tong-King  qui  nous  a  créé  des  intérêts  d'un  autre  ordre,  i 
est  nécessaire  d'en  bien  connaître  l'organisation. 


TABLEAU    DES    MISSIONS    CATHOLIQUES    EN    CHINE 

Le  Pape  approuva  le  27  avril  1879  une  résolution  de  I 
S.  Congrégation  de  la  Propagande,  partageant  en  cin 
régions  toutes  les  missions  de  la  Chine. 


Première  Région. 

1°  Vicariat  apostoHquc  du  Tché-Useptent,,  Congrégation  de  1 
Mission  (Lazaristes)  ;  vicaire  apostolique,  M^*"  Alphonse  Pierr 
Favicr,  évéque  de  Pcntacomia  ;  coadjutcur.  M**"  Jarlin,  à  Pc 
Ring;  4oooo  Chrétiens,  24  missionnaires  européens.  4o  mis 
sionnaires  indigènes  ; 

2*»  Vie.  ap.  du  Tché-li  orient.,  Cong.  de  la  Mission:  vie.  a| 
M*^'  Gcurls.  à  Yong-ping  fou;  3 000  Chrétiens,  3  miss.  eur. 
2  indigènes  ; 

3"  Vie.  ap.  du  Tché-li  S.-E.,  Compagnie  de  Jésus;  vie.  ap 
M*^''  Henri  Maquel.  à  Tchang-Kia-tchonang  ;  5oooo  Chrétien! 
/|2  miss,  eur.,  16  ind.; 

4°  Vie.  ap.  du  Tché'li  S.-O.,  Cong.  de  la  Mission;  vie.  ap..  M* 
Jules  Bruguière,  évoque  de  Cina,  à  Tch  en  g- tin  g- fou  ;  32  270  Chri 
tiens;  i3  miss,  eur.,  19  ind.; 

5°  Vie.  ap.  du  Ho-nan  seplent..  Missions  étrangères  de  Milan 
vie.  ap.  M**"*  Etienne  Scarella.  év.  de  Carpasia,  à  Wei-houei-fou 
3 000  Chrétiens;  9  miss,  eur.,  3  ind.; 

6°  Vie.  ap.  de  la  Mandchourie  mèridion.  (Liao-toung),  Missior 
étrangères  de  Paris  ;  vie.  ap.  M'^''  Choulet,  à  Moukden.  1760 
Chrétiens;  23  miss,  eur.,  8  ind.; 

7"  Vie.  ap.  de  ]a  Mandchourie  septeni.;  Missions  étrangères  d 
Paris;  vie.  ap.  M ^'' Pierre-Marie  Lalouyer.  év.   de  Raphaneae. 
Kirin  ;  8983  Chrétiens;  10  miss,  eur.,  3  ind. 


1 


TABLEAU    DKS    MISSIONS    CVTIIOLIQLES    EN    CHINE  ^73 

8**  Vie.  ap.  de  la  Mongolie  Orient.;  Congrégation  du  Cœur  de 
M  a  rie- Immaculée,  Scheul  (Belgique);  vie.  ap.  M'^'' Conrad  Abcls, 
év.  de  Lagania,  à  Song-hiu-Usouei-lseu  ;  9060  Chrétiens  ;  37  miss, 
cur.,  7  ind. 

9°  Vie.  ap.  de  la  }fongoUe  centrale;  Cong.  du  Cœur  de  Marie 
Immaeulée,  Seheut;  vie.  ap.  M*^''  Jérôme  Van  Aertselaer,  cv.  de 
Zarai;  à  Si-wan-lseu;  17840  Chrétiens;  29  miss,  cur.,  i4  indi- 
gènes ; 

lo**  Vie.  ap.de  la  Mongolie  S.-O.;  Cong.  du  Cœur  de  Marie 
Immaculée,  Seheut  ;  vie.  ap.  M^^"*  Bcrmyn,  à  San-tao-ho;  568a 
Chrétiens;  37  miss,  cur.,  1  ind. 


Deuxième  Région. 

11°  I.  Mission  d7/t  ou  Kouldja;  Cong.  du  Cœur  de  Marie 
Immaeulée.  Seheut;  supérieur,  R.  P.  Jean-Baptiste  Steeneman, 
à  Sin-Riang;  1 1 3  Chrétiens  ;  3miss.  cur.; 

13°  3.  Vie.  ap.  du  Kan  sou;  Cong.  du  Cœur  de  Marie  Imma- 
culée, Seheut;  vie.  ap.  M**''  Hubert  Otto,  év.  de  Assuras,  à 
Liang-lcheou  fou;  3oio  Chrétiens;  17  miss.  cur. 

i3**  3.  Vie.  ap.  de  Chen-si  septent.;  Frères  Mineurs;  vie.  ap. 
M*^'"Amalo  Pagnueei.év.  d'Agathonique,  eoadjuteur,  M'^'' Col  tell  i, 
à  Kao-lin-hien  ;   30/400  Chrétiens;  16  miss,  cur.,  33  ind.; 

14**  4.  Vie.  ap.  du  Chen-si  méridional;  Séminaire  de  Saint- 
Pierre  et  de  Saint-Paul  (Uome);  vie.  ap.  M*^'  Pie-Joseph  Passe- 
rini,  év.  d'Achantus,  à  Rou  lou  pa  ;  10  300  Chrétiens;  i5  miss, 
eur.,  4  ind.; 

lo"'  5.  Vie.  ap.  du  Chansi  septent.  ;  Frères  Mineurs  ;  vie.  ap.  "{■ 
M**"  Grégoire  Grassi,  év.  d'Orthosia  ;  coadjutcur,  -J-  M*''"  François 
Fogolla,  év.  de  Bagis;  i3  i5o  (Chrétiens;  9   miss,   cur.,  i5  ind.; 

ifi**  6.  Vie.  a  p.  du  Clian-si  mériil.;  Frères  Mineurs,  vie.  ap. 
M^*^  Jean  Hofman,  év.  de  Tclmissus,  à  Ma-hiang  ;  9680  Chré- 
tiens; 3  1  mis.  cur.,  3  ind.; 

17"  7.  Vie.  ap.  du  Chan-toung  septent.;  Frères  Mineurs;  vie. 
ap.  y  \{^^  Pierre-Paul  De  Marchi,  év.  de  Sura  ;  à  Tsi-nan-fou. 
18  300  Cihrétiens  ;  i3  miss,  eur.,  i5  ind.; 

18"  8.  Vie.  ap.  du  Chan-toung  oriental;  Frères  Mineurs;  vie. 
ap.  M ^''' César  Schang,  év.  de  Vaga  ;  à  Tehe-l'ou  ;  11980  Chré- 
tiens; 13  miss,  eur.,  3  ind.; 

\{f  9.   Vie.  ap.   du    Chan-toung  méridional;    Missions  étran- 


i 


47^  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

gères  de  Slcyl  (Hollande)  ;  vie.  ap.  M»^  Jean-Baplisle  Anzer,  év. 
de  ïélepte;  à  Yen-lcheou-fou,  1 6  190  Chrétiens;  3i  miss,  eur., 
II  ind.; 

Troisième  Région. 

ao**  I .  Vie.  ap.  du  Tche-Kiang  :  Congrégation  de  la  Mission  ; 
vie.  ap.  M^*"  Paul-Marie  Roynaud,  év.  de  Fussolan:  à  Ning-po; 
io5oo  Chrétiens;  i3  miss.  eur..  i3  ind.; 

31^  2.  Vie.  ap.  du  Ilo-nan  méridional;  Séminaire  de^  Missions 
étrangères  de  Milan  ;  vie-  ap.  M*^*"  Siméon  Volonteri,  év.  de  Pa- 
laepolis,  à  Nan-yang-fou ;  io5oo  Chrétiens;  i4  miss,  eur., 
8  ind.; 

33**  3.  Vie.  ap.  du  Ilou-nan  septeni.;  Augustiniens;  vie.  ap. 
M^*"  Louis  Perez  y  Perez,  év.  de  Corycus,  à  Se-men-hien  ;  3i5 
Chrétiens;  6  miss,  eur.,  3  ind.; 

33"  4.  Vie.  ap.  du  llou-nan  mérid.i  Frères  Mineurs;  vie.  ap. 
Y  M'^''"  Antonin  Fantosati,  év.  d'Adraha  ;  h  Heng  tcheou-fou  ; 
5  736  Chrétiens  ;  8  miss,  eur.,  7  ind.; 

34"  5.  Vie.  ap.  du  If ou'pé  oriental;  Frères  Mineurs;  vie.  ap. 
M'-''*  p]piphanio  Carlassare,  év.  de  Madaura;  à  Wou-teirang-fou  ; 
18016  Chrétiens  ;  i4  miss,  eur.,  33  ind.; 

30°  ().  Vie.  ap.  du  Hou  Pé  Occidental.  Septent.  A".  0.;  Frères 
Mineurs;  vie.  ap.  M*^'  Ézéchias  Banci,  év.  d'Halicarnasse;  à  Kia- 
yuen-Kou  ;  11  668  Chrétiens;  10  miss.  eur..  11  ind. 

36"  7.  Vie.  ap.  du  IfoU'pé  Occidental  Méridional  S.  (K;  Frères 
Mineurs  ;  vie.  ap.  M*^*"  Verhaeghen  ;  l-tch*ang  ;  5  390  Chrétiens  ; 
i3  miss,  eur.,  9  ind. 

370  8.  Vie.  ap.  du  Kiang-nan;  Compagnie  de  Jésus;  vie.  ap. 
M****  Paris;  h  Chang-Ilaï  ;  134  i4o  (Chrétiens;  1 15  miss,  eur., 
45  ind. 

•«8"  9.   Vie.  ap.   du     Kiang-si   septent.  ;    Congrégation   de    la 
Mission;  vie.  ap.  M^'^  Gérai  d  Bray,  év.  de  Legio  ;  coadjuteur. 
Nh*"  Louis  Ferrant,  év.  de  Barhalissus  ;  à   Kieou-Kiang;    6070 
j  (^lirétiens  ;  9  miss,  eur.,  3  ind. 

39°  10.  Vie.  ap.  du  Kiang-si  Méridional  ;  Congrégation  de  la 
Mission  ;  >ic.  ap.  M*'"'  \ugustin  Coqset,  év.  de  Cardica,  à  Ki- 
ngan-fou  ;  5  5oo  (Chrétiens  ;  1 1  miss,  eur.,  6  ind. 

3o"  II.  Vie.  ap.  (hi  Kiang-si  Oriental;  Cong.  de  la  Mission; 
vie.  ap.  M*^*"  Casimir  \  ic.  év.  de  Metellopolis  ;  à  Fou-tcheou-fou  ; 
10860  Chrétiens;   10  miss,  eur.,  10  ind. 


tt  I 

ri 


TABLEAU    DES    MISSIONS    CATHOLIQIES    EN    CHINE  ^76 

Quatrième  Région. 

Si"  I.  Vie.  ap.  du  Kouei-icheou  ;  Sém.  des  Missions  Étran- 
gères de  Paris  ;  vie.  ap.  M*^*"  François-Mathurin  Guieiiard,  cv.  de 
Torone  ;  à  Rouci-yang-fou  ;  19318  Chrétiens;  38  miss,  eur., 
8  ind. 

3a"  2.  Vie.  ap.  du  Se'ich'ouen  A'.  0.;  Miss.  Kir.  de  Paris;  vie. 
ap.  W^''  Julien-Marie  Dunand,  év.  de  Caloc  ;  à  Tcheng-lou-fou  ; 
io 000  Chrétiens  ;  35  miss,  eur.,  /Ja  ind. 

33''  3.  Vie.  ap.  du  Se-ich'oaen  Oriental;  Miss.  Élr.  de  Paris; 
vie.  ap.  M^*"  (]élestin-FéIix  Chouvellon,  év.  de  Dansara  ;  à 
Tehoung-King;  3^  i33  Chrétiens;  /i 3  miss,  eur.,  33  ind. 

34"  4.  Vie.  ap.  du  Se-lcliouen  Méridional  ;  Miss.  Etr.  de 
Paris;  vie.  ap.  M^*"  Marc  Chatagnon,  évcVpie  de  Chersoncse,  à 
Sou i  (bu  ;  19000  Chrétiens  ;  35  miss,  eur.,  10  ind. 

35"  5.  Vie.  ap.  du  ïibet;  Miss.  Étr.  de  l^aris;  vie.  ap.  -j- 
M*^^  Félix  Biet,  év.  de  Diana  ;  eoadjuteur,  M«'  Pierre-Philippe 
Giraudeau,  év.  de  Tvnias  ;  à  Ta-tsien-lou  ;  i  565  Chrétiens  ; 
18  miss,  eur.,  i  ind. 

36"  6.  Vie.  ap.  du  Yun-nan:  Miss.  Étr.  de  Paris;  vie.  ap. 
M'*''  Jean-Joseph  Fenouil,  év.  deTencdos  ;  eoadjuteur,  M*^  Joseph- 
Claude  Exeolïier,  év.  de  Metropolis  ;  à  Yun-nan-fou  ;  10  3^0 
Chrétiens;  39  miss,  eur.,  8  ind. 

Cinqn ième  Région . 

37"  I .  Vie.  ap.  de  Emoni-Formose  ;  Dominicains  ;  vie.  ap. 
M^"^  Clémente  ;  Emoui  ;  4780  Chrétiens;   23  miss,  eur.,  3   ind. 

38"  3.  Vie.  ap.  à\\Fon-Kien\  Dominicains;  vie.  ap.  M*^'**  Sau- 
veur Masot,  év.  d'Avara  ;  à  Fou  teheou  ;  4i  320  Chrétiens; 
36  miss,  eur.,  30  ind. 

39"  3.  Vie.  ap.  de  Ïlong-Kong  ;  Miss.  Étr.  de  Milan  ;  vie.  ap. 
M*^'''  Louis  Piazzoli,  év.  de  Clazomène;  à  Hong-Kong;  9000 
Chrétiens;  i3  miss,  eur.,  7  ind. 

4o"  4.  Préfecture  apostolique  du  Kouang-si;  Miss.  Étr.  de 
Paris  ;M^'' La  vest  ;  à  Nan-ning-fou  ;  i  53o  Chrétiens;  17  miss, 
eur. 

4i°  5.  Préf.  apost.  du  Kouang-toung  ;  Miss.  Étr.  de  Paris; 
préf.  ap.  M*^"*  Mérel,  à  Canton  ;  4a  5oo  Chrétiens;  58  miss,  eur., 
13  ind. 


47^  l-ES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

En  tout  720866  chrétiens  répartis  par  régions:  i*"*", 
186  833;  2®,  102822;  3",  207185;  /|*,  124796;  5*^, 
99  i3o  ;  auxquels  on  peut  ajouter  les  21  000  chrétiens  du 
diocèse  de  Macao.  En  tout  4 6  cvéques,  plus  M***  de  Car- 
valho,  évoque  de  Macao,  et  902  nnissionnaires,  plus  4o  de 
Macao;  répartis  par  régions:  i",  207;  2*,  137;  3%  228  ; 
4*,  198;  b^,  187;  et  par  congrégations:  Lazaristes,  83; 
Jésuites,  157;  Séminaire  de  Milan,  36;  Missions  étrangè- 
res de  Paris,  3o6  ;  Missions  belges,  io3  ;  Frères  mineurs, 
1 16  ;  Séminaire  de  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  i5  ;  Congré- 
gation de  Steyl,  3i  ;  Augustinicns,  6  ;  Dominicains,  49- 

Voici  les  maisons  mères  de  ces  congrégations  :  Laza- 
ristes, Paris,  95  rue  de  Sèvres  ;  Jésuites  du  Tché-li,  pro- 
vince de  Champagne,  Ueims,  6,  rue  des  Chapelains;  Jésuites 
du  Kiang-\an,  province  de  France,  35,  rue  de  Sèvres; 
Missions  Etrangères  de  Milan,  Via  San  Calocero;  Missions 
Étrangères  de  Paris,  1 28,  rue  du  Bac  ;  Missions  Belges, 
Scheutveld  (lez  Bruxelles)  ;  Frères  mineurs,  Bome,  Collegio 
Francescano  prcsso  il  I^alerano  ;  Séminaire  de  Saint-Pierre 
et  de  Saint-Paul,  fondé  en  187^4,  Place  Mastaï,  au  Transté- 
vère,  par  Pie  I\,  procure  à  Borne,  74,  Via  S.  Nicola  di 
Tolentino  ;  Congrégation  de  Steyl  (Steyl,  Hollande),  pro- 
cure à  Bome,  ^j,  Via  Tormillina  ;  Vugustiniens,  province 
des  lies  Philippines,  procure  à  Borne,  20,  Via  Sistina  ; 
Dominicains  espagnols,  procure  générale  à  Bome,  10,  Via 
di  S.  Sebastianello. 


ZI-KA-VVEI 

Les  Jésuites  possèdent  au  village  do  Siu  '  Kia  woi,  Zi-Ka- 
woi,  dans  lo  dialecte  local,  à  8  kilomètres  au  S.-O.  de 
Chang-Flaï,  un  grand  établissement  qui  sert  de  résidence 

I.  D*après  le  célèbre  ministre  Siu  Kouang-ki,  ami  de  Matteo  Ricci. 


ZI-KA-WEI  ^77 

centrale  pour  toute  la  Mission  et  comprend:  i**  le  scolas- 
ticat  de  la  Compagnie;  2®  le  grand  séminaire;  3*  un 
collège  (études  chinoises  pour  tous,  françaises  pour  67 
et  latines  pour  quelques-uns),  i5i  élèves;  3®  un  observa- 
toire magnétique  et  météorologique  qui  est  la  gloire  des 
étrangers  dans  l'Extrême-Orient,  où  nous  trouvons  les  PP. 
bien  connus  des  spécialistes,  Marc  Dechevrens,  Stan.  Cheva- 
lier, Froc;  un  observatoire  dans  les  collines  de  Zo-sè;  un 
musée  d'histoire  naturelle,  fondé  et  dirigé  par  le  P.  Pierre 
Ileude,  mort  cette  année  ;  à  Zi-Ka-wei  on  publie  deux  fois 
par  semaine  un  journal  chinois,  Ifouei  Pao,  qui  a  2  000 
abonnés,  et  tous  les  mois  un  Messager  du  Sacré-Cœur  en 
chinois,  Cheng  Sin  Pao,  qui  a  3  021  abonnés. 

A  l'établissement  de  Zi-Ka-wei  est  joint  l'orphelinat  de 
Tou-sè-wé  à  un  demi-kilomètre,  destiné  à  former  de  pau- 
vres enfants  en  bons  ouvriers  capables  de  gagner  leur 
vie.  Voici  quel  était  le  personnel  de  cet  établissement  au 
28  avril  1901  *  : 

École  :  3  maîtres,  62  écoliers  ;  Imprimerie,  l\3  ouvriers, 
17  apprentis;  l'imprimerie  publie  des  livres  chinois  de  religion 
et  des  livres  européens  de  science  et  de  sinologie  ;  c'est  d'elle  que 
sont  sortis  le  grand  Cursus  lilteralurœ  sinicœ,  du  P.  A.  Zottoli, 
la  collection  des  Variétés  sinolog'ujues,  etc.  ;  beaucoup  de  livres 
sont  donnés  ;  on  en  vend  et  le  catalogue  des  prix  est  donné  à 
quiconque  le  désire.  A  IIong-Kong,  les  Missions  Etrangères  de 
Paris,  et  à  l¥-King,  les  Lazaristes,  ont  des  établissements  simi- 
laires qui  rendent  de  grands  services.  Les  graveurs  et  les  dessi- 
nateurs dépendent  de  rhiiprinierie  ;  sculpteurs,  i3  ouvriers  et 
II  apprentis;  \ernissage,  i5  ouvriers  et  i4  apprentis;  scieurs, 
3  ouvriers  et  a  apprentis;  tourneurs,  3  ouvriers  et  i  apprenti; 
plomberie,  3  ouvriers  et  3  apprentis  ;  peinture,  20  ouvriers  et 
i5  apprentis;  celle  peinture  religieuse  se  vend  aux  Chrétiens  et 
aux  MissioiHiaires  ;  elle  a  aussi  son  catalogue  imprimé  ;  menui- 
serie,  35  ouvriers  et  59  apprentis  ;  la  menuiserie  (et  ses  dépen- 

I .  Renseigneiuenls  particuliers. 


4^8  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

dances  :  sculpture,  vernissage,  scieurs,  tourneurs)  :  faille  mobilier 
(autels,  chandeliers,  etc..  etc.) des  églises,  et  vend  très  rarement 
aux  étrangers  ;  maçonnerie,  i  ouvrier,  5  apprentis  ;  les  plom- 
biers et  les  maçons  travaillent  pour  les  établissements  des  mis- 
sionnaires ;  cordonnerie,  7  ouvriers  :  elle  vend  ses  souliers  h  j>eu 
près  exclusivement  aux  missionnaires  ;  tailleurs,  2  ouvriers, 
10  apprentis;  ils  ne  travaillent  que  pour  la  maison;  gravure, 
'^  ouvriers.  4  apprentis  ;  dessin,  2  ouvriers.  1 1  apprentis  ;  domes- 
tiques, l\i.  Total  du  personnel,  407. 

Ajoutons  qu'il  n'y  a  jamais  eu  de  magasins  d'étoffes  ou  autres 
objets  ;  les  ouvriers  sont  sans  doute  satisfaits  de  leur  paie,  car  ils 
sont  libres  de  quitter  l'établissement  et  de  s'établir  pour  leur 
compte  ailleurs,  à  Chang-llaï  par  exemple,  et  ils  ne  le  font  pas. 


QIESTION    DES    RITES 


, 


ti!. 


Il  faut  bien  reconnaître  (|ue  le  rbiffrc  de  720  86G  Chré- 
tiens pour  toute  la  Chine  est  médiocre  ;  il  fut  plus  élevé  au 
xMi"  siècle;  si  l'on  recherche  les  causes  de  cet  insucws  des 
missionnain^s  catholiques  dans  TMinpire  du  Milieu,  on  trou 
vera  (|ue  la  (Jueslion  des  liilcs  a  été  la  pierre  d'achoppenioiil 
sur  la(|uelle  est  verme  se  heurter  TKglise  romaine,  grAce  an\ 
intrigues  cpii  se  sont  nouées  autour  des  Souverains  Pontifes 
ignorants  des  choses  de  (ihine  et  ne  les  entrevoyant  que  juir 
les  veux  de  ctmseillers  souvent  de  mauvaise  foi. 

I.e  P.  Matteo  Ilicci,  fondateur  de  la  Mission  de  Pé-king, 
avec  Ihahileté  essentiellement  pratique  de  la  Compagnie  de 
Jésus  à  laquelle  il  appartenait,  iivail  immédiatement  C(mipris 
que,  dans  un  [)ays  où  la  religion  ofticielle  n'est  qu'un  code 
moral,  hase  même  du  gouvernement  et  de  la  société,  il  fallait 
sa>oir  concilier  les  exigences  du  christianisme  avec  le  culte 
rendu  à  Confucius  et  aux  ancêtres.  Aussi  vovons  nous  ses 
successeurs,  qui  ne  parUigeaient  pas  tons  en  théorie  sa 
manière  de  voir,  témoin  le  père  Nicolas  I^ongobardi,  suivre 
néanmoins  sa  tradition,  arriver  à  gagner  la  bonne  grAce  des 
empereurs   cl,  comme  les  pères  \dani  Schall   von  Bell  et 


QUESTION    DES    RITES  4 79 

Ferdinaïul  Verbiest,  à  occuper  les  hautes  fondions  de  Pré- 
sident du  Tribunal  des  Mathématiques.  Pendant  longtemps 
la  France  fait  maifj^re  figure  dans  les  missions  de  Pé-King; 
nous  y  voyons  force  Italiens  et  Portugais,  des  Suisses,  beau- 
coup de  Belges  ;  un  Français  cependant,  le  P.  Jacques  Le 
Favrc,  occupe  de  i654  à  1057  le  poste  très  considérable  de 
Vice-Provincial.  Si  la  France  ne  jouait  qu'un  rôle  secon- 
daire a  cette  époque  dans  Thistoire  des  missions,  le  mouve- 
ment inauguré  par  les  jésuites  ne  tardait  pas  à  être  suivi  par 
les  autres  congrégations. 

En  i63i,  deux  dominicains,  Angelo  Coqui  et  Thomas 
Serra,  arrivèrent  dans  la  province  du  Fou-Kien  ;  deux  ans 
plus  lard,  ils  furent  suivis  par  deux  Espagnols  :  l'un  domi- 
nicain, Jean-Baptiste  de  Moralez  ;  Tautre  franciscain,  Antoine 
de  Sainte-Marie.  Une  propagande  trop  active  et  sans  doute 
un  grand  manque  de  tact  amenèrent  l'expulsion  des  domi- 
nicains et  des  franciscains  en  1G37.  On  sait  la  jalousie,  pour 
ne  pas  dire  la  haine,  qui  existe  entre  les  différents  ordres 
religieux  ;  les  succès  des  jésuites  n'étaient  pas  faits  pour 
satisfaire  leurs  concurrents,  qui,  avec  l'étroitesse  d'esprit 
caractéristique  du  clergé  espagnol,  les  accusèrent  immédiate- 
ment d'idolAtrie,  prétendant  que  la  tolérance  avec  laquelle 
ils  regardaient  le  culte  rendu  à  Confucius  et  aux  ancêtres 
était  en  désaccord  avec  les  doctrines  chrétiennes  ;  Moralez, 
s\)ccupanl  de  choses  qui  certainement  ne  le  regardaient  pas, 
adressa  (i()3())  à  ce  sujet  au  Père  Emmanuel  Diaz  (senior), 
Visiteur  des  jésuites,  un  mémoire  en  douze  articles  auquel  ce 
dernier,  avec  juste  raison,  ne  se  donna  pas  hi  peine  de  répondre. 
Moralez,  furieux,  partit  pour  Rome,  où  il  arriva  en  i643,  et 
après  des  pourparlers,  il  obtint,  le  12  septembre  i6/j5,  un 
décret  d'Innocent  \  condamnant  les  jésuites. 

Moralez,  triomphant,  s'empresse  de  retourner  en  Chine  et 
notifie  ce  décret  à  ses  adversaires  (  i  G.^p);  ceux-ci  naturellement 
ne  se  tiennent  pas  pour  battus  :  ce  qu'un  pape  a  fait,  un  autre 


!'•; 


;  .1 
■  I 


480  LFS    MISSIONS    CATHOLIQUES 

le  pont  défaire.  Ils  font  choix  pour  les  représenter  à  la  cour 
de  Rome  d'un  Italien  du  Trcntin,  d'un  esprit  extrômement 
délié,  Martin  Martini,  qui,  après  un  voyage  dilTicile,  la  tem- 
pête Tayanl  poussé  jusque  sur  les  côtes  de  Norvège,  dut 
traverser  la  Hollande  et  l'Allemagne  pour  arriver  en  It^ilie. 
Martini  réussit  d'ailleurs  pleinement  dans  sa  mission,  car  il 
■"i  obtint,  le  23  mars  i656,  un  décret  contradictoire  dWlexan- 

V^  dre  VII.  Nouveau  mémoire  de  Morale/  à  la  Sacrée  Congre- 

gation   (1661);  nouveau  décret,  obtenu  par  le  P.  Jean  de 
Palanco    contre   les  jésuites  par   Clément    IX,   20   novem- 
Uf^  bre  1669. 

Quelques  années  auparavant,  en   iC65,  une  persécution 

générale  avait  éclaté  cxjntre  les  missionnaires,  qui  avaient  ét<^ 

',ij  obligés  de  se  réfugier  dans  la  province  de  Canton  chez  les 

.{1  jésuites;  malgré  la  mort  de  Moralez  (i()64),  la  lutte  conti- 

;  :;!  nua  et  les  écrits  (1676)  de  son  successeur  Navarrete,   préfet 

fV  de    l'ordre    de    Saint-Dominique    en    Cliine,     n'entament 

'  'f-  cependant  pas  la  position  des  jésuites,  qui  sont  fortifiés  le 

18  août   168G  par  le    Traité  d'un  dominicain.  Chinois  de 
jf  '  naissance,  par  conséquent  très  au  courant  de  la  question,  le 

y-  p.  Grégoire  Lopez,  évéquc  de  Hasilée,  qui  adresse  son  mé- 

*»;.  moire  en  faveur  des  jésuites  à  la  Sacrée  Congrégation. 

|:  Tel  était  l'état  des  missions  en  Chine  lorsque  Louis  XIV 

'f  prit  la  décision,  à  l'instigation  du  père  de  la  Chaise,  dési- 

l\  reu\  de    contre  balancer  Tinnuenco  du    nouveau  séminaire 

{■i  des   missions  étrangères,   d'envoyer  six  jésuites   français   k 

'^  Pé-King. 

En  1G60,  un  carme  du  couvent  de  la  rue  de  Vaugirard,  h 
Paris,  Jean  Duval,  de  (]lamecy,  en  religion  Doni  liernard 
de  Sainte  Thérèse,  nommé  évèque  à  la  suite  de  la  création 
du  siège  de  «  Babylone  ou  Bagdad  »  par  la  bulle  SujMrr 
Unirersfis  LVlvhix'xn  VIII  (/j  juin  iG3S),  avait  fondé  dans  les 
terrains  lui  a[)partenant  rue  du  Bac  un  séminaire  —  où  il 
mourut  le  1 1  juillet  16O9  —  destiné  à  former  les  jeunes  prê- 


QUESTION    DES    RITES  48  ï 

1res  qui  devaient  aller  prêcher  la  parole  du  Christ  dans  les 
pays  lointains.  Presque  à  la  même  époque,  sous  la  vive 
impulsion  de  Louis  XIV  et  de  son  ministre  Colbert,  la 
Compagnie  des  Indes  orientales  était  constituée  en  i664  et, 
ainsi  qu^il  est  dit  dans  les  documents  préparatoires  au  décret 
royal  arrêtant  les  bases  de  cette  société,  les  intérêts  religieux 
devront  marcher  parallèlement  aux  intérêts  commerciaux, 
et  les  uns  et  les  autres  seront  l'objet  de  la  sollicitude  du  gou- 
vernement. 

On  fit  donc  choix  de  trois  prêtres  pour  aller  fonder  en 
Chine,  en  Cochinchine,  au  Tong-King  et  à  Siam  des  mis- 
sions françaises  :  ce  furent  François  Fallu,  chanoine  de 
Saint-Martin  de  Tours,  évêque  d'Héliopolis;  de  la  Motte- 
Lambert,  ancien  conseiller  à  la  cour  des  aides  en  Normandie, 
puis  directeur  du  Grand-Hôpital  à  Rouen, évêque  de  Beryte, 
et  Ignace  Cotolendy,  curé  à  Aix  en  Provence,  évêque  de 
Metellopolis  ;  ce  dernier,  qui  était  vicaire  apostolique  de  la 
Chine  occidentale,  n'arriva  pas  au  champ  de  ses  travaux,  car 
il  mourut  le  i6  août  1662,  près  de  Masulipatam. 

Les  lettres  écrites  des  missions  et  les  relations  de  cette 
époque  nous  racontent  d'année  en  année  les  voyages  des 
évêques  français,  et  nous  laissent  déjà  entrevoir  la  concur- 
rence et  même  l'opposition  qu'ils  éprouvent  de  la  part  des 
autres  ordres  rehgieux  déjà  établis  dans  les  pays  qu'ils  visi- 
tent ;  la  lutte,  d'ailleurs,  allait  devenir  extrêmement  vive  : 
en  ï685,  Louis  XIV,  comme  nous  l'avons  dit,  fit  choix  de 
six  jésuites  français  distingués  par  leur  science,  et  particuliè- 
ment  par  leur  connaissance  des  mathématiques,  qui  devaient 
partir  avec  l'ambassade  envoyée  à  Siam,  sous  la  conduite 
du  Chevalier  de  Chaumont,  et  de  là  continuer  leur  route  en 
Chine. 

Ces  six  missionnaires,  qui  furent  nommés  avant  leur  départ 
correspondants  de  TAcadémie  des  sciences,  étaient  les  pères 
Joachim  Bouvet,  Louis  Le  Comte,  Jean  de  Fontaney,  Jean- 

CORDIER.  III.  —  3i 


I 

^82  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

François  Gerbillon,  Claude  de  Visdelou  et  Guy  Tachai 
ce  dernier  resta  à  Siam  et  prit  une  part  extrêmement  act 
dans  les  négocialions  avec  le  célèbre  ministre  Constai 
Phaulkon  ;  les  cinq  autres  missionnaires  arrivèrent  à  Pé-Ki 
en  1687  et  furent  donc  les  fondateurs  de  cette  célèbre  m 
sion  française  dont  le  premier  supérieur  fut  le  P.  de  Fon 
ney  et  le  dernier  le  P.  François  Bourgeois. 
Hj  Les  jésuites  français  et  les  prêtres  des  Missions  étrange 

allaient  bientôt  se  jeter  avec  ardeur  dans  les  controver 
commencées  par  Moralez,  relatives  au  culte  rendu  à  Con 
M  cius  et  aux  ancêtres,  qui  forment  ce  chapitre  si  intéressé 

rJi  et  si  important  dans  Thistoire  ecclésiastique  sous  le  nom 

gl  Question  des  rites.  En  1682,  l'ouvrage  public  h  Paris  sous 

!'[  même  titre  que  Fouvrage  bien  connu  de  M.  Paul  Bert  : 

1/  Morale  pratique  des  Jésuites ,   mit  le   feu  aux  poudres; 

.:î  P.  Le  Tellicr  répondit,  et  son  ouvrage  fut  censuré  à  llorr 

=■;  Les  Missions  étrangères  prennent  position  dans  la  questit 

^\  de  la  manière  la   plus  hostile  contre  les  jésuit^^s,    par 

[■'!  mandement  dénonçant  les  rites  chinois,  lancé  le  26  mars  iG 

il\  par  Charles  Maigrot,  évêque  de  Conon,  leur  vicaire  apos 

|i;  lique  au  Fou-Kien  ;  puis,  suivant  Texemple  jadis  donné  j 

*jj  les  dominicains,  elles  envoient  un  de  leurs  prêtres,  Louis 

\\  Quemener,  à  Rome,  qui  obtient  un    bref  d'Innocent  XII 

]  i5  janvier  1697.  Quemener  est  bientôt    remplacé  à  Uoi 

^  par  Nicolas  Charmot.  Deux  ouvrages  du  P.  Le  Comte,  re 

tré  en  France  et   devenu   le    confesseur  de  la  duchesse 
jî  Bourgogne  :   Nouveawv  mémoires  sur  la  Chine  et  Lettre 

AP''  le  duc  du  Maine  sur  les  cérémonies  de  la  Chine,  amènt: 
une  conflagration  générale  ;  là  dessus,  réunion  de  doctei 
en  Sorbonne  à  Paris  (il  faut  lire  cela  dans  Saint-Simon) 
réunion  à  Kome  de  cardinaux. 

Les  presses  de  Cologne,  de  i\iris,  de  Rome,  de  Louvai 
ie  ^  enisc  ne  suflisent  pas  à  imprimer  les  traités,  pamphle 
décrets,  censures,  arrêtés,  éclaircissements,  histoires,  réponsi 


QUESTION    DKS    RITES  ^483 

lettres,  mémoires  qui  débordent  des  encriers  des  jésuites, 
des  membres  des  missions  étrangères,  des  dominicains  et 
des  prêtres  du  clergé  séculier  ;  c^est  par  centaines  qu'il  faut 
compter  ces  productions,  dont  le  ton  de  quelques-unes  atteint 
à  une  violence  connue  seulement  dans  les  controverses  ecclé- 
siastiques ;  cependant  les  jésuites  sont  battus,  ils  sont  censu- 
rés par  la  Sorbonne,  et  le  Saint-OfTice  publie,  le  20  novembre 
1704,  un  décret  prohibant  les  cérémonies.  Ce  décret  est 
approuvé  par  Clément  XI,  qui  charge  un  légat  a  latere  de 
le  promulguer  en  Chine.  Les  jésuites  luttent  néanmoins  ;  ils 
ont  en  leur  faveur  une  carte  qu'ils  se  gardent  de  négliger  ;  à 
des  théologiens  savants,  mais  peu  pratiques,  ils  opposent 
des  arguments  de  lettrés  confucianistes  ;  aux  discours  latins 
ils  opposent  des  textes  chinois,  et  à  l'opinion  du  pape  ils 
répondent  par  l'avis  de  l'empereur  de  la  Chine,  et  l'empereur 
de  la  Chine  est  le  premier  lettré  de  son  royaume,  auteur  du 
fameux  dictionnaire  K'ang-Hi  Tseu-tien,  dont  on  se  sert 
encore  aujourd'hui  dans  son  pays,  qu'on  peut  comparer  à 
Louis  XIV,  tant  par  la  durée  de  son  règne  que  par  l'éclat  de 
ses  conquêtes  et  la  protection  qu'il  sut  accorder  à  la  science 
et  à  l'intelligence:  le  célèbre  K'ang-Ili.  Le  légat  de  Clément  X 
était  Charles-Thomas  Maillard  de  Tournon,  patriarche  d'An- 
tioche,  homme  profondément  vertueux,  mais  profondément 
inintelligent;  savant  théologien,  sans  doute,  mais  politique 
plus  que  médiocre  ;  il  fut  reçu  en  audience  particulière  par 
Tempereur,  puis  en  audience  solennelle  le  29  juin  1705. 

L'évêque  de  Conon,  Maigrot,  l'avait  suivi  dans  la  capi- 
tale :  il  faut  lire  avec  quelle  ironie  l'empereur  parle  à  ce 
dernier,  qui  avait  vécu  dans  le  Fou-Kien  et  n'avait  qu'une 
fort  médiocre  connaissance  de  la  langue  parlée  à  Pé-King  ; 
il  faut  lire  dans  les  documents  tant  imprimés  que  manus- 
crits avec  quelle  verve  ses  adversaires,  habitués  au  dialecte 
de  la  cour,  le  tournèrent  en  ridicule  dans  les  discussions  qui 
eurent  lieu  ;  le  légat,  qui  n'avait  jamais  pris  contact  avec  les 


,1 


I 


iSi  LES    MISSIONS    CATHOLIQUES 

Asiatiques  de  rexlrême  Orient,  se  distingua  par  son  peu 
subtilité  et  par  son  ardeur  évangélique  ;  il  courut  gn 
risque  d'être  traité  comme  le  dernier  des  coolies,  mai 
eut  la  chance  d'avoir  affaire  à  un  prince  éclairé.  Ce 
néanmoins  un  désastre  ;  par  un  décret  du  1 7  décembre  1 7* 
K'ang-Hi  bannissait  l'évêque  de  Gonon  ;  quant  au  légat 
quittait  Pé-King  et  se  réfugiait  à  Canton,  où,  jeté  en  | 
son,  il  mourait  le  8  juin  17 10. 

La  pourpre  cardinalice,  qui  venait  de  lui  être  confé 
par  le  pape,  arrivait  un  peu  tard  pour  panser  les  blessu 
d'un  amour-propre  froissé  et  adoucir  l'amertume  d'une  dij 
matie  mal  habile.  Ce  voyage  du  cardinal  de  Tournon  pcj 
un  coup  terrible  aux  missions  de  Chine,  qui  ne  s'en  n 
virent  jamais  ;  l'empereur  avait  senti  combien  peu  sûr  él 
le  terrain  de  conciliation  que  lui  avaient  préparé  les  prôt 
étrangers  :  désormais  la  doctrine  chrétienne  n'exista  p 
pour  lui,  le  missionnaire  fut  expulsé,  et  la  science  seule 
son  représentant,  soit  comme  mathématicien,  soit  com 
mécanicien,  soit  comme  astronome,  eut  de  l'influence  à 
cour  impériale.  C'est  en  vain  que  Rome  chercha  à  répa 
les  fautes  commises  ;  cinq  ans  plus  tard,  un  nouveau  lé| 
fut  envoyé  à  Pé-King;  ce  fut  encore  un  patriarche,  ce 
d'Alexandrie,  il  s'appelait  Mezzabarba  ;  plus  intelligent  c 
son  prédécesseur,  il  aurait  pu  réussir,  mais  l'empereur  él 
vieux  et  il  avait  assez  de  discussions  théologiques. 

Cette  fameuse  question  des  rites  fut  enfin  réglée  d't 
façon  définitive  le  1 1  juillet  17^2,  par  la  bulle  de  Benoit  X 
Ex  quo  siiKjulari  providenlia  factiim  est  ;  en  pratique,  il 
résultait  ceci  :  que  tous  les  missionnaires  qui  allaient 
Chine,  à  quelque  congrégation  qu'ils  appartinssent,  devais 
prêter  le  serment  de  regarder  comme  idolâtrique  tout  hoi 
mage  rendu  a  Confucius  et  aux  ancêtres,  et  de  n'emploj 
qu'un  seul  terme,  celui  de  T'ien-TchoUy  pour  désigner  Vh 
suprême.  Les  jésuites  étaient  défaits  ;  mais  le  triomphe 


QUESTION    DES    RITES  ^85 

leurs  adversaires  était  sinon  la  ruine,  du  moins  l'arrêt 
complet  des  progrès  du  christianisme  en  Chine.  Benoît  XIV, 
pontife  d'une  intelligence  remarquable,  théologien  éminent, 
avait  peut-être  raison  au  point  de  vue  du  dogme;  mais, 
comme  il  n'avait  qu'une  connaissance  théorique  du  Céleste- 
Empire,  il  avait  commis,  et  l'événement  l'a  prouvé  depuis, 
il  avait  commis  une  faute  qui  ne  saurait  être  réparée  qu'en 
annulant  sa  bulle,  ce  qui  est  facile  pour  l'un  de  ses  succes- 
seurs, témoin  les  décrets  contradictoires  d'Innocent  X, 
d'Alexandre  VII,  de  Clément  IX,  d'Innocent  XII,  de  Clé- 
ment XI,  de  Clément  XII  et  de  Benoît  XIV. 

En  réalité,  le  culte  rendu  à  Confucius  et  aux  Ancêtres  n'est 
pas  plus  idolâtrique  que  celui  que  nous  rendons  aux  Saints  et 
aux  Morts  auxquels  nous  consacrons  même  un  jour  spécial  de 
Tannée.  Au  fond,  je  ne  crois  pas  le  Saint-Siège  aussi  hostile 
à  la  suppression  de  la  bulle  de  Benoît  XIV,  qu'il  le  fut  jadis, 
lorsque  les  passions  étaient  déchaînées.  Vers  la  fin  de  1894, 
au  moment  de  la  guerre  sino-japonaise,  le  nonce  apostolique 
à  Vienne  entretint  notre  ambassadeur,  M.  Lozé,  sur  la  pos- 
sibilité d'obtenir,  de  la  cour  de  Pé-King,  à  la  faveur  des 
circonstances  présentes,  la  proclamation  du  principe  de  la 
liberté  de  conscience  et  la  reconnaissance  du  droit  des  chré- 
tiens indigènes  d'exercer  toutes  les  fonctions  publiques  sans 
exception.  Notre  ambassadeur  aurait  pu  répondre  que  le 
Saint-Siège  avec  sa  bulle  impolitique  avait  lui-même  barré  la 
route  des  hauts  emplois  aux  chrétiens  indigènes,  auxquels  il 
était  interdit  de  rendre  les  honneurs  officiels  à  Confucius,  et 
qui,  par  suite,  ne  pouvaient  aspirer  à  des  places  où  ces  der- 
niers sont  obligatoires. 

Cependant  une  grande  modification  avait  lieu  dans  Torga- 
nisation  des  missions  ;  la  France  s'était  trouvée  dans  une 
position  assez  fausse  dans  le  règlement  de  la  question  des 
rites  ;  le  séminaire  des  Missions  étrangères  était  une  création 
essentiellement  française,    quelques-uns  des  prélats  qui  lui 


^80  I.KS    MISSIONS    CATHOLIQUES 

a\ aient  appartenu  étaient  remarquables  non  sculennent 
■^^|(  leur  intelligence  et  leur  science,  je  ne  parle  pas  de  Maigi 

Y  mais  encore  par  leur  situation  sociale,  par  exemple  Artus 

-I  Lyonne,    évèque  de   Rosalie,    vicaire    apostolique  du    ! 

Tchouan  et  fds  de  Hugues  de  l^yonnc,  Tilluslrc  secrol« 
d'Etat  au  déparlejnent  des  alTaires  étrangères.  Les  jésu 
envoyés  par  Louis  \IV,  qui  a>aienl  établi  la  mission  fr 
çaise,  se  rattacliaient  également  à  nous  |)ar  des  liens  r 
moins  forts  ;  aussi,  lorsque  le  règlement  fut  définiliveni 
établi  par  Benoît  \1V,  le  gouvernement  du  roi  Louis  ' 
ne  donna  peut-être  pas  une  importance  assez  grande  .' 
conséquences  d'une  bulle  qui  de\ait  arrêter  pour  un  ton 
indéterminé  les  progrès  du  cbristianisme  et  par  conséqu 
le  développement  de  rinfluence  européenne  en  Cbine,  ni 
qui  n'avait  pas  lésé  directement  les  intérêts  fran(;ais.  Le 
,  de  Portugal,  qui,  à  la  fin  du   \vu*  siècle  et  au  commen 

mont  du  .wiii*^,  avait  doimé  son  avis  ou  essayé  d'agir  dans 


î 

-■H 


"^'^  (pieslion    des   rites,  en  >ertu  du  proleclorat   ibéorique  qi 

exerçait  par  suite  de  la  fameuse  répartition  faite  par  le  Sai 


•1 


^"  j  Père    au    wi"    siècle,  entre    l'Kspagne  et    le    Portugal,    i 

i^'l  terres  découvertes  ou  à  découvrir,  s'était  éclipsé  devant 

'^A  soleil  du  roi  de  France.  Les  conseillers  de  lAniis  \VI,  < 


^  avaient  un  sens  1res  grand  de  la  politique  étrangère,  n'eun 


7H 


Pi 


garde  de  perdre   de  vue  les   intérêts   que  les   ministres 


i  ;  Louis  W  avaient  négligé  de  défendre. 

i  fi  Les  j)rêtres  des  Missions  élrangères,   occupés   exclusi 

,^i  ment  de  leurs  travaux  apostoliques,  correspondaient  direc 

)  I  ment  avec  leurs  cbefs  h  Paris,  qu'ils  n'entretenaient  que 

leurs  j)rogrès  et  de   leurs   besoins  ;   tout   autre  était   le    r 
'  des  jésuites  à  Pé-King.  Sans  oublier  leurs  devoirs  de  missic 

naires,  ils  savaient  que  leurs  succès  ne  dépendaient  ] 
absolument  de  Téloquence  de  leurs  j)rédicateurs  ou  du  z 
de  leurs  ])rêtres,  mais  qu'a\ec  un  peu  d'entregent  et  bei 
coup   i\v    science,    ils   arriveraient    plus  vite  au    but    dés 


QLESTION    DES    RITES  ^8" 

qu'avec  une  foi  maladroite  ou  un  zèle  intempestif.  Aussi 
avaient-ils  soin  de  laisser  dans  les  provinces  les  agents 
d'ordre  inférieur  et  de  garder  dans  la  capitale  les  sujets  qui, 
par  leur  intelligence  ou  par  leurs  aptitudes  spéciales,  pou- 
vaient les  servir  utilement  auprès  de  la  cour  impériale.  Ils 
conservaient  en  même  temps  des  relations  très  suivies  avec 
Paris,  et  Bertin,  ministre,  secrétaire  d'Elat  sous  Louis  XVI, 
fui  cerlaincment  leur  principal  correspondant.  11  ne  faut  pas 
se  figurer  que  ces  rapports  avec  la  mère-patrie  n'avaient 
pour  objet  que  la  poursuite  platonique  de  la  science  ;  il  y  est 
constamment  question  de  la  France  et  de  son  roi.  La  sup- 
pression de  la  Compagnie  de  Jésus  porta  un  coup  mortel  à 
la  mission  de  Pé-King  et  aussi,  il  faut  le  reconnaître,  à  Tin- 
fluence  française  dans  la  capitale  de  la  Chine. 

H  faut  parcourir  la  correspondance  inédite  du  père  Amiot, 
pour  se  rendre  compte  de  ce  désastre.  Lisez  plutôt  ce  pas- 
sage d'une  lettre  du  père  Amiot,  écrivant  de  Pé-King  au 
ministre  résidant  h  l\iris,  et  Ton  verra  facilement  que  ce 
n'était  pas  au  profit  de  la  France  que  le  changement  s'opé- 
rait, au  i5  septembre  1776  : 

«  L'année  dernière,  un  carme  allemand,  nommé  le  P.  Jo- 
sepli  de  Sainte-Thérèse,  missionnaire  de  la  Propagande  depuis 
environ  une  trentaine  d'années  et  faisant  actuellement  sa 
résidence  à  Pé-King,  se  transportai  dans  notre  maison  pour 
nous  intimer,  par  ordre  de  M*^""  Tévequc  de  Nan-King,  le  bref 
de  destruction  de  notre  Saint-Père  le  Pape...  » 

Les  derniers  jésuites  de  Pé-King  moururent  au  commen- 
cement de  ce  siècle,  leurs  églises  furent  fermées  et  leur 
bibliothèque  fut  dispersée,  (cependant  les  prêtres  des  Mis- 
sions étrangères  de  la  rue  du  Bac  et  les  Lazaristes  de  la  rue 
de  Sèvres  continuèrent  les  travaux  de  leur  apostolat,  et  le 
commencement  du  siècle  fut  marqué  par  de  sanglantes  héca- 
tombes. Les  jésuites  ne  rentrèrent  en  Chine  qu'en  iSfii 
avec  le  P.  Claude  Gottcland.  On  leur  rendit  une  portion  de 


■!'■   I! 


I  ! 
Il 


.1      1 


488  I-KS    MISSIONS    CATHOLIQUES 

leurs  anciennes  missions,  mais  Pé-King  resla  aux  Lazarist* 
Et  ceci  est  fort  regrettable,  car  il  serait  nécessaire  d'av( 
dans  la  capitale  de  l'Empire  des  missionnaires  savants.  C'< 
grâce  à  rinsuflisance  scientifique  du  clergé  lazariste  que  ne 
avons  dû,  il  y  a  quelques  années,  renoncer  à  la  crcali 
d'une  université  à  Pé-King. 

Jadis,  différentes  congrégations  exploitaient  en    comm 
les  mêmes  provinces  ou  les  mêmes  villes,  et  Ton  voyait  au 
I  bien,  à  Fou-Tchéou  par  exemple,  des  églises  de  dominicair 

de  jésuites  ou  de  prêtres  des  Missions  étrangères.  La  rival 
des  différents  ordres,  la  concurrence  qu^ils  se  faisaient  enl 
eux  au  détriment  de  rinlérét  général  de  la  propagande 
changé  cet  état  de  choses  et  a  fait  diviser  la  Chine  en  vi( 
riats  apostoliques,  administrés  chacun  exclusivement  par  u 
congrégation,  comme  nous  l'avons  marqué  plus  haut. 

On  serait  tenté  de  croire,   avec  une   répartition    si    bi 
faite  du   terrain   évangélique,  une  division  si   complète  1 
travail  apostolique,  une  variété  aussi  grande  dans  le  clu 
des  ouvriers,  que  les  progrès  du  christianisme  devraient  él 
extrêmement  rapides  et  le  nombre  de  ses  adhérents  immens 
nous  le  constatons  avec  tristesse,  il  n'en  est  rien  c^pendar 
c<îux  qui  parlent  des  millions  de  chrétiens  de  la  Chine 
savent  ce  qu'ils  disent  ;  dans  un  empire  dont  la  populati 
est  évaluée  quelquefois  jusqu'à  quatre  cent  millions  d'hal 
tants  et  jamais  au-dessous  de  trois  cents  millions,  nous  avo 
vu  que  le  nombre  de  chrétiens  ne  s'élève  pas  à  huit  c^ 
mille  (800  000).   Nous  avons   indiqué  plus   haut  ime   c 
causes  de  cet  insuccès  :  la  bulle  impolitique  de  Benoît  \I 
en  ne  faisant  aucune  concession  à   la  coutume  chinoise 
rendre    des  hommages  au  célèbre  philosophe  Confiicius 
aux  mânes  des  ancêtres  défunts,   empêche  le  recrulemf 
parmi  les  lettrés,  qui   sont  obligés,  à  certaines  époques 
Tannée,  d'accomplir  les  rites  d'usage  envers  leurs  paren 
envers  leur  grand  moraliste  et  envers  leur  empereur.  Fils  < 


•  QUESTION    DES    RITES  ^Sq 

Ciel.  Il  est  donc  urgent  d'annuler  la  bulle  de  Benoît  XIV  ; 
c'est  ce  que  comprendra  sans  peine  un  diplomate  aussi  fin 
que  l'est  Léon  XIII.  Une  question  très  importante  pour  la 
réussite  de  la  propagande  chrétienne  en  Chine  est  le  recru- 
tement des  jeunes  missionnaires,  et  nous  devons  avouer  que 
le  mode  actuellement  employé  pour  former  le  personnel  des 
missions  est  insuffisant,  mauvais  même.  Nous  parlons  ici 
moins  des  jésuites,  qui  font  subira  leurs  novices  et  à  leurs 
scolastiques  de  longues  années  de  stage,  que  pour  les  Mis- 
sions étrangères  et  pour  les  Lazaristes,  qui  envoient  dans 
leurs  vicariats  des  jeunes  gens  qui  sortent  directement  de 
leur  séminaire,  que  souvent  ils  ont  traversé  en  quittant 
la  charrue  ;  ces  nouveaux  apôtres  n'ont  donc  aucune  expé- 
rience du  monde,  ils  n'en  connaissent  pas  les  dangers  et 
souvent  eux-mêmes,  lorsqu'ils  se  trouvent  libres,  n'y  savent 
pas  échapper  ;  et  ce  sont  ces  pasteurs  inexpérimentés  que 
l'on  envoie  dans  les  provinces  lointaines  prendre  la  direction 
de  troupeaux  de  fidèles,  quand  eux-mêmes  auraient  parfois 
besoin  d'un  guide  sage.  Le  plus  grand  nombre,  nous  sommes 
trop  heureux  de  le  reconnaître,  échappent  aux  tentations  ou 
à  un  enthousiasme  qui  leur  fait  rechercher  dans  des  mesures 
inconsidérées  la  palme  du  martyre,  plus  difficile  qu'on  ne  le 
croit  à  obtenir  en  Chine.  Les  mêmes  hommes  ne  peuvent 
être  envoyés  indificremment  chez  les  Noirs  d'Afrique  ou  chez 
les  Chinois  civilisés.  Une  préparation  spéciale  devrait  être 
donnée  à  chaque  missionnaire  en  vue  de  son  futur  champ 
d'action. 

Un  autre  danger  de  l'éducation  actuelle  des  apprentis  mis- 
sionnaires, c'est  de  leur  donner  en  général  une  instruction 
par  trop  exclusivement  religieuse  et  de  ne  pas  leur  faire 
assez  comprendre  que  la  science  peut  être  parfois  du  secours 
le  plus  grand  à  la  prédication  de  la  parole  de  l'Evangile  ;  en 
un  mot,  il  nous  faudrait  beaucoup  plus  de  savants  comme  il  y 
en  avait  au  siècle  dernier  à  la  cour  dePé-King,  qu'une  foule 


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VjO  LES    MISSIONS    CVTIIOLIQIES  • 

de  jeunes  curés  de  campagne  mal  dégrossis,  qui  font  trop  sou- 
vent mauvaise  figure  h  coté  des  lettrés  gouverneurs  de  pro- 
vinces ou  de  villes,  avec  lesquels  ils  se  trouvent  en  conl<ict. 

Nous  savons  qu'en  ce  moment  une  légère  réaction  se  pn»- 
duit  dans  ce  sens,  mais  elle  est  tout  à  fait  insulTisanlc  et  il 
est  très  urgent  qu'en  dehors  de  leurs  éludes  religieuses  pro- 
prement dites  une  partie  tout  au  moins  du  jeune  personnel 
des  missions  suive  les  cours  de  la  Faculté  de  médecine,  de  la 
Faculté  des  sciences  et  du  Muséum  d'histoire  naturelle,  et, 
chose  qui  paraîtra  curieuse,  qu'ils  étudient  Thistoire  ecclé- 
siastique en  ce  qui  concerne  hnit  au  moins  la  partie  qui 
traite  des  missions,  dont  ils  sont  en  général  |)rofondément 
ignorants.  La  vertu  est  une  bonne  chose,  mais  l'éducalioii 
Test  également,  surtout  lorsqu'elle  est  aidée  par  un  peu  iFin- 
telligence  naturelle.  Ine  autre  raison  de  Tinsuccès  des  mis- 
sions est  la  remarquable  indifférence  des  Chinois  en  matière 
religieuse  ;  ils  admettent  facilement  (pie  le  christianisme  a 
du  bon,  beaucoup  de  bon  même,  mais  Confucius  leiu*  suffit 
'"f  amplement;  quant  à  leur  besoin  de  superstitions,  qui  existe 

chez  eux  comme  chez  toutes  les  nations  du  globe,  même  les 
plus  civilisées,    les   superstitions   du   taoïsme  et   du  fouriff' 
choui  }  répondent  complètement.  La  persécution  contre  les 
j  chrétiens  et  contre  les  missionnaires  en  (ihine  ne  revêt  pour 

jr'  ainsi  dire  jamais  un  caractère  religieux,  elle  est  politique  ou 

sociale;  et  là  où  il  n'y  a  |)as  de  conflit  de  doctrine,  ]>ar 
ct)nséquent  pas  de  discussion,  il  n'y  a  pas  de  |>rosélytisme. 
Aussi  les  missionnaires  ne  font-ils  (pie  peu  de  recrues  sé- 
rieuses chez  les  adidles  ;  parmi  ces  derniers,  ceux  (pii  ein- 
iij|  brassent  le   christianisme  sont    en   général  des  coquins  qui 

I  E|  espèrent  écha|)|)er  aux  l(»is  de  leur  |)ays  en  se  mettant  sou> 

la  i)rot(»clion  des  missionnaires  étrangers  ;  le  noyau  même 
(\v^  chrétiens  se  compose  de  vieilles  familles  converties  dans 
les  premières  années  des  missions,  mais  le  recrutement 
sérieux  ne  s\.>père  plus  guère  que  par  r('ducalion  des  enfants. 


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^  .  r.  .         / 


QUESTION     DKS    RITES  ^9  ï 


SAOTE-ENFANCE 

Ceci  m'amène  h  parler  de  rinfanticide  en  Chine  et  de  la 
Sainte-Enfance. 

Des  esprits  prévenus  par  des  rapports  inexacts  ou  qui 
n'avaient  pas  compris  la  question,  voire  de  mauvaise  foi,  ont 
vivement  et  à  tort  critiqué  cette  institution,  qui  rend  les  plus 
«^^rands  services  à  la  cause  de  Thunianitc  et  de  la  civilisation. 
L'infanticide  existe  en  Chine,  et  les  décrets  nombreux  des 
^gouverneurs  de  provinces  afin  de  le  réprimer  en  sont  la  meil- 
leure preuve  ;  mais,  avec  juste  raison,  on  n'accorde  plus  la 
moindre  créance  à  la  légende  des  enfants  exposés  aux  pour- 
ceaux. Que,  |)ar  suite  de  circonstances  exceptionnelles,  pen- 
dant une  famine  ou  durant  une  guerre,  des  enfants  aient  été 
dévorés  par  des  pourceaux  ou  par  les  chiens  qui  errent 
malheiu-eusement  très  fréquemment  dans  les  rues,  c'est 
chose  possible  et  même  très  vraisemblable,  mais  d'un  fait  ou 
même  de  faits  isolés  on  ne  peut  tirer  de  conclusion  géné- 
rale. Il  est,  au  contraire,  connu  que  peu  de  peuples  poussent 
aussi  loin  Tamour  de  leurs  enfants  que  les  Chinois,  et  chez 
eux  le  respect  filial  est  déveloi)pé  à  un  tel  point  qu'il  conduit 
au  culte  rendu  aux  ancêtres.  Il  y  a  une  coutume  qui  peut 
a\oir  donné  une  apparence  de  vérité  à  l'histoire  des  enfants 
exposés  aux  animaux  :  on  trouve  aux  environs  d'un  grand 
nombre  de  villes,  par  exemple  sur  le  chemin  qui  conduit  de 
la  route  française  de  Siu  Kia-vveïa  la  porte  Sud  de  Chang-Haï, 
(les  tours  soit  circulaires,  soit  octogonales,  hautes  d'environ 
trois  mètres,  construites  de  pierres  ou  de  briques,  dans  les- 
(|uelles  on  jette  les  cadavres  des  enfants  mort-nés.  Il  existiiit 
jadis  dans  les  cagnards  de  l'Hotel-Dieu,  à  Paris,  un  puits  dit 
de  Saint-Landry,  qui  servait  au  même  usage.  Qu'il  se  gHsse 
parfois  au  milieu  de  ces  cadavres  un  pau\re  petit  malheureux 
encore  vivant,  c'est  probable  ;  mais,  si  Finfanticide  est  ré- 


i 


!..■■■ 
1  ■ 

1 


492  LES    MISSIONS    CATHOLIQUE» 

pancUi  en  Chine  comme  chez  les  nations  les  phis  civilisées, 
nous  ne  croyons  pas  être  loin  de  la  vérité  en  disant  qu'il 
n'est  pas  plus  fréquent  qu'en  France.  Mais  ce  sou  que  l'on 
souscrit  pour  le  rachat  des  petits  Chinois?  Il  n'est  pas  perdu 
et  remplit  son  office.  Allez  chez  les  Lazaristes  à  Ting-haï, 
dans  les  îles  Chousan,  qui  est  le  chef-lieu  de  la  Sainte- 
Enfance,  chez  les  Dames  auxiliatrices  des  âmes  du  purgatoire 
à  Siu  Kia-weï,  ou  hien  encore  chez  les  sœurs  italiennes  à  Han- 
K'eou,  et  vous  y  trouverez  la  réponse;  vous  y  verrez  une 
multitude  d'enfants  rachitiques,  estropiés,  difformes;  nous 
avons  vu  une  salle  entière  de  petits  aveugles  —  dont  les  pa- 
rents étaient  trop  heureux  de  se  déharrasser.  Les  familles 
pauvres  cèdent  quelquefois  aussi  les  enfants,  généralement 
les  filles,  que  leurs  minimes  ressources  ne  leur  permettent 
pas  d'élever.  Le  missionnaire  suit  la  trace  de  saint  Vincent 
de  Paul,  et  il  sauve  le  corps  en  attendant  qu'il  puisse  sauver 
ri\me.  C'est  donc  à  l'éducation  des  enfants  et  à  remplir  les 
devoirs  de  son  ministère  auprès  des  vieilles  familles  chré- 
tiennes, et  fort  peu  à  la  tâche  stérile  de  prêcher  à  des  indiflfé- 
renls,  que  se  passe  la  vie  du  prêtre  en  Chine. 


PROTECTORAT   DE   LA    FRANCE 


►' 


Kl 


J'ai  parlé  assez  sou>ent,  au  cours  de  cet  ouvrage,  du  pro- 
tectorat des  Missions.  L'exemple  de  TAllemagne  à  Kiao- 
tcheou  est  là  [K)ur  répondre  à  ceux  qui  le  prétendent  inutile 
et  môme  nuisible;  si  en  protégeant  les  missions,  l'Empereur 
allemand  a  moins  en  vue  la  religion,  que  des  intérêts  autre- 
ment vulgaires,  il  y  a  longtemps  que  la  France,  fille  aînée 
de  l'Eglise,  voit  dans  la  charge  glorieuse  qu'elle  assume  à 
l'égard  des  successeurs  des  Apôtres,  moins  un  honneur  qui 
lui  est  échu  par  un  héritage  séculaire,  qu'un  élément  fécond 
d'une  |)olitique  de  résultats  pratiques.  Le  gouvernement 
français  ne  poursuit  pas  un  but  de  propagande  religieuse  ;  il 


<■! 


QCESTION    DES    RITES  ^93 

se  propose  d'utiliser  à  son  profil  les  relations  créées  et  les 
progrès  accomplis  par  les  missionnaires.  La  possession  de 
pays  nouveaux  peut  dépendre  à  un  moment  donné  de  la 
nationalité  des  missionnaires  qui  les  explorent.  C'est  parce 
qu'elles  s'aperçoivent  des  avantages  de  ce  moyen  d'action 
que  les  puissances  étrangères  disputent  à  la  France  le  protec- 
torat dont  celle-ci  était  fière  à  juste  titre.  La  Rassegna  du 
20  nov.  i885  disait  que  les  missionnaires  devaient  être 
exempts  du  service  militaire,  car  les  missions  d'Orient  étaient 
obligées  de  se  recruter  dans  les  établissements  d'Allemagne 
et  d'Autriche  et,  dans  vingt  ans,  les  missions  ne  seraient  plus 
italiennes.  Tous  nos  ministres  des  Affaires  étrangères  ont 
suivi  la  même  politique.  M.  Flourens  télégraphiait  le 
i4  mars  1887  à  M.  Constans  : 

«  Les  ministres  d'autres  nations  ont  essayé  de  délivrer  des 
passeports  à  leurs  nationaux  ;  ces  passeports  n'ont  donné 
aucune  garantie  à  ceux  qui  les  portaient  et  qui  ont  été  obligés 
de  recourir  finalement  à  nous.  Ce  monopole  d'un  genre 
particulier  est  un  élément  de  notre  influence  en  Chine,  et 
un  moyen  d'informations  précieux.  Je  n'ai  pas  l'intention  de 
le  sacrifier.  » 

Les  Chinois  envisageaient  notre  protectorat  sur  les  mis- 
sions avec  moins  de  défiance  avant  notre  occupation  de  l'An- 
nam,  et  si,  en  i885,  la  cause  accidentelle  de  la  mise  en  ques- 
tion de  notre  privilège  fut  la  lettre  écrite  par  le  Saint-Père 
à  FEmpereur  de  Chine,  cei>endant  la  cause  réelle  était  le  désir 
de  la  Chine  de  se  débarrasser  de  l'influence  française  en  exci- 
tant la  jalousie  des  autres  puissances. 

Le  coup  le  plus  sérieux,  qui  ait  été  porté  à  notre  protectorat 
des  missions  depuis  les  revendications  de  l'Allemagne,  1890- 
1891,  a  été  la  loi  sur  les  associations.  Il  ne  faut  pas  oublier 
en  effet  que,  parmi  les  missionuaires  essentiellement  fran- 
çais que  nous  avons  en  Chine,  à  côté  des  Missions  étrangères 
de  Paris  et  des  Lazaristes,  congrégations  autorisées,  se  trou- 


1 


.'194  l'ES    MISSIONS    C\T1Ï()I.IQI  ES 

vftiîl  au  nombre  de  lôy,  les  Jésuites  non  aulorisés  dos  pro- 
vinces de  France  et  de  (ihani pagne  :  personne  ne  niera  que 
la  mission  de  Chang-llaï  est  le  plus  beau  joyau  des  catho- 
liques en  (Uiine  :  elle  appartient  à  ces  jésuites.  I^e  jour  où  le 
recrutement  leur  sera  fermé  en  France,  ils  seront  forcés  de 
S'adresser  h  leur  Ciénéral  :  si  celui-ci  remet  les  intérêts  des 
missions  de  sa  Compagnie  à  une  province  se  trou\ant  dans 
un  pays  revendiquant  le  droit  de  protéger  ses  nationaux,  ce 
jour-là,  notre  protectorat  aura  cessé  de  s'exercer  dans  la 
plus  belle  partie  de  THinpire  (Ihinois.  Si  les  jésuites  doivent 
beaucoup  à  nos  légations  et  à  nos  consuls,  ils  ne  doivent  pas 
l  à  la  France  leur  établissement  de  Zi-Ka-weï  qui  leur  appar- 

J  tenait  dés  la   première  moilié  du  wii''  siècle,  avant  que   le 

,  j  roi  Louis  \IV    if ait   étendu   sa  protection  sur  les  missions 

*'  catholiques.  II  y  a  là,  pour  notre  influence  dans  rKxtrème 

Orient,  un  danger  futur  et  réel,  que  je  me  permets  de  signa- 
i    [1  1er  à  ceux  qui  n'ont  pas  calculé  les  résidtats  à  l'élranger  de 

la  loi  sur  les  associations. 
7|  On  a  cru  qu'un  moyen  facile  d'enlever  ce  protectorat  des 

^^■ïj  missions  à  la  France  serait  de  faire  d<>iuander   par  les  mis- 

Ij'i:  sionnaires  des  passeports  à  leurs  consuls  respectifs,  au  lieu 

3^|;  de   s'adresser  directement  aux  agents  français:    c'était  une 

idé^  émise  par  le  correspondant  parisien  du  Times,  qui  nous 

lirait  n'avoir  que  des  idées  fort  vagues  sur  Tétat  des  mis- 

j'  sions  en  Chine:  les  Missions  ctran^féres  de  l^aris  et  les  Laza- 

■  "j:  .  .  . 

ristes,  ordres  essentiellement  français,  ont  à  eux  seuls  la 
moilié  des  chrétiens  de  la  Chine  entière  ;  ce  ne  sont  pas  eux, 
n'est  ce  pas,  qui  auraient  recours  à  des  agents  étrangers  pour 
obtenir  leurs  passeports?  Les  jésuites,  dont  tous  les  chefs  en 
Chine  sont  Français  et  don!  le  recrutement  se  fait  en  majeure 
|)arlie  chez  nous,  qui  ont  le  procureur  de  leurs  missions  à 
l*aris,  dirigent  un  autre  quart  des  chrétiens  ;  le  dernier  (piart 
revient  aux  Missions  étrangères  de  Milan  et  de  Belgique,  peu 
nombreuses  d'ailleurs,  aux  domiiiicains  espagnols,  ^exclusi- 


^.4 


n 


( 


QUESTION    DES    RITES  ^9^) 

vcmcnt  cantonnés  dans  le  Fou-kien,  et  aux  franciscains  ita- 
liens, qui  sont  ceux  qui  adressent  le  plus  de  réclamations  à 
notre  légation  à  PéKing.  Ainsi  donc,  un  quart  au  plus  de  la 
population  chrétienne  en  Chine  pourrait  s'adresser  à  des 
puissances  étrangères  à  la  France  pour  une  protection  qui, 
lorsqu'elle  a  été  réclamée,  ne  leur  a  jamais  fait  défaut  ;  il 
est  d'ailleurs  peu  probable  que,  malgré  leur  dévouement  au 
Saint-Siège,  les  étrangers  préR»rent  à  la  protection  effec- 
tive d'une  puissance  temporelle  les  réclamations  platoniques 
d'un  légat  du  pape.  Il  y  aurait,  pour  changer  les  passeports, 
h  lutter  aussi  contre  une  coutume  depuis  longtemps  établie 
dans  les  ])rovinces  de  Cihine,  et  Von  sait  combien  il  est  diffi- 
cile de  changer  les  usages  de  ce  pays  :  les  passeports  français 
seuls  sont  connus,  et  nous  pouvons  parler  d'autant  plus 
savamment  de  leur  utilité  qu'im  essai  malheureux  pour  les 
changer  a  été  fait  il  y  a  quelques  années  par  des  augustins 
qui  voulaient  s'établir  dans  le  Ilou-Nan.  Ils  s'étaient  pourvus 
de  passeports  italiens  ou  espagnols,  que  les  autorités  de  la 
province  déclarèrent  ne  pas  connaître,  et  ils  furent  obligés 
de  revenir  à  Han-K'eou  demander  au  consulat  de  France  les 
papiers  dont  ils  avaient  cm  pou>oir  se  passer  si  facilement*. 

I.   Voir  11,  p.  139. 


f,  : 

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CHAPITRE  XXVI 
PRODROMES.  -  LA  RÉVOLUTION 


11 

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COMPLICITE    DE    LA    COUR 

On  ne  saurait  douter  de  la  connivence  de  la  Cour  avec  les 
Boxeurs,  en  lisant  ces  lignes  du  correspondant  indigène  de 
Pé-King  du  North-China  Herald,  insc^rées  dans  le  numéro  du 
i6  mai  1900  de  ce  journal  : 

«  Laissant  de  côté  ce  sujet  quelque  peu  déplaisant,  j'en  viens 
à  un  autre  qui  devrait  ôtre  sérieusement  pris  en  considération 
par  les  lecteurs  étrangers  de  votre  journal,  car  c'est  une  question 
qui  les  concerne  tous  et  peut  arriver  à  chaque  instant.  C'est  une 
inimitié  avouée  des  conservateurs  contre  tous  les  étrangers, 
excepté,  peut-être,  les  Russes.  J'écris  en  toute  sincérité  et  sérieu- 
scMnent  pour  vous  informer  qu'il  y  a  un  grand  plan  secret,  ayant 
pour  but  d'écraser  tous  les  étrangers  en  Chine  et  leur  arracher 
de  force  tous  les  territoires  qui  leur  ont  été  loués  à  bail.  Les 
chefs  principaux  de  ce  mouvement  sont  l'impératrice-douairière, 
le  prince  K'ing,  le  prince  Touan  (le  père  de  l'héritier  présomp- 
tif). Rang  Yi,  Tchao  Chou-k'iao  et  Li  Ping-hèng.  Les  forces  qui 
seront  employées  pour  arriver  à  cette  lin  sont  toutes  mandchoues, 
par  exemple  :  la  Force  de  la  Plaine  de  Pé-King  (5o  000  hom- 
mes) sous  le  prince  K'ing  ;  le  corps  Hou-Gheng  ou  les  «  Tigres 
glorifiés  »  (10000  hommes)  sous  le  prince  Touan  :  et  les  divers 
corps  des  Bannières  des  gardes  impériales  (13  000  hommes)  sous 
Kang-Yi  et  autres.  Ces  7a  000  hommes  doivent  former  le  nœud 
de  r  «  Armée  des  Vengeurs  »,  tandis  que  les  Boxeurs  sont 
comptés  conmie  auxiliaires  dans  cettc^  grande  lutte  qui  est  plus 
imminente  que  les  étrangers  à  Pé-King  ou  ailleurs  ne  peuvent  se 
l'imaginer.  Tous  les  Chinois  des  classes  élevées  savent  cela,    et 


COMPLICITÉ    DE    LA    COUR  '  ^97 

ceux  qui  comptent  des  ctran||^rs  parmi  leurs  amis  les  ont  préve- 
nus, mais,  à  ma  connaissance,  on  s'est  moqué  d'eux  plutôt 
que  de  les  remercier  de  leur  anxiété  au  sujet  de  leurs  amis 
d'Occident.  » 

Ce  mémo  correspondant  ajoute  : 

«  Je  donnerai  maintenant  seulement  deux  exemples  pour 
montrer  la  grande  faveur  dont  jouissent  les  Boxeurs  aux  yeux 
des  pouvoirs  qui  sont  à  i'é-King.  En  premier  un  censeur  nommé 
\Vang,  natif  du  Tclié-Li,  fut  reçu  dernièrement  en  audience 
par  l'impéralrice-douairière;  arrivée  au  sujet  des  Boxeurs,  celle-ci 
dit  au  censeur  :  «  Vous  êtes  originaire  de  cette  province  et 
«  devez  ainsi  savoir.  Que  pensez-vous  des  Boxeurs  du  Tché-Li  ? 
«  Croyez-vous  réellement  que,  lorsc|ue  le  moment  d'action  sera 
«  arrivé,  ils  se  joindront  réellement  aux  troupes  pour  combattre 
«  les  diables  étrangers?  »  —  Je  suis  certain  de  cela,  Votre  Ma- 
jesté. De  plus,  les  principes  appris  aux  membres  de  cette 
société  sont  «  proléger  jusqu'à  la  mort  la  Dynastie  céleste  (Tien 
Tcliao)  et  mort  aux  Diables  (^Kouei-heu).  »  Pour  la  part  de 
votre  serviteur,  je  crois  si  profondément  à  la  destinée  de  cette 
société  d'écraser  les  «  diables  »  que  jeunes  et  vieux  de  la  famille 
de  voire  serviteur  pratiquent  maintenant  les  incantations  des 
Boxeurs,  chacun  de  nous  s'étant  joint  à  celle  société  pour  «  pro- 
téger la  dynastie  céleste  et  jeter  «  les  diables  »  à  la  mer.  Si  j'avais 
le  pouvoir  qu'on  m'a  donné,  je  conduirais  volontiers  les  Boxeurs 
dans  l'avant-garde  de  l'armée  vengeresse  quand  le  temps  serait 
Aenu  et  avant  ce  temps,  je  ferais  tout  ce  que  je  pourrais  pour 
les  aider  à  s'organiser  et  à  s'armer.  » 

<c  L'inq>ératrice-douairiere  approuva  de  la  tète  et,  après  avoir 
ruminé  dans  son  esprit,  s'écria  :  a  Oui  !  c'est  une  grande  société. 
Mais  je  suis  effrayée  que,  n'ayant  justement  pas  maintenant 
d'hommes  expérimentés  à  leur  tôle,  ces  Boxeurs  agiront  préci- 
pitamment et  mettront  le  gouvernement  dans  l'embarras  avec 
ces  Yang  kouei-tseu  avant  que  tout  soit  prêt.  »  Alors,  après  une 
courte  pause  :  «  C'est  cela.  Ces  Boxeurs  doivent  avoir  quelques 
hommes  responsables  au  Ïché-Li  et  au  Chan-Toung  pour  guider 
leur  conduite.  »  Et  l'audience  prit  fin.  Le  matin  suivant  un 
décret    parut',    nommant   ce  censeur,    Wang,   gouverneur   de 

I .  Wang  Pei-yeou  a  été  en  effet  promu  au  poste  de  gouverneur  de 
CoRDiER.  III.  —  3a 


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^98  PRODHOMES.    LA    RÉVOLUTION 

P6-King.  G'cst-à-dirc  un  fonctionnaire  de  sixième  grade  fut,  ] 
un  Irait  de  plume,  6\e\é  h  un  poste  métropolitain  de  quatriè 
grade,  —  un  sous-préfet  à  la  charge  d'un  juge  provincial  !  Wé 
aura  par  là  l'occasion  qu'il  souhaite,  principalement  d'or 
niscr,  d'aviser  et  d'armer  ses  amis  les  Boxeurs. 

«  Le  second  exemple  que  je  donne  est  pour  montrer  s< 
quel  jour  sont  considérés  les  étrangers  en  ce  moment  ;  depuis 
massacre  de  Tien-tsin  en  1870,  tous  les  fonctionnaires —  exce 
les  plus  fervents  parmi  les  conservateurs  —  avaient  prose 
le  terme  «  Yang  kouei-tseu  »  (diable  étranger)  ;  des  hommes  mèi 
reçurent  des  coups  de  bambou  lorsque  les  fonctionnaires 
entendaient.  Eh  bien,  non  seulement  nous  voyons  que  ce  ten 
est  le  cri  de  guerre  des  Boxeurs,  mais  qu'il  a  même  reçu  u 
sanction  olïicielle  des  lèvres  de  l'impératrice-douairière  el 
môme. 

«  Quant  à  Jong-Lou,  il  est  resté  tranquille  très  longtemps 
l'on  croit  qu'il  a  décidé  de  rester  près  de  l'empereur  si  qnelq 
chose  arrivait  par  suite  des  machinations  des  princes  K'ing 
Touan.  Kang  Yi  et  Tchao  Chou  k'iao  à  Pé-King  et  Li  Ping-hé 
dans  les  provinces.  De  plus,  il  est  du  fond  du  cœur  un  ami  c 
Anglais.  Gela  je  le  sais.  Il  n'y  a  pas  longtemps,  à  une  session  ( 
grand  conseil,  lors^jue  la  question  des  demandes  de  l'Italie  et 
la  France  de  territoires  dans  le  Sud  fut  discutée,  Jong-Lou  se 
donna  le  conseil  au  gouvernement  de  se  mettre  sous  la  proU 
tion  de  la  Grande-Bretagne,  démontrant  que  les  Ëlats-Unis 
le  Jajx)n  aideraient  la  Grande-Bretagne  si  la  Russie  el  la  Fraii 
menaçaient  de  représailles.  Mais  il  fut  dominé  par  le  priri 
K'ing,  le  prince  ïouan,  Kang  Yi  et  Tchao  Chou-k'iao.  «  d 
dit  Kang  Yi,  nous  avons  des  comptes  à  régler  avec  la  Granc 
Bretagne  pour  le  pillage  du  palais  de  Youen-ming-Youen,  a\ 
le  Japon  pour  la  prise  de  Formose,  et  avec  les  États-Unis  q 
traitent  les  Chinois  qui  y  vont  et  aux  Philippines,  pas  mieux  q 
des  chiens.  Contre  la  Russie,  nous  n'avons  rien.  D'autant  qu 
si  la  France  aide  la  Russie,  quoique  nous  ayons  de  profond 
haines  contre  la  France,  nous  ne  serions  que  par  cela  met 
plus  forts.  Je  décide  de  rester  dans  la  plus  intime  amitié  avec 
Russie,  car  avec  elle  pour  nous,  nous  pouvons  défier  le  niond 


Pé-King  à  la  place  do  Ho  iNai-ying   (Gazette  de    Pé-King,   i3  mi 
1900). 


COMPLICITÉ    DE    LA    COUR  499 

Sciilemenl,  avec  la  Russie  pour  nous,  la  Grande-Bretagne  se 
tiendra  courbée  à  l'écart  ».  Ces  sentiments  ayant  été  unanime- 
ment approuvés  par  le  reste  du  conseil,  y  compris  Timpératrice- 
douairière  qui  approuvait  de  la  tète  vigoureusement,  Jong-Lou 
devint  silencieux  et  ne  dit  plus  rien.  » 

D'ailleurs  les  houei,  sociétés,  étant  illégale,  la  /  Ho  k'iuen 
houeiy  sur  le  conseil  de  Timpéra triée,  pour  ne  pas  être  con- 
fondue avec  la  Ta  Tao  lloueij  la  société  du  Grand  Couteau, 
se  transforme  en  /  Ho  K^iuen  Touan  (volontaires  ou  mi- 
lice). 

On  aura  une  idée  de  la  haine  inspirée  par  les  étrangers 
par  ce  fait  rapporté  par  un  correspondant  du  Norlh-China 
Herald  (20  juin  1900)  qu'un  décret  promulgué  à  Pé-King 
annonçait  qu'aux  prochains  examens  littéraires,  les  auteurs 
des  essais  devaient  s'abstenir  de  se  servir  de  certains  carac- 
tères. Parmi  les  caractères  proscrits  se  trouvaient  ceux  qui 
étaient  employés  comme  équivalents  chinois  de  l'Angleterre, 
la  Russie,  la  France,  l'Italie,  l'Amérique  et  le  Japon.  Au- 
cun essai  renfermant  l'un  de  ces  caractères  ne  serait  reçu. 

H  est  certain  que  l'impératrice  eut  un  moment  d'hésita- 
tion avant  de  pousser  plus  loin  sa  vengeance.  Les  nouvelles 
de  la  province  et  de  l'étranger  étaient  mauvaises  ;  les  pro- 
testations contre  les  mauvais  traitements  dont  l'empereur 
était  l'objet  affluaient  à  la  cour.  Le  préfet  King  Lien-chan, 
directeur  des  Télégraphes  impériaux  chinois,  envoyait  le  26 
janvier  1900  le  télégramme  suivant  signé  de  lui  et  de  1281 
résidents  indigènes  de  Chang-Haï  : 

a  Quand  nous  avons  reçu  Tédit  du  24  Courant,  dans  lequel 
l'Empereur  propose  d'abdiquer  à  cause  de  maladie,  nous  fûmes 
stupéfaits,  et  les  mandarins,  la  noblesse  et  les  négociants  de 
toutes  provinces  résidant  à  Chang-Haï  devinrent  pleins  d*aniiété 
et  discutèrent  la  chose  partout  dans  les  rues.  Cependant,  nous 
vous  télégraphions  pour  vous  prier  d'être  loyaux  et  fidèles 
et  en  faveur  de  la  nation  d'implorer  l'Empereur  de  ne  pas 
songer  à  abdiquer,  quoi  qu'il  puisse  être  malade,  de  façon  que 


5oO  PRODROMES.    LA    RÉVOLUTION 

rimpéralrice  Douairière  dans  son  àgc  avancé,  n'ait  pas  le  fardeau 
supplémentaire  de  gouverner  un  Empire  désolé,  et  qu'ainsi  les 
esprits  de  nos  ancêtres  puissent  être  en  repos  et  le  peuple  vivre 
en  paix.  » 

12"  Lune  26*^  jour. 

King  Lien-chan  fut  obligé  de  fuir  à  Macao  pour  échapper 
aux  conséquences  de  son  acte  de  courage.  Li  Houng-tchang, 
alors  gouverneur  général  de  Canton,  réclama  des  autorités 
portugaises  de  Macao  son  extradition  sous  prétexte  de  dé- 
tournement au  préjudice  de  Tadministration  des  télégraphes 
chinois  de  Chang-IIaï.  King  fut  arrêté  le  25  février  1900. 

Le  l\  mars  1900,  80000  Chinois  de  Bangkok  adressaient 
à  leur  tour  une  protestation  au  trône. 

Dans  la  visite  du  vieux  Lieou  Kouen-I,  gouverneur  géné- 
ral des  deux  kiang  à  Pé-King,  celui-ci,  à  l'audience  (avril 
1900)  de  rimpératrice-douairière,  lui  fit  entrevoir  la  possi- 
bilité d'un  soulèvement  du  Sud. 

Cependant,  les  étrangers  sont  avertis  du  danger  qui  les 
menace  ;  ils  se  contentent  de  hausser  les  épaules.  Les  mis- 
sionnaires plus  expérimentés  voyaient  venir  le  danger  ;  un 
père  jésuite  du  Tché-li  me  faisait  part  de  ses  craintes  dès 
le  mois  de  décembre.  Au  mois  de  mai  1899,  le  voyageur 
français  Bonin  écrivait  du  pays  des  Ordos,  dans  la  boucle 
du  Fleuve  Jaune,  à  la  légation  de  Pé-King,  que  le  roi  de 
Djoungar,  allié  à  la  famille  mandchoue,  l'avait  prévenu  de 
la  destruction  pour  Tannée  prochaine  des  missions  catho- 
liques. 

Nouvelle  Cassandrc,  le  correspondant  de  Tien-Tsin  du 
Ilony-Kong  Tclegraph  écrivait  le  i5  mai  : 

«  L'impéralricc-douairière  cl  tous  ses  favoris  (les  Boxeurs)  les 
appuient  ouvertement,  car  ils  croient  que  leur  aide  leur  sera  d'un 
grand  secours  quand  le  mouvement  commencera.   Ils  attendent 

I.  Livre  jaune,  p.  4- 


DÉMARCHES    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  5oi 

seulement  que  le  plan  soit  mûr,  ou  quelque  «  jour  heureux  » 
pour  commencer  les  opérations.  Aucune  note  n*a  été  prise  de 
tout  ceci  par  les  Légations»  et  le  prophète  de  malheur  est 
tourné  en  ridicule,  mais  la  force  de  la  Grande-Bretagne  est 
entièrement  dédaignée  à  Pé-King,  et  Ton  suppose  les  Anglais 
trop  lourdement  occupés  dans  le  sud  de  l'Afrique  pour  compter 
d'une  façon  sérieuse.  » 

Les  mauvais  présages  ne  manqueront  pas  non  plus.  Au 
mois  de  mars,  deux  parhélies  avaient  paru  dans  le  Ilou-Pé 
et  les  sages  n'avaient  eu  garde  de  dire,  faisant  allusion  à  Pé- 
Kmg,  que  le  «  Ciel  n'a  pas  deux  soleils  ». 


DEMARCHES    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE 

Le  27  janvier  1900,  le  développement  pris  par  les  sociétés 
secrètes  paraissant  menacer  sérieusement  les  missions  reli- 
gieuses et  aussi  tous  les  étrangers,  les  ministres  de  France, 
d'Angleterre,  d'Allemagne,  d'Italie  et  des  États-Unis,  adres- 
sèrent au  Tsoung-li  Yamen  une  note  identique,  demandant 
qu'un  décret  impérial  fût  publié,  prononçant  la  suppression 
des  deux  sociétés  secrètes  anti  étrangères,  I-flo  k'iuên  et  Ta- 
Tao  houci,  qui  causaient  des  troubles  dans  le  Chan-toung 
et  dans  le  Tché-li.  Cette  note  étant  restée  sans  réponse,  les 
ministres  étrangers  adressèrent  une  nouvelle  note  aux  mem- 
bres du  Yamen,  auxquels  ils  firent  une  visite  personnelle  le 
2  mars.  Le  9,  le  Yamen  refusait  d'admettre  les  demandes 
des  étrangers  et  nolamment  l'insertion  de  la  prohibition  des 
sociétés  dans  la  Gazette  de  Pé-Kin(j.  A  la  suite  de  télégram- 
mes identiques  adressés  par  les  ministres  étrangers  à  leurs 
gouvernements,  le  9  mars,  pour  leur  demander  de  faire  une 
démonstration  navale  sur  la  côte  Nord  de  Chine,  dans  le  cas 
où  satisfaction  ne  serait  pas  accordée,  l'Angleterre  considéra 
le  projet  de  démonstrations  prématuré,  quoique  la  situation 
parût  pleine  de  périls.  Néanmoins,  les  missions  américaines 


5o2  PRODROMES.    L\    RÉVOLUTION 

protestantes  de  Chine  manifestaient  des  craintes  pour  leur 
sécurité  ;  le  25  mars,  des  ordres  étaient  donnés  par  Tami- 
rauté  anglaise,  pour  que  les  navires  de  guerre  Hermione  et 
Brisk  se  rendissent  à  Takou.  Le  gouvernement  américain 
donnait  à  Tamiral  Watson,  commandant  la  station  navale 
d'Extrême-Orient,  également  Tordre  d'envoyer  un  navire  à 
Ta-Kou. 

Mais  le  20  avril,  M.  Piclion  écrivait  à  M.  Delcassé  : 

«  Le  Tsoung-H  Yamen  finit  par  s'émouvoir.  II  fit  insérer  dans 
la  Gazelle  de  Pé-King  un  rapport  du  Vice-Roi  de  Tien-tsin,  conte- 
nant le  texte  du  décret  dont  nous  avions  réclamé  la  publicité,  et  lit 
procéder  à  des  arrestations.  M.  Du  Chaylard  m*avisa  de  Tien- 
tsin  que,  sur  ses  instances  réitérées,  des  troupes  étaient  envoyées 
contre  les  fauteurs  de  désordres.  Un  nouveau  décret  fut  rendu 
contre  eux.  En  somme  l'état  général  semble  s'être  amélioré, 
mais  on  ne  peut  le  considérer  comme  rassurant.  L'aveugle  hosti- 
lité du  Gouvernement  de  l'Impératrice  contre  tous  les  étrangers 
est  manifeste.  La  souveraine  est  entourée  de  mandarins  qui  sont 
en  général  choisis  parmi  les  plus  ignorants  des  choses  du  dehors 
et  les  plus  passionnés  contre  tout  ce  qui  sort  des  traditions  chi- 
noises. Sa  faveur  est  acquise  à  ceux  qui  poussent  à  tout  refuser 
aux  Représentants  des  Puissances.  Elle  vient  encore  d'accorder 
une  haute  dignité  à  Kang-Yi,  son  conseiller  principal,  qui  est  un 
des  plus  acharnés  contre  les  Européens,  et  qu'elle  a  mis  à  la 
tôte  du  plus  important  des  six  Ministères  de  l'Empire.  Les  socié- 
tés secrètes  n'ignorent  pas  ces  dispositions,  et  celles  d'entre  elles 
qui  ne  rêvent  que  bouleversements  sont  toutes  prêtes  à  en  pro- 
fiter. Elles  peuvent,  à  un  moment  donné,  provoquer  des  émeutes 
sanglantes.  » 

Cependant  les  troubles  continuaient  et  notre  ministre  écri- 
vait le  24  avril  à  M.  Delcassé: 

a  Des  troubles  graves  se  sont  produits  au  Tché-Kiang.  Un  mis- 
sionnaire autrichien  a  été  grièvement  blessé  et  plusieurs  rési- 
dences sont  menacées.  Je  prie  l'amiral  d'envoyer  un  bateau  sur 
les  points  de  la  côte  que  notre  Consul  Général  à  Chang-Haï, 
M.  de  Bezaure,  lui  désignera.  Au  Tché-li  un  village  a  été  incendie 


DÉMARCHES    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  5o3 

et  une  résidence  attaquée  dans  le  voisinage  de  Pao-ting  fou.  Les 
désordres  pouvant  s'étendre  rapidement,  je  continue  de  deman- 
der au  Tsoung-li  Yamen  des  mesures  énergiques. 

Le  26  avril,  sur  la  demande  du  ministre  des  affaires  étran- 
gères, M.  de  Lanessan,  ministre  de  la  marine,  adressait  à 
M.  le  contre-amiral  Courrejolles*,  commandant  l'escadre 
d'Extrême-Orient,  des  instructions  pour  qu'il  se  tienne  en 
communication  constante  avec  notre  représentant  à  Pé-King. 
En  raison  des  alarmes  et  des  instances  pressantes  des  mis- 
sionnaires, M.  Pichon  demande  (16  mai)  à  l'amiral  «  d'en- 
voyer à  Pc-laï  ho  un  bateau  susceptible  de  mettre,  s'il  le 
faut,  une  compagnie  de  débarquement  à  terre-  ». 

Le  20  mai,  des  placards  sont  affichés  sur  les  murs  de  la 
capitale,  annonçant  le  massacre  des  étrangers  pour  le  pre- 
mier jour  de  la  cinquième  lune  ;  le  même  jour,  le  corps  di- 
plomatique se  réunissait  au  grand  complet^  sur  la  demande 
du  ministre  de  France,  appuyé  par  le  ministre  de  Russie, 
M.  Michel  de  Giers,  et  faisait  adresser  le  lendemain  par  son 
doyen,  M.  de  Coîogan,  la  dépêche  suivante  au  Tsoung-li 
Yamen  pour  réclamer,  en  s'appuyant  sur  les  décrets  impé- 
riaux déjà  rendus  qui  avaient  édicté  la  dissolution  des 
«  Boxeurs  »  : 

ï®  L'arrestation  de  tout  individu  se  livrant  aux  exercices  de 
cette  association  provoquant  des  troubles  sur  la  voie  publique, 
affichant,  imprimant  ou  distribuant  des  placards  qui  contien- 
draient des  menaces  contre  les  étrangers  ; 

2^  L'arrestation  des  propriétaires  ou  gardiens  des  temples  ou 


I.  Çourrejolles,  Charles- Louis-Théobaldy  né  le  5  février  iS^a; 
entré  au  service,  1861;  aspirant,  i*»"  ocl.  i863;  enseigne  de  vaisseau, 
i"»"  ocl.  i865;  lieutenant  de  vaisseau,  7  mars  1868;  capitaine  de  frégate, 
18  sept.  1880;  capitaine  de  vaisseau,  a6  mars  1887;  contre-amiral, 
n4  sept.  i8g5. 

a.   Livre  jaune  y  p.  20. 

3.  Onze  représentants  étrangers. 


5o4  PRODROMES.    —    LA    RÉVOLUTIOX 

autres  endroits  où  les  «  Boxeurs  »  se  réuniraient,  et  l'assimila- 
tion aux  a  Boxeurs  »  eux-mêmes  de  ces  complices  de  provocations 
criminelles  ; 

3^  Le  châtiment  des  agents  de  la  force  publique  qui  se  ren- 
draient coupables  de  négligence  dans  la  répression  dont  ils  seront 
chargés  ou  qui  seraient  de  connivence  avec  les  émeutiers  ; 

4**  L'exécution  des  auteurs  d'attentats  (meurtres,  incen- 
dies, etc..)  contre  les  personnes  et  les  propriétés  ; 

5^*  L'exécution  des  individus  qui  subventionnent  et  dirigent 
les  ec  Boxeurs  »  dans  les  troubles  actuels  ; 

6°  La  publication  dans  Pé-King,  dans  le  Pé  Tché-li  et  les 
autres  provinces  du  Nord,  de  proclamations  portant  ces  mesures 
à  la  connaissance  de  la  population. 

Je  suis  en  outre  chargé  par  le  Corps  diplomatique  d'infornner 
Votre  Altesse  et  Vos  Excellences  qu'il  attend  dans  le  plus  bref 
délai  une  réponse  satisfaisante  à  cette  demande  *. 

En  outre,  les  représentants  étrangers  décidèrent  que  si 
les  troubles  continuaient,  et  si  une  réponse  favorable  n'était 
pas  faite  à  leur  dépêche,  ils  prendraient  les  mesures  sui- 
vantes :  à  Texception  de  la  Hollande  qui  n'avait  pas  de 
navire  dans  les  eaux  chinoises,  toutes  les  puissances  repré- 
sentées devraient  faire  une  démonstration  navale,  soit  à 
Chan-Haï-Kouan,  soit  à  Ts'in  Wang-tao,  en  même  temps 
que  des  gardes  se  tiendraient  prêtes  à  bord  des  navires  en 
cas  de  besoin.  Contrairement  à  Tavis  de  notre  ministre,  qui 
avait  raison,  la  plus  grande  partie  des  représentants  étran- 
gers étaient  hostiles  à  la  venue  de  gardes  à  Pé-King  ;  à  ce 
sujet,  il  est  curieux  de  noter  que,  dans  une  entrcxTie  privée 
qu'avait  eue  M.  Michel  de  Giers  avec  Sir  Claude  Mac  Donald, 
le  premier  aNait  déclaré  au  second  que  seules,  la  Russie  et 
rAnglelerre,  avaient  des  intérêts  sérieux  en  Chine  et  qu'il 
pensait  que  le  débarquement  de  gardes,  ainsi  que  des  dé- 
monstrations navales,  devaient  être  découragés,  comme 
pouvant  être  la  cause  d'événements  imprévus.  L'optimiste 

I.   Livre  jaune,  p.  a4. 


DÉMARCnES    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  5o5 

ministre  de  Russie  dont  la  clairvoyance  ne  parait  pas  avoir 
été  la  qualité  dominante  fut  toutefois  ébranlé  vers  le  i8  mai,  et 
-M.  de  Giers  fut  obligé  de  reconnaître  que  les  circonstances 
étaient  graves'.  Le  télégramme  qu'il  envoyait  au  comte 
Mouraviev  à  Saint-Pétersbourg  était  de  nature  à  tromper 
celui-ci  sur  la  situation  exacte  en  Chine,  car  le  ministre  des 
affaires  étrangères  russe  déclarait  le  23  mai  qu'une  nou- 
velle pression  n'était  plus  nécessaire,  le  gouvernement  chi- 
nois prenant  enfin  des  mesures  suffisamment  énergiques 
{ibid.y  p.  28). 

Cependant,  le  28  mai,  le  Tsoung-li  Yamen  répondait  au 
corps  diplomatique  qui  s'était  réuni  la  veille,  en  lui  donnant 
toutes  sortes  d'assurances  et  en  promettant  la  publication 
d'édits  et  de  proclamations,  et  en  demandant  dans  ces  con- 
ditions que  les  ministres  renoncent  à  provoquer  le  débarque- 
ment d'une  escorte. 

Le  26  mai,  l'amiral  Courrejolles,  qui  venait  de  passer 
cinq  jours  à  Pé-King,  et  qui  n'était  pas  rassuré  sur  les  évé- 
nements possibles,  quittait  la  capitale  pour  continuer  sa 
tournée  par  une  visite  à  Wei-haï-wei.  Le  soir  du  même 
jour,  on  apprenait  à  Tien-tsin  la  nouvelle  de  l'attaque  du 
chemin  de  fer  de  Pao-ting  fou. 

M.  Pichon  télégraphiait  à  M.  Delcassé,  le  29  mai: 

«  Les  rebelles  ont  incendié  la  gare  et  détruit  le  chemin  de  fer 
dans  le  voisinage  de  Pé-King.  Ils  sont  aux  portes  de  la  ville,  où 
beaucoup  de  leurs  complices  les  attendent,  prêts  à  s'unir  à  eux. 
Le  personnel  franco-belge  a  dû  battre  en  retraite.  Un  Français 
du  chemin  de  fer  a  été  blessé,  les  autres  sont  en  danger.  Le 
Corps  diplomatique  a  décidé  de  faire  venir  aACC  la  plus  grande 
rapidité  des  détachements  de  troupes.  J'ai  télégraphie  h  l'ami- 
ral à  Tché-fou  d'envoyer  inunédiatement  le  bateau  nécessaire 
pour  débarquer  cent  hommes.  Les  Ministres  d'Allemagne.  d'An- 
gleterre, d'Amérique,  d'Autriche,  d'Italie,  du  Japon,  de  Russie 
ont  fait  de  même.  11  est  à  craindre  que  le  télégraphe  soit  coupé.  » 

I.   China t  n"  3  (1900),  p.  29. 


5o6  PRODROMES.  LA  RÉVOLUTION 

Il  fallait  que  la  situation  fût  grave,  car  dans  une 
réunion  du  corps  diplomatique,  le  26  mai  au  soir,  les  mi- 
nistres de  France  et  d'Italie  déclarèrent  que  leurs  rensei- 
gnements laissaient  entrevoir  un  mouvement  sérieux  qui 
mettrait  en  danger  la  vie  de  tous  les  résidents  étrangers  de 
Pé-King*. 

L'amiral  Courrejollcs,  qui  avait  quitté  TaKou  le  28  mai, 
se  rendant  à  Tché-fou  pour  y  faire  du  charbon,  y  trouva, 
en  arrivant  le  29,  à  bord  du  Descaries ^  le  télégramme  de 
M.  Pichon  qui,  par  suite  de  TafTaire  de  Pao-ting,  demandait 
l'envoi  d'un  détachement.  L'amiral  fit  partir  immédiatement 
5o  hommes  du  d'Entrecasteaax  commandés  par  le  lieutenant 
de  vaisseau  Darcy  et  Tenseigne  Ilcnry  et  5o  hommes  du 
Descartes,  commandés  par  l'enseigne  Douguet  et  l'aspirant 
Herber.  Le  gouvernement  chinois  s'étant  opposé  à  ce  que 
les  détachements  étrangers  dépassassent  76  hommes,  on 
n'expédia  à  Pé-King  le  i"""  juin  que  les  5o  hommes  du 
iV Enirecasteaux  avec  MM.  Darcy  et  Henry  et  25  hom- 
mes du  Descaries  avec  M.  Herber.  Les  autres  26  restèrent 
à  Tien-tsin.  Le  détachement  anglais  comprenait  trois  offi- 
ciers avec  76  hommes  et  un  canon.  Le  3i  mai,  les  gardes 
anglaise,  américaine,  italienne,  russe,  française  et  japonaise 
arrivaient  à  Pé-King. 

Le  i***"  juin,  M.  Pichon,  rassuré  par  l'arrivée  du  détache- 
ment, télégraphiait  à  l'amiral  qu'il  lui  rendait  la  liberté  de 
ses  mouvements.  Notre  ministre  ne  voyait  donc  pas  la  gra- 
vité de  la  situation  et,  quoiqu'on  en  ait  dit,  ne  fut  pas  plus 
clairvoyant  que  ses  collègues. 

Si  le  mouvement  des  Boxeurs  avait  paru  inquiétant,  on 
avait  pensé  que  la  présence  de  détachements  étrangers  suffi- 
rait à  faire  respecter  les  légations  de  Pé-King.  Nous  connais- 
sons la  quiétude  des  ministres  de  France  et  d'Angleterre  à 

I.   China,  n°  3  (igoo),  p.  38. 


DÉMARGBES    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  DO7 

la  date  du  3  juin  ;  je  n'aurai  pas  la  cruauté  de  rappeler  les 
paroles  inconsidérées,  prononcées  à  Paris  dans  des  moments 
d'abandon  par  M*'  Favier,  mais  au  mois  de  mai  ce  prélat 
déclarait  à  l'amiral  CourrejoUes  que  «  25  hommes  à  la  léga- 
tion suflîront  à  assurer  le  calme  »  ;  il  est  vrai  que  quelques- 
uns  de  ses  confrères  dont  j\ii  les  lettres,  ne  partageaient 
nullement  son  optimisme.  Le  D**  Morrison,  le  célèbre  cor- 
respondant du  TimeSj  lui-même,  le  jour  même  où  les  com- 
munications de  Pé-King  avec  le  dehors  allaient  être  cou- 
pées, envoyait  un  télégramme  rassurant  à  son  journal.  Les 
moins  surpris  de  la  tournure  qu'avaient  pris  les  événements 
ne  furent  certainement  pas  les  Russes  qu'on  accusait  pour- 
tant de  connivence  avec  l'impératrice-douairière  !  Le  comte 
Cassini  avait  eu,  comme  successeurs,  MM.  Speier  et  Michel 
de  Giers  qui,  soyons  indulgents,  se  montrèrent  ordinaires. 
Le  ministère  des  affaires  étrangères,  à  Saint-Pétersbourg, 
n'avait  été  guère  plus  heureux  que  la  légation  de  Russie,  à 
Pé-King  :  l'intérimaire  M.  Chichkine  et  le  comte  Mouraviev 
occupèrent  la  place  du  comte  Lobanov  sans  le  remplacer.  On 
peut  dire  que  l'insurrection  des  Boxeurs  a  tué  ce  dernier.  A 
son  maître  qui  lui  demandait  quelle  était  l'importance  du 
mouvement  de  la  rébellion,  il  répondait  que  ce  n'était  que 
l'affaire  de  quelques  jours. 

Diplomates,  missionnaires,  négociants,  journalistes,  per- 
sonne ne  soupçonnait  que  la  Cour  était  d'accord  avec  les 
Boxeurs,  et  l'on  remarquera  l'habileté  des  Chinois  qui,  pour 
se  donner  une  apparence  de  légitimes  représailles,  ne  lais- 
sèrent leurs  troupes  régulières  tirer  sur  les  étrangers  qu'après 
la  prise  des  forts  de  Ta-Kou. 

Mais  le  3  juin  tout  se  gâte  :  le  ministre  télégraphie  à 
Tamiral  de  revenir;  celui-ci  qui  a  fait  son  charbon,  part  im- 
médiatement et  arrive  à  Ta-Kou  le  4  juin.  La  situation 
s'aggrave,  et  le  5  juin,  l'amiral  envoie  4o  hommes  de  plus 
à  Tien-tsin,  ce  qui  porte  à  65  hommes  le  chiffre  du  déta- 


5o8  PRODROMES.    LA    RÉVOLUTION 

chement  dans  celte  ville.  Le  8  juin,  il  envoie  encore  90  honn- 
mes  et  un  canon. 

Jusqu'au  dernier  moment,  les  ministres  étrangers  ne  pa- 
raissent pas  s'être  rendu  compte  du  danger,  car  le  3  juin, 
sir  Claude  Mac  Donald  envoyait  ses  enfants  et  sa  belle- sœur 
aux  Collines,  près  de  Pé-King,  avec  une  escorte  de  10  hom- 
mes d'infanterie  de  marine  ;  il  est  vrai  qu'on  les  fit  rentrer 
rapidement  le  lendemain  dans  la  capitale. 

Le  5  juin,  la  station  de  Ilouang-tsoun  fut  brûlée;  le  6, 
des,  courriers  circulaient  encore  entre  Pé-King  et  Tien-tsin, 
mais  le  7,  la  station  de  Lang-fang  ayant  été  briîlée,  les  com- 
munications avec  le  dehors  étaient  par  suite  interrompues. 
Enfin,  le  10  juin,  le  prince  Touan  était  nommé  membre  du 
ïsoung-li  Yamen  :  c'était  la  reconnaissance  officielle  du 
mouvement  boxeur*. 


EXPÉDITION    DE    l'amiral    SIR    E.    SEYMOUR 


La  situation  empirait;  sur  l'appel  de  son  ministre,  l'amiral 
anglais  sir  Edward  Seymour  quitta  son  bord  le  dimanche 
10  juin  pour  T'ang-Kou,  et  croyant  que  les  renforts  dispo- 
nibles suffiraient  pour  agir  ou  impressionner,  il  marcha  sur 
Pé-King  avec  une  colonne  internationale.  Elle  comprenait 
5oo  hommes  de  l'amiral  Seymour^  et  4oo  du  commandant 
Granville,  200  Allemands,  200  Russes,  100  Français  avec 
le  lieutenant  de  vaisseau  Petit,  120  Américains  commandés 
par  le  capitaine  Me  Calla,  du  Newark,  200  Japonais,  100 
Italiens  et  25  Autrichiens.  Le  11  juin,  le  commandant  de 


I.  Voir  plus  loin,  Chap.  XWVII. 

3.  Scymour,  Sir  Kdtvard  Hohart,  K.   C.  B.,   né  en    i84o;   vice- 
tmiral  en  1895. 


PRISE    DES    FORTS    DE    TA-KOU  SOQ 

Marolles,  du  d^Entrecasteaux,  avec  5o  hommes  et  un  canon, 
remonte  à  Tien-tsin,  trouve  l'amiral  Seymour  parti,  et  le 
rattrappe  avec  65  hommes  par  chemin  de  fer.  Il  y  avait  à  ce 
moment  2o5  hommes  à  Tien-tsin  et  76  à  Pé-King,  en  tout 
280  hommes  de  la  flotte  française.  La  colonne  remonta  au 
delà  de  Yang-tsoun  sur  le  Pei-ho,  jusqu'aux  stations  du  che- 
min de  fer  de  Lo-fa,  Lan-fang  et  An-ping.  La  colonne  était 
en  nombre  insuflisant  pour  pénétrer  jusqu'à  Pé-Ring  ;  il 
lui  fallut  revenir  sur  ses  pas  et  elle  était  de  retour  à  Tien- 
tsin  le  26  juin.  Pendant  cette  expédition,  qui  avait  duré  16 
jours,  les  forces  alliées  avaient  eu  280  hommes  tués  ou 
blessés,  dont  27  Anglais  tués  et  90  blessés  et  4  Américains 
tués  et  25  blessés. 

PRISE    DES    FORTS    DE    TA-KOU 

Le  i3  juin,  Tamiral  CourrejoUes  envoie  à  Tien-tsin  un 
canon  65  (i  i  hommes),  des  torpilleurs  et  des  mécaniciens. 
Le  i5  juin,  il  envoie  \!\  hommes  du  Pascal  qui  venait  d'ar- 
river; à  cette  date,  il  y  avait  4o3  hommes  dehors,  y  com- 
pris le  détachement  de  Pé-King.  Tous  les  bâtiments  de 
l'escadre,  sauf  le  Lion,  mouillé  dans  le  Pei-Ho,  entre  autres 
la  Surprise  (i5  hommes),  avaient  contribué  à  former  ce 
contingent.  Le  16  juin,  les  amiraux  donnent  l'ordre  d'oc- 
cuper la  gare  da  Ta-kou  ;  la  remise  des  forts  aux  alliés  est 
réclamée  par  un  Ultimatum  le  16  juin  ;  il  fallait  conserver  libre 
la  route  de  Tien-Tsin  et  on  ne  pouvait  permettre  que  la  colonne 
Seymour  et  les  légations  fussent  privées  de  communications 
avec  le  reste  du  monde.  D'ailleurs  n'agissait-on  pas  contre  les 
Boxeurs  que  la  cour  semblait  ne  pas  reconnaître.  Les  forts 
n'attendirent  pas  l'attaque  des  navires  européens  ;  un  peu 
après  minuit,  le  commandant  chinois  ouvrait  le  feu  et  son  pre- 
mier boulet  traversait  la  mâture  de  VAlgerine,  La  Chine 
oflicielle  entrait  en  lutte. 


5io 


PRODROMES. 


LA    RÉVOLUTION 


A  cinq  heures  et  demie  du  matin,  les  drapeaux  étrangers 
flottaient  sur  les  forts  tombés  entre  les  mains  des  Alliés, 
et  rhorrible  tragédie  de  Pé-King  qui  pendant  près  de  deux 
mois  tint  l'Europe  angoissée  commençait. 


CHAPITRE  XXVII 


ÉPILOGUE 


J^ai  maintenant  atteint  le  but  auquel  je  me  proposais 
d'arriver  ;  les  événements  qui  se  sont  passés  en  Chine  depuis 
1900  constituent  bien  les  éléments  d'un  drame,  ainsi  qu'a 
appelé  Marcel  Monnierla  révolution  qui  a  commencé  en  1898, 
drame  qui  a  eu  son  prologue  :  usurpation  du  pouvoir  par 
rimpératrice-douairière  et  soulèvement  des  Boxeurs  ;  son 
crime  :  meurtre  de  missionnaires,  et  siège  des  légations  de 
1Y»-King,  qui  eût  été  un  crime  plus  «  beau  »  encore  si  le 
massacre  des  ministres  étrangers  avait  eu  lieu  au  Tsoung-li 
Yamen.  Le  drame  avait  suivi  son  développement  et  s'était 
longuement  déroulé,  nous  en  attendons  le  dénouement,  c»'est- 
à-dire  le  châtiment  auquel  ont  échappé  les  principaux  cou- 
pables *.  Le  protocole  final  n'est  qu'une  duperie,  triomphe 
de  la  politique  astucieuse  du  Céleste  Empire  et  faillite  de 
rétranger  en  Chine. 

COMMENCEMENT    DES    HOSTILITÉS    A    PÉ-KING 

Le  28  mai,  dans  l'après-midi,  la  gare  de  Feng-taï,  tête 
de  ligne  du  chemin  de  fer  de  Pao-ting,  était  pillée  et  brû- 
lée. Ironie  des  choses  !  parmi  les  débris,  on  trouva  le  wagon 


1 .  Tuan  et  Toung  Fousiang  ;  Yu-h'ien  a  été  exécuté  le  22  février  1901 , 
à  Lan-icheou,  dans  le  Kan-Sou. 


5  I  2  ÉPILOGUE 

calciné  de  rimpéralrice,  qui  n'avait  jamais  servi  à  sa  proprié- 
taire, mais  qui  avait  une  fois  transporté  le  prince  Henri  de 
l^russe.  Les  employés  du  chemin  de  fer  quittent  Pao-ting 
fou  le  29  mai  ;  attaqués  le  3i  par  les  Boxeurs,  ils  n'arrivent 
à  Tien-tsin  que  le  2  et  le  3  juin,  après  avoir  perdu  quelques- 
uns  des  leurs.  Le  29,  trois  étrangers  sont  accueillis  à  coups 
de  pierre  dans  Pé-King  même,  et  les  légations  préviennent 
le  Tsoung-li  Yamen  qu'elles  vont  faire  venir  des  gardes 
pour  leur  sécurité  :  il  était  un  peu  tard  pour  prendre  celle 
décision,  réclamée  naguère  par  M.  Piclion  et  combattue  par 
le  baron  Von  Ketteler.  Le  lendemain,  pas  de  réponse  des 
Chinois  ;  qualre  ministres  dont  celui  d'Angleterre,  déclarent 
au  Tsoung-li  Yamen  qu'ils  se  passeront  de  son  consentement. 
Les  fonctionnaires  chinois  donnent  avec  répugnance  l''aulo- 
risalion  de  faire  monter  les  troupes  étrangères,  le  3i,  à 
2  heures  du  matin.  Le  jour  même,  malgré  le  mauvais 
vouloir  des  autorités,  un  train  spécial  quitte  Tien-tsin  avec 
22  oITiciors  et  334  hommes  *  ;  ils  arrivent  à  la  nuit  ;  quoique 
le  i"^"*  juin  soit  le  5*  jour  de  la  5°  lune,  c'est-à-dire  la  ft^le 
du  Dragon,  le  défilé  des  soldats  étrangers  est  accueilli  avec 
curiosité,  sans  hostilité,  par  la  population  de  la  capitale.  Les 
Allemands  au  nombre  de  5o,  et  3o  Autrichiens  arrivent  un 
peu  plus  tard,  et  les  Hollandais  ne  parviennent  à  Pé-King 
que  le  3  juin. 

Le  29  et  le  3o  mai,  Timpéralrice  lance  deux  édits  dont  le 
caractère  évasif  sera  marqué  plus  encore  dans  le  décret  du 
G  juin,  qui  nVst  qu'une  défense  cachée  des  Boxeurs,  patriotes, 
victimes  des  machinations  des  gens  sans  aveu  qui  se  sont 
glissés  parmi  eux  î  Et  cependant  les  bruits  les  plus  étranges 
commençaient  h  courir;   on   rapportait  que  TEmpereur  et 


I.  Anglais,  3  officiers,  7a  hommes;  Américains,  7  ofliciers,  56 
hommes;  Italiens,  3  officiers,  39  hommes;  Japonais,  a  officiers,  a4  h.; 
Français,  3  officiers,  7a  h.;  Russes,  4  officiers,  71  h. 


COMMENCEMENT    DES    HOSTILITÉS    A    PÉ-KING  5l3 

rimpératrice-douairièrc  étaient  partis  pour  Si-ngan  fou, 
laissant  Pc-King  entre  les  mains  du  parti  militaire.  Il  n'en 
est  rien  toutefois:  rimpératrice  est  au  Palais  d'Été;  elle 
n'abandonnera  pas  les  rênes  du  gouvernement  sur  l'avis  des 
vice- rois  du  Sud. 

D'ailleurs,  le  gouvernement  est  affolé  ;  entre  la  douzaine 
des  fonctionnaires  qui  se  partagent  la  direction  des  affaires, 
et  dont  les  idées  et  les  intérêts  sont  dissemblables,  l'anarchie 
règne  ;  et  le  gouvernement  reste  impuissant  contre  les  re- 
belles :  maîtres  des  environs,  ils  vont  Tôtre  bientôt  de  la 
ville. 

Le  9  juin,  dans  une  séance  du  grand  Conseil,  au  milieu 
du  désarroi  de  ses  collègues,  Jong-lou  propose  de  faire  appel 
à  Li  Iloung-tchang  et  de  le  nommer  vice-roi  du  Tché-li  ;  il 
est  le  seul  homme  capable  de  faire  télé  à  l'orage,  puisque 
Yu-Lou,  titulaire  du  poste,  a  donné  sa  démission  le  3, 
n'ayant  pas  l'énergie  nécessaire  pour  la  lutte  ;  celui-ci  pré- 
tend d'ailleurs  que  ses  efforts  sont  restés  stériles  parce  qu'ils 
sont  contrecarrés  par  les  amis  des  Boxeurs  et  en  particulier 
par  le  gouverneur  de  Chouen-tien  (Pé-King),  Wang  P'ei- 
yeou*,  qui  est  notoirement  connu  comme  un  chef  des 
rebelles  et,  de  censeur,  a  été  promu  quelques  jours  aupara- 
ravant  à  son  poste  actuel  par  l' impératrice-douairière.  Natu- 
rellement les  adversaires  de  Jong-lou  lui  répondent  :  Kang 
Yi  '^  a  son  propre  candidat  qui   n'est  autre  que  le   Haut 


1.  Voir  p.  /i97. 

a.  Kang  Yi  est  Mandchou;  il  a  débuté  dans  la  carrière  administrative 
comme  tao-taî  de  Swatow  (Chan-T'éou);  il  a  été  juge  provincial  au 
kiang-Si  (oclobro  i88i)  et  auTché-Li  (avril  i88a);  trésorier  du  Kouang- 
Toung  (janvier  i883)  et  du  Vun-Nan  (marsi884);  gouverneur  du  Chan- 
Si  (avril  i885),  du  KiangSou  (novembre  i888),  et  du  Kouang-Toung 
(mai  189a),  puis  président  du  ministère  de  la  justice.  11  était  assistant 
grand  secrétaire  et  président  du  ministère  de  la  guerre  lorsque,  le  ai  mai 
i89(),  il  fut  envoyé  comme  Haut  Commissaire  en  mission  spéciale  dans  le 
Kiang-Sou  pour  trouver  des  fonds;  sa  mission,  comme  plus  tard  celle  de 

CORDIER.  III.    33 


5l4  ÉPILOGUE 

Commissaire  de  la  vallée  du  Yang-tseu,  Li  Ping-heng,  qui 
joue  dans  toute  celte  histoire  le  rôle  d'accusateur  public. 
Dans  l'impossibilité  de  mettre  d'accord  les  deux  parties, 
Yu-Lou  est  obligé  de  garder  son  poste.  Le  lendemain, 
rimpératrice  arrive  frémissante  du  Palais  d'Été  :  il  faudra 
que  les  étrangers  soient  massacrés  le  soir  même  !  Le  danger 
paraît  tellement  grand  que  sir  Robert  Harl,  lui-même, 
donne  Tordre  aux  femmes  de  ses  fonctionnaires  de  se  réfu- 
gier à  la  Légation  britannique.  De  gros  canons  sont  montés 
sur  Tsien-men,  la  porte  centrale  faisant  communiquer  les 
villes  tartare  et  chinoise  et  dominant  les  légations.  La  poli- 
tique vacillante  du  dernier  mois  est  abandonnée  et  l'impé- 
ratrice, enlevant  enfin  le  masque,  se  jette  dans  les  bras  de 
ceux  qui  dirigent  le  mouvement  réactionnaire  et  révolution- 
naire. Le  télégraphe  est  coupé  entre  Pé-King  et   Tien-lsin. 

Le  II  juin,  Akira-Sougiyama,  chancelier  de  la  légation 
du  Japon,  est  assassiné  par  les  soldats  de  Toung  Fou-siang, 
alors  qu'il  se  rendait  à  la  gare  de  Ma-kia-pou.  A  la  nit^mc 
date,  la  Gazette  de  Pé-King  renfermait  un  décret  désignant 
les  hauts  fonctionnaires,  tous  mandchous,  chargés  de  la  garde 
des  neuf  portes  de  la  capitale. 

C'est  dans  la  nuit  du  i3  juin  que  les  Boxeurs  commen- 
cent c\  Pé-King  le  massacre  des  chrétiens  indigènes  et  des 
domestiques  au  service  des  étrangers.  Tour  à  tour  les  bâti- 
ments delà  London  Mission,  de  l'American  Board  Mission 
et  les  vieux  bureaux  des  Douanes  qui  servent  aujourd'hui  de 
«junior  mess  »  sont  incendiés:  Téglise  catholique  de  PEst, 
le  Toung  ïang,  est  brûlée,  à  lo  heures,  et  son  curé,  Pabbé 


Li  IMng-heiig,  avait  pour  but  non  avoué  dVxcitor  IrA  |>opulalions  du 
centre  contre  les  étrangers.  Ce  fut  en  vue  d'accomplir  une  mission  sem- 
blable dans  le  sud,  Onancière  et  politique,  que  Li  lloung-tchang  fut 
nommé  Haut  Commissaire  pour  les  alTaires  commerciales,  avec  l'ordre 
de  visiter  les  ports  ouverts;  nous  en  avons  fuit  un  ministre  du  commerce 
dans  les  dépâches. 


COMMENCEMENT    DES    HOSTILITÉS    A    PÉ-KING  5l5 

Garrigues,  est  martyrisé  avant  de  mourir.  Dans  la  nuit 
du  i4,  des  volontaires  français  vont  au  Nan-tang,  église  du 
Sud,  chercher  le  curé,  Tabhé  d'Addosio,  les  missionnaires  et 
les  sœurs  de  la  Charité  ;  après  leur  départ,  Téglise  et  les 
bâtiments  qui  en  dépendent  sont  incendiés  ;  le  matin,  le 
Si-tang,  église  de  TOuest,  subit  le  même  sort,  et  son  curé, 
l'abbé  Doré,  est  massacré. 

Le  i6  juin,  jour  de  l'incendie  de  Tsien-Men,  la  grande 
porte  centrale  entre  les  villes  tarlare  et  chinoise,  h  une  réu- 
nion pléniére  du  Grand  Conseil,  Rang  Yi  fait  un  discours 
violent  contre  les  étrangers  et  demande  qu'on  leur  fasse  une 
guerre  sans  merci.  Siu  King-tch'ong  et  Vouen-Tch'ang  qui 
paieront  de  leur  vie  leur  opposition  aux  projets  des  forcenés, 
le  mongol  Na  Tong  et  Tseng  Kouang-louan,  fils  de  l'ancien 
ministre  chinois  à  Londres  et  à  Paris,  essaient  vainement  de 
faire  entendre  autour  d'eux  le  langage  de  la  raison.  Est-ce 
l'espérance  de  sauver  sa  dynastie  menacée  qui  pousse  l'Im- 
pératrice à  prendre  les  pires  résolutions;  elle  adopte  les  idées 
de  Kang-Yi.  Désormais  ïouan  sera  le  maître  de  la  situation  ;  il 
divise  (i8  juin)  les  Boxeurs  en  huit  corps  semblables  aux 
huit  bannières  mandchoues  et  les  portes  du  Palais  sont  gar- 
dées par  ses  propres  troupes,  les  Hou-Cheng.  A  partir  du 
i8  juin,  tous  les  édits  impériaux  émanent  de  lui  ;  et  le  21, 
Jong-lou,  toujours  prudent  et  avisé,  croit  devoir  prévenir 
Li  Houng-tchang  qu'il  doit  tenir  comme  non  avenus  les  dé- 
crets qu'il  recevra  désormais  de  Pé-King. 

Pendant  toute  cette  période,  les  Boxeurs  sont  en  apparence 
seuls  dans  ce  grand  mouvement;  la  Cour  se  dissimule  der- 
rière eux.  Mais  la  nouvelle  de  la  prise  des  forts  de  Ta-kou 
par  les  alliés,  le  17  juin,  arrive  à  Pé-King,  et  la  lutte  prend 
dorénavant  le  caractère  officiel  qu'elle  n'a  pas  eu  jusqu'à 
présent. 

Le  19  juin,  à  5  heures  du  soir,  les  Légations  reçoivent  du 
Tsoung-li  Yamen  une  lettre  annonçant  les  demandes  des  ami- 


5l()  ÉPILOGUE 

rauxà  Ta-kou,  que  par  suite  Pétai  de  guerre  existait,  et  que 
clans  les  2 4  heures,  les  étrangers  devaient  quitter  Pé-King. 
Sauf  M.  vonKetteler,  les  ministres  étrangers  consentaient  à 
quitter  Pé-King  :  c'eût  été  une  faute  grave,  car  Touan  cher- 
chait évidemment  à  attirer  les  étrangers  en  pleine  campagne 
afin  de  les  massacrer  plus  facilement.  Il  eût  été  d^ailleurs 
aussi  impolitique  que  peu  hrave,  d'abandonner  les  malheu- 
reux chrétiens  indigènes  qui  comptaient  sur  la  protection 
des  Légations. 

SIÈGE    DES    LÉGATIONS 

Le  lendemain,  20  juin,  les  ministres  étrangers  devaient  se 
rendre  au  Tsoung-li  Yamen,  mais,  prévenus  à  temps  par  un 
Chinois,  ils  s'abstinrent  de  faire  cette  démarche,   que  M.  v. 
Ketteler  persista  seul  à  vouloir  accomplir.  A  g  h.  1 5  du  ma- 
tin, le  ministre  d'Allemagne  quittait  sa  légation  avec  son  in- 
terprète, iM.    Cordes,  et  une   petite  escorte  qu'il  renvoyait 
imprudemment  en  arrivant  dans  la  grande   rue  de    Ila-la- 
meii  ;  quelques  instants  après,  une  balle  tirée  par  un  soldat 
de  Toung  Fou  siang  traversait  la  tète  de  M.    von  Ketteler, 
assis  dans  son  palanquin;  une   autre    balle    blessait  griève- 
ment M.    Cordes   à    la    cuisse,    mais   celui-ci  réussissait    h 
s'échapper  miraculeusement  et  trouvait  un  refuge  dans  une 
mission    protestante.    A    4    heures    du    soir,    le    délai    de 
2/i  heures  fixé  la  veille  étant  expiré,  les  Chinois  ouvrent  le 
feu  sur  les  Légations.    A  9   heures,    M.  et   M""*  Pichon  se 
retiraient  avec  le  ministre  d'Lspagne  à  la  Légation  d'Angle- 
terre \ 


I.  Apre*  la  mort  «lu  baron  v.  Kelleler,  (nii  laissait  une  veuve,  la  léjça- 
tion  dWlIeinagno  fui  dirigée  par  M.  Claus  v.  Below-Saleske,  premier 
secrétaire,  avec  le  Dr.  v.  Bergen,  comme  deuxième  secrétaire.  —  Les 
autres  cliefs  de  légation  étaient  :  Francf,  M.  Pichon.  —  Amcleterke, 
Sir  Claude  Mac  Donald.  —  Russif,  M.  Michel  de  Giers. 

Italie,  le  marquis  SalvagoHaggi.  —  Bklgique,   M.  Joostcns,   Mau- 


SIÈGE    DES    LÉGATIONS  5l7 

Le  21  juin,  le  Chargé  d'Affaires  d'Autriche,  M.  A.  von 
Rosthorn,  est  obligé  de  quitter  sa  légation  incendiée  et  se 
réfugie  avec  sa  femme  à  la  Légation  de  France  :  ce  même 
jour,  c'est-à-dire  2  jours  après  la  déclaration  de  guerre, 
rimpératrice  lance  un  manifeste  au  nom  de  l'Empereur  pour 
expliquer  sa  conduite  à  ses  sujets. 

Le  24,  la  Cour  ne  cache  plus  ses  desseins,  et  le  ministre 
des  finances  reçoit  l'ordre  de  remettre  k  Kang-Yi  200  sacs 
de  riz  pour  distribuer  aux  Boxeurs. 

Un  édit  impérial  du  26  juin  est  une  véritable  déclaration 
de  guerre  :  ordre  est  donné  aux  gouverneurs  de  provinces 
d'enrôler  les  Boxeurs,  pour  aider  à  l'expulsion  des  étrangers. 
Wou  T'ing-fang,  ministre  de  Chine  à  Washington,  reçoit 
un  édit  du  29  juin  dont  la  teneur  est  à  peine  croyable  :  les 
Boxeurs  n'ont  pris  les  armes  dans  le  Chan-Toung  et  le 
Tché-li  que  pour  combattre  les  chrétiens  qui  sont  des  sujets 
rebelles  ;  les  gardes  que  les  Européens  ont  fait  monter  à  Pé- 
King  ne  se  sont  pas  contentées  de  garder  les  légations,  mais 
elles  ont  eu    le  tort  de  faire  des  patrouilles   dans   les  rues; 


rice,  né  à  Ajivors  le  22  sept.  1862;  secrétaire  à  Madrid,  au  Caire  et  à 
Londres;  conseiller  k  Washington  (1896),  à  la  Haye  (1898);  ministre 
plénipotentiaire  à  Pc-King  où  il  arrive  en  mai  1900;  il  défendit  sa  léga- 
tion du  ^  au  16  juin  avec  8  Autrichiens.  —  Espagne,  Don  Hernardo 
Jacinto  Côlogan,  d'origine  irlandaise;  né  aux  Canaries  en  18^8;  occupa 
différents  postes  à  Athènes,  en  Chine,  en  Turquie,  au  Venezuela;  pre- 
mier secrétaire  à  Mexico;  ministre  en  Colombie,  puis  à  Pé-King.  — 
Autriche-Hongrie.  En  l'absence  du  ministre,  M.  de  Wahlborn,  le 
Dr.  Arthur  v.  Rosthorn  est  chargé  d'affaires;  né  à  Vienne,  1862;  élève 
du  Dr.  James  Legge;  quitte  les  Douanes  chinoises  en  1896,  pour  entrer 
dans  le  service  diplomatique  de  son  pays.  —  États-Unis,  M.  Edwln 
Conger,  ancien  représentant  de  l'IUinois,  ancien  ministre  au  Brésil.  — 
Japon,  baron  Nishi.  — Pays-Bas,  M.  F. -M.  Knobel,  ne  le  3i  mai  1857 
à  Amsterdam;  élève  consul,  26  fév.  1870;  vice-consul  à  Saint-Péters- 
bourg, !«'•  nov.  1882;  ancien  consul  général  et  chargé  d'affaires  (5  nov. 
1889)  à  Téhéran  où  il  a  épousé  la  fille  de  M.  Nicolas,  premier  drogman 
de  la  légation  de  France  ;  consul  général,  ministre-résident  en  Chine, 
22  janvier  1896;  ininislro- résident  en  titre,  18  juillet  1896. 


5l8  ÉPILOGUE 

n'a-t-on  pas  eu  Taudace  de  demander  la  reddition  des  forts 
de  Ta-kou  le  i6  juin;  rofficier  qui  les  commandait  a  fait 
son  devoir  en  les  défendant  (or  on  sait  que  c'est  lui  qui  a 
ouvert  le  feu)  ;  bref,  la  crise  actuelle  est  entièrement  due  aux 
étrangers!  Nous  avons  entendu  des  histoires  analogues  en 
i858et  en  1860.  Le  2  juillet,  nouvel  édit  ordonnant  aux 
Boxeurs  de  continuer  leur  œuvre  d'extermination  contre  les 
chrétiens;  les  vice-rois  et  les  gouverneurs  de  province  de- 
vront expulser  les  missionnaires,  arrêter  les  chrétiens  et  les 
forcer  d'apostasier.  Les  autorités  provinciales  s'empressèrent 
de  ne  pas  déférer  à  cette  invitation;  elles  avaient  déjà  pris 
leurs  mesures. 

LES    VlCE-ROlS    ni'    YA>T.-TSEU 

Si,  en  effet,  le  mouvement  des  Boxeurs  ne  s'étendit  pas 
dans  la  Chine  entière,  malgré  les  efforts  de  Li  Ping-heng  et 
de  ceux  qui  le  remplacèrent,  ce  résultat  est  dû  à  l'attitude 
énergique  des  deux  vice-rois,  Tchang  Tchi-toung,  à  Wou- 
tch'ang,  et  Lieou  Kouen-i,  à  Nan-King.  Le  26  juin  1900,  le 
Tao-t'ai  de  Chang-IIaï,  et  Cheng,  représentant  les  vice-rois, 
assistèrent  à  la  réunion  du  corps  consulaire  provoquée  |>ar 
M.  de  Bezaurc.  Les  vice-rois,  par  délégués  spéciaux,  s*étant 
engagés  à  garantir  la  sécurité  des  étrangers  dans  les  provinces 
du  Sud  et  du  Centre,  les  consuls  promirent  que  leurs  gou- 
vernements respectifs  s'abstiendraient  d'intervenir  tant  que 
l'ordre  serait  maintenu. 

Voici  les  arrangements  pris  par  les  vice-rois  : 

1.  En  se  concertant  ensemble  sur  les  moyens  à  mettre  en 
œuvre  pour  assurer  la  protection,  les  deux  parties  ne  se  porte- 
ront mutuellement  aucune  atteinte  et  auront  pour  principe 
dominant  d'assurer  la  sauvegarde  de  la  vie  et  des  biens  des  com- 
merçants chinois  et  étrangers. 

2.  Les  concessions  de  Chang-Haï  seront  placées  sous  la  pro- 
tection collective  des  nations  étrangères. 


LES    VICE-ROIS    DU    YANG-TSEU  01 9 

3.  Les  gouvernements  provinciaux  des  deux  Kiang  et  des 
deux  Hou  acceptent  d'assumer  la  protection  eflicace  des  commer- 
çants étrangers,  des  missionnaires  et  de  leurs  biens  sur  le  Yang- 
tseu  et  dans  la  région  de  Sou-tcheou  et  de  Hang-tcheou.  Ils  inter- 
disent actuellement  les  mauvaises  rumeurs,  poursuivent  les 
rebelles  et  recommandent  aux  divers  gouvernements  pro- 
vinciaux d'ordonner  aux  autorités  locales  d'agir  de  même  uni- 
formément. 

[\.  Dans  les  ports  où  se  trouvent  déjà  des  navires  de  guerre 
étrangers,  ceux-ci  continueront  d'y  rester  au  mouillage.  Les 
matelots  ne  pourront  descendre  à  terre. 

5.  Si  les  Puissances  étrangères,  sans  attendre  que  les  Vice-Rois 
et  Gouverneurs  de  province  eussent  été  consultés  et  eussent 
donné  leur  consentement,  envoyaient  néanmoins  de  nombreux 
navires  dans  le  Yang-tseu  ou  autres  localités  du  môme  ordre  et 
s'il  en  résultait  que  la  population,  prise  de  soupçons,  se  livrât  à 
des  actes  d'hostilité  et  détruisit  ou  brûlât  les  vies  et  les  pro- 
priétés des  couunerç^inls  ou  des  missionnaires,  la  Chine, 
après  ces  faits,  n'en  reconnaîtrait  pas  la  responsabilité  pécuniaire. 

6.  Les  na\ires  de  guerre  étrangers  ne  pourront  mouiller  ni 
faire  des  exercices  près  ou  en  face  des  forts  de  Wou-soung  ou 
du  Yang-tseu,  afin  d'éviter  quelque  attaque  résultant  d'une 
méprise. 

7.  F^es  Puissances  étrangères  consentent  à  ce  que  leurs  navires 
de  guerre  ne  se  rendent  pas  dans  la  région  de  l'arsenal  de  Chang- 
IFaï,  soit  en  visite,  soit  pour  y  séjourner  et  y  mouiller,  et  à  n'y 
pas  envoyer  des  soldats  ou  des  agents  de  police.  Les  munitions 
de  l'arsenal  étant  destinées  uniquement  à  servir  à  se  défendre 
contre  et  à  réprimer  les  rebelles  locaux  et  à  protéger  les 
commerçants  chinois  et  étrangers,  si  un  Vice-Roi  ou  Gouverneur 
de  province  les  en  fait  sortir,  il  n'y  aura  pas  lieu  de  s'en  alarmer 
ni  d'en  concevoir  des  soupçons. 

8.  Les  missionnaires  et  les  étrangers  s'abstiendront  d'aller 
voyager  et  affronter  le  danger  dans  les  localités  isolées  de  l'inté- 
rieur où  la  défense  n'a  pas  été  organisée. 

9.  11  sera  nécessaire  de  procéder  tranquillement  et  avec  calme 
à  la  défense  et  à  la  protection  des  concessions  de  Chang-Haï.  Les 
esprits,  dans  l'intérieur,  étant  en  effet,  faciles  à  agiter,  dès  que 
des  alarmes  ou  des  désordres  se  produisent,  les  malfaiteurs  jus- 
qu'alors cachés  se  lèvent  en  foule  et  il  s'ensuit  d'incalculables 
malheurs. 


530  ÉPILOGUE 

Sans  CCS  mesures,  il  ne  serait  pas  possible  de  garantir  la  sauve- 
garde de  la  vie  et  des  biens  de  la  population  chinoise  et  étran- 
gère. Les  Consuls,  après  avoir  télégraphié,  auront  à  attendre  les 
instructions  de  leurs  Gouvernements.  Nous  vous  prions  instam- 
ment d'en  entretenir  promptement  le  Ministère  des  Affaires  étran- 
gères pour  qu'il  y  soit  donne  une  suite  conforme,  pour  le  plus  grand 
bien  du  Sud-Kst. 

Nous  venons  de  recevoir  par  le  télégraphe  un  décret  impérial 
portant  que  les  légations  continuent  d'être  protégées  avec  le  plus 
grand  soin. 

K'otEN-i. 

Tchi-t'olng  * . 

Cet  arrangement  ne  fut  d'ailleurs  pas  ratifié  parla  France  ni 
par  les  États-Unis,  Tarticle  stipulant  que  les  autorités  chi- 
noises ne  seraient  pas  tenues  pour  responsables  des  désordres 
qui  viendraient  à  éclater  dans  les  ports  ouverts  ayant  été 
jugé  inacceptable,  mais  on  promit  aux  vice-rois  de  s'abste- 
nir de  tout  acte  d'hostilité  dans  leurs  provinces  tant  qu'ils 
réussiraient  à  y  protéger  la  vie  et  les  biens  des  étrangers. 


LE    SIÈGE 


Le  29  juin  un  décret  impérial  prescrit  aux  ministres  de 
Chine  à  l'étranger  de  rester  à  leurs  postes  et  de  continuer 
les  relations.  C'est  la  plus  rude  journée  et  la  plus  rude  nuit 
du  siège  :  l'enseigne  de  vaisseau  Herbcr  est  tué  sur  le  haut 
d'un  toit  à  la  légation. 

Le  lendemain  de  l'édit  fou  du  2  juillet,  volte-fac«  com- 
plète :  dépêche  adressée  au  Tsoung-li  Yamen  par  le  Grand 
Conseil  attribuant  les  crimes  commis  à  des  bandits  et  deman- 
dant l'assistance  des  étrangers  pour  les  châtier.  Le  6  juillet, 
les  gardes  des  légations  font  une  sortie  vigoureuse. 

Les  bruits  les  plus  sinistres  circulent  en  Europe  au  sujet 

1.  Livre  jaune.  Cui?iE,  1899-1900,  pp.  ôS-g. 


LE    SIÈGE  5a  I 

du  sort  des  étrangers  dans  cette  action  :  le  prince  Touan 
aurait  eu  à  lutter  contre  les  troupes  du  prince  K'ing  et  de 
Wang  Wen-chao  qui  auraient  été  battues  et  le  lendemain 
les  légations  auraient  été  détruites  et  leurs  défenseurs  mas- 
sacrés jusqu'au  dernier.  Le  Daily  Mail  se  faisait  le  1 5  juillet 
le  porteur  de  ces  épouvantables  nouvelles;  un  télégramme 
reçu  le  même  jour  à  Chang-Ilaï  du  gouverneur  du  Chan- 
Toung,  Youen,  confirmait,  disait-on,  le  récit  du  correspon- 
dant du  Daily  Mail.  Quelle  était  l'origine  de  ces  terribles 
renseignements  que  Ton  était  presque  obligé  de  croire, 
puisque  depuis  le  24  juin,  on  était  sans  nouvelles  authenti- 
ques des  ministres  étrangers  et  de  sir  Robert  Hart  qui  repré- 
sentaient alors  la  situation  comme  désespérée.  Nous  ignorons 
le  nom  du  sinistre  farceur  qui,  on  peut  le  dire,  plongea 
l'Europe  et  les  Etats-Unis  dans  la  désolation  par  le  luxe 
des  détails  cruels  qu'il  ajouta  à  son  récit  imaginaire. 

Enfin,  le  i\  juillet,  Tien-tsin  est  pris  ;  le  17  Jong-lou 
fait  proposer  aux  légations  un  armistice  qui  est  accepté  ;  le 
bombardement  qui  dure  depuis  le  16  juin  s'arrête  ;  il  a  fait 
chez  les  Européens  un  grand  nombre  de  victimes,  58  tués 
et  environ  i^o  blessés  ;  2000  Chinois  au  moins  ont  perdu  la 
vie.  Pour  la  première  fois,  depuis  le  commencement  des 
hostilités,  un  décret  impérial,  le  17  juillet,  mentionne  la 
nouvelle  de  la  mort  du  baron  de  Kettelcr,  assassiné,  dit  le 
décret,  par  des  bandits  —  quand  nous  savons  qu'il  a  été 
assassiné  par  un  soldat  appartenant  aux  troupes  régulières. 

NÉGOCIATIONS 

Il  est  évident  que  la  prise  de  Tien-tsin  et  la  marche  des 
alliés  sur  Pé-King  commençaient  à  inquiéter  sérieusement  les 
fonctionnaires  de  la  capitale  qui  avaient  conservé  leur 
raison.  Le  20  juillet,  le  ministre  de  Chine,  Yu-Keng, 
remettait  la  lettre  suivante  à  M.  Dclcassé: 


À 


:  adrc 


,  la  Frr 


ICC  et  Irnnsmisi-  tcli'gr 
-toiing  lo  33  (in  la  lui 


pliiqiieiiicnt  par  le  gouverneur  de  Char 
ebiiioisr  (if)  jiiUlcl  lyoo). 

.S.  .V.  fKmftereur  de  Chine  A  S.  F..  M.  le  Président  de  la  Rép 
bliqae  fran^ake.  Salut. 

La  Chine  csl,  dt^iiis  plusieurs  nnnées,  liée  d'amitié  avec  Vul 
honorable  |)ayA,  Toutes  les  alTaircs  concernani  nos  rapports  si 
les  fmiili<Tes  du  Koiiang-Si  ol  du  Yun-iian  ont  clé  disculée^i 
rt'-plces  |Kir  la  voie  de  la  concilialion.  11  n'existe  pas  de  grie 
entre  nous,  hrà-mmeni,  la  population  et  les  chrétiens  s'étai 
trouvés  en  hostilité,  des  gens  rebelles  du  peuple  ont  profilô  t 
l'occasion  |)our  se  livrer  à  des  déprédations:  d'où  il  est  n'-.sul 
que  les  nations  étrangères  ont  soupçonné  la  Cour  de  fairtf  prcu' 
de  partialité  envers  le  peuple  et  de  jalou.'tîe  contre  les  chrélirn 
Depuis  eurent  lieu  l'attaque  et  la  prisn  des  forts  de  Ta-Koii 
après  quoi  l'action  militaire  et  les  malheurs  se  sont  succiMé,  rei 
dant  In  situation  d'anlnnt  plus  compliquée el  diuigereusc.  Comit 
-Nous  pensons  <]iie.  dans  les  relalioiis  in  1er  national  es  de  la  Cliii; 
avec  l'élranger.  Votre  honorable  nation  a  les  rap[>orts  les  pk 
rordtaut  avec  la  Cliine  et  que  la  Chine  est  aujourd'hui  prcss< 
par  les  ci reon stances  jusipi'au  point  de  s'être  attiré  la  colère  un 
versellc,  |>our  arranger  ces  dillicultés  cl  pour  résoudre  ces  con 
plicalioMs,  il  n'est  pas  |)ossiblc  que  ce  ne  soit  pas  uniquement  si 
Votre  honorable  |>aYS  ifuc  Nous  comptions.  C'est  pourtpioi.  Noi 
ouvrant  a  Vous  en  toute  sincérité,  .Nous  vous  exposons  nos  sent 
ments  intimes  et,  avec  une  enticra  franchise.  Nous  Vous  adrei 
sons  cette  lettn-  dans  l'unique  espoir  i[uc  vous  Iroutcrex,  Mor 
sieur  le  l'résidi^nl    de   ta    Itépubllque,  le  niojen  d'arranger  Ii 


clio 


S.-S.  el  qu 
I   acluelb 


vous  prendrez  l'initiative 
pri. 


juillet  i.joo). 


pectu< 
phiqu< 


•  transformer  la  situi 
iiiu  temps,    d'avoir  1 
adresser  une  hienveillantc  réponse  que  Nous  n 
i  défendre  d'attendre  avec  une  anxiété  extrême, 
lie  la  fi' lune  do    la  36*  année  Kouang-Siu  (i 

e  de  transmettre  ce  qui  précî-dc,  en  obéissant  rei 
Décret   lin(H.-rial,  et  de  me  répondre  télégro 


■  •)  juillet  it^oo'. 


NÉGOCIATIO>S  ÔaS 

Une  lettre  semblable  élail  remise  aux  cbefs  d'État  dans 
les  autres  pays  ;  toutefois,  dans  la  lettre  remise  à  Guillaume  II, 
l'Empereur  Kouang-Siu  exprimait  ses  regrets  du  malheur  qui 
avait  coûte  la  vie  au  ministre  d'Allemagne. 

Le  Président  de  la  République  fît  (20  juillet)  la  réponse 
suivante  au  message  de  Yu-keng  : 

J'ai  reçu  le  télégramme  de  Votre  Majesté  en  date  du  19  juil- 
let. Elle  ne  s'est  pas  trompée  en  appréciant  comme  Elle  l'a  fait 
les  sentiments  que  la  France  a  toujours  nourris  à  l'égard  de  la 
Chine.  Mais  Elle  ne  saurait  se  dissimuler  que  les  événements 
dont  Pé-King  et  la  province  du  Tche-li  principalement  ont  été 
le  ihéûtre  ainsi  que  l'appel  à  la  direction  des  affaires  du  prince 
Touan  et  d'autres  hauts  fonctionnaires  trop  connus  pour  leur 
haine  violente  envers  les  étrangers  ont  provoqué  en  France, 
comme  du  reste  dans  toutes  les  nations,  une  indignation  unanime. 

\ussi  comprendra- t-Elle  qu'avant  d'examiner  dans  quelle 
mesure  je  pourrai  répondre  à  Son  désir,  je  dois  avoir  la  certi- 
tude (juc  les  causes  qui  ont  soulevé  la  réprobation  universelle 
n'existent  plus,  et  notamment  : 

1**  Qu'une  protection  efficace  et  l'entière  liberté  de  leurs  com- 
munications avec  leurs  Gouvernements  sont  assurées  au  repré- 
sentant de  la  République  et  à  ses  collègues  du  corps  diploma- 
tique : 

2**  Que  le  prince  Touan  et  les  hauts  fonctionnaires  responsa- 
bles des  événements  actuels  ont  été  éloignés  du  Gouvernement, 
en  attendant  le  châtiment  inévitable  ; 

3"  Que  les  autorités  et  les  corps  de  troupes,  dans  toute  reten- 
due de  l'Empire,  ont  reçu  Tordre  de  cesser  les  hostilités  contre 
les  étrangers  ; 

4°  Que  des  mesures  ont  été  prises  pour  la  répression  rigou- 
reuse du  mouvement  insurrectionnel  des  Boxeurs. 

11  n'échappera  pas  à  Votre  Majesté  que,  tant  que  ces  garanties 
indispensables  n'auront  pas  été  fournies,  il  ne  saurait  y  avoir 
place  que  pour  l'action  militaire  ' . 

Voici  la  réponse  du  Président  des  États-Unis  à  la  dépêche 
de  l'Empereur  de  Chine  : 

I.  Livre  jaune,  p.  cp. 


oa4 


ÉPILOGUE 


1"  De  donner  l'assurannc  que  les  Minières  étrangers  sont  vi 
vants  et  de  faire  connaître  dans  quel  état  ils  sont  ; 

a"  De  mettre  les  Ministres  à  même  de  communiquer  !mnu' 
diatemenl  et  en  toute  liberté  avec  leurs  gouvernements  respectif 
et  de  protéger  leur  vie  et  leur  liberté  contre  tout  danger  : 

3°  De  mettre  les  autorités  impériales  en  communication  ave 
le  corps  expéditionnaire  et  de  les  faire  coopérer  ainsi  au  salu 
des  Légations,  à  la  protection  des  étranger»  et  au  rétabli ssemen 
de  l'ordre. 

A  ces  conditions  le  Gouvernement  américain,  avec  le  consen 
tentent  des  autres  Puissances,  prêtera  volontiers  le  concours  di 
ses  bons  ofîiccs  à  l'Empereur  de  Chine. 

Les  conditions  dont  le  (.louvernement  fédéral  exige  l'cxécutir» 
préalable  sont  en  délinitivc  à  peu  près  analogues  à  celles  qui 
"•"'aviez  jtosées  vous-même  '. 

Le  iS  juillet,  les  Légations  reçoivent  les  pi-emicreB  nou 
velles  du  dehors  ;  maïs,  dès  le  i(),  le  Yamcn  rompait  à  nou 
veau  les  relations. 

Le  ay  jiiillel,  i5  voilures  de  melons,  de  blé,  de  glace,  etc., 
sont  envoyées  par  les  Chinois  aux  Légations,  ainsi  qu'ji 
sir  Robert  Hart  ;  il  est  certain  que  les  nouvelles  de  Tien-tsin 
effraient  la  Cour.  On  peut  se  demander  comment  il  a  étc 
possible  aux  Légations  de  résister  si  longtemps  aux  attaque; 
furieuses  des  Boxeurs,  tl  est  liors  de  doute  que  les  Chinois 
élaient  divisés  en  deux  camps  ;  d'un  côté,  Touan,  Toung 
Fou-siang,  Kang-Vi  et  les  exaltés  ;  d'un  autre,  K'ing,  Jong- 
Lou  et  les  modérés,  dont  quelques-uns  furent  d'ailleurs 
exécutés  :  Siu  King-tch'eng,  Siu  Yong-yi,  pour  avoir  acheté 
un  cercueil  pour  le  ministre  d'Allemagne;  Youen-Tch'ang, 
Licn-Youen  '  et  Li-Chan  '  pour  leur  tiédeur  dans  les  tcnta- 


I.   Uy 


io3. 


3.  ManJchou  ;  juge  au  Ngan-houei  (aoâl  i8g8)  :  ministre  du  TKHing.li 
Y»mcn.  nov.  1898- 

.1.  Mungol;  commisfaire  <lcs  Parcs  et  des  Chasses;  gén^l  de  1(  Ban- 
niiTc  blanche;  i'  vicejirésidenl  (avril  i8g8),  puis  premier  vice-prpsîtlenl 
du  Millilitre  d»  Ënancc!.  (mar>  i%J). 


NÉGociATio>s  5a5 

tives  de  massacre  dont  les  étrangers  étaient  l'objet  ;  Tchang 
Yin-hoiian  fut  mis  à  mort  à  Ouroumtsi,  lieu  de  son  exil. 

Le  prince  K'ing  était  beaucoup  trop  faible  pour  avoir  la 
moindre  influence,  et  il  est  à  peu  près  certain  que  le  salut 
des  Légations  fut  dû  aux  obstacles  que  créa  aux  Boxeurs 
l'homme  avisé  qu'était  Jong-Lou. 

Dès  le  début  de  la  crise  chinoise,  l'accord  s'était  fait  entre 
les  puissances  sur  trois  points  : 

i**  Le  salut  de  leurs  représentants  et  de  leurs  nationaux  à  Pé- 
Ring  et  dans  tout  le  reste  de  l'Empire. 

2"  Le  maintien  du  statu  qno  territorial. 

3"  L'exigence  de  garanties  sérieuses  contre  le  retour  des  mal- 
heurs qu'on  a  à  déplorer  et  qu'on  j)eut  redouter  encore  ^ . 

Le  27  juillet  1900,  M.  Delcassé  remettait  à  l'ambassadeur 
d'Angleterre  une  note  dans  laquelle  il  disait  qu'il  pensait  que 
les  principes  fondamentaux  sur  lesquels  devrait  tout  d'abord 
reposer  l'action  collective  des  puissances  se  dégageaient 
assez  naturellement  des  circonstances  qui  déterminaient  cette 
action. 

Il  sudira  de  mentionner  : 

I**  La  nécessité  d'un  accord  aussi  complet  que  possible  en  vue 
notanunent  d'opérations  concertées  pour  sauvegarder  les  exis- 
tences qui  peuvent  être  encore  préservées  dans  toute  l'étendue 
de  l'Empire  chinois  ; 

2°  Intégrité  de  la  Chine  ;  écarter  tout  ce  qui  pouiTail  amener 
au  partage  de  ce  pays  ; 

3"  EnHn,  le  rétablissement,  rétablissement  ou  la  reconnais- 
sance d'un  Gouvernement  central  chinois  pouvant  garantir  l'or- 
dre et  la  tranquillité  dans  le  pays-. 

Le  12  août,  on  recevait  à  Paris  le  télégramme  suivant  de 
M.  Piclion,  expédié  de  Pé-King,  le  3  août  : 

Nous  avons  été  assiégés,  fusillés  et  bombardés  par  des  troupes 

1.  Livre  jaune,  pp.  6i-a. 

2.  Livre  jaune,  p.  107. 


52()  KPILOGI E 

chinoises  du  20  juin  jusqu'au  17  juille(.  Quatre  It^gations  ont 
été  brûlées  ainsi  que  les  trois  quarts  de  la  légation  de  France, 
où  nous  tenons  encore,  grâce  à  l'héroïque  défense  du  détache- 
ment français  et  du  contingent  autrichien.  >ious  avons  perdu 
onze  hommes,  dont  l'aspirant  Ilerber  et  les  volontaires  Wagner 
et  Gruintgens  ;  les  pertes  générales  sont  de  soixante  morts  et  de 
cent  dix  blessés.  Toutes  les  missions  religieuses  de  Pé-King  ont 
été  brûlées,  sauf  celles  du  Pei-t'ang,  encore  debout,  mais  dont  le 
sort  reste  incertain.  Tout  le  personnel  de  la  Légation  et  le  capi- 
taine Darcv  sont  en  bonne  santé,  malgré  les  angoisses  et  les  pri- 
vations. 

Le  bombardement  a  cessé  le  17  juillet  ;  les  coups  de  fusil  inter- 
mittents, les  travaux  oiFensifs  des  Chinois,  les  barricades  et  les 
mines  ont  cejwndant  continué,  mais  sans  faire  de  victimes.  I-,e 
Gouvernement  chinois  tente  de  négocier  indirectement  avec  nous 
notre  départ  que  nous  ne  pouvons  accepter  sans  une  protection 
autre  que  la  sienne.  Nos  forces,  nos  munitions  et  nos  vivrez 
sont  tout  près  d'être  épuisés.  Les  attaques  interrompues  peuvent 
recommencer  et  nous  livreraient  h  la  merci  du  Gouvernement 
chinois. 

Nous  sommes  reconnaissants  au  Gouvernement  et  au  Parle- 
ment de  ce  qu'ils  ont  bien  voulu  faire  pour  nous^ 

Le  ministre  de  Chine  à  Paris,  Yu-Keng,  communiquait  à 
M.  Delcassé  un  télégramme  du  Tsoung  li  Yamen  du  6  août, 
dans  lequel  ce  dernier  se  plaignait  que  le  départ  sous  escorte 
des  ministres  étrangers  pour  Ticn-lsin  se  trouvait  retardé 
par  la  demande  d'instructions  que  ceux-ci  avaient  adressée 
à  leurs  gouvernements  respectifs.  Cherchant  à  dégager  sa 
responsabilité  pour  les  accidents  qui  pourraient  survenir  du 
fait  de  ces  délais,  le  Tsoung  -H  \amen  insistait  jx>ur  que  les 
gouvernements  étrangers  enjoignissent  h  leurs  représentants 
de  se  hiiter  de  rejoindre  la  ville  en  question'. 

M.  Delcassé  répondit  le  10  août  h  Yu-keng  : 

«   Le  Ueprésentant  de   la  Chine  à  Paris  nous  a    conununiquc 

I.   Livre  jaune t  p.  ii3. 

a.  Livre  jaune,  p.  i'jVisô. 


NÉGOCIATIONS  5^7 

un  télégramme  du  Tsoung-li  Yamen.  en  date  du  6  août,  dans 
lequel  le  Gouvernement  Impérial  voulant  obtenir  que  nous 
donnions  ordre  aux  Ministres  étrangers  de  quitter  la  capitale, 
ce  qui  ne  saurait  se  faire  tant  que  la  route  ne  sera  pas  sûre, 
s'exprime  comme  il  suit  :  «c  En  attendant  ainsi,  s'il  arrive  quelque 
accident,  qui  en  portera  la  responsabilité?»  Ce  sera  sans  aucun 
doute  le  Gouvernement  chinois.  Son  devoir  strict  est  de  proté- 
ger les  Ministres  étrangers  autant  et  plus  que  lui-même.  Et  s'il 
est  vrai  qu'il  a  les  plus  grandes  peines  à  les  défendre  et  à  se  dé- 
fendre contre  les  rebelles,  qu'il  ordonne  à  ses  troupes  de  s'elTa- 
cer  devant  les  troupes  internationales.  Celles-ci  doivent  et  sau- 
ront rendre  libre  la  route  de  Tien-tsin  à  la  Capitale  et  accomplir 
l'œuvre  de  protection  qui  leur  incombe.  Le  Gouvernement  chi- 
nois comprendra,  nous  voulons  encore  l'espérer,  que  le  seul 
moyen  pour  lui  de  prouver  la  sincérité  des  dispositions  qu'il 
proclame  et  de  limiter  ses  responsabilités,  c'est  de  cesser  d'y 
mettre  obstacle  ^  » 

Le  9  août,  M.  Pichon  télégraphiait  qu'il  venait  d'être 
avisé  par  le  Tsoung-li  Yamen  que  Li  Houng-lchang 
venait  d'être  désigné*  pour  négocier  télégraphiquement  avec 
les  puissances. 

DÉLIVRANCE    DES    LÉGATIOXS,     I^    AOUT    I9OO. 

Le  i3  août,  à  2  heures  du  matin,  on  entend  des  coups  de 
canon  lointains  :  la  délivrance  est  proche.  Cette  même  nuit, 
les  Russes,  après  un  combat  sanglant,  ont  pénétré  par  la 
Toung  pien  men  ;  le  i4,  les  Japonais  entrent  par  la  Si  Houa 
men  ;  le  contingent  indien,  sous  les  ordres  du  général 
Gaselee  a  pénétré  par  le  canal  qui  passe  sous  le  mur  Sud  de 
la  ville  tartare  et  arrive  le  premier  (3  heures  de  l'après- 
midi)  au  secours  des  légations^. 

1.  Li\'re  jaunCy  p.  iai-ia2. 

2.  Par  décret  du  7  août. 

3.  Les  légations  durent  en  grande  partie  leur  salut  au  dévouement  de 
rhôtclier  suisse  Chamot  qui,   en  prévision  des  événements,  s'était  muni 


M.  Pichon  pouvait  télégraphier,  le  iç)  aoAt,  au  mini: 
des  afTairoa  étrangères  : 

«  Les  troupes  internationales  sont  entrées  dans  la  jour 
du  i4;  elles  ont  continué  leurs  O|)ération«  le  lendemain  et 
hombordé  la  ville  impériale  et  quelques  paillions  du  Palais  à 
les  soldats  chinois  tiraient  sur  elles.  Les  trou|>es  Trançaises 
délivré  le  Pei-t'ang  le  i6,  après  un  brillant  combat  auquel 
détacliements  anglais,  japonais  et  russe  ont  participé.  ■ 

Il  était  temps  que  les  secours  arrivent  :  la  légation  d'.' 
glctcrrc  ',  boulevard  de  la  résistance  et  principal  refuge 
résidents  étrangers,  et  le  Pe-t'ang  étaient  minés  et  pouvai 
sauter  d'un  moment  à  l'autre. 

L'Empereur  et  l'Impératrice-douairiére  fuyaient  sur 
route  du  Chan-si;  ils  ne  devaient  s'arrêter  qu'A  Si-ngan  f 
capitale  du  CItcn-si'. 

Jetons  maintenant  un  coup  d'œil  en  arrière. 


l*endant  l'absence  de  la  colonne  Seymour,  partie,  coni 
nous  l'avons  dit,  pour  sa  tentative  généreuse,  mais  infr 
tueuse,  aljn  de  délivrer  les  légations — le  17  juin,  après  la  pi 
des  forts  de  Ta-Kou,  les  Chinois  ouvraient  le  feu  à  3  heu 
de  l'apn'^s-midi  et  commençaient  leur  première  attaque  con 
les  concessions  étrangères  de  Tien-tsin  défendues  par  quelqi 
centaines  de  marins  et  deux  bataillons  (1  700  tioninies) 
tirailleurs  de  Sibérie,  commandés  par  ie  colonel  Anesimi 


do  proviAiniis  qu'il  buI  întcllrgomnirnl  rciiouTeler  priidanl  le  si^gu  ;  r 
lui.  la  famine  aurait  eu  raison  de<  iiraves  qu'épargnait  le  canon. 

1 .  La  Ic'gallon  <lr  France,  ou  [iluliM  ce  qui  en  reliait,  fut  licraïtj 
Dicnl  Uptuncluc  par  le  lleutenanl  do  laisBcau  Darc).  sot  inarint  et  le» 
lonlairp»,  par  le  cliargô  J'alluirei  d'Aulriclie  cl  loi  marins  autricliient 

3.  Lci  Douvcraini  Krenl  leur  rentrée  lolcnnclle  k  PéKing,  Ib  7  j«n 
l<f03.  un  pvu  après  midi. 


MARCHE    SI  n    PÉ-RING  5a() 

arrivé  le  i3,  avec  en  plus  une  batterie  de  campagne,  et  un 
peloton  de  cosaques,  qui  s'étaient  installés  dans  la  concession 
française  autour  du  consulat. 

Les  Chinois  furent  repoussés.  On  peut  dire  que  les  hosti- 
lités avaient  commencé  le  i6,  car,  à  i  heure  du  matin,  la 
cathédrale  était  incendiée. 

Le  bombardement  des  concessions  continua  les  jours  sui- 
vants. Je  n'entrerai  pas  dans  le  détail  du  siège  ;  il  était 
urgent  de  s'emparer  de  la  ville  indigène,  aussitôt  que  toutes 
les  troupes  européennes  seraient  assemblées  ;  Tien-tsin  avait 
élé  un  instant  débloqué  le  23  par  l'arrivée  des  troupes  de 
Ta-Kou.  Enfin,  le  i3  juillet,  l'attaque  de  la  ville  était  dé- 
cidée. L'action  s'engagea  à  3  heures  du  matin  ;  après  une 
bataille  sanglante,  le  lendemain  (i^)  à  la  même  heure,  les 
Japonais  ayant  fait  sauter  les  deux  portes  du  Sud,  le  général 
Foukoushima  et  le  colonel  de  Pélacot  pénétrèrent  dans  la 
ville. 

MARCHE    SUR    PÉ-KING 

Le  3  août,  un  conseil  de  guerre,  tenu  par  les  chefs  des 
armées  alliées,  décida  la  marche  en  avant  sur  Pei  yang  et 
et  Yang  Isoun.  Le  5  août,  la  première  de  ces  villes  fut  prise 
et  le  6  août,  Yang  tsoun  était  enlevé  après  deux  heures  de  com- 
bat. Là,  le  général  japonais  Yamaguchi  déclare  que  les  Chinois 
sont  démoralisés  et  qu'il  continuera  la  marche,  même  seul.  Il 
entraîne  les  alliés  dans  son  élan,  on  connaît  le  reste. 

LE    PE-TANG 

Le  premier  soin  des  troupes,  après  la  délivrance  des  Léga- 
tions, fut  de  se  porter  au  secours  du  Pe-tang.  La  défense  de 
la  cathédrale,  organisée  par  les  petits  contingents  français 
et  italien,  admirablement  secondés  par  le  coadjuteur,  M*^""  Jar- 

CoRDIER.  III.  —  34 


lin,  fut  luTdïque,  et  rév<k|iip,  M""    Kpvier,  nous  en  a  i 
1c  i^cil,  donl  j'extrais  la  fin  : 


i(i  août.  —  Je  venais  de  télî-brer  la  messe  de  six  heure! 
que  j'enleiidis  des  fenii  du  salves  violents  d'une  li'ouije 
■  bi-oiise  arrivant  \«\r  le  sud. 

\'<-i's  7  heures  i/'J,  les  l'eiii  s'étaient  rap|iroclir>s  sei 
uient  et  iivanl  H  h<;uri'N,  ils  se  liiisaient  entendre  , 
inMres  de  n«us.  dirrière  la  pute  Jaune  ap]>eléc  Si 
flelte  ]>orle  avait  étô  Cermi'-*' :  de  nombreux  soldais  n.'^ 
r<H.-('U|Miient  et  dans  la  nie  ({ni  |Kirt  de  cette  piirte  pour  al 
l'alais  iinpiTÎal  plusieurs  solides  barricades  liiilits  de  sucs  ■ 
l'tnient    iléfendues    [wr    i  Ûoo  boiuines   armés  de    fusils 

De  ce  côté  de  la  j)orto,  nous  vovons  encore  des  lioxers  i 
réfTuliers  rlitnois  jinsl/'S  dans  les  uiaisiiiis  crénelées  ou  p 
d'embrasures  —  de  l'autre  eùté  des  soldats  dont  la  uatio 
était  iliDicile  a  reconnatti-e. 

nneli|ues-uns  il'enlrc  nous  cniviiienl  voir  des  soldiits 
jHvns.  d'antii-s  des  soldats  chinois  et  nous  ne  savions  j 
c'était  une  suprême  attaijne  ou  la   déli^rancl>  (luî 

A  lunl  hasard,  je  sonnai  par  trois  fois  sur  un  clairon  «  h 
<|nettedn  jH-re  liu^eaud  a.  Aucune  sonnerie,  aucun  hourra 
ri''|>iindi(  du  dehors,  mais  on  ré|)ondil  au  di-dans...  |kii 
fli-èle  de  pniji'ctiles  tîn'-s  sur  nous. 

Lni'  bombe  ivliila  à  mes  pi<-ds  :  j'eus  le  temps  de  me 
derrii'-re  une  colonne  en  briipies,  ainsi  «pi'un  niissioiinuit 
était  près  de  moi. 

;\n  bout  d'une  demi-heure,  un  cnurau'eux  chrétien  moni 
I.'  mur  jaune  en  reile.scend  bii'ii  >ite  jjour  venir  me  dire  :  Ci 
certainement  des  KuivimVus.  j'ai  vu  un  olhcier  habillé  eu 
et  [liU'é  de  jalons. 

Déjà  nous  avions  arl>o]-é  an  sommet  de  ré<{lise  un  grnni] 
|>eau  français  avec  le  si--nal  o  Demandons  secours  iniiu<'-d 
l^'s  dir(>cteMni  du  sc'niinaire  |)orti'rrnt  aloi's  un  nouveau  pa 
à    iiM>   mètres   plus  au   nord    et    renouvelèrent   ti-s  sonner 


l' 


ehii 


L'onici 


vint  i 


dn 


idjuteur  qui   s'était   ]X)rté  i 


\l\RTYnOLO(;E    HE    PK-KING  53 1 

coté.  C'était  un  caplLainc  japonais  qui  dit  :  Pouvez-vous  nous 
ouvrir  la  porte  de  la  ville  Jaune  ?  —  On  lui  répondit  que  c'était 
impossible,  vu  notre  petit  nombre,  et  il  reprit  en  hâte  :  Eh  bien! 
je  vais  essayer  de  la  faire  sauter. 

Là-dessus,  il  repassa  de  l'autre  côté  du  mur  et  à  ce  moment 
on  vit  une  nouvelle  troupe  habillée  de  bleu  s'avancer  rapide- 
ment avec  de  l'artillerie. 

—  (iCtte  fois,  me  cria-t-on,  plusde  doute,  ce  sont  les  Français. 

Ils  allèrent  droit  au  drapeau,  placèrent  quelques  échelles  de 
leur  côté.  Nous  fîmes  de  même  du  nôtre  et  en  quelques  minutes 
cinquante  hommes  de  la  compagnie  Marty  étaient  chez  nous 
avec  leur  capitaine. 

Pendant  ce  temps,  les  Japonais,  escaladant  le  mur  plus  au 
sud  avaient  ouvert  un  battant  de  la  porte.  L'artillerie  française 
placée  vis-a-vis  acheva  l'œuvre  et  malgré  une  fusillade  de  plu- 
sieurs milliers  de  coups  de  feu  à  la  minute  on  se  précipita  sur  les 
barricades. 

Les  soldats  d'infanterie  de  marine  entrés  au  Peï-Tang  avaient 
eu  le  temps  de  traverser  notre  établissement  et  d'aller  prendre 
la  grande  barricade  à  revers,  après  avoir  escaladé,  brùlé  les  mai- 
sons crénelées  et  passé  leurs  défenseurs  à  l'arme  blanche. 

La  bataille  était  finie,  plus  de  800  cadavres  de  Boxers  ou  de 
réguliers  chinois  gisaient  à  terre  :  nous  n'avions  à  déplorer 
que  deux  hommes  tués  et  trois  blessés  dont  le  capitaine  Marty. 

11  était  environ  dix  heures  du  matin.  Depuis  un  quart  d'heure, 
le  ministre  de  France  et  le  général  Frey  étaient  au  Peï-Tang. 
Inutile  de  dire  qu'on  s'est  embrassé  de  bon  cœur  et  mutuelle- 
ment félicité. 

Nous  étions  délivrés  et  délivrés  par  des  soldats  français. 

MARTYROLOGE    DE    PÉ-KING 

A.U  commencement  du  siège  (20  juin  1900)  les  escortes 
des  légations  comprenaient,  suivant  le  correspondant  du 
Times  : 

Américains.  —  Trois  officiers,  le  capitaine  Myers,  com- 
mandant, le  cap.  Hall,  le  chirurgien  Lippett,  et  53  hommes 
d'infanterie  de  marine  du  Newark. 

Autrichiens.    —  Cinq    officiers,    le   capitaine    Thomann, 


532  ÉPILOGUE 

commandant  delà  Zenta,  le  lieutenant  de  pavillon  von  Win- 
lerhalder,  le  lieutenant  Kollar,  deux  aspirants,  et  3o  soldats 
d'infanterie  de  marine  de  la  Zenta. 

Anglais.  —  Trois  officiers,  le  capitaine  B.  M.  Strouls, 
commandant,  le  cap.  Halliday,  le  cap.  \Vray,et  79  hommes 
d'infanterie  légère  de  marine  royale,  3o  hommes  du  navire 
de  guerre  Orlando  et  ^9  de  Wei-haï-wei. 

Français.  —  Deux  officiers,  le  capitaine  Darcy  et  renseigne 
Herber,  et  /|5  hommes  d'infanterie  de  marine  du  d^Entre- 
casteaux  et  du  Descartes. 

Allemands.  —  Le  Heutenant  comte  Soden  et  5i  hommes 
d'infanterie  de  marine  du  3"  bataillon  de  Kiao-tcheou. 

Italiens.  —  Le  lieutenant  Paolini  et  28  marins  de  VElba. 

Japonais.  —  Le  lieutenant  llara  et  2^  hommes  d'infante- 
rie de  marine  du  Atago. 

Hwises.  —  Deux  officiers,  le  lieutenant  baron  von  Rah- 
den,  le  lieutenant  von  Dehn,  et  79  hommes.  —  72  hom- 
mes d'infanterie  du  Sissoi  Veliki  et  du  ISavarin  et  7  cosa- 
ques de  la  légation. 

Total,  18  officiers  et  889  hommes. 

En  outre,  il  y  avait  à  la  cathédrale,  le  Pe  Tang  : 

Français.  —  Le  lieutenant  Henry  et  3o  hommes. 

Italiens.  —  Le  lieutenant  Cavalieri  et  1 1  hommes. 

Sur.iYAMA,  Akira  (Ts'ing  San-chan),  chancelier  de  la  Lé- 
galion  japonaise,  assassiné  le  1 1  juin  par  les  soldats  de 
Toung  Fou-siang  hors  de  Yong  Ting  mon,  alors  qu'il  se 
rendait  au  chemin  de  fer  au-devant  de  l'escorte  japonaise. 
La  Gazette  de  Pékinij  du  i3  juin  1900  exprime  les  regrets 
de  la  Cour. 

GAniiKiLEs,  de  la  Congrégation  de  la  Mission,  brûlé  dans 
le  Toung  Tang,   i3  ou  i4  juin  1900. 

DoHK,  de  la  Congrégation  de  la  Mission,  brûlé  dans  le  Si 
Tang.  Deux  frères  maristes  dont  le  Visiteur  de  la  Province 
tués  à  Cha-la-eul. 


M\RTYROLOGUE    DE    PK-KING  33v^ 

Ketteler,  Clément- Auguste,  Baron  von,  né  à  Postdam, 
2  2  novembre  i853  :  neveu  de  Tévêque  de  Mayence,  Wilhelm 
Ketteler  ;  embrassa  d'abord  la  carrière  militaire  et  fut  nommé 
second  lieutenant,  puis  entra  dans  l'interprétariat  et  fut  en- 
voyé à  Péking,  consul -interprèle  à  Canton  en  i883,  il  fut 
nommé  secrétaire  de  l'ambassade  de  Mexico  ;  le  i5  juillet 
1899,  il  fut  choisi  comme  ministre  plénipotentiaire  pour 
remplacer  à  Péking  le  baron  von  lleyking.  Il  a  été  assassiné 
d'un  coup  de  fusil  par  un  soldat,  le  20  juin  dans  la  rue  de 
lia  ta  mcn,  alors  qu'il  se  rendait  au  Tsoung-li  Yamen;  son 
interprète,  M.  Cordes,  fut  blessé  en  même  temps. 

IIiiHERTY,  James,  Professeur  à  l'Université,  tué  le  20  juin. 

Phillips,  soldat  d'infanterie  de  marine  anglaise,  tué  le 
29  juin  alors  qu'il  se  promenait  dans  le  jardin  de  la  léga- 
tion d'Angleterre. 

IIerrer,  Marie-Eufjbne,  né  le  28  octobre  1878  ;  aspirant 
de  i""''  classe,  5  octobre  1899;  il  était  entré  au  service  en 
1896,  cl  appartenait  au  Descartes  ;  tué  par  une  balle  sur  le 
haut  d'un  toit  delà  Légation  le  29  juin  1900. 

En  outre  ont  été  tués  parmi  les  Français  pendant  le  siège 
des  Légations  : 

Le  second-maître  canonnier  Le  Gloanec;  les  fusiliers  Cor- 
selin,  Julard  et  Lenne,  du  à'' Entrecastcaux. 

Le  quartier -maître  canonnier  Pesqueur;  les  canonniers 
Pouzien,  Quéméner;  les  fusiliers  Philippe,  Collas,  elle  ma- 
telot Bougeard,  du  Descartes. 

Blessés  pendant  le  siège  des  légations  : 

Le  Heutenant  de  vaisseau  Darcy,  commandant  la  compa- 
gnie de  garde  de  la  légation  d«  France;  le  second  maître  ca- 
nonnier Le  Coquen  ;  le  quartier-maître  fourrier  Lohézic  ;  les 
quartiers-maîtres  de  mousquelerie  Hérisson,  L'Anthoen;  le 
quartier-maître  charpentier  Butor  ;  les  fusiliers  Saliou,  Les- 
neven,  Bargain;  les  gabiers  Domaillain,  Auffret,  Geffroy  ;  le 
timonier  Dupret  ;  les  canonniers  Lamache,  Le  Gat,  Minon, 


Paul  ;  le  torpilleur  Le  Berre  ;  le  matelot  charpentier  Pripe 
le  matelot  Pochcnnec.  Tous  faisant  partie  de  la  compa^ 
de  garde  de  la  légfation. 

CloELiT/,,  lioberl,  caporal  allemand,  tué  le  3o  juin  d'i 
balle  à  la  tétc. 

Wagseh,  secrétaire  des  postes  chinoises,  fds  de  Tanr 
consul  général  de  France  à  Chang-Haï;  tué  le  i"  juillet  d 
éclat  d'obus  à  la  t<Ue  dans  une  des  cours  de  la  Légation 
France  ;  le  premier  civil  tué  pendant  le  siège  des  Légatio 

KdJiMA,  attaché  à  la  légation  japonaise,  tue  le  2  juillet 

TLn:«F.R,  soldat  américain,  tué  le  3  juillet. 

Thomas,  soldat  américain,  tué  le  3  juillet. 

Oliphant,  Daftd,  fils  de  T.  T.  Oliphant,  de  Si  Andrc 
né  en  1876,  assistant  interprète  de  seconde  classe  à  la  Lé 
tion  d'Angleterre;  admis  au  concours  du  i^dércmbre  181 
élève  interprète,  i"  février  i8<(7;  il  coupait  un  arbre  p 
du  puits  des  Han-lin  ie  5  juillet  lorsqu'il  re^ut  une  balle  d 
soldat  caché  dans  le  parc  impérial  des  voitures;  il  ai 
2a  ans. 

TuoMA»>  DR  MoNT.tLMAR,  capitaine  de  vaisseau  autric h ii 
commandant  la  Zcnla;  tué  d'un  éclat  d'obus  en  pleine  p 
trinc  le  8  juillet,  alors  qu'il  causait  avec  les  capitaines  1 
brousse  et  Darcv. 

^nl'l^T(JF.^s,  André-Loitix.  né  à  iinnfleur  (Calvados), 
i3  septembre  187a  ;  diplômé  de  l'Kcole  des  I^ngue«  Orii 
.  taies  vivantes  pour  la  langue  annamite  (3^  janvier  1896' 
pour  la  langue  chinoise  (i5  décembre  iSfli)):  licencié 
dmit;  interprète  du  chemin  de  fer  Lou-llan  (Peking-II 
k'cou);  blessé  mortellement  à  la  gorge  le  1 1  juillet,  en  cb 
chant  h  s'emparer  d'un  drapeau  chinois,  et  mort  le  1 5. 

Naraharv,  secrétaire  de  la  légation  japonaise;  morl 
24  juillet  d'une  blessure  causée  par  l'éclat  d'un  obus  le  i  iji 
let  ;  ancien  secrétaire  du  marquis  Ito. 

\\abren,  Ilcnry,    légation  d'Angleterre;   admis  au  c 


M\UTYROLOGE    DE    PÉ-KING  535 

cours  9  juin;  élève  interprète,  19  juillet  1899  ;  blessé  mor- 
tellement par  un  éclat  d'obus  à  la  mâchoire  supérieure  le 
1 5  juillet  1900,  étant  de  garde  aux  avant-postes  japonais; 
mort  le  16. 

Strouts,  Bernard  Marton,  capitaine  de  Tinfanterie  légère 
de  la  marine  royale  ;  né  le  27  mai  1870;  second  lieutenant 
d'infanterie  de  marine  (i*"' septembre  1888)  puis  lieutenant 
(21  septembre  1889);  capitaine  (i5  septembre  1897); 
avait  élé  débarqué  du  Centurion  pour  servir  à  Wei-Haï  wei; 
tué  le  16  juillet  d'une  balle  explosible  reçue  dans  Taine  gau- 
che, pendant  que  le  D*"  Morrison,  correspondant  du  Times, 
était  blessé  à  la  cuisse,  au  Sou-Wang  Fou. 

Labrousse,  Alexis-Jacques,  né  le  26  mai  1860;  entré  au 
service,  28  octobre  1881;  capitaine  d'infanterie  de  marine, 
26  février  189/»  ;  tué  d'une  balle  au  front  dans  la  nuit 
du  II  au  12  août,  deux  jours  avant  l'entrée  des  alliés  à 
Péking  ;  il  venait  du  Tong-king  et  rentrait  en  France  par  la 

Sibérie. 

« 

Cmavakne,  lazariste,  blessé  d'une  balle  qui  provoque  la  pe- 
tite vérole  noire;  meurt  au  Pe-Tang,  le  26  juillet. 

I1e>r\,  Paul-Charles-Joseph- Martin,  né  le  11  novembre 
1876  ;  entré  au  service  en  1898,  enseigne  de  vaisseau,  5  oc- 
tobre 1898  ;  appartenait  à  l'état-major  du  D' Entrecasteaux  ; 
tué  au  Pe  ïang  le  29  juillet. 

En  outre  ont  été  tués  parmi  les  Français  pendant  la  dé- 
fense du  Pe  Tang  : 

Le  second  maître  de  mousqueterie  Jouannic  ;  le  fusilier 
Rebocr,  les  chauffeurs  David  et  Franck,  du  D'Entrecasteaux. 

Blessés  pendant  la  défense  du  Pe-ïang  : 

Le  timonier  Delmas,  le  fusilier  Le  Goff,  les  canonniers 
Callac,  Le  Sech  ;  les  matelots  Constanza,  Fay  et  Lalès,  déta- 
chés de  la  compagnie  de  garde  de  la  légation. 

Addosio,  Nicolas,  (V,  de  Naples,  de  la  Congrégation  de  la 
Mission,  arrivé  en  Chine  en  i863,  curé  du  Nan  Tang;  tué 


53fi  ÊPILOGtE 

le  lendemain  de  l'arrivée  des  alliés  à  Péking,  en  se  rend 
de  la  Légation  au  Pc  Tang. 

J*tRUs,  sœur,  morte  de  vieillesse  et  des  fatigues  du  siè 
Towas^yn,  Alfrert  Ewen.  fil»  de  Alfred  M,  Townse 
agent  de  la  Hongkong  and  Sliaiighai  Banking  CuriK>ra(îo 
New- York,  né  on  1879,  élevé»  Marlborough  Collège,  pa 
les  examens  le  6  juin  i8()o  et  fut  nommé  élève- interprète 
Chine,  iQJuilIcl  i8i)()  ;  blesse  à  Péking;morI  de  la  fiè 
typhoïde  à  l'iiâpilal  naval  de  Yokohama,  a3  septembre  iç)( 
Les  perles  totales  des  détachements  ont  été  ainsi  répartit 
Anglais.  3  tn&-,  11)  blessés;  Rnsi^es,  i  tués,  i<)  blessa 
Américains,  7  tués,  lo  blessés;  Allemands,  12  tués,  i5  bl 
ses;  Français,  ii  tués,  22  blessés:  Autrichiens,  ^  l" 
II  blessés;  Italiens,  7  tués,  1:1  blesses;  Japonais,  5  tu 
^o  blessés. 

AftMEMPNTS   ES    ELiHOPE 

Le  1 1  juillet,  le  virc-amîral  Pottier  était  nommé  par  1 
cisîon  présidentielle  commandant  en  chef  de  l'escadre  d'I 
Iréme-Oricut.  Le  général  Vojron  futnommécommandant 
corps  eïpé(lilit>nnaîre  français  avec  les  généraux  de  brigj 
Itailloud  et  rrey'.  sous  ses  ordres. 

Au  commencement  d'aoïlt,  l'Kmpercnr  d'Allemagne  pr 
sentait  les  gouvernements  au  sujet  de  la  nomination 
fcid-maréchal  comte  Waldersee  comme  commandant  en  c 
des  troupes  internationales  en  Chine,  L'Empereur  Nico 
rc|Nindit  qu'étant  données  la  si  grave  olFense  faite  à  l'Allen 
magne  par  l'assassinat  de  son  ministre  en  Chine  et  la  ha 
situation  militaire  du  comte  de  Waldersee,  il  ne  voyait  p 
en  ce  qui  le  concernait,  d'inconvénient  à  cette  désignatioi 

I .  Il  avait  prii  le  commande  me  ni  de*  Irouj-es  eicrcô  jusqu'alon  [ia 
colonel  de  Pélacol,  apr^  la  prîie  de  Ticii-liiii  (i'^''  juillol). 


PROTOCOLE    FliNAL,    7    SEPTEMBRE    I9OI  537 

L'Italie  le  9  et  TAngleterre  le  10  août  acceptèrent  la  création 
d'un  généralissime  et  le  choix  proposé  du  maréchal  de 
Waldersee. 

D'ailleurs  le  rôle  des  troupes  consistait  à  assurer  la  tran- 
quillité à  Pé-King  et  à  Tien-tsin,  à  nettoyer  le  ïché-li  des 
Boxeurs,  et  à  appuyer  Faction  diplomatique. 

ISÉG0C1AT10?ÎS 

D'autre  part,  le  21  août,  Li  Houng-tchang  qui  avait  été 
nommé  vice-roi  du  Tche-li  le  10  juillet,  muni  de  pleins 
pouvoirs  qu'il  tenait  de  l'Impératrice,  annonçait  aux  puissan- 
ces l'arrivée  des  alliés  à  Pé-King  et  demandait  la  nomination 
de  représentants  pour  négocier  la  paix  avec  lui.  Il  n'entre  pas 
dans  le  cadre  de  ce  volume  d'écrire  le  récit  des  négocia- 
tions, qui  commencèrent  en  réalité  le  26  octobre  et  je  me 
borne  à  enregistrer  les  principaux  instnmienls  diplomatiques 
des  dernières  années,  dont  je  donne  le  texte.  Je  reprendrai 
cette  histoire  quelque  jour. 


PROTOCOLE    FINAL,     7    SEPTEMBRE     I9OI   *. 

Les  Plénipotentiaires 
d'Allemagne  : 

Son  Excellence  M.  A.  Mumm  Von  Schwarzenstein*; 
Etc. 

•      •••••••••••♦••• 

Et  de  Chine  : 

Son  Altesse  Yi-Koua>g,  Prince  du  Premier  rang; 
R'iNG,  Président  du  Ministère  des  AITaircs  étrangères; 
Etc. 


I .   Le  manque  de  place  ne  nous  permet  pas  de  reproduire  ici  les  an- 
nexes mentionnées  au  Protocole  final. 

a.  Ministre  d'Allemagne  à  la  place  du  baron  von  Ketteler. 


b',0  (viiM.vt: 

Cliinc  cl  de  soii  Gouvernement    nii   sujet   lic   l'assassinat   dp  f 

M.  Soii(;iy3ii)a. 

Art.  IV.  —  Le  Goiivernemcnl  Cliinois  s'est  engagé  à  êrip 
nn  monument  expiatoire  dans  cliaenn  des  cimetières  étrange 
on  internationaux  qui  ont  élu  profanés  el  dont  les  tombes  o 
été  détruites. 

D'nccord  avec  les  Représentants  des  Puissances,  il  a  été  eo 
venu  que  iesLégationsîntéressces  iJormeronl  les  indications  poi 
l'érection  de  ces  monuments,  à  rliarj;c  par  la  Chine  d'en  couvi 
tous  les  frais,  évalués  à  dix  mille  liiëls  pour  les  cimetières  i 
Pé-King  et  des  environs,  ii  cinq  mille  Ini^ls  pour  les  cimetières  d 
pj-ovinces.  ("es  sommes  ont  été  versées,  et  la  liste  de  ces  cim 
tières  esl  ci-jointe  (annexe  n'  lo). 

.\ht.  V.  —  La  Chine  n  ncre[ité  de  prohiber  sur  son  terriloi 
l'importation  des  armes  e(  des  munitions,  ainsi  que  du  matéri 
destiné  exclusivement  n  la  fabricjitinn  des  armes  et  des  niun 

Un  Edit  Impérial  H  été  rendu  le  a  j  août  (annea-e  n"  1 1),  poi 
interdire  celte  imporlalion  itcudant  une  dun-c  de  deux  annc'-e 

De  nouveaux  Edils  pourront  Mrv  rendus  par  la  suite  |x>i 
prorop^r  ce  terme  de  deut  ans  en  deux  ans,  dans  le  cas  de  n 
cessilé  reconnue  |>ar  les  Puissances. 

Aht.  VI.  —  Par  un  CA'il  Impérial  eu  date  du  39  mai  19c 
(annexe  n"  la).  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine  s'est  engagé 
payer  aux  Puissances  une  indeuinité  de  qnati'e  cent  cinquan 
millions  de  haikouan  taëls.  Cette  somme  n'pnwnle  le  total  d< 
indemnités  pour  les  l'étais,  les  sociétés,  les  pai'lieuliers  cl  l 
Chinois  visés  h  l'article  VI  de  la  note  du  33  décembre  if|oi . 

1)  Ces  quatre  cent  einqunnie  [iiillions  constituent  une  det 
en  or.  calculée  aux  cours  du  haïkouau  lai'l  par  rnpi>ort  à  la  moj 
naic  d'or  de  chaque  pays,  tels  qu'ils  sont  indiqués  ri-après  : 


Un  haikouan    laêl    =  marks .l,o.î5 

^-  =T^  couronnes ,iuslro-hon(:r"ises.  .'{.5(|5 

—  ^dollar  or 0.743 

—  :=--  francs 3.730 

—  =1  livre  sterling o.S'o'' 

"  -  Yen 1407 

—  ^  Horin  hollandais ^-79^ 

~-  =  rouble  or 1,^13 


puotocom:  final,   7  septembrf   1901  fi/ji 

Cette  somme  en  or  sera  productive  d'intérêts  à  quatre  pour 
cent  l*an,.  et  le  capital  en  sera  remboursé  par  la  Chine  en  trente- 
neuf  années,  dans  les  conditions  indiquées  au  plan  d*amortisse- 
menl  ci-joint  (annexe  a"  i3). 

Le  capital  et  les  intérêts  seront  payables  en  or  aux  taux  de 
change  correspondant,  aux  dates  des  diverses  échéances.  Le 
fonctionnement  de  Tamortissement  commencera  le  T'"  janvier  1903 
pour  fmir  fi  l'expiration  de  Tannée  19^0.  Les  amortissements 
seront  payables  armuellement,  la  première  échéance  étant  fixée 
au  i*^^'*  janvier  190»^. 

Les  intérêts  seront  comptés  à  partir  du  i*'""  juillet  1901,  mais 
le  gouvernement  chinois  aura  la  faculté  de  se  libérer,  dans  un 
délai  de  trois  ans  commençant  le  i""  janvier  1903,  des  arrérages 
du  premier  semestre  Unissant  le  3i  décembre  1901,  à  la  condi- 
tion toutefois  de  payer  des  intérêts  composés  à  quatre  pour  cent 
l'an  sur  les  sommes  dont  le  versement  aura  ainsi  été  dilTéré. 

Les  intérêts  seront  payables  semestriellement,  la  première 
échéance  étant  fixée  au  r'""  juillet  190a. 

/>)  Le  service  de  la  dette  sera  elTectué  à  Chang-Ilaï  et  de  la  ma- 
nière suivante  : 

Chaque  puissance  se  fera  représenter  par  un  délégué  dans  une 
commission  de  banquiers  qui  sera  chargée  d'encaisser  le  montant 
des  intérêts  et  des  amortissements  qui  lui  sera  versé  par  des  aut(^ 
rites  chinoises  désignées  à  cet  effet,  de  le  répartir  entre  les  inté- 
ressés et  d'en  donner  quittance. 

c)  Le  Gouvernement  chinois  remettra  au  doyen  du  corps 
diplomatique  à  Pé-king  un  bon  global  qui  sera  transformé  ulté- 
rieurement en  coupures  revêtues  de  la  signature,  des  délégués 
du  gouvernement  chinois  désignés  à  cet  effet.  Cette  opération  et 
toutes  celles  se  rapportant  à  l'établissement  des  titres  seront  effec- 
tuées par  la  Commission  précitée,  conformément  aux  instructions 
que  les  Puissances  enverront  à  leurs  délégués. 

</)  Le  produit  des  ressources  affectées  au  payement  des  bons 
sera  versé  mensuellement  entre  les  mains  de  la  Commission. 

e)  Les  ressources  affectées  à  la  garantie  des  bons  sont  énumé- 
rées  ci-après  : 

I"  Le  reliquat  des  revenus  de  la  Douane  maritime  impériale 
après  payement  de  l'intérêt  et  de  l'amortissement  des  emprunts 
antérieurs  gagés  sur  ces  revenus,  augmentés  du  produit  de  l'élé- 
vation à  5  pour  0/0  effectifs  du  tarif  actuel  sur  les  importations 
maritimes,  y  compris  les  articles  qui  jusqu'à  présent  entraient 


5^3  ^iLOGUi; 

en  franchise,  ii  l'exceplion  du  rh,  des  céréales  et  des  Tarine! 
provenance  [^l^a^g^^e,  ainsi  que  de  l'or  et  de  l'argent  monn 

3"  Les  revenus  des  Douanes  indigJ-ncs,  administrées  dans 
{Mirls  ou\crU,  par  la  Douane  maritime  impériale  ; 

3»  L'ensemble  des  revenus  de  la  gabelle,  sous  réserve  d. 
fraction  alTectée  précédemment  à  d'autres  emprunts  étran^i 

l/élévation  du  tarif  actuel  sur  les  importations  à  5  pour 
eir<*ctifs  est  consentie  aux  conditions  ci-après  : 

La  mise  en  vigueur  de  cette  élévation  commencera  deux  n 
après  In  date  de  la  signature  du  présent  protocole,  et  il  ne  sera 
d'exception  que  pour  les  marchandises  en  cours  de  route,  au  ] 
lard  dix  jours  apivs  la  date. 

i"  Tous  les  droits  sur  tes  irn|)ortation3  perçus  aii  valnrem  sei 
convertis  en  droils  spéctiiqucs,  autant  qu'il  sera  possible  d 
laire,  et  dans  le  pins  Lref  délai. 

Cette  conversion  sera  établie  comme  suit  : 

On  pi-endra  comme  base  d'évaluation  la  valeur  movenne 
marchandises  an  moment  de  leur  débarquement,  pendant 
trois  années  181)7.  i8i)S  et  iS<j().  c'esl-à-<liro  la  taleur  du  ni 
ctié,  déduction  faite  du  moulant  des  droils  d'entrée  et  dem  (i 

Kn  attendant  le  résultat  de  cette  conversion,  les  droits  ser 
perçus  wi  valurem  : 

3°  Le  cours  du  IVï-ho  et  celui  du  IIouan|ï-pou  seront  amé 
rés  avec  la  participation  financière  de  ia  Chine. 

Akt.  \1I.  ^  Le  Gouvernement  Chinois  a  accepté  que  le  qii 
tier  occu]ié  \\&v  les  Lé{j;ations  fClt  considéré  conijuc  un  quart 
s|>écinleinciit  ri'-servé  ii  leur  usage  et  placé  sous  leur  |>oltcc  est 
sive,  où  les  Chinois  n'auraient  pas  le  droit  de  résider,  el 
|N)urrait  être  mis  en  état  de  défense. 

Los  limites  de  ce  <|uartier  ont  été  ainsi  lixées  sur  le  plan 
joint  (aitnfxe  W  li)  : 

A  l'Uuest.  la  ligne  1.  -j,  '6.  !^,'o■. 

Au  ^ord.  ia  ligne  5.  C.  7,  8,  9,  10  ; 

A  rKst.  larueKelteler:  10.  11.  la; 

Au  Sud.  ta  ligne  13 — t  tirée  le  long  du  pied  extérieur  d< 
muraille  lartare  en  suivant  les  bastions. 

Par  le  protocole  annexé  a  la  letti'edu  lU  janvier  [(|Oi-  la  Cli 
areconnuàcliaque  Puissance  le  droit  d'entretenir  une  garde  p 
luanenle  dans  ledit  quartier  pour  la  défense  de  sa  Légation. 


PROTOCOLE    FINAL,    "    SEPTEMBRE    IQOI  5^3 

Art.  Vill.  —  Le  Gouverncinenl  Chinois  a  consenti  à  faire 
raser  les  forts  de  Takou  et  ceux  qui  pourraient  empêcher  les 
libres  communications  entre  P6-King  et  la  mer. 

Des  dispositions  ont  été  prises  h  cet  effet. 

Art.  IX. —  Le  Gouvernement  Chinois  a  reconnu  aux  Puissan- 
ces, par  le  protocole  annexé  à  la  lettre  du  iG  janvier  1901,  le 
droit  d'occuper  certains  points,  à  déterminer  par  un  accord  entre 
elles,  {X)ur  maintenir  les  communications  libres  entre  la  capitale 
et  la  mer. 

Les  points  occupés  par  les  Puissances  sont:  Houang-lVoun, 
Lang-Cang,  Yang-ts*oun,  Tien-lsin,  Kiun-léang-tchang,  Tang- 
k*ou,  Lou-tai,  Tang-chan,  Louan-lchéou,  Tchang-li,  Ts'in-wang- 
tao,  Chnn-Hai-kouan. 

Art.X. —  Le  Gouvernement  Chinois  s'est  engagé  à  aiïicher  et 
à  publier  pendant  deux  ans  dans  toutes  les  villes  de  district  des 
Ëdits  impériaux  suivants  : 

a)  Ëdit  du  i*""  février  1901  (^annexe  n»  i5),  portant  défense 
perpétuelle,  sous  peine  de  mort,  de  faire  partie  d'une  société 
anti-étrangère  : 

6)  Édit  du  i3et  21  février,  39  avril  et  19  août  1901,  conte- 
nant rénumération  des  peines  qui  ont  été  infligées  aux  cou- 
pables ; 

c)  Ëdit  du  19  août  1901,  supprimant  les  examens  dans  toutes 
les  villes  où  des  étrangers  ont  été  massacrés  ou  ont  subi  des 
traitements  cruels  ;  ' 

(/)  Édit  du  1*"*  février  1901  Connexe  n"*  16),  déclarant  que  tous 
les  gouverneurs  généraux,  gouverneurs  et  fonctionnaires  provin- 
ciaux ou  locaux  sont  responsables  de  Tordre  dans  leurs  circon- 
scriptions et  (ju'en  cas  de  nouveaux  troubles  anti-étrangers  ou 
encore  d'autres  infractions  aux  traités  qui  n'auraient  pas  été 
immédiatement  réprimées,  et  dont  les  coupables  n'auraient  pas 
été  punis,  ces  fonctionnaires  seront  immédiatement  révoqués 
sans  pouvoir  être  appelés  à  de  nouvelles  fonctions  ni  recevoir  de 
nouveaux  honneurs. 

L'aiFichage  de  ces  Édits  se  poursuit  progressivement  dans  tout 
l'Empire. 

Art.  XI. —  Le  Gouvernement  Chinois  s'est  engagé  à  négocier 
les  amendements  jugés  utiles  par  les  Gouvernements  étrangers, 
aux  traités  de  commerce  et  de  navigation,  et  les  autres  sujets 
touchant  aux  relations  commerciales  dans  le  but  de  les  faciliter. 

Dès  maintenant  et  par  suite  des  stipulations  inscrites  à  Parti- 


rie  VI  a 


ÉPILOGUE 


l  (le  l'indt'TiiniU-.  In  gouverneinonl  chinois  s'ong 
I   l'amùltoraliuii  (iii  cours  des  ^ivi^^cs  iVi-llo 
lloumig'pou,  coninii'  il  est  dit  ci-drs.ious  : 

u)  Les  lrn\au\  il'anu'lioralioii  do  la  lia viyat loti  du  Peî-I 
commences  en  i8tj8  avec  In  coo()ération  du  gouverneinenl  c 
nois.  ont  l'ié  repris  sous  la  Direction  d'une  commission  iiil 
nationale. 

Aussilùl  après  ^uc  l'AdminTsIration    de    Tien-lsin  aura 
rcmisi'tiu  (ioiivernemeiil  chinois,  celui-ci  jtourra  se  faire  rep 
sciilcr  dans   celle   (Jonimissiim.  cl    versera  chaque    année     i; 
somme  de  soixante   mille  haïkouaii   taèls  pour  l'cntrclien  i 

h)  il  est  créé  un  Conseil  lluvial  iliaifçé  de  la  direction  et 
contnMc  des  travaux  de  rectilicalioii  du  noiiaiig-|iou  et  d'an 
iioralioii  du  cours  de  cette  rivière. 

O  cimscil  est  composé  de  menihres  représeï liant  les  inlér 
dn  (iouvernenienl  chinois  et  ceux  desélran^rs  dansleeninniej 
niarilinie  de  CliaiiK-Haï. 

IjCs  frais  nécessités  par  les  travaux  el  r.\dminiKtration  génér 
de  l'enlccprise  sont  évalués  à  la  somme  annuelle  de  ijua 
cent  soixante  mille  haïkouan  taëls  pendant  les  vingt  preniièi 

Cette  sonnne  ser»  fournie  par  moitié  par  le  Gouvemenie 
chinois  el  par  les  intéressés  étrangers. 

Le  délai!  de->  stipulations  se  rap|>orlant  à  la  composition,  a 
altrihutions  el  au\  revenus  du  Conseil  lluvial  fait  lohjct 
r.mnfjce  »■•  17. 

\ht.  \II.  -  Ln  édit  im[HTial  du  a ^4  juillet  1901  (amie 
I,"  iH).  a  réformé  llJlIiei-  des  Alfaires  élranfiéres  (Tst.umj 
1  iimfn').  dans  le  sens  indiqué  par  les  i'iiissanees.  c'est-à-dire  i[ii 
la  transformé  en  un  Miiiislère  lies  Alfain-s  étrangères  (  H  ai-wi 
jiuii)  qui  iireiid  rang  avant  les  six  autres  ^linistères  d'Klat. 

Le    méuie  hdit    a    nommé    les    |irincT|)aux    incmhres   de 

Un  accoi'd  s'esl  élahli  également  au  sujet  de  la  mo«lilicalii 
du  cérémonial  de  Cour  relatif  à  la  nVcptron  des  Représentai 
étranfpTS  et  a  fait  l'ohjet  de  plusieurs  Voles  des  l>léni|K>tentiaii 
rhinott  résumées  dans  un  uiénioraiiduui  ci-jninl  (nniiere  n*  ii| 

Kntin  il  est  expressément  entendu  que.  pour  les  d>'>claralio 
^U^r.éllUllcées  et  les  documents  annexés  émanant  dcA  l'Iénip 
te ntia ires  étrangers,  le  texte  franv^is  fait  seul  foi. 


MORT    DE    Lï    HOL^G-TCHANG,    7    TtOVEMBRE    I9OI  545 

Le  Gouvernement  chinois  s'étanl  ainsi  conformé,  à  la  satisfac- 
tion' des  puissances»  aux  conditions  énumérées  dans  la  Note 
précit(!^e  du  22  décembre  1900,  les  Puissances  ont  accédé  au 
désir  de  la  Chine  de  voir  cesser  la  situation  créée  par  les  désor- 
dres de  Tété   1900. 

En  conséquence  les  Plénipotentiaires  étrangers  sont  autorisés 
à  déclarer  au  nom  de  leurs  Gouvernements  que,  à  Texception 
des  gardes  des  Légations  mentionnées  à  Tarlicle  Vil,  les  troupes 
internationales  évacueront  complètement  la  ville  de  Pé-King 
le  17  septembre  1 901,  et,  à  l'exception  des  endroits  mentionnés 
à  l'article  IX,  se  retireront  de  la  province  du  Tché-li,le  23  sep- 
tembre 1901. 

Le  présent  Protocole  final  a  été  établi  en  douze  exemplaires 
identiques  et  signés  par  tous  les  Plénipotentiaires  des  Pays  con- 
tractants. Un  exemplaire  sera  remis  à  chacun  des  Plénipoten- 
tiaires étrangers  et  un  exemplaire  sera  remis  aux  plénipotentiaires 
chinois. 

Pé-King,  le  7  septembre  F901  ^ 

MORT    DE    LI    HOUNG-TCHANG,    7    NOVEMBRE    I9OI. 

Li  Houng-tchang  survécut  peu  h  la  signature  du  Protocole. 

Les  négociations  l'avaient  fatigué  et  le  départ  de  Pé-King  du 
prince  K'ing  à  la  fin  d'octobre  avait  fait  retoniber  tout  le  poids 
des  affaires  sur  le  vice-roi  du  Tché-li  ;  Li  était  d'une  faiblesse 
extrême,  mais  en  réalité,  il  vivait  dans  son  atmosphère  habi- 
tuelle d'intrigues  et  de  luttes,  et  sans  aucun  doute,  il  se 
serait  rétabli  malgré  son  grand  âge,  trompant  une  fois  de 
plus  ceux  qui,  si  souvent,  avaient  escompté  sa  mort  ;  mais 
se  sentant  mieux,  Li  voulut  manger  de  ces  pâtisseries  lour- 
des fabriquées  dans  le  Nord  de  la  Chine  dont  il  était  très 
friand,  et  ce  fut  une  prosaïque  indigestion  qui,  le  7  novem- 
bre 1901,  enleva  à  11  heures  du  soir  à  Pé-King,  le  dernier 
et,  sans  doute,  le  plus  grand  représentant  de  la  politique 
inaugurée  en  Chine  en  1860. 

I.  Chiiie.  Juin-octobre  1901,  pp.  i4-2o. 

GOBDISR.  III.  —  35 


ACCORD    ErtTItE    LA    GRANDE    BRETAGNE    ET    LE    JAPON 

3o  JANVIER  igoa 

Les  gouvernements  de  la  Grandi'-Brela^ne  et  du  Jagran, 
par  le  seul  désir  de  maintenir  le  sliilii  i]uo  et  la  paix  gi'néfa 
Extrême-Orient  et,  en  outre,  HiH'cialpuirnt  intéressés  à  main 
l'indépendance  de  l'empire  de  la  Cliine  et  de  l'empire  de  la  < 
et  h  assurer  des  facilités  égales  dans  ces  deux  pays  au  cornu 
et  à  l'industrie  de  toutes  les  nations,  conviennent  par  les 
sentes  ce  qui  suit  : 

Article  premieh.  —  Les  liaulos  parties  contractantes,  t 
mutuellement  reconnu  l'indépendance  de  la  Chine  et  t 
Corée,  se  déclarent  entièrement  dégagées  de  toute  leni. 
agressive  contœ  l'un  on  l'autre  de  ces  dcu\  pavs. 

Ayant  en  vue  toutefois  leurs  intén'U  spi^iaux  dont  ceu\ 
Grande  Bretagne  se  réf^ivnt  principalemeni  à  la  Cliine,  t 
que  le  Jajion,  en  outre  des  inléréls  qu'il  [kiss^c  en  Cliini 
intéresst'-  k  un  degré  giarliculier  au  point  de  vue  politique 
liien  que  commercial  cl  induslriel  en  Corée,  les  hautes  |n 
contractantes  reconnaissent  qu'il  sera  |)erniis  à  toutes  dci 
prendre  telles  mesures  qui  pourront  élre  indispensables  en 
de  sauvegarder  ces  intérêts,  s'ils  sont  menacés,  soit  par  l'a' 
agressive  de  toute  autre  puïssanct*.  soit  par  des  troubles  en  ( 
ou  en  Corée  nécessitant  l'intervention  d'une  des  deux  II. 
parties  contractantes  pour  la  protection  de  la  \ie  et  des  biei 
ses  sujets. 

Art.  -j.  — '  Si  la  Crandc' Bretagne  ou  le  Japon  pour  la  dé 
di's  inléiéts  respectifs  ci-dessus  décrits,  étaieiil  inq>liqués 
une  guerre  avec  une  autre  puissance,  l'autre  haute  partie 
tractante  gardera  une  stricte  neutralité  et  fera  ses  elTorts 
einpéclier  d'autres  puissances  de  prendre  part  aui  liost 
contre  son  allié. 

.\ht.  3.  —  Si.  dans  le  cas  piV-cité.  toute  autre  puissanc 
toutes  antres  puissanix-s  prenaient  |iart  mix  linstililés  contre  I 
alliée,  l'autre  [uirtie  coiilraclanle  viendra  à  son  aide  et  (t 
^crre  en  coinnuin  avec  elle  et  cunchiera  la  [laix  d'un  coin 
accord. 

Art.  /(-  —  Les  hautes  parties  contractantes  convicnncnl 
ni  l'une  ui  l'autre  ne  conclura,  sans  consulter  l'autre  .  d'ai 


ACCORD    ENTRE    LA    GRANDE-BRETAGNE    ET    LE    JAPON  547 

séparé  avec  une  autre  puissance  au  préjudice  des  inlérols  ci-dessus 
décrits. 

Art.  5.  —  Toutes  les  fois  que  de  l*avis,  soit  de  la  Grande- 
Bretagne,  soit  du  Japon,  les  intérêts  ci-dessus  mentionnés  seront 
en  péril,  les  deux  gouvernements  communiqueront  l'un  avec 
l'autre  pleinement  et  franchement. 

Art.  g.  —  Le  présent  traité  devra  entrer  en  vigueur  aussitôt 
après  la  date  de  sa  signature  et  rester  elTectif  pendant  cinq  ans  à 
partir  de  cette  date. 

Dans  le  cas  où  ni  Tune  ni  l'autre  des  parties  contractantes 
n'aurait  notifié  douze  mois  avant  l'expiration  de  ces  cinq  années 
l'intention  d'y  mettre  fin,  le  présent  traité  devra  les  lier  jusqu'à 
ce  que  l'une  ou  l'autre  des  deux  hautes  parties  contractantes 
l'aura  dénoncé.  Mais  si,  quand  arrivera  la  date  fixi^c  pour  son 
expiration,  l'une  ou  l'autre  alliée  est  engagée  dans  une  guerre, 
l'alliance  devra  ipso  facto  continuer  jusc|u'à  ce  que  la  paix  soit 
conclue. 

En  foi  de  quoi,  les  soussignés,  dûment  autorisés  par  leurs 
gouvernements  respectifs,  ont  signé  ce  traité  et  y  ont  apposé 
leurs  sceaux. 

Fait  en  double,  à  Londres,  le  3o  janvier  1902. 

Signé  :  Lansdowne, 
Principal  secrétaire  d'Etat  de  Sa  Majesté  Britannique 

aux  Affaires  étrangères. 

Hayashi, 

Envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire 

de  Sa  Majesté  l'Empt^reur  du  Japon, 

près  la  Cour  de  Saint-James. 

Le  texte  de  ce  traité  a  été  adressé  par  le  marquis  de  Lans- 
downe  à  sir  Claude  Mac  Donald,  ministre  d'Angleterre  à  Tokio, 
dans  ime  lettre  datée  du  Foreign  Office,  3o  janvier  1902. 

Le  secrétaire  d'Etat  y  déclare  que  ce  traité  peut  être  regardé 
comme  le  résultat  des  événements  qui  ont  eu  lieu  pendant  les 
deux  dernières  années  en  Extrême-Orient,  et  de  la  part  que  la 
Grande-Bretagne  et  le  Japon  y  ont  prise.  Les  deux  puissances 
ont  agi  dans  des  vues  similaires.  Lord  Lansdowne  attire  spécia- 
lement l'attention  du  ministre  sur  les  articles  2  et  3.  Il  ajoute 
que  le  gouvernement  anglais  s'est  décidé  à  conclure  ce  traité 
avec  la  conviction  qu'il  ne  contient  aucune  clause  qui  puisse  être 
regardée  comme  une  indication  de  tendance  agressive  ou  égoïste 


dans  In  ré^^iunï  auxquelles  il  s'applique.  C'esl  une  mc! 
précaution  pour  la  défense  d'importants  interdis  anglais 
e  aucunement  la  position  actuelle  ou  les  intér^i 
times  d'autres  puissances. 

Il  conclut  : 

Le  gouvernement  de  Sa  Majesté  espère  i]UO  le  traité  ; 
tourner  au  mutuel  avantage  des  deux  pays,  qu'il  contr 
Inticn  de  la  paii  et.  dans  le  cas  ou  cellc^i  serait  tn 
rcusement  rompue,  qu'il  aura  pour  eiïet  de  restreindre  le  i 
des  hostilités. 


ACCORtk   FRANCO-RUSSE,     IQ    MARS    ig03. 

Les  journaux  de  Paris  du  20  mars  suivant  renfern 
le  communiqué  suivant  : 

Les  représentants  diplomatiques  de   la  France   cl 
Russie  imt  donné  aujourd'hui  communication  de  la  dé 
lion  suivante  aux  ministres  des  alîaires  étrangères  des 
snnces  signataires  du  protocole  de  Pé-king  du  7  septc 


u  l^s  gouvernements  alliés  de  la  France  et  de  lu  Itu.'uie 
reçu  communient  ion  de  la  convention  anglo-japonaise  du  Hi 
iclue  danft  le  hut  d'assurer  le  statu  «yiiu  et  Iî 
I  E.\tn* nie-Orient  et  de  iitaintenir  rind<^en<)ar 
la  (îhine  et  de  la  Girée.  qui  doivent  rester  ouvert<-s  an 
9  l'industrie  de  toutes  les  nations,  ont  été  plein* 
switi-ffuîts  d'y  tromer  l'alTinuation  des  principes  ess<>nliels 
«mt  eui-mi^mes.  ù  plusieurs  reprises,  déclan'  constituer  e 
■lit  la  base  de  leur  |)oIitique. 
B  Les  deux  gouvernements  estiment  que  le  res|>ecl  il 
priiu'i]»»  e«l  en  même  tenqts  une  Liurantie  |X)ur  leurs  in 
K|)i'-ciaiii  en  blxtréme-Orient.  'l'oiiteriiis.  ohli^i'-s  d'envisngfT 
où.  soit  l'action  a^'r<-s.<iive  de  tierces  pnissunci^ 
\  troubles  en  diine.  nieltaiit  l'ii  qncsiinn  l'inti 
et  le  libre  dévelop|)enient  de  celle  piiissaiici-,  deviendraient 
menace  [wnr  leurs  propn-s  iiilén'-ls.  les  deux  gouverner 
alliés  se  réservent  d'aviser  évcntuellomenl  aux  moyens 
■regarde,  n 


TRAITÉ    RUSSO-CHINOIS,    8    AVRIL    I9O2  5^9 


TRAITÉ    RUSSO-CHINOIS,    8    AVRIL    IQOa 

Los  Empereurs  de  Russie  et  de  Chine,  dans  le  but  de  restau- 
rer et  de  ralTermir  les  relations  de  bon  voisinage  interrompues 
par  la  crise  de  1900,  ont  nommé  comme  plénipotentiaires 
M.  Lkssar,  le  Prince  K'ing  et  Wang  Wen-chao,  pour  régler  cer- 
taines questions  concernant  la  Mandcliourie,  lequel  règlement  a 
abouti  aux  stipulations  suivantes  : 

Article  premier.  —  L'Empereur  de  Russie,  désireux  de  don- 
ner une  nouvelle  preuve  de  son  amour  de  la  paix  et  de  ses 
sentiments  d'amitié  pour  l'Empereur  de  Cbine,  bien  que,  sur 
dillérents  points  de  la  Mandchourie,  touchant  la  frontière,  les 
premières  attaques  aient  été  faites  contre  la  population  pacifîque 
russe,  consent  au  rétablissement  de  l'autorité  cliinoise  en  Mand- 
chourie, qui  demeure  portion  intégrale  de  l'Empire  Chinois,  et 
rend  à  la  Chine  le  droit  d'y  exercer  les  pouvoirs  administratifs  et 
souverains  comme  avant  l'occupation  du  paysparles  troupes  russes. 

Art.  3.  —  En  reprenant  possession  des  j>ouvoirs  administra- 
tifs et  souverains  en  Mandchourie,  le  gouvernement  chinois 
conlirme,  h  la  fois  au  point  de  vue  de  la  durée  et  sur  tous  les 
autres  points,  et  s'engage  à  observer  strictement  les  stipulations 
du  traité  conclu  le  8  septembre  1896  avec  la  Banque  Russo- 
Chinoise.  Le  gouvernement  chinois  s'engage  en  outre,  confor- 
mément à  l'article  5  dudit  contrat,  h  protéger  de  toutes  façons 
le  chemin  de  fer  et  son  personnel,  et  à  veiller  aussi  à  la  protec- 
tion de  tous  les  sujets  russes  vivant  en  Mandchourie  et  des 
entreprises  créées  par  eux.  Le  gouvernement  russe,  de  son  côté, 
en  raison  de  cette  obligation  assumée  par  la  Chine,  consent, 
tant  qu'il  n'y  aura  pas  de  trouble  quelconque,  et  si  la  conduite 
des  autres  puissances  n'y  vient  opposer  aucun  obstacle,  à  retirer 
graduellement  toutes  les  troupes  russes  de  la  Mandchourie  de  la 
façon  suivante  : 

à)  Dans  le  courant  des  six  mois  suivant  la  signature  de  la 
convention,  la  partie  Sud-Ouest  de  la  province  de  Moukden, 
jusqu'à  la  rivière  Liao,  sera  évacuée  par  les  troupes  russes  et  le 
chemin  de  fer  remis  à  la  Chine. 

6)  Dans  le  courant  des  six  mois  suivants,  le  reste  de  la  pro- 
vince de  Moukden  et  la  province  de  Kirin  seront  également 
évacués  par  les  troupes  russes. 


55o  iPiLDoiis 

I?)  Diirnnt  la  six  autre*  mois  suivants,  la  Russie  retire 
rpsic  dr  a's  troupes  de  la  province  de  Ile  Lounjt-Kian^. 

AiiT.  III.  —  l'our  prévenir  toute  future  répétition  des 
hles  de  ii)oo.  auxquels  les  troupes  chinoises  stulionnées  da 
provinrcs  frontières  de  la  Kussic  ont  pris  part,  les  (Icu\  pn 
iieinenis  s'engagent,  aussi  Ion-;tem[)s  <|uc  les  trou)>cs  msf 
seront  ]kis  retirées,  li  donner  connue  instrurtion  à  leurs  au( 
militaires  respectives  de  so  mettre  d'accord  afin  de  fixer  le 
l>re  et  de  déterminer  remplacement  dos  stations  militaire 
troupes  chinoises  en  Mandeliourie.  La  Chine  s'en^-agc  à  n 
augmenter  le  nombre  de  ses  troupes  au-delà  de  ce  qui  est  I 
ijui  doit  être  sulTisnnt  pour  exterminer  les  brif;ands  et  pacil 
pavs.  Après  la  complète  évacualiou  |>ar  les  troupes  niss 
gouvernement  cliïuois  aura  le  droit  de  fixer  luî-mèmp  l'e 
de  SCS  troupes  dans  ce  pays,  et  de  les  augmenter  ou  de  les  i 
nuer,  mais  le  gouvorneineiit  russe  devra  Mre  immédiate 
informé  de  chaque  augnientalion  ou  diminution  do  l'cnoct 
troupes  chinoises,  attetidu  qu'il  est  évident  que  le  maintien 
nombre  excessif  de  troupes  chinoises  en  Mandchourie  nécessi 
uneauj^menlatlon  de  troupes  russes  dans  les  districts  adjacer 
causerait  par  suite  un  accroissement  dos  dô[>enscs  militaires, 
le  pUtsgranddésnvantagedesdeuxpays.Pourlescrviccdcla  ] 
et  le  maintien  de  l'ordre  dans  l'intérieur  eu  dehors  du  tcrriloiri 
à  la  H  ChinescEastem  Itailway  (iompany  »  les  gouverneur) 
vinciaux  militaires  [wurrout  lever  une  gendarmerie  chii 
montée  et  à  pied,  recrutée  exclusivement  parmi  les  • 
chinois. 

Art.  IV.  —  La  Uussic  s'engage  à  restituer  la  ligne  du  ch 
de  ferChan-lIaï-Koiian  Nieou-lchouang  Sin-min-ting,  qiiid 
la  lin  de  septembre  i()00,  a  été  occupée  et  gardée  par  les  tn 
russes,  sous  ces  conditions  : 

1.—  Le  gouvernement  chinois  assumera  la  seule  resjwnsa 
de  protéger  lui-même  celte  ligne  de  chemin  de  fer,  et  ne  lai 
aucune  des*  autres  puissances  entreprendre  ou  partirifter 
défense  des  constructions  ou  ^  l'e^iploitntion  du  chemin  d( 
ni  ne  permettra  .'i  aucune  puissance  étrangère  d'occuper  le 
ritoire  restitué  par  la  Dussie. 

11.  —  La  ligue  du  chemin  de  fer  ci-dessus  indiquée  sera 
plétée  et  exploitée  conformément  à  la  convention  anglo-ru& 
ifi  avril  if^Ofi.  et  au  traité  conclu  le  aS  septembre  18(18 
ime  compagnie  privée,  la  (Jhinc  devant  observer    stricte: 


CONCLUSION  55 1 

robligation  prise  par  la  compagnie  de  ne  pas  prendre  posses- 
sion de  ce  cliemin  de  fer  et  de  ne  pas  s'en  dessaisir  de  quelque 
façon  que  ce  soit. 

m.  — Au  cas  où  le  gouvernement  chinois  songerait  soit  à  étendre 
la  voie  ferrée  dans  le  sud  de  la  Mandcliourie  ou  à  construire  des 
lignes  d'embranchement,  soit  à  établir  un  pont  sur  le  Liao,  soit 
enfin  à  transférer  à  un  autre  endroit  la  station  actuelle  du  chemin 
de  fer  de  Chan-IIaï  Rouan,  cela  ne  devra  être  fait  qu'après 
accord  préalable  entre  les  deux  gouvernements. 

IV.  —  Attendu  que  les  dépenses  supportées  par  la  Russie  pour  la 
restauration  et  l'exploitation  du  chemin  de  fer  ne  sont  pas  com- 
prises dans  l'indemnité  que  la  Chine  doit  rembourser  à  la  Russie, 
le  montant  du  remboursement  de  ces  dépenses  sera  fixé  d'accord 
entre  les  deux  gouvernements. 

Les  stipvdations  des  traités  antérieurs,  non  modifiées  par  la 
présente  convention,  relent  en  pleine  vigueur.  La  présente  con- 
vention aura  force  légale  du  jour  de  la  signature,  et  les  ratifica- 
tions seront  échangées  à  Saint-Pétersbourg  dans  le  délai  de 
trois  mois. 

La  convention  a  été  rédigée  en  russe,  chinois  et  français,  le 
texte  français  devant  faire  autorité.  Elle  est  signée  par  M.  Lessar, 
le  prince  K'ing  et  Wang  Wen-chao. 

CONCLUSION 

Nous  avons  assisté  à  la  lutte  du  dernier  grand  peuple  se 
raccrochant  désespérément  à  une  tradition  séculaire,  repous- 
sant tout  ce  qui  peut  entamer  sa  croyance  en  une  civilisa- 
tion qui,  dans  sa  période  d'isolement,  fit  jadis  sa  force,  — 
et  ne  prenant  à  Tenvahisscur  q»ie  ce  qui  pourrait  plus  sûre- 
ment servir  à  le  chasser.  Transformation  et  non  agonie  d'un 
peuple. 

Dans  une  visite  à  M.  Wade,  Tchoung-Heou,  dès  1861, 
disait  au  diplomate  anglais,  faisant  une  allusion  aux  Classi- 
ques :  «  Quand  un  système  a  duré  trop  longtemps,  il  s'use, 
et  pour  durer  doit   subir  des   modifications  ;   maintenant, 

I .  liennie,  II,  p.  78. 


553  ÉPtLOCCE 

notre  système  est  de  cette  nature  et  pour  lui  permetti 
continuer  il  doit  être  modifié  et  transformé  '.   » 

Si  cette  tran!«  format  ion  était  possible,  je  serais  assuréi 
de  Topinitm  de  sir  Robert  Hart  : 

Ne  taiidrait-il  pas  miem  aller  doucement  et  laisser  une  s 
évolution  suivre  son  cours  naturel  ?  C'est  la  nécessité  - —  la 
cessilé  seule —  qui  montrera  ce  qu'il  Faut  ajouter,  modifie 
rciranclier,  et  ce  sont  les  Chinois  eux-mi^mes  qui  doivent  si 
cette  n^cssité,  non  pas  l'étranger;  autrement,  tout?  (cnli 
d'amélioration,  au  lieu  d'être  accueillie,  sera  rejetée  ;  au  liei 
succès,  on  remportera  l'éclicc '. 

Mais  je  ne  crois  guère  à  la  transformation  de  la  Cl 
par  ceux  qui  la  gouvernent  actuellement.  La  première 
sure  qu'auraient  dû  prendre  les  allies  était  de  substituer 
descendant  des  dynasties  chinoises  à  l'héritier  dégénéré 
K'ang-luet  des  K'ien-loung;  autant  que  la  chose  se  peut,  n 
nous  serions  ainsi  concilié  les  bonnes  grâces  des  nnmbrei 
sociétés  secrètes  qui  ont  pour  but  principal,  souvent  unîç 
l'expulsion  des  envahisseurs  lartares.  Mais  la  Russi* 
malheureusement  lié  pirtie  avec  la  dynastie  mandchoue. 

Il  ne  reste  plus  que  deux  survivants  parmi  les  fnncti 
naires  qui  ont  joue  les  premiers  rôles  dans  les  trente  c 
nièrcs  années  :  les  deux  \ice-rois  du  Yang-tseu,  Li 
Kouen-i  et  Tchang  Tchi-loung  ;  le  premier  est  trop  âgé  t 
second  trop  hostile  pour  se  mettre  résolument  k  la  tète 
réformes.  Deux  hommes  mènent  en  ce  moment  les  aOa 
de  Pé-King  :  Jong-lou  et  Youen  Che-k'aï;  ils  connais! 
les  dangers  de  la  situation  ;  mais  sauront-ils  y  parer, 
doute.  La  politique  chinoise  est  aujourd'hui  orientée  ver: 
Japon,  ce  qui  est  un  double  danger  pour  elle  et  p 
l'Europe. 

Les  mdie  faits  qui  ont  amené  la  crise  actuelle  se  ramèn 


CONCLUSION  553 

k  ridée  simple  de  lutte  contre  un  ennemi  redoutable  qui 
n'est  pas  le  missionnaire,  Tingénieur,  le  chemin  de  fer  et  le 
télégraphe,  qui  est  simplement  Vetranger  avec  ses  inventions 
diabohques.  Hâtons-nous  d'ajouter  que  cette  Chine  n'est  pas 
la  Chine  entière  :  c'est  la  Chine  des  fonctionnaires  sentant 
le  danger  qui  menace  l'édifice  vermouhi  de  leur  antique 
culture,  qui  opposent  des  textes  de  Confucius  à  Tclectricité, 
et  cachent  par  des  sophismes  le  vide  des  raisonnements.  Le 
peuple  hii-méme  est  bon,  et,  débarrassé  de  cette  tourbe  de 
mandarins  qui  le  pressurent,  le  grugent  et  en  vivent  comme 
les  moustiques  du  sang  de  leurs  victimes,  il  pourrait  mon- 
trer sa  vraie  valeur,  et,  par  ses  qualités  de  travail  et  de  sobriété, 
servir  d'exemple  à  plus  d'une  nation  occidentale. 

Les  leçons  du  passé  ne  servent  en  Chine  en  rien  à  l'avenir. 
La  guerre  de  1860  est  restée  ignorée  dans  la  plus  grande 
partie  de  TEmpire  ;  j'ose  ajouter  à  Pé-King  même. 

M.  A.  G.  Angier,  rédacteur  en  chef  du  London  and  China 
Express,  rapporte  la  conversation  suivante  qu'il  eut  avec  un 
indigène  :  Le  3  juin,  après  que  j'eus  quitté  Pé-King,  je 
rencontrai  un  Chinois  âgé  et  je  causai  avec  lui.  Je  lui  deman- 
dai s'il  se  rappelait  le  jour  011  les  troupes  anglaises  et  fran- 
çaises occupèrent  Pé-King  en  1860.  Il  me  répondit  qu'il 
vivait  à  Pé-King  à  cette  époque,  mais  que  personne  n'avait 
occupé  Pé-King.  Il  était  vrai  que  des  troupes  étrangères  vin- 
rent près  de  Pé-King  et  que  le  gouvernement  leur  demanda 
quelles  affaires  les  avaient  amenées  jusque-là.  Les  étrangers 
répondirent  qu'ils  avaient  besoin  d'argent.  La  somme  d'ar- 
gent demandée  par  eux  étant  trop  grande,  le  gouvernement 
toutefois  refusa  de  la  leur  donner.  Ils  se  pressèrent  alors  en 
avant  contre  les  portes.  Le  gouvernement,  ne  désirant  pas 
les  combattre,  ordonna  au  prince  Koung  de  leur  donner 
l'argent  qu'ils  désiraient  et  de  les  éloigner.  Le  Chinois  ne 
connaissait  pas  le  fait  de  l'occupation  de  Pé-King  par  les 
étrangers,  les  Chinois  ayant  été  battus  dans  la  guerre.  Ceci, 


554  ÉPILOGUE 

dit  M.  Angîer,  est  extraordinaire,  mais  n'en  est  pas  moins  ma 
véritable  expérience*.   » 

Les  Chinois,  Tlmpératrice  en  tète,  nous  leurrent  en  ce 
moment  ;  ils  oublieront  vite  l'occupation  de  Pé-King  de  1900 
comme  celle  de  1860.  La  Chine  ayant  mesuré  Teffort  qu'elle 
vient  de  faire  sans  réussir,  le  trouvant  insuffisant,  dans 
quelques  années  recommencera,  après  des  préparatifs  plus 
formidables  dictés  par  l'expérience  actuelle. 

I.   The  London  and  China  Télégraphe  nov.  26,  1900,  p.  io3i. 


ERRATA  ET  ADDENDA 


VOLUME  I 

P.  86.  Vladislnvitch  ne  put  aller  à  Pé-King.  —  La  relation  originale 
de  l'ambassade  de  Sava  Viadislavitch  à  Pc-King  est  un  manuscrit  de 
deux  gros  vol.  infolio,  qui  se  trouve  aux  Archives  de  Moscou.  Lire: 
a  Sava  Viadislavitch  après  avoir  passé  six  mois  à  Pé-King  (depuis  le 
71  octobre  1726  jusqu'au  a3  avril  1737)  dans  de  vaines  négociations 
avec  les  ministres  chinois,  est  parvenu  ensuite  à  conclure  à  Kiachta  un 
nouveau  traité  (ai  octobre  1727).  » 

P.  ^^.  Ni  Kropotov,  ni  Timkovski  n'étaient  des  ambassadeurs.  Lire  : 
«  Les  négociations  de  Kropotov  à  Pé-King  en  1 768  n'eurent  point  de 
résultats.  Plus  tard,  et  notamment  le  18  octobre  1768,  Kropotov  est 
parvenu  à  signer  à  Kiachta  avec  des  commissaires  chinois  un  protocole 
sanctionnant  une  nouvelle  rédaction  de  l'art.  10  du  traité  de  l'année 
1737.  Cet  article  concerne  les  transfuges,  déserteurs,  brigandages,  etc. 
Cf.  Klaproth,  Mém.  relatifs  à  VAsie,  ï,  p.  l^h  et  seq.  L'amljassade 
du  comte  Golovkine  (i8o5)  a  manqiic  complètement  à  la  suite  de  diffi- 
cultés concernant  le  cérémonial  survenues  à  Ourga.  Depuis  ce  temps  la 
Russie  a  renoncé  à  l'envoi  d'ambassades  spéciales  en  Chine.  Le  renou- 
vellement périodique  de  la  mission  ecclésiastique  ofTrail  l'occasion  de 
traiter  certaines  affaires  de  frontière  et  de  commerce  limitrophes. 
C'était  aux  employés  civils  (^Pristav)  chargés  de  conduire  la  mission 
qu'incombait  la  tâche  de  négocier,  pour  ainsi  dire  sous  main,  avec  les 
fonctionnaires  chinois.  (Timkovski,  1830-31,  Ladyjcnski,  1839-1830, 
Liubimov,  1889-/10,  Kovalevski,  i849-5o.)  Ce  dernier  a  réussi,  pendant 
son  séjour  à  Pé-King,  à  préparer  le  terrain  pour  la  conclusion  du  traité 
de  Kouldja  en  18.)  i.  » 

Je  dois  ces  excellents  renseignements  à  S.  E.  M.  le  baron  F.  d'Osten- 
Sacken. 


i 


556  ERR4TA    ET    ADDENDA 

P.  99.  Au  lieu  de  «  le  4  octobre  »,  lire  le  «  4  aoAt  ». 

P.  laS,  134.  138.  Au  lieu  de  Chan  Che  Fou.  lire  Tchan  Che  Fou. 

P.  ia6,  note.  Miao-hao,  au  lieu  de  Nien-hao. 

P.  128.  Au  lieu  a  Princes  de  Tbung  et  Tch'ouen  »,  lire  «  Princes  de 
Abung  et  Tch'ouen  ». 

P.  i3i.  Au  lieu  de  Sien-houa  fou,  lire  Sinon  houa  fou. 

P.  i45.  Ligne  i3,  au  lieu  de  «  portugais  pour  les  Portugais  »,  lire 
«  portugais  fera  foi  pour  les  Portugais  ». 

Ligne  i4,  au  lieu  de  prépara^  lire  préparait. 

P.  159.   Au  lieu  de  laëls  118  126  84 1,  lire  ii8i25  lacis  84 1. 

P.  178.  Lire  les  quatre  diagrammes  dans  l'ordre  suivant:  Tai-Yang, 
ChaoYangy  ChaoYin,  Tai-Yin. 

P.  189.   Le  guerrier  sombre  =  la  tortue. 

P.  192.  Au  lieu  de  Lin  Tsi-sé»w,  lire  Lin  Tsi-siu. 

P.  35o,  note.  W.-H.  Lay  6tait  le  troisième  fils  de  Tradescant  Lay,  consul 
à  Amoy  ;  il  est  ne  en  Angleterre  le  29  mai  i836. 

P.  371.  Le  R.  P.  Gaillard  {Nankin  port  ouvert^  p.  249)  dit  que  Ma 
Sing'i  (au  lieu  de  Ma  Sin-yi)  a  été  assassiné  le  26  août  1870,  cl  qu'il 
expira  le  i*^*"  septembre. 

1^-  399.  Les  extraits  de  ce  traité  sont  donnés  d'après  le  recueil  de  W.  F. 
Majers  qui  ne  parait  pas  ici  fort  exact.  M.  Maurice  (Courant  a  eu 
l'obligeance  de  retraduire  ce  traité  pour  moi,  et  j'espère  pouvoir  quel- 
que jour  publier  son  travail. 

P.  472.  Lire  5  mars  1873  au  lieu  de  5  mars  i863. 


VOLUME  11 

P.  a8,  note.  Le  général  Le  Flo  est  mort  en  18^7  et  non  pas  en  1877, 


INDEX  ALPHABÉTIQUE 


A.  V.,  voir  Vissièrc,  Arnold. 

Aalst,  J.-A.  van,  lll,  439. 

Abels.  Mg*-  C,  m.  473. 

Abonda  Ablaï  Taichi,  H,  i64. 

Adam,  Marie-Joseph,  357- 

Addosio  d*,  III,  5i5,  535. 

Ader,  4i- 

Adkins,  3o6. 

Adran,  évêque  d\  II,  a46,  a^Q» 
a5o,  a5i. 

Aertselaer,  Mff,  III,  473. 

Agar.  II,  3 19. 

Agliardi,  II,  6o3. 

A-gong,  II,  7a. 

Agustinha,  5i3. 

Ahmed  Kouli,  II,  187. 

AïGOUN,  traité,  89-90. 

Aiguebelle,  Paul  d',  317,  a35,  a5o, 
254,  a5a,  a54,  ^55,  a56  ;  III, 
334.  335. 

Akagi  Kan,  III,  a49. 

Akitsushinift,  III,  a5o. 

Alabastcr,  C  ,  II,  i4o.64a. 

Alarme,  III,  108. 

Alaska,  39a. 

Alba-Salcedo,  II,  i4o. 

Albenga,  d',  II,  44o. 

Albrechl,  lll,  a48,  a49. 

Aibuqucrqiie,  A.  d',  i4i. 

A /ces te,  i/|. 

Alcock,  sir  Rulherford,  i36,  i5q, 
161,  a47,  357,  258,  359,  a7§, 
390,  3o5,  3o6,  307,  3ia,  3i3, 
3i5,  3i6,  3i8,  33i.  394.  395, 
396,  493,  494»  509,  559-560  ; 
II,  149. 


Alcock,  Convention,  306. 
Aleni,  Jules,  337. 
Alexandre  VII,  III,  485. 
Alexandre  II,  II.  17a. 
Alexandre  III,  III,  339. 
Alexiewicz,  J.,  8a. 
Alexiewicz,  P.,  8a. 
Alger,  III,  334,  335. 
Algerine,  a8o;  III,  5 10. 
Allen,  CF.  R.,  558,  56i. 
Allen,  H.  J..  Il,  58i. 
Allen,  Richard,  la. 
Allonge,  III,  119. 
Alompra,  536,  537,  538,  547. 
Alo-to,  voir  Ila-Io-to. 
Alouette,  III,  i3o. 
Alphonse  V,  II,  6a 5. 
Alphonse  XII,  H,  3oo. 

A  lia  California,  3a  i. 

Alves,  Cap.,  537. 

Amaral.  J.  M.  F.  do,  i43,  i45. 

Amfrican  Boapd,     Com.     Foreign 
Missions,  98,  a76. 

Amherst,  Lord,  i4,  539,  54o. 

Amiot,  III,  487. 

A-mou-eul-ling-kouei,  III,  67. 

Amoursana,  II,  i65. 

Anadyr,  II,  i33,  i4i. 

Anderson,  D«'  John,  55 1,  56o,  56 1, 
562. 

Anderson,  Lient.  R.  B.,  9a. 

Anderson,  Thomas,  56a. 

Andreoni,  Marie  C,  356. 

Andromaque,  ao5. 

Angell,  James  B.,  II,  161,  399. 

Angier,  A. -G.,  III,  553,  554. 


558 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


Annamile^  H,  386,  433. 
Anouilh,  Mgr  J.,  41,  4a.  Co,   62; 

II,  62G. 
Anson,  Gommodore,  i3. 
Antilope t  iSg. 
Anzer,  J  -B.,  II,    417,    4i8.  419. 

421,  422;  m..  05.  74,  75,  76, 

77,  81,  83,  84.  85,  86,  87,  47'i. 
Appin,  36 1. 

Archer.  J.-W.,  III,  i44.  i45,  i46. 
Archibald.  III,  toi.  io3. 
Archimèdet  17. 
Arcotiii,  i34.  i36,  137.  i4i  ;  m. 

35 1 . 
Arendt.  II,  56,  3o6,  307;  III,  24. 
Arène,  J..  M,  io5,  ii5,   116,  117. 

i54,  286. 
Arieile,  II,  252. 
Arminjon,  V.,  i5o,  i5i. 
Armstroiig,  II.  i45. 
Arnal,  J.-B.,  60.  61. 
Arnoux,  Vicorale  d',  325. 
Arroiv,  19. 
As/iuelot,  326,  5o3. 
Aspic,  33o,  369  ;  H,  5o6. 

ASSADA    MkRCIIANTS.    12. 

Aston,  W.-G  ,  11.587,  588. 

Atago,  III,  532. 

Atalante,  II,  383. 

Auckland,  Lord.  545.  557. 

Audacious,  II,  5o;  III,  22. 

Auffrel,  III.  533. 

Aumattrc.  Pierre,  267. 

Ax'tty  II,  187.  324. 

Avery.  B.-P..  484;  II.  20.  62. 

Aveyron,  II,  3o2. 

Avoti,  36 1. 

Aymeri,  M. -A.,  369,  388. 

Babcr,    E.-C.    195,    487  ;  11,   43, 

44.  65,  m.  67. 
Bacchante t  11,  252. 
Bacourt,  Kourier  de,  325,  342. 
Badcns.  (^ol..  11.  383,  48o. 
Badoun  Meng,  537,  538,  539,  544- 
Baîan  Adsliaii,  II,  i65. 
Baikov.  Fpodor.  I,  80. 
Bailloud.  III,  530. 
Baldus,  Mgr  H.,  Oo,  62,  43o 
Balfour,  (î  ,  (iap.,  492,   493,  494- 
Balfour,  III.  3O7,  37Ô. 


Ballaarat,  III,  4 12. 
Ballance,  T.-F..  11 5. 
Ballhausen.  Baron  L.  de,  i35. 
Balliouzek,   L.   de.   ii5,     iSg 


H. 


Balliouzek,  M'"c  de.    1 39-140. 

Banci.  M^r.  III.  4-74. 

Banson.  Col.,  5^5. 

Baptifaud,  J.-J.-M..  529. 

Baraton,  III,  1 12.  ii3. 

Bargain,  111,  533. 

Baring  &  C",  11.  23i. 

Bark,  P.,  111.  3ii. 

Barncs.  277. 

Barnes,  T.  W.  IIÏ,  393. 

Baron,  J.-S.,  Il,  365. 

Barradale.  Hev.  J.-S..  II.  3i. 

Rarrosa,  326. 

Barrow,  John.  II.  25o. 

Barthélémy    Saint-Hilaire.  11.   220. 

243.  3i5.   3i6.    317,   319.   33i, 

332. 
Barton.  D"".,  ii4- 
Bassov.  355. 

Bastard,  résident,  III,  109. 
Bastard.  (bonite  L.  de.  49- 
Bastide,  de  la.  II,  387. 
Basuiau.  H  .  369. 
Hata\'ia,  II,  5o6. 
Balhory,  Etienne,  79. 
Batiakov,  11,  1O6. 

Baude  de  Maurcelcy,  II,    3'45.  347- 
liaxard,  II,  382.  383.   474.  5i3, 

5 18,  548. 
Beasant,  111,  248. 
Beauclerk,   W.-N.,  1 60  ;  111.    20 '4. 

3 10. 
Beau  lieu.  L.-B.,  267. 
Beaumont.  .Vmiral  de,  111,  289,  323. 

334,  335,  375. 
Beauteinfis- Beaupré.  111,  3-i3. 
Béchct,  Pore,  11.  383. 
Befbe.  C-Cî.,  30 1. 
Bell,  \ mirai,  53o. 
Bell,   Marv,    voir    Kudiand,    Mrs., 

^  I  i- 
Bcllonet,  II.  de,  i.'j9,  2O2,  268,  269. 

273,  509. 

Below-Saleske.  III,  5i6. 

Benavidos,  626. 

Benicia,  392. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


Benoîl  XIV,  5a  ;  IIl,  484,  485,  486, 

488,  489. 
Beresford,  Lord  G.,  III,  SgG. 
Berg,  A.,  i35. 
Bergen,  v.,  III,  5i6. 
Bermyn,  Mg"",  III,  473. 
Bernard,  G.,  III,  18. 
Bernard  de  Ste-Thérèse,  III,  48o. 
Befneux,  Mgr,  2G6,  267,  a68. 
Berl,  Paul,  II,  567;  111,482. 
Berteaux,  F.,  III.  466,  467. 
Berlhe  de  Villcrs,  II,  347»  35 1,  379. 
Berthelot,  M.,  III,  33a. 
Berlhemy,  J.-F.-G.,  69,  70,71.76, 

i33,  i44,   i48,   i49*  a6a,  a64. 

267,  272,  279,  391,  429.  452  ;  II, 

6o5,  612,  627;  III,  76,  337. 
Berlhemy,  Coxvfntion,  52,  68,  70, 

72,  73',  75,  75-77,  78. 
Bcrlhollct.  m,  393. 
Berlin,  III,  487. 
Berlrand,  Julien,  60,  62. 
Bc'îsi.  Mgr  L.  de,  4q3  ;  III,  73. 


nesi,  Mgr  L.  de,  ^QJ  ;  ni,  70.         ,  Dorgnis-uesDordes,  11,  d: 
Bezaure,  Vicomlc  G.  de.  4i4f  529;    Bônase,  Cap  ,117,  ao6. 


11,34,35.544;  111.8.  43i,  438, 
439,  444,  5o2,  5 18. 

Biassi,  C.,  i5o. 

BibUolheca  Sinica^   voir  Gordier, 

Henri. 
Bichol.  Col..  II,  48o. 
Biddle,  Commodore,  98. 
Biegelebcn,  de,  III,  107. 
Biel,  MKr,  III,  324,  325,  476. 
Billequin,  Anatole,  325. 
Billol,  Albert,   II,   363.  396,  4i2, 

521,  024,  525,  526,  536. 
Bismarck,   Prince  de,    i35;  II,  28, 

220;  m,  99. 
Bismark,  i35,  476,  477»  479»  48i, 

482.  483. 
Bissachère,  P.-J.-L.  de,  II,  253. 
Bizeul,  II,  iu3. 
Blacquc  Bey,  292. 
Blaine,  III,  259. 
Blakislon,  Cap.,  ii4- 
Blancheton,   Ë.-J.,  464*  486,  529; 

II,  139,  i4o- 
Blanquct,  !xi. 
Blalchley,  Miss,  277,  278. 
Blot,  Commandant,  47- 
Blundell,  E.-A.,  545. 


559 

Bobillot,  sergent,  II,  5iS. 

Bock,  G.,  III,  loa,  io3,  io4,  io5, 

ao4. 
Bodoahprâ,  537. 
Boermans.  Mgr.,  III,  74. 
Bogolavsky,  II,  173,  174. 
Bohannon,  Annie,  278. 
Boisset,  Th.,  II,  5 18. 
Bonaparte,  II,  25 1. 
Bonard,  Amiral,  II,  257,  258.  a6i. 
Bonaventnre,  III,  4 12. 
Bonham,  Sir  George,  198. 
Bonicho.  4i. 

Bonin,  G.-E..  195  ;  III,  5oo. 
Bonnard,  J.-L.,  II,  257. 
Bonneau,  Commandant,  III,  176. 
Bonnefoy,  217. 
Bons  d'Anty,  III,  92. 
Boone,  W.-J..  494. 
Bore,  Eugène,  33o. 
Borel,  256. 
Borel  frères,  357. 
Borgnis-Desbordes,  II,  522. 


Boronito,  voir  Bourhan  ed-Din. 
Bory,  Commandant,  III.   116,   117. 
118,   119,  120,    122,   ia3,  ia4. 


ia5. 


Bouet.  Gén..  Il,  38o.  383,  48o. 

Bouët-Villaumez,  H,  507. 

Bougeard,  fil,  533. 

Bouinais,  A.,  II,  383  ;  III.  9.  i3. 

Boulger,  D.-G.,  II.  179. 

Bourayrte,  II,  a66. 

Bourbon  Ion,  de,  40,48,69. 108, 109, 
lia,  ii3,  i3i,  137,  i38,  i3q, 
i4o,  i4i»  147,  198,  aoi,  49^, 
5i5;  II,  634,  635. 

Bourboulon,  M'"«  de,  i4o. 

Bourcier  Saint  GhalFray,  II,  566  ; 
III,  9,  ii-i3. 

Bourée,  F. -A.,  71,  73  ;  II,  i4o, 
146,  172,  208,  2i3,  2i4,  219. 
307.  3o8,  309,  3i5,  3i8,  319, 
320,  321,  322,  324,  328,  332, 
3^1,  354,  355,  356,  36o,  36i, 
362,  363,  364,  365,  366,  367. 
368,  370,  372,  373,.  374,  375, 
377,  378.  38o,  394,  397,  485. 
576.  58i.  585,  586;  III.  7.  335. 

Bourgeois.  F. ,  III,  48a, 


56o 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


Bourgogne,  D«^*''*«',  III,  /JSa. 

Bourgoinc.  (^ap.,  ii8. 

Bourhàn  cd-Din,  II.  iG5,  i60. 

Boulet,  HI,  335. 

Bouvet,  J.,  5i  ;  II,  6ii  ;  HI,  48i. 

Bouyanlai,  II,  170. 

Bouzourk  Khan,  II,  171. 

Boweo,  Sir  G. -F.,  Il,  4o3,  /io5, 
5ii. 

Bowers,  (îap.  A.,  55 1. 

Bowlb)-,  T.-VV^,  9a. 

Bowring,  Sir  John,  i53,  395. 

Bowycr,  27C. 

Boyer,  Mgr,  II,  58i. 

Brabazon,  Cap.,  4o,  9a,  la^. 

Brancati,  K.,\/i9i. 

Brandt,  M. -A. -S.  von,  i34.  i38, 
392;  II,  ao,  27,  a8,  3o,  62,  74, 
9'^,  o'j,  97.  119,  i36,  i'44.  i5o, 
i5i,  i5a.  i55.  i50,  157,  i58, 
iGo.  193.  195,  an,  34 1.  375, 
Aa3,  ii'i,  578,579,  036;  III,  ai, 
a3,  a4,  25,  /ia,  43.  AO,  54,  50, 
05,  75,  7O,  83,  84,  98,  99,  208, 
211,  35(). 

Brandy wi ne ^  98. 

Braun,  III,  35o. 

Bray.  (i..  III.  474. 

Bredon,  Alexandre,  i()0. 

Bredon,  Robert  E.,   lOO. 

Brenan,  Byron,  487. 

Brenicr  de  Montmorand.  Général, 
II,  lui. 

Brenicr  de  Montinoran<l,  Vicomte, 
71,  252.  495,  499;  II»  74.  SS, 
89,  90.  9a,  9'i,  101,  102,  io3, 
iu4.  ioO,  m,  ii5.  119.  129, 
i3i,  i32,  139.  i4o,  i4i<  i44. 
i54,  i55.  157,  159,  i8'4,  285, 
28O.  3o0,  304,  305,  038. 

Brennan,  Major,  2a  1. 

Bresson,  Vicomte  de,  II,  3ui,  319. 

Breteiiièrcs,  S.-M.-A.-J.  Uanferde, 
2O7. 

Brcwer,  III,  100. 

Brice,  Keiu',  III,  3o0. 

Bridgman.    K.-C,    98,    27G,    291. 

Brière,  H,  434- 

Brièrede  l'isie,  (ién..  Il,  483,  484. 
5i0,  517,  523.  548. 

Bkitish  and  Foreign  Bible  Society, 


27O. 
Broglie,  Duc  de.  II.  244.  275. 
Bromfield,  Thomas.  12. 
Brooks,  S.  M.  W    m.  458.  459. 
Brown,  Major-Général,    aaS,    225. 
Brown,  J.  Mac    Lcavy,   a84,   289, 

294,  3oa  ;  III,  a34. 
Brown,  Rév.  M.,  i36. 
Brown,  T. -M.,  II,  29. 
Browne,  J.    Ross.    a8a,   3o4,   320, 

3ai,  322. 
Browne,  Col.  Horace  A.,  56o.  56 1, 

5O2,  563.  504.  565.  567;  il.  4i. 

44,  45,  03,  71.  85. 
Bruce,    Sir  Frederick    W.-A.,   40, 

43,  44,  45,  112.  ii3,  ii4,  i48. 

i56.  201,  211,  221,   222.  2a6. 

257,  283,  284,  291.  395. 
Brueyre,  Benjamin,  493. 
Bruguière,  B.,  2OO. 
Bruguiore.  J.,  III,  472. 
Bruwacrl,  F.-E..  H,  552,  565. 
Buchanan,  D**.,  538. 
Buissonnct,  Eugène,  495. 
Bulow,  von,  HI,  355. 
Bunsen,  Von.  i34. 
Burgevine,  H. -A.,    aoi,   219,  aao. 

222,  225. 
Burlinganie.  Anson,  99.   102,  166. 

232,  24'4,  '2i\o.  282,  a83.  284. 

285,    28O,   287,  288,    289.  291. 

292,  39^1,   295,  29O,   298,  3oo, 

3oi,   3o2,   3o3,  3oi,  320,  Sai. 

321.  323,  33 1,  4o6,  4ii.  453; 

H,  53,  m. 
Burn,  F-N.,  55 1. 
Burnetl,  III,  38o.  38 1. 
Buniey,  Major  H.,  544»  545. 
Bushcll,  D--  S.VV.,  H,  3i. 
fi  as  tard,  280. 
Butor,  III,  533. 
Butterficld,  HI.  428. 
Butzov,    Eugène,    ii5.    322,    363, 

378.  483,  487,  488;  H,  55.  56, 

O2.  7'i,  92,   93.   97,   119,    i56. 


ai4. 


ai;i. 


175,    182,   i85,   188, 

218,  224,  23i,  238,  a4o,  a86  ; 

III,  29. 

Caillât,  HI,  i43. 
Calais,  A.-N  ,  267. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


56 


Calder,  ^^'i. 

Calice,  Chev.  H.  de,  Sig. 

Callac.  III,  535. 

Callado,    Ed.,   Il,    3a.^,   3a5,  327, 

33(). 

Callery,  J.-M.,  16,  17,  1G8. 
Cambon,  Paul,  III,  i^'|3. 
Campbell,  Sir  Archibald,  54o,  5\2. 
Campbell,   C.  W.,    III,    '11/4,    /n5. 

458. 
Campbell,  James  Duiican,  i04;  11> 

519,    520,    521,     022,     52^1,    525, 

52(),  527,  536  ;  111,  3o. 

Campenon,  Commandant  puis  géné- 
ral. /'l'A. 

Canb,  Prince,  II,  24O. 

Canning,  539. 

Carabine  y  11,  35 1. 

Carcer,  de,  II,  21. 

Cariati,  Prince  de,  III,  82,  83. 

Carlassare,  E.,  Il,  643;  III,  47'j. 

Caries,  W.-K.,  II,  587. 

Garli,  M.,  III,  45o. 

Carnot,  Prés.,  II,  575;  111,  34,  112. 

(^art.  Cap.,   159. 

Carleron,  H.,  II,  522,  523. 

Cartwrigbt,  W..  III,  2. 

Carvalho,  MKr  de,  III,  476. 

(^asimir-Pcricr,  III,  197. 

Cassandre,  III,  5oo. 

Cassiiii,  Comte,  110;  III,  48,  66, 
67,  92,  98,  99.  194.  197'  ^OU' 
2o4«  208,  3oo,  809,  339-341, 
343-8,  507. 

Cassiniy  198. 

Castelin,  111,  1 18. 

Cathcart,  Col  ,  i4. 

Catlierine,  86. 

Catinatf  II,  257. 

Catlelin,  (]ap..  Il,  5 18. 

CauHîed,  Cap.,  III,  i43,  161. 

Cavalieri,  III,  532. 

Cecilia^  5i3. 

Cécille,  Amiral,  II,  256. 

Cenlurion,  III.  535. 

Cetto,  Baron  de,  III,  86- 

Chabricres.  xV.,  111,  3ii. 

Cbads,  11. -D.,  542 

Cbaillet,  III.   177. 

Chaillet.  M"'",  III.    177. 

Cbaigneau,  Eugène-Louis,  II,  256. 

GORDIER. 


Cbaigneau,    J.B.,    II,    202,    253, 

255,  256. 
Cbaigneau,  Michel  Duc,  II,  252. 
Cballaye,  C.-A.,  16. 
Cliallemaison,  355,  359,  383,  386. 
Cballemaison,  M"™",  359.  386. 
Cballemel-Lacour.     II,    362,    363, 

366,  368,   370,   373,  38o,  393, 

399,  4oo.  407,  4 10,  576. 
(Jiamberlain,  III,  44 1. 
C^bamot,  III,  527-8. 
(^bampeaux,  P.  de.   II,    387,    392, 

48i.  482. 
Cbampenois,  III,  112,  ii3. 
Champion,  II,  5o6. 
Champlain,  II,  i46. 
Cban-K'ing,  III,  16,  21. 
Cban  Tcb'ouen-t'ang,   III,   75,    76. 
Cbanès,  III,  463,  466. 
(jbang-tcu,  385. 
(îbang  Ti,  208,  337. 
(îbanu.  Commandant,  11.  347. 
(îbanzy,  (îén.,  II,  317. 
Cbaotsiuan,  70. 
Cbao  Yu-lien,  III,  258. 
Cbao-yung,  III,  248,  249. 
Cbapdelaino,  Aug.,  19,  37.  38 
Cbarles   111,    d'Espagne,    III.    i63, 

166. 
Cbarlus,  de,  17. 
Cbarmot,  111,  ?482. 
Cbarner.  Amiral,  4o,  93  ;  II,  257. 
Cbarpenlier,  III,  176. 
Gbarrier,  5o3. 
Cbasseloup-Laubat,  II,  262. 
Cbastan,  J.H.,  266. 
Gbatagnon.  i^^^f^  III,  323,  475. 
Château- Renaud,  II,  383,  5o6. 
Chateaubriand, Vicomte  de.  II,  252. 
Cbaudordy,  de,  4o^,  529;  II,  367. 
Cbaumont,  de,  III,  48i. 
Chausse,  Mrf^  III,  327. 
Chauveau,  M»?''  J..  60,  61;  II.   ^4- 
Chavanne,  III,  535. 
Chavannos.  Ed.,  II,  9. 
Cben,  256,  436. 
Cben  Kouci-len,   II,  56,  157,  160, 

2i4<  219. 
Cben  Houng-ping,  229. 
Cben  Ping-lch'ang,  III.  9.  24- 
Cben   Paotcheng,    533;    H,    103, 

III.  —  36 


563 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


io4,  io6,  107,  i5A. 
Chen  Son-fa,  11,  34- 
Chen  Wou-tse,  III,  aiS. 
Chen-yuen,  111,  2^8,  249. 
Cheng,  II,  laa. 

Gheng   Hiuan-houei,  III,  896,  4o5. 
Ciheng  Pao,  i34»  127,  ia8. 
Cheng  Shuen-houi,  111,  91,  9G. 
Chcng  Tao-taï,  106;  III,  38o,  386, 

387,  394,  5i8. 
Cheng  Vou  A"/,  voir  Wei-Youen. 
Chercng  Donduk,  II,  i65. 
Cheshire,  III,  a4»  ao4. 
Chesler,  Lieutenant,  543. 
Chc-lo,  voir  Li,  prince. 
Cheun  Kouei  feun,  4 16. 
Chevalier,  S.,  III,  477- 
Chevrier,    CM..   353,    355,  356, 

358,  359,  383. 
Chevrillon,  317. 
Chi  Chen,  III,  a4. 
(îhi  Tao-taï.  33a. 
Chi  Ta-k'aï,  195. 
Chi-Tsoung,  voir  Yong-Tcheng. 
Chichkine,  III,  507. 
Chih-yuen,  III,  a48,  249. 
Chin,  II,  555. 
Chin-Noiig,  179. 
Chin  Tchan-lin,  ia4,  ia8. 
Chintsoung,  ia6. 
Chin-tung,  III,  a48. 
China,  374. 

Ch'ing,  Prince,  voir  K'ing,  Prince. 
Chiug  ruerit  III,  248,   a54- 
ChipofT,  J..  III,  3i2. 
Chttose  Afaru,  II,  589. 
Choale,  III,  448. 
Choshii,  399. 
Chou  In-choun«  II,  37. 
Chou*ki,  11,  9G. 
Chou  Yong-laï,  334. 
Chouen-Tché,  i83,  i85;  II,  18. 
Choulet,  III.  473- 
Chouvellon,  III,  475. 
Choun,  248. 

Christmas,  Cap.,  III,  121,  laa. 
Christmas,  M""*,  III,  124. 
Chu  Sien-foh,  III,  io4. 
Chung,  tao-taï.  Il,  108,  no. 
Chung  Ring,  III,  4ii- 
CuuRcn    OF  Englaivd    Miss.   Soc.,| 


276. 
Churchill,  Randolph,  III,  18. 
Clarendon,    Lord,    2g5,   aQÔ,    3oo, 

3oG,  3i3,  3i4<  33i. 
Clarke,  F.  S.,  III,  i44. 
Claudel,  III,  335. 
Clavelin,  Slan.,  198,  200,  35C. 
Clavelin,  Sœur,  356. 
Clément  VIII,  II,  6a5. 
Clément  IX,  III,  48o,  485. 
Clément  X,  II,  6a5. 
Clément  XI,  III,  483,  485. 
Clément  XIÏ,  III,  485. 
Clément  XIV,  5i. 
Clémente,  Mg"",  111,  475. 
Clercq,  de,  II,  375. 
Cloué,  Amiral,  11,  3i6,  817. 
Cockburn,  111,  2o4. 
Cockchafery  281. 
Cockerill,  John,  III,  38o. 
Coellio  Amaral,  de,  i43. 
Coëttogon,  326,  342,  344. 
Cogordan,  G.,   II,  527,   548,   552, 

553,  554.  555,  565,  566,   567. 

636  ;  III,  8,  II,  22,  35. 
Colbert,  111,  48i. 
Colfax,  292. 
Colibri,  III,  109. 
Collas,  III,  533. 
Collin  de  Plancy,  V.,  II,  446,  453, 

555, 507,  637,  639;  m.  24. 

Collineau,  Gén..  2.  4()- 

Cologén,  B.  de,  m,  4i<>.  5o3.  517. 

Colorado,  392. 

Coltelli,  111.  473. 

Colunihia,  5i3. 

Comète,  III,   m,    116,    117,   118, 

119,    120.   121,   122,    123,    124, 

125,  323,  327. 
Coney.  Cap.,  243. 
Confucius,  169,  340,  34i).  420,  438; 

II,  201,  202,  334,  6^2  ;  111.   73. 

77,  85,  4i3,  400.479-4^2,484. 

485.  488,  490,  553. 
Confucius,  21 3,  2i4.  21 5,  217. 
Conger,  III,  893,  517. 
Conger,  Mrs.,  111,  4^3. 
Conraux,  L.-D.,  Il,  58i,  582. 
Constans,  Ernest.  II,  566,  567,  568, 

569,   572,   574.  575,  Go4,  6i4. 

616,  617,  618.  620,  G21,  62a; 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


563 


in,  8.  i4,  32,  26,  27,  28.  3o, 
lOa,  493. 

Constanza,  111,  535. 

Contcnson,  Guy  de,  /414. 

Conway,  Comte  de,  II,  a5o. 

Cooke,  Cap.  C.-B.,  56o,  56a,  564- 

Coolc,  Général,  II,  i46. 

Coqsel,  111,  ^']^. 

Coqui,  A.,  III,  479. 

Cora,  G.,  III,  45o. 

Corbeit,  Cap.,  187,  ai4. 

Cordes,  III,  5iG,  533. 

Cordier,  Henri,  5a,  107,  m,  i4o, 
164.  i65,  167,  170,  287,  a5G, 
394,  5i5.  554;  H.  19*  aô.  i05, 
liiG,  a55,  263,  367,  34i  ;  HIi 
108.  —  Américains  à  Canton^ 
98.  —  Bib.  Sinicn,  i4i,  iGG, 
1G8,  175,  192,  376,  a83,  348, 
495.  —  France  en  Cliine^  i43. 
—  Birmanie^  53G  ;  III,  19.  — 
Deux  élah.  français^  491. 

Cormoran^  III,  35 1,  35a. 

Cornabé,  Rev.,  11,  lao. 

Cornewall,  W.-N.,  ai 5. 

Cornilski,  S.,  8a. 

Cornulier-Lucinière,  Amiral  de, 
342,  3G9. 

CornwaUis,  i5. 

Coronalion,  III,   119,  laa,  ia4- 

Corrèzey  II,  862. 

Corâeliu,  III,  583. 

Corslen,  F.,  III,  428. 

Cosi,  Mgr,  II,  119;  III,  74. 

Cossigny,  II,  25 1. 

Cololendi.  Ig..  II,  G25  ;  lïï,  48i. 

Coltoii.  Major,  547- 

Couleuvre,  5o3. 

Couling,  III,  458. 

Coumanj,  III,  22,  42,  67. 

Coupât,  Mgr,  III,  25. 

Couplet,  P.,  49 i- 

Coupvenl  des  Bois,  G3,  G^i,  GG,  117. 

Courant,  Maurice.  II,  4.  5,  i5;  III. 
6G,  222,  242,  55G. 

Courbet,  Amiral,  257  ;  II,  382, 
888,  88G,  4o6,  45i.  452,  4Go, 
4GG,  47G.  48o,  481,  488.  484, 
5o4,  5oG,  507,  5io,  5ii,  5i2, 
5i8.5i4.  518,547. 548;  III.  334, 
882,  449. 


Courcel,  A.  de,  III,  83 1. 

Courcy,  M'*  de,  198. 

Courcy,  Gén.  Roussel  de,  II,  549; 

III,  II. 
Courrejolles,  Amiral,  111,878,  503, 

5o5-5o7,  509. 
Courrier  de  la  Paix,  II,  25G. 
Courten's  Association,  12. 
Courtin,  II,  842,  845. 
Coutris,  A.,  852,  353,  857. 
Couvreur,  Rév.  S.,  II,  8. 
Cowley,  Lord,  117. 
Cox,  Cap.  Hiram,  538,  543. 
Craigie,  Commandant,  2i4. 
Crawford,  Gén.,  117. 
Crawfurd,  John,  543,  544- 
Cristoforo  Colombo,  II,  643. 
Cromwell,  Oliver,  12. 
Culbertson,  M. -S.,  291. 
Cunningliam,  Edward,  821. 
Curzon,  Lord,  ÏIÎ,  894. 
Cushing,  Caleb,  98,  99. 
Czcrnigovski,  Nie,  80. 

Dabry  de  Thiersant,  268,  a64.  278, 

511. 
Daidjo  Daidjen,  583. 
Dalhousic,  Lord,  547*  548. 
Dallet,  Ch.,  aG5,  2G9,  271. 
Danicourt,  Mgr,  218. 
Danielsen,  J.-VV.,  II,  27. 
Uarcy,  III,  5oG,  5aG,  5a8,  582,  538, 

534. 
Dardsha,  II,  iG5. 

Darlige  du  Fournet,  III,  iiG,    laa. 
Daubensky,  17. 
Dautremer,  lll,  387,  392,  8a6,  837, 

464. 
Daveluy,  Mgr,  367. 
Davcnport,  A.,  II,  65,  66. 
David,  III,  535. 
David  Reid  &  C>,  II,  599. 
Davidson,  Cap.,  226. 
Davis.  Sir  John  F.,  i5;  Il,5ii. 
Davydoff,  L.,  III,  812. 
Dawson,  L.-S  ,  3 18. 
Dayan  Khan,  II,  i64- 
Debrix,  III,  55. 
Decazes,  Duc.  II,  38,  57,  62,    ii5, 

107,  288,  Goi. 
De  Champs,  Emile,  289,  290. 


564  INDEX   1 

Dcclievren*.  Mire,  IK.  477. 

Userais,  Albert,  It,  6jS. 

Dehn,  III.  533. 

Defoy.  Licul.-col.,  Il,  5i6. 

Deguettc,  11,  583;  III.  ïio. 

Uekau.  J.-K.-y..  3î9- 

Uelaliaule.  F.,  17. 

DeUmarre,  L.-C.  60.  61. 

DelapUcc.  Mgr.  213,  388:11.  i: 
ji8,  447,  as.  bHo.  601.  Gi 
iio6.  rKi7,  (io8.  Cii,  (il 5. 

DeJavav.  J.-M..  Siu. 

Detbrouck.  V..  Il),  m.  <166. 

\tekt>U.  III.  log.  37J,  387.  i; 
au.    ii'i.   ii8.  5uj.   5u5.  5: 

Delemature,   J.-B,,    11.    Ui3.    6: 

Dolma».  m.  535. 
Deloucle.  F.,  m.  i33.  iM. 
Deluc.  Uom.,40,  41,   ii4. 
Domachj.  lil,  i6. 
Deiibj,  Col..  11.  3y9:  III,   ri.  : 
56.  57.  100,  u<3.  iu3.   lui.  Il 

Dennj,  III.'i. 
Deun)».  N.K,.  1.J1. 
Dco-vaii-ln,  III.  163. 
Depaue,  D',  III.  iu3.  loj, 
Ueratipe.  I.ieul..  II.  5i8, 
Derbj.Comle  de.   II.  it.   43.   I 

Déroulède,  31",  ï6g. 
Descaries.  III.  3:3.  5o0.  .«iSî.  S; 
Deschanel.  Paul.  II.   ^88. 
De»n;ch«.  M^T.  60.  61,  331,  3; 

333.  334.  i-jq.  480.  530:11.3 

m.  35. 
Upsgrai.  177.  378. 
Uesinouliiis.  III,  107. 
Des  Varamios.  3o5. 
I>elrlng.    II.  43i.  43ï.   Suo.  5( 

M-J,    "iio.  55o.  Gio.  613,   Ë: 

6ii:in.  1.  ji.li.;.  C5,357.3j 
Deutschlfiiid.  III.  353. 
Uevawoii^pH'.  Prince.  III,   116.  if 

i3i.  i3ï.  i33. 
l>ev«lle.  Jules.  III.    108.   113,   11 

11.5.    nf,.  ,37.   138,    139.    li 


nADÉTIQUE 

Devéria.  Eugine.  48a. 
Devéria.   Gabriel.    Ssû.  34 
458.  i-,6.  S77.  482,   4« 
11.  iS.  119.  lao.  118.  i3 
i43.   i43,  i58.   i8i.  iK 
197.   ao3.  ao4.   ao5,   307 
3i5.  317.  318.  aiq.   aSi 
307.  3ji,  608;  lll.iao, 
Dew.  Itmlerick,  3t4.  3i5,  3 
Diaz.  Em..  III.  479. 
Diai.  José-Maria,  II.  357- 
Dicdencbi.  y..  III.  35i.  353 
i)i«rcl.&Co.  II.  577, 
UiK'"''.  Corn  mandant.  II.  5^ 
UiFlon.Ch.,34a,34S.389:  I 
58i.  5Sa;lll.  12,    i4. 

uiiib.  II.  334. 

I)jag«l»ï,  II.  iG3. 
njfianiih,  354. 
DJlliatigliir.  11.  iGG.   171 
Dudd,  iKo.  iSi.  559. 
Dolorts  Ufinrte.  5ii. 
UomailUIn.  111,333. 
Domina.  Cnmmaiidanl.  II.  5 
Ihirig-Klianh.  II.  549. 
Doiinler.  Col,.  II.  âlti.  517. 
Uurt.  III.  5i5.  53i. 
P.-II..3G7- 


|36. 


Dougui'l,  111,  5iiG. 
Uouiens.  Caji..  II.  5117. 


DoYÈre.  Ch..  ^57;  III.  335. 
Drar.  II,  383. 
Dranoii.  3a4.  335.  350. 
Drew.  E,  B..  III.  3(1. 

vu  de  Lbms.   l'i't.    i4( 

Driiry.  Amiral.  l4.  i4'J. 
Dubail.  Mgr.  II.  58i.  583- 
Uubail.  111.  3a8.   338,   3G8 

3(|3.  419.  43i. 
Duboc.  II.  5iG. 
Duhrcuil.  réiidenl.  III.  III. 
Dubul,  4i. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


565 


Duc  Duc.  II,  38G. 

Duchafl'aut,  II,  5i8. 

Du  Charlat  93,  100,  101. 

Du  Chajiard,  Cle,  IIÏ,  336. 

Duchesno  de   Bellecourl,    i36;  IIÏ, 

108. 
Duclerc,  II,   356,   369,   36o,  363, 

373. 
Dudgeon,  Dr.,  III,  3;48. 
Dudiey,  Sir  Robert,  I3. 
Dué-Tong,  II,  3^6. 
Dufferiii  &  Ava,  Lord,5^o;  III,  18, 

19,  i35,  139,  i4o. 
Dugal.  Dr  G.,'i63. 
Dugcnne,  Licul.-Col.,  Il,  4^9»  A^o, 

451,  493  ;  III,  i3. 
Ditguay-Trouin,  II,  5o6. 
Dujardin-Bcaumelz,  III,  334- 
Dumas  61s,  Alexandre,  II,  345. 
Dunand,    Mgr,  III,  3a3,  325,  475. 
Duncan,  George,  376,  378. 
Dunn.   J.-(i.,   Il,    599,   600,    6o3, 

619,  630. 
Dunoyer  de  Segonzac,  300,  355.  357, 

533. 
Duperré,  Amiral  Cli.,  Il,  i46,  3o5. 
Duperré,    Amiral   Victor,   II,    378, 

385,  390,  391. 
Dupleixy  343. 
Dupleix,  II,  345. 
Dupommicr,  Cap.,  II,  347- 
Duprc,    Amiral,    335,     369,     373, 

373,  394  ;  II,  365,  266,  368,  275, 

338. 
Dupré,  ÏII,  533. 
Dupuis,  Jean,   II,    363,   364,   266, 

367,  365. 
Durand  Saint-Arnaud,  137. 
Duval,  Jean,  IIÏ,  48o. 
Jhvarfy  335,  36 1. 
Dycr,  537. 

Easi-India  C",  i3. 
Edan,  B.,  159,  495,  5oi. 
Edan,  Victor,  5o3,  5o3. 
Eden,  Ashley,  557. 
Edwards,  557. 
Edwardes,  H. -G.,  II,  63. 
Ehlers  &  G",  5 13. 
Eitel,  E.-J.,  177. 
Ëko-t*ang-a,  lïl,  35o,  25i. 


Elba.  m,  532. 

Eibe,  i34. 

Elduayen,  II,  3oi. 

Elgin.  Lord,  3,  7,  10,   11,    19,  4o. 

4i.  43,  44.  45,  46,  47.  48.  91, 

100.  loi.   1x4,  137.   i56,  395; 

III   273. 
Elias,'  Ney,*  56o,  561,  563. 
Ellis  &  G",  279.  280. 
Elisabeth,  Reine,  12. 
Elmore,  J.-F.,   526;  II,   97,    i4i, 

144. 
Emin-Pacha,  i36. 
H  m  près  s  of  China,  97;  IIÏ,  258. 
En  Sing.  W\  II,  96. 
En-yeou,  II,  620. 
fCncounter,  2i4,  21 5,  217. 
Enderby,  Miss  E.,  221. 
Endymion,  II,  252. 

EiNGLiSH   GOMPANY,    l3. 

Engman,  Major,  II,  171. 
Enomoto  Takeaki,  II,  26;  lïl,  3i3. 
Enterprise,  II,  5o6. 
Entrecasteaux,  II,  38o;  IIÏ,  5o6, 

509,  532,  533,  535. 
Ermak  Timofeevitch.  79,  80. 
Ernest  Simons,  111,  34 1. 
Esk,  III,  4 12. 
Esmcz,  II,  267. 
Esparta,  De,  II,  74,  119,  121,   122, 

137,   128,   129,    i3o,    i3i,    i32. 

320. 

Esquilat.  III,  1 13,  Ii3. 

Eslaing,  d\  II,  5o6. 

Estcve,  F.,  493. 

Estournelles,  d*,  III,  i38. 

Etienne,  Sup.  gcn.,  54 •  21 3,  388. 

Etoile,  31 5. 

Eulenbourg,    Gomte  d',    i34,   135, 

137,  i38,  139,  i4o,  i4i  ;  II»  139, 

i48. 
Eur  Tong,  II,  86. 
Evans,  137. 

Evcrard,  G.-W.,  Il,  426. 
Evcrelt,  Edward,  98,  99. 
EscolTier,  Mgr,  III,  475. 
Eyraud,  Jean,  60,  33 1. 

Fage,  J.-G.,  60,  63. 
Falhun,  III,  118. 
Falliëres,  II,  36a. 


506 


INDEX    ALPH\RKTIQtK 


Falls,  F.-J..  348. 

Fan,  2i4,  »3{3. 

Fan  Pao-tchon,  IH,  75,  7G. 

Fan  Yoiing-teu,  384- 

Fane,  i38. 

Fang  Tong-lin,  II,  10a. 

Fanlosati,  106;  III,  fi']\. 

Faraido,  T.,  Il,  20,  21.  330. 

Farquhar,  Sir  Eric  R.-T.,  278. 

Fasana,  3 19. 

Fatchoy,  5i2, 

Faulding,  Misses,  27.4. 

Faurie,  Mgr,  Oo,  61,  i3i,  336, 
426,  439- 

Fauvcl,  A.  A.,  III,  45o. 

Favier,  Mgr,  62,  55,  475  ;  11,  609. 
610,  611,  612,  6i3,  6i4*  t3i5, 
616,  619,  G20,  621.  622,  623, 
624  ;  m.  48.  04.  65,  84.  87. 
198,  468,  472.  507,  53o. 

Favin-Lévéquc,  II,  266. 

Favre,  Jules,  894. 

Fawcctt,  II,  3i. 

Fay,  Lydia  M.,  446,  453,  454. 

Fay,  III,  535. 

Fe  d'Ostiani,  Comte,  323;  II,  118. 

Fcbigor,  Commandant,  891,  398. 

Fei-chinf{,  III,  236. 

Fei-hoo,  11,  519. 

Fei-ying,  III,  4ii. 

Fei-yiine,  II,  5oG. 

Feindcl,  II,  877. 

Feliciani,  263. 

Fénelon,  137. 

Feng,  MI,  201 . 

Fenouil,  Mgr,  III,  475. 

Fcnton,  292. 

Ferguson,    J.ll.,    174,   479.   ^^^  î 

II,  i44;  in.  42.  56. 

Féron,  Stanislas,  267,  27^1,  275. 

Ferrant,  Mgr..  III,  474- 

Ferrata,  Mgr,  III.  87. 

Ferreira,  Emmanuel,  49^. 

Fcrréol,  Mgr,  266. 

Ferricre-le-Vayer,  de,  17. 

Ferry,  Jules,  II,  2^2,  302.  363, 
4o8,  4 10,  4i5.  433,  436,  44 i, 
45 1,  /i52,  456,  460,  467,  471. 
473,  i8i,  485,  496,  5()o,  5o3, 
5o4*  5io,  5i2,  5i3,  519,  52o, 
521,  524,  549,  642. 


Feung,  38i,  383. 

Feung-nhnn,  111,  216. 

Feung  ïseu-ls'ai,  II,  289. 

Fiat,  II,  6i4,  619;  III,  48. 

Ficld,  III,  100. 

Filippi,  F.  de,  i5o. 

Fitz  Roy,  i52,  i65. 

Fi  a  me  r,  217. 

Flamme,  La,  325,  36i,   869,  388. 

Flavie,  II,  253. 

Flayelle.  111,  463. 

Flesch,  II,  366. 

Fleurac,  De,  lïl,  2o3,  2o4- 

FIcury,  III,  463. 

Flint,  i3. 

Flourens,  III,  498. 

Fogolla,  Mgr,  HI,  473. 

Fong.  voir  Fontanier,  i33. 

Fong,  Cap.,  III,  249. 

Fong    Young-san,    194.    igô.    voir 

Foung  Youn-san. 
Fontana,  Mgr,  17'». 
FoDtaney,    Jean   de,  5i  ;    111,  481. 

482. 
Fontanier,  H.,  i32,  i33,  350,  35 1, 

352,   353,  356.  359,  365,  383, 

385,  386,  387. 
Foote,  II.  588. 
Fou  Sen-ha,  H,  36. 
Forrester,  Col.,  217,  219,  220. 
F'orce,  2o5. 
Forfait,  III,  I25,  127. 
Forsyth,  Sir  Douglas  T.,  11,  172. 
Forth -Rouen,  494- 
Foster,  J.-W.,  III,  259,  266.   293. 
Fou,  II,  477;  111.  9. 
Fou,  Prince,  11,  i4. 
Fou-Hi,  178. 
Foukoushima,  III,  529. 
Fou  K'ouon,  11,  453. 
Fou-Lien.  Il,  453. 
FouPo,  11,  5o6. 
Fou  Shefig,  11,  5o6. 
Fou-Sing,  II,  5o6. 
Fou  Tchoung-t'ang,  111,  24. 
Fou  Wang,  II,  18. 
Fou  wen,  voir  Vrooman. 
Foucault,  Auguste,  II,  102.  io3. 
Foucault  de  Mondion,  111,  68. 
Foulon-Grandchamps,  4 1 . 
Foung,  248. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


567 


Fou?«G  Ciiouu  ^27- 

Foung  Kiun  Kouang,  II,  107,  108, 
110. 

Foung- Yi,  11,  III. 

Foung  Youn-san,  169,  19.^,  195. 

Fourier  de  Bacourt,  voir  fiacourt. 

Fournier,  Commandant  F.-E.,  Il, 
iii5,  39/1,  396,  4o5,  4oO,  iio8, 
431,  ci32,  /i33,  434,  /|35.  ',36. 
437.  438,  439,  44o,  44i»  442, 
443,  Wi.  445,  45o.  45i.  455, 
457,  4Ô8,  459,  ^60,  463,  463, 
465,  466,  471,  486,  491,  495, 
498,  499,  Tioo,  5oi,  5o3,  5o4, 
5o5,  5o8,  5io,  549.  55o,  555, 
58o. 

Fournier,  Henri,  M,  36. 

Fox,  n'sidcnl,  111,  234- 

Franchi,  Gard  ,  III,  73. 

Francis,  G.,  voir  Garnier.  Francis. 

Francis,  llobert,  317. 

Franck,  111,  535. 

Francke,  Dr.,  III,  ao4- 

François,  III,  374 

François-Ferdinand  d'Autriche,  111, 

I3(). 

Frandin,  II.,  11,  375,  4o5,  434, 
446,  454.  465,  466  ;  111,  7,  8. 
25,  48,  5o. 

Fraser,  11,  5i. 

Fraser,  Hugh,  111,  i. 

Fraler,  3o6. 

Frauenloh^  i34. 

Frazer,  D*",  35o,  36o. 

Freeman-Milford,  A.-B  ,  359,  361. 
398. 

Frcinademelz,  11,  638;  III,  74. 

Fresnil,  Du,  III,  11 1. 

Freycinet,  G.  de.  II,  319,  t30, 
343.  3oi,  3o8,  309,  3i5,  3i(>. 
33i,  333,  347,  353,  35'i.  356, 
367,  373,  '490,  493,  5V),  5'43, 
54'»,  5'j8,  5Ô3,  553,  554,  593, 
601 ,  636,  6'i7  ;  111,  1 1 ,  33. 

Frev,  III,  53i,  536. 

Freyre,  526. 

Friedel,  G.,  i4i. 

Froc,  111,  477- 

Fryer,  John,  349. 

Fulford,  111,  3o'4. 

Fuller,  111,  100. 


Funk,  319. 
Fushimi,  111,  34o. 
Fuso,  111,  a5o. 
Fytchc,  A.,  55 1. 

Gabiani,  491- 

Gaillard,  Père  L  ,  II,  io3;  111,556. 

Galdan  Boushtou,  i85;  II,  i64- 

Galdan  Ghereng,  II,   i65. 

(ialsworthy,  T.-U.,  III,  236,  237. 

Gambetta,  11,  33i,  345,  373. 

G  a  II  ^e  y  i36. 

Ganneron,  E.,  11,  387. 

Garcez,  A.  Golrim,  II,  637. 

Garcia,  111,  327. 

Garcia  y  Garcia,  A.,  526. 

Gardcssal,  111,  47- 

Gardner,  G. -T.,   Il,    29;  111,   234» 

235. 
Garland,  526. 
Garnault,  Amiral,  4i4- 
Garnier,  Mgr,  III,  61. 
Garnier  Benoit,  11,  366. 
Garnier,  Francis,  55 1  ;  II,  261,  262, 

263,    264,    265,    266,   267,  293, 

337,  348,  370.  38o;lII,  i48. 
Garnot,  Gap.,  Il,  474- 
Garrigues,  III,  5i5,  532. 
Gaselee,  111,  527. 
Gautier,  Hippolyle,  II,  267. 
Gauvain,  II,  i45. 
(itizcllPy  265. 
(jc  Ta  tchin.  H,  36. 
Geary,  III,  100. 
GeiTroy,  III,  533. 
(lefion,  111,  352. 
(îénes.  Duc  de,  II,  147. 
Gcnne\oi6e,  Félix,  445. 
General  Sherman,  391,  393. 
Geofroy,  L.  de,  404,  4o5,  4o6,  4o8, 

409,  4i3,  414,   453,  453.  456. 

457.  464.  47?'  476,  477'  '»7y' 
481,  483,  483,  5o4,  5o5,  5o6, 
507,  528,  529  ;  II,  101,  1^3, 
281.  282;  111,  335. 
G(^rard,  A.,  73,  74,75,  76,111, 98, 
i36,  161,  162.  i63,  i65,  169, 
175,    177,    193,    194.    197.  198, 

199,     201,      2o3,    2o4,    205,     206, 

207,   208,   3oo,   309.  333,  334, 
328,    329,    33a-339,   387,   389, 


568 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


390,  468. 
Gerbilloii,  J.F.,  5i,    67,  81  ;   II, 

(in;  lU.  48a. 
Gcressanda  Jelair  Kong  Taï-chi,  II, 

i64. 
Gervais,  \.,  II,  ^Si,  5o4. 
(iéta,  ni,  riiO. 
(ioiirls,  Mgr.  III,  473- 
(^hislain,  J.J.,  5a. 
(ïia  Long,  II,  a/|0.    a5i,   a5a,  a53, 

a  55,  :i5().  33^,  337,  493. 
Giaquinto,  F.,  aoo. 
Gibson,  John,  a8o. 
(iiers,  Michel  de,  III,  5o3,  5()5,  ôo-, 

5i(). 
Giers,   Nie.  de,   II,  188,   ao8,   309. 

ai8,    3a3.  a3i,    a38,  a^o;   III. 

34  a,  348. 
Giglioli,  F. -II.,  i5o,  i5i. 
Gigon,  II,  445. 
Giles,  Herbert  A.,    173,   186,  19a; 

II,  99;  III,   I,  a39. 
Gilles.  P.-E.-A.,  335. 
(îingell,  W.-Il.,  114. 
Giovanninelli,  Gén.,   H,   517,  5i8. 
Giquel,  Prospcr  M.,  215,  ai6,  317, 

ai8,    3^9.  a5o,   a5i,   a5a,  355, 
356,   357,   4i6.  445, 


Gordon,  Miss.  lîi,  336. 
Gortchakov,   Prince,    56  ;   II,     i85, 

318. 
Golteland,  Cilatide,    198,   4q3  ;    III. 

487. 
Goiigeard,  II,  3'i4.  345. 
Gouger.  543. 
Gough,  Sir  II.,  492. 
Gould,  K.-R.,  m.  i4'4. 
Gould,  Lient..  348. 
(lourdaii.  II,  5 16, 
Gourlaouen,  lll,  373. 
(ïonry,  4i- 
Gouvea,     Mgr  Alex,   de. 


J3 


II, 


537. 


354. 


35;), 


533  ;  11,  33,  219,  499,  507;  III, 

68;  m,  334,  335. 
(ii(|uel.  Cap.,  lll,  lao,  ia5. 
(liraudeau,  III,  475. 
((iulanelli,  Père,  II,  591,593,  594, 

095,  596,  597,  645,  648. 
Gizolnie,  Amiral,  39^1,  l\\!\. 
Gladstone,  W.-K.,  395. 
(Ile  II  (i  nia  s  ^  11,  5o6. 
(iiensannox,  5i3. 
Goblct,  René,  11,  575;  111,36. 
Godeaiix.  Ernest,  498,  5()5. 
(îodwin,  Lieul.-Col.,  54 1- 
Goelilz,  lll,  534. 
(logiiel,  lll,  3ii. 
Golovin,  83,  85. 
Golovkine,  88;  III,  555. 
(loltz.    Baron,   v.  d.,   lll,  54,  187, 

20'*. 
Gordon,  C  -G..  330,  331,  33a,  333, 

aa'i,  335.  23G,  347,  555:  II,  3i5. 

316,  317. 
Gordon,  (îén.  II.-W31.,  a. 


Gowan,  Walter  E.,   Il,  179. 

Granadn,  101. 

Grant,  Commodore. 

(iranl,  (jcn.  U.S.,  '^-\. 

Grant,  Sir  Ilone,  4o,   4i,  48.  101, 

i36. 
Grant,  Ladv,  i36. 
Grant-Duff,  Mac,  lll,  3o4. 
Granville,  Comte,   3i5,    37^,    370, 

376,  444,4'i5;  ll,5ii. 
Granville,  Commandant,  III.  5o8. 
Grassi,  Mgr,  III,  473. 
Grca,  lll,  339. 
(ireaves,  lll,  443. 
Green,  John,  97. 
Grégoire  W,  11,  635. 
Grégoire  Wl.  lll.  73. 
Grenol,  A.,  lll,  365. 
(iresham,  Walter  Q.,  II,    161. 
Grévy,  Jules,    II,    i43,    3o3,    3o3. 

44o,  490,  49a.  534. 

Grey  &  Ui[x>n,  CiOmte.  aaS. 

Griflbn,  lll,  46. 

Cirimaiid.  Il,  33o. 

(iriswold,  493. 

Grodekov,  («en.,  III,  36'|. 

Groot,  de.  II,  433. 

Groot,  J.-J.M.  de.  Il,  18. 

(iros.  Baron,  1,  a,  3,  7,  8,  10,  11, 

18,  19,  31,  37,  39.   '|i.    43,   44. 

.'i5,  48-5o,  55,  56,  58,  59,  61, 

63,  91,  93,  93,  95.  99,  101.  ôi5. 
Grosgtirin,  lll,  no,  lia,  ii3. 
Grosse,  lll,  3o4. 
(irosvenor,  T. -G.,    Il,  ^3,   '16,  47. 

48,  5i,  57,  58,  61.  6a.  63.  65. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


569 


66,71,  85;  Ur,  I. 
Griibe,  i35. 

(îruintgens,  ÎII,  626,  534- 
(iiiadilla,  II,  i4o. 
Gueguen,  III,  118. 
Giiéneau,  34/|. 
Guerrier,  Col.,  II,  ^i^g.  ^94- 
(iuerrière,  269,  270. 
Guichard,  Mgr,  111,  47^ 
(jiiiche.  De  la,  17. 
duidinfi  Star,  II,  5o6. 
(iuievsse,  111,  33l. 
Guillaume    II.    II,    28;    III,  i34, 

352,  354.  356,  523. 
Guillaume  IV,  i5. 
(îuillcmin,  Z.,  Il,  602. 
(luillou,  Mgr,  m,  328. 
(îiiimaraès.    l.-F.,  i43. 


i4i 


145, 


1^7 


166, 


Guinness,  Géraldine,  277. 
Guldberg,  111,  121,  122. 
Gumpach,  Baron  J.  v.,    i63, 

258,  261,  283,  294,  3o4. 
(iurdon,  T. -P.,  280. 
(lulzlair,  K.-F.,  276,  491. 
(îutschmid,  von,  111,  289. 


Haas,  Joseph,  320. 

Haean,  III,  21,  262. 

Haeting,  III,  a48. 

llaighl,  289. 

Haitce,  J.-S..  11,  387.  III,  i3. 

Ilakc,  A.  Egmonl,    223,  224«  347- 

Hall,  III.  53i. 

Hall,  G.  K.,  111.  367. 

Hall,  William  N.,  359- 

Halliday,  111,  532. 

Ila-lou-t'o,  454»  462. 

Hamberg,  Rc'v.  T.,  168,  19^. 

Hameliriy  II,  383. 

Ilamcr,   Ferd.,  H,  137,    i38,   139. 

Hamilton,  Howland,  ii5. 

Ham-nghi,  II,  494»  549- 

Hamy,  D^  E.-T..  181. 

Han,  338. 

Han  Hak-Sakree,  111,  120. 

Hanabousa,  H,  584»  586. 

Han  Lin-erh,  173. 

Hang-ki,  112,  120,  129,  i43,   i47- 

Hang  Kiou-tjyk.  Il,  588. 

Hannckcn.   v.,    Il,    i44;  1H>  ^36, 


237,  248,  249,  382.  4o8. 
Hannister,  Marchands,  i5. 
Hanotaux,  G.,   111,   92,   162,  332, 

333,  369,  389,  391,  392,  ^29, 

438,  44o. 
Hanyang,  111,  23o. 
llara,  111,  532. 
Uara  Kei,  IH,  3i3. 
Harcourt,  Bernard  d',  17. 
Hardie,  279. 


Hardy, 


2i4, 


2i5,  217, 


ii4 


Harmand,  Jules,  H,  38o,  383,  386, 

387,  392,  409,  480.  486,  492  ; 

IH,  235,   238,    289,    290,  293, 

295. 
Harmant,  Jacques,  H,  523. 

Hart,  Sir  Roberl,    i52,   i56,  157, 

i58,   161,   i64,  165,    166,  167, 

224.  260,  284,   29 ^t  3o3.  3o4. 

3o6,  3i2;ll,  23,  i44.  i45,  284, 

4i8,  46i,  46a,  464,  468,  474. 

475,    519,    520,    521,     522,    524, 

526,  527,  55o,  554,  595,  596; 

111,   2,  4,  5,   22,  35,  4i,  3io, 

428,  5i4,  521,  524.  552. 
Hart,  Hcster  Jane,  166. 
Hart,  James  H.,  III,  2,  5o,  34i. 
Hartford^  53o. 
Harvcy,  Commandant, 
Ilarvey,  Frederick,  21 4. 
Hashidate,  111,  25o. 
Hastings,  M'^  de,  539. 
Haussmann,  j  17. 
Haussmann,  Aug.,  17. 
Havret,  Henri,  111,  55. 
Hay,  Lord  John,  H,  65. 
Hay,  John,  III,  446. 
Hayashi  Tadasu,  III,  290,  297,  298, 

299,  3oo,  3i3,  3i4,  3i5,  547. 
Hayes,  Président,  5i5. 
Hazrat  Afak,  H,  i64,  i65. 
Heard  Jr.,  G.-W..  99. 
Heard,  Miss  A.,  III,  99. 
Hébrard,  Adrien,  II,  536. 
Heddc,  Isidore,  17. 
Heine,  W.,  i35. 
Ilekman,  A.,  111,  2^8,  249. 
lien  Tjong,  266. 
Henderson,  D.-M.,  H,  3i. 
Ileng,  H,  5. 
Heng-ibu,  99. 


J 


670 


INDEX    ALPHVBÉTIQUE 


Henle,  lïl.  35 1.  456. 
Hennessj,  Sir  J.-P.,  Il,  4o3. 
Henri  de  Prusse,  II,  1/17  ;  Ilï,  352. 

356,  378,  5ia. 
Henri,  H,  255. 
Henry,  HI,  5o6,  532. 
Héral  de  Brisis,  H,  38o. 
Herbcr,  III,  5o6,  520,    526,  532, 

533,  535. 
Herbinger,  (^ol.,  II,  522,  523,  52^. 
Hérisson,  III,  533. 
Hermès,  198. 
Hernisz,  S.,  98. 
Héroïne,  II,  256. 
Herlha,  392. 
Hertslet,    Edward,     i5i,    259;   II, 

161  ;  III,  49,  91.  92,  96. 
Ilcudc,  Pierre,  34 1  ;  III,  477- 
Ueung-syen,  II,  586. 
Hcyking,    Baron,    III,    354,    36i, 


o33. 


Hia  Jong-to,  II,  36. 

Hia  T'oung  chan,  II,  96. 

Hia  Kia-hao,  II,  97. 

liiao  Ching,  II,  19. 

Hiao  Chou,  II,  19. 

H'iao  Fou-seu,  227,  228. 

Hiao  Ilouci,  II,  18. 

Hiao  Houo,  II,  19. 

Hiao  King,  II,  19. 

Hiao  Tchc,  II.  17,  19. 

Hiao  Tching,  II,  19. 

Hiao  Té,  II,  19. 

Hiao  Touan,  II,  18. 

Hiao  Tsing,  II,  19. 

Hia  yuin,  365. 

Hidavat  Allah,  voir  Ilazrat  Afak. 

Hidevoshi,  III,  2i'|. 

Hien-Foung,  37,  39,  43,  63,  66, 
85,  96,  io3,  109,  116,  119,  120, 
122,  ia3,  129,  i3o,  i3(),  147, 
204,  328,  448.  45o,  455,  463. 
469,  470,  517,  519,  521,  522; 
II,  3,  4.  5,  6,  7,  12,  19.  100, 
io4.  2o5,  607,  63i  ;  III.  363. 

Hiep  Hoa.  II,  386,  482. 

Hilarion,  Archimandrite,  87. 

Hillicr.  W.-C,  H,  112;  III.  2i 

Hinde,  i3. 

Hilrovo,  137;  III,  289. 

Hiu,  111,  9. 


Hiyei  Kan,  III,  249. 

Ho,  II,  270. 

Ho,  39,  i33. 

Ho  Chang-jung,  III,  5o. 

Ho  Jouichang,  II,  507. 

Ho  Kouci- tsing,  201,  447- 

Ho  T'ing-kieu,  H,  96. 

Hoang  Çan-ko,  333. 

Hoang  Nham.  II,  257. 

Hobson,  Il.-E.,  247. 

HolTenfcls,  Hofler  de,  II,   i44- 

IIofTinann,  III,  248,  249. 

Ilofman,  Mgr.  III.  473. 

Ilohenlohc,  Prince  de,  II,  i48,  i5i, 

i52,  220. 
Ilolck,  Van,  III,  120. 
Holcombe,    Rcv.    C.,    II,   ao,    97, 

419,  420,  444.  493,  55o. 
Holland,  Cap.,  220,  221. 
Holleben,  Von,  H,  20,  3o. 
Hollingworth,  H, -G.,  56 1. 
Holmes,  J.-L.,  243. 
Holt,  Henry  F..  281. 
Homère,  III,  439. 
Hong  Jen-ta,  234. 
Hong  Merchants,  i5. 
Hong  Tjyong-ou,    IH,    229,    23o, 

23l. 

Hong  Ycn-syolri,  H,  588. 

Hong  Yong-sik,  111,  23o. 

Hoo-ts.ic,  433. 

Hope,   Sir    James,   4o.    ii4,    2o4, 

2o5,  206,  211.  2 14,  3 18;  11,65. 
Hopkins,  L.  C.  III,  367. 
Ho-ssc,  385. 
llottingucr,  III,  3o5, 3o6, 307.  3o8, 

3ii,  3i2. 
Hou,  Vincent,  353. 
IIou  P'inlchi.  ÏH.  456. 
Hou  Yu-fon,  III,  396. 
Houa  (]ha  na,    20,  21,  39,   90,  99. 
Houang,  i49- 
Houang,  21 4.  229,  23 1. 
Houang  Koui-lan,  II,  428,  429. 
Houang  Sc-lin,  III,  252. 
Houang  Tchau-k'ioun,  III,  457. 
Houang  Tche-lchen,  H,  102,   io3. 
IIouang-Tcho,  H,  m. 
Houang-Tchoung,  238. 
Houang  Tsiuen- bien,  III.  4o4- 
Houang  Tsoung-yn,    235,   336;  II, 


INDEX    ALPHABETIQUE 


28a,  4i3. 
Houang  Wan  p'iing,  II,   180,    181. 
llouang  Yii,  II,  96. 
Ilouard.  III,  i  lO. 
Ilouci,  Prince  de,  108,  138. 
Iloiici-Sin,  11,  97. 
Iloiinp.  II,  588. 
Ilouiig  Fou- lien,  33^. 
Iloiing-Jang,  168. 
Houng-Jon,  169,  30 r. 
lloung  Jcn-kan,  soi. 
Iloiing  Sicou-ls'iuen,  168,  169,  170, 

175,    193,  19;,    195,    199,   3o3, 

307,  309,  33o,  334. 
lloung  Tsiii-lin,  /199. 
Ilouo-tsi-tchan,  v.  K'oziclian. 
IIouo  Won-licou,  435. 
House,  Edward  H.,  533. 
Howard,  Gard.,  Il,  6'|8. 
Howard,  William  A.,  383,  33o. 
Ms«ngh{)jushcng,  537. 
llshia,  11,  133. 
Hsin-yii,  III,  248. 
II lai  tjo,  3()6. 
Iluart,  voir  Imbaull-IIuarl. 
llubcr,  Alfred,  5 16,  017. 
Iluberty.  III,  353. 
Hubner,  Baron  de,  319,  307. 
Iluc,  Jean,  539;  II,  33,  33. 
Iluin,  M.-L.,  367 
lluin  hun   Thu'o'ng,  II,  491.  493. 
lluinh  KicnThuo'ng,  II,  387. 
Uumann,   Amiral,    111,    1 10,    ii5, 

1 17,  133.  127,  i3o. 
Ilurabcrl,  Roi,  II,  64'i  ;  IH,  83. 
Ilumblot,  458. 
Iluol.  J.-A.,  60,  fil. 
Hurodaïy  II,  97. 
Huroiiy  491- 
Hyde  de  INeuville,  i . 
Hyson,  336. 

I,  Prince  de.  '|0.  I3i. 

I-cban.  89  :  11,  170. 

I-ko-t'ang-a,  voir  E-ko-l*ang-a. 

I  liang,  V17. 

/-s  in  g,  II.  boC). 

I-lchen,  II,  96. 

Ibaricz,  517. 

tcarus^  378 

Ides,  Evcrl  Isbrand,  85,  87. 


571 


lelalomski,  83. 

Ignalicv,  général,  4i«  43,    56,  58, 

91,  95,  96,  II 5. 
lli{)Ou,  i5. 
Iltis,  III,  337,  35o. 
Imbaull-IIuarl,  (iamille,  159,    53o, 

533.  533  ;  II,  6i(),fii8,fi3i,  ()33  ; 

III,  34. 
Imberl,  Albcrl,  307,  383,  4o3,  4^8. 
Imbcrl,  L.-M.-J,  3fi6. 
Imp  éni  l  ri  ce ,  1 35 . 
Impérieuse^  3o5. 
In  Ja  syng.  II.  99. 
/nconslanly    III,    m,    116,    ii7, 

118,    119,     I30,     131,      132,     123, 
I3'|,    125. 

Indiann,  543. 
Innocent  \,  III,  47')»  485. 
Innoccnl  Ml,  111,483,  485. 
Inouvé-Kaoru,    II,    99,    589  ;   III, 

3'|3. 

/rêne,  III,  336. 

Ironsidc,  Hax.  III.  457. 

Isinaêl  Kban,  II,  i64- 

Ismaîlov,  86. 

Ismct-Oulla,  II,  171. 

Isobajrashi,  II,  590. 

hier,  Jules,  17. 

Ilo  Ilirobumi,  399;  III,  221,  233, 
355,  357,  359,  363,  363,  36^, 
365,  370,  375,  376.  377,  378, 
379.  281,  290,  293.  339,  534. 

Ilo,  Amiral,  III,  248. 

Ilsukushimo,  111,  25o. 

Ivan  IV,  79,  85. 

Iwata,  S.,  m,  228. 

lyeyas,  396,  397. 

J.R.  Say,  III,  116,  117,  118,  120, 

I!U.    13  V 

Jackson.  J.-A.,  276. 

Jacobini,  Gard.,  Il,  591,  612,  (i'i'j, 

6^17 
Jacqucmicr,  H,  Vl6. 

Jacques  l*^"",  13. 

Jacquier,  5i. 

Jacquin,  Gap.,  H,  379. 

Jakob.  i35. 

Jametel.  Maurice,  483. 

Jamin.  Général,  2. 

Jan  Wcn-Uian,  11,  33. 


573 


Index  alphabétique 


Janssen,  A,  III,  72-73. 

Janus,  a8i. 

Jaouen,  lil,  119. 

Jardine,  Matheson  &  C»,  Sa/i,  ^gS  ; 

II,  107;  III,  3,  a36,  379,  38o, 

389,  3()4»  4^8. 
Jarliii,  IIl,  473.  629. 
Jaùrias,  III.  536. 
Jauréguibcrry,  capitaine  puis  amiral, 

47  ;  11,  3o2,  3o8.  309,  347,  354, 

359,  363,  536. 
Jaurès,    Amiral,     207,    265,    267, 

368;  m,  3oi,  536. 
Jean-Jacques,  III,  118. 
Jebb,  Major,  247»  248. 
Jen-Cihan,  128. 
Jenkins,  Edward,  524. 
Jenkins,  F.-B.,  274. 
Jésus,  328,  337,  338,  340,  459. 
Johansson,   A.-D.,    III,    loi,    102, 

io4,  io5. 
John,  Griftith,  III,  65. 
Johnson,  Prés.,  292. 
Johnson,  F  -B.,  Il,  5ii. 
Jomini,   Baron   de,    II,   218,    221, 

222. 
Jonc  LoRsc,  42'». 
Joncs,  II. -M.,  III,  i43. 
Joncs,  Lewis,  i36. 
Jones,  Oliver  J  .  281. 
Jong,  Maréchal,  II,  173,  174,  175. 
Jong-Lou,  110;  IIl,4oi,4o2,  4o4. 

407-409,  4ii.  4i2,  417»  424. 

457,  4^)8,  498,  499»  5i3,  5i5, 

521,  524,  525,  552. 
Jonquicrcs,  de,  11.  382. 
Joostens.  Maurice,  lll,  516-17. 
Joss,  338. 

Jouan-chou.  Il,  3i3,  3i4«  3i5. 
Jouan-Fou-cheou,   v.  Tu  Duc,    II, 

3i3. 
Jouan-tchouan,  II,  3i4>  3i5. 
Joui,  Prince  de,  128. 
Joui-Lin,  2  44;  II.  101. 
Jourdan,  de  la  Coulange  &  C'*',  16. 
Journal  Soc.  Américanistes^  98. 
Journiac,  Alexandre,  60,  62. 
Jouvel,  256. 
Judson.  Adoniram,  542. 
Julard.  m,  533. 
Jusscrand,  IIl,  139. 


Kahn,  G.,  IIl,  378. 

K'ai,  II,  5. 

Kaiser,  III,  352. 

Kai-tsi,  II,  5 14. 

KalaUin,  II,  5. 

Ran  Wang,  210,  an. 

Kane,  D-^E.-K.,  98. 

K'ang  lli,  55,  85,86.87,  io3,  ii3. 
120,  i85.  186,  454,  48i,  566; 
II,  18,  io4,  164,  336,  606,  607, 
611,  612,  619,  632,  636;  III, 
190,  4o5,  483,  484,  55a. 

K'eng  Kouang-jen,   III,  4 10,   4ii. 

K'ang  Yoou-wci,  III,  399-401 ,  4o3, 

4o4,  4o6,  4io-4i3.  417.    4i8. 
424. 

Kang  Yi,  111,  422,  4.^7,    496,  498, 

5o2,  513,   5i5,    517,   524.    539. 
Kao  Eur-long,  II,  36. 
Kao-ou,  384. 

Kao  Tscu-kouei,  II,  36,  87. 
Karim  Kaclika,  II,  171. 
Katli  Torah,  II,  171. 
Kauffmann,  II,  :7a,  178,  188. 
Kaulbars,  Baron,  II,  172. 
Kellctt,  Sir  11  ,  872. 
Kennedy,  Thomas,  19. 
Kenney,  2i4>  2i5. 
Keppel,  Sir  Henry,  817. 
Keppcl,  Lciccsler,  281. 
Ker,  111,  2o4. 
Kergara<lcc,  de,  235;  II,  285,  a86, 

287,  288,  35 1. 
Kergariou,  de,  4i4- 
Kersaint,  II,  383. 
Kestrelf  21 4.  21 5. 
Kctlcler,  Baron  von,    iio  ;  lil.  a4. 

5i2,  5i6.  521,  533.  538. 
Kettcler,  W.,  III,  533,  587. 
Kcun  de  Hoogcwocrd,  111,  127. 
Khabarov,  80. 
Kho,  55. 
K'i,  II,  5. 

Ki'-Siéou,  IIl,  589. 
Ki-Tsiang,  120,  121,  128.   129. 
Ki  Wang-shiao,  499- 
Ki-Ying,  i5,  17,  149;  II,  2o5. 
Kia-chc,  IIl,  25. 
Kia-Chouen,  II,  16. 
Kia   K'ing,  i4,   52,  85,    178,    196. 

202  ;  II,   5,  19,  336,  498  ;   111, 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


573 


^31,  /|53. 
KiaTching,  134,  138. 
Kiang  Koue-t'i,  III,  sSs,  354- 
Kiang-ou,  383. 
Kiang  Si-chun,  II,  73. 
Kichik  Khan,  II,  171. 
KienchaHy  369. 
K'ien-Loung,   55,    I30,   300,474*, 

II,    5,    18,    19,    1G3,    i6(>,    191, 

336,  55 1  ;  III,  55,  190,  553. 
K'ien-pliiro'c,  II,  483. 
Kit'ri-sfien^,  II,  5o6. 
Kiin,  André,  366. 
Kim-ok-Kyoum,  II,  588,  589;  III. 

338,  339,  33o,  33l  . 
Kim  Yun-sik,  III,  34 1. 
Kiinberley,    Comte    de,   374  ;    III» 

391. 
Kin,  tsiang-kun,  II,  178. 
Kin,  Dynastie,  360;  II,  17. 
Kin  cliouen.  II,  177,  178,  180. 
Kin  Pe-lien,  voir  Fereira,  Em.   de. 
Kinder,  C,  III,  38o-383. 
K'ing,  Prince,  iio;  II,    333,    4ï»3, 

43."),  446,  447.  453,  454,  455, 
456,  555,  567,  568,  569,  573, 
574,  575,  6'U  ;  III.  9,  16,  19, 
24,  ^8,  3o.  4'>»,  43.  49,  54,  69, 
79,  87,  i63,  i65,  169,  194.  300. 

30I,    3U3,     3o3,     311,     313,     333, 

378,  390.  393,  4^5,  457,  496, 
498,  53  1,  53 'j,  537,  545,  549, 
55 1. 

King-cheng,  II,  96. 

King-cheou,  i3i,  I33;II,   i4. 

K'ing     Kioun-VVang,     voir     K'ing 


V 


rince. 


King-Lien,   II,  97,    4i2,  4^0,  433. 

King  Lien-chan,  III,  499*  5oo. 

King  Siang-in,  II,  181. 

Kingsin,  III,  3o3,  4o6. 

K'ing-Tirhang,  voir  Tching-Tchang. 

King-VVang,  II,  17,  18. 

Kiiig-yiien,  III,  348,  349- 

t'Kint,  Auguste,  149,  333,  363. 

Kin  T^i-ho,  III,  loi. 

Kla|irolb,  III,  555. 

Kleczkowski,  Comte,  ii3,  11 3, 
116,  118,  119,  131,  i33,  i33, 
i38,  i46,  147,  i48,  i58,  483. 

Kleimenov,  III,  56,  67. 


Knobel,  48i  ;  III,  617. 

Knoop,  T.,  III,  3i3. 

Ko,  voir  Gorlfhakov. 

Ko,  voir  Kaiiffmann. 

Kojima,  III.  534. 

Kopsch,  II.,  III,  438. 

Kozidchan,  II,  i65. 

Ko-san,  384. 

Ko-\vang,  le,  III,  54. 

Koan-san,  385. 

Kobajama,  Amiral,  III,  349,  356. 

Koenig,  (Consul,  i35. 

Koidé,  II,  36. 

Koizounii,  III,  34. 

Kojiyama,  III,  34. 

Kollar,  III.  533. 

Kolessov.  III,  3o4. 

Komci  Tenno,  396. 

Kong,  II,  633. 

Kong  Taï-chi,  II,  i64. 

Kong-ten,  II,  36. 

Koriim,  Mk«',  III,  74. 

Kou  Tcliang-ho,  385. 

Kouan-Tchc^oii,  467. 

Koiiang-cheou,  II,  96. 

Kouang-Siu,  77,  io3,  565,  667  ; 
II,  I,  4.  6,  9,  II,  13,  i5,  19,  34, 
^9»  76»  11'  ^5,  86,  96,  109,  113, 
116,  117,  i53,  i54,  160,  163, 
164,  3i3,  3io,  3i3,  333.  337, 
33Q,  4o3,  4i3,  4i6,  4^5,  43o, 
433,  436,  45o,  453,  463,  469. 
471,  474,  476,  477,  498,  5io, 
55o,  554,  565,  568,  ,597,  600, 
619.  621,  638  ;  III,  9,  i4,  19, 
31,  38,  35,  36,  4i,  43,  5o,  5i, 
56,  64,  66,  70,  91,  93,  96,  100, 
i58,  169,  190,  191,  193,  1Q9, 
300,  333,  339,  357,  365,  385, 
399,  3oo,  3io,  331,  333,  36i-3, 
3()8,  377,  393,  395,  4o3,  4o3, 
4o6,  4o8,  409,  4i3,  420,  421, 
433,  434,  427,  433,  464,  466, 
469,  533,  533. 

Kouang-tcho,  II,  96. 

Kouang-Yen,  131 . 

Kouang-Youcn,  i33. 

Kouei-fèn,  II,  97. 

Kouci-Liang,  10,  30,  31,  39,  90, 
99,  108,  109,  ii3,  134,  i56. 

Kouci  Ping* chou.  337. 


574 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


Kouei-siang,  III,  Sg,  4o. 
Kouei-Tch'oun,  iio. 
Kouei-Tsing,  /167;  lî,  96. 
Kouen-kang,  II,  453,  477- 
Koui.  Ku-h'en,  II,  33,  34- 
Koui-Piii,  II,  435. 
Koumani,  voir  Coumany. 
Koun,  III,  373. 
Koung,  Prince,  1,3,7,8,  9,  10,  11 

43,  44,  45,  40,  48,  55,  56,  57 
58,  59,  Oo,  62,  03.  74.  94,  96 
108,  109,  lia,  ii3,  ii4>  118 
119,  lau,  12a,  123,  ia4>  129 
i3o,  i38,  i44.  147.  i48,  i5i 
i52.  i53,  i55,  i56,  2o4,  207 
224,  a34,  259,  261,  2O5,  268 
283,  284,  285,  286.  3oi,  3o2 
3o3,  307.  33i,  336,  344»  362 
363,  364,  367,  373,  374,  377 
378,  385.  388.  4o4,  417.  435 
443.  446,  447,  448,  452.  455 
456,  457,  458,  462,  463,  464 
470,  471,  472,  475,  476,  477 
478,  479.  4oo,  482,  485,  507 
509,  527,  528,  533,  566;  II,  2 
3,  6,  8,  10,  i4,  16,  26,  35.  4i 
42.  45,  46,  5o,  52,  59,  62,  78 
88,  89,  90.  96.  97,98*,  99,  loi 
ii4,  116,  119,  120,  127.  128 
i34,  i35.  i36.  i42.  i43.  i46 
i53,  i56,  157,  174,  182,  i83 
i85,  192-194,  211.  220,  279 
280,  282,  286,  3o6,  322,  323 
332,  4oi.  4o2,  4o6,  4 12,  4i3 
4i5,  4i8,  420,  421,  ^23,  425 
426,  455,  477.  58 1,  582,  6o5 
606,  609,  612,  63 1  ;  m,  49, 189 
191,  193,    «9^,  19,"),    196.   197 

198,     200,     30I,     202,     2o3,     205 

210,  212,  257,  259,  309,  3i4 

323,  335.  378,   4o8,  419,  553 

556. 
Koung,  tao-t'aï,  492. 
Koung  Miao-lsi.  III,  102. 
Kouo-Kouei,  348. 
Koiio  Lc-miii,  II,  23. 
Kouo-San,  385. 
Kouo  Suiirig-tao,  m;  II.   .5(),    53, 

97, 111,  112,  133,  i34,  i35,  i36. 
Kouropatkiiie,  A.-IS.,  II.  179. 
Kovalevsky,  Col.,  II,  166.  170;  III, 


555. 
Kowshing^  III,  235,  236. 
Koyama,  III,  264- 

Koyander,  A.,   II,    i44,    211.    2i5. 
Kraetzer,  E.-I).,  III.  22,  23,  24. 
Krantz,  Amiral,  II,  268,  375,   276, 

277,  278. 
Krementz,  Mgr,  III,  74. 
Kremer,  de,  137. 
Kreylier,  J.,  i4i- 
Krancl,  27. 

Kropotov,  88  ;  III,  555. 
Krupp,  III,  8. 
Krusenstern.  A..  88. 
Kuan^i-chifiy  III.  248. 
Kuang-piiig,  III,  248. 
Kungyiy  III,  262. 
Kuroda-Kiyotaka,  II,  99;  III.  253. 
Kym  Iloing  Jip,  II,  589. 

L.-M.-F.,  voir  Fay,  Lydia  Maria. 
La  Bédollièro,  III.  370. 
Labroussc,  III,  534,  535. 
La  Chaise,  Père  de,  III,  48o. 
Lachaud,  II,  i45. 
Ladygensky,  III,  24;  III*  555. 
Lafont.  Amiral.  Il,  291,  397. 
Iai  (ialissonnicn\  II,  474,  507. 
LaGrandière,  Amiral.  394  ;  II.  a6i. 

262  ;  III.  107. 
Lai-yuen,  III.  248,  254. 
La  Jaille,  de,  344- 
Lalouyer,  Mgr,  lll,  472. 
La  Mazolière,  M'''  tle,  399,  534- 
Lainb(Tt,  Aiiiiral.  H,  74. 
Lamiiigton.  Lord,  UI,  i42. 
Lansdowne,  III,  547- 
Lunessan,  De,  III.    109.   iio.    162, 

5o3. 
Lano,  De.  II.  22. 
La  Pérouse,  II.  253. 
La  Valette,  M'**  de,  3oo.  374,  370. 
Ijuiy  Hufihes^  i3. 
Lad  y  Monta  ^iu\  5i2. 
Lagacé,  495. 
Lagrené,    T.   de.   16,    17.  02.  492, 

493-,  II,  626. 
Lagrené.  M'"**  de,  17. 
Lagrené,  Gabrielle  de.  17. 
Lagrené,  Olga  de,  17. 
Lalès,  III,  535. 


ITSDEX    ALPnAUETIQL'E 


575 


Lallemand,  Comte  de,  373,  378,  275, 
329,  330,  33i,  348,  4o4,  4o5 , 

II,  689,  64o. 
Lamache,  III,  533. 
Lam  Gien  Tiep,  II,  a58. 
Lammermuiry  276. 

La  Mothe- Lambert,  II,  626. 

Lan  Tekin,  II,  181. 

Lang,  II,  44o;  III,  5o. 

Lange,  L.,  86. 

LanoY,  i49- 

L'Anthoen,  III,  533. 

Lao  Ngai-siuen,  III,  453. 

Lao  Tchoung-kouang,  63,   65,  66, 

118,  lOo. 
Lao  Nicntze,  245. 
Lao-ou,  334. 
Lao-tseu,  H,  632. 
Lapierre,  II,  256,  257. 
LaplacCy  269. 
l.arose,  II,  255. 
Lasccllcs,  F.-C,  III,  3io,  867. 
Laugliton,  II. -F.,  279. 
Lavaissièrc,  Mgr,  21 3. 
Lavaur    (Je     Saintc-FortunacJe,     II, 

118. 
Lavest,  Mgr,  III,  473. 
Lavigerie,  Card.,  111,  86. 
Lavisse,  E  ,  52;  II,  26,   i65,  263; 

III,  108. 
La>oll(;e,  Ch.,  17. 
Lay,  G. -T.,  276  ;  III,  556. 
Lay,    II. -N..    137,    i52,    i53, 

i55,   i56,   157,  i58,   161,  i65  ; 

II,  69. 
Lay,  VV  -IL,  350,  353,  36o,  36i, 

367.  369;  III.  556. 
Lé,  II,  334. 

Lé  Thanh-long,  II,  336. 
Leao  Clicn-heng,  III,  9,  24- 
La  Berrc,  III,  534. 
Le  Brethoii  de  Caligny,   21 5,  217. 
Lf  Hretlioiiy  Le,  269,  273. 
Le  Chappelicr,  II,  244- 
Lerointe,  (Jénéral,  II,  536. 
Le   Comte,    Louis,    5i  ;    IlL   48i, 

482. 
Leconite,    Commandant,     II,    517, 

5:i3. 
Le  Favre,  Jacques,  491- 
Leboucq,  P.,  192,  245,  345. 


i54. 


Lebrun,  Jean,  335. 

Le  Coquen,  III,  533. 

Lees,  Jonathan,  359;  II,  120. 

Ledochowski,  Card.,  II,  591. 

Leduc,  Henri,  III,  191,  192,  198, 
2o3,  2o4.  24o,  471. 

Lee,  H.  Austin,  III,  189. 

Leeyuen,  111,  248. 

Le  Favre,  J.,  III,  479. 

Lefebvre,  357. 

Lefebvre  de  Béhaine,  Ed.,  Il,  591, 
645.  648;  111,89. 

LeFIÔ,  Gén.,  II,  28;  III,  556. 

Lefèvre,  D^  III,  i43. 

Lefèvre-Pontalis,  P.,  III,  i43,  147. 
159. 

Le  Gall,  III,  118. 

Legendre,  C.-W.,  473. 

Legénissel,  217. 

Le  Gai,  III,  533. 

Legge,  J.,  III,  517. 

Le  (iloanec,  III,  533. 

Le  GolT,  III,  535. 

Legras,  Am(Uie  C,  356. 

Lelieur  de  VilIc-sur-Arce,  II,    257. 

Leniaire,  Gabriel,  i4i,  4o3,  407; 
H.  473,  491*  493»  628;  III,  26, 
27,  28,  29,  3o,  34,  35,  36,  4o- 
44.  48,  5o,  60,  66,  69,  76,  77, 
79,  80,  83,  84,  99,  161. 

Lemaître,  Mathurin,  493. 

Lemière,  J.-E.,  III,  4o3. 

Lemonnier,   L'abbé  E.,   355,  369. 

Le  Myre  de  Vilers,  II,  290,  291, 
292,  297,  298,  299,  3o2,  3o5, 
309,  3ii,  317,  319,  344.  345, 
347,  35o,  353,  354,  355,  357, 
36i,  384;  III*  112,  129,  i3o, 
i3i,  i32,  i33,  i35. 

Lena,  III,  326. 

Lenne,  III,  533. 

Lensey,  II,  3i. 

Lenu,  Adélaïde  M. -A.,  356. 

Lenzy,  II,  173. 

Léon  XIII,  11,648;  111,87,489. 

Leontiev,  M.  ou  D.,  87. 

Léopold  II,  323. 

Leou  Cheou-heng,  II,  453. 

Leou-eul,  38i,  383,  384. 

Leou  Han-tsing,  II,  i35. 

Leou  Kai-wen,  435. 


576 


Leou  Shien-lin,  ^99. 

Leou  Tou-kouei,  385. 

Lépissicr,  S'^i. 

Le  Scch«  111.  535. 

Lesiieven,  111,  533. 

Lespès,  Amiral,  11,  43'i,  433,  43/|. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 

535, 


437,  438,  445, 


5oi 


446, 
5o3, 


448, 
bo4.  5ii 


4'i7 


4(50,  47'i. 

54y 

I^ssar,  111,  ;>49,  55 1. 
Ldsseps,  Ferd.  de,  i3G. 
LeTellier,  111,  48a. 
Le  Tuan,  II,  268,  275. 
Leven,  326. 

Le  Vigoureux,  Cap.,  5ii. 
Li,  169. 
Li,  11.  4^2. 
Li,  56c . 
Li,  H,  45o. 
Li,  11,  265. 
Li,  111,  loi. 

Li,  Prince,  11,  207.  4^4  ;  Hl.  ^6. 
Li  Chou-lcliao,  11,  1 1 1. 
Li-Chan,  111,  524»  539. 
Li-cliang,  11,  73. 
Li  Foh  ya,  111,  io4. 
Fi  Fou-lai,   voir  Li-Houng-Iclioiig. 
Li  F^ouiig-pao,  248,  256  ;   11,  136, 

137,  43o,  438.   499,   5i4.  5^9  ; 

111.  68. 
Li  Han-lchang,  11,  43,  4^«  48,  l\i.}, 

59,  67,  iS?>,   69,  71.  72.  73.  85, 

86,  263,  283;  111,  38i,  385. 
LiHi,  IIL  223. 
Li  Hing  joueï,  111,  10. 
Li    Uoung-tchang.    78,    io4.   i55. 

157,     206,    207,    219,     223,     2!<6. 

244,  348,  371,  382,  389,  399. 
423,  447.  486,  526.  555  ;  11,  -j'i, 
43,  45,  5o,   74.   75,  76.  82,  84. 


87.  88,  89.  92 
107.  108,  i3(), 
i54,  211,  2i5, 
325,  327,  329, 
369,  37»),  372. 


9^' 
137, 

216, 


3 


II 


io3, 

a '40, 
3<>3,  368, 


lOI 

219 


374,  376,  377, 


394,  395,  396,  398,   399,  4()5, 


409, 
434, 
462, 
490, 

5l2, 


417. 

435, 
^63, 
496, 
5i3, 


43o,  43 1,  432,  433, 

436,    -^40  445.   458. 

365.  366.  i'171,  473. 

498.   499-5o5,   5 10, 

520,  521,  527,  528, 


532, 
545, 
565. 

^99' 


549, 
583. 
6()3, 


54o, 
55o. 
585, 
60',. 


54i. 
55i. 
589. 


543. 
553. 

597. 


544. 
556. 

59<^. 


610.    6i5i-lii7. 


619-621;  111,  a,  5,  i5,  16,  17. 
21,  22,  23,  25,  3o,  46,  5o,  5i. 
64.  69,  75,  84,  ^^.  87,  9a,  96, 
99,  178,  i83.  189,  2o5.  ai3, ai4. 
220.  221,  222,  223.  335.  226, 
239,  24o,  245,  252,  257. 
260,   261-266.   375,    376, 


279.  280.  281,   293,  297, 


3dq. 
270. 
398. 

299.    3(x>.   3i4*   339*343.    3!i8. 

35o,  361.362,374.378,  38o-2, 

385,  390,  4o6,  4ia,    4 18,   4^9. 

458,  5oo,  5i3,  5i4»   5i5.  637, 

537,  545. 
Li  Iloung-tsao,  467;    II.   96,    ii3, 

161,  4i3.  4i3,    430.    4a3  :  III. 

258,  309. 
Li  Ilouo-nien.  244- 
Li  Kan-ying,  II,  586. 
Li  Kau|>an,  111.  io4- 
Li  Kia-tchang,  III.  101.   102. 
Li  kien-yin,  4^7- 
Li  King-fang,  III,  5o.  23o,  aSi. 
Li  Kouei-lcirao,  11,  i35. 
Li  Lion-} in,  111,  .^112. 
Li  Ma  tcou,  voir  Ricci,  Malteo. 
Li  Pa  Lao-}'e.  11,  33. 
Li  Pin-lin,  II.  i35. 
Li  Ping-heng,  111,  10.   35i.  456-8 

496,  498- 
Li  Siao-yun,  111.  407 
Li  Sieh-taï.  voir  Li  Tclien-kouo. 
Li  Sl-youen,  193. 
Li  Sieou-tchang,  200. 
Li  So,  349. 
Li-sse,  385. 
Li-ta,  384 
Li  ïa-yang.  3'|8. 
Li  Tchcn-kouo,  56o.  56 1 ,  062,  563  ; 

II,  66,  71,72,73.  85.  KG. 
Li  Tchen-lien,  227,  228.  239. 
Li  Trhen-lclieou,  229. 
Li  Tchiangho.  226,  228. 
Li  Tching-fong,  III,  265. 
Li  Tcliing-inen,  III,  m. 
Li  Tchonug-lang,    voir   Li   lloung- 

tchang. 
Li  Tsi-ichc,  III.  33i. 


5i4.  5 18,  539. 


227. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


577 


Li  Wan-tcheng,  384. 

Li  Wan-yeou,  384. 

Li-Wou,  IT.  3i. 

Li  Yangts*ai,   II,   a88,   289,   ago, 

335,  4i3. 
Li  Yong-lsing,  II,  4a8. 
Li  Youen-chou,  II,  33. 
Li  Youcn-kin,  II,  33. 
Li  Yû,  m,  257,  26a. 
Lia  Tchang-chin,  4a5. 
Liang,  Dyo.,  338. 
Liang,  Duc,  11 3. 
Liang  tao-taî,  279,  a8o. 
Liang  Afah,  169. 
Liang  Ki-tcliao,  III.  4o4»  4i3- 
Liang  T*ing-fen,  III,  4^6. 
Liao  Cheou-hcng,  iio. 
Libella,  Pasquale,  i5o. 
Lien  Chouen,  III,  a5i. 
Lien  Fang,  III,  2ç^Z. 
Lien-liing,  II,  i35. 
Lien  Lin-houa,  499- 
Lien-youcn,  iio;  III,  524*  539- 
Lieou,  Général,  III,  a45,  a5a,  a55. 
Lieou,  Cap.,  III,  248. 
Lieou,  François,  55. 
Lieou  (Ka-la),  III,  452. 
Lieou  Kin-Tang,  II,  177,  180,  181, 

207. 
Lieou  Kouang-li,  III,  4io,  4ii- 
Lieou   K'ouen-i,  161,   487;  II,  20, 

23.  24.   25,  io3,  289,  329;  m, 

293,  452,   457,  5oo,  5 18.  520, 

554. 
Lieou  Licn-tchc,  228,  229. 
Licou  Ming-lcliouan,  II,  329,  475, 

5i2  ;  TU,  245,  252. 
Lieou   Ping-lchang,    195  ;  II,    24  ; 

III,  322  5,  457. 
Lieou  Pou-tchin,  III,  23^. 
Lieou  Si-houng,  m;  II,  111,112, 

i33,  135,  i30;  III,  34/45. 
Lieou  Tch'ang-yeou,  5 16. 
Lieou-lié,  36o,  365,  371,  38o. 
Lieou  Tien,  II,  180. 
Licou  Ti-ngo,  voir  Le  Favre. 
Lieou  Yong-fou,  a35,  a36;  II,  aC^, 

342,   343,   345,  4i4.  4î5.  481, 

547;  m.  25(3. 
Lieou  Yo-lchao,  II,  4i»  70. 
Lieu,  409. 

GORDIBR. 


Liffr*  540. 

Liknatchov,  137. 

Limburg-Slinim,  II,  aao,  aai. 

Lin,  III,  a48. 

Lin,  H,  4aa. 

Lin  tao-laî,  494. 

Lin-Ghou,  II,  4i3,  4a5,  426,  453. 

Lin  Uui,  III,  4io,  4ii. 

Lin  Tsi-seu,  193  ;  III,  556. 

Lin  Young-cheng,  III,  249. 

Lindstrom,    K.-F.,   III,    loi,    io5. 

Lineas  Evangelisla,  III,  a37. 

Ling  Kien-lin,  467. 

Lindsaj,  H.-H.,  491- 

Ling-kouei,  II,  96,  323. 

fÀnnet^  III,  120. 

lÀnoisy  369,  4i4. 

Lion,  III,  a37,  370,  509. 

Liong-fou,  4a3. 

Lippett,  III,  53 1. 

Lister,  537. 

Liu,  III,  a48. 

Liubinov,  III,  555. 

Liu  Si-kouang,  III,  75. 

Liu  Yu-cheng,  III,  io4. 

Llorente,  Gomte  de,  III,  47. 

Lo,  tao-taï,  529. 

Lobanov  de  Rostov,  III,  a4. 

Lobanov,  Prince,  III,  3o5,  34i-343, 

348,  507. 
Lobo  d'Avila,  II.  98. 
Lo  Feng-youen,  aag. 
Lo  Foung-lou,  a56  ;  II,  474»  495, 

496,  498;  III,  21. 
Lo  Hiaou-ts'iucn,  169. 
Lo  Ping-lcb'ang,  voir  Lieou  Ping- 

tcirang. 
Lo  Tcheng  Kouo-lan  Isc,  383. 
Locli,  H.-B.,  4o,  46,  47. 
Lof  tus.  Lord,  28. 
Lohézic,  III,  533. 
Loire,  118. 
Lok-tow,  a  80. 
LoNDON  Miss.  Soc  ,  376. 
Longobardi,  N.,  i5o;  III,  478. 
Lopez,  G.,  III,  480. 
Lord  Amherst,  491- 
Lou,  voir  Rochechouart. 
Lou  Tch*ouan-lin,  III,  325. 
Lou  Tche-p'ing,  II,  4i3. 
Louis  XIV,  5i  ;  II,  245,  611,  626; 

III.  —  37 


i 


578 


INDEX    ALPIIAUETIQIE 


III,  48o,  ^8u  483,  486,  494- 
Louis  XV,  III,  486. 
Louis  Wl,  5i;  II,  244.  a46,  aSi, 

357,  626;  III,  486,  487. 
Louis  XVIII,  II,  a44,  256,  337. 
Louis-Pliilippe,  II,   266,    337,  356, 

357. 
Louise,  Sœur,  voir  O'SulUvau,  Alice. 
Loumyer,  III,  99,  189,  2o4. 
Louo  Ghe-couii,  II,  m. 
Loureiro,   i36. 
Low,  Frederick  F.,  282,  322,  363, 

378,  392,  393,   394,  43i,   456, 

463,  473.  479,  48*1,  484. 
Lowndes,  Cap.,  556. 
Lozé,  III,  485. 
Lu  Li-ko,  II,  34. 
Luca,  FenL  do.  II,  i44.  4^3,  44o, 

584,  64 1,  642,644;  NL  4^.  78. 

82. 
Luco,  Ilï,  109. 
Lucius,  D*",  i35. 
Lugan,  III,  i43. 
Luisa  Canevaio^  5i3. 
Lund.    F.-E.,  III,   loi,    io3,    io5. 
Lung  Siou-yuan,  334. 
I.utin,  11,  474;  III,  ii4,  116,117, 

I  19,    122,    123. 

Luii  Vinb-phuoc.  voir  Lieou  Vong- 

fou . 
Luzalti,  III.  388. 
Ly,  II.  334. 
Lylràn,  II.  343. 

Ly  Yuiig-tchoi,  voir  Li  Yang-ls'ai. 
Lynx,  II,  i45.  i46,  208,  383,  387, 

5o6. 
Lyoune,  A.  de.  III,  486. 
Lyonne,  Hugues  de,  III,  486. 
Lyoris,  Lord,  3oo. 

Ma  llounglcang,  383. 

Ma  Kien  Ichong,  II.  372,376,377, 

431,498.499.  586. 
Ma  Kouo-lin,  II,  36. 
Ma  Jou-loung,  2  4o,   24 1  ;  II,  264  ; 

m,  (S^. 
Ma  Min-kouiig,  242,  243. 
Ma  P'ei-yao,  II,  43. 
Ma-Sion,  239. 
Ma  Sin-\i,   147.  342,  36o,  371  ;  III, 

556.  ' 


Ma  Tchang-lcliouon,  385. 

Ma  Tê-sing,  238,  239.  24o. 

Ma  Tengticn,  II,   i35. 

Ma  Young  fou,  II,  117. 

Ma  Yu-k'oun,  III,   246.    247.   25i, 

253,  254. 
Ma- Yuan.  11,  181. 
Mabileau,  Fr..  33 1,  334.  4^2. 
Mac  Calla,  III,  5o8. 
M'-  Caslin,  391. 
M*'  Inlosh,  Robert,  98. 
M*^  Kee,  lieul.,  393. 
Mac  Lane,  159.  199. 
M''  Lcan.  J.,  277. 
Mac  Leau,  Miss,  5o3. 
Mac-Leod,  Cap.  W.-C.,    545.  546. 

549. 

Mac  Leod,  Cap.,  III,  iiG. 
Macarlncy,  Lord  G.,  i4,  19. 
Macarlney.  D*"  Halliday.  322,  446; 

II,  112,  219.  549;  111.  I. 
Macaulay,  III.  i36. 
Macdonald  de  Tarente,  17. 
Macdoiiald,    Sir  Claude,    III.   178, 

i83,  364,   366-368,   37G.    396. 

423,  41*7,   433,    5o4.  5o8,   5 16, 

547. 
Mac  Donald,  Lady,  III,  4a3. 

Mac:k,  7. 

Machtiuit,  II,  245. 

Me  Gillin,  Ph.,  III.  248.  249. 

Macgowan,  D*"  D.-J..  335. 

Mac-Mahon,  II,  i43,  3o3. 

Macphcrson,  A.,  5 16.  517. 

Magenta,  i5o. 

Magel,  D^  II,  347- 

Magon  de  la   Villaumont,  II,    253. 

Malia  Handoula,  54 1. 

Maha  Chakkri^  III,  121,  I25. 

Maha  Oudnah.  54 1. 

Mahmoud,  II,  i63. 

Mahomet,  24o. 

Maigret,  II,  382. 

Maigroi,  III,  482,  483,  486. 

Maine.  Duc  du.  III.  482. 

Makhdoum,  voir  Mahmoud. 

Makhdoum  Azam,  11,  164. 

Makut  Hajakumorj  lIl,    120,  121, 

122,  124. 

Malet,  SirE.-B.,lII.  3io,  3ii. 

MaUva,  III,  3o. 


I>DEX    ALPHABETIQUE 


'^19 


Mancini,  II,  644- 
Mandrot,  II,  a55. 
Mangin,  III.  453. 
Mangum,  W.-P.,  ai 4- 
Manning,  Card.,  11.646,  647. 
Manson,  D»"  P.,  i63. 
Mao-san,  384. 

Mao  Tch'ang-hi,  II,  97.  123. 
Maon,  34o. 

Maqact,  Mgr,  III,  472. 
Marcel  frères,  Ilï,  46. 
Marcère,  de,  II,  536. 
Marchi,  de,  III,  473. 
Maresca,  Mgr,  493. 
Marey-Mongc,  17. 
Margary,  A.-R.,  536,   558-565;  II, 
33,   4i-46,   57,   59,  63,  66-73, 
84-87,  i48,   162,  283-285,  290. 
Margary,  Major  gén.,  559;  II,  4i. 
Maria  Luz.  5i2,  53o. 
Mariette.  i36. 
Marollcs,  Commandant  de.  II,  38o; 

III,  509. 
Maron,  D""  IL,  i35,  i4i. 
Marques  del  Duero^  EU  II,   i3o, 

299. 
Marquet,  Marie-Thérèse,  356. 
Marshall,  Miss  E.,  III,  326. 
Martens,  D*"  v.,  i35. 
Martin,  D^  Ernest,  244,  3 19,   325, 
33o,  332,  348,  36o,  372,  373. 

Martin,  D»"  W.  A.  P.,  199,  284;  II, 
307  ;  lïl,  2.  5,  4o5. 

Martincau  des  Che8nez,'2i6. 

Martinez  Campos.  II,  3oo. 

Martini,  M.,  III,  48o. 

Martino,  de,  III,  449»  45o. 

Marty,  111.  53i. 

Mas,  Sinibaldo  de,   i48.    322  ;   II, 
639,  64o. 

Masceu,  11,  177. 

Mason,  C.-H.-A.-W  ,  III,  63,  64- 

Masot,  III,  475. 

Massa.  A. -M.  de,  202. 

Massa,  Aug.  de,  202. 

Massa,  G.  de,  202. 

Massa,  Louis  de,  202. 

Massa,  Nicolas  de,  202. 

Massa,  René  de,  202. 

Masse,  11,  387. 

Massie,  III,  109. 


Massue,  II,  35 1. 

Matheson,  Ilugh  M.,  3i3,  3i5. 

Mathews,  IL,  111,  458. 

Matsushuna  Kan,  III,  248-9. 

Maubant,  P. -P.,  266. 

Mauboussin,  5o3. 

Maudct,  Gom»,  342. 

Maung  Maung,  537. 

May,  Lient.,  325. 

Mayors,    W.-F.,    i5i,    324,    464, 

487;  11,  5.  i4,  3i, 74,  108,  iio, 

120  ;  III,  556. 
Meadows,  Mrs,  277. 
Meadows,  T. -T.,  Il,  65. 
Meadows,  James,  276. 
Meadows,  John -A. -T  ,  026. 
Meadows,  T.  T.,  168,  192. 
Medhurst,  Rev.    Dr   W.-H.,     198, 

491,  492. 
Medhurst,  VV.-H.,  278,  279,   325, 

559  ;  IL  63,  64. 
Médina,  M'»  de.  II,  44o. 
MédusCr  II,  25o. 
Mei-dji,  396.  397,  399,   532,  534. 

535;  II,  589;  111,  222,  244,365, 

285,  286,  299.  3oo,  321. 
Méjan,  Ci«,  325,  342. 
Mékong^  4i3. 
Melbourne^  III,  23o. 
M el ville.  Lord,  i4. 
Mencius,  III,  73,  46o. 
Mengdoun-Meng,    537,  545,    547- 

548;  IL  71. 
Meng  ICouang-wen,  111,  458. 

Mengyec-Maha-Men-hlah-Kyan-ten 

Wongyee,  542. 
Mengyee  -  thu  -  hah  -  thoo-Atwen- 

woon,  542. 
Meniolle,  II,  255. 
Méquet,  Gom*,  36 1,  369. 
Mercier.  R.-P.,  198. 
Mérel,  111,  475. 

Méritens,  B""  de,  112,   139,   46i. 
Meyor,  Amiral,  11,  354,  356,  382. 
Mezzabarba,    Gard..   II,   626  ;   111, 

484. 
Mi-ljyo-yeng-i,  11.  588. 
MicheL  Sir  John,  2o4. 
MicheLGh.  d'aL,IlL  99. 
Michel  borne.  Sir  Ed.,  12. 
Michie,  Alex.,  ii5,  317,    II,  620  ; 


58o 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


I^. 


y» 


111,  357. 
Mien,  11,  5. 

Mien  Ilien,  II,  5;  111,  ^lai,  ^2a. 
Mien  I,  II,  9G. 
Mien  K'ai,  11.  5;  111,  ^ai. 
Mignard,  Paul,  11,  i.^|5. 
Mif,'uel,  Dom,  i . 
Mihières,  S.  J.  A.,  f\22^  4^3. 
Miles,  lieut-col.,  5^1. 
Milescu,  Nicolas  Spatar,  80. 
Millac,  Arthur,  voir  Imbault-lluarl, 

G.,  169. 
Millot,  Ernest,  II,  ^65,    aGG,   3G4» 

365,  360. 
Millot,  général,  II,  ^2.  /|43,   449- 

459.  483,  484,  493,  494.  497, 

5o3,  5 16. 
Milne,  D""  William.  169,  291. 
Min,  39. 

Min  Kijcn-ho,  11,  585. 
Min  Tai-ho,  11,  588. 
Min-yang-i-ki,  II,  588. 
Min-jeng-mouk,  II,  588. 
Ming,  2^|5.  336  ;  II,    i3, 

18,  i63.  333.  335  ;  III.  4i. 
Ming-ngan.  H,  207. 
Minti-mang,  II,  a56,  334. 
Minon,  111,  533. 
Minlo.  Comte  de,  539 
Mirabel.  D^  E.,  III,  48. 
Mitkiewicz,  (]omte.  III,  ^|6. 
Miura  (joro,  III,  34a. 
Mijosak)',  III,  24- 
Mi}oshi,  111,  367. 
Mo  ko  to  ko.  II,  36,  37. 
Mnllcndorll,  P.  G.  v.,    II,    3o,  3i. 

578,  57(),  588  ;  III,  222. 
Monlxîl,  de.  III,  8i}. 
Mong,  55. 
A/ on  fie,  i83,  2o5. 
Monnier,  Marcel,  III,  5ii. 
Monncacy,  392,  393. 
Montagneux,  llégis  Protais,  21 3. 
Montanhan,    général,    2,    4<>.    47» 

48.  49,  93.  137,  2i3;  m,  73. 
Montehello.  Duc  de,  97. 
Montigny,  de,  17.   492,   493,    494. 

498;  II,  257  ;  m.  106.  ii5. 
Montigny.  Kenii  de.  II,  365. 
Montmorand.     Vicomte     de,     voir 

Brcnier  de  M. 


Montmorency,  Mathieu  de,  17. 
Montmorency,  Lient,  de.  543. 
Montmorin,    Comte    de.    il,    247, 

249- 
Montpezat,  Comte  de,  182. 

Moralez,  J.  B.  de,   111,    479.   48o, 

482. 
Morata,  111,  120,  121. 
Moreau,  III.  109 
Morgan,  Pritchard,  III,  407. 
Mornington,  Comte  de,  538. 
Mori  Arinori,  II,  97,  99. 
Morrison,  ingénieur,  II,    109,  1 10. 
Morrison,  J.,  137. 
Morrison,    D"*    Robert.    169,    276, 

291. 
Morrison,  D',  111,  507,  534. 
Mortimore,  111,  4i3. 
Mota,  da,  II,  324. 
Motte-Lambert,  de  la,  III.  48i. 
Mou  Tchao-ou,  384. 
Mou-Yin,  121.  123 
Mouhot,  Henri,  II,  262. 
Mouillesaux  de  Bernières,  III,  34 1. 
Moulun,  II,  38o. 
Mouly,  Mgr,  41,  4a*  52,54.56.  57, 

58,59,  ^"'  ^^  •  ''♦  ^"»  ^*'- 
Mouraviev,  Nie,  88,  8q,  137. 
Mouraviev,   Comte,   111,  36 1,  897, 

398,  5o5,  507. 
Moustiers,    Marquis    de,    II,    275, 

639  ;  111,  107. 
Mu,  55. 

Millier,  Cap.  II.,  274. 
Mumm,  V.  Scliwarzenstcin,  III,  537. 
Murant,  Col.,  226. 
Murphy,  U.-C,  159,  495. 
Mutsu  Hito,  voir  Mei-dji. 
.Mulsu,  Vicomte, III.  259.  262.  264. 

281,  290,  294. 
Myers,  111,  53 1. 

Nai-Dzong,  11,  358. 

.Nakasliima,  III,  24. 

NanChoui,  II,  5i4. 

Nan-tch'en,  II,  5i4. 

.Vaniiva  Kan^  III,  236,  25o. 

Napicr,  Lord,  i5. 

iNapoléon  I*»",    II,    244,    a5i,    252, 

646. 
Napoléon  III,  3oo,   874  ;   H.    244 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


58 1 


207  ;  m,  107. 
Narahara,  II [,  53/t- 
Na-tong,  III,  5i5,  ôSg. 
Naungdoagyî,  537. 
Navarin,  III,  532. 
Navarrele,  III,  /j8o. 
Neale,  Col.,  1 12,  ii3. 
JVccler,  II,  252. 
Nkdkui.andsche     Zcndcl  -  genoot., 

27O. 
N(^cl,  Jean-Pierre,  i3i,  262,  ^3o. 
Négrier,  Grncral  de,  II,  '|8^j,    5 16, 

517,  522,  033. 
Neïs,  Paul,  III,  9. 
IS'elusko.  5i3. 
Nemésis,  i3t>. 
Nciillizc,  III,  3i  I. 
Nevelsky.  (ia|).,  SS,  89. 
Nevius,  Hov.  J.-L.,  Il,  120. 
Newark,  III,  53 1. 
Newbold.  liciil. ,   i83. 
^îcwcombe,  Miss.  IL,  III,  326. 
Newton,  lient,,  537. 
Ngchoy,  II,  600. 
ISgai.  338. 

Ngai  Jou-lio,  voir  Alcni,  Jules. 
Ngaisin  (iioro,  II,  17. 
Ngen-tcliang.  Il,  323. 
Ngo-Io-ho-|)ou.  Il,  \i\. 
Nguyon,  II.  3o2,  33/|. 
Nguyen-Anli,  voir  Gia-Long. 
Ngu)cn  lang  Doan,  11,  275. 
Nguyen  trong  Iliep,  II,    2()7,    387. 
Nguyen  van  Nhac,  II,  2^5. 
Nguven  van  Tu'o'ng,  II,  268,  275, 

277,  380,  '482,  ^87. /i 90. 
Nguven  liong  (liai,  II,  38/4,  385. 
Nguyen  hong-V.  Il,  384.  385. 
Nguyonpliuoc-thi,  voir  Tu  Duc. 
Nguyen  ung  Ai,  11,  385. 
Nguven  ung  Dieu,  II,  38 '4,  386. 
Nguyen  ung  Lich,  II,  384.  385 
iNgujen  nngTIii,  II,  384.  385,386. 
.Ni  VVen-}ii,  III,  10. 
.Nicholls,  T.,  III,  248,  249. 
Nicol,  276. 
Nicol.  Mrs,  276. 
Nicolas,  m,  517,  53(). 
Nicolas  II,  85  ;  III,  3ii,  339,  342. 
Nicolas  V,  II.  625. 
Nié,    Gén.,    111,    237,    245,    247, 


25i, 433. 
Nie  Tchong-san,  384. 
Nicou  Kou-lou,  i3o 
Nies,  F.-X.,  III,  35i,  456. 
A'itHvp,  137. 
Nirhin,  III,  1 19,  120. 
Nishi,  baron,  III.  517. 
Niu  Chi-H'iu,  III.  452. 
Niu  Tchen,  dyn.,  366  ;  II.  17. 
Nodzu,  Gén  ,  III,  246,  247,  255. 
Noetzlin,  III,  3o(),  3ii. 
Noidans,  Comte  de,  II,  422. 
Norman,  VV.  de,  92. 
Norodom,  11,  3oi  ;  111,    107,  109. 
i\()u\'etlc  Pénélope  y  ô\i. 
IS'os'nrn^  3 19 
Nouon,  Alfred,  383.  4o3.  4o8. 

O'Conor,  Sir  N.-H.,  III,  i,  19,  96, 
98,  99.  i36,  188,  193,  2o4. 
208,  309,  3 10,  325,  364. 

O'Donnell,  John-H.,  98. 

O'MalIcy,  gén.,  112,  118. 

O'SuUivan,  Alice.  356*7. 

Odoric  de  Pordenone,  i5o. 

Obier,  amiral,  33 1. 

Ojeda,  II,  21. 

Okolnilz,  82. 

Okonbo,  533.  535. 

Olipbanl,  D.,  111,  534 

Olipbant,  T.  T.,  III,  534- 

Ollivier,  Cap.,  271. 

Olry,     Léon,     Commandant,    21 3. 

2i4. 
Onis,  L.-(î.  de,  111,  47- 
Opossum,  317,  3 18.  325,  36 1. 
Oppermann,  11,  255. 
Op(»ert.  Krnest,  274. 
Ordofiez,  Col.,  II.  299,    3oo,    3oi. 
Or  la  n  dit,  III,  532. 
O.sborn,  Slierard,    i52,    153,    i5^, 

i55. 
Osborne,  III,  255. 
Osery,  (]omlo  d*.  270 
Osbima,  Gén.,  III,  237,  246,  247. 
Osman.  Caïd,  137. 
Ossa,  R.-G.  y.  Il,    i4o,  i44.^ 
Osten-Sacken.  F.  d',  III,  555. 
Olal,   IL  74. 
Otori,    III,    56,    23 1,    235,    243, 

244.  3i3. 


583 


INDEX    ALPHABETIQUE 


Otto,  Mgr,  m.  473. 

Ou  K  o  tou,  II,  7,  8  ;  III.  423- 

Ou-U,  383. 

Oua  La-t'ou,  II,  86. 

Ou  Ta-tch'en,  II,  43o. 

Ouëe,  55. 

Oukhtomsky,  Prince,  III,  3 11, 3^1. 

Oivari  marUy  III,  259. 

Overweg,  137. 

Oyama,  Comte,  III,  35i,  a52. 

Ozouf,  4'. 

PachKov,  Athanasc,  80. 

Paderin,  III,  a4- 

Page,  Amiral,  i3()  ;  II,  307. 

Pagnucci,  Mgr,  III,  473. 

Pak  Tyeng-yang.    voir    Pou   Ting- 

yang. 
Palanca-Guttières,  Carlos,  II,   358, 

361. 
Palanco,  J.  de,  III.  480. 
Palias,  III,  116,  133,  123. 
Palk-keum-moun-youi,  II,  588. 
Pallavicini,  M*»*  C,  III,  45o. 
Pallu,  II,  635;  III,  48i. 
Pallu  de  la  Barrière,  348  ;    lïl,  9. 
Palmer,  II,  39. 
Palmer,  F.  I.,  3i8. 
Paimerslon,  Vicomte,  548. 
Palosy  393,  393. 
Pan,  II,  34. 
Pan.  III,  373. 
Pan-eul,  384. 
Pan  Fan-taï,  II,  66. 
Pan  In-tsing,  II,  36. 
Pan   Kouo  kouang,  voir  Brancali. 
Pan  Ping-nieu,  II,  507. 
Pan  Ting-sin,  11,  376,  429,  452. 
Pan-wei,  533. 
Pang  Tsi-yun,  II,  429. 
Pansa,  III,  56. 
Pao,  11,  4aa. 
Pao-fa,  III,  354. 
Pao  Ilêng,  II,  4^5. 
Paolini,  111,  533. 
Pao- lai.  II,  36,  ^7. 
PaoKiun.  '|58. 
Pao-Tch'ao,  II.  5()5. 
Pao-Tchoiin.  109,  307. 
Pao-Tslun.  Il,  161,  voir   Pao  Yfin, 
Pao-wang,  voir  Po-wang. 


Pao-Yûn,  II,  5o,  97,  ioi,i6i,3a3, 

430,  4^3  ;  III,  67. 
Papin,  Pierre-Antoine,  60,  61. 
Papin,  111,  135,  i3o. 
Paris,  Charles.  53. 
Paris,  Mgr.  III,  474- 
Parker,  Daniel,  Q7. 
Parker,  E.  II.,  111,  187,451. 
Parker,  11. -M..  343. 
Parker,  Peler,  98.  99. 
Parker,  Amiral  William,  492. 
Parkes,  Ilarry  S.,  4o,  45.   46,   47. 

ii4,   117,   3^8,  357,    208,  3i8, 

396;   II,  403,  4o^i,  4o5,   4 18. 

420,  423,  5io,  58'i  ;   111,    I,    3, 

98. 

Parran,  111,  46. 

Parrayon,  II,  383. 

Parscval,  H,  383. 

Pascal,  111,  370,  509. 

Passcrini,  111,  473. 

Patenôlre,  Jules,  73;  11,  139,  i4o. 

141,  i43,  i43,  144.  i46.  193, 
196,  393,  3o5,  3o8.  365,  4o<), 
44o,  442,  45i,  453,  455,  458. 
459,  460,  '163.  464.  465,  466, 
467,  468,  470*  471»  472,  473. 
474,  475,  477.  482.  485.  486. 
487,  490,  493.  49''>.  496.  498, 
5oo.  5 10,  5i3,  5i4,  5a I,  527, 
538,  53 1,  535,  5'|<),  542.  5i'i, 
5'i7,  5^8.  54q,  55i,  553.  553. 
583,  583,  59^,  60 1,  64»  ;  111,  6, 
7,  8,  9,  II,  i4.  333. 

Palxol.  333,  333.  363;  II,  64i. 

Paul,  A.W  ,  111,  5o. 

Paul,  III,  534. 

Paul  V.  11,  635. 

Paulus,  A.,  11,  383. 

Pavie,  m,  ii4,  ii5,  116.  117. 
133,  130,  i3o,  i'i3.  i'j7,  1.59, 
163. 

Pavlov,  111.  3()4.  343,  362. 

Pavillon,  Marie- Anne,  356. 

Pazzo  de  la  Merced,  II,  3oi . 

Pé  Houei-lsing,  II,  io3. 

Poi  Wcn  i,  II,  287. 

P<*lacol,  Col.  de,  IIÎ,  539,  536. 

Pcng  Kouei-vii,  II.  96. 

Pcng  You-tchou.   237,    228.    329, 

23l. 


I.NDKX    ALPIlABÉTIQl  K 


583 


P'eng  Yû-lin,  2o3  ;    II,   a5,    ao6  ; 

m,  457. 

Pcnncquin,  Col.,  III,  175. 

Perccbois,  5o3. 

Pereyra,  Thomas,  81. 

Perez  y  Pcrez,  Mgr.,  111,  /i^f\. 

Périn,  Georges,  11,  32 1. 

Perny,  Paul,  60,  61. 

Pcrochcau,  J.-L.,  60. 

Perovsky,  II,  166. 

Pcrrin,  II,  44(). 

Pcrrin,  Cap.,  III,  177. 

i'ervilicv,  80. 

Pesqucur,  III,  533. 

Poters,  John  R.,  Jr.,  98. 

Pethick,  III,  3oo,  3i4,  383. 

Petit,  m,  5o8. 

Petit  AnnibaL  II,  302. 

Petit  Sé^'ère^  II,  262. 

Petiteville,    Vicomte   de.    II,    i/|i, 

]42. 

Pctrtnicolas.  M.  A.,  267. 
Pctrovskv,  III,  382. 
Pelz.  Amiral  von,  3 18,  319. 
Peyron,    Amiral,    II,     394, 

Vi'"),  536. 
Phagyîdoa,  537,  544- 
Phani.  famille,  II,  269,  270. 
Pham  Than-duat,    II,     487,     490, 

491,  492. 
Phan  Tanh-gian,  II,  258. 
Phaulkon,  Constance,  II,  245  ;  III. 

482. 
Phayrc,  Sir  Arthur.  547.  548. 
Philastrc.  Il,  267.  3o3,  3o4. 
Philippe,  III,  533. 
Phillips,  m,  533. 
Phipps,  92  ;  III,  139. 
Phra  Kaxa  Sena,  III,  107. 
Phya  Sura  VV^ongs   VV'ay   Wat,    III, 


396, 


107. 


Phya  Sura  VVongs  Way  Waddhn, 
III,  107. 

Piazzoli,  Mgr,  III,  475. 

Pi-Tsing,  li,  lOG. 

Pichon,  Alphonse,  i3i. 

Pichon,  JuHcii,  Oo,  Gi. 

Pichon,  S.,  m,  370,  387,  396, 
44o,  468,  5o2,  5o3,  5o5,  5o6, 
5i2,  5i6,  520,  527,  528. 

Pichon,  Mn»'',  III,  5 16. 


Pickering,  W.  A.,  187,   19a,   279. 

Pie  IX,  III,  476. 

Pien,  II,  642. 

Pierre,  Amiral,  II,  345. 

Pierre-Ie-(jrand,  85,  86. 

Pigneau  de  Behaine,   voir  Adran. 

Pignoux,  Charles,  60,  62. 

Pigou,  Frederick,  489. 

Pin  Ta-jen,    247»  260,  261. 

Pinchon,  Mgr,  60,    61,    426,  429, 

43o. 
Ping-yuen,  III,  248. 
Pires,  Mgr  Gaétan,  52,  55. 
Piry,  A.  T.,  III,  429. 
Plas,  Commandant  de,  198. 
Po  Jen-long,  II,  181. 
Po  Tcheng-sieou,  111,  23 1. 
Po-ti-sou,  III,  68. 

Po-Wang,  244  ;  II,   i4  ;  III,   26. 

49,  54.  67. 
Po    Yen-hou.    II,   182,    i85,    186, 

192. 
Po-yen-na-mo-hou,  III,  67. 
Pochcnncc,  lïl,  534- 
Poelsbrok,  i36. 
Poitou.  II,  483. 
Poivre,  Pierre,  II.  245. 
Pokotilov,  D.,  111,  3i2. 
Polo,  Marco,  i5o,  278. 
Pompe  de  Meerderwerl,  137. 
Ponsot,  Joseph,  60,  61  ;  H,  602. 
PopoA,  S.,  II,  420,  5io,  596,641; 

III,  22,  54,  67,  222. 
Porge,  137. 

Porter,  Com»"*-'  Douanes,  3o3. 
Porter,  Rev.  D.  H.,  i83. 
Potlicr,  III,  536. 
Potlinger,  Sir  Henry,  i5,  492. 
Pou,  II,  5. 
Pou    ^gan-tchcnn,     voir     Burlin- 

gamc. 
Pou    Ting-yang,    111,     324,     225, 

228. 
P'ou-Tsiun,  II,  5.  ;   III,  420,  421. 
Pou-Wei,  III,  419. 
Pouchkine,  137. 
Pourthié,  Ch.  Ant.,  267. 
Poutiatine,  Comte  Euthymc,  90. 
Pouzien,  III,  533. 
Poyarkov,  Vasili,  80. 
Prat,  Pedro  de,  II,  20. 


584 


IISDEX    ALPHABÉTIQUE 


Prendergast,  sir  H.,  111,  i8. 
Prigent.  III,  534. 
Primaugueij  aôg,  378  ;  III,  ai. 
Prinz  Adalberty  II,  i/i?. 
Prinzess  Wilhelm,  III,  352. 
Probsl,  T.,  137,  i4i. 
Protêt,    Aqniral,     187,    2o4.    2o5, 

206,  207. 
Protopopov,  355,  356. 
Protopopov,  M'"«,  355,  356. 
PugànMeng,  537,  ^^7- 
Purvis,  A.,  m,  249. 

Qucmcncr,  L.  de.  IIÏ,  482. 
Quemcner,  III,  533. 
Qucvedo,  Garcia  de,    822;  II,  638, 
689.  64o,  64 1. 

RaaslolT,  V.-R.,  de,   i'47,   i48;  II, 

21,  22. 
Rabeau,  Père,  198. 
Raden,  III,  532. 
Radounovsky,  III,  34 1. 
Radowitz,  Baron,  i4i. 
Raguil,  II;  58 1. 
Raimondi,  Mgr,  III,  78,  83. 
Raindre,  G.,  11,  291,  292,  296. 
Itajah-Kuhmaiu  lll»  119. 
Rambaud,  Alfred,  52;  II,  26,  i65, 

263;  m,  108. 
Rampolla,   Gard.,  III,  81,  84>  86, 

87. 

Rat  h,  i35. 

Ratti  Menton,  Gomte  de,  16. 

Railler^  198. 

Raux,  N.-J.,  5i,  52. 

Ravel,  II,  382. 

Rebocr,  III,  535. 

Reed,  William  B.,  99. 

Regnault  de  Prëmesnil,  34^. 

Rehfues,  Baron  v.,  i4i,    i48,  264. 

265,    295,  363,  378,  471,   478; 

II,    119. 
Reid.  Henry,  278. 
R6rausat,  de,  4o4.  4o8. 
Réniusat,  Paul  de,  II,  536. 
Renard.  17. 
Hennrdy  211. 
Renault,  Léon,  II,  536. 
Rcnnie,  D»".  9,  43,  92,   112,  ii3, 

ii5,    118,  122,    123,    124»  127, 


128,  129,  i38,  46a. 
Renommée,  2o5. 
Renou,  G.-R.-A.,  60. 
Renouard  de  Sainte-Croix,  191. 
Révoil,  Paul,  m,  139. 
Res'ur,    des   Deux- Mondes,    200, 

2i5,  216,  218. 
Revue  d'Ethnographie,  170. 
Revue  de  V Extrême-Orient,   159, 

245,   319,   33o,  332,  348,  36o, 

372,  373. 
Reymond,  Xavier,  17. 
Reynaud,  Mgr,  III,  474- 
Rhein,  111.24. 
Rheinart,  Pierre-Panl,  II,  267,  292, 

3o3,  3o4.  3ii,  342,  343.  358, 

384,  486,  494. 
Ribot,  111,71. 
Ricci,    Matteo,    5i,    57,  i5o,   291, 

337,  490  ;  m.  47fi^  478. 
Rice,  i36. 

Richardson,  D"",  546^. 
Richelieu,  Gard.,  11,  646. 
Richelieu,  Duc  de,  II,  253. 
Richelieu,    Gommodorc,    III,    120, 

121. 
Richthofen,   Baron  de,    i35,    3ao. 

321  ;  m,  35o. 
Ridel,    F'élix,  260,  267,  269,  272; 

II,  583. 
Ricunier,  Amiral,  III,  ai. 
Rigaud,  Jean-François,    33 1,   333. 

423.  486. 
Rigault  de   Gcnouillj,   Amiral.  II, 

257. 
Rinaldo,  278,  281. 
Ring,  Baron  de,  II,  867. 
Ringdose,  21 4,  21 5,  487. 
Ri|>on.  M'«  de,  III,  18. 
Ristelhueber,   Paul,   325  ;  II.    3i). 

324,   479,  495,   5i3,    520.  521, 

543,  544»  545,  612,  6i3,  617, 

620;  III,  21,  5o,  56.  60,  87,  91. 
Rivière.  H  -L.,  II,  344,  345,  347. 

348,   35o,  35i,  352,  358,   36a, 

374,  379. 
Rivière,  Gap.,  III,  i43. 
R ivoire,  .\imé,  16. 
Robcrts,  Rév.  l.-J.,  169,  309. 
Roberlson.  D.-B  ,  Sir,  117.  01  a; II, 

29- 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


585 


Robcrtson.  T.-C.  54a- 

Robion,  Ghev.  de,  1.^2. 

Rochechouart,  Comte  de,  3oi,  3a  i, 
3a5,  33o,  336,  3/io,  341,  3/i2, 
344»  35o,  36o,  363,  364,  369, 
373,  373,  375,  376,  377.  378, 
385,  386.  3g4.  4o5,  4o6,  409, 
4i4.  4i5,  43o,  435,  445,  45o, 
464,  5a8.  529;  IK  a,  3,  6,  8,  10, 
22,  23,  32,  35,  38,  55,  56,  57, 
61,  62,  97,  98,  loi,  i43,  i5o, 
i5i,  i52,  278,  279,  280,  282, 
283,  3o5,  332.  4o2,  601,  609, 
64i. 

Rocher,  Emile,  166,  239,  242,  2^3, 
554.  556;  II,  4oi. 

Rodgers,  John,  392,  393. 

Rodgers,  Cap.,  III,  5o. 

liodney,  278,  279. 

Rodriguez,  Don  T.,  Il,   3 18,  319, 

320,   321. 

Rodriguez  y  Muftoz,  III,  4a,  47 

Rojdeslvensky.  III,  2o4- 

lioland,  III,  ai. 

RoUinat,  202. 

fioman^  98. 

Romanel  du  Caillaud,  II,  267. 

Rondot,  Natalis,  17. 

Roquetle.  Guillaume  de,  4i4>  529; 

II.  32,  33,  34.  35,  56,  loi,  118. 
Rose,  Miss,  voir,  Meadows,  Mrs. 
Roseberry,    Lord,    III,    i34,    i35, 

i36,  i38,  149,  i58. 
Rosières,  de,  II,  252. 
Ross  Browne,  voir  Brownc. 
liossia,  III,  34 1. 
Roslhorn,  A.  v.,  III,  017,  528. 
Rothschild,  III.  3o5. 
Rothstein,  111,  3o5,  3ii. 
Rougelot.  Léon,  3^4. 
Hovery  53o. 

Rowan,  Amiral,  391,  392. 
Rozc.  Amiral,  265,   268,  269,  270, 

271,  33 1,  392,  393.  394. 
Rudiand,  W.-D.,  276,  278. 
Rudiand.  Mrs,  277,  278. 
Rufz  de  Lavison,  È.  de,  21 5. 
Russell  &  C",  325,   36i  ;    II,  474  ; 

III,  428. 

Russell,  Lord  John,  46,  117. 
Russell,  Cap.,  36 1. 


Ryder,  Vice-amiral,  II,  5o,  74. 
Ryder,  Col.,  III,  i43. 

Saadol  Ali  Sarimsak,  II,  166. 
Saburo  Shioda,  voir  Shioda. 
Sagaing  Meng,  537.  544- 
Sage,  F.,  60. 
Sagittaire,  III,  21. 
Said  Pacha,  i35. 
Saigo  Yorimili,  532,  533. 
Saikio  Mnru,  III,  228,  249. 
Saïncz,  Fernando,  II,  639. 
Saint-ChanVay,  voir  Bourcier. 
Saint-Clair,  112. 
Saint'Germaitu  II,  483. 
Saint^Phallo,  Ch.-T.  de,  II,  245. 
Saint-Simon,  III,  482. 
Saint- Vallier,  Comte  de.  II,  220. 
Sainte  Marie,  Ant.  de,  III,  479- 
Sainte-Thérèse,    Joseph     de,     III, 

487. 
Sakouma,  III,  253. 
Salamanca,  de,  II,  21. 
Salamis,  317. 
Saliou,  III,  533. 
Salisbury,  Lord,  II,  i3i  ;  111,8,64. 

71,    i36,    i38,   33i,  364.  366, 

433,  44i,  ^«43. 
Salvago-Raggi,   G.,  III,  45o,  5i6. 
Sa  Mou  Ko,  II,  166. 
San  Fou-youen,  II,  36. 
San-ho-houeiy  175. 
San  Januario,   5i3;  II,  98. 
Sandjo  Saneyochi,  533. 
Sandri,  357. 
Saône  y  II,  5o6. 
Sapphircy  II,  5o6. 
Sarel,  Major.  1 14. 
Sarthcy  II,  483. 
Sarthou,  Mgr,  III,  48,  468. 
Sato,  Col.,  III,  246,  247.   a5o. 
Satovv,  Sir  E.-M.,  lll,  i44- 
Satsumi,  III,  247. 
Saunders,  Miss  N.,  III,  3a6. 
Saundcrs,  Miss  T.,  III,  3a6. 
Savage,  ao2. 
Sayc  koum-pou,  II.  588. 
Scarclla,  Mgr,  III,  472. 
Schaefer,  de.  H,  21,  62,  74,  97. 
Schall,  A.,  57:  II.  58o;TII,478. 
Schang,  Mgr,  III,  473. 


à 


58(i 

Schenck  lu  Sclincinsbcrg,  Ht.  i)[). 

i88.  3ol.aii.35i. 
SchcrcBchcwsky.  J,.  iiV 
Srhericr.  Pernaixl,  354,  566:  II.  l. 

.'i.  7.  9.  11,  35,   37,   îo,  55,  55, 

68.  70.  73.  7S.  88,  8y.  flo,  91. 

lio.  a8a.  ï83.  609;  111,  f..  6.  7. 

9- 
Schoricr,  l^liDV.  Karl  v..  Sitj. 
- f%chcurer-Ki>stni!r.  il.  53(). 
Schicgcl.  G.,  i83,  11)1. 
Schlick.  3ao. 

ScK.idl.'ir.'377. 

Sch^Hor,  \uf!.  dp,  11.  ï57. 

Schcitlmuller.  i3F>. 

Schuylcr.  Eug  .  II.  i8ç). 

Schwcraann.  J.-W.,  i^i. 

Scurpion,  34a,  3il.  36<|  ;  II.  63ç) 

Scolt.  i3. 

Scott.  Gap.,  11.  18.  au. 

Scntt.  J.-G  .  III.  il3. 

Scll,  SirCh.  S.,  m.  397, 

■    IH/.  i3- 


I  S-^rmjs,  Ed..  i83.  .',88 .  111.  a 
'Scrru;».  Ilub..  11.  lU. 
Scrvîèru.  Cammandant.  II.  5»: 
s™.  i9l. 

S-wanl.  Geo -[■"..39a.  '|8J:  Il 
7i.<|3.  ill.  193.  19',.  3,19. 
So»art).  William  H..  i»a.  a83. 
393.  3o3,  391. 

"■     "■      ni, 


.  538. 


S<:>uv«,  III. 

SccLriiHorir.  Baron  Ho.  III.  S». 

Seckingcr.   Joseph,  .t^i  :   11.   loa. 

SeBoniar.  voir  I)unoïc-r  de. 

Spillièro.  III.  .'16, 

Snll,  J.-H..  376, 

Semaine    puliliiiw  fl  tilléraire, 

11,7.  Ml.  1(11;  II.  9. 
Scmallc,  De.   II.   38i..    lc.7.    li)8. 

410,    in.    lii.   Ii3.   ',i,i.  1.8- 

',33.     .133.      111.      IIG.      II7.     ',.-.1 

.',53.  1.51,   1.-.:..  i5n,  ',58.  16,., 

.l(îi.    Ifia.  461-168.   473,   I75. 

1-B.   ^l-•  S"9-   ^8.-..  .-ii.i,  r.o5. 

51i).  58o:  III.  7'i. 
Seinprini.  Mgr.  11.  ,39. 
Srii  Wang,  toir  Sei>).-ko-lin-siii. 
Senci.  Coinnian'bnI.  II.  166. 
Scn^he.  II.  ifK>. 
SpiiK-kr.liii.Mii.  II.. -<13.  a'il.  3lio, 

3Ut).   II7;  II.    I,',  ;  tu.   30.  I9. 


Maor 


508,  : 


538. 


.  II,  577.  .578.  5711. 
.\l,amrnct.  11.  483. 
Shaiif;liao  AtiHiinac,  ,83. 
Shaunlmi  Eveiiiii"   Couri.:r. 

358. 
Shanti.ng.  333,  330.  3fii. 
Sliaiv,  Samuel.  97. 
Slien.  II.  lia. 
Skriuindniili,  391. 
.^hiao-li-l^anf;.  I99- 
Sliio<la  Sahoiiro.   III,   il.  la. 
Shoro.  Sir  John.  538. 
Shoi.k  goon,  563. 
ShiiMdt,    CommaridBDl.    3ni 

581. 

Si,  III.  9. 

Si-lianp.'  III.  156, 

Si  Tae-hcoii.  voir 'IVeii-Hi. 

Si-Trlici..  II.  153.  .=.37.   53i. 

Si  Vnllin.  III,  109. 

Siao-piil.  381. 

Sico  Trliao-koucï.  igl,   195. 

SiaoV-n..iai,fi.  ail". 

Siao  Vuaii-liL'i>t'.  11.  181. 

SLca,  A..  ICI. 

Si,'  Kmi-lclictiti.  116;  IM.  il. 

Hi.  69.  ii9,  i.-iS.  I18, 
Sir  ll.mai,.  tl.  68.  69.  73.  85. 
Si/'  KLa-fiin.  33.  31.' 
Sic  Naii  Liiif.'.  III.  45. 
m  Sien-jon.  11.  ,35 
Sioiikicnict.  Il,  ',08 
Sie..u  Jen-kie,  II.  i35- 
SilNotro.  II.  I80. 
Simon.   3,'i'J,   3.>3.  .155.  356. 

386. 
Simvoni.  Canl..  II.  591.601.1 

III.  81.  83,  81. 
Sin-Choii,  96. 
Sin  Ilnn.  Il,  99. 
Siii  IcIiBii-piau.  II.  177. 


I.NDKX    ALPHABKTIQIE 


087 


SiuToiig,  ^07. 

Sinclair,   Charles-A.,   281  ;  II,    aS. 

Singgu  Mcng.  587. 

Sinkolga.  II,  ooO. 

Sissoi  VeiiAij  iii,  53ii. 

Siu,  III.  9. 

Siu,  Consul,  III,  a3o. 

Siu.  (i('n.,  III,  355 

Siu  K'ien-chôu.  II.  5o,  53,   7.^1. 

Siu  King-tch'cng,    1 10  ;   II,     ^3o. 

'473.  /i7'|,  548,  5o8;  III,  2^.  5o. 

79,   3o5.  363,   363,   36^|,  417» 

458,  5i5,  53  V  539. 
Siu  Kung-chen,  II,  437.  43o. 
Siu  Kouang-ki,  49»;  III.  476. 
Siu  Tch'arig,  III,  34- 
Siu  Tche-tsing,  III,  4o3,  4io,  4ii. 
Siu  Tch'eng-yu,  III,  539. 
Siu  Toung,  II,  96  ;  III,  53q. 
Siu  Vong-yi,     1 10  ;  II,    4-^5  ;    III, 

2^1,   i63,    i65,    166.    169,    3o3, 

3o8,  309,  4o6,  534.  539. 
Siu  Ycn-sin,     II.    4i5,    428, 


48^ 


439, 


Siu  Ying-k'ouei,  IH,  378.  4o4»  4o6. 

Siu  Yu-wen.  III,  393. 

Sladen.    K.-B.,   55i,  56o,  563;  11, 

362. 
Slaney,  378. 
Smart,  III,  13t. 
Smith,  Arthur,  159. 
Smorembiirg,    Abbé,    55,    ()0,    63, 

'161. 
Sun  ko,  114. 
Soden,  III,  533. 
Soni  Go  Tu,  8ï. 
Soné,  III,  391. 
Sou-Chan.  III,    21V 
Sou-clicn,  II,  17. 
Sou-(!lioucn,    121,    133,    134.    138, 

129;  II,  99. 
Sou  Kouo-han,  II.  4i3. 
Soucn-cul,  384,  385. 
Soiien    Kia-kou,     288,     389,    292, 

3oo,  3o2  ;  II,  53. 
Sou  Youen-lch'oucn,  III,  175,373, 

39(i,  '|58. 
Soucn  Yn-wcn,  II,  43'|,  569,  572  ; 

III.  9,  19.  24.  3().  2o3. 
Sougiyama,   Akira,   III,   5i4.   533, 

539. 


Souhart,  F.,  III,  27. 

Soui,  338;  II,  i63. 

Soun,  377. 

Soun  K'ai-hoa,  II,  5ii. 

Soun  Y'at-sen,  111,  399,  4oo. 

Soung,  Dyn.,  Il,  11  ;  lïl,  453. 

Soung-K'ing,  III,  245,  407. 

Soung  Pé-lou,  III,  4o4,  4o6,  409. 

Soung  Trh<?-fou,  II,  66. 

Soung-Teigne.  II.  177. 

Soung  Wa-soui,  III.  35o,  35 1,  35a, 

353.  254.  355 
Soiuig  Y'u-chan,  425. 
Souza  Roza,  T.  de,  III,  3o,  33. 
Soyesima,     473,    479,    48o,    53i, 

5:^3. 
Speicr,  III,  348,  507. 
Spiess,  G.,  i35,  i4i. 
Splingaert,  434- 
Sprye,  Richard,  548,  55o. 
Squire.  E.-B.,  276. 
Stanley,  Lord,  295. 
Stanley,  C.-A.,  359. 
Startzov,  355. 
Statmton,  Sir  G. -T.,  191. 
Sta\cley,  (îôn.    C.VV.,    3o4,    330, 

233. 

Sloelo,  Gap.,  36 1. 

Steeneman,  III,  473. 

Stepanov,  80. 

Stephenson,  Sir  M,  111,  379. 

Slcvens.  Edwin,  491. 

Steward,  D"*,  543. 

Stewart.  Rev.  R.  W.,  III,  336. 

Stewart,  M'"«  R.  W.,  III,  336. 

Stewart,  Lucy,  III,  336. 

Slowiirt,  T..  55 1. 

Slirling.  III,  i43. 

Stokes,  J.-E.,  317. 

Strihhling.  Commandant,  ()9. 

Stringcr,     C.-E.  \V.,      IIÏ, 

i'i5. 
Slrogonov,  G.,  79. 
Slronge,  III,  34. 
Stroutts,  B.  M.,  m,  532,  535. 
Strover,  G. -A.,  Cap.,  564. 
Suarez.  Elias,  II,  189,  i4o. 
Suhtile,  11.  352. 
Suen  Kia-nai,  III,  4o5,  4o6. 
Sucn  Té,  337. 
Sugimura,  III,  a43. 


i44 


588  TABLK    Dl 

Sullivin,  ^93. 

Sur/irixe,  ami'rii'ïîn,  3gl. 

Surprise.  III,  S-jo.  5i>9, 

Swift.  John  F.,  Il,  ilii, 
Swinlioc,  na\)CTl.  il-, 
Swinlon.  (iearuc.  545- 
Swire.  III,  jï8. 

SïCCK.    ,i. 

Sjmc's,  Michael,  538.  iy^. 
Siochen;i,  Comte  Ri^Ia.  II.  i-R. 

Tachard.  lil.'fSs. 

Tadiimi.  III.  i^fî. 

Ta-Chou.  ii-j. 

Tacitui.  III.  i3i 

Taplialmc.  Mpr.   II,  VIt,  ■'>93'5yH, 

6io.  lin;  III.  iS.  Si. 
Ta  Ki.  SOI,  ÎO3.220. 
T'a-Ta  la.  III.  3(t. 

T«  Taing,   il,    iS;   III,    4i8.   voii 

Tai.  Gé'n..  III.  lô^. 
T'ai-konft-lau-tsou.  III.  ^5<|- 
Tai-nlm,  II.  iS-i 


Hour 


ii-plm,  II.  i&i. 
li  Min  kiii,  II.  33. 
T"ai-  l''inf[     Wanp. 


TsITmiu  Kao.  II,   i8. 
Tai  T>ounp  Wcn.  II.  i8. 
T«il&C"   a7c(. 
Tatatchiki,.  Itl.  i5o. 
Talenouclii.  Il,  ï6. 
TakcuTf.  Il,  ri88. 

rai»,  II,  :u,r., 

rn/i«i,i««.  II,  :r.3, 

Talmicr,  \  .-M  .  (».,  6^. 

TampTin.I,.-lI,.  III,  a3fi.  137. 

Tan  Chciiii-kiiiian);.  110, 

r.n  Fou-lchmicn.  ',<3. 

r»n  So-fong.  m.   Wx.  Si",  i'i. 

.'4i3. 
Tan  Tchming-liii.  II.  33..  ;  111.  î.j3. 

Ta»  Tiiip-lsianj;.  iny.  i5i.  31)7, 

Tang.  Il,  3i'|. 

T-ang.  II.  HÎ3. 

Tang  Clieuahirii,  il.i. 


TangChi-lchang.  III.  lig. 
Targ-Kao,  III.  75,  -fi 
Tang-king-»onfi.  III.  10. 
TangKiong.  H,  437,  ^aS,  S8i. 
Tang-lao.  3Sl. 

Targ  Min-hiuen.  II.  ijy.  iSJ. 
T»ng  Ycn-ehoui,  .4a5. 
T«ng  Ycnclièn.  II.  07. 
Tann.  333,  333.  33i. 
Tanonani,  do.  «3.  64.  Ofi,  117. 

■U».   II.    3. 

Tar,.Ko.,ai,g.  h.  -.  17.  13.  .S3.  5; 
85,   434,   M.  â3l.  5ii;  II.  : 
II.  i<|,  i(><i;IIl.  419,  $31.  43 
Tapifl,  Fahion.  ft.. 

'larHiJ'  lie  Moidroj,  317. 

Tarluton.  ,'')47. 

T„rn,  II.  494. 

Tall<>nl«cli.  de.  M,  37.'>.  431..  43 


Tay  Lou-lclic,  i3i. 

Tailor,  V.  E.,  i«3. 

Tavlor.  Krcl-,  37S. 

Tajior.  Ilcrberl.  378. 

Tajior,    Itov.     J.     Hudion,      376. 

377.  378.  37.J 
Tflïlor.  MrsJ.  Ilodson.   176.   378 
Ta'ylor,  Maria.  378. 
Tavlor.  S-miicl.  -i-S. 
Tcliam  Lao-iu,  ï',.V 
Tcliam  I..aO'Uiii.  ï4â. 
Tch'an  Kouang.  :34,  nS. 
Telian  Ijî-Soiiii.  II.  74. 
Tcl.a.1  Ti-fou,  II.  3fi- 
Trlian  T>nii-t>ci.  ii4,  138, 
Tchang,  II.  51)7, 
Tchang.  i33. 
Trliang.  'lOfl' 
Tcliang.  III.  3[i3. 
Tcliaiip.  crn..  III,  3^5. 
Tchanf-  chati.  II.  33. 
Tcliaiig-i:lii-nii-sii[ig.  3G3. 
Tt'liaiig  Clicii-lsao,  Sar. 
Tcliang  Ciiou^lipng.    Il,  $38.  439. 

TcIiang  (Jiinu  cheun.  Il,  389,  3lo. 

Tchang'Ciil,  384. 

Tchang    k'ai-Ming,    II.    4i8  :   HI, 


58o 


D,  30o,365, 371 


Tcliaiig  Rié-wen, 
Tcliang  knusnS't» 

38<i. 

Tchaiig  Kouii-liaiig,  luo. 
Tcliang  Koiiolclioucn.  384- 
Tcliang-li.  383. 
Tclian);-Liii|;.  11.  iTili. 
Tciiang  Pao-kaij.  III.  75,  76 
Tcliaii^'    Pei  loun.    Il,      ^(17.     4i9. 

/ii<>.  4ii,  ^«13.  .^^li-   i3u,    5i)i. 

507.  riMt)  ;  III.  7:1. 
Tcbang  Po-icho,  33^.  331. 
TdiiiiiK  Slomiiig.  il,"). 
Tcliang  siu.  III.  3q. 
TchBngTBMii,  lll,  354. 
Tcliang  Trho-lsan.  fil)!}. 
Tcliang'   Tell i-lou DIT,    106;    II,     i, 

197,  ïoi.  ïM,  4j5,  5oo;   lll. 

lia.  .0,  S.j.liG.     ur^-,oi.    ï.j3. 

3^8,  385.  4i8,  ir.7,  5i8,  Tijo. 

TciiaiigTclii-Hati,  II.  197.  M. 
TnlmiigTchmien.  3',8. 
Tclian^ç  Tcirmni.  III,  158. 
Tchaiig  Tipii-clitTi.  Ia3;  lll,  Hio. 
TctiHiig  Tiiig-houpi.  ï3i. 
TcliBiig  Tse-mnii.  11.  111. 
Tchaiig  Tnotiiifi-jrik.  ^W. 


Tcliai 


;  \\u. 


II. 


Tcliang  Waii-I(>aiig.  :ili3. 

Tcliang  Va»,  lll.  8.'). 

Tcliang  Yin-lioiian.   11.    lf)3.    .ir>4, 

yio;    lll.  ;.r.8,  3il.  3ij,    3ii5, 


Tcliar 


:  ïn. 


I.  lll 


iui- 


TfllBIlg   1  l 

Tcliaii,  i^'t, 

Trliaii    <;iinii-]i.'ia[),    iiii;   III.    WO, 

.ly8.  .')38.  53<| 
TpIi»!  Ilbiig  t,"ai.  II.  i:3. 
Tdiao  lloiu'i.  II.  tti-,. 
TcliBO  Pinf>-wnii.  lll,  ïïti. 
Tt-tiao  Tcli-cii-tH,  lll.  >ij,  »i8. 
TcliBo  Tcliou-Ung,  Wf. 

TcliaoTs..!!.  Il,  17 

Tcliao  Wi'ii-nffnn,  li.'i. 

Tclia<>-»'<>,  II.   un.  Vii|. 

Tcliari  Vi>iif.'.|iii,  .V<3,  ' 

Tel"'. Kiiiig.    aBf*.    j8;|.    hjî.    3ih). 

3.>j  :  II.  53. 
Tche-tcho,  11.  36. 


I.  ilynaslie,  338;  lll,  iàq. 
.  III.  101. 


Tch'én.  I 

Tchcn-fa.  Il,  36. 
Tclicn.haiig.  Il,  5oR. 
""cheii    Ki-tong,    a5H  ;     H. 

lll.  18,  68,  69.  70. 
cli'en  kin-ining.  lll.  45. 
Tchun  Rouan,  ctiou.  3u3. 
Tchcn  Kouo-joiici,  3lki,  371, 

387.  388. 


Tchi'ii 


Lan- 


pn. 


>ï3;   II,     ii3. 


Tell. 


i-Iin,  456,  457.  4Ca, 
i-mian,  447. 

Pao-lclicn,    II,    43o.    473. 


474. 

Td,r.i  THiing-lien,  II.    3i4,    3l 
Tcboti  T<:-kouci,  II.  48',. 
Tclien-li,  1x9. 
Tclion  To-koui,  II.  4ïi). 
ToWn  Twiian  Uiucn,  11.  34 
Ichen-ll^fi.  II.  5(iU. 
Tchon  Wci-ï<.ucn.  II.  6G. 
Tchcn  Yuan-kl.  II.  iltl. 
Trlicng.    |jrini-e,    4o,  voir   Toua 

TcliVng.  II.  6^3. 
Tck-rnu-Kh,^.  Il,  5i6. 
Tclicng-Lin    305.  iti',  ;  II,  07. 
Tclioiig  Ma  Ij.  384. 
Tclioiig-.e.  III.  459. 
Tclipiig  Tche-ing.  II.  i35. 
Tclie-ig  Wflng.cl,cn,  ■,>■;. 
Tclicng  Yûn-ho.  lll,  ï5ï. 
Tchcoiig  l.i.  1  m. 
Tclieoii,  dynaslie,  338. 


Tclirt 


.41.^ 


Il, 


4i3. 


Mcon-ki.  ir.7. 
Tdieou  San.  383. 
Trlicou  Tien-tio.  rç)3, 
Tchoou    To-ioiin.    11.    4a5.    453  ; 

111,9.  ">- 
Irhernaii'ï.  Col.,  II.  173. 
Tclii.  Uo  lai.  III.  4.'.9. 
Tchi-Kang,  voir  Tctié-Kaag. 


590 

Tchi-ngan,  II,  35. 

Tching,  Balthasar,  55. 

Tching,  Tao-laï,  II,  OG. 

Tcliiiig-llaï,  II,  35. 

Tell ing- Lien,  11,  i()0. 

Tching-lchang,  3G7  ;  ïll,  l^f^o. 

Tchinguis  Khan.  530  ;  11,  i()3. 

Tchi}'oda,  111,  25o. 

Tcho  Po-ngan.  voir  Brown,  J. 
Mac  Leavy. 

Tchong  Tao-laï,  i3ii. 

Tchong  Tyangtuni.  /|33. 

Tchou,  lao-taï.  II.  108,  iio. 

Tcliou-hi,  17 "y,  i83. 

Tchou  Koung-tchang.  239. 

Tchou  Lankouei,  328. 

Ichouan  Licn-jen.  499. 

Tchouan  Ta -pin,  ^99. 

Tchouang,  111,  538,  539. 

Tch'oucn,  Prince,  I33,  138.  1^9, 
566;  11,  ;'i,  6,  i3,  ifu  i5,  4a5. 
617;  111,  16,  21,  33-36,  48,  /|2I. 

Tch'ouen,  J^rinco,  111,  538,  556. 

Tch'oung-Che.  Il,  35. 

Tcli'oung  Ta-jen,  43o. 

Tch'oung-Hcou.  116,  i3a,  i4i. 
i43.  147,  iV).  i5o,  i5i,  157, 
319,  345,  3'|(»»  35o,  35i,  352, 
353,  356,  363,  36'i,  365,  366, 
367,  369,  370.  371,  373,  379, 
382,  383,  386,  388,  4i>3,  4o4. 
4o5,  407,  4o8,  409,  4ii-4i4, 
43 1,  455,  456,  457,  462,  477. 
479,  483  ;  II.  38,  5i,  97,  ii3, 
173.  173,  i83,  184.  i85,  186, 
187,  188,    191.   192,   193,    194, 

196,    197,      198,      303-308,     3  13- 

3i5,  317,   318,   330,   417;   111. 


INDEX    ALPH.UiÉTIQLE 


55i 


Tcirou4ig-ki,  '454.  463. 
Tch'oung-Li,  111,  4o4- 
Tchoung-Liun,  307. 
Tchoung-Loucn,    109,     ii3,     i38, 

139,   i'|i. 
Tchycl  Ijong,  266. 
Te^'-Ming,  11,  m. 
Té-Sing,  111.  393. 
Té-Tchoung,  II.  96. 
Tei,  III,  34. 
Teillot,  11.  366. 
Teng-lao,  384- 


Teng  Tcheng-sieou,  II,  527,   532, 

535  ;  m,  9.  10,  13. 
Terrasse,  II,  376. 
Teung-yong,  385. 
Texier,  Ifl,  439- 
Tha«Jo-menge-b>a,  544- 
Thanh  Thai,  \\\  334,  386. 
Tharàwadi  Mang,  537,  54 'i. 
Thesmar,  II,  347- 
Thélis,  i34. 
Thévenel,  lîl,  46. 
Thi,  11,  384,  385. 
Tliibau,  537  ;  II,  71.  336  ;  III,  18, 

19- 
Thiôbaul,  N.-E..  III,  33. 

Thierry,  Abbé,  55,  60,  62.  373. 

Thiers,  409,    4ii,    4ia,    453;    II. 

i43. 
Thicu-Tri,  11,  356,  357.  334- 
Thomann,  111,  53 1.  534 
Thomas,  Lieul.-Col.,  248. 
Thomas.  Cap.,  538. 
Thomas,  II,  507. 
Thomas,  III,  534- 
Thomassin,    Ed.,   354,   355,     356. 

359,  38(i. 
Thomassin,     M""*,  354,  355,   356, 

359,  386. 
Thomson.  II,  383. 
Thomson,  II.  C,  III,  356. 
Thoon  khranon,  111.  119. 
Thoreux,  III,  109,  ii3,  ii3. 
Thouvenel,  93.  117,  160. 
Thu'o'ug,  H,  486,  493,  549. 
Thu'o'ng  Tho.  Il,  385. 
Tliuyel,  11,  549. 
T'ien-Miiig,  II,  18. 
T'ien  Wang,   194. 
T'ien-yeh,  3o8. 
Tien  Youen  souen,  42  5. 
Tillet,  Marie  A.-N.,  357. 
Timkovski,  88;  111.  555. 
Ting-An,  III,  3 '45,  2  46. 
Ting  In-tch'ang,   Amiral.    II,   5i6  ; 

III,  5o,  248,  249,  354. 
Ting  Cheping,  11,  73. 
Ting  Houojong,  II,  i35. 
Ting  Pao-lchen,  II,  5o5  ;  111,  822. 
Ting  Tao-laï.  2 '4 8  ;  11,  66. 
Ting-lcho,  II,  333. 
Ting  Wei-liang,  voir  Marlin,    W. 


.-i 


I.NDKX    ALPHABETIQUE 


A. -P. 

Ting-yueny    III,  2'j8,  2.'i9,  ao^. 

Tio,  voir  Tso,  iî55. 

Tisseyre,  Comniandanl,  111,  9. 

Tissot.  Il,  373. 

Tippoo  Saïb,  i36. 

Tjjciig  Tjong,  !<66. 

Tjyo-vcng,  II,  588. 

To,  if,  3^. 

To-chan,  voir  De  Champs,  Emile. 

Toannta,  38.'|. 

Tobar.  Jt^rArae,  II,    aoi  ;  ÎII,  4<>3, 

426. 
Tolcdo,  Alvarez  de,  1/19. 
Ton  Thal-Phaii,  II.  487,  /190. 
Toiig  Kiiig-sing,   H,    u'».    7^.     7^. 

'long-ssc,  385. 

Toondiiy  III,  2^8. 

Torgui,  II,  1O5. 

Torrc,  M.  de.  Sa. 

Torro,  Pcrc  F. -S.  de  la,  II,  l'io- 

Tou-llan,  121,  laa,  I23. 

Ton  Lichen,  85. 

Ton  Tsong-ing.  II,  288. 

Ton    VVen-sicou,    238,    2/1 1,    553, 

55 '4  ;  11,  aCn. 
Tmian,  39. 
Touan,  Prince,  II,  5;  III,  4ao-/j22, 

^96,    .'198,   5o8,   5ii,   5i5,  5i0, 

5m I,  523,  524,  538. 
Touan  lloua,  121,  i23,    12'»,    129, 

455. 
Toun,    Prince,      128,     /|()3,     4G0, 

5G5  ;  II,  5.   120.  202,  2o3.  2<i4. 

323  ;  III,  39,  380,  419.  422. 
Toun  K'io,  Prince,  II.  5;  III,  /|2i. 
Toung,    Prince,    128,    voir   Toun, 

Prince. 
Toung,  207,  208. 
Toung    Fou-siang,    II,    181  ;    III, 

/ii4.  4»5.  .'117,  /ia2,   '|23.  .^25, 

/|20,  5ii,  5i4»  5 2 4,  532,  539. 
Toniig-Iloua,  II,  97. 
Toun^i-PaOy  99,    i/jo,    192,    3G7  ; 

II,  5,  18.  3c),  05. 
Toung  Sioun,  1/19,307,   319;    II, 

1  oung-Tclic',  70,  75.  io3,  118, 
119,  120,  121,  129,  i3o,  r32, 
i33,  1^3,  i03,  220,   255,   2O3, 


591 

28e,  288.  289.  327.  34/1.  304. 
399,  /124-/127.  453,  454.  4O1, 
405,  4O7.  470,  47^.  ''i7'">.  A76, 
5oi,  5o2,  5i0,  520-523,  534, 
535,  505-507  ;  II,  i,  3,  5,  0,  8, 
II,  12,  i5,  lO,  17,  19,  4i»  53, 
84,  iiO,  117,  173,  200,  281, 
282,  4i3,  O07,  G08,  G09,  03 1  ; 
m,  29,  5i-53,  325,  330,  345, 

409,  4î*o,  431. 

Toung  Vouen-lching,  i25.  127. 

Touo-wen,  4^0. 

Tour   d'Auvergne,    Prince    de    la, 

375. 
Tournon,  Gard,   de,    II,  O2C  ;   III, 

483,  484. 
Tower,  III,  448. 
Townsend,  A.  E.,  IIÏ,  530. 
Townsend,  A.  M.,  III,  530. 
Trace V.  U.-E.,  250. 
TrAn,"!!.  334- 

Tran  dinh-tuc.  H,  2O7,  387. 
Tras'ahrore,  II,  112. 
Travers,  II,  578. 
Trégaro,  F. -M.,  4a 
Trcuijualye,  baron  de,  117,  118. 
Trenlinian,  général  de,  II.  319. 
Trescot,  W.  II.,  11.  lOi. 
Trêve,  116. 
Tricou,  II,  38o,  393,  394399,  4oi- 

4 10,  481,    482,  5oo,  57O,  582. 
Triomphante,  II,  507.    5i0,   5i8, 

5i9  ;  III,  III. 
Tsa  Tsa,  III,  4i7- 
Tsai,  5, 

Tsai-chang-a,  455. 
Tsai  Fang,  III,  538. 
Tsai  Lan,  III,  4 191  538. 
Tsai-Lien,  403;  III,  4i9- 
Tsai-Ling,  II,  9O. 
Tsai-Tcheng,  527,  528. 
Tsai-Tchoun,  voir  T'oung-Tché. 
Tsai -Tien,  voir  Kouang-Siu. 
Tsai  Tson-chi,  II.  34- 
Tsai-Yi,  II,  5.  Voir  Touan,  Prince. 
Tsai  Ving,  III,  4i9- 
Tsai-}'oueii,    121,  i23,   124.    laS, 

129. 
Tsang,  (ïén.,  III,  255. 
Ts'ang,  nié-laï,  II,  00. 
Tsang  Tsoung-han,  11,  80. 


â 


593 


INDEX    ALPHABETIQUE 


Tsao  Ghou-jao,  IIT,  407. 

Tsao  Kin-yoDg,  11,  i35. 

Tsao-Pao.  Il,  96. 

Tsao-la,  38.'j. 

Tsallee,  naf). 

Tse  Wang.  II,  17,  18. 

Tseii  Yii-ying,  II,  i.  m.  '|i,  58, 
<)8,  69.  70.  73,  74,  'joi  ;   III,  9. 

Tseng  Clioiian-lao.  333. 

Tseng,  II,  5. 

Ts'èng  Ki-lson.  Marquis,  11,  \-H), 
133,  i3'i,  i'|3,  187,  2o3,  MoÂ, 
309,  ui3-ai9,  2ai-a^/|.  'j3i,'j38, 
a'io.  'j42.  31.'),  317,  3ui.  33i, 
3'»i,  3 '4:1,  353,  355.  357,  37a, 
373,  395,  39O,  398,  .'UMJ,  'lO'l, 
/|o0-/|O9,  /jia,  /|i3,  'ii5-4i8. 
/»3o-^3a.    437,    '»73,    ',80.   5i',, 

5/19,  OiM),  (iu'j,  0i5.  (»'»(»;  m, 

a,  3.  8.  16.  a3.  35.  \H,  49.  79. 
i3(). 

Ts«*ng  Kouang-louan,  III,  49;  III, 
5i5. 

Tseng  Kouang-lsiucîn,  III,  49- 

Tst^ngKoii<>-fan.  i()4,  i53,  i55, 198, 
aoa,  aai),  •<:<(>,  a34.  34 'it  ^47, 
a'i8,  378,  3:^r..  'W^,  3'|8.  349. 
304.  305,  3<»7.  370,  371,  374, 
378.379,380,  38i,  38a,  388. 
409,  446,  V17  ;  II»  i»i»  112, 
i33.  17O.  !\()o\  III,  49.  457. 

Tseng  Koiio-lcliouan.  voir  Tseng 
Kouo-ts'iiien. 

Tseng  Kouo-ts'iuen,  laO,  'à\\  ;  II, 
I  i:t,  3a().  33o.  4<><>'  '|i8.  .'i:»5, 
43«),    47-^    'i7'^.    47'»;    III.   23. 

49- 
Tseng  Liang-tso,  a3i. 

Tseng  iSien-tsou,  II,  i35. 

Tseng  Soung-vcn,  III,  4o4. 

Tseng  Ya-!clie.  II.  '»i3. 

Ts'eu-lli.  i()3.  i3o,  45'i,  4<*>7  ;  II. 

().  8.  9,  10.  <>o9,  (il 9  ;    III,   30- 

39,  4i.  43,    189  19a,   aoa,  4 08, 

4^ a.  4(iO. 
Ts'eu-Ngan,    io3.  i3o,    V>'|.  4O7  ; 

II,  (),  8,  9.  10,  3:ri. 
Tsewang  Ar!il>lan,  11,  i(i5. 
Ts'i.  338. 
Tsi-iti^nii.  II.  5()(i. 
Tsi-yuen,  111.  a'j8,  a 49. 


Tsian  Yeou-ying,  lai,   132.  ia3. 
Tsiang  Tsoung-han,  If,  (38,  70.  7a. 

Tsing,  II,  17,  195,  3a1  ;   Ilf,  4<3*). 

Voir  Ta-Tsing. 
Tsing  Tsin-tao,  111,  459. 
Tsieou.  .lacqiies,  a()(i. 
Ts'inen  K'ing.  Il,  97. 
Tso  Pao-kouei,  III,  a 45-3^7. 
Tso  Ping-long,  II.  i35. 
Tso  Tsoung-tang,   a '19.   a5o,    a5a. 

a5^  :   II,    101,    i38,    175,    176, 

177.  178,  179,    18Ô,    181,    187. 

188.  307,    an,  a  12.    a4o.    3ai». 

33o,  'lOa./ïja.  473;  lil,  335/ 
Tsonei  llonci-jen.  111,  57. 
Tsouei  Kouo-yin,  III,  45. 
Tsouei  Tou-lsc,  384. 
Tsouei-tcliao,  385. 
Tsoui  Young,  II,  11. 
Tsoung,  Maréchal.  33a. 
Tsoung  Loun.  109. 
Tsouo  Ying-lio,  '|35. 
Tu-Duc,   11,  a57,    a58,    aGi,   a(M, 

aOO,  367.   375,    377,   279,  291. 

294,   21)7,    ^Q^'   ^^>««    3ôi-3«»0. 

3(kS-3i5,   3i8,    3ao,    33',.    335, 

337.  338,  35a,   353.   357.  358. 

359,  371,  384.  385.  08G,  483 
Tung,  11,  laa. 
Turcnnr,  III.  ai,  aa. 
Turner,  111,  53^. 
Turnock,  Hev.  &  Mrs,  3ôo. 
Tyler,  III,  248,  3'i9. 
Tyo  (]hin-hi,  III,    225,    \oir  Tchau 

Tch'en-lii. 
Tvrlov,  .\ mirai,  111,  284),  35 '|. 
Ulloa,  II,  320. 
IJng  licli,  11.  484. 
Urbain  Mil,  11,  0a5  ;  lli.  48o. 
Urihari,  II.  \\o;  III.  50. 
Vacle,  111,  159. 

\aclliana.  Prince.  111,  1*17.  ia(>. 
Van   (len  Iloeven,   J.    des    Aniorie, 

Vanier,  Ph.,  II,  35a. 
\ajK*reau,  (Charles.  458. 
Va^soigne,  Cn\.  de.  '17. 
Vatlel.  11,  335,  3',o. 
Nauilagna,  Angcio,  11,  ^'i,  iSg. 
\ega  de  Armijo,  De,  II,  319,  320. 


INDEX   ALPHABÉTIQUE 

Vénus,  3/^2. 

Verbiest,  Ferd.,  67,  291  ;  III,  479- 

Verchère,  P.-J.-M.,  839. 

Verhaeghe  de  Naeyer,  III,  a/i,  42. 

Verhaeghen,  Mgr,  Ilï,  474. 

Vernes,  III,  3ii. 

Vernouillel,  De,  49>    i3i  ;  II,  320. 

Verret,  II,  245. 

Verrolles,  Em.  J.-F.,  60. 

Verslraele,  IH,  3ia. 

Vestale f  i\. 

Vettor  Pisani,  II,  147. 

Vézin,  III,  177. 

Vie,  Mgr,  m,  47'i. 

Victor-Emmanuel,  i5i. 

Victoria,  III,  i34,  34a. 

Vienne,  M'"«  de,  II,  a5o. 

Vigilant,  II,  4o4,  5oG. 

Vignale,  L.,  II.,  21. 

Viguier,  S. -A.,  Il,  28. 

Villaoueva,  A.,  Il,  139. 

Villars,  II,  47^»  5o(). 

Villemereuil,  II,  268. 

Villcroi,  II,  342,345. 

Vincent,  H.,  G2. 

Vincent  de  Paul,  St.,  III,  492. 

Vinçot,  J.,  Oo. 

Viollet,  Marie-Pauline,  356, 

Vipère,  II,  383.  887,  5o6;  III,  21. 

Visdclou,  Claude  de,  5i  ;  III,  4^3- 

Vismaro,  Paola,  II,  048. 

Vissière,  A.,  Il,  5,  324,  4o3,  4o5, 

4i2,  4i4»   4i7,   419,  422-425, 

429,  45o,  458,  4G0,  464,  470, 

471,  478,  477»  478,  495.  496, 

498,  521,  545,  547,  55o,  55 I, 

555,  628,  G24;III>ii»  i5>  17, 

21,  28,  29,  35,  38,  89,  4i»  43. 

44.  52,  59,  71,   201,    2o3-2o5, 

207,  225,  228. 
Vital  d'Oliveira,  II,  824. 
Vixen,  5 12. 
Vladislavilcli,    Sava,    86,   87  ;   III, 

^  ^  m» 

ùùô. 

Vlangaly,  Général,   ii5,  295,  822, 

478,  479,    48i,   487  ;  II,   173, 

174,  175,  2i4. 
Vogel,  m,  882. 
Volonieri,  Mgr,  III,  474- 
Vol  ta.  H,    4^>5,    4o8,    43 1,    482, 

434.  485,  437,  438,  445,  474. 

CORDIIIR. 


593 

5oo,  5o2,  5o6,  507. 
Vou  Samqua,  159,  201,   220;  voir 

Wou  Tao-taï. 
Voyron,  Hl,  536. 
Vrooman,  Daniel,  524. 
Vûillaume,  Victor,  ao6. 
Vyse,  i36. 

Wachussett,  891. 
Waddington,  W.-H.,  II,  129,  i4a, 
i84,    198,    297,  8o5,  3o8;  III, 
187,  i38. 

Wade,  Sir  T. -F.,  9,  112,  121,  i44, 
159,  161,  35o,  368,  872,  378, 
874.  876.  878,  891,  394.  395. 
896,  486,  443,  444.  445.  456. 
478.  479»  480,  48i,  533,  535. 
558,  559,  56o,  56i  ;  II,  4i-45, 
47.  48.  5o,  5i,  52,  55,  56,  57, 
60-67,  71,  72,  74-81,  88-94,  97, 
107,  108,  lia,  ii3,  i4i,  i44. 
i53,  17a,  191,  198,  2i4.  288, 
2^0,  4o8;  III.  a.  97.  378.  428. 
5oi. 

Wade.  Col.  T..  894. 

Waeber,  Charles.  11,584. 

Wagner.  111,  61. 

Wagner.  111,  5a6,  534. 

Walderaee,  111,  586.  587. 

Walhborn.  de,  III.  517. 

Wali  Khan,  II,  171. 

Walkcr,  Charles  J.,  3a5. 

Walker,  G  en.  William,  aoa. 

Wallich,  Dr.  543. 

Walrond,  Th.,  46,  91. 

Walsh,  137. 

Walsham,  Sir  John,  II,  160;  III. 
4,  aa,  24.  25,  42,  56,  95,  97, 
98. 

Wan,  228. 

Wan-Li,  126. 

Wan  Tch*ong-hiuan.,  II,  45a. 

Wan  Tin-siang,  III,  456. 

Wang,  II,  45o. 

Wang,  564. 

Wang,  II,  ai 4. 

VVang,  111,  a56. 

Wang  Chao-ji.  337. 

Wang  Che-cheou,  11,  i35. 

Wang  Chi-tchen,  II,  i35. 

Wang  Choue-ting,  4a3. 

III.  —  38 


i 


594 


INDEX    ArJ>HABÉTIQUE 


Wang 
Wang 
Wang 
W^ang 
Wang 
W^ang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 

5i3 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 
Wang 

ho. 
Wang- 
Wang 
Wang 

193, 
/107, 
W^ang 
Wang 
Ward. 

aoG, 
Ward, 


Choii-lang,  II,  m. 
Fou-nien,  11,  37. 
Foung-lsao,  111,  5o. 
Kouo-tchc,  II,  i35. 
•leou,  384- 
Min-Iouan,  111,  3o3. 
Nan-kaï.  II,  i35. 
Ngan-chi,  111,  399. 
ou,  38i,  384. 
P'ei-yeou,    111,    ^97,    ^{)^f 


San,  3^9*  352. 
Sieou  chang,  563. 
Tai-cheng,  345. 
Tang-pao,  4 35. 
Tchao,  111,  4ia* 
Tchc-tch'ouen,  111,    10. 
Tchcn-tchaiig,  499- 
Tclii  tch'ouen,  111,  339. 
Ting-y,  384. 
To-pang,  II,  439. 
Toung-tsioou,  II,  44- 
Tuei-cul,  345. 
Toung-ho,  voir  WengToun^;  - 

vou,  385. 
Wain-cheng,  345. 
Wen-chao,  1 10;  II,  417;  TU» 

359,  395,  4o3»  4o4f  4o.'>, 
5a  I,  549»  55 1. 
Vang-Iin,  II,  180. 
Youen-ho,  328. 
Fred.,  Gén.,  aoi,  303,  30 'i, 

3i5,  31O,  317,  319,  335. 
Gén.,  John.  E.,  93,99,  100. 


lOI,   I03. 

W'ard,  W.  Wallace,  99. 
Warren,  H.,  III,  534- 
Warry,  William,  111,  i43. 
Warscliauer,  Robert,  III,  3o3. 
Washbourn,  111,  393. 
W^ashington,  (ién.,  98, 
Watson,  Amiral,  111,  5o3. 
Websler,  Flelcher,  98. 
Weddell,  Cap.,  i3. 
Wci,  338. 
Wei,  H,  45o. 
Wei-Ching,  III,  33o. 
Wci  Jou-houci,  111,  345-347. 
Wei  Jou-tch'cng,  111,  363. 
Wei-lao,  383. 


Wei  Pao.  II,  i. 

Wci  Tchang-king,  346. 

Wei-lching,  194.  iqS. 

Wei  To-ma,  voir  Wade,  T. -F. 

Wei  Wei-choun,  337. 

W'ei-Youen,  173-,  III,  254- 

Wei  Young-kouang,  11,  425. 

\yellesley.  Mi'  de,  538,  539. 

Wen,  voir  Boouc. 

Wen,  10. 

Wen-hai,  111,  339. 

Wen  Siang,  9,  108,  109,  11a,  118. 

I30,    124.  i55,  i56,    i58,  a83. 

385,  3o3.  3o4,  307,  416,  436. 

444.  457,  472,  479»  ^83,  484, 

537;  H,  97,  99,  100,  loi.  175. 
Wen  Tingchi,  111,  358. 
Weng  T'oungho,  II,  9O,  333.  434. 

358,   393.  309,  3io  ;   111,   36i. 

378,  4o4,  4i8. 
Weng  TouRou,  111,  67. 
Wen    Tsoung    Hien,     voir    Hien- 

Foung. 
Wen-Yu,  II,  304. 
Werner,  Reinhold,  i4i. 
Wesl,  T.-R.,  98. 
Whilficld,  374. 
Wichura,  i34. 
Wikholm,    O.-F  .    111,    loi,    103. 

io4.  io5. 
Willes,  Amiral  G.-O.,  II.  584. 
Williams,  Cap.  J.-M.,    548,    549» 

55o,  55 1. 
William»,    Dr  S.-W.,   a84,  285; 

II,  30,  ii3;  III,  339. 
Williamson,  J.,  376. 
Wilson,   Andrew,    168.    202,  aaa, 

324. 
\>  ilson.  Major  gén  ,  i83. 
Wiustanley,  Cap.  W..  2  48. 
Wiuterhalder,  III,  53a. 
Witl,  de,  i36. 
Witle,  m,  3o5. 
Witlgcnsteiu,  Prince,    i4i. 
Wlasoph,  l.-E.,  8a. 
nW/;  111.  120. 
Wolfe,  John  Richard,  a8i. 
Wong,  m,  348. 
Wong,  323. 
IVoochangy  II,  433. 
Wood,  538. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


595 


Wood,  Benjamin,  ta. 
Woositng,  11,  5o6. 
Woothorpe,  Col.,  Ill,  i43. 
Wou  Ki-liang,  11,  08,  70,  72,  78, 

86. 
Wou  Po-jin,  III,  229. 
Wou  Ta-tch'eng,  III,  255. 
Wou  T*ang,  II,  O9. 
Wou  Tao-taï,    lôg,   201,  220;  voir 

Vou  Samqua. 
Wou  Lan-lchen,  3/19,  35o. 
Wou  Ming-liang,  228. 
Wou  Taï-chan,  257. 
Wou  Ta-lcli'eng,  II,  207. 
Wou    T'ing-fang,    III,    298,    3i4, 


393, 


31' 


171 


173. 


Wou  T'ing-fen.  II,  4i3,  ;^i5,  '420, 

.'|22.  43G.  453.  5io. 
Wou-tsoung,  235. 
Wou-Tsoun,  349. 
Wou  W^ci-cheou,  23o,  23 1. 
Wou  Ya-tchoiig,  II,  4' 3. 
WVay.  m,  532. 
Wrighl,  11,  29. 
Wylie,  Alex  ,  178,  i83,  i8'|. 
Wyndham,  112;  II,  228. 
Wyoming,  53o. 
X.'.  .  Général,  II,  549. 
Yakoubbey,    2^0  ;   II, 

179,  187,  188. 
Yamagata,  III,  2^6,  84o,  34^. 
Yamaguchi,  III,  529. 
Yanagiwara,  58/|,  535. 
Yang,  281. 
Yang.  3o3,  Zo\. 
Yang  Che-fou,  II,  102. 
Yang  Chen-sieou,    111,    /|o'|,   4 10, 

Yang  Clii-pouo,  4-i5. 
Yang-oul,  884. 
Yang  lloung-tien,  111,  383. 
Yang  Jouoi.  Ill,  4io.  4ii. 
Yang  Laowong,  422. 
Yang  Pao-pin,  II.  2o(î. 
^ang  Sieou-tchin.  194»  195. 
Yang  Ta-jen,  508. 
Yang  Ta-ki,  voirTa-ki. 
Yang-tclieou,  II,  i85. 
Yang  Tchong  ya,  II,  289. 
Yang-Wei,  55 '|. 
Tang'Wei.  III,  248,  249. 


Yang  W^en-houei,  II,  i35. 

YanglVou,  II,  5o6,  507, 

Yang  Yû,  II,  ï6i. 

Yang  Yû-ho,  554. 

Yao,  tao-taï.  II,  84. 

Yayema  Kart,  III,  249,  298. 

Yé,  06. 

Yé,  Cîén..  III.  287,  245-247. 

Ye-ho-no-la,  180  ;  III,  89,  4o. 

Yc-Io-ko  la,  II.  86. 

Yé  T'ing-kiuan,  III,  10. 

Yen.  III,  9. 

Yen,  Col.,  III,  258. 

Yen  King-ming,  II,  424,  427,  458, 

477- 
Yen-\u-ching,  4^5. 

Yi,  II.  5. 

Yillouan,  voirTch'ouen,  Prince. 

Yi-Kouang,  voir  K'ing,  Prince. 

Yi-Sin,  voir  Koung,  Prince. 

Yi-Tsoung,  voir  Toun,  Prince. 

Yin  Tchao-yong,  II,   m. 

Ying-Han.  Il,  24. 

Ying-Kouei,  II,  96,  loi. 

Ying  Nien,  III,  588,  589. 

Yokohama,  270. 

Yokohama  Maru,  III,  298. 
Yong,  II,  5. 
Yong-lo,  490. 


Yong  pao.  II,  5o6 
Yong  r 


Tcheng,  II,  18.  19. 
Yoshino  Kan,  111,  249. 
You  Iji-ta,  II,  588. 
Youen  Che-k'ai.  106;  II,  588;  III, 

22O,  228,    228,   407,  4o8.  4"9, 

428,  459.  521,  552. 
Youcn-Clieou,  838. 
Youen  Pao-hêng,  II,  9G. 
Youen  Ta-cliang,  280. 
Youon-Tcli'ang,  110;  111,  417,  458, 

5i5,  524.  539. 
Youn-t'ai-ou-an-i,  II,  588. 
Young,  J.-B.,   Il,  899,   420,  422, 

472,  55o. 
Young-ngan,  II,  lO. 
Young-Tclieng,  186. 
Young- Wing,  11,  118. 
Ysabet,  5i3. 
Yu,  55. 
Y.i,  II,  5. 
Yu  le  Grand,  4S9< 


I 


596 


INDEX   ALPHABÉTIQUE 


Yu  Hen-lin,  533.. 
Yu-H*ien,  III,  45G-4Co,  5ii,  539. 
Yu  Hou-ngen,  H,  180. 
Yu-Keng,    iio;  II,  a4  ;  HI,  5a  i, 

533,  5a6. 
Yu-Ki,  384. 
Yu-Kouan,  II,  3ii. 
Yu-Iou,  III,  335,  4o6,  417,  457, 

458,  461,  5i3,  5i4- 
Yu  Man-Ueu,  III,  463. 
Yu  Siao-hou,  II,  180,  181. 
Yu-yuen,  II,  5i4.  5 16. 
Yuen  Tch'ang,  voir  Youen  Tch'ang. 


Yu  Tcirang.  III.  458. 
Yule,  Sir  Henry,  548. 
Yvan,  Melchior,  17,  168. 

Zamboaga,  II,  i3o. 
Zanoli,  Mgr,  334. 
Zappe,  Ed.,  II,  584. 
Zébra,  3a6. 
Zédé,  a56. 
Zembsch,  II,  433. 
Zi,  El.,  III,  4o5. 
Zottoli,  A.,  III,  477. 
Zuber,  II,  5aa. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Chapitre  l.  — 


Chapitre  IL         — 


Chapitre  IH.       — 


Chapitre  ïV.       — 


Chapitre  V.  — 

Chapitre  VL  — 

Chapitre  VII.  — 

Chapitre  VIII.  — 

Chapitre  IX.  — 

Chapitre  X.  — 

Chapitre  XI.  — 

Chapitre  XII.  — 

Chapitre  XIII.  — 

Chapitre  XIV.  — 

Chapitre  XV.  — 


P«get. 
Mort  de   Sir  Ilarry   Parkes.  —  Occupation 

de  Port  Harailton.  —  Sir  Robert  Hart, 
ministre  d'Angleterre.  —  Consuls  de 
France  à  Canton.  —  Opium.  —  Coqi- 
mission    de   délimitation  du   Tong-King. 

—  Édit  en  faveur  des  chrétiens.  —  Mi- 
nistère chinois  de  la  marine i 

Annexion  de  la  Birmanie.  —  Convention 
anglo-chinoise.  —  Voyage  du  septième 
prince.  —  Banquet  diplomatique.  — 
Troubles  à  Tchoung-King.  —  Majorité 
de  l'empereur.  —  M.  Lemaire.  —  Traité 
portugais i8 

Audience  de  M.  Lemaire.  —  Mariage  de 
l'empereur.    —  Chemin   de  fer  central. 

—  Sié  Fou-Tch*eng.  —  Syndicat  français.         34 
Mort     de     Mk'    Tagliabue.     du     marquis 

Tseng,  etc.    —   Convention  du  Sikkim. 

—  Corps  diplomatique.  —  Audience 
impériale.  —  Émeutes.  —  Le  comte 
Cassini.  —  Tch'en  Ki-T'ong 48 

Le  protectorat  allemand  des  missions.     .     .  7a 

Les  télégraphes 90 

Corps    diplomatique    (1893 -iSqS).   —   Le 

«  GearyAcl». —  Missionnaires  suédois..  97 

Affaires  de  Siam  (1898) 106 

Délimitation  de  la  frontière  Sud  de  la  Chine. 

—  M.  A.  Gérard i36 

L'audience  impériale 187 

La  guerre  sino-japonaise ai3 

La  guerre  sino-japonaise  (suite) a38 

Négociations.  —  Traité  de  Shimonoseki.      .  367 
Négociations.     —    Rétrocession     du     Liao- 

Toung a88 

Les  emprunts  chinois.  —  L'enij)runt  russe 

(1895).  —  La  banque  russo-chinoise.  .     .       3oi 


i 


598  TABLE    DES    MATIÈRES 

Chapitre  XVI.        —  Traité  de  commerce  entre  la  Chine  et  le 

Japon 3i3 

Chapitre  XVII.      —  MissîooA  du  Se-Tcb*ouen  (iSgô),  etc.  .      .  3a3 
Chapitre  XVIII.     —  Avantages  français.  —  Départ  de  M.  Gé- 
rard   33o 

Chapitre  XIX.       —  Voyage  de  Li  Houng-Tchang.  —  Conven- 
tion Cassini  (1896) 339 

Chapitre  XX.         —  La  curée  :  Kiao-Tchcou.  —  Port  Arthur 

et  Ta-Lien  Wan.  —  Wei-Haï  Wei.  — 
Non-aliénation   du  Yang-Tseu,    etc.    — 

Kouang-Tcheou-Wan.  —  Kao-Loung.  .  3^9 

Chapitre  XXI.       —  Les  chemins  de  fer 379 

Chapitrb  XXIÏ.      —  Projet  de  réformes  de  Tempereur.  —  Coup 

d'État  de  l'impératrice  (1898).  399 

Chapitre  XXIII.    —  Concessions  diverses  aux  étrangers..  ^a^ 

Chapitre  XXIV.    —  Les  Boxeurs 45i 

Chapitre  XXV.      —  Les  missions  catholiques 463 

Chapitre  XXVI.     —  Prodromes.  —  La  révolution ^96 

Chapitre  XXVII.  —  Épilogue 5ii 

Errata  et  Addenda 555 

Index  alphab^itique 55* 


CHARTRES.   —   IMPHIIIERIB  DURAND,   RUE   FULBERT. 


FÉLIX  ALCAN,    ÉDITEUR 


BIBLIOTHÈQUE  GÉNÉRALE  DES  SCIENCES  SOCIALES 

SECRÉTAIRE  DE  LA  RÉDACTION 
DICI  MAY,  Secrétaire  général  de  l'École  dei  Hantei  Étudei  •ocialei. 


Chaque  Tolume  In- 8*  carré  de  300  pages  environ,  cartonné  à  l'anglaise,  6  fr. 

VOLUMES  PUBLIÉS  : 

L'indlvlduallRation  de  la  peliie,  par  R.  Salkillbs,  profesnenr  à  la  Faculté 
(le  droit  de  l'Université  de  Paris. 

I/ldéalisine  Roeial,  par  Euoènb  Fournièrb. 

Ouvrlpi*»  du  lenipH  pas»é  (xv*  et  xvi*  Mècles),  par  H.  IIauser,  professenr  & 
rUniversité  de  Dijon. 

Les  traniiforinallonft  du  pouvoir,  par  G.  Tarde,  de  l'Institat,  professenr  an 
Collège  de  France. 

Morale  Koclale.  Leçons  professées  an  Collège  libre  des  sciences  sociales  par 
MM.  G.  Belot.  Marcel  Bernés,  Brunschvicg,  F.  Buisson,  Darlu,  Dau- 
RiAC,  Dblbet,  Ch  Gide,  M.  Kovalevsky,  Malapert,  le  R.  P.  Maumus, 
de  Roberty,  g.  Sorel,  le  Pasteur  Wagner.  Préface  de  M.  Emilb  Bou- 
TROUx,  de  l'Institut. 

Les  enquêtes,  pratique  et  théorie,  par  P.  du  Maroussbm.  (Ouvrage  couronné  par 
l'Institut.) 

OuesUons  de  morale,  leçons  professées  à  l'École  de  morale,  par  MM.  Bblçt. 
Bernés,  F.  Buisson,  A.  Croisbt,  Darlu,  Delbos,  Fournièrb,  Malapbrt, 
MocH,  D.  Parooi,  g.  Sorel. 

Le  développement  du  catholicisme  social,  depuis  l'encyclique  Rerum  Nova- 
mm,  par  Max  Turmann. 

Le  socialisme  sans  doctrines  {La  question  ouvrière  et  agraire  en  Australie  et 
Nouvelle-Zélande),  par  A.  Métin,  agrégé  de  l'Université,  professeur  à  TËcole 
municipale  Lavoisî(>r. 

Assistance  sociale,  pauvres  et  mendiants,  par  Paul  Strauss,  sénateur. 

L'éducation  morale  dans  l'Université  {Enseignement  secondaire).  Conférences 
et  discussions  présidées  par  M.  A.  Croiset,  de  l'Institut,  doyen  de  la  Faculté 
(les  Lettres  de  l'Université  de  Paris  {École  des  Hautes  Éludes  sociales,  1900-1901J. 

La  niétliode  liistorique  appliquée  aux  sciences  sociales  par  Ch.  Sbionobos, 
maître  do  conférences  à  l'Université  de  Paris. 

L'iiyglène  sociale,  par  E.  Duclaux,  de  l'Institut,  directeur  de  l'Institut 
Pasteur. 

Le  contrat  de  travail,  le  rôle  des  syndicats  professionnels,  par  Paul  Burkau, 
professeur  à  la  Faculté  libre  de  droit  de  Paris. 

Essai  d'une  plillosopliie  de  la  solidarité.  Conférences  et  discussions  pré- 
sidt^es  par  MM.  Léon  Bourgeois,  député,  ancien  président  du  Conseil  des 
Ministres,  et  A.  Croiset,  de  l'Institut,  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres  de 
l'Université  de  Paris  {École  des  Hautes  Études  sociales,  1901-1903). 


i 


FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 
PUBLICATIONS  PÉRIODIQUES 

REVUE  PHILOSOPHIOUE 

I)K  LA  FRANCE  ET  J)E  L  ÉTRANiiER 

Dirigée  par  Th.  RIBOT,  membre  de  l'fnstiuit. 

^27'  année,  VJO'l) 

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REVUK  HlSTOHlQt  E 

Dirigée  par  O.  MONOD 

Mi'IiiIm-p  «lo  rhi»li(iil.  Maiti-i*  «li'  «iiiir«*roiiCi'-  à  l'I-lrnlo  normal^'. 
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Annales  des  Sciences  Politiques 

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M  \i.r.  i>r  rmii  I  r,  ili*  riii'litiit,  rcii"''!!!!'!-  iiinitir  ;■  la  1  lotir  tli-h  riMii|itr*  ;  .M  U.  >!.•-  k«. 
niii-iiMi  iii-]H'rtiMir  «ii-»  tiiuiiur^  rt  niliiiiiii>ti at«'ur  ilrs  tlonlriliutiuii»  îiitlînt  !.■■>  : 
.M.  \|i-\uii<ii<'  Uiiii'i,  ilr|iiilr.  ;iiii-ii-ii  iiiiiii'^lri- ;  M.  !..  UiHti.ir,  iiriifi>MMir  à  la  Fa>-uit'°- 
ilc  lii'oil  ;  ^1  MIntI  >iiiiii.  i1<'  r.\i  aili'-inir  fram-aioo  ;  M.  \.  S  «^d«l,  dp  IWc^ilOiiiii' 
fr.tii<  iii«f- :  M  \ynr.  .VitNiiM,  l>ii-i>i  (•<iii  ili' I.i  Miiiiii»ïi>  :  M.  Kiiiîlt*  Hui'Htii.iii<>.  iii.iltri*  (!•■ 
riirili'ri'iM'--  .1  I'KimIi-  nm  ih.iIi-  Mi[M'i-ii'uri',  l>ii-ivlciii->  ili'r  ^'ri>U|H"  do  travail.  |»ru- 
fi-««i-iii  -  à  11.'  "I«'. 

li-'liili'ir  ttl  'htf.  M.    \.  \mlliti;. 

4'.oii(lilioii.o  <ralii)iiii«'niiMit.  -    I  n  au  (du  iTi  jaii\ii'r}:  Parin,   |H  fr   : 
di'|i.irli'iiii-iil>  rt  rli.iii/or,    lU  fr.   --   l.a  li^raÎMiii.  l\  fr.  ÔO. 

l.is  Iniis  iiirmii'n s  iinn-i\^  (iSr^'l-iS.Sy-iSss)  se  'mlt-nt  l'IhiniHf  lH /runes.  Us  titrai- 
sunXf  vUuttinr  r*  /runi's.  In  7u<i</*jrwi"  mui»'»'  C'"*"^',»  '  li'S  suwiinles  te  ventUnt  vhacunt 
18/run«.»,  tt  II  i  lur-iistins.  >  h-h  •un-  Il  fr.  ôO. 


FÉLIX    ALCAN,    ÉDITEUR 

108,    BOII.EVARD  SAINT-OEHMAIX,    PARIS,   0" 
JANVIER   190S 


BIBLIOTHÈQUE 

D'HISTOIRE   CONTEMPORAINE 


I.  —  FRANGE  ET  COLONIES 

ÉTUDES  ET  LEÇO.VS  SIB  L\  RÉVOLUTION  FRAiNCMSE 

Par  A.  AULARD 

ProfeMcur  à  U  Fnruitt  «les  li-itios  do  l'IJniver^iié  de  Pari*. 

Trois  voluiiics  in-12,  chacun 3  fr.  50 

V'  }»KHiK.  .7*  t'fUtnnx.  —  Lo  pro^Tainiut*  roval  on  17î<0.  •  -  Le  sr^rmcni  du  Jeu  ilo  Puumc.  — 
I^s  Ja<-<)l.>iiis.  —  Aiiiln^  Chenicr.  —  I.ii  ))r<io1aiii:itioii  ilo  la  Ui'publiuiic.  — Daiituri.  — Curiiot.  — 
I^  Iircssc  sdiis  la  Terreur.  —  Larl  ei  la  |it»liiinin«  eu  l'an  II,  —  Aux  ai»uloyisfe.s  <lo  Kohen- 
piorrc.  --  Kn]n'Sjiicrrc  et  lo  p*ndaruiir  M»Ma. 

•2"  sKHiK.  -'■  rditiuii.  —  Au^^'Ust»'  Couiie  ^'l  la  Ri'-vohition  traucaiso.  —  Danton  oi  los  massa- 
cres de  sejiT.MuWro.  —  La  séiiaration  de  Il-l^disi'  cl  do  l'État.  —  Les  causes  et  lo  lendemain 
du  Ix  hrumaire.  —  I<o  consulat  a  vie.  —  L'autlieiitirit('î  des  uK'mnire.s  île  Talloyrand. 

',i*  SKniK.  L  liistiiire  j»rovineiale  de  la  Kr.uue  iViiiii'Miporaiuo.  —  Le  tuioiément  pondant 
la  Ki'voluiiun.  —  La  ('•luveiiiinn  naiionali*  <le  Mi.ina*  «».  —  La  dipluuiatii'  du  iiremier  '■«•mite  do 
salut  puldi''.  —  La  «luen.djr  do  la  •  .Mar^eillai-e  ■  et  du  :■  H«*viMl  du  l'eujde  i..  --  iJonaparte 
et-  les  piiij^nards  des  Cinq-t.'iMits.    —  La  lilirric'  indi\iiiuelle  sous  Na)iidéiin  1"^. 

Le  Culte  de  la  Raison  et  le  Culte  de  l'Être  suprême 

ÉTUDK    lliSTUlUgrii    (1793-1794) 

Par  le  même 

Un  volume  in-12 3  fp.  50 

On  sait  iiu"oii  1"3<>3  et  en  ITOl,  la  Franee  rêvulutionnaire  essaya,  .sans  y  réussir,  dal»olir  la 
rojiirion  (■lirôHenno  au  moyen  ilu  rulte  de  lu  Kaismi,  puis  do  I:i*  remplaeer  par  lo  culto  do 
l'Klre  siipr'ine.  Ci-si  t'oue  tentative  do  ili-rhrist,iuiisntiitii  nue  rajijKtrie  M.  Aulard.  l.ji  thèse 
«lo  Tautour  osi  (jn«"  oo  •Imildo  m'Hiveinciit  n'<*si  point  soni  il  une  idi'-e  pliil<.>s<»pliiipi(;  proronçuo, 
mais  des  n«"'i^es^il«''S  de  la  dôl'enso  nationale.  (.'  osi  surtout  parce  ijuo  le  iliTjrê  taisait  <-aiiHO 
i-ontniuiK'  .ivoi*  l'ètranpror  nue  1rs  jiatriotes  *W.  l'an  II  euniutonMil  l'autid.  (.'i-itc  tlioso, 
M.  .Ar.lar.j  la  appuyée  sur  un  récit  impartial,  iljiprès  les  •li>ounienls  •■rij.finaux.  On  ^  voit 
revivro.  ■I;iii>  la  nio.  dans  le  oluli  et  il.ins  ré^rli»-»'.  la  Trantc  r<''volutionnairo  an  nionîent  lo 
plus  oriti'iue  -"t  !«>  plus  intéressant  <!«•  la  hiito  ■!••  ICsprit    nouveau  omitre  raneien  rôj,'ime. 

LA    VIE    A    PARIS 

PKNDANT    UNE    ANNÉK    DE    UA    ItKVOLUTlON    (1791-1792) 

Par  G    ISAMBERT,  député. 
Vu  vol  mm."  iii-12 3  fr.  50 

L'année  <  lnusio,  i''e>.t  celle  ipii  s'est  écoulée  du  -.M  juin  17'.M.  jour  où  les  Parisiens  so  nfvoil- 
léroiit  >aiis  roi.  au  -20 juin  IT.»-*,  date  de  la  promiore  invasion  des  Tuileries  par  le  peuple  do« 
ra'ili'iuiL;».  f.Miliin";  dans  cette  période,  l'autrur  saisit  les  nouveaux  arrivants  au   saut  de   la 


ilili;:on<  ■•.  It-nr  montre  los  monuments  noul's  on  en  «-onstruotion.  les  lait  passer  «les  salons  aux 
eliiliv.  ti.»  l'Assi-mMée  aux  spe«'taoU,s,  «les  «  nri«'^-i«s  «le  fête  ei  «les  manifosiatii^ns  de  la  ruo  au 


tion  dans  co  lalde.ni  entiorcmeni  composé  d'après  les  témoignages  contemporains,  rassemblés 
par  une  éruilition  pali«'uto  et  sa^'a«e:  il  ne  si-n  «léga^io  pas  moins  uuo  impres-siou  de  vie 
iiifenso.  La  \ariét«î  «les  tons  s'accunle  av«'  ■  cell«*  des  sujets.  C'est  un  livre  d'une  lecture  tou- 


inj< 
jour?  attachante  et.  ou  plus  d'un  pussapre,  rrancliemont  récréative. 


ENVOI   FRANCO  CONTHE   MANDAT-POSTE 


FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 
PUBLICATIONS  PÉRIODIQUES 

UEVl  i:  PHILOSOPHIQUE 

I)K  I.A  FHAMIK  KT  DK  L'KTHANOKB 

Dirigée  par  Th.  RIBOT,  membre  du  l'Inslitut. 

f27*  ann«'e,  11H»'2 

IN'iniît  tons  les  mois,  par  livraisons  de  7  foiiilit»?.  ^rand  in-8,  el  furmt* 

chaqiii'  aiiiu'e  deux  volum<>s  île  GHO  pa^es  chacun. 

Prix  d'abonnement:  Un  an,  pour  l'aris,  30  fr.  —  INuir  les  di'parle- 

iiieiils  el  lï'lranger,  33  fr.  —  l.a  livraison,  3  fr. 

I.(>N  aniit'i-h  O('0iili.'('>,  cliacuiie  30  trnno.  la  livrais  m,  3  fr. 

TnbUsdvs  ma//»^re6'  il^7r>-l887i.  in-«.     .    3  fr.  —  (l888-lH'.»:i),  iri-8.    3  fr, 

REVIK  HlsfoRlïjLnr 

Dirigée  par  O.  MONOD 

MiMiiliio  <!«'  i'lii>liliil,  Malti«'  il*'  «inifi-rPiirO"  à  l'Hi-nlo  nnriiiDir. 
Prt'-idi-iii  ili-  la  M'ciinn  lii>|iirii|iic  i-l  |i|iil«il<i;;ii|u<.>  ù  rtlttilo  ilr*(  liatilo*  l'ItiJi'- 

(■•■;■•  niiiiiV,   iy«n) 

Paraît  toti^  \v>  ilcuv  ninlk,  ii,ir  li\  i-.-ii*iiii«  ciaii-.l-iii-S  ilo  ij  fi'ulll(*«  i*t  fnriuo  {lar  an 

ti-oi»  \oliiiiii">  lie  .'iim  |iaf;i*>  rliariiii. 

Prix  d'abonnement:  Iri  an.  ]KHir  l'aris.  30  fr.  —  P«iur  N-s  dipar- 
liMiimls  rt  rrfraiiîxer,  33  fr.  —  l.a  livraison.  6  IV. 

Ia'i  ariiirOil  «'fouli'T».  I  liat-iiiti-  \\i\  fr   ;  li-  fj-rir.,  \\  fr.  ;   !r»  fjM  !•■.  (K>    la   l'*  aniii'v.  Il  fi 

TVllI.I'*    (.IMMM.K**    r.l  >    .M\IILIiK> 

I.    iS-«i  il   i^Sii,   '.',  11-.;  |iiiiti'  II'*  alHtiiiii'^,   I   Ir.  Tmi 

Il     iS«»i   il   i'^'*.'!.  .{  fr.  :  I   fr.  .'.11. 

MI.    iSîiG  à    iS,,.i.  :•  fr   ;  —  j  ir.  fi,!. 

I\.    iNji  ù   i*^«|.'i.  <•  fr.  ;  I   fr    Cm.). 


Annales  des  Sciences  Politiques 

liKCIKII,    IMMKSTIUKL 
Piihlli'    ;iviM'    l.'i    ('(illalHiratliMi    lii's    profi'o.MMirs    «'1    <l«*«<   >iiii*lt'i»e»   i>lo\e!» 

l|i>    l'i'i'oh*    lilMM*   llc<i   Scil'lIl'O»    pdlItiipil'S. 

[Itt.r  sffitièmt'  ii/iMiv,  ttji^y) 

COMllIi  I>K  I5l.l»\(:i  H)N  :  M  Kii.il.'  Il.t  ivi.  «lo  i'Inolitul.  illn'clour  iIp  rr..i.li 
M  \Lr.  i»r  l't»M«  1 1 ,  ili' riii-litul.  rmisi'illiM  tuait i c  :i  la  ( ion r  di'- ciiiii|ili-i>  ;  .M  U.  >i>>- ii«. 
niM-iiMi  iii-|>iTli'iir  (li-«-  liMiiiii-<'«  t-t  niliniiii-datiMir  drs  (liiiitriliutînii»  iiidirit  t»*- : 
M.  Mfianiji  ■■  Uiiioi.  ili'-|iiili-.  :iiii  ii-ii  iniiii-ln- :  \|.  I.  Ul^«lll,  )>rfit°i>''i-iir  îi  la  K^ruit'* 
ili>  ilixil  :  M  Mlxrt  ^-mii.  il<-  I' \i  :i>li-iiiii'  I  ratii,ai»i' ;  M  \.  \  (^i>«l,  fit'  1' Vc^d'-Hti'- 
liMiH  afi- :  ^1  \ii-'  .\ll^vlM.  |)iii-t-l.-iii  ili- la  Miiiiii.iii- :  M.  1Iiiiili>  liui  Hi.i.i>ih.  niiillri*  J.- 
fitih'ri-iit  •■'    •!    ri'.i'nli-    inii  iii.ili-   Mi|i«'ririiri-,     I>ii  ivlciir^    dr»  ^'ri.>u]H*«   dc    travail,  |>ri>- 

i"i'*MMir«-  .1  rr.i •'!<•. 

H'-'Iui  liiir  m  rhi-f.  M     V.  \itii..(ri: 

4'.<iiuliii«)iis  (r.'dMMini'liliMit.  --•  1  II  an  (du  i.'i  i.iii\ii'r):  Pari-*,   IH  fr   : 
ili'|Mrti'iiii-iil-  i(  i'tr.i[i.riM-,    lîl  fi     —   La  li\  iai»iiii,  SI  fr.  ôO. 

I '■',  /fv.i., /,r,  m.i/i-.ï  iinn.i'',  (i>-'i-i  "»><-.  i^isS)  sr  'n.ltnt  ch-irnuf  lit /runr  s.  Ui  liirai- 
uin<t  i:h'i'Uiir  Ti  J'rattrs,  In  '/iKitru-mi' <i'i/iii'  (i'^>'.i  '  Us  saii''mlfs  w  t-cmfi  n/  fhucunf 
18 /runo,  i/  lf.<  liviiusnns.  ilon'uu'  l\fr.  ôO. 


FÉLIX    ALCAN,     ÉDITEUR 

108,    non.EVARI)   SAINT-GERMAIN,    PARIS,   (î" 
JANVIER   1902 


BIBLIOTHÈQUE 

D'HISTOIRE   CONTEMPORAINE 


I.  —  FRANGE  ET  COLONIES 

ÉTLDUS  KT  LEÇONS  SIR  LV  RÉVOLUTION  FRA.\(;VISE 

Par  A.  AULARD 

ProfcMour  îi  l4  FuriilU-  •li-<>  lfilic«  de  I  L'iiiver^ilô  de  Pnn*. 

Trois  voliiinos  in-12,  cliacun :j  fr.  î)0 

l"  sKuiK.  .<-  r'iiti"».  —  I.t'  |irii(:raiiiini'  nnal  on  nsï».  -  L«*  si^rnuMil  ihi  Jeu  *\o  Paume.  — 
I^tK.I:ii-'iKiiis.  -  Aii'!r<'>  du'nii>T.  —  I.a  ]iroi-]:iiiiatioii  lio  la  K«'>)>uhli(iiio.  -DaiKuii.  --Cariiot. — 
I^  ||^o^^o  S"Mi«i  la  Tfrrrur.  -  Lart  et  la  pnliiiijui'  imi  lan  II.  —  Aux  a])i»ji)^'isfi.*.s  «le  H<ihes- 
pierri'.  —  U"l'i"«|iiL'rre  ci  l«f  p'iidannt'  .Mcla. 

•J"  sKHiK.  .''  l'tfitv.it.  —  Auirustf  Coinii'  rj  l;i  Ki'Viiliiiion  î'raiivaisi».  ■■  Duiiinn  ot  li"»  nia*«sa- 
rrcH  «l»"  scpîi'iii'iro.  —  La  siMiaralinii  ili-  IKcIim-  «m  ili^  l'É'at.  —  Les  l'ausi's  ri  lo  l<>n<lt'niaiu 
iiii  W  iM'iiMiain-.        \.i*  <:<MiMilat  à  vu-.  —  L'aiitli<'inii-ifi''  «li's  iiii'-m"ii-cs  ilc  Tall«*_vraii«i. 

.'{'  sKiiiK.  L  lii^tiiirt'  proviiir-ialc  «lo  la  FratiiT  <.'<>iitiMii|ioraino.  —  le  fiit(»ienii'nl  pcmlant 
la  U<-vi>liiti<iii.  -  I.a  ('iiuviMiniiii  iKiiiniialc  «li' M<)iia*<>.  —  I.a  •liiiliiiiiatic  ilii  iircmicr  i-ninitr'  de 
salul  piiMii-.  -  La  «{iHTrlIi'  <t(>  la  ■>  .MaroiMllaiN*-  .-  (M  liu  <■  Hi'Vfil  ilii  l'i>u|i[i'  ...  •  -  Honaparie 
el  U's  iMiiLMiar-N  -h's  C'iii'|-('''iiiN,  —  ha  lil.rrt»*  in<livi<]ticllc'  sons  Nait<>ir>i>ii  I'. 

Le  Culte  de  la  Raison  et  le  Culte  de  l'Être  suprftme 

KTl-hK    IIISTOUlOUi:    (1703-1794] 

Par  le  môme 

Un  vnliimc  in-12 :i  fr.  JiO 

On  -«ail  i|u"t'n  WS.\  vx,  on  1*01,  la  Kram*'!  n-vrilutioniiairc  ossava,  haiis  v  rriissir,  d'abolir  la 
rHiulMii  rhrrnoiinn  au  nmvtMj  •In  cullo  "U-  la  Kais-iu,  }miis  do  la'  n-niplaf't'r  i»ar  li'  fulto  do 
l'Étn"  '^iii-rfuii'.  (««vi  ii'tti-  iiMitaTivi"  \\o  tUrhri^f,ni,isittH'ii  miu'  rnpjM'rii*  M.  .\ulard.  i^athrso 
lie  l'antrMii'  l'si  •jur  l'i'  it'HiliIi'  nii>!iviMiii-ii(  ii'i'«>i  l'i'ini  sorii  ■!  niii>  i>li'-o  |>liiliiv>i|i|iii|iii>  itri'i'iinf.'Ut.*, 
mais  lies  iii'i-i'KxMi's  ilf  la  di^l'onsc  nalioiiali'.  i'  «-si  surtout  |iar<i»  uni*  U-  i-Iit:^!'  lai^ait  c-anso 
CDiiiniuiip  avi'i-  l'i'MranL'i^r  k\\w  I(*s  |iatrioii-s  Ao  l'an  U  cnllmli-n'ni  l'auirl.  <*i'tii«  tliôso, 
M.  Aiilar-l  I  a  ai>]'U\r<>  >ur  uu  n-rii  iiii|iariial.  ■)  apivs  Ir-^  •{•••■uincniN  onuinanx.  On  y  voit 
rovivn».  -lanN  l.i  rue.  ilans  1«'  rluli  v\  'lans  l'i'':.'liNi'.  la  Kranro  r>-v<duli<ninairi>  an  m<*moiit  lo 
plus  «rui'iui'  «'t  II'  |ilMs  )iiti'ri-Hviiit  lii'  la  linr«'  il-  1  i".^i>nt    n<>uvoau  i*>iiiiri*  l'anficn  n'j^inji*. 

LA    VIE    A    PARIS 

PRND.V.NT    UNE    A.NNKK    ï)!-]    L.\    HKVOLUTION    [1791-17921 

Par  6.   ISAMBERT.  ilrpillc. 
l'ii  vohiiiir  in-I2 U  Tr.  oO 

l.aiiijif  I  Ipiisir'.  i-i'si  rrlli'  ipii  >Vsi  rronlro  du  -.'1  juin  1"'.M.  jour  ou  los  Parisii'Us  so  r<*vcil- 
liTi'iii  saiiN  r<>i.  au  ".*«»juin  1"j*.»-',  ilaïc  lU'  la  )»ri'niirre  Invaston  des  Tnilorios  par  h»  poupin  dn« 
raiilMiui-i^-^.  (onliiH-  ilaus  l'tMto  prrii>di*,  laud'ur  saisit  les  niiuvcau.v  arrivants  au   saui   dt»    la 
dilij.'<"u<  I'.  IcMir  nioMtro  le»»  nionumcnls  nmls  mi  on  «M»nNtruetii»n.  U"<  l'ait  |)asvr  îles  salons  aux 
«•luli«..  «Il-  {'.X^si'inlili'-i*  aux'  sporta«-U.s,  des  rorl.^-j.'-tïs  do  fi-ii»  rt  dos  ma  ni  restât  ions  ilc  la  ruo  au 
pciTou  «lu  l'alais-Koyal  nù  ?><*  Iiousculfiit  li's  a^'iotours.  pa>so  eu  r«»vue  I«'S  iiiudcs.  les  jour- 
naux. Il'-,  •*liansi>ns.  1rs  raritatuffs.  l\>ns(Mmni>niL'nt.  1rs  expositions  d'art.  1rs  rafês,  los  re&- 
tauraur*..  jnsijiraux  niais'Jtis  d(«  jon.-;!  umuthi'  avcr  la  pulirc.  toutes   li's  nianifostatioiis  de 
ra«-iiviic-  parisiiMiui'  dans  un  iciiips  "  '  Iilu>rto  dcbonianto.  Atn.-uno  part  u"rst  laite  a  l'iuven- 
tion  dans  !•«•  taldi'au  (MitiiTomenl  compose  d"apri;s  le»  témoigna^'os  l'ontrmporains,  rassomblés 
par  uui"  «'-ruilMi-Mi   patii'iiio  ot   .satrui-o  ;  il  ue  s"««n   «k^ua^'c  pas  moinM  unu  impression  de  vio 
intcnsr.  La  ^a^i•'■ll■'  dos  Ions  s'arrordo  avo  ■  ■■cllo  dos  sujols.  i.'Vst  un  livre  d'uuo  lecture  tou- 
j'jurs  attachanu' ot,  l'u  plus  d'un  p:is<>a<>o.  iranohrment  n*cn^ativo. 

ENVOI   FRANCO  CONTRE   MANDAT-POSTE 


2        FÉi.lX  AIXAN,  ÉDITEim,   i08,   BOULEVARD  SAINT-GERMAIN,   PARIS,  G** 


HOMMKS  ET  CHOSES  DE  LA  RÉVOLUTION 

Par  Eugène  SPULLER 

l'n  vuiiiMH.'  in-12 3  fr.  '.H 

( 'ci  ouvra;,'"'  îi  |»"ur  ohjpi  non  souI'miumii  hi  ■IriVns^,  mais  la  j;Ii)ritii:ati<>ii  tlo  la  Hi}\i>liitn)u 
lV.'in<;.'iis«".  I/autriir  v  traito  noinhn;  <lo  quiv'>tion>  «■•^ntrovorscos ;  les  chajiiircs  qiii  lo  .■ornii'»- 
MMit  sont  «l'nsaori'N  a  la  RcxoliiTinn  i-t  â  i|iirl<|iuvs-nns  tics  honinios  le<  iilu'»  ilhiNi.-fs  .fji  î'iit 
ai«li'"i.'  il  SI'  poMlnirt*  :  Sii«y»»s.  La  KavfMe.  Mirahoau. 

M.  Sjiiilh-r  n'a  pas  o.il  la  itr«'*t»Miiion  -Tr'-Tir,.  uni-»  uMivro  ii'«'TU>litii.iii  uriirinalo.  m.is>  ne 
siiii|)ICN  «'«^^aiN  «l'Iiisfoiro.  fi'injinst's  av«'«-  lo  iloNM'in  «li*  fairr  o«»niiaîtr«»  il^^s  hoiiiiin-v  .î.jhi  la 
|KTsoiiMalin",  Ir  roi»*,  \r  ("ara<'liT«ï  ot  U'n  scrvii^'s  nuTitout  ilrin?  mis  •*n  liimicri^.  L'"«>t  -ioat 
«II*  riii-^t'Mif'  (Mi-njcniairi-  an  proniirr  flu'f.  ilo  llii>ii)ir<"  vulj,'ari'*o«'. 

VARIÉTÉS   RÉVOLUTIONNAIRES 

Par    MarcelUn    PEIXET 

Préface  (ie  A.  liASC. 

Trois  voluines  in-12,  c-hanm 3  fr.  r»« 

1"  SKHii  .  L«*s  Alniana<hs  suns  la  Ki-xulntinn.  ■  J^cs  rovinv-s  -If  tin  «l'aniii-o  an  iluM'r^ 
«;ou»i  11' iMriMioii'i' et  li*  ConNnlat.  - 'IlH'viMH'aii  ilr  Mi)ranili.>. —  Paris  «m  Ils'.  Kivar-.ï. — 
La  vrai»*  Ihi  Harrv.  -  L»'<  nratonr^  «ii-  la  «'imsutuaui»'. —  l'n  liistoricii  allriiian'l  ilc  !i 
K«'V«ilMtii>n    Irain-aiso.  Insignes   l^l'^    ili-jniti-v   ]i«^n<Iant   la   Ki'Viiliilion.   —    Instriiiii»n   <1j 

ciMiutô  lii.'  Salni  pnhhi*.  -  I'ih'  Umipi'  iiii'<litc  <ji>  M"'»  Tallirn.  —  Le  ramp  *ir  Jalfs  — Ki-i-ri- 
nnnaiii)n>  'le  MiMi«iifMir  «Ir  l'ai'i<.  --  La  .s.nnf-MiilMTt.v  ri  lo  roiAtp  «rAntrai^ïiieN.  -  <'•  iiiri-ur^ 
artistiiiur.N  >W  lan  IL  J'onruur.s  •!«'  l'an  II  ]H)nr  lo  livre»  i"la»iijurs.  —  M***  -U'  'li>v.nvl  ci 
^^•.^  niiMn«»nvs.  -  Le  •  Livir*  «lu  Sul.iat  iVnui.-ais  •-  >\o  (.  hani}iiimnol.  —  «^in'hjiios  sirii)'in'^  in* 
ronnuos  «te  la  MiirscUfuisf.  —  lui  j«-uni"^<'^  -In  ('nnvriiTionnirl  Kumnx*.  —  Le  ^»'"ni*ral  linrii- 
iiarte.  -  I.uciiMi  Hnnaparti'.  --  L«*  «.apiiainc  Valli*.  —  La  prupaj:au'»o  piiili.>hr>plii<iiii>  ■» 'Ms  b 
Ki*>iaurauini. 

-."■  sriuK.  I>ulM"i>-(.."rani'«".  —  La  Kc\<ihiTJ>iii  cl  M.  Taint».  —  I^s  •l»'l»nls  «h»  la  KcvoluiHtn 
'lans  Ii"i  l*vr<MU'n>-()ririi!ali'S.  -  La  Iîiltlii»tlii"i|n-*  «li*  l'nrthiez  -dt»  l'Oisi»  .  —  Lr  ^i  inTal 
Kiu'an.  I.'s  nuMiuniiMirs  df  Dr.'.aix.  -  M.  Aiilar<l  (!t  la  Kûvoluliori  on  N^iriioiuit*.  —  La  pfiv» 
ilr  la  ha«^iill«'  lapn's  d«Mi\  lavons  «If  la  n'ino.  —  La  pla«'.e  ilfi  la  Ha'itilio  n  l'an  luîorte 
Cnrlu'i.  -  Miralii-au  l't  Siipliie. --  Miralican  i:raniniairicri.  —  Mircilti'au  au  tauti-iiil.  —  L^ 
•I  Siiurf-r?»   Miipun-s  ..   i|i»?,  lùfiis  «lu   iNt^'Ô.     -  Marn*  Anti.iinctte  rn  N  «miu".  —  Triannn  vt  h*-* 

•  li■>l^  XMîis      .lo  la  KiMiic.   -    (îra«rlins  l'.ali.rul"  iM  Maric-Aiiloinotto.  —  Ma>iumt'  Éti'^al'i'th. 

—  Sii/anni*  Lalir<»ns^e.   —  F/aiTunanti.'  (iarnorin  ot    los  pu<lfMirs  ilu  Oiiiiitc   di»  Salut  ptiMic. 

—  Cliansoii^  ]ii>|iulnn'i's  sur  los  a(''r<isiai«i.  —  tl.unlt;  Fauncl  cl  Oadnudal.  —  La  pn.'ii-nduî"  «lie 

•  II*  Souliiaiiv.  -  L  liisiniro  de  Kranoi-  >h'  l'alil'i'  Li*  Ilai.'«ii*i.  -■  ImI  «apitulalh'n  «le  lîa\li'ri.  — 
t'Iiansiiis  m-  «.,11. r-sf i(.  ,.i  do  rorjts  de  i:ardc.  Lt*  dur  «lo  IJorry  fran:*-iriai;on.  —  La  tit-ron- 
TO'Tatio. 

.;■   ^'l'mi  .  —  Lo  Misijij'il/o  d  Ahi«Ti.     -  La  l<«''\iduri«'n  ot  j'irlaudo.  —  Iji  «.a^'sottiî    "rr*  fîM-;- 

•  Iiu.'»  Ijalid'ui'.  -  'iliiM-MiL'no  di'  Miri«^i»uri.  —  Los  ili'>sins  du  f;ônoral  (?liaiupiMnm*i.  -  Laai- 
Ita^N.'i'li:  .|i>  lîaiMJii'IiMny  rn  Suis-^o.       La  ••inspirai  ion  Malet,    -M"'  de  (îonlis  et  tlulc>  ^  or;ie. 

l'n  pou  <l«"    iiiiin.'-iiiari.pio.         !.■•>    IIisioruMis    iialion<  do    la  Révolution   t"rîini;ai'«o.  -    Lo 
f'n  iiii  de  «ii.isui- Carduci  i.  —  .Napolëon  I  •"  auront  niatrinionial.  —  M<»nti  et   la   r>a.sao\il:ana. 

VANDALISME  RÉVOLUTIONNAIRE 

Fniabilhns  litlrniitfs,  S'irnti/iifucs  et  uftistiqucs  de  lu  i\mvvntiun 

Par   Eugène  DESPOIS 

l'ii  voliiirio  i  11-12,    i"  oïlilinn 3  fr.  .'iO 

|)<s|io:n  a.  dans  li-  livro  pi. -in  '!i'  \i_ru«'ur  «t  .li;  l'aiis.  intitult'  lo  Van'inlinHU'  rt*»'>f'//»iiMir«'"". 
ti  un  a  \t'iii.«-r  ki-ttr  r.'-vdutinn  do.ii  il  •  iiiaaiss.ii'.  si  hten  rhis'oiro.  di*  ra<"<.-us.ati»n  stupi'lo 
da\(iii"  il'iiuii  .i  plai>.r  los  ni<«Muni«'nis  .|i«  ja  vioilK*  Fraino  oi  ji»iioh«  lo  vd  do  ruiii';*'».  Il  a 
ni>iiitr'"'  toiif  f  •'  iMP'  !a  <^MlVl•|ltio^.  au  niiln'U  ili-  >os  l>iurruonU'S.  on  pl«MJio  Ti-rrcur.  avi-r 
ijual  T/t'  arruii  >  «mi  «'anip:ii:iio  oi  <ii  luiiani  i  ontro  l'Kuropo  roalisôo.  a\aii  >u  fairo  puur  le» 
l«'ttri's.  p  iM"  i*'^  îiri^.  pour  los  siiimi<»'.>.  jm-ut  I  instruriiou  a  tous  «iCî»  do;;rô>. 

Cl!.   Kiooi  ./t'-rtif  jtolitifjn-  t't  I*tt''rairf  . 

LES   CAMPAGNES    DES    ARMÉES   FRANÇAISES 

•  1792-1815) 
Par  Camille  VALLAUX 

|>r->f(>->-iir  n.'ii.?.'  ii"iii«ti>lrr    «ii  Ijrrre  do  Bresl. 

Vn  viiliimo  iii-12,  ;ivoo   11  lartos  clans  lo  k'xk» 3  fr.  ort 

M.  <\-iMiil]i-  \'all.'iu\  a  viiulu  résiinuT  *-\\  autant  'to  paires  iju'il  y  a  tle  jours  dans  raiinoe  les 


N 


tNViU   Hl\Nt:n   C»»NTUE   MA  NI)  AT- POSTE 


FÉLIX  ALCAN,   ÉDrTEUn,   108,   BolLEVARD  SAINT-GERMAIN,   PARIS,   6*^        3 

gucrreft  t\ç>  la  RévolatioD  ot  de  rKinpirc.  II  sVst  acquitté  do  sa  iSkfhc  avec  rnnso.icncc  et  talent, 
exposant  a  ver  Hariù  les  onu^os  ot  les  préliiniiiniros  lies  campofznes,  ilécrivniit  avec  })ri><>isJon 
les  mouvcnifnts  des  années  el  les  pliusos  des  eoiubats. 

LOH  luttes  hf^mïques  de  la  Vendée,  IoM*aiMiiairr)<»s  df  170-?,  les  jrrandes  batailles  de  l'Empire 
et  notamment  relies  d'Austcriitz.  d'FIsslinir,  uo  Wati-rliH».  soiil  fnvi  cxartenioiit  ooudcusc^cs.  et 
lex  ertiqni»  (|iii  les  arcompai^nent  en  faeiliiLMit  la  i-oni|irrliension. 

NAPOLÉON  ET  LA  SOCIHÏÉ  DE  SON  TEMPS 

Par   P.    BONDOIS 

Prorr«*nur  d'Iii^toiro  .m  lyci'c  liulToii. 

Un  %'oluine  in-S ' "  fr. 

Ce  travail  n'a  aiimne  tendanro  i>o]itii|nc  :  t- 'c^t  une  étude  d'iiistoiro  uiuralr.  I/aulrur  a 
chcrclié  à  r-xpliquiT  l'inllueuro  il«.«  .Naïuiléiin  *;iir  1rs  l"'ran';ais  dr  la  drrnirnî  |iéri«jdi*  révolu- 
tionnaire, el  itdli;  dr>  oontrniiM)raiii?>  ili-  rnnjM'rrur  sur  sun  rarartere  ft  sa  l'orsuiinaliié. 

M.  lUiudois  a  éviié.  autant  ipie  pM^isiMc.  lus  a<-< usations  «Ir  parli  l't  1rs  atrirniatiitns  con- 
testées. Il  a  voulu  l'under  sdu  livre  sur  drs  pandr^  ot  d«vs  t'iiils.  admis  aussi  bien  {«ar  les 
admiratrurs  qui>  par  Ion  déirai-teurs  •Ir  Naindcon  l'■^ 

HISTOIKE  DU  PARTI  RÉPUBLICAIN  EN -FRANCE 

DE     1814     A     1870 
Par  Oeorges  "WEULL 

Diictour   ôm    Lettrf»».    i»i-i.li>!»M'ur    <i'lii'>lf(ii-«    au    lyrée    Camul. 

Cn  volume  in-îS 10  fr. 

Ce  livri-  diMuir  {unir  la  ])romirrr  l'uis  unr  étuile  irriisrmblo  sur  Tbistiiire  du  parti  ri«|tubli- 
eain.  Les  -Irl'Uls  Mî.-rris  liii  parti  si»ns  la  Kr'^tanr.-niiin  :  sun  avrnrnuMit  a  l:i  vir  publii|ur  eu 
1830  et  ^^^^  pro;rres  jusqu'aux  rnieut''>  dr  Isili:  ^on  l'crasement  sui\i  d'um;  l«>ii;.'-uc'  pi"'rio<lo 
do  torprur  apparrnte,  niais  d'ai'tiviir  rrrllr;  la  \iiti»irr  éplii-im-r*"  ilc  l'si^:  la  rttai'tmn  «lo 
18-1'J,  ronlrarn;«î  parla  uriipa^L'andr  liabilr  ili-s  •l(■lll■lr^atr^  jUNiprau  -i  di'r«'uilirr  ;  la  prusi-rlp- 
tion.  avri-  un  tal)li>uu  do.  la  vir  drs  riq^ildi'-ain^  «h-ti-iiUN,  traiiNpi»rt«'s  mu  i:\ilr>;  la  viialilo 
du  parti  prn<iant  les  années  *U'  roni)iri*-NM<>n  :  iiilln  s'Ui  rrv«>il  di'pnis  1m.'>0  rt  S4>s  rapides 
gucers  :  mus  rrs  laits  st)nt  «'tu<llr>  dans  Irui-  nplrr  «-lironijli>i:i<p>^'-  An  rr«'it  d«'s  l'^vrnrments 
sont  joint^  1rs  portraits  de  tous  rriiv  qui  oui  intlné  sur  la  vie  du  parti.  <'arrrl.  (.^avaii^nac, 
Lc'iru-Kollin.  lîarbi'-s,  (iaiiil>rlt.i.  .Iiilrs  l-'avr*-.  Knfin  nn»'>  i^rando  plaro  l'st  d-miifr  à  l'iiisloiro 
des  idéi's,  dr«»  tlM'ones  artistiqiir«<,  i)liili*so|diiipii>,  rrlit,'irnsfs.  rt  siirt-nit  <I«î  rrs  >Iortrines 
ftocialrs qui  ont  toujours  prrfjrrnp.'  d-^  n■p!Illlll•.■llll^.  l'c  n'rst  pas  un  livn-  dr  poléniiquo,  mais 
de  s«7ieuir.  riin«;u  d'une  ta'^)M  l'mir  idiji'iiivf. 


-ir- 


HISTOIRE    DE    LA    TROISIÈME    RÉPUBLIQUE 

Par  Ed.  ZEVORT 

llerlvur    d-î    I  Acuil^iinu    ili-    C-i<^u. 

I.  La  frt'sltft'nce  dt*  M.  Thiers.  I  vol.  in-s 7  fr. 

II.  La  prrsUif'nct.'  t/u  Maréchal.  I  vol.  iii-8 7  fr. 

III.  La  ptYsitle/ice  '/e  (inf'vf/.  I  vol.  in-s 7  fr. 

IV.  Isa  fn'vsiiJi'ut.'fi  de  Carnoi.  1  vol.  in -s 7  fr. 

L'auti'ur  a  pris  à  tâidn»  de  ra''iMitrr.  -lapri-s  K-s  do>-uinenis  oMi«'irls  l't  1rs  nombreux  rrrils 
COnsarr«'s  à  «fiii.'  périoilr  lir  lliistoirr  r.iiiti'iii]i<>rainr.  I«"s  évrnrni«-nt.>  au.vqurls  il  a  assisli»  et 
dont  los  r'iiisrqnrnrrs  ne  sont  pas  i-nrorr  •'•loiist-r-,  >\f.  lrsju;>'rr  iiiij-aniairmrnt  «'t  de  i»arler 
sans  liaiiio  ri  sans  «-raintr  «les  lioinnirs  i-i  <h'^  ilinx's  iraniiiurd'liui. 

Si  riiiNî'Mrr  du  sci-«iiid  Ilmpirr  ni'iiiirr  i-oiniucni  un  ^M'ànd  pruplr  a  pu  saband«Mini'r  rt  a 
été  sur  1<*  poini  dr  sur**iinilirr.  rrllc  dr  la  TruisuMU''-  lti'-publiipii>  niontn:  «-nnnurnt  il  a  su  se 
ressaisir,  ft  si*  rrlrvrr.  La  prrniirrr  piTiiflo.  ipii  nmi'.  rondiiii  ilu  J  srptcinbrf  1>7U  au 
*21  mai  ls7:i.  d^  la  {irorlamalion  d«'  la  Kr['nbliipii'  a  la  clnn»  ib'  s'Mj  jin-iuier  l'rrsilrnt.  n<"»us 
mol  rn  jin'srine  dr  j;ravi's  et  ilramatiqur»»  rvc-iH-nictifs.  de  ^'randrs  ri  inti-n'ssanlrs  inilivi- 
dualiiés.  parmi  Irsipifllrs  sr  drta«lirnt  snri'int  b»>  ii«_'iiit's  Ac  Tliirrs.  «b;  Trocbn  rt  dr  (iambrtta. 

Sous  la  pri'sidi'iicr  «lu  Man'-rbal  dr  Ma«"-Malion,  ilans  i-rttr  prnnilr  i|r  t'itndation,  dans  ce 
pénililr  rnfantrmrnt  ■!«•  la  Uriiiilili>|u<-.  1  iiH«Ti"t  Ar  riiisi«)ire  iiilj-rirnrr  primo  i-rlui  dr  lliis- 
toire  rxt«Tiruri*.  ]a'  traité  ilr  J-rarnfort  a  burin'  notn»  intiurm'o  au  drliors.  mais  li-s  Cimslitu- 
tions  prt»visoii"r'«  di'  1^71  rt  di*  ls7.*!  iiiMit  \>.i^  ii\r  n<»trr  situ.'itiun  politiqiu' ;  mrmr  à  la  suite 
du  '£>  IV'MH.T  lN7.'i.  il  laui  tpn-  la  Ki'q>nldiipir  ruiipiirre  Ir  S(«nat.  ajirrs  la  fliambrr  et  la 
Présiilrncr  .'q»ri'*i  Ir  St-nai.  i.'t-sc  srulrnu'nl  au  UtinlcMuain  de  l;i  nMraUr  du  Marérlial  que  la 
Déniori'utir  \lrtorirusr  dt'\irnr  vrainii'nl  n-spi-nsable  drs  dos'iniM'S  -li-  la  Kranrr.  J^  rrsis- 
tan(*e  des  anrirMis  piirtis.  appuyés  >ur  Ir  irb-ricalisnif,  rt  1rs  pni^rrrs  *\o  la  l)émocratic  résu- 
ment lijuti?  l'hisioirr  «b;  rott(;  .soi.'ondt'  |»r«-sidrni-i>.  Avi»»*  la  présidnnr  île  Julos  Grévy,  ci>m- 
mem-r  }i'iur  la  l<épnbli([ur,  rniiii  s-irtir  dr  la  jtrnodo  des  butes  pour  sa  propre  existènro.  do 
la  ••  période  hi'roïqiio  ■».  Irre  de  1  or^^aniHaimn  ••!  du  projjrrs.  l'm»  série  de  lois  fondcamrntalcs 
sur  la   pr«;'S:\  sur  ririiseiirnrnirnt  primairr.  sur  ridectiou  des  inairi'S.  sur  le  divorrr,  sur  les 

ENVOI  kr\m;o  contre  mandat-poste 


4      Ki:i.i\  \LCVN,  ÉniTKni.  108,  houlevard  saint-germaix,  paris,  i/ 


svnJiCiiis  sont  voî^'m's.  l»*nii  autre  rôtiS  i^ir  le»  conquiHw;  do  la  Tunisie,  «u  r.«:iiiiii.oç 
AÏavl;i«:asrar,  par  la  loa.latiun  ilu  Con^o  français  cl  l'cxtensiou  vers  le  Sou'laa.  l.i  K»i.u»ili^s« 
rcconsTitiK!  \o  iloinuino  mlnuial  ilc  la  Traiice. 

Ces  «'•vénoiuiMiis  s"a«'rouiiiliî>sont  «Mître  les  aum'es  1879  cl  1885.  sou*  lo  iiiî!ii*iTi-.-i^  \\;i..'l!:- 
gton.  le>s  lieux  |»reini«Ts  ministi-res  Kri'voiiici,  les  ileux  niinistôn»!»  Ferr.x ,  I»"n  mu. i '*:■•:» 
(iainl'«^na  et  l)url<M--.  Mais  relie  ju^ri"Ml«  si  tV'i'on«lo  en  rêsnliats  est  suivie  •i'iiiii'  auin*  iju;  u 
•le  iimrf»  l>*!Sr»  a  la  lin  <lo  iJ**»"!.  e«  «lui  e>i  moins  lieureuM»  et  plus  truiililt'-c  :  ••'«■ni  ••".'.r-  ../ji  \-..n 
riiiiptiUsaii»'!'  lU"  la  «'hainljre  i;luc  en  1^*^'».  renvrrsanl  lour  à  tour,  le  iir^'iuier  eal»ini»  IJr:'<*'«. 
le  troi^ifiii'.^  oal»iiier  Kreyi'in«'i.  les  cahinets  (îi»lih»i  oi  RnuviiT.  o"«"St  eile  «ju:  ;i*.-i^ti-  -j  ia 
naissani'i-  ilu  bitnlaTjp-istue  et  m»  termine  par  la  «-liutc  si  triste  «lu  pn'"<:deiit  <»ri'\  \ . 

Fii.'Ui'«"  «u'i.triiiale.  «l'une  «xravit^  un  i»«'u  triste,  qnc  tein]iéi*ait  la  «loiii-eur  .iu  ^•^ar!. 
M.  Carn"!  iMiuiK'  \\u>'  |ila«'«»  rMiiincnte  «lans  la  ;ralerie  «les  pn-splenis  -le  la  rr":<ii-!r:i  ii»-|C- 
îili«ine.  Il  fsi  riiist'iirc  a'Miii'Ui'  •!••  la  Troisième  K«''puliliqnc  qui  l'oninieneo  \  •.•rii.ii.,t-ii..'.-,:  a^ 
niiMueiit  où  il  «'>.i  porU'  par  un  vot««  inattendu  a  la  premuTC  Tuaj^iHi rature.  On  v^u  i,-^  jin:.'':- 
iianx  faits  <l«'  1  liiNiniri*  inii-rieure  ili-  la  Frain-e  penilant  sa  piv.si<l«'net'  :  la  rr'i'^*'  tf ir.-ilt'  :b 
Iniulanffisnn*.  qui  m»  tiM-mine  par  le  proers.  devant  la  llauto-Conr.  lexil  vt  N- sii.-  i-f»'  ■  'j  irin- 
eipal  li«?^nis  -te  cette  t^iiuipé»' :  la  loi  militaire  île  IsS'l,  ipii  oMi^rf  l'^iis  les  Fraii«;aiv  ,.  paot-r 
un  an  au  moins  *;iui»-  l«"»  «Irapeanv;  dans  l'oplre  ('eonoini(pie  et  siK'ial.  •livr.'.  pr«<;''M>  l:rî;r«* 
«lan**  un  sons  ■l''-mo.Tati«iue  sont  épalement  a-liqiti's. 

La  p«ilitii|ue  exiérienre  se  rê>iiiin'  par  la  truerre  «lu  I)ahom<.*y.  lieureu>i'Mieni  i»";:nin»-<'  r* 
surtont  par  l'alliaiM'e  ru>^«^.  (llia-pie  jour  emon*.  i^râee  il  Carn>)t.  «.e  re«.x»«r«';>l  les  Iu-.in  ;  îr.e 
amiiii'  qui  senil»l«'  pernuMin'  a  notre  pays  'les  e«»péranres  «l'avenir. 

HISTOIRE     DE     DIX     ANS 

(lS30-lSiO) 
Par   Louis    BLANC 

(linq  vnlumos  iii-><,  2*1  fr.   -  C.li.iqne  vol.  sép.irô. .'»  fr. 

'2'.')  planilu;<  en  laille-doiiee.  llluslratimis  pour  l'Histoire  dti  dh-  hha,       '.  fr. 

Ce  qui  l'ait  lintérêl  priii'^ipal  -le  l'ouvratri*  "le  Luni^  Hlanc,  e'esi  son  earaot'T»^  l'rn  iiciKui-'M 
soeial.  FCerit  à  un«'  ëpoque  où  les  iilées  iliun'H'ratiqncrs,  que  tout  le  monde  a-l!.><'t  a.i,iiur  t 'lUi. 
n'avaient  pas  en- Die  lii«re  eonr.>,  "-e  livre  fut  une  véritalile  révélation;  •.-V-tait  um  re:;i.'.*'.*.oirtf 
en  foi'nie  eoinre  la  li(>iirj.'t»iii«cio  intransii:eaiite  «pli.  >ans  vouloir  compmilri'  la  \iil'»n'"  lu 
peuple,  avaii  fa:t  Loni-^-IMiilif.'p»"  roi  an  ien<!emain  «le  1S30.  et  prétciMlair  pri'^i-i-'."  uov  ■ie>-.i- 
née'»  'le  la  l-'an  e  avi'e  ee  pnnee  qui  était  son  i>Mii.'é.  Toni  rintérèl  de  ■.■ett»-  lii~io.r<'  s.xl"'.>lf' 
eni"ore  à  l'Ienre  aemelle:  ee  livre  lie  I.iuii.n  Ulaio-  est  indisponsalde  à  4pxi-',«nqu«-  veiit  Su*:: 
eonnaiire  \r<  événeiiient'i  'oneernant  la  l'ranee  al  intérieur  eommcft.rexrêriour.  «u-  l"*'.>»a  l**-*-.*. 

IIISTOIHK  l'AULEMEM'AlUK   DE   L\  SECONDE   RÉPIHLIUIE 

Suivi»'  d'une  Vetiie  Uisluirc  du  Second  Empire 

Par  Eug.   SPULLER 
Un  vuluine  in-is :i  fr.  .10 


HISTOIRE    DU     SECOND     EMPIRE 

Par  Taxile  DELORD 

Six  volumes  iii-S.  \2  fr.  —  Chaque  v«»l.  së[»aré T  fr. 

Le  inènie  illustré  jku*  F.  Ueuauiey.  Siwol.iîi'.in-s/iH  fr.  —  Chaque  vol.  se  paré,    h  fr. 

Ou  peut  -.e  rappeli-r  eoiii''ion  rui-lépendaiiee  et  le  eoiirap*  «le  Taxile  Dolord  furent  n-aiar- 
qiiés  quand.  >mus  1  Kmpirc  mènn'.  il  entreprit  eoite  puldieation,  daus  laquelle  il  a  raeiMiKi  av?- 
une  si  ii:raii'!e  >riret«'  de  jupeineui  l'hisiidiv  de  notiv  malhoareux  pays  pendant  le  rogne  'ie 
ceini  ipii  fut  N;ip«d«M»ri  11 1. 

Hieii  nc-^t  jdus  ai-»!'  à  trouver  «lans  Tliistoire  ipxe  «les  rt^primos  moraux  plu'Ç  rlairvtiyiiiis. 
nioins  fiiue-^ie»,  .pli-  échu  «lu  v*  l)e«"(îinl"r(.'.  1  e  Seii.»iid  l'.'mpi  Te.  après  avoir  étuntii'  ses  cuntom- 
poranis  |iar  1  imprévu  «li»  sa  m'irale  à  ses  -leliutN.  a  « -ontinué  à.  le*  surprendri*  p.ir  <-•>  prati- 
que», qu:  en  éiai.Mif  la  «:i.nséquente  toreée.  Toutefois,  ca  sentiment  de  siupétru-iion  a  etë 
snrtoiit  pr..|on!  «lu*/  «  i*ii\  'p.ii  avaient  vu  «rantre*.  r«'{.Mmes.  Taxile  l>eIor'l  a  i't  rii  une  iiisto'.re 
véridi'pie  i«t  srii' i-re  Pa  Seinnd  l-ânpire.  Il  ra«"onte  les  événements  du  rî'gne  avee  ÏTiiparcalii'*. 
mais  il  li's  iuj'*  av«'ir  la  sévérité  uni  li'ur  esi  neeessaire. 


FIGURES    DISPARUES 

Par  Eugène  SPULLER 
l'n  M»lume  iu-lL> IMr.  50 

l'anni  1er»  /.'.■/"/■e.<  retra"«-i'N  par  l'antiMir.  nous  «"iierons  notamment  :  Clian£;arnii*r.  Mae- 
MahiMi.  Kii-iiiie  AfaL'o.  Ivliiiond  Vli-nit,  C.astajfnary.  Lavip:eric.  Froppid.  \Va«liiin^toii. 
lieaoît^  .Malon.  .luleN  Kerry.  Tons  ce^  licMiimes  ont  exereé»  &  divers  titres,  leur  intfuiMn'e  sur 
l»'s  i'lé<'s  on  s'ir  |.-v  tlesuni-es  «le  notr«"  pavs.  .Vmis  ou  advcrsairc<(.  tous  sont  traites  par 
M.  Spiiller  avee  la  ménio  hauteur  de  vues.  la  sin.éritô  et  la  loyauté  qui  le  earai'ièriis^nt. 

ENVOI    KUAN'Jn   CuNlHE   MV.ND.\T-POSTE 


FÉLIX   ALCVX,    KlMTErn,    i08.    BOrLKVAKD  S.MNT-OEKMAIN,   PARIS,   0"        5 

PAGES    RÉPUBLICAINES 

Par  Joseph   REINACH 

Un  volume  in-12 3  fr.  50 

Parmi  les  lîi;iirt:s  riMnii'tk"»  i>iir  M.  H«'itia''li.  iioun  oiiortMis  ii<>t:im:iionT  :  Thiors.  l*aul  Hert, 
JotTriii.  \c  |irin(-t>  >ia|Kil('Oii.  1  Ktii|iLTiMir  (iuillnuiiic.  \o  Marri-hal  <lo  M<>I1kt*.  Punioll.  Jules 
Ferry,  lo  tréniTal  ili»  MirilM-l.  I/autcur  ra«"oiuc  la  «loruièrv  soinV  «In  M.  ThicrN.  nn'il  eut 
rhoniKMir  ilo  |»ass.«M'  :ivoo  l'ani-ii.*ii  l'ri'siiloiir  >lo  la  Kt'jmlili'iue:  «"o  rcM-it  ««nI  un  'lo«.'iiiii<;nt  his- 
toriqui?  diiii  \if  mtiTrt. 

Lo  fhaiiitro  iniiiiili'  rj\dît  rff  Xanfr^  t/fs  l'm'tin.  o^\  ronsaon''  à  la  |toliti(]iio  ilo  nW-oncilia- 
tion  iiatioualc*  cl  P-puliliraiiio  duiit  (îaii)>)i>tia  avait  ilunni*  autrctuis  lu  lorniiilo  eu  ces 
tcriiu's. 

Les  i|iieN<i')iis  <lo  poliiinui.'S  élrariirrn's  iii.«tin«»nt  »'j;aloiiiciit  '.lau*J  rc  volimu*  nno  jilaoo 
imi)«)rtaMtt>. 

LES    COLONIES    FRANÇAISES 

Par  Paul  GAFFABEL 

l*nifes<>our  à  lu  Fucallé  ii>-s  lollius  de  riJaivci-iii:  d'Aix. 
SIXIEMK     ÉDITION.     HKVl'K     ET     AI'(i.MENTÉE 

Tii  VMJimii'  iri-x ">  fr. 

Les  nJitii'iis  Mii.*ii">sivos  ilo  col  ouvratfc  ont  t'jujuurs  étii  LonTU*s  au  «^ourazit  -le^  proffTrs  do 
notni  il«*vi'lo|"iii"nn'ni  «'nlonial.  M.  Gathirr."!  a  »oiii«»iirs  acromiih  sa  ffn'lio  o\cc  la  ronsiMcnro 
qui  fut  Inni-  ilos  '•ause^  *\\\  suii-A^  ili»  rctto  imMiratiun.  Ou  y  trouvr  rhi>l»»ro  «lo  nos  colo- 
nies, li'iir  d»  «»«ri[iiioii  j'i!t«in*<'«MU',  l  i''tu<ly  -le  Umiis  jiroilniis,  iî'lle  <l«'s  re^sour«M's  (iirellos  peu- 
vent DlVrir  a  i  in>liistrie  Iran  «/ai. -se.  Tes  dévelo|»|)onjents  ^e  prj'senient  dans  une  sueei-ssion  do 
cllal^itl■e^  d  une  ie««iui«'  aurayani»-.  «o  «[ui  n«"  nuit  en  rn-n  a  leur  vali-ur  sejcuitidiiuif. 

Iiailleur»  la  •'<jnipëteu<'e  •liS  M.  Paul  lîaHarel  sur  li-^  i|Ucstions  i-'douiales  est  liien  connue. 
el  s«iM  livre  jh-uî.  éire  e«»nsidi'ri'  eoiniue  indisiteiisaidi»  à  tiiu>»  eoux  qui  s  iin<Sres>»eiit  au  «léve- 
Iop|>eni«:ni  -le  noire  [uiissanoo  (vxlérieure. 

L'ALGÉRIK 

Par  Maurice  WAHL 

Iii^|ii>rU>ur  ;.'iuéral   ii<>ii'iriiirc  U'^    l'uiytrncticn   [niijliquo   auf    c^l'ioics. 

TltOIblÈME   ÉDITION 

IJi  volume.  in-S o  fr. 

fhiirtn/v  ronronné  fuir  l'Inslifut.. 

(Vl  ouvrai.''".  lu'*n  eoiuni  du  nuldi''  di*  [dus  en  jdus  in>nil«reuK  ipii  s'uitt-resse  aux  questions 
alricaiiK-s  et  eid-iniales.  a  i-re.  Inps  di'  l:i  •?"  «'•  liiinn.  eoiirnunt'  prir  r.VeM>l«Mme  de>  vi>ieiieus 
ruorales  «•!  politiques.  i>ivJM*  c-n  «i  parties  :  /.i-  Snl.  l'Ah/i  rir  ihmx  h-  /t'iM.sr,  In  ('mh/ur/t;  fran- 
riiisf,  l'<{  fjii/'it'iiitn,  fiï  l'uiit'qiif.  Il  s  /''fircx  proi/nct'ri:s,  \[  lon^lituo  une  ni-iuotTraj  liu;  i'<iin- 
pléto  di-  nufr"  uraude  pij>se.>>^ioii  uiêditerraiii.H>nne.  I/aTitour  in*  s*e-«t  jia^  l"irn«'  a  lueUre  à 
jour  les  siali-t:'jue^.  il  a  sotnais  tout  le  livre  à  une  revi.siiui  attentive  «-i  retondu  eiitl«Teniout 
toute  1,-1  partie  poliiinui.»  et  i'M;i»n«>mi<|ue.  On  lira  snrinui  ave--  iiMr'r«*t  les  cllapitre^  relaiil's  au 
niuuvenient  d<-  la  p>)pulaliun,  auv  i>r:i<dites  naiurali>(5s.  aux  •'Mraii;.''(rrs,  au  ;:uuvornenient  de 
l'Aljfêrie,  au  i»uilL:et.â  la  «pn-sîi.in  'li-s  indi::!'!»!-^,  a  la  i'<ilonisati<>n.  a  l'ai^rieulture.  à  Tt-lc- 
va^e.  au  coninieri.'e,  aux  ohennn-s  '.l«'  i"«t.  au  eré-lii. 

Au  nionieiii  ••Il  [«•  proldenie  alj.'i'rh'-n  so  pose  .|i«  nouveau  devant  lo-i  pouvoirs  publies  ec 
devant  1  opinion.  1  iMivratre  de  M.  Wahl,  dt'«j,i  i.on««airi'  par  le  sullVai/e  «les  ju^rc:*  «.:»Mnpétenis, 
pri.^seiiii-  un  I  ara'ti-re  '1  aitualiii*  qui  en  assure  le  suii'èN.  I^e  li'rteiir  y  trouvera,  a  eùté 
d'ajq'iV'ciatuMiN  persiuim  lli>  résultant  d'observations  direoies  v\  de  l«iniriie^  nnnée'ii  dT'ttnle, 
une  ahuiidaïK-e  'ie  î'ait.s  et  de  reiiseit:neni"iits  pré:i.s  qui  lui  perniettr-uii  •[>'  jti;:er  eu  ei-nnais- 
saneo  de  i-au>e. 

L'INDO-GHINE   FRANÇAISE 

hiriu:  É<.:oN»)Mioî. K,  i»oi,rnoi:K,  AnMisisTiivrivi:, 

Srn    I.\    CnillIINClIlNi:.    I.E    CAMMODOK,    l'aNNAM   et   le   TONKIN 

Par  J.-L.  DE  LANESSAN  ilépiilê. 
Otirrii;n-  ciuronni'  par  ht  Sotùétr  ti»:  i'n'oijrmth'n'.  ruinmèrrîali'  if*;  Paris.) 
Un  volume  in-S,  ave«'  5  r.arles  en  conlcurs  hor-i  ttixtc 15  fr, 

ENVOI  FRANCO   O^NTHE   MANDAT-POSTE 


^ 


0        FKU\   AI.CAN,   ÊDITEIR,    1U8,    BOlXEVARn  SAINT-CERMAIX,   PARIîs,   »V 


LES    CIVILISATIONS    TUNISIENNES 

Musulmans,  Israélites,   Européens 

KTtUF.    llE    PSYCHOLOGIE    SOCIALE 

Par   Paul  LAPIE 

Aii*";r!i  nri'fo>*our  nu  Ijfi-i»  ili-  Tiiiii-,  maître  de  i-niifvriMicur  k  !  Taircr^.té  At  Rirui'..* 

Un  volniiie   in  11' :t  fr.  50 

{t)iivi'a(/i'  couronné  jitii'  t'Aratlrinir  frtinrni-w.} 

I/aiiieur  a  (-lu-lir  les  rivilisatioiis  tunisuMîn»'»>.  lfur>  contrastes  et  lourï»  nijif-n»  lainriiis: 
il  f\i'lii|n(î  ]iuiir(|iioi  li»s  trois  suriôti-s  oui  pu  vivn*  côti*  a  côte  •iari'*  1»*  irax-*»-  i«i  f\a:iiui* 
daiiN  «juoll(*«4  cniiilitions  «-Ih-s  puiiriMiit  rniitinutT  à  vivre  v'ôte  à  côte  «lan?»  1  a\fiiii'. 

Il  riioiitro  c<iiiniiiMi(  tws  trois  s<uM«'i«'s  m'  «•«mipliMt'nt  iininioiii'iiiont  :  l'uiit*  «•■•u^t'. ai.'  îe 
«hjpôt  des  ri«lii*sNcs  naturelles,  la  scctunlo  proiiuisain  Ii'j»  ri«"ho».s*.»s  urtifii'iolirs  "f  l;i  tr-'i-nîurt 
les  taisant  iirruler.  Peu  «.•lunniereuntN.  les  Arabe?»  axaient  Itesoiu  du  ruinnitTi'e  i>vra«-.i'?:  i.nî- 
Iciiicut  airriiulieiirs.  les  IsraiWitt-s  avaient  lie^^oiii  du  hie  inusulnian.  L'arrivée  di"»  Fnrn- •■f»^ 
a  su^':;<^ri'  aux  uns  et  aux  autres  le  «lésir  tle  *i'asMniiler  notre  eivilisation  Ij'n  I>r.-ti'|  •«•x  i»;i! 
i'uiuin<Mieé  el  les  Arabes  suivent  le  i-iuiram.  t|uoi«jue  leur  aNsiniilaiion  soit  i:iM-iN  r.-.iid.«  o: 
moins  universelle  ijue  ecll»' des  Israélite^.  Mais  m  les  cuuTunies  tondent  à  i-Tro  .ib.jnd-j.Kn.'O»-. 
les  erovanres  réNistent  virM«u'ieusenient. 

M.  F^Mpie  lire  de  «elfe  i-tnd»*  la  erundusinn  suivante  :  les  trois  peuples  Tiiiij'>.:e;.s  j.i  uvr-i.t 
reinpla«*t?r  leiir<  eoi,j|.r<imiN  ^»;ir  une  allian'-e  durable  et,  sans  per«lre  leur»  ij:i;tlit«'s  i;i«'..u:- 
tives.  ils  pourront,  en  élaririssant  leur  esprit,  sassoiier  pour  la  prospèrit»' dii  pav'*. 

LA    FRANCE    HORS    DE    FRANCE 

DE   NOTRE   ÉMI<;RATI()N,    .SA   NÉCESSITÉ,   SES   CONDITIONS 

Par  J.-B.  PIOLET 

Un  volunit^  in-s lu  fr. 

Ou  s'aocnrde  «.'«mh"  raie  nie  ut  à  ihre  que  le  temps  «U"»  i-onquêK's  eoloniales  e«.T  |>,'iN>i'.  r.i-»T 
peut-être  lin  peu  trop  i"ncînre.  <'i*riaini*s  cpie^tions  ont  été  sonle\ecs  *\\ii\  laudrii  t<ici. 
résouilre  un  j«»ur  ou  l'autre.  Mais  le  temps  i|r  moitre  eu  «nivre  notre  eujpipf  «'-d  •niai  eni 
eeriaini'ment  \eiiu.  »;i.  pour  erla.  il  faut  de  toute  necessii<^  v  ciivi»\or  des  colons  v\  \  rnetlfi 
notre  arireni. 

Or,  si»iiiiiie>..|niiis  capables  de  ••oloniser'  Si  jusipi  i«i  le  Français  a  très  peu  ènuvTi-  \'.*>t>  île 
Kraini'  v«*rs  H'i>  rolonu's,  K-s  l'ireonslanees  econnniniues  aoiuellos  sont  ndles  «jie  i  eti<- iMi:i- 
^ration  est  devenue  une  véritable  nëeessiii*  :  nous  de\<*iis  envoyer  an  Ittiu  un  «.'rand  ii-.'inbre 
lie  nos  <>nt*aiits. 

Cm  si, II!  ee^  idée>,  que  l'auteur  exporte.  L'ouvraire  est  •livisê  en  ciin|  partio>.  dan*  b.-.  pu  lies 
il  iiiiiri're  sn-'iiv-^vivi-jnerit  :  1'  /'•>iii-i/m>i  nfij/v  rmiffitinx  *i  peu  : '}"*  »/«#'  nout  tirri,,,^  •  ffi-v-vj-.- 
Ii"   qUf  nnn.s  /nmruns    t'uiii/rcr  ;    t"  i/nt'h  ao/i.'  n  uj    y"'  'In'i'ritt  rmhj/'Hr  :  7}**  tfH*'lH  \u!,t  f'^  /■■»»/'    '■»•• 

iltt  liuivciif  finiffi'f,'.  11  •li'-niiiiiln*  i  lairemeni   la  /l'iixiftHUi^  et   la  Ht'Ctxstti;  d'un  fort  ninux'-iut-iit 
d'émitTraiion  'les  Fr;inrais  vers  leurs  enlonies. 

Le  liM"i-  •..•  loiiiiiiii*  par  '.ev  >.Miisti(jm-.s  ■lu  .omno-re»"  dans  nos  diverses  «-oIoiim-».  jii  ^i|iani 
la  pruj;ression  t:en«''rale  du  train-  tlurant  ees  «Icrnien-s  années. 

II.  —  PAYS  ÉTRANGERS 


HISTOIRE  DIPLOMATIQUE  DE  L'EUROPE 

Dcfiuis  l'ourfrlure  du  t'.oni/rva  de  Vienne 
/iim/uà  l'i  l'iôliire  du  Cttn/frèa  dr  Iterlin  [1fH4'fS7S) 

Par  A.    DEBIDOUR 

.V:i.  t'u  li  y.  :.  lU  .1  r.»i-ijii.'  il.-,  n-ii'-.--  •;»•  N.it»-v,  1ji-;.hi  i-;ii   t:rn<'t'al  «lo  l'In^truci  •>&  p'-il-ii  ji.  •. 

2   forts  volumes  iii-s lî*  fr. 

f tu •■  •'<!•/>'  rimi-iniHr-   Jift,'  r/nStilut.' 

L'anteiir  ne  si-^t  ji.'i<»  limun'  p"ur  bui.  de  retra-er  la  vie  di]douiaii'|iie  de  I  l"'.un»pi-  duii*  la 
varpii*  jT'-^qiie  iiiiiiiie  de  s,.^  maiii:estai.iMi^.  Il  a  re-lit-ndié  sinipIiMUent.  dans  les  ndati^n:» 
•liv  lal'ineis.  t.iiii  11-  ijui.  •ii>pnis  le  i-nn^^ii-^  .\o  X'ieiiiii'  ,]U>i|u'au  contirès  de  Derliii.  a  pu  a\oir 
p..jir  i'il<T  i  .•t.iM.'-'»'ii  iiii.  la  '••iisulidaiH'ii  >>\i  r<iiraiilement  de  réquilibrc  jioliiiqiie  -fans  ei«:te 
panie  -lu  m'U'Ie.  T-'-it  ■  «•  ijui  ne  lui  a  pa-s  p.iru  ^e  rapporter  •  -  do  près  <m  ue  bun  —  a  celle 
L'rai,-:.'  qn.'-i  "n.  :1  I  ;i  la;-»^».-  de  .•.lU'-.  (  riii-  bivfi.iii-  a  di'ne  été  LMitreprise  p.inr  n'iracer, 
dans  ii'i  iii.|iaiiii-iiieiit  raixiiiiie.  iinn  ton;  (  <>  qm*  la  diplomatio  a  lait  «le  lisl  1  à  1>^~!<'.  nia;v 
•■'■  en  'iiMi  idli-  a  •  •Miiniiiie.  durant  celle  pi'-ri«»  le.  a  n-staurcr.  à  alferniir  »u  â  «  iMiiproaiettrc 
la  j'.iix  :.'«''ii'r.ile  -le  rKur-qM*. 

Lau'eiir  a  r«'i!nT<lp'  tiiU»  b-s  tém-MunaLtes,  "lo-i  qu'ils  vinssent,  pourvu  qu'ils  tussent 
st-rieiix.  'Ii'iii  ee  qu'il  a  pu   trnuver   de   pn''i-es  <»lii«ie||es.  de  eorrespondanees.  iU«    niennure^ 

ENVOI    KI{ANr;«)  CONTRE   MANDAT-POSTE 


KKU\   .\L(:\N,    l'DITEIU,    lOS.    nurLKVARD    SAINT-r-ERMAIN»   P\!îl<.   fi'-        7 

concernant  vn  stijft.  il  l'a  rriiiii.  rtihli<-.  so  uarlnnt  hiou  *U*  c-niin*  <|ue  )a  vtM'itt^  lïit  toiii 
i»iilu'»rc  «iatiN  1rs  (liM'iiiiii'iif>  irniH-ais  «rt  ivi*"«>irai»l  |i'  plut  jmssilili»  jmx  smirros  «•iraiitr«'Ti*s. 
Ed  un  nii>t  il  il  lait  lii*  sim  uuimi.v  )Miiir  t'-irc  Im/n  i-ciisi>ii^iiû  ct  ikhu*  jiii^'cr  li>s  lii>iiiinr>  i-iiniuio 
los  l'IiiisoN.  aviM-  la  ino^iire  «t  1  iMiuiit'  ipti  l'nnviruiH.'iit  â  l'iii^tniro. 


HISTOIRE  DE  L'EUROPE 

PENDANT  LA  RÉVOLUTION  FRANÇAISE 

Par  H.    DE   SYBEX 

Direriciir  iJ»-»   \rriii\t"«  r-unlp»,  iii^:ii!ir>'  ilo  rAc!i<l<.-::ii»-  «l«'«  -rn-uff.  ilo  ^^^î|l!. 

Traduit  de  l'allemand  par  Mlle  Marie  DOSQUET. 

KilUi'fii  rfVii''  fnir  i'tnitinr  r'  jirrri'il'-e  t/'nni'  ju'i'jn'-r  irritr  iHn'r  Ifihtimi  frunruisf. 

L'«iu\  rau-i'  ••«iiii|ili«i.  «'i  voliiinos  iii-î* T.'  l'r. 

(')ia<|iio  vulniiii*  rsfparriiic'iit "i  rr. 

IKmjiii».  l'ouvrai.'''  «I'-  M.  «le  SvIm'1.  ikhis  •ivniis  imj.  m  Frarni»,  •livcT'.i's  |iutilii-aiii)n^  «loiit 
le  iiHTiN*  l'Ni  iii''iiiii'vti*i|i«.  il  Ni'si  lait  (li«>  tra\aii\  tri*««  nimii-hv  sur  la  |iiilin<{U<'  «'Mc'ri'Min» 
«tu  L'ouviTH'MH'iit  r>-|>ii)ilii  aiii.  <  r  i|iii  ro^i»'  •••.muiiii'  lait  a''<{ni>.  i-rvi  ijur  M.  ili*  >!vtji-l  a.  le 
proiiiiiT  »Mi  l'iurnj'.-.  «"viif»!*  la  vifn  itnii  i-xa-'lo  •*,>'>  n-l.-iii'Mis  r\f«-ru'uri'N  «l»'  la  Kraii«'«'  l'i  ih* 
la  i»"ljtii[U<'  ■lf««  ■_'raIl-ll•^  |lll:■»^all«■•■s  ilaiis  «mmi»-  iHTiii'lp  (|ui  \a  •!<•  l"**'.*  a  IV.rt.  'rmni's  li««i 
hi'>'t'*ir('<'  •!  ■  la  ll«-viilutiiin  i>ulilii"f>  m  Frani'o.  im'1ii*«»  Af  Mii.'iii>t.  «U»  TIihts.  ili-  Mii-lii>lft.  «lo 
Luuis  Ulaii''.  l'ii-..  '..•lit  iiiauv.iiocH  i-ti  n*  ipii  i"'iii'«*nu'  la  }»)litiqu(>  »*\irrn'iii"i*.  I.i-s  riMisi-iirn»'- 
luenis  nul  ii,aii<|iii''  a  •'•■s  i"i'ri\;iiUH.  IK  vi»  -«iiiil  rr<iuvi'"N  r»*iliii«s  a  •l«'*vi'liiiiiii'r  !<•••  l«'';.'oti'li*s  qui 
ont  iMi  l'iiiirs  )i«>iiilaT>i  la  Ki*v<>liiiii>ii. 

M.  ilf  S\lMi.  vi.ii.jiii  ili*«»  Itaiiaiiii-o  'iplmairi*'-.  a  ■•oii«»iilii'.  en  l^r»,"!.  a  lîrrliii.  I^•^  .Vri'hivc^ 
M'i-r»'tfs.  Il  a  |iii.  jiar  r«'iiiri«ini>''  ih»  "•ni  atm.  .\l.  AllVi.''!  ■r.XniiMli.  un  ilc'>  iiliit  rniinciits 
liistoricns  >!>■  Vic:iii<>.  a\<Hr  l'nniniuiiu-aiinii  Wi-n  Ar^  hivi-s  île  i  Knipirc  irAutrii'lic.  A  Pans. 
.Na)iiili'<Mi  111  lui  a  la- ilitt"  1  a«  ««•»«  .lu  MmistiTir  iW'^  aflain-s  «■iraiiL'«'ri'>.  uù  il  a  pu  lir«*  l«»iit<'s 
U**«  puM'c*  ri'l-iti\  l'v  ;i  la  U''Vi)tuiii>ii,  i|iii  ju^-jua  ■■•■iti*  cpnnuf  n'avanMii  •■i»^  cniMMiuniipii'i'.s  â 
pi»rs<"mn'.  l'jiiiii.  li'>  Ari'lii\«->  il»'  la  rui*  'lo"»  i*raTn>-lîi>Mri:i'«»i<  nul  l'-'ô  uiiocs  a  sa  «li^^ifusniou. 
AiuNi  ••■f\j.|ii|m'  riiiipitriaii''i'  ilu  ira\ail  'ii*  M.  ■h*  SvIh'I. 

Si  Itiji  aj«iuti*  «ju  il  psi  iiii  iirs  i'-iTi\ai!is  li-s  plu-,  ciu'liis  i|i*  rAlli>niaL'iii\  en  ii-  «pii  «••lurrrno 
les  i|U«'sti<»iis  lijsiorii|ii«'s.  •in  m»  n'ii'lra  fai.'iliiutMit  «'oinpic  ili«  riiupuriaiiri*  i|i-  sun  livri*. 


LA    QUESTION    D'ORIENT 

llKPl'I.S   SES   OHKilNK!!   J!Syl*A    NO'î   J«»rHS 

Par  Ed.  DRIAULT 

l'i    ''••..fiir  .ii'iéij.-.  .J||-''.)  !■   ail  I.'iw—  ■!  Oiîi'.in- 
l',;'fiii'r    tl.     I,.     MO.yOff.     un. ,•''!'■    ilr     f  I  ..^t  itiil . 

l'n    vnliiiiH'   iii-N.  1'  iMliildii 7  fr. 

i^Int  nii/f  r»iM/*i.ii//'  ■  fiiii'  I  Iii'iitiit. 


en  r-.'vpio. 

I.a  ■•«•nilusimi  !■•  laMliMir  i-st  ijni-  rKuipiri-  ntti'inaii  «'st  latali'in<>iil  ilcstiiii'  u  ôtro  •l«''nioinl»r<' 
or  'Uiiruii.  Il  l'iTiiM-  son  livrr  snr  ri'sppranci*  ipii'  lalliaiHO  francn-nisKc  «lunneraâ  la  <»Mn«stion 
«l'Orieii!  uni*  si.lunui,  «iintiimir  aii\  intrr«'!"»  'l--  riiuniainu-  cl  a  rriix  il«  la  l*'ran«e. 


KNVOI   FHANtlo   DONTHE   MANI»AT-IM»STE 


8        FÉLIX   ALCAN,   ÉDlTEm,    108,    B(H:LEVARI>  SAINT-GEUMAIN,    lV\ni<,    iY 

LE  SOCIALISME  EN  ANGLETERRE 

Par  A.  BIÉTIN,  a^rrè^'r  de  rUnivcrsité. 

Vn  voliiiiH'  in- II* IS  Tr.  Tiii 

OtiiiuuMit  lAiiL-l'-ti-rri'.  iiui  t'taii  oiu'on'  il  v  a  vintrt  ;»»s  la  torro  ilaNvn|u,.  .;,.  >  niji- 
vi'liialiMiu'  liliiM'al  et  <|iu  l'o^t  ri>s(<>i>  pitur  l:i  «'aiuliili*  i;.'iii>ninr<:  ilo  ni."i.  plus  i1is|iiimi:«>> 
€*Cf)noiiiiM«'s.  l'si  •Icvi'iiHi'  !;i  j»atri«*  tra'lfii»ti')n  <lu  sofialisiiio  vl  la  tt-rro  •l*t-«l<»<ii.ii  ij.-s 
<l«»ririm's  inirrvrntiniiiiisti'S  1rs  j»lus  lar;:*'''.  J«'S  l'I'»^  NOii|ilrs,  It's  iilu'*  <tii\w'rl«'s  ot  l''s  |.1h«. 
harilit's,  r  i"-i  co  «pu-  M.  Merlin  r\pl)i|iir  anjniini'liui  lar^onii'iit.  iirnloiHlt'iiir-iit,  i*  •uipli-UMiic-nt 
dans  un  liviv  qui  rst  a  lu  t'nis  utHï  i"\r«»il«M»to  l'Tinli»  d'histdiro  ot  une  |>n"*i*ii'UM'  (>]i.|urU' 
ariiicllc.  Jl  rosMirî  l'IairiMui'iil  île  «■»•  h\r«',  iioiir  i[uii-oni|iio  ^ail  lire,  'pif,  "i  l:i  i«»-.!nL«' 
MM  ialisti*  ^'^l  il«'>iiiiri«  a  Ni'laivir.  a  se  riirni»l«''ti.T.  a  s'adapicr  j»lu»«  è1n'iti*iin*in  auM  n'.i'  ii*> 
sutialo  rt  aii\  r<'aliî«'*»  |)i)liiiiMnvH.  l'ilo  le  ■i(•^ra.  plus  {'iirurti  qu'au  ilni'innansnio  a:".>-ii;a:i'i. 
ù.  1  riicrjri«iu«.'  iiou»«»««'i'  cl  a  lu  lw»ro  fvi»a!isi<ui  <los  tli*''urii*i(Mis  «li»  J  AriL'lt'irrn». 


Li:S    OUKil.NKS 

DU   SOCIALISME   D'ÉTAT  EIN  ALLEMAGNE 

Par  Ch.    ANDLER 

Un  voluiiio  in- s T  fr. 

M.  Cil.  Amllcr  <li'<rit  Irs  rausi>s  iiui  nux  aiUiMic  en  Allfnia;;n(>  ce  fait  tn***  iiu^-iriant  ••*■ 
riiistuin*  oonir-inpiiraini'  :  ri'ttilili/^.ttui-  ut  ilf  /»#  tnumirrhie  xttciuliste.  l'ariiii  t«tur«*«»  It'^  iran^f'.T- 
mations  réiN-ntcN  iji»  rAlleiiiaL'ne.  il  n  eu  ••>!  j'a^  'l«*  jilus  eHrieu*o.  lap  elle  iii'iit  a  '!••?« 
«•auM'N  imi'lliTiui'lli-'».  a  ntn*  iiMiver>i«>n  «les  «"^.itritN  profon'lëiiu'ui  truuMi's  par  niieli/.ie> 
livre»»  énii/uv.iiiis, 

I^e  piiuvoir  'Ii'n  idéi'N  sur  les  laits  eNi  «l'aiiliMirs  iii('iiiito*otalilc,ei.iTni]te  1««  |'i"«Miv>-!it  par 
exemple  les  «ii'liais  -h-s  parlenuMiis  et  i<«s  ilrii«.i«>ns  i|«*s  )i<immcs  «IKtat.  se  tr.i>iuisatir  par  '.e> 
l«»is  'pli  n«»us  i<iui-liiMii  t«"»t  iiu  tard  dans  ni's  iii«ér<*-ts. 

I.'auieur  trnuf  rnriL'iiie  «li'  la  r"nn«'«'pii"ii  smialiste  du  droit  «laiis  Ilo^rid.  Sav_:a%. 
Ferdinaml  l.asalli'  i-i  Uiidlierius.  Il  étn«lie  la  pi*«'prn''ti'.  la  proilucli«»n  vt  la  rt'pai".iii>>n  dis 
ri«lM"ss«'s.  riiri::in's.ifi..ii  ilu  travail  S"«  lal.  les  n-venus  et  Ifs  «alain^s,  et  dan*  tiii:ti->  ce* 
question*^,  il  ui"iiir«"  riiilliu-niT  des  penseurs  du  <'iiinniiMieemeiil  de  n'  siitle.  Il  eiin^tatt'  q;  •• 
res  pliil<iv<ip||i-v  iiiit  ifiis  l'ti'  plus  atteniifV  .-nix  ndaiions  de  l'individu  avc'*  l'I-ltat  qu'anx 
ndaTioiis  d<'s  individus  entre  l'iix.  pHii  le  niMUMMUi'nt  iridées  qui  >i  condnit  l'All^'Uia'jne  au 
Soeialisuiii  dîltat.  »•  i-si  a-din-  a  ri'«luit  i-.xcr'.-ant  son  coiiirole  et  son  aeliuu  sur  !%>us  !••>  laits 
il»*  la  vjo  siiriale. 


L'ALLEMAGNE  NOUVELLE  ET  SES  HISTORIENS 

Niebuhr,    Hanke,    Mommsen,    Sybel,    Treitschke 

Pot  Antoine  GUILLAND 

l*r>itvr>i>ui   <l'lii!>t«.rti  -V  l'K<--<:i-  i-<!,i>rfhiii']ii«  fuis»e. 

l'n  vohiiiH'  iii-N "i  fr. 

M.  Ant<.*ini'  (•uilluid  ra<  •■nri-  riii>tiiir<>  dii  ^rand  iiniiivcnient  national  qui  a  alii>tit  â  la 
l'orniatinii  du  ihmim!  fn.pirf.  Il  luniifir  qi.t^  lis  l.iNtmiiMis  t\o  tmidaure  prusn.enne  —  Nudiuj.r, 
Kaiike,  M.ininis.-n.  >>''(l  rt  'rri-itsi-lik»^  -  ont  i-u  uim'  jiari  tnS  lïraude  dans  «e  uiouvt-Mcnl . 
qn'ds  nul  ''II'  l'-s  \r:ii-^  pr<iiii>iii-urs  lio  la  ]i<i|iiiqiii>  naiinniile  lilu-rale  qui  a  tr:<impK>'  apr>-s 
les  vicriijrfs  di-  l>^iri  et  dr  1^7n.  Maiin-s  îles  LTaiiiii>  l'inversitt's  all«*mandes.  ee-*  prMf«»sx.»iîrs. 
tpii  <''tai«nl  «il  s  p:irte>:iiis  il»-  la  ■  pctili-  All«'iiia^iie  ■  snus  riiêj^èmonie  prussiciitn'.  ••lit  ,T"- 
jia;^!'  ••«.'S  <|iii  tniii'v.  •\\[  haut  «li*  loiirs  i  liair<'N  iM  'JaMs  ji-urs  Iivn*s  qui  M»tïl  les  ela'fs-d  ■«  uv/e 
df  1  li!s!.ir!..:.i;ip!n.-  .lili-iu.iiiilf  ;iu  M\  s  »  «•li».  I.diéraux  d'almrd.  puis  n'MCtinrinaireN  à  hi 
suiti'  'li's  v:.  i-'ir'--».  .N  «."iii  ili-Muiis  li'v  plus  ai'i!i*nis  .!i  ii'nsfurs  «le  la  politique  liismar-  kirniu*. 

l'eiii*  t«Mi  l:iii.  1".  M  'iîiillaiid  r.iudii*  «lu'/  s. s  plus  illiisiros  représentanls  ;  <l.- /  «,-> 
pr<'<ursi  ur-N  ■lat-ri.  N'Inil.r  «'t  lî;ink<'.  qui  •[••ntiiTi-iit  les  preiiiiores  len-n'*  l't  pri-pai-i-f.  m 
la  v«iie  .à'iv  aiiir-»:  i.«  /  \f^  li-ux  ijiMinis  iiiNit.rii-iis  ||)ii'Tau\  «!«•  la  v'"''"''^*ti'-ii  .  •■  l"*!" 
en'«uite.  III.  M'.uini-i  ii  it  H^'ini  di-  >\l'td.  iviî.a.  «lu'/:  lli-nri  <li'  Treitsilik»*.  le  i'tir_>  |.lifc  le 
l  iinp<-ri.ili~ni'-. 

Oiiti"!'  jiv  M    r,   :,i;tp:  • iis;i.  r-'i  «,  .i  •  •••.  I.i-tuni'iis.  l'auteur  •UniiiO  <Ks  taldi*au\     li    lu  \  ;e 

pol.liqiii'  ;dl'':r..'i..  !<•  :•  jin>  l-'ia  lî'-rlin  vii  *  |sl').  I  Alli-iua^'iM-  -le  lS>».  lu  l'>>:iîaitiiii  m* 
I  I'',ui]<ii'i'  .lili.ii.i'.  t.  •  '•  .  a.  ■■•  i's  p..rir.'!i-  -n-  «inillaiiiin-  1  '.•If  l'ismarik.  de  Fii-it  lo-  llî  %\ 
de  tiudlauair   11      i.iHn  .•  |.,i!  \\  mk.imIi'i-  !•'      xiai   ri-|MV><'n(ant  île  rAlIeiuavTue  iH>tivi'llr 

LES   TCIlKlilKS    ET    LA    KOIII'ME   COKTEMFOKAINE 

Par  J.  BOURLIER 

l'n  voluiiie   in- 11» :t  fr.  T.O 


^ 


KNVDI    lH\M:t»   f.oNTKE  M  XNDATl'OSTE 


FKMX  ALCAX,   ÉDITEI'R,    108,   IJurLEV.VRI)   S.MNT-GERMAIN,    PARIS.   C'"        0 

Les  Races  et  les  Nationalités  en  Autriche-Hongrie 

Par  B.  AUERBACH 

Un  volume  in-8  avoc  une  rarte  elhiio^iMpliique  el  de  noinbreii.v  tableaux 
graplii((tifîs ."  fr. 

I^a  «|(i<\<tion  «los  raf'«^s  f»t  «los  ii:aioiialilr>s  l'ii  Antrirho-II-niirrio  fst  «l'ordre  ouropiVri.  Mais 
rintt'liiyt''iii*o  ilrs  i»v»iuom»Mits  qui  s«'  'li'r'iulfiif  <•!  s'eiiitirouilioni  smis  ud»,  \«mix  risque 
d'(^'liH|ip('r  a  l'oiix  mu  non  possr'Iont  |i:»s  W>>  raisiui»,  iiriMniôro**.  Nin^'ulicroimMU  foiiiploxcs. 
Pourquiii  ofttc  iin''lei»  furiiMiso  «Ir  |M.'tiiiK*s?  l*oiiri[iioi  rot  otlort  lll•^  prou^fs  ciluruinos  qui 
eoniposi-nt  on  «Ij-ivum posent  riOnipiro  (ifs  IIal>>K«)iirL' pour  cunstitin^r  d'-s  >i<>ci«"'ti's  iM^liiiquos, 
sintui  niTMiif  'If**  états  il'un  lyp<'  rionviMU.'  Par  «pii'N  |iru''''-li"<  s««lalior»«nt  »m  «m»  «h'volnppent 
cos  jnnno'*  n;»tionaln»'S'*  <"i'«»t  ro  j>poM«'"nj<'  -iumii  a  voulu  f'i'l.'iir«.ir  <lans  <■<'  v<iluni«'  on  uilor- 
rogoant  los  l'i\'H<  [irjiiiilit's  oi  ONsrntiols  :  :i  savoir  Irs  «  ara«-ii'ros  îMi'liropMlu^^'iquo^.  l'iiliomo. 
I(*  iM'ulo  <[(*  < -olmiisation,  l'intluiMMto  <lu  niiiiou  p'-'i^rapliiquc?.  puis  li>s  plnMionionos  il'uu 
dogrê  plus  élovr*  :  la  rostaui'afion  il«r  la  laiii;uc'  oi  ilo  l;i  îitloraturo.  h'  ri'Vi-il  «los  tra<litiou». 
les  iH'rip*'tif'.N  ilo  la  luito  «los  raci'<.  Iiaiis  la  ivvu»»  ot  lo  •lënoinliromout  «li"  toutos  rps  i-onunu- 

oautt^s.  il  ni«  sul'rit  pas  «lo  niotli n  v<'l<'ttr  Ic^  irrsiU'K  promiors  r<ti«'«<.  AlliMuaii'K.  Trlioqucs, 

polonais,  Ma<.'\ars.  ii)ai<  aus'^i  los  rîiruranis  iiui  sai^itiMit  l'inurt.*  'laiis  la  p«"'tioinliro  ;  SIuvimios, 
KutJKMios.  "^l«»\aqut*s,  linuniains.  SitIm?»*.  (Vnati's.  nii'-riti-ui  aus-ii  ra»»«Miiion.  CV^r  ipit-  los 
monvi'nioiit^  J«»  oos  nationaltti's  ontraîruMit  li's  eisi-illati-Ms  '!••  l  ("'quilihri"  «'uropoon  :  lissuo 
«los  coniliiN  ««utn*  !«■>  Allcmauils.  lo*«  Ma^ryars  ot  li'>  Slavi-s  aura  si.iu  i-i»iiUv-i-oup  sur  los 
«Icstinôi's  *U'  Utïtro  pays. 

HISTOIRE   DE   L'IMTÉ   ITALIENNE 

(1814-1871) 
Par  BOLTON  KIN6 

Ti'u'hiit  »/'■  Vohijhvs  [iivr  K.  MXI'jf  \1{T,  /i/vr- •/»■  il'uif  infro'.tin'fi'jn  par  VV/CS  CÏ'YOT. 

Doux  vjiluiiiJ's  in-N.  avoc-  rarirs In  fr. 

Cet  ini]ii)riaMt.  ouvrai;!'  o^t  une  lii^iuirt»  ilo«"uinoni«>i>  <»f  sin<*T«r  «l»»"  l'vôniMn'Mjts  flranialiqucs 
nui  M*  siint  «iiToul»".  i-n  Italii*  «ii*  l^i  I  a  1*^71  ;  il  fsi  iii<lis|uMis:iM(.'  a  qui«'f)nqui*  vont  foimaîtrc 
l  hlstiiin*  riintiMii}ioraiiic  «!«■  <M'  pays.  l/autiMir  a  ini>i  <li\  ans  a  l«'  «'mip'iM'r.  <fï\  sonlourani 
do  t«.»us  li»s  'liiouinonts  qui  lui  |ii»ninMiau*rir  -l  aiqirmln'r  autant  <iuc  possilil««  «io  la  vérité 
oljjcTtivo.  Ou  voii  a  i  l:aqu«"  pai.'»'  la  i  r'"<|U«'  i|uil  a  aiiport"'-!"  «iau"  U;  «linix  «los  iliHunieutti. 
et  la  l'OTisriîMh.o  qu'il  a  niiso  dans  la  rr-lifr'-ln'  «l»'  li  v«'"rit<''. 

IMoin  «to  s\  Mip  «'Lh'  pour  ri''iii:iiii'i|iatiori  italieimo.  il  lunsialo  avo>*  uni'  i:ranl'' iVaiK'liiso 
lo**  qu.iliti'^  i-t  li's  iliM'auis  <li'«.  Iialii'.'i.-.  <li*s  ■litl^nMit'"-  pi'i»viin«'s  i-t  îles  .iiviTso-»  (-(MU'Iioh 
sorialfs.  l-u  fo  i|ui  c«>iii«mu«'  li'  ■  athuli-isnu".  ;l  !■■  ciinvitU-r**  n'sp«'Oiu»Mist>nuM»l  «-ii  tant  r|Uo 
reli^i'ni.  mai^  il  s..uum-i  la  papaui<-  à  la  t-rm-pu-»  en  tant  ipi  institution  politijpic,  et  il 
<liininiii>  |ilut  >•  «piil  n'aïuplifii-  la  n-aliii'.  Il  n(î  jirosonto  pas  l«*s  ^.Taiids  acteurs  «lo  rintlé- 
pcn«lan«'<>.  >>uus  un  soûl  Jour.  Il  sait  que  les  hiunmos  sont  ooinpioxos.  qu'ils  «ml  tous  «lo^ 
qualin's  oi  lU'f  df'-fauts,  et  il  trafi*  leur  |H)rtraif  e\afl.  cpi'il  s'airissi»  i!i«  ('liurl«»s-AM<ri-i  ou  «le 
VifttU'-l^iuiiiaiiMol.  «le  t.'avour  ou  «le  Crarilial'li.  «le  l<iras«>li  -mi  «ii-  Ma//iiii,  'li*  Nap'iléou  1'^ 
oti  «le  Nai'i.'l'-oii  III. 

Un«'  limli«'L.'ra|i!ii<'  italî«'HiH'.  an^/Iaisi-  it  tr.imais--.  un  imlex  «les  noms  pdq'res  et  «les 
cartes  ilit-'n  al«'-<'s  «lan»  li:  \>'\\.i'  t'.o  ii:'«Mit  h  >.  n-'  lier-hf»  fi.  juTMi'-Mfiit  au  l«''-teur  'U« 
ro<"«)urir.  au  'lesoni.  aux  sour«'«-s  ni«iiies  auxquelles  M.  li«li<»u  KinL'  a  jiui^»'*  sis  ri-usci- 
fiiienuMiis.  La  tra-luction  in's  Ji-lele  «le  M.  K.  Mai'quart  «■>!  pré«t'.i(«e  d'une  intrinlu«tiou  «l«' 
M.  Yves  (hi\'i1  «pli  «.'ontionl  «*<)UiUiO  <'uni|>l«''nii'iit    un   iuléres^aui    laMeau   «It*  l'Italie  'li*   1^71 


BONAPARTE  ET  LES  RÉPUBLIQUES  ITALIENNES 

1796-1799) 
Par  Paul  GAFFAREL 

r'--jfL-ï^i'i;r  a  i.i  b'nrui't-  de-  il■Un,■^  JAix. 

l'ii  \i»liiiij«:  iii-s ."•  fr. 

I.'It.'ilie.  'U'pr.iN  un  sii'iir,  u  snl>i  «les  iraU''l''inuations.  lM"iu«iiiaui(''s.  r^qniMiques.  royauinos 
s'y  S'Hii  siii-ri'-iiii  d«Tris  uiM*  sorte  ■!••  ui'-l''"''  ••«•nrns»'.  i.'e  ii'esr  qu  apri-s  île  n<'iul>r«*usi>s  péripéties, 
souvent  ■iraina»iipi«'N.  «jue  s'«-^t  enfin  iie;^'a;."e  Innilf'  nati«>naU'.  I.a  [U'imuht'.".  «'l  non  la  iu«»ins 
Ini])<>rtaii'<.\  ii*  «•«•-.  iraMs'oniiati"ii>.  «'si  ic!lc  qui  lunileversa  la  jit'niri^ule  à  la  fin  «lu  dernier 
siè«;le.  N'i'is  la  |iuis^anie  uimiu  «I--  lîtiiiaj'arti'.  i|  \  eut  al«>rs  en  Ital-r-  i-oniin«"  une  é«-l'"sion  «le 
rénuldiques.  I.cur  e\isi«'ii'  e  l'wt  «'-ph-'iin  ro.  ear  le  r'"I«tutal'l«'  «•oiiqii«'*rani  «pii  l«'s  avait  créées 
n'«'fail  plus  il  piHM"  les  orL'anis.T,  «.-i  la  |ilu|iari-  «1  fulre  i.'llfs  ilis|inriirenr.  I/liistoire  «le  ces 
filli^s  -le  la  lii'-puliiiqui^  Kraiii  ai^«".  <<inime  «m  l'-s  n<iinuia.  n'a  pa^  «'nt«»re  été  «'■tii«lit''«-  «laiis  s«)n 
ens«'niM«v  Au  l-ruit  dis  vi«t«iii*i's  de  l'i«'!iii«ni  ««i  «le  L«)nibardie.  au  tumulte  toujours  trrau- 
dissant  '.W  iis  lui.t<*s  ^i;;anie.sques.  <.m  n •'•;.' Ii;r«''a  le  r«'Mrii  îles  ri'vidutiuns  inlériouros.  (îra«o 
aux  iném<)ires  i miiemjHirains  «.t  aux  d"«umeiits  ré'-.emun'Ui  puMi'-s.  M.  (ialVarel  a  essayé  do 
eonjldor  <  etti»  la»uiii'.  Il  a  su«iessi\iMiuMii  raiMintt'  la  t'«'ndation  de  la  i^isiilpint',  les  tr«>nliles 
iutérii'urs  .lo  la  /.if/nri'.'nnf.  la  «'liute  et  1«;  di'ploraM»*  partai*«.*  de  Venise,  I'*.s  improvisations 
hâtives  «le  lu  lt'''iii'hfi'/i(c  /'•iiiainf.'  «M  la  tra«riqu«j  réxolution  «le  la  I*tirth''Hapt'rniir. 

ESVOl    KR\Na)   (MNTKK   M  VNDAT-1»0STE 


10      FLUX    AU:\N,   ÉDITEITR,    i08,    BtiUKEVARD  S. M  NT- GERMA  IX,    PARIS,    G* 

HISTOIRE  DE  LA  ROUMANIE  COiNTEMPORAIiNE 

Par  Frédéric  DAMÉ 

Un  volumo  iii-S,  avor  j-arh' 7  fr. 


BKRNADOTTK      ROI 

Par    Christian    SCHEFER 
Un  volume  in-S" 5  fr. 

Cli.'tt'iiii  s.'iii  qM«'  U'  ui;in''i?hal  lionia-l«»tto  ilrviiil,  l'ii  l^<10.  priii<?o  pn  j1  <li'  SuimU»  pr  la.ii.ia. 
([Ucli|Mi>s  :iiinr'i'>i  |ilii«<  lar-l.  «-ur  N-»*  troncs  <U'  Sm-ilr  ««i  ili-  >itrvfpo;  mais,  à  rf\i'»-piii»ii  .|i«  yu 
iriicrvt'iiiifin  «laiis  la  t:iu'rr<"  •!••  \s\'.i  et  lii'  son  ili'».S4'in  *\r  rpni)iluccr  Na|»oN'*«jij.  -.%»»  T>*\f  «'t  *.i 
«IrstiiH'O.  a|»n'>  «ju'il  vui  nuiiii"'  la  Vranro,  ih'iiii'iinMii  ri»m]»Ii'lein<Mtt  iiru"ri»  'lu  juiMir 
frarjf'ais, 

Ct'^i  «•♦;  rôlf  «-n  Si-an-liiiavu*  que  M.  ("hri^tiaii  S«iii'tVr  a  «•nrri'pris  lU*  «li'imOiM"  ••(  •!  i*V}Vt-4».T. 
•l'apn's  U's.  soiiri»*s  sin-ilnisivs.  11  n'a  p-inii  \milu  rriraci-r  I  liisioiri'  pr"|»riMnr-nf  iIjî»'  -îu  îna;: 
n'i;nc  -U'  raïKKMi  iiian''<lial.  i-ar  un  ti'l  travail  aurait  iuMi"»<«i»o  IVxpoM*  tk*  iuaiitt>  <i«M.iii>  •i'» 
Tr«'s  iin.''«li«»iT«*  iiitiM'-'M.  >••  Ituniaiir  doiir  aux  l'aiis  fs><'iiri«»ls  ot  aux  iiii-iiiiMtK  li-x  nlii-o  i  af a» - 
liTi!>liipu*s.  il  N(Mi  i'-»!  «^i-rvi  [mur  ôviMjuiT  lM'riia<l"»iti'  roi.  rruilicr  smi  «'ara»  irrr.  n«'^  priin  ij^^'^ 
l't  s«*s  prix  i"t<'"«  ■!«'  L-HiiviTUiMU'Mit.  aliii  il«'  niMnrriM"  rc  «pif  le  Itènniais  t'auiai^istf  .|.int  Ir» 
c\uln"'r.uii"«*N  (>ioiiiiai<-ii:  à  Paris,  put  ili-vonii*.  l)niMpi«MHtMit  ]»laf«»  daiiM  «1«*n  «.■initiifiuic»  luuî  â 
fan  iiaprrNUfs.  ipu'lU'  iàoln»  il  a«'«-innplit  dans  \r  Nor>l  i-l  ]»ar  tpit'Is  iiiii\ciis  Nuri<iur  il  U 
rôalisa. 


La  Turquie  et  rHellénisme  contemporain 

Par  V.  BÊRARD 

■\iii--i'ii   !iiiMnl>re    «1*    l'KVi'''""    il'Aihène*. 

Un  voimnc  iii-12,  V  rdition :5  fr.  r,0 


rapport*'  li<ii-lriiiiMii  <'f  111111  a  vu  «'t  i>iiii-ii<lti  au  milii'ii  ilu  uioii'U*  ii;iii<  liv'(iiol  il  a  vi-i  u.  II 
iinu».  iMi'.ni;!  ;iiii'>;  nu  iiiii  r«'^'«aiit  r(''«'it  ili-  v«i\aL'«'  «m  iioiis  insiniil  sur  N's  iiiij'iir>.  U*»»  lialii- 
lU'liN  l't  1<"'  .i^pirati'-ii»  -ii'^-  pfMjpl««s  ijuji  a  \i^ii«'>  «mi  nii'im*  K'iiJps  «]u  il  l'ilair»"*  utit»  -Ji"»  r.ii'«*»« 
•1«'  la  Ijin^l^'in  ifUiU'iif.  iliiiii  1«".  i-vôiHMiuMits  :iitui'|s  j.r<»uvfnl  louli»  riiii|M»nain-r'.  l'i*  livr»*  a 
rti"  «wuroiiTi'"  par  lAi  a-l'-inii'  lV.iii<-ai^«'.  «  »•  ipii  prf*iiv«*  «pia  It-xarnm'lr'  ifi;  i'itit''iriiiaii*i|i.  «»iin 
aiift'nr  a  su  )iiiii.|r«-  ii-^  liauic'-v  ijualiti'*^  îîtliT.iiri"»  «pii  <»m  ilonn*'  A  m  livn»  iiriU*  m»  a'.tr.tn 
liiiit  parti' iiluT. 

BONAPARTE  ET    LES   ILES   I()ME>\ES 

(1797-1816^ 
Par    E.    RODOCANACHI 

Un  vnhmi*'.  iti-s 5  fr. 

ir  <|iri'i;m'nt  les  ilcx  l<.|.irmir>  a  la  tin  ilu  sii'Mli^  «l-Tnlrr  >ous  1.1  «Uiniiiialion  i*ij»i«irn»ir«  «le 
Viii:>M' •.  I  •iiiiuu'hî  li'N  liMiiUH  >«  ipii  all;iii*ni  iiiasipn'i'v  i«t  1rs  lK'iniiic<  qui  sVt|iorC"i*iHiS"<iJoiit  -h' 
{«•iir^  iiin^'iii's  in"!i>.i.iili('s  i-iauMii  i-n  pr'ii««  auv  vrmU'tias  l«'s  ]ilns  lonac»'?»  et  aux  sujiorsTiti-ius 
\t'^  pliiN  vari'-j'-:  ■■«.•aunfiir.  imi  <\is  ■!,•  ilcM»!.  i!  riaM  *\v  l'on  ton  ilc  im*  pas  cliait(;er  tir  lintrc 


ENVOI    KRAM'.t»   CoNTRK   MANI>AT-PO.<îTE 


FELIX  ALCAN,   ÉHITEI«,    lOH,   nori.EVAni)  SAINT-fîiniMAIN,   i>\ni<.  6'*      11 


une  aiiQcc  durant;  coniiiinit  rtTt:iiiiO«  (-licnii^Hos  rcu'Iaioni  iiiviiliirruliic^.  û  ciiiiiiitioii  qu'ollos 
euttfciit  cU^  tailléiTS  cl  r.on^nr»  par  lio^  jt'iiiM"^  llll("^  <Jii  nom  <U'  Mario  tM  i.mi  ip>riilir(*  impair, 
dans  la  duîi  tlujoudi  un  \i'ii«lr<*<li  saiiii  :  romntcnT  i-t*  petit  iiKintlc  isi>I(>  l'ut  rr\t>tl]('  cl  m'cuuo 
par  la  brusque  irniptiuu  lifs  i<1i'm>s  <*t  des  soldats  dt*  lu  Uêvoluiion  fraiii;ais<' :  •-uiiimcnt, 
disputé  iMir  les  Frai»';ais.  les  Anyrlai*'.  I»***  lîusvi.s.  lo  peiit  an'hipcl  r«Minnr  alor»;  iino  vio 
acridctitoe,  oii  lc»s  cspriis  iiircnt  ii(M-iiir>iii('nf  arrailiôs  a  l«"Ur  soinnioil  M'i-ulairi*  :  vojlà  ce 
quo  racoutc  avi*i-  :i}i<(iidaii«-i'  t\v  diMMiinents  iioiiveaiiv  M.  K<i<liii'aiiarlii.  ipii.  •'oiiiiiu*  son  nom 
l'iadiquo.  a  des  rai>ons  in-r'-'iiiiiidU'N  «li*  .-«'iiii'Tf^st'r  à  ••«*  irai/nimt  •»••  la  i«'iro  uroriine. 


HISTOIRE  DES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AYKC    LKS    i'LlSSANŒS    OCCIIIKMALES    (S160-1UOI) 

Par  Henri  CORDŒR 

l*.- ■I«"»«.'ur  »  l  Kc'i'i  i1p<  î-iu.'ui'  or.i  auli"*  vivante. 

Trois  vuluiiiL's  in-8,  avcr  «arli's :îO  fr. 

Oit  vt'nd  srjinrr//irHt  : 

T»»iiiu  I,  L'emprreur  Tuunf/-Trhr.  ISrtl-lS""..  I  vol.  iii-S 10  fr. 

Tome  \\,  Lem/inr»'ui'  Knutintf-Sin  {V   |».iiMi«\   !S7r.-|.sj<T).   1  Vij.  in-s  ...      lo  fr. 
T»»me  III.  L'empvi'i'ur  Kniinruf-Sin  {-r  parfir.  IsTn-T'OI».  I  vol.  iii-8  [snus  jirt's.se). 

I.i*  sujet  si  int«"Ti"'««'aiii  i|in'  traite  M.  Ileiii-i  iorlier  n  avait  éi»'  jiiv,|i]'|.|  1  idiji-i  d  aucune 
t'iU'ii*  "lo  *'V  IrellH'.  Le-,  n-lalioli-  nfliilidles  "te  la  ClllIH'  et  de  l'I-inrupe  lie  vont  irnenî  antô- 
rii'UlVS  à  ISlill;  ee>J  MMllenieiil  Vers  eet'f  epui|Mi.>  i^ue  It-s  (  >r(-|deniail\  nfil  iiillimoneé  & 
rnniiaitn'  ci"<pa\voii  •.!•  suni  "jepuis  ■li-ptiili-s  tant  d  f'-\''-iieiiieiiiv>  ipii  }>a'><«ioniient  etii'oro  à 
riieiire  ait'udlo  Il-àirope  entière,  han*»  I  lu^tinn'  <i4'  les  i,iiaranfe  derniiTe-s  aiiiiëcs  nous 
retrouvons  la  ijr«'ijè''<»  de  pn'^ipu*  tons  li-».  tait^.  14111   cHit  anii'iu-  les  1  nmplii  ati<iii>  aetiudlos. 

L  ouvrae**  o^t  eeril  a  iiii  |i«<iiit  -îe  \  ne  pwreii.em  l:iNti.n.|iii-.  rnii  n\  pefii-  des  opimous 
prrsoiinelle»*  de  M.  l'oriinT.  Tunt  iinm  pr>ipie  1  ité  e-t  ai  i'><iiipai:iie  'iiine  1  leirie  ihitire  hio- 
^ruplii<{ue.  iiiut  doi*nnii*iii  p-irte  riii>t'i  aii<>!i  di-  la  ^oiiiie  a  lai,nidli-  il  a  eii-  [•iii-«é.  On  v 
tr«*uvi»  «Ifs  dclaiU  inlére«»saiit'«  ^.llr  dev  per>i'iii::i •_'!•>  fu  >le>  laits  jumi  ■■oiuhi'.  ■.  le  rôle  dV 
(tordon  cil  t"liiiie.  li-s  mm-h'-Ii-v  M-'Teir»;.  i-i  p.irt H  nlii-reiiieiii  la  r<'-\'"li«-  de  Tai  l'inir.  le 
ntassacro  do  Ti«'n-T''in  imi  I>»"«i.  l'atY'aire  iln  Tuiikin.  la  i^nerre  sino-japonakse,  la  r"*vidte  dos 
Uoxers.  oiilin  le  siè^'**  des  l<--jaih»h»  et  |e  prot.H'oli»  iii-   I'.niI  fuui  luIijiM   .!»■  i-iiriiMi\  rliapiiros. 

KN    CHINK 

MCKL'RS    ET     I  N  ST  1  T  T  T  I  <  •  N  ?^  .     ll<»MMKS     KT    FAITS 

Par  Maurice  COURANT 

ADC-rn  lutcrpr- u-  ■!■■  Ii  i'L'»i.  m  il«'  Fnni'**  «  l'i:»  n.  ninîi.-*  de  c■■llfc■.■^^Ql■■^  à  l'l"n.»>T»i'.'-  lîi-  I.y-.i,. 

l'ii  vohinif  iii-12 :;  fr.  M) 

Ij  autour,  a  i|ni  un  loiiir  s.-jitiir  imi  (liiiie  a  perniiN  ire\aniiiier  «lo  jtrès  1rs  Ihmiiiiios  ol  lo» 
eho*ios  do  00  pav",  a  peiiNi-  ipie  i-es  r-twIeN  ]ir«*'»eri'iTaieiii  «jindipio  wiliTôt  pendant  que  1« 
jiriiblènio  ehinois  i-oii(inue  a  préMii  uper  la  plus  irran-ii'  partn*  dn  L'Iidie:  elle».  p<inrroii(  »»n 
outre  jeter  «|Uo1i|ih'  lumière  ^nr  ia  i-iv  ilisation  >i  mal  •  oiiniu*  'In  ^.-rand  empire  a«>iatii|Uo  ot 
sur  »»os  rapports  avoe  h»  reste  -In  moM>le. 

Ci.'s  études  N4iiii  i:r«iiipeeN  Nmi>.  1rs  litres  sni\aiiis  :  frs  nmmfnuints  it  Iv*  rni-fi-n'iitioiis,  Ifg 
annnr'nitknis^  In  />  tnittf  ihni\  lu  fifniH''  i'  /</  ^<■•  é'/i'.  A'  th,ntr»\  h'  ron/i  il'hlnt  tlf  IA9S,  la 
xitimfiun  ilanK  /»■  itnvd  »'/«  /••''"'.  rtnini/'  r-<  :t  f  Inii'n...  ili-  l'iifiUti-  tlf.s  t'-tuilr'H  l'/n/iol.tvs,  A .«  C'Htrs 
de  ftiinnix  II  l.ifoii,  l'thfuftitii>u  'A   hi  l'ln$f  rt   !••  r^-h-  »/»/«•  Ai   /•'ninrr  y  t/nît  /tiinr. 

M.  Maiirne  Courant  a  j-u  mi'ilre  ainsi  mhis  les  \en\  du  loi  teiir  le  n-snliat  de  ses  olisor- 
vali<»n»»  porsounelles  :  il  exposo  en  onlro  les  elFitrls  <lii  milieu  Ivonnai^  'linii  les  relations  si 
importâmes  a  ver  la  {liiiie  'loiveni  au:;iiii»iiior  rmllnenee  i|«.'  la  V'rani-e,  11.01  sfiiloinriit  >]ans 
ei«  pavs,  mais  "(ans  tnut  I  K\tr<'nn--t>riont. 


LK     DRAME     CHINOIS 

Jitillet-Ao'tf   1900} 

Par    Marcel    MONNIER 

Un  voliiiuc  in-12 J  fr.  ;iO 

Sons  ce  tiiro.  un  do^  exploraieiirs  ei  ijes  l'-rriNanis  ijiu  1  itiniai^-seiit  lo  niuMiv  la  ('111110. 
M.  Marcel  Mi^nnit^r.  a  rioini  en  un  Vf>lnm<^  nio*  si-rie  •lariii'It*s  pnhliés  •tans  le  /V/h/av  an  fur 
et  à  mesure  rpio  se  ileroiilaient  les  l'-Néiionieiits  d  I'!\iremi-  Orient.  I.es  litros  des  eliapitn's 
cil  UlUUtront  linlôrèt  :  A'.s  i'iiêtSfS  1  hiii/in'-tfi,  >  Ktili^uf-im  i/f  la  i'hinv.  1rs  Lt'ruitS  lit'  ('huKt'<  of 
A*  Culte  thi  jitiititi\  In  f'oHtfiii't''  intliistii''tlr,  A .t  f  Iii'uiihh  ilr  frr  rt  l'u/niihin  /luthifur.  In  t'oli' 
fi'pif  pdlit'iiti'.  In  t'hiiir  rt  Irs  iiiiv^ituifi.  In  tinri/r  rurnjt-  ri,n>'.  ("c  sont  dos  étudos  «loeumeiitoos, 

ENVOI  fham:»  conthk  mandat-poste 


12      IKLIX  A[.CAN,  ÉDITEUR,    108,   BOCLKVARD  SAINT-GERJdAIN,    PARIS,   6« 

écrites  ri'uii  stylo  alcrto,  entraînant,  dont  la  looTuro  s'iuipnse  à.  qui  veut  roini>ronJr<»  pt 
suivre  les  jthascs  de  la  lutte  ouverte  entre  rKuro[>o  et  la  (liine.  EIIe><»  évoquoni  très 
clairement  et  iri^s  exactement  h  cette  heure,  cette  Chine  toujours  énitnnati']ue  f»t  «Il'Ii*. 
désttruiais  il  est  devenu  uêcebsairo  pour  rKurr>pc  de  trouver  lo  mot.  Il  la  connaît,  non  {•» 
)>our  t^n  avoir  aperi,>u  les  cAtcs  do  la  dunette  d'un  steamer,  mais  jionr  Ta  voir  rravers<*r  dans 
tous  les  s<»ns  et  y  av«)ir  séjourné. 

Histoire  de  TAngleterre,  depuis  la  reine  iVnne  Jusnu'à  nos  jours,  par  H.  Rev- 
NAi.ii,  «ioyoïi  (li^  la  Faonllù  <l*Aix.  I  vol.  in-12,  2*  éaitiun .     3  Tr.  "îO 

Histoire  gouvernementale  de  l'Angleterre,  <le  177U  à  i83U,  i»ar  SiR  Cuhxewal 
Lewis,  l  vol.  in-8 7  fr. 

Lord  Palmerston  et  Lord  Ruasel,  par  A.  Lal'oel.  1  vol.  in-12 ?»  fr.  50 

Histoire  de  la  Prusse, depuis  la  mort  do  FrtWléric  II  jusqu'à  la  liataillf  de 
SadoNva,  par  E.  Vi'.hon.  1  vol.  in-12,  6'  édition,  aii^meulcc  d'un  chapitre  nou- 
veau contenant  le  r»'*sunië  des  évcnenients  jusqu'à  nos  jours,  par  F.  Bor^nois, 
professeur  a{;çrég«>  d'histoire  au  lycée  Buiron 3  fr.  50 

Histoire  de  l'Allemagne,  depuis  la  bataille  de  Sadowa  jusqu'à  nuS  jours,  |<tr 
K.  Vkuon.  1  vol.  in-i'2.  3*  édition,  mise  au  courant  par  P.  Uondois.   .     3  fr.  r»0 

Histoire  de  rAutriché-Hongrie,  de  la  mort  de  Marie-Thérèse  à  nos  jv>urs.  par 
L.  A.ssELiNE.  l  vol.  in-12.  :r  édition 3  fr.  ,S0 

Histoire  de  TEspagne,  de  la  mort  de  Charles  111  à  nos  Jours,  par  H.  Rev.nald, 
doyen  de  la  Faculté  d'Aix.  1  vol.  in-12 3  fr.  oU 

Histoire  de  l'Italie,  de  1815  à  la  mort  de  Victor-Emmanuel,  par  Ë.  Sorin.  t  \ul. 
in-12 3  fr.  .".0 

Histoire  contemporaine  de  la  Russie,  de  la  mort  de  Paul  l"*'  A  ravènenient  de 
Nicolas  II  (lS01-18'.)i),  par  M.  Crèiianoe.  1  vol.  in-12,  2*  étlition  ...     3  fr.  50 

Histoire  du  peuple  suisse,  par  Dakmmjker.  1  vol.  in-8.  Iraduit  de  l'allemand.     5  fr. 

Histoire  de  l'Amôrique  du  Sud.  de  la  conquête  à  nos  jours,  par  A.  T)eb£ri.e. 
1  \ol.  in-12.  3^' édition 3  fr.  ol» 

III.  —  SOCIALISME  ET  HISTOIRE  SOCIALE 

LES  PROBLÈMES  POLITIQUES  ET  SOCIAUX 

A      LA     FIN     DU     XIX-     SIÈCLE 

Par  É.   DRIAULT 

Prurc'!ï.H'ur  agivgi!  it'Li^litirc  au  Ivrée  il'Orléao*; 

lii  v«tlinn«.'  in-S ,   .     7  fr. 

Suus  l'o  liti'o.  M  K-louar-l  hriauli  ('-tiiblit.  pour  ainsi  dire.  le  bilan  des  pravos  «^uoïtiuiis 
une  le  siô«-le  ijui  Muit  lèj;uo,  sans  avoir  pu  les  ri'soudre.  au  siècle  qui  va  s'ouvrir  :  quebdou 
d'ANa-f-Lornini»',  ipioslion  romaine,  «incslion  d'Auiriche-IIon^frio,  ijuestion  rhinoisc.  quesiiwu 
oitoiiiamv  L«'  l'ariaiio  <lo  r.\.rri<iui'.  les  .Viliani.es,  les  <irandes  Pnissanceii  et  le  Pariape  >ia 
nioiplf.  li'S  t.'-Milhts  et  la  l*aiv,  la  Sofiélé.  lÉyli^io  et  la  Science,  tels  sont  les  sn.iets  traites 
et  luniiiitMtM'nieut  l'xitiiscs  par  le  ilootc  auteur,  en  cet  ouvrage  plein  dp  justes  vues  et  île 
péiii*reu>«'s  «'«iiirrances.  iJourttal  d^*  Lhiinitt.'' 

llisloilc    des    llapports 

DE  L'ÉGLISE  ET  DE  L'ÉTAT  EN   FRANCE 

DE       1789      A       1871 
Par  A.  DERIDOUR 

Iii.>[iectrui  ]{'^»*-'*'t'  il'*  l'Iiis'ruolii'Q  |iubli(|UO. 

l'n  volume  in-S 12  fr. 

[ftiivriUji'  rtni/iimir  jun'  l'Insfitut.'* 

M.  l)ehi'|inir  s'est  propose!'  «li«  n'trîi«»'i'  les  rapi'Mrls  île  l'Ktat  et  de  rftjrliso  catholique  on 
Fraiiif,  >l<"|'«ii^  la  Këv'»îunon  jumju  a  la  •  liuio  «lu  seiMn-l  Kuipire.  Iji  (piestion  est  passi<in- 
naiitc.  mais  lautcur  a  <Miti'n<iu  oxrluri'  ilo  fc  livre  la  }M)litiip]c  contenipciraine  ave«'  ses  d'-l-ais 
irritants,  si  >«  r\ai'<"TatiMUs.  srs  iin.'«*rlituiies.  et  r"e>t  j-iiur  ne  pas  être  tenté  d'v  toucher  «(U  il 
a  arrrtf-  v.,i,  r("'cit  a  une  c'|iMipie  ili'ja  èloi^'n«''e  tic  nous  et  apparieuant  deriuitivonieni  a 
riilîilniri'. 

Ce  trav.iil  ncsi  .i<^iie  ni  une  tlioe.  ni  un  plai<l>»ver,  ni  un  pamphlet  ;  c'est  une  narrali<tn 
e\pli(ati\r  ■;  ■m  sf  (leiraj/eni,  jiar  la  i'>n'C  tles  fli'isi^s.  lies  ju^emeuts  basés  sur  deux  prin- 
ei|'«">  :  la  lilicrcé  «Jes  «.ultes  et  la  MUJveiaineli"  <le  1  État. 

L'«iuvrai;i'  •»«'  termine  jiar  un  «erlain  ni>m1ire  <le  niites  justiilcativos  :  concorxlat.  circolairo^ 
ninii>i<*n«-iles.  lui^  sur  rorL:aiiisaiii>n  nvile  «lu  clergé,  bulles  et  instructions  }>apale&.  i-iuv 
•  l<^i-iiment^  île  ]iretnier(;  inipurtanee  venant  à  i  appui  Jes  faits  historiques  relatés  an  ctmrs 
du  riMit. 

ENVOI  KUANCl»  CONTRE  MANDAT-POSTE 


FÉLIX  ALCAX.    ÉDITEUR,    108,   BOULEVAHD   SAIXT-GERMAIN,  PARIS,   C^      13 


SG 

a- 


L'ÉCOLE    SAINT-SIMONIENNE 

Son  histoire ,  son  influence  jmqu'à  nos  jours 

Par  Georges  "WEIIX  ^ 

Prore«i<^ur  au  l>cec  (^ruot.  d»ct«ur  r>  lettre*. 

Un  volume  in-l2 3  fp.  50 

I/Èrnlo  Saint-Sinioniennc  ost.  mi>rto  :  il  y  a  em-ore  «les  Kuuri «tristes,  des  Comtistrs,  il  n'y  a 
plu»  de  Saiiit-Siinoniffrns  ;  mais  son  intluoncH  duro  en«'Mro.  Son  sysi^nu*  est  une  vastn  synthi*! 
qni  rnnfcrnio  uno  ni<*thi>«lo  :  le  ijositivismo,  nno  m«.'t;ijjhysi«ju<'  :  le  j>antht*i«;ine,  otnnc  orp' 
nisatinn  sorialo  :  lo  collcctiviSHK'.  Mais,  dr  plu«i.  ojj»»  à  joint  li-viMniil»'  au  pn'ccpto:  si  _ 
action  nhilusophiqiio  et  moralts  Itien  que  moins  visiMr*.  a  Ho  frrandc:  snrtour  son  plus  Ix^au 
titre  d'fionnour  est  d'avoir  développe  ''liez  ses  adiw'rrents  l'a'"tivité  personnelle  oi  le  dévoue- 
ment à  un  idéal. 

Cp   livre   est   une  étude  liislorique   dont  rin1<^r«''t   frappera  t<ius  «-eux   qui  s'oecupent    des 

aucstions  sociales  si  ardemment  «iiseuti^es  en  eo  nioment,  et  qui  dédiront  améliorer  le  sort 
0  toutes  les  classes  de  la  soriété. 

L'ÉVOLUTION    DU    SOCIALISME 

Par  Jean  BOURDEAU 

ITii  volume  in-12 3  Tr.  50 

Le  socialiMue  n'est  pas  une  doctrine  llxe  et  ininiuaMe,  un  mouvement  unilornie  en  vue 
d'étafdir  au  sein  des  soeiéfôs  modernes  un  iMat  social  d«:liniiir  d'où  les  maux  qni  résultent  do 
la  Concurrence  irt  de  l'inéf^ale  distriliution  des  riiKessi's  seraient  hannis;  ses  tenilance^  et  ses 
aspirations  ont  lieaucoup  vari«*  en  ce  sj«"'cl«*,  elles  sioit  très  complexes.  Le  l»nt  de  ce  livre  est 
de  réflt^ter  cette  complexité  «les  priddèmos  s'icianx  tlans  la  nidiliquc  et  la  lé^'ihlaiiiui.  l'ailmi- 
nistration  <*ommunale,  à  l'usine  et  aux  champs,  ("cm  une  histoire  à  la  fois  du  mouvement 
et  "les  idée»  st»cialistes  qu'-in  ne  peut  séparer  de  leur  milieu,  ni  étudier  isolément. 

LE  SOCIALISME  ALLEMAND  ET  LE  NIHILISME  RUSSE 

Par  le  môme. 
Un  volume  in-12 3  fr.  50 

LE    SOCIALISME    UTOPIQUE 

ÉTUDES  SUR  QUELQUES  PRÉCURSEURS   1)0  SOCIAUSME 
Par  André  LICHTENBEROER 

Uorii'ur  tï  leitr«>-. 

Un  volume  in-12 , 3  fr.  30 


LE  SOCIALISMK  ET  LA  RÉVOLUTION  FRAiNÇAlSE 

ÉTUDE  SUR   LES   IDÉZ^  SOUIALISTKS   EN   FRANCE   DE    1789   A    179G 

Par  le  môme. 
Un  volume  in-8 5  fr. 

M.  André  Lichtcnherper  détermine*  ici  l'oritrine  et  les  caract^Tes  généraux  du  socialisme 
sous  la  Révolution.  Y  eut-il  du  socialisme  daiis  les  cahiers  ut  brochures  «le  Hsy?  Quoi  fut 
le  dévclo|)pement  des  i<h''es  socialisiez  avant,  puis  pcrmlant  la  ilominatii>n  jacobine,  puis  dans 
le  bahouvisme?  V  eut-il  un  pul)hc  socialiste  sous  la  Kévidution ?  Quel  est  le  bilan  de  ces 
idées  a  cette  époque?  Ceruiins  actes  île  la  U<*vidution  furent-ils  inspirés  par  les  idées 
socialistes?  Quelle  fut,  enfin,  la  politique  sociale  de  la  C'unvontioa?  —  Telles  sont  les 
questions  que,  {zuidé  par  le  seul  souci  do  la  vérité  historique,  l'auteur  examine  avec  une 
entière  impartialité  dans  ce  travail  consciencieusement  documenté  et  qui  présente  kouk  leur 
jour  exact  plusieurs  faits  importants.  {Journal  des  /frh,its.) 


ENVOI  FR.VNCO  CONTRE   MANDAT-POSTE 


14     FÉLIX  ALCAN,   ÉDITEUR,    108,    BOrLEVARI)  SAINT-OERMAIN,   PARIS,    G' 

Histoire   de  la    Liberté   de   Conscience   en   France 

Depuis  l'Édit  de  Nantes  Jusqïfen  1870 

Par  G.   BONET-MAURT 

Un  volum<î  in-8 S  fr. 

Dans  <*i't  ouvraj^'o,  lautour  narre  les  altemutivcs  do  défaites  et  ilo  vicioiros  d«»  la  lil»flrtc 
de  oouM'ioiiit'.  (îii  roiMU'illant  doux  scrios  de  tcuioiuriia^cs  :  les  actes  du  jHmvoir  t*ivil.  ë-liH 
dos  rois,  arn'tN  «lc.>  (iarloincnts.  lois  ou  décréta  -les  asscmhléoK.  d'une  part.  ei.  do  l'su&trVf 
les  ouvraj^'es  ut-s  ('crivaiiis,  ariirles  vte  presse  nu  discours  à  la  triliUDe.  qui  représ<*bteiic 
l'opiuioii  pulilitiu;-.  J.es  premiers  soni  tantôt  en  avance,  tantôt  en  r«tard  sur  les  se^'ou-Js; 
cV«ît  ainsi  «lue  lEdit  de  Nantis  et  les  d<'tTots  de  la  Convention  sur  la  séparation  de  l'É^'lihC 
et  lie  ll^^tai  devancereni  l'opinion  puldique..  Par  contre,  ce  fut  l'opinion  des  libres  {ïCDsëun 
du  wiii'  sifi'lf  rpii  pri*«"éda  et  d«'>ti'rniina  IK-iit  de  tidèrance  do  178/. 

Mais  à  Tout(î  éiioqu»'.  on  voit  ijuii  y  a  eu  cornMation  étroite  entre  la  lilierti»  politifju*»  et 
I»  lil»erié  pliilusupliiquc  ou  relÎLrii'use.  "df  sorte  qu'on  peut  poser  en  nriucipe  que  la  l»bert<* 
de  consriciii  (>  n'a  pas  •Ir  pire  ennemi  que  le  despotisme  politique,  ni  de  meilleur  souti(*n  que 
la  liberté  de  la  par»)le  «*r  de  la  pn'sso. 

L\    niSSOLlTIOX    DES    ASSEMBLÉES  PARLEME\T\IRES 

ÉTUnt:  DE  DUOIT  PIBLrC  ET  1)'H[ST01RE 

Par    P.    MATTER 

Sub.Ni:iut  du  Prucuroor  (le  U  Répuhliiiu<9  à  Veroaiil«s,  durteor  co  droiu 

Un  voliiiiîc  iii-8 5  fr. 

I«a  France  politique  et  sociale,  iiar  A.  Laloel.  1  vol.  in-$ r»  fr. 

Le  socialisme  contemporain,  p.ir  A.  de  Lavei.kye.  1  vol.  în-l2>.  iP  éilit.  .3  fr.  .10 
Histoire  des  idées  morales  et  politiques  en  France  au  XVia*  sièole,  par  J.  Barm. 

2  vol.  in-12,  chacun 3  fr.  30 

Les  moralistes  français  au  XVIir  siècle,  par  le  même.  1  vol.  in-12.  fnUant  siiîie 

aux  prccoMcnts 3  fr.  ."0 

L'évolution  politique  et  sociale  de  l'Eglise,  par  E.  Splixcr.  ancien  ministre  de 

rinslrnctiun  piihliqtie.  1   vol.  iii-12 3  fr.  oO 

L'éducation  de  la  démocratie,  par  /'.>  mt^me.  l  vol.  in-12 3  fr.  50 

Souveraineté  du  peuple  et  gouvernement,  par  Cî.  n'EiciiTHAL.  1  vol.  in-12.     3  fr.  rtO 

Transformations  sociales.  [)ar  11.  Ih  pa<«se.  1   \ul.  iii-12 3  fr.  oO 

Du  travail  et  de  ses  conditions  {Chn/rtbrcs  et  ijonseils  de  Irarnil)^  jKir  le  même. 

1  vol.    iii-lJ 3  fr.  ."îO 

La  guerre  étrangère  et  la  guerre  civile,   par  K.   Ueausmue,  tic  l'Instilut.   1   %'ol. 

in-IJ 3  fr.  50 

Le  centenaire  de  1789.  Ecobilinii  pnlifif/ue,  lUférairej  artistique  et  scientifique  de 

i'ICuni/t'  fiondaut  ce.nl  ans,  par  (î.  (jiKuorLT.  1  vol.  in-12 3  fr.  50 

MINISTRES   ET  HOMMES  D'ÉTAT 

HIOGItAl^IllES  des  h(nnmes  dliinl  :  xmtvfjrnins  et  mhiistres^  qui  ont 
jour  ui)  l'oie  prêdoïfi'manl  dans  la  formation  du  mondp.  politique 
contempovaia. 

Chaque  volunn'  de  fonnal  iu-lG  couronne  de  2llO  pages  environ.     2  fr.  50 

\01AJMES   PU  HUÉS 
Ai.i.EMAJiNK.  —  Bismarck,  par  Henri  W'ehrhinfjer. 
Esp\(i\K.  —  Prim,  par  //.  l.conardon, 
AN(.iLi;ri:Ri!E.  —  Disraeli,  par  Maurice  Coure.elle. 

pocn  srivuE 

FiiANcr.  -   Jules  Ferry,  par  A.  Raïuhfiud,  de  Tlnslitut. 

ANiîi.LTi.iîHK.     -  Gladstone,  par  F.  de  Pressensc. 

Annu'.iii;.  --    Metternich,  par  Chrifitiaa  Sche/'cr. 

nr>.>ii;.  —  Alexandre  II.  par  Paul  liof/er. 

Papmti';.  --  Léon  XIII.  par  Anntide  Letoy'BcauUcu,  de  Tlnstitut. 

ÉTvT-i  Isr^.  —  Lincoln,  par  A.   Viallatc. 

JaI'hn.  —  Okoubo.  par  Mauriee  Courant. 

ENVOI   THAMO   CONTHE   MA.NDAT-POSTE 


FEUX   ALCAN.    ÉDITEIH,    H)X,    HOl'LKVARI)   SAINT-OKRMAIN,   l'AHIS,   6*      13 

RECUEIL  DES  INSTRUCTIONS 

DONNKES 

AUX    AMBASSADEURS    ET    MINISTRES    DE    FRANGE 

DEPUIS    LES    THAirËS    DE    WLsri'lIAUE  JI.S^l^^A  LA    Hl'.VOLUTIU^    F1(AN<;A1SE 

Publir  SOHS  /('S  aus/iicea  il*'  lu  (^oinmission  dus  Archives  diplomatiques 

au   Ministcrr    dc^i    Affaires   (Hrawjt'rca. 

Bmuz  Toluffles  in-8  raisin,  Imprimés  sur  papier  de  Hollande,  avec  introduction  et  notes. 

I.  —  Autriche,  par  M.  Al  ho  ri  Sou  kl.  <1o  l'Aradémie  frum.'.iist;  [Epuise). 

II. — Suède,  par  M.  A.  fiKKFnin,  de  ririslitiit ^20  fr. 

111.  —  Portugal,  par  le  vimmlc   de  C.vix  dk   SAiNr-AvMorii 20  fr. 

IV  et  Y.  —  Pologne,  par  M.  Louis  Tmijiks.  2  vol 30  fr. 

VI.  —  Rome,  par  M.  <l.  IUxitafx,  do,   T Académie  rrarn;aiMî 20  fr. 

VIL  —  Bavière,  Palatinat  et  Deux-Ponts,  par  M.  André  Lehon.   .  23  fr. 
YIIl  el  IX.  —  Russie,  par  M.  Alfred  Uamhaid,  de  rinslitiit.  2    vol.  I^e 

premier  vol.  :  20  fr.  Le  see.mid  vol • 25  fr. 

X.  — Naples  et  Parme,  par  M.  Joseph  Heinacii 20  fr. 

XL  —Espagne  ii«i4'.»-l7.iOj,  par  MM.  MhiielFatio  et  LKo>Aiii>ON  (L  \)  .  20  fr. 

XII  et  XIl  /^/x.  —  Espagne  (lT:iO-17sn}  (l.  Il  et  lil),  par  les  mêmks  .  .  40  fr. 

Xin.  — Danemark,  par  M.  A.  (ii-KFitoY,  de  t'In>liLul i»  fr. 

XIV  el  XV.    -  Savoie-Mantoue.  par  M.  Hokiuc  i>e  Ueaicaihe.  2  vol.  40  fr. 

XVI.  —  Prusse,  [)ar  M.  A.  WAinii.vr.n».  I  vol 2X  fr. 

LWKN  rAIKIi  ANALYTIQ!  E 

ARCllIVES  DU  N1\ISTÈRE  DES  AFFAIRES  ÉTRAXGÈRES 

ri  iii.iK 
Sous  ies  auspices  de  la  Cnmmi'^siim  de>  Archives  diplomatiqties. 

].  —Correspondance  politique  de  MM.  de  Castillon  et  de  Marillac, 
ambassadeurs  de  France  en  Angleterre  r'»:{7-L"t»2i.  par  M.  Jean 
Kal'lek.  avec  la  cullalKiratioii  de  M.M.  Louis  Fahges  et  Germain  Lekcvhe- 
Po.NTALis.  l  vul    in-s  raisin 15  fr. 

IL  —  Papiers  de  Barthélémy,  ambassadeur  de  France  en  Suisse, 
de  1792  à  1797  '.ann('«>  I':<.i2:.  par  .M.  Jean  Kaui.ek.  1  vn|.  in-s  raisin,     l.'i  fr. 

III.  —  Papiers  de  Barthélémy  Janvier-aonl  170:{),  par  M.  Jean  Kaclkk. 

1  %'ol.in-S  raisin 13  fr. 

IV.  —  Correspondance  politique  de  Odet  de  Selve,  ambassadeur 
de  France  en  Angleterre  il'iiiM'ii'i),  par  M.  (i.   Li;ikviik-1'untalis. 

I  vol.  in-8  raisin L'i  fr. 

V.  —  Papiers  de  Barthélémy  (s.'picml.re   I7y:{  à  mars  I7*.ii).   |>ar 

.M.  Jean  KAfLEX.  I  vol.  in-x  raisin IN  fr. 

VI.  —  Papiers  de  Barthélémy  (avril  17'.» i  à  février  I7y-»',  par  M.  Jean 
Kaitlek.  l  vol.  in-JS  raisin 20  fr. 

VIL  —  Papiers  de  Barthélémy  (mars  17n."»  à  soplcmLre  17%).  Séf/o- 
cialions  tie  la  pair  ilc  l\ah\  par  M.  Jean  KArr.FK.  I  vol.  in-s  raisin.   .    .     20  fr. 

VllI.  —  Correspondance  politique  de  Guillaume  Pellicier,  ambas- 
sadeur de  France  à  Venise  1 1."  iu-l'ii2  ,  par  .M.  Alexandre  Tai  sskhat- 
lUriKL.  l   fort  v(d.  in-X  raisin Vo  fr. 

BIBLIOTHÈQUE     UTILE 

f'h'UfUt:  rolmm'  hnu'h''  :  99  retilnni-t,  etirlonm''  n  l'iniifhtf^f  :  I  /»'«/. f. 

KXTHAIT   nr   CATAl.Odl'h 

Ouvrages    d'Histoire    contemporaine 

Bami.  Napolét>n  T'.  V  édiiion. 

Bondois.  .Mn-nrs  ei  inslilutions  d(?  la  France.  2  vol.  2'  é«lil. 

Bondois.  L'Knrope  eonlemporaine  (17S'.»-187'.»'.  2"  »'»diL 

ENVOI   FliA.NCO   <:()NTIIE   MANI)  \T-I»i)STE 


lii    iKi.ix  ALCAN.  KDiTrrR,  lUH,  Bori.Evvni»  S vint-(;ermai\,  pafîi^,  «»•• 

Gamot.  Ilrvolntion  franraise.  2  vol.  V  é«lil. 

Collas.  Histoire  <ic  IVmpire  oltniiian.  3"  rilit. 

Debidour.  Ilininirc  «lo«  rappurls  de  l'É^'Iise  el  de  TElal  en  France   ..l"îSy-l^"l.', 

ahrc^rê  par  I)i:bois  cl  Sautiioi:. 
Despois.  lU'volulion  dAni-'IrliTri'.  4**  ê«lit. 
Doueaud.  Ili-^lnin?  «•«>rïteiniH»raine  {.W  \'d  Prusse,  û'  édil. 
Faque.  l/lnd«»-(;!iinf  franraise. 
Gaifarel.  !.<■-  rn»nti«'res  fran^'aiNrs.  2'  édil. 
Gatiarel.  I-.i  dt-fi-n^e  nallonale  on  1"'J2.  i"  êdii. 
Joyeux.  I/Afriijin-  fr.mraisi'. 
De  Larivière.  L»'<  iiri::iijrs  dr»  la  k'uerre  de  1^70. 
Lock.  ilist<iin>  de  la  il«->tauralioii.  -V  édit. 
Pelletan.  Dri-.idonrc  «J»-  l.i  morianhii'  fran<;ais«».  îi"  édil. 
Quesnel.  Ili-^loin;  de  la  <-onqurle  d'-AlKiTie. 
Raymond.  l/INi«a^Mu*  v\  U'  i'orUigal.  :*•  »"dit. 
Regnard.  IIi^l«>iiv  «'«uitfmpnraine  de  l'AiiKlflerre. 
Rolland.  Ilistoiiv  de  lii  inai^^oii  d^Vlllri^ll>^  î"  édil 
Zevort.  Ili-fi'iri'  di-  Lnui^-IMiilippi'.  .T'êdit. 

REVUE   HISTORIQUE 

Dirigée  par  O.  MONOD 

Mi'inlin.'   ili'   riiisritui.     M;iitro   «le  roiilV'roiu'cs  a    l'IÀ'olo   noriiiult* 
|»ri'>'l'Mil '11-  la  >.i.'-'fiMii  lii>t'iri<iiio  f>t  i>liiio]o^'ii}Uf' 2i  1  Iv'olo  •ics  liaiHt"  i*u«lo>. 

ï*araii  t-Mis  \r-,  -li-ux   ui-i^.  par  livrais"n<  ^Tan-l  in  S  ili-  1.'»  ri-iiille*,  oi   loriii-.  p.ir   .a*  trois 

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Prix  d'abonnement  :  lu  au.  )ii>tir  l'aria.  30  tV.  —  Pnur  If^  •icpartcniiMiK 

r!  l'i'irai);;!']',  33  l'r.  —  La  livraison.  6  fr. 

I.<'s  anii(5i>!>  •'•••.iiiî.Vn.  flia.-'iur  30  Ir.;  lo  las«  kul«.«.  6  l'r.  Los  (ascicnla  ilr  la  \'    .inné»'.  0  fr. 

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II.  i>nI  .1  l'-v..  ;.  iv.:  1  îV.  r.ii  5 IV.  iv.]  ;,  iH«.i:,.  3i>...  .  i ,-,.  :^i 


ANNALES    DES    SCIENCES    POLITIQUES 

RECUEIL     BIMESTRIEL 

Publi6  avec  la  Collaboration  des  professeurs  et  des  anciens  élèves 
de  l'École  libre  des  Sciences  politiques. 

roMll  l",  I»K  i:r:hA(ri«i\  :  \I.  Ku-.'.U-  1!..î.  r.n.  .1.-  1  l:.sritut.  .lirocleur  *\o  II^cmIo  ;  .M.  Alî*.  i-k 
l''i'\;i.ir.  Il*  1  Iiis!:iiii.  .  ..'iMilliT  lu.iitri'  à  la  ( -lur  ■!l•^  (■•iiiprcs;  M.  K.  Stoium.  atuii*n 
iiispi>,i<-iii  li-N  ii:i.i'i.'.".  i-t  a-liiuiii->irat<Mir  «lest  <i!i'iriiiii!ionN  indirectes:  M.  .VU'xau-lr»»  UinoT. 
•  s-;>ii(.-.  .111  .1-11  niiii.^'.ri- :  M.  1.  Iîknm-it.  l'r.iî'i-s^îMir  a  la  Kai.uhc  -li'  Jrnit  ;M.  .VUhti  Soh»*:,, 
■II*  r  \-*.i  l«iiiii'  :raii«::i  !-»••;  \I.  .\.  V.vnpm..  •]<•  r.\iM'l«Miiio  fraïKMÏhi':  M.  .\iik'.  .VfiXAi  .vlu, 
l)iriMii"ir  ■.  ■•  1.1  M'i'iniii' ;  .M.  l-,im',»'  l'.muM.i.r-.  nLutn-  do  •■•onfi^rcnct'S  à  1  K'uli*  iii>ruule 
supi-ri<"ir«' .  I»:r«'Cioai.'>  -Irs  l.ti>u|)('>  -in  travail,  pi uiONseiirN  à  l'I'Ioolo. 

/f.'.fl..'.,ir   .11   chrf  :    M.    A.    VlALL.VTK. 

Prix  d'abonnement.       Vu  an     lu  i:.  janvur  :  l'aris.  18  ir.: 
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f-'-  ■''■  ■  ■  ,    ■      •    '■<    •!••  ■  ■■      i  1'h^i..1h.s";_i>s>.    >•■   >■•-.,, /rut  cf>tic>'ne    16  frauf.*,  le»   'i'-ro'%vHt, 
r.'.  .•'■/■..-  5  /'■■'  •<■%,■  il  •/"'•''■■"•'•'  (I-;)-'-    l*^'»'.'    '-f  l'iv  >(/i'-i/.,/r.v  «»•  rfioient  cftorutf  18  ffitnCf,  et 


KNVol    riîWCn   <:0NTHE   MWIMT-POSTE 


<.,i:,.niii;i.!*. --  Iinp.  Pâli,  HiiODAUD.-  -  lllû-iOul. 


2li20i:    r^